10 octobre 2015

Zenobia (Vegas sur sarthe)


C'est décidé quand je serai grand, je serai ibis.
Pas n'importe quel ibis... pas un rouge d'Amérique ni un nippon made in Taiwan mais un ibis chauve, un de ces échassiers à tête rouge vêtus de noir un peu comme les bédouins.
Alors sans me retourner je m'envolerai jusqu'à Palmyre pour aller aider la dernière femelle  - Zenobia -  à enseigner la route migratoire à quelques jeunes ibis rescapés.

Ce matin on a passé la frontière dans un autobus hongrois; je n'ai pas quitté la main de ma petite amie, celle qui m'a trouvé dans un fossé il y a maintenant deux semaines, piaillant et ébouriffé.
Ici on est bien traités et la nourriture est abondante, beaucoup trop pour mon appétit d'oiseau; tout ça doit coûter cher et on ne sait même pas qui paie tant la confusion est grande.
On raconte que d'où je viens les gardes forestiers ont été chassés du centre par des fanatiques et que la balise de Zenobia a cessé d'émettre.
Je ne suis qu'un maigre piaf mais quand j'aurai repris des forces, troqué mon bec contre un plus grand et rallongé mes rémiges, je reviendrai combattre cette injustice de toutes mes griffes, mes seules armes mais elles en vaudront bien d'autres.
Ils ont voulu détruire la mémoire des hommes mais l'ibis chauve renaîtra et avec lui bien des espoirs...
Zenobia et moi, nous nicherons dans ce qui reste des ruines des joyaux du Moyen-Orient, et de nos cris rauques et nasillards nous ranimerons l'espérance sur les sanctuaires reverdis.
Dans un ciel sans nuages nous dessinerons un arc de triomphe bien vivant et indestructible...

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03 octobre 2015

Le grand saut (Vegas sur sarthe)

J'ai appris à danser la valse hésitation

chaque fois que grondait en moi le libre arbitre

j'enviais les crâneurs, les vantards, les belîtres

ceux qui me harcelaient à la récréation

 

J'hésite à être moi, je n'ai pas le courage

car demain je le sais il me faudra mentir

je veux et ne veux pas, je souffre le martyr

je vis en cul-de-sac ou en voie de garage

 

Demain j'irai marcher au bord du précipice

je me suis rebellé en fuyant cet hospice

il ne me restera qu'à faire un pas de plus

 

Je ne rejouerai pas le flux et le reflux

A quoi bon m'accabler, tirer sur l'ambulance ?

Je n'attendrai pas plus. Allez, zou ! Je me lance

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26 septembre 2015

Le décryptage pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Enigma - c'est son nom crypté alors que son vrai nom est gamine - fut inventée par un allemand pour les allemands ce qui est parfaitement compréhensible... sauf quand c'est crypté.
Son mécanisme à base de rotors brouilleurs qui brouillent, de cliquets qui cliquettent, d'anneaux métalliques, de réflecteur, d'entonnoir, de bande velpo qui velpotte, de décapsuleur, de dérailleur, de tableau de connexion et de câblage sophistiqué - appelé fil à retordre - est si complexe que même son inventeur en perdit les pédales.
Il conçut alors Enigma2 pour décrypter la notice d'utilisation de son Enigma1.

On dit que son clavier était si dur qu'il donnait des ampoules au bout d'un moment, ce qui permettait du coup d'éclairer le clavier pour les frappes de nuit.
La gamine a été conçue dans une boîte en bois flotté qui permet de la récupérer en cas de naufrage.
La boîte de la gamine était fermée au moyen d'une clef de cryptage - ou clé de chasteté - qu'on changeait chaque jour par sécurité jusqu'à ce qu'on finisse par mettre la clef sous la porte.

Réputée inviolable, portable, incroyable, inoxydable, insubmersable et plein d'autres trucs en able, cette machine à crypter et décrypter les messages fit les “beaux jours” de la Seconde Guerre Mondiale puisqu'elle occupa à plein temps 12 000 des meilleurs scientifiques, cruciverbistes, joueurs d'échecs et mathématiciens anglais, polonais et français pour percer le secret de la gamine.
C'est pourquoi on appella cette période l'occupation.
 
