Le défi du samedi

Défi #482

Obélisque

 

4821

 

ou


Odalisque

 

4822

 

Allez, je vous laisse le choix !

(suis-je pas magnanime ?)

 

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18 novembre 2017

Ont joué les oiseaux de nuit

pas cons

4812

 

Venise ; Vegas sur sarthe ; Laura ; Thérèse ;

Pascal ; Joe Krapov ; tiniak ; bongopinot ; joye ;

Walrus ;

 

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The wall (Walrus)

 

Noctambule, ça fait pas un peu BD ça ?

Quoi ?  Vous ne dites pas "bulles", vous dites "phylactères", du coup ça ne vous fait même pas rire ?

Normal, c'est de l'humour belge, j'vais pas vous faire un p'tit dessin non plus...

Mes expériences noctudéambulatoires sont rares : la nuit, généralement, je dors !

Néanmoins...

Au temps béni où je travaillais (ce qui est bien plus reposant qu'être retraité) je me retrouvais de temps à autre chargé de mission. Bon, pas dans le style OSS117 ni James Bond, juste chargé de mission, même pas diplomatique.

Donc, un beau jour, je prends l'avion pour Manchester, question de rencontrer mon ami Dave (Brandy) Cummerson dans son labo de Widness. À l'époque, pas de gsm, encore moins de smartphone ou de GPS, juste à la descente d'avion un gusse muni d'une pancarte "Laporte, Mr Walrus" qui attend que vous ayez fini d'expliquer aux services de douane que la poudre dont vous a chargée un collègue est de la pâte à papier blanchie aux peroxydes, pour vous embarquer vers une destination connue de lui seul, soit l'hôtel Grosvenor à Chester.

Chester ! Vous aviez rêvé vous, d'atterrir un jour dans ce patelin dont des dizaines d'épiciers belges vous ont vendu un fromage qui n'était en réalité que du Cheddar ? Vous en saviez quelque chose, vous du Chester cheese (prononcez tchètcethise) ? Non ? Moi non plus !

Bref, débarqué au milieu de la nuit dans cette ville inconnue, avant de me coucher, je décide de voir à quoi peut bien ressembler ce patelin. Et au premier coin de rue, je découvre un escalier que, bien sûr j'emprunte (je l'ai rendu, rassurez-vous). Il mène sur un mur. Un mur qui coupe la ville en deux : in the wall et out of wall. C'est l'enceinte romaine de Chester. Elle fait presqu'entièrement le tour du cœur de la cité et à passé minuit, vous n'y croisez personne.

Que les villes sont étranges la nuit !

Déjà à Paris... mais qu'est-ce que je vous raconte, ça, c'est une autre histoire !

 

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le noctambule (joye)

noctambule

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Noctambule par bongopinot


À la nuit tombée
le noctambule
Sort de sa bulle
Enfin réveillé

Voilà pourquoi
Moi aujourd'hui
Je fais comme lui
En cet endroit

Arrivée en Pologne
J'y retrouve ma fille
Et mon cœur cogne
Et Lódz brille

bo


Et on trinque à la lune
Une vodka à la main
Et si il y en a qu'une
On reviendra demain

Jamais la ville ne dort
Et du matin au soir
Ces journées valent de l'or
Sur les chemins de l'espoir

Je deviens noctambule
Pendant mes vacances
Je quitte enfin ma bulle
Et mon esprit danse

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CARNAGE (tiniak)


C'est mon terrain de jeu, ma cape, mon chapeau
la brume dans mons dos, le pavé sous mes pas
ce coin de rue obscur, la nuit et ses frimas
j'y promène ma joie et ma haine, au cordeau

Ah, c'est bon de sentir venir d'un pas serein
la promesse d'un sein qui n'a rien vu du monde
que des messes les saints, sans jauger leur faconde
à plier le genou quand on lui tend la main... !

