La pirogue glissait rapidement sur l'eau. Ils entrèrent dans un canal qui débouchait de l'autre côté de la rivière. Il était très étroit et l'embarcation y passait de justesse. Ils pointèrent la pirogue vers le canal. Ils avançaient lentement, tête baissée, à cause des branches qui pendaient au-dessus de l'eau. Après avoir fait une centaine de mètres, ils aperçurent le gros iguane vert perché dans son arbre dont leur avait parlé Panara, le vieux chef Kayapos. Ils ne l'avaient pas imaginé si gros!

Ils étaient donc sur le bon chemin bien que prisonniers d'un boyau étranglé de vilaines lianes et de branches moussues.
Enfin le canal s'élargissait sensiblement et il leur tardait de piéger les dauphins roses que le vieux Panara leur avait décrit et qu'ils étaient autorisés à approcher depuis qu'ils avaient tous trois été “introduits dans la maison des hommes” en grande cérémonie...
Diogo, Luis et Vitor avaient dévalisé le stock de peinture corporelle du vieux Panara et aussi quelques “kotékas”, des étuis péniens en coloquinte, symboles de rang social.
Fidèle à lui-même, Diogo en avait volé un si gros qu'il le perdait sans cesse, ce qui faisait rire les autres aux éclats.
“Ti scoubidou! Ti scoubidou!”
Comme il le rajustait une fois de plus en grommelant, Luis se mit à hurler : “Capybara! Capybara!”
Excellent nageur, l'énorme cochon d'eau fonçait sur leur pirogue et sa grosse tête rectangulaire aux yeux vifs fendait l'eau du marigot de façon inquiétante.
A l'avant, Vitor avait pointé sa maigre sarbacane et l'ajustait en tremblant comme une feuille sur le rongeur en furie quand un cri perçant lui fit lever la tête.
Une harpie féroce au bec crochu fondait du ciel sur le rongeur, toutes griffes sorties.
Son “Wheeeeee” suffit à décourager notre capybara qui plongea sans plus attendre.
Malgré leurs peintures, les trois guerriers étaient bien pâles et - sans doute sous l'effet de la peur - Diogo avait définitivement perdu son “kotéka”.
Avec de grands cris la harpie décrivait d'inquiétants cercles autour d'eux.
Subitement la forêt leur parut hostile et sans un mot, les jambes flageolantes et le ventre pris de crampes ils échangèrent leurs places dans la pirogue pour un demi-tour stratégique.
Sans aucun doute la Déesse Amazone venait de prendre la forme de la harpie pour les punir de leurs mauvaises intentions.
Jamais on ne vit pirogue filer aussi vite sur la rivière...