Le secret bien gardé de la gamine résidait entre autres dans des rotors gravés en chiffre romains pour tromper l'ennemi; qui aurait pu imaginer que V veut dire 5, à part les romains ?
“Et pourtant ils tournent” aurait dit à propos des rotors brouilleurs un certain Galileo devenu célèbre.

Chaque caractère tapé est remplacé par un autre - au point que l'on dira que son inventeur avait mauvais caractère -  ainsi même les redoutables sous-marins allemands (les fameux U-Boot) en firent les frais, un message “Videz les ballasts” ayant été traduit par “Ouvrez les hublots” décima la flotte allemande en quelques heures.

Le dernier message chiffré fut trouvé en Norvège, il disait “Il ne court plus, le furet du bois Mesdames” ce qui veut dire en clair “Le Führer est mort. Rangez vos gamines, Mesdames”.

On doit au célèbre mathématicien anglais, Alan Turing d'avoir brisé le codage de la gamine, défloré son secret si bien gardé et sauvé la vie de centaines de milliers de personnes.

La gamine fait aujourd'hui le bonheur des collectionneurs qui se l'arrachent chez Sotheby pour la bagatelle de 200 000 euros!
La bande velpo qui velpotte et le dérailleur qui déraille sont à ce prix.

A venir : La tapette à souris électronique pour les Nuls

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19 septembre 2015

Le fil d'Ariane (Vegas sur sarthe)


L'autre jour je décide d'aller visiter les Catacombes dont l'entrée était signalée par un panneau “Visite guidée”, le dépliant promettait un voyage hors du temps et justement j'en avais à revendre.
J'avise un préposé - légitimement le cul préposé sur un tabouret - et lui demande où se trouve le guide.
Il me répond “Cest moi”.
Je lui demande à quelle heure est la prochaine visite et il me répond “C'est commencé”.
Je m'excuse de l'interrompre, je lui demande s'il compte faire la visite assis et il me répond: “Je reste assis parce que j'ai été formé au Père Lachaise... mais vous pouvez utiliser un audioguide”.
Je lui demande ce qu'est un audioguide, il me montre un truc en disant “Voilà c'est ça, c'est un baladeur”.
Je lui répond que je ne veux pas me balader mais vraiment visiter, il me tend malgré tout le baladeur et ajoute: “Surtout, mettez bien le casque!”
Je réalise que les plafonds doivent être très bas et lui demande s'ils sont assurés en cas d'accident, il se contente de me tendre une carte.
Je lui demande si c'est l'attestation d'assurance, il me répond: “Non, c'est une carte de visite attestant que je fais des visites”.
En effet, sur la carte de visite il est écrit : Eugène Duroutard, guide-conférencier, spécialiste outre-tombe.

Ainsi c'est lui, le fameux guide Duroutard?
Je m'équipe du baladeur et du casque mais rien ne se passe, ce que je fais remarquer à celui que j'appellerai Eugène - les Catacombes créent une étonnante intimité - et il me répond: “Il faut vous brancher sur un fil”
En effet, de longs fils relient les baladeurs de mes voisins qui s'éloignent dans la galerie comme une toile d'araignée géante...
Incrédule je branche le mien, Eugène me dit, goguenard:”Vous connaissez le fil d'Ariane? Et ben c'est pareil, vous êtes filoguidé. Personne ne se perd si personne ne perd le fil de la visite”
J'hésite à demander si le fil est assez long mais voilà que ça cause dans mon casque... en italien!
Je signale à Eugène que je ne connais guère que è pericoloso sporgersi et O sole mio, il me répond:”Ca ne va pas vous aider ici, faites donc la visite radioguidée... sans fil”
Je ne demande pas mieux pourvu que ça parle français. On est quand même chez Louis XVI!
Il me présente l'engin et dit, très fier:” C'est le dernier cri... celui qui est équipé d'un GPS”
L'expression “dernier cri” ne me rassure pas, surtout dans ce lieu macabre mais j'applaudis à l'idée d'être géolocalisable par GPS.
Il me répond:”Le GPS c'est pour Guide Person Search, ça permet juste au visiteur de localiser le guide”
Je lui fais remarquer que je sais parfaitement que le guide est sur un tabouret et qu'il n'en bougera pas mais il répond que j'aurai un autre discours quand je serai perdu au fond d'un boyau.