Rigole, fais ton choix ! Moi, j'attends sous le porche
en me brûlant les doigts sur de tristes cibiches
dans l'attente fébrile d'une frêle biche
qui aura pris le métro quatorze, sans torche

Ne passe pas ici, quand j'ai trop faim de chair
ni ton dieu, ni ta mère et pas plus ton soupir
qui n'ont plus foi en toi, ne savent rien en dire...
Plus en saura ce mur quand sera faite affaire

Avec tes petits pleurs et tes cris étouffés...
Avec ta chair en sueur et tes yeux ébahis...
Avec ma Belle Horreur, là, sur ton clitoris...
Et le tout comme un lot vendu sur le marché !

Gargantua, redis-moi, c'est quand qu'on n'a plus faim ?
Mangées - toutes ! ses mains ? Quand il n'est plus d'espoir ?
En l'Homme, ses manies, ses manières du soir ?
Celles au dévidoir ? Ou celles du matin ?

Eh, c'est bon de sentir, venir à petits pas
quelque nouvelle proie fleurant bon la chair fraîche
mais je regrette un peu de n'avoir pas la flèche
(celle de Cupidon) pour lui sonner mon glas

 

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De Rimbaine à Verlaud. 4, Noctambule (Joe Krapov)

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Saint-Nectaire le 28 octobre 2017


Mon cher Paul

Ton copain Octave n’est pas un très bon conducteur. Déjà, quand il a mis le contact, le moteur à injection a rugi aussi fort que Clarence, le lion qui louche de «Daktari», ou que son cousin de la MGM. Mais bon, restons objectifs, je ne suis pas là pour jouer les détracteurs et ton factotum, bien que fort silencieux, m’a mené à bon port.

DDS 481 stnectaire1

La nuit était tombée sur Saint-Nectaire et il y faisait un temps assez infect pour qu’on se croie au mois d’octobre et, du reste, on y était. Il n’était pourtant que dix-neuf heures. Octave a garé sa vieille Peugeot sur le parking près de la basilique romane et nous avons traversé la rue pour entrer au Relais de Sennecterre.

Moi qui croyais trouver là une assistance clairsemée, succincte, composée de deux ou trois loqueteux égarés ou d’un groupe d’autochtones casquettés écoutant le facteur local rendu au bout de sa tournée – générale – et en train de jacter doctement sur les derniers potins du district, je dois avouer que je me suis mis le doigt dans l’œil jusqu’à l’adducteur rectal !

Le restaurant était bondé et s’il était peuplé d’ectoplasmes provinciaux rien dans leur mise ni dans leur diction n’en laissait rien paraître. Tout le monde était habillé classe, l’ambiance était sélect au possible avec autant de jeunes connectés et de fashion victims à smartphones fluorescents que de sexy-, septua- et octogénaires ayant connu Epictète à l’époque où il manquait d’adjectifs.

- Victor, tu nous mets deux kirs, STP ! a lancé un Octave péremptoire et limite irrespectueux : j’eusse peut-être préféré boire autre chose ?

- C’est ici qu’on va becqueter ? ai-je demandé sur le même ton.

- Non. Ici on prend l’apéro. Alors ? Comment il va le Paulo ? Toujours aussi «Laudver, Laudver, Laudver come back to me» ? Encore à collecter des destinations improbables et à étudier la tectonique des à-côtés de la plaque ?

- C’est un peu ça ! lui ai-je répondu tout en continuant à me délecter du spectacle du réfectoire.

- Et toi, Arthur, tu es la paire de semelles qui va devant et qui ramène au directeur de l’agence les infos nécessaires à ses dissections de parcours ?

- Vous avez eu fait ça aussi, Monsieur Octave ?

- Exact ! Jadis, quand j’étais belle ! Adieu les infidèles !

- Fréhel !

- Bravo ! Monsieur Rimbaine a des lettres !

Quel curieux mecton ! Ca n’allait pas être simple de pactiser avec ce guide-là ! C’était quoi, cette tagada-tactique du gendarme ? Il n’avait pas décoincé un mot dans son tracteur à roulettes entre Clermont-Ferrand et Saint-Nectaire et voilà que maintenant, tout à trac et sans aucun tact, il me tapait sur le ventre comme si on avait fait la dictée de Pivot côte à côte avec des antisèches de Mérimée ou fait gonfler nos pectoraux ensemble à l’époque où Monsieur Muscle et Jacques Anquetil imposaient leur diktat devant les foules du Puy-de-Dôme et d’ailleurs ! Mais j’exagère. D’une part c’est Poulidor qui avait pris le dessus dans cette étape et puis moi je n’ai commencé la muscu que sous Eddy Merckx et Schwarzenegger.