Je lui rend son machin dernier cri et lui demande à tout hasard s'il y a quelque chose de mieux que le radioguidage.
Eugène a un sourire radieux et me désigne une sorte d'engin volant qui stationne au-dessus de nos têtes :”Ca c'est le dronoguide, la visite guidée par drone!”
Je demande si c'est fiable et il me répond, indigné:”Si ça a marché au Kosovo, pourquoi ça ne marcherait pas ici?” et il ajoute “à cent euros la demi-heure, y a pas mieux”.

J'ai visité les Catacombes sur le site officiel de la Ville de Paris, j'ai parcouru les deux kilomètres en trois minutes et deux clics de souris... et j'ai oublié le guide, s'il vous plait!

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12 septembre 2015

La drénaline (Vegas sur sarthe)


C'était la dernière bâtisse du village qu'on appelait «le moulin», flanquée d'un panneau Fouzy-sur-la-Tronche copieusement criblé par nos savants tirs de caillasse.
On passait toujours devant à fond la caisse - au moins du dix à l'heure - sur la mob bleue d'Oncle Hubert mais jamais on ne s'y serait arrêté.
Etait-ce parce que le maire du village y avait régné en maître ou parce que la Tronche à cet endroit grondait sauvagement contre les pales pourries d'une vieille roue à aubes immobile et noire comme un loup garou?
Tout dans ce lieu semblait chargé d'un lourd secret.
Le «moulin» gardé d'une étrange cheminée de briques disjointes ne moulasse plus rien depuis belle lurette, en tout cas je n'avais jamais entendu dire qu'on y ait moudré ou moudu - ça sert à quoi de nous faire copier cent fois ces foutus verbes du troisième type - le moindre boisseau de blé ou d'orge.
Pourtant à chaque fois qu'on rebeuillait dans le coin avec les potes, ça viaunait comme une odeur de mystère qui me donnait la nausée et m'attirait en même temps.

Alors quand le Bébert a proposé d'y aller voir cette nuit-là à cause que c'était nuit de pleine lune, j'ai ressenti ce machin que les grands appellent la drénaline et qui m'occasionna aussitôt une drouille carabinée !
Pendant que je soulageais mes arrières aux cagouinces, Bébert préparait le matos en grand secret: échelle de corde, sac à dos et la fameuse lanterne de cheminot Wonder qui s'use même quand on s'en sert pas.
On a jarté sans se retourner - en chaussettes pour pas alerter Rex, le câgne du voisin qui aboyait au moindre bruit - et plus vite que prévu à cause d'une forte rabasse qui nous a gaugés avant même d'avoir passé le pont de la Tronche!

Vindiou! On était pas beaux à voir quand on est passés au travers d'une borgnotte restée entr'ouverte. Heureusement y avait personne pour nous voir.
J'appris plus tard que nononque - Oncle Hubert - y était passé bien avant nous pour aller dévierger celle qu'on appelait aujourd'hui Madame le Maire, mais c'est une autre histoire.
Bref, la borgnotte était si étroite que j'y ai déniapé ma belle chemisette - celle avec l'écusson brodé L'Héritier-Guyot “Buvez du cassis” -  mais on était déjà en mode aventurier genre Lawrence d'Arabie et j'ai même pas pensé à la tisane que j'allais prendre au retour.
Dans le « moulin » c'était tout noir avec un escalier tout noir et des murs tout noirs aussi.
Faut dire que la lanterne Wonder faisait du noir à cause que nononque en avait marre de changer les piles.
Alors en tâtonnant, chacun a compté les marches de l'escalier - en espérant se rappeler qu'y en aurait autant en redescendant - mais j'ai pas trouvé pareil que le Bébert: c'était mauvais signe, tout ça sentait le mystère à plein nez et la poussière aussi.