Le dénommé Victor, serveur réactif de son état, nous a servi les cocktails. Le kir auvergnat était onctueux à souhait.

- Sirop de châtaigne et Saint-Pourçain blanc ! C’est quand même plus gouleyant que la Volvic, non ?

Quand nous sommes arrivés au troisième verre, après avoir finalement trouvé le biais pour caqueter ensemble, Octave a éructé :

- Bon, ça c’était du prophylactique. Maintenant on éjecte et on passe aux choses sérieuses. On va dîner chez Wiwi.

Malgré les fluctuations de la sesterce arverne et de nos guiboles alcoolisées, nous avons regagné sa 206 et avons traversé le bled pour gagner Saint-Nectaire le Bas.

Ambiance un peu plus feutrée chez Wiwi mais toujours autant d’autochtones – ou pas ? – étiquetés « beau linge », de cliquetis de coupes et verres et de dégaines de sectateurs nyctalopes parés pour une virée nocturne du genre assez festif. Des noctambules, quoi.

- Tu vas goûter la marquisette maison, mon pote ! Objecte pas, c’est la tradition !

La décoction qu’on nous a servie était effectivement un pur nectar ! Je te passe les détails, mon cher Paul, sur l’abominable tripoux, même pas clandestin, que ton ancien collaborateur, semble-t-il addict à la charcutaille, s’est envoyé. Rien que le mot « tripe » me débecte et pourtant, je ne cesse pas de voyager ! Une infection ! En guise de victuailles je me suis contenté d’une succulente truite aux amandes. 

Au dessert, Bénédicte, une connaissance d’Octave, est venue s’asseoir à notre table. Bises affectueuses, présentations effectuées, « Mes respects Mademoiselle ! », « Madame ! », Zut ! C’est une jeune femme d’une trentaine d’années qui a dû signer un pacte avec le diable pour hériter de pareille beauté et lui a refilé en échange un dictaphone des plus actuels – il paraît qu’on trouve peu de sténo-dactylos efficaces en Enfer -.

Une beauté picturale, sculpturale, pas piquetée des hannetons et pourtant Mme Terrail-Duponson – c’est son nom et, oui, elle est hélas bien mariée à un prénommé Hector – exerce ses talents d’artiste en dessinant, peignant, découpant des insectes fabuleux. Elle nous a montré cela sur sa tablette tactile. Comme on avait un peu disjoncté et que nos attitudes n’avaient, stricto sensu, plus rien de strict ni de sensé, on s’est retrouvés, à force de surfer, sur le site web d’un collectionneur de coquetiers auvergnats dont les pièces maîtresses étaient un service orné de cactus ayant appartenu aux Pompidou et un œuf peint décoré d’une tronche de Giscard d’Estaing datant d’avant Vulcania et les ptérodactyles, des collectors uniques en leur genre.

- On a quand même de satanés fortiches en France ! De sacrés crânes d’œuf ! a commenté Octave avec son rictus qui ne le quitte jamais même quand il prépare des mouillettes.

- C’est pas du fictif ! ai-je Percevalé façon Kaamelott revisité.

Après un dernier café et un dernier pousse-café – une Bénédictine pour Bénédicte ! – celle-ci a déclaré :

- Mektoub ! Activons-nous, messieurs ! Il faut absolument que je sois au casino à 23 heures ! Je pars devant. Vous m’y rejoignez directement ?

- On passe d’abord à l’hôtel !

Octave s’est ré-empaqueté dans son duffelcoat. On est retournés à la voiture et puis on a déposé nos paquetages à l’Hôtel de Lyon. On aurait dû commencer par-là d’ailleurs parce que, même en rectifiant la position, j’ai bien senti que la fille de l’accueil hoquetait intérieurement à la vue des deux poivrots auxquels nous commencions à ressembler. Elle imaginait sans doute, sur la moquette vert amande de nos chambrettes, quelque tas de vomissure abjecte déposé là par nous dans la nuit ?