Soudain j'ai buté sur un gros ventre mou, un peu comme celui du maire ou comme celui du sergent Garcia, le gros beusenot où Zorro s'amusait à dessiner des grands Z en noir et blanc chaque mercredi dans la télé des voisins...
C'est Bébert qui m'a retenu avant que je redescende l'escalier cul par dessus tête.
Par une croisée de l'étage, la pleine lune semblait franchement se foutre de notre gueule.
Faut dire qu'on était blancs comme les Francini de la piste aux étoiles tellement qu'on s'était frottés aux sacs qui traînaient partout.
Cette âcre odeur de mystère viaunait de plus en plus à m'en filer le virot à moins que ce ne soit la drouille qui rappliquait à nouveau...   
“T'es tout pâle” m'a soufflé Bébert qui était aussi blanc que moi.
J'ai cherché un endroit pour m'isoler derrière une vieille machinerie faite de poutrelles, de poulies et de courroies de cuir reliées par d'énormes toiles d'araignées.
C'est quand j'ai baissé mon froc que j'ai entendu un grand bruit de chute puis un cri étouffé!
Je me suis traîné dans leur direction.
Le Bébert et la lanterne Wonder venaient de tomber dans la trémie, un grand entonnoir de bois dont ne sortaient guère plus que ses chaussettes et un râle de mort-vivant.
Alors j'ai tiré sur les pieds de toutes mes forces jusqu'à l'entendre gueuler plus fort.
Il était bien esquinté, les genoux couronnés, la tronche rouge et blanche avec une belle beugne sur le front et débordant de reconnaissance: “Tu m'as sauvé la vie” chouina t il en se collant à moi.
Bizarrement il s'était mis à faire grand jour - surement la fameuse drénaline dont parlaient les grands - mais en haut de l'escalier clairait une grosse lampe tempête.

Derrière la lampe, une p'tiote nous observait d'un oeil curieux, vu que l'autre était caché par ladite lampe.
Quand je dis la p'tiote, tout le monde au village l'appelait la Marcelle et elle avait toutes les raisons d'être là à c't'heure puisqu'elle était la fille du maire et d'ailleurs elle y est encore... pas dans l'escalier mais fille du maire, enfin de l'ancien maire puisqu'il ne l'est plus et qu'ils n'habitent plus ici, bref.
C'est avec elle qu'on allait autrefois nadouiller au lavoir à chaque vacance et le fait d'avoir mouillé nos culottes ensemble me disait qu'on allait pouvoir s'arranger pour qu'elle dise rien à sa mère et à son maire, enfin à ses vieux.
Je lui ai refilé deux carambars avec les blagues à Toto qui vont avec et un roudoudou à la fraise qui fondait dans ma poche et puis on a déguerpi sur nos chaussettes, la gueule enfarinée, Bébert avec sa beugne et moi avec ma chemisette déniapée, laissant derrière nous le «moulin» et son secret.
On avait paumé la lanterne d'Oncle Hubert, ce qui nous garantissait une double tisane mais c'est le prix à payer - dit-on - pour la drénaline.

La p'tiote n'a jamais cafté, du moins pas encore à ce jour...  on n'a jamais su ce qu'elle foutait là en pleine nuit et si on avait un lien de parenté avec elle, Oncle Hubert a emporté le secret dans sa tombe.


Lexique du patois bourguignon:

beugne : bosse
beusenot : idiot
borgnotte : petite fenêtre
chouiner: pleurnicher
déniapé : déchiré
drouille : diarrhée
esquinté : abîmé
gaugé, tripé: mouillé
jarter : renverser, marcher très vite
nadouiller : jouer, éclabousser avec de l'eau
nononque : Oncle
p'tiote : gamine
rabasse : averse
rebeuiller : fouiller
tisane ou frottée : dérouillée
viauner : sentir mauvais
virot: nausée

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05 septembre 2015

Délire ou la lyre pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Arrivée dans l'ordre alphabétique entre le lynx et le lys, la lyre n'est pas un instrument comme les autres.
On confond souvent la lyre avec le barbitos, le barbiton, le barboton ou le baryton, bref! Rendons à Anacréon ce qui est à Anacréon, sinon autant confondre le violoncelle avec le violon.
A l'origine la caisse de résonance de la lyre était formée d'une carapace de tortue et comportait une fente dite tire-lyre destinée au pourliche (argot) ou bakchich (arabe).
On ignore encore comment des carapaces de tortue luth peuvent donner des lyres, alors que des carapaces de tortue lyre ne donnent pas de luths.
La lyre tient ses lettres de noblesse d'un certain Kakofonix d'origine grec et non pas du célèbre barde gaulois dit Assurancetourix baillonné d'origine.

Sappho - poétesse et homosexuelle née fort à propos à Mytilène sur l'île de Lesbos - était dit-on petite et noiraude; aussi afin de mieux séduire les jeunes filles se fit-elle construire une lyre, ce qui était plus pratique que de se faire accompagner d'un lynx ou d'un lys.
Sappho aimait les jeunes filles et aussi le bleu, le fameux bleu de Mytilène qui teinte les cocktails au Curaçao et donne bon goût aux crêpes Suzette mais qui s'en soucie?