- Ne t’inquiète pas, mon charmant petit dictateur, ai-je songé en lui remplissant le chèque, Arthur tient bien l’alcool et les impacts de balles ! Et l’Octave a l’air bien équipé aussi pour monter haut ! 

Et nous arrivons maintenant, mon cher Paul, au dernier acte de « Saint-Nectaire by night », celui dans lequel tous les acteurs et actrices du récit se trouvent réunis au même endroit, celui où Hercule Poirot donne lecture du verdict, celui où le faisceau du licteur s’abat sur le coupable, celui où l’hologramme de Sarah Bernhardt en fait des kilooctets et des mégatonnes dans la tératralité. 

DDS 481 casino st-nectaire

Cela se déroule au casino de Saint-Nectaire. Car il y a un casino à Saint-Nectaire ! Et pas une supérette, non ! Un vrai ! Du genre « Faites vos jeux, rien ne va plus » ! Il y a bien eu un architecte, un maire, des entrepreneurs assez fous pour imaginer et implanter ici un lieu de rendez-vous intergalactique de type « Carrefour des étoiles » pour les gens qui souffrent d’addiction au jeu et au divertissement : une salle de jeux Las Végassienne, sans doute importée de Sarthe, une boîte disco, une salle de spectacle, un restaurant…

Et ce soir les animateurs de la soirée techno sont le docteur DJ Kill et Miss Terrail-Duponson ! Hector et Bénédicte ! Et tous les clients et clientes du Sennecterre, du Z, de l’Auberge de l’Ane, de l’Hermitage, du Regina et de chez Wiwi s’agitent le rectum sur le dance-floor, complètement insoucieux des actualités du monde (dictatures, sectes, tromperies d’électeurs, guerres et catastrophes) et du nombre grandissant de victimes d’une Histoire dont personne ne comprend plus les vecteurs actuels.

Le tictac de l’horloge, la folie du gros son nous mènent à un minuit sans trac, sans tracts, sans rectitude morale, vers une victoire factuelle des corps en transe, vers toujours plus de sons électroniques et l’on entend partout, bien qu’aucun lecteur ne les prononce, les paroles du dicton de banlieue descendu jusqu’ici : « On ne peut rien contre le nycthémère alors nique ta mère, nique l’amer et toujours chéris l’homme libre !». « Et même la femme aussi » ajouté-je pour ma part.

Et on entend aussi, à un moment donné, une fois que trois sept ont été alignés sur un écran, le vacarme des pièces qui roulent un peu partout, le silence de toutes les autres machines qui s’arrêtent. Quelqu’un a décroché le jackpot ! Quelqu’un va emporter le pactole ! Sous le plafond en fausse voie lactée je vois trente-six étoiles car ce quelqu’un… c’est moi !

Voilà pourquoi, pour une fois, mon cher Paul, tu ne trouveras pas de facture jointe à ce courrier. Je te fais cadeau des frais liés à cette expédition-ci et je t’octroie même un chèque qui correspond à la moitié de mes gains. Il me semble normal qu’une somme recueillie auprès d’un bandit manchot revienne à un honnête homme unijambiste.

Avec mon indéfectible amitié, mon cher Paul !

P.S. Surtout, comme dit le poète : « Carpe diem et lapin noctem ! »

 

P.S. de Joe Krapov : En lisant ce texte, amie lectrice, amie lecteur,
tu as prononcé au moins 130 fois le son « ct ». Kèk t’en dis ?

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Les Noctambules (Pascal)


Après ton boulot de serveuse, te souviens-tu quand nous allions finir la nuit dans ce singulier bistrot, dont j’ai oublié le nom, sur la place du Théâtre ? Dans la basse ville, les rues borgnes succédaient aux impasses malfamées. On courait sur les pavés brillants éclairés par les seules devantures racoleuses des bars à matelots. Des clochards nous poursuivaient en réclamant l’aumône, des marins en pompons occupaient la zone, la rue du Canon fourmillait d’une hétéroclite faune. Sous des porches sans âge, des prostituées en jupette clamaient leurs avantages aux passants malhonnêtes…  

A l’heure officielle de la fermeture, le patron tirait ses rideaux de fer et seulement une ou deux petites lumières restaient éclairées derrière le bar. Après quelques martèlements de connivence sur les carreaux, il entrouvrait sa porte aux habitués nuiteux.

A chaque table, c’était plein de messes basses remplies de propos tenaces. Sans manière, à coups de murmures, on reculait les frontières, on repoussait les murs. Ici, au bras d’une blonde, on refaisait le monde ; là, sans rien à vénérer, il n’y avait plus rien à espérer. Des chaises criaient sans manière en se reculant bruyamment ou s’avançaient poliment jusqu’aux amarres de leurs verres. Les putes discutaient avec leurs macs, les serveuses recomptaient leurs pourboires, les amoureux se parlaient dans les yeux…
Sur le comptoir, des mendiants alignaient leur mitraille et réclamaient en échange une assiette de boustifaille. Quelques marins de croisière, accompagnés de femmes carnassières, racontaient encore leurs escales buissonnières et la bière coulait dans leurs chopes altières comme des grandes marées coutumières. Sur un coin de nappe, des excentriques dessinaient des cartes au trésor, des esquisses aux visages d’aurore, ou élaboraient des bouts de rimes en or ou des belles lettres bariolées, comme des vraies banderilles de matador…  

Parfois, quelques éclats de voix débordaient, quelques jurons fusaient et c’était quelques rires de surface, ces rires de lave-glace qui essuient les premières larmes des grimaces. On se rabibochait, on se séparait, on se reprenait, on s’oubliait, mais on s’aimait sans feinte, à l’emporte-pièce, celui du véritable Amour, celui qui foudroie le cœur, celui qui bouffe les tripes, qui explose dans la tête et qui brûle l’âme aux feux incessants de la vraie Passion…  

A cause des rondes de flics, souvent, le patron réclamait aux consommateurs l’accalmie des clameurs. En écartant son bout de rideau, il surveillait la rue et ses agitations…  

La nuit durait longtemps. Chaque seconde avait son attrait, son émotion, sa couleur, sa partition. Animés par des fringales d’ivresse, les uns s’empiffraient avec des assiettes de kermesse ; les autres, les indépendants, se soûlaient encore par la seule habitude du fol enivrement. Remplis d’homélies radoteuses, leurs verres teintaient des messes froides sans jamais réchauffer leurs mains fiévreuses. Entre les tables, il flottait des parfums d’alcool, des effluves de sueur, des relents capiteux et des odeurs tenaces de tabac froid…  

Des types louches palabraient dans l’ombre des colonnades du bar. Même les glaces du comptoir semblaient les ignorer comme pour ne jamais les reconnaître ailleurs. Devant le zinc, deux ou trois chauffeurs de taxi racontaient leur journée, leur dernière course, les cartons de leur tiercé, le prix de l’essence. Seul à une table, un quidam sans âge tentait toujours la même réussite. Une à une, il semait en l’air ses as, ses rois, ses dames, ses valets, dans un geste désabusé de battu…

Des cigarettes interminables, aux filtres maquillés de lèvres cannibales, se consumaient dans des cendriers vénérables ; la brûlure de leur tison enflammait le mégot précédent qui, lui-même, ressuscitait celui d’avant. Partout, les yeux étaient rouges, les gorges étaient écorchées, les haleines étaient défraîchies, les gestes étaient flous, l’Espoir se noyait…

Ici, c’était le repos des brillantes fusées du feu d’artifice après qu’elles aient décoré le firmament de leur nuit bataille. Vaille que vaille, elles s’incendiaient encore dans l’envers du décor, embrasant la face cachée du spectacle, illuminant l’antichambre de la Torpeur. Le monde glauque des noctambules communiait ; par bribes de considérations vineuses, on parlait du hasard comme de la chance et de l’Amour comme d’un rêve…  
Les timides hardis, ces laissés pour compte frileux, mataient les jarretelles des dames légères attachées à leurs matous ; écrevisses, ils toussaient en récupérant leurs serviettes une fois de plus, et les belles de nuit écartaient gentiment leurs cuisses…  