Tout comme la lutte (ou luth), la lyre est d'origine gréco-romaine mais elle n'est pas pour autant reconnue aux Jeux Olympiques.
Très vite, Sappho en pinça pour cette lyre qu'elle tenait d'Hermès - célèbre facteur et Dieu du prêt-à-pincer -  qui avait pour particularité de sonner toujours deux fois.
Comme elle se rongeait les ongles, Sappho fit appel à un médiator qui l'aida à concevoir le plectre - un onglet en corne de bouc émasculé – qu'on utilise aussi pour le ukulélé, la balalaïkaka, le banjojo ou encore le sitartar.
Les premières démonstrations de lyre furent dévastatrices et donnèrent plus tard le mot: démolir.

Dans la mythologie grecque la muse de la lyre s'appelle Erato alors que la myre de la luse s'appelle Errata... qui voulait dire perdre son latin.
Errata signifie aujourd'hui coquille mais sans rapport avec la carapace de tortue.    
La lyre fut perfectionnée bien plus tard, sans doute trop tard pour Sappho qui prononça cette phrase bien connue: “Pourquoi viens-tu cithare?”
On trouve des cithares à dix cordes (ou instrument de discorde) et jusqu'à quinze cordes.
On trouve aussi des cithares sans cordes mais ça n'intéresse personne à part les collectionneurs de carapaces.
Une cithare à quarante six cordes s'appelle une harpe.
L'instrument national de la Grèce ancienne est la lyre-cithare; elle est déconseillée aux enfants à qui l'on ne manque pas de dire: “Tu ne devrais pas lyre-cithare”.
La lyre est un instrument en danger critique d'extinction tout comme la tortue luth, ce qui a fait dire au poète Shakespeare dans une formule culte à faire pâlir les foules en délire:
“Lyre ou pas lyre, c'est là la question” ... mais ceci est une autre histoire.

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29 août 2015

Gueule de bois (Vegas sur sarthe)


Je transpirais à grosses gouttes à tel point que je crus bien avoir pleuré.
Je repoussai une espèce de couverture laineuse qui pesait sur mes jambes et il y eut comme un jappement joyeux.
Une couverture qui baille passe encore mais qui aboie, c'est saugrenu et je mis ça sur le compte d'un excès de Champomy! C'est vrai que la veille avec les potes on avait bien forcé sur le pommes-raisins pour fêter mes six ans; j'en connais même qui étaient allés vomir dans la salle de bains...
On aboyait et pourtant il n'y avait que des chats dans la maison.
J'ouvris les yeux tout à fait: la couverture laineuse était en fait un clébard, un drôle de croisement de West Highland white et de Saint-Bernard ou plus exactement de Saint-Maclou, une moquette frisottée un peu comme chez tante Huguette avec la même odeur de chien mouillé.
J'ignorais qui avait mis ce clebs dans ma chambre tout comme j'ignorais qui m'avait affublé d'un costume marin ringard et trop grand pour moi... à moins que j'aie tout oublié d'une soirée déguisée.

Bizarrement la chambre était éclairée par une lampe à abat-jour perchée sur une espèce de colonne corinthienne que n'aurait pas boudée mon arrière grand-mère.
Le mieux était encore de se rendormir en essayant d'oublier ce mauvais rêve mais - sans doute une facétie d'un antique designer grec - la lampe n'avait pas d'interrupteur et un furieux hennissement acheva de m'éveiller tout à fait.
Pourtant il n'y avait que des chats dans la maison. Je sais, je l'ai déjà dit mais si ça n'aide pas, ça ne peut pas faire de mal de s'en souvenir.
Le hénissement sortait d'un grand canasson qui venait de faire irruption devant moi, caracolant, ruant et freinant des quatre fers ou plutôt des quatre roulettes qui l'équipaient!
C'était un de ces bourrins moitié-carton-bouilli moitié-papier-mâché et monté sur chariot comme ce cheval de Troie dont on parlait dans les livres d'histoire.
Je m'étais toujours demandé qui faisait bouillir les cartons et combien de personnes s'embêtaient à mâcher du papier toute la journée pour nous fabriquer toutes ces cochonneries, mais là n'était pas le sujet à cet instant.