Je crois que toutes les étoiles tombées du Ciel se retrouvaient dans ce bar. S’échappant de leurs nuits noires, elles se ressemblaient tellement avec tous leurs projets sans espoir, elles se rassemblaient pour briller un peu…  

Nous n’étions pas très à l’aise, toi et moi. Tu me donnais la main pour bien signifier à tous, ton appartenance amoureuse. Embrigadés par des boute-en-train bambocheurs, nous suivions leurs péripéties enjouées et surnaturelles ; on était dans la bande, on faisait le nombre, l’épaisseur des rires, le refrain des chansons, le tempo des applaudissements.
Inépuisables, ces joyeux drilles avaient encore des blagues, des bons mots, des flots de commentaires à verser à tous leurs allocutaires…  
Tous les deux, on croquait dans le même sandwich, on se partageait la même bière, on fumait la même cigarette ; on cachait nos bâillements pendant des revers de mains en simulacres de pirouettes…  

Au petit matin dentelle, sur le chemin du retour, c’était les camions poubelles qui nous poursuivaient dans les ruelles. Leur vacarme de ramassage était une vraie fanfare de tambours et nous courions devant ces sauvages, en regardant les dernières étoiles s’éteindre…

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Balade nocturne (Thérèse)

 

Des jours comme ça où tout implose, où tout explose,
Des soirs comme ça de solitude et de silence,
Des nuits comme ça où rien n'a de consistance
que les brumes qui s'emmêlent dans mon cerveau en déroute.
Des murs, des barrières, des portes, des maisons…
et des ombres, qui se cachent derrière,
caressent les briques une à une,
jouent avec la lumière des lampadaires,
courent, se coulent, se faufilent, subreptices,
sœurs intimes de fantômes aïeux.
Devant mes yeux écarquillés de surprise,
halos tout ronds, tout orange, striés de fins rayons,
encerclent chacun des éclairages au-dessus des trottoirs.
Je marche au milieu de la route déserte,
je marche dans les rues de mon âme,
le cœur oppressé d'être aussi inutile
avec le poids de cette peur en bandoulière.
Des rues vides où résonnent mes pas.
Même les chiens se sont tus dans la ville fantôme.
Des nuits comme ça où tout n'est qu'incohérence
Des soirs comme ça qui éclairent l'indifférence
Des jours comme ça écrasés de solitude
où tout explose, où tout implose…

 

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Noctambules (Laura)

 

Les oiseaux de nuit ne trouvent plus d’appui
Pour distinguer hier, demain  et aujourd’hui
Ils n’attendent plus grand-chose d’autrui
Leurs rêves et leurs désirs se sont enfuis
Ils boivent seulement  pour noyer leur ennui.
Les oiseaux de nuit ne trouvent plus l’étui
Qui contient leurs lunettes de pluie.
L’alcool a nui et tout le plaisir a fui.
Si le bar a un instant relui
Il ne reflète même plus celui
Qui confond le jour et la nuit.

 

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La Pomponette (Vegas sur sarthe)

 

Elle est là dans le vestibule, pâle comme un maccabée, chiffonnée de la tête aux pieds et chancelante comme un funambule de pacotille, les yeux battus et la choucroute de travers.
Alors je commence puisque je suis le plus valide de nous deux :"C'est à c't'heure-là qu'tu rentres? On avait dit pas tard, Germaine"
Je me doute de la réponse comme elle se doutait de la question et ça sort :"Il est pas tard... il est tôt, il est même très tôt. Qu'est-ce que tu fous déjà debout ?"
L'oiseau de nuit, déplumé et repu de gros son – ça tintinnabule encore dans sa tête – ressemble moins à une chouette qu'à une chatte rassasiée, on dirait la Pomponette de Pagnol.
Je me retiens de dire :"Assieds-toi là ma belle, tu dois avoir faim" mais elle n'est pas belle à cette heure matinale; Germaine est belle le soir mais jamais belle au matin, elle est du soir... du très soir.
Comme en préambule à l'habituelle empoignade elle ajoute pour se justifier :"J'y peux rien, j'suis somnambule"
Comme à chaque fois ce dialogue de sourd va ruiner mon petit-déjeuner du dimanche matin :"On ne dit pas somnambule mais noctambule"
Une grosse larme creuse lentement un sillon de rimmel ravageur :"J'y arrive pas"
Je repousse mon bol de café refroidi tout comme moi :"C'est pourtant facile, noc-tam-bu-le et som-nam-bu-le, c'est différent! Noctambule c'est quinze points au scrabble alors que..."
"C'est quoi le scrabeule?" demande t-elle.
Si les copains du club de scrabble l'entendaient, ils seraient sur le cul!
Germaine fourrage d'une main lasse dans sa choucroute dévastée; le sillon de rimmel finit sa course à la mandibule :"J'y arrive pas à rentrer moins tard parce que j'ai besoin de partir tard, sinon à quelle heure on ferait les after?"
Je pose ma tartine beurrée... Germaine l'est tout autant; j'ose la question :"C'est quoi un afteure?"
Si ses copines d'afteure m'entendaient, elles seraient sans doute effarées.
Elle s'explique les yeux fermés comme pour prolonger son plaisir "nocturne" :"C'est là où on va finir la nuit quand les boîtes ferment vers trois heures"
"Et on y fait quoi dans ces afteures?"
Une lueur incrédule éclaire son regard éteint :"Ben... on fait la même chose qu'en boîte, on boit, on grignote, on s'amuse quoi!"
C'est vachement bien organisé leur truc: quand les boîtes ferment, les afteures ouvrent.
Je réponds juste :"Tu grignotes après trois heures du mat? Va pas vomir dans mon bol"

Pomponette tangue dangereusement dans un slow approximatif et finit par s'affaler sur la chaise contre moi.
Un mélange de tabac froid et de Lancôme suranné déambule autour de ma fêtarde et me donne la nausée :"Tu fumes maintenant ?"
"Non, c'est les autres, alors fatalement j'en profite"
Comme si elle était fatalement contrainte d'aller en boîte chaque samedi et fatalement obligée de rentrer à sept heures.
Fêtard... c'est curieux ce mot qui finit par tard.
D'après le Larousse le mot fêtarde est très rare, mais il a fallu que j'en épouse une.
Moi je fais partie des couche-tôt et je n'ai pas envie de changer de rythme.
Ma fêtarde ronronne et commence sa nuit sur place, je pourrais lui dire façon Pagnol que je m'étais fait un sang d'encre toute la nuit, que j'avais tourné et viré dans tous les coins, plus malheureux qu'une pierre... mais en fait j'ai dormi et il faut que j'aille réchauffer mon bol de café :"Maintenant que tu en as bien profité, Pomponette tu peux aller te décontaminer sous la douche et filer au lit... il est encore chaud"

Je rêvais de conciliabules, d'enfantillages échangés sur l'oreiller dans la chaleur du lit conjugal mais voilà, j'ai épousé une noctambule.
"S'il est chaud j'en veux bien" bredouille t-elle.
J'ignore si elle parle du café ou du lit et je n'ai pas envie de savoir; pas envie de partager l'un comme l'autre: c'est mon café et c'est mon lit puisque j'y dors seul et que je le bois seul ou le contraire.
Dimanche prochain, je prendrai mon café au lit... ça résoudra la question.

 

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Pensées noctambules à LISBONNE (Venise)

 

Sous les toits de  LISBONNE se jouent les passions nocturnes d’un petit monde aux gestes inutiles.
Le petit employé de commerce, la femme de ménage, la secrétaire et le chômeur ont tous rêvé leur vie avant même de la vivre
Ces intimes rêves, sont restés dans l’ombre éclairée d’une étrange clarté que le Poéte  PEGUY nommait l’espérance.

Ce petit monde crépusculaire a brassé tant de rêves, que LISBONNE en frémit encore.

 

v

Dans cette ville labyrinthe où dort un Minotaure , gisent des drames gris de nos simples vies.
Sous la clarté des lampadaires à la surface des rues se cache l’opacité de nos destinées.
C’est pourtant là dans cette ville Nocturne , havre de paix
Pour qui sait écrire