“Salut” dit-il avec un rire chevalin “je m'appelle Tornado”
Le seul Tornado que je connaissais et qui possédait les mêmes roulettes était celui que ma mère traînait de pièce en pièce à la recherche de moutons à aspirer!
“Et moi, nom d'une pipe je suis Popeye” répliquai-je en tirant sur mon costume de petit marin.
“Certainement pas!” aboya le croisé West Highland-moquette “c'est moi qu'on appelle Popeye! Je suis né l'année des 'P' ”
L'année des pets... je songeai que l'odeur devait venir de là.
J'imaginais mal un clebs mangeant des épinards aussi - l'ayant définitivement repoussé d'un grand coup de pied qui l'envoya sous le lit - je décidai d'enfourcher mon dada.
Le canasson avait dû oublier de serrer le frein à main car à mesure que j'enjambais sa selle de carton bouilli, il recula si brusquement qu'il renversa l'abat-jour athénien qui s'éteignit tandis que les Perses perçaient et que les Satrapes s'attrapaient... situation si absurde qu'un auguste inconnu la décrivit ainsi.
Comme quoi on ne se méfiera jamais assez d'un cheval de Troie.

Plongé dans le noir complet - fuyant les Athéniens, les Perses et les Satrapes - je regagnai mon lit sous les hennissements moqueurs du cheval et les jappements étouffés du croisé West Highland-Saint-Maclou.
Un rai de lumière apparut sous ma porte et je reconnus la voix de mes parents :”Vas-tu t'endormir à la fin?”

C'était juré. Demain, j'arrêterais le Champomy.

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22 août 2015

Gérard ou Le dernier des mocassins (Vegas sur sarthe)


"Chérie... Hum... tu as l'intention de sortir comme ça?»
«Ben non, gros naze! J'vais passer une robe»
«Oui, je m'en doute ma chérie... je te parle des chaussures»
“Des chaussures? Quelles chaussures? On dit pas chaussures quand c'est des Louboutin!”
“Et alors? Tous ces machins qui débordent des placards et qu'on met aux pieds c'est bien des chaussures, non?”
“Sauf que c'est des Louboutin, Môssieur! T'y connais rien”
“Du loup-bouquetin? J'ignorais que ça pouvait se croiser...”
“Des Lou-bou-tin, gros naze”
“Bref... et tu vas porter ça toute la soirée chez nos amis?”
"S'cuse moi. Une femme porte ses vêtements, mais c'est la chaussure qui porte la femme"
“Euh? C'est de toi, ça ?”
“Non, justement c'est d'Louboutin”
“Connais pas. Je ne peux pas connaître le nom de tous les marchands de chaussures”
“Un marchand d'chaussures? C'est juste un créateur mondialement connu, Môssieur. Il habille les pieds de Monica Belluci, Paris Hilton, Katie Holmes, Kim...”
“Arrête ton char! Garde les pieds sur terre, Germaine Blanchard”
"J'suis p't-être que Germaine Blanchard mais j'vis au sommet. Pas au ras du sol comme toi avec tes mocassins à glands, Gérard Blanchard»
«Excuse-moi mais si les talons hauts étaient si merveilleux que ça, les hommes en porteraient»
“Dans tes rêves, Gérard! Si tu crois que j'vais t'les prêter. Autant donner d'la confiote à un porc”
“En tout cas, tes hauts talons ne rallongent pas ta robe”
“T'y connais rien. Et pis tu t'soucies pas mal que j'aie les mollets galbés, une démarche élégante, souple, féline, sensuelle... les filles vont être malades quand elles vont m'voir arriver!”
“Ouais... si tu arrives à la porte sans te casser la figure”
“Pff! Question d'entraînement, Gérard Blanchard. C'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas une fois qu'on maîtrise la technique”
“Parce qu'il y a une technique chez Louboutin? Chez Louboutin, la technique du patin sans baratin pour le gratin!”
“T'es nul, Gérard. Même qu'y a une application pour ça sur mon smartphone: Je déroule le pied en faisant des p'tites foulées, droite comme un Y”
“Droite comme un Y?”
“Parfaitement, la tête haute, je regarde au loin en balançant les bras, les épaules bien en arrière, le ventre rentré...”
“Tu crois que tu vas réussir à rentrer le ventre?”
“Tu crois qu'tu vas réussir à dire aut'chose que des conneries? Aïe! C'est malin. Tu m'as fait tordre les pieds!!”
“Et toi, tu me fais tordre de rire”
“En attendant, aide moi à fermer ma robe, Gérard Blanchard”
“Hum... cette robe... ça se porte ou ça se chausse?”
(Soupir et haussement d'épaules louboutiné)

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15 août 2015

Nom d'une pipe (Vegas sur sarthe)


Quand la lune sera pleine, toi et moi on prendra l'express de Jaipur.
Ça sera le jour qu'ils appellent Holika, ou Dulendhi - ou peut-être Dumardi, ça change tous les ans - et le train sera bondé comme d'habitude.
Non j'ai pas l'habitude, Germaine... mais dans tous les documentaires sur l'Inde, les trains sont bondés.
A quoi ça sert de réserver six mois à l'avance pour finir entassés avec des types avachis sur des sièges défoncés – ou le contraire, des types défoncés sur des siège avachis - avec une clim en panne et une putain d'odeur de diesel?
Passe-moi le shilom, Germaine.
On verra rien du paysage à cause de tous ces turbans et des mecs qui tombent du toit mais on n'est pas venus pour le paysage; on est là pour équilibrer nos chakras.
A la descente du train, tout le Rajasthan sera là - sans compter les touristes - pour cavaler vers leur “Stade de France”, le Royal Chaugan Stadium.
On se magnera le popotin entre les vaches et les Tuk-tuk mais pour avoir les meilleures places tu mettras autre chose que tes tongs!
Repasse-moi le shilom, Germaine.
Galant, je te prendrai sur mes épaules... ou plus simplement je te prendrai par la main - c'est Bollywood mais faut pas exagérer - y aura des turbans colorés à perte de vue jusqu'à la pagode de Krishna avec un drôle de petit nuage rose au dessus. Ça doit être ça le tantra, Germaine.
Dans tous les documentaires sur l'Inde, y'a des turbans colorés et des petits nuages roses.

En approchant du stade, ça sera encore plus le souk mais on entendra quand même la musique folklorique, les flûtes, les nagaras, les cymbales enfin tout le bazar comme sur le dépliant des voyagistes.
Tu voudras me faire une danse du ventre mais y'aura pas la place et puis c'est pas l'moment.
Bon sang! Refile-moi plutôt le shilom, Germaine.
Ça y est je les vois enfin, rassemblés dans le rond central dans leurs costumes de lumière, un troupeau couvert de pétales de roses, de savantes peintures roses, de draperies de soie et velours cousues de roses, de perles roses, de pendeloques roses...
Putain, ça disparait! Repasse-moi le shilom, Germaine.
Certains - ou plutôt certaines puisque c'est réservé aux femelles - ont aux pieds des chaînes de chevilles avec des clochettes comme leurs danseuses gitanes, d'autres ont des parapluies roses qui brillent au soleil - tu le vois le soleil indien, Germaine - et encore d'autres avec des défenses rosâtres.
Regarde celui-là, Germaine. Le plus grand avec un palanquin, un baldaquin, enfin un frusquin sur le dos. On dirait Hati, le colonel du Livre de la Jungle, c'est “elle” qui va gagner le concours!
Repasse-moi encore le shilom, Germaine.
Jamais vu une éléphante aussi rose!

Et maintenant tu es rose comme elle, de la tête aux pieds - comme si t'étais à poil - mais je ne te vois pas bien à cause de la fumée.
Qu'est-ce qui peut bien fumer comme ça, Germaine? T'as encore laissé une gamelle sur le feu?
Où ça une explosion? Quoi? Un orgasme?
Attends un peu Germaine, je suis en pleine méditation...

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08 août 2015

Soupir... aïe (Vegas sur sarthe)

Un ferronnier se languissait

soupirait à ses soupiraux

dédaignant forge et brasero

que sa voisine repoussait

 

Fou de chagrin et de douleur

entre l'enclume et le marteau

il la grillagea aussitôt

d'esses de volutes et de cœurs

 

Mais la belle ainsi que l'oiseau

en pinçant pour un damoiseau

chantait si bien au pigeonnier

 

que le plus beau des garde-corps

n'y changeait rien et plus encore

ainsi pâtit le ferronnier

 

 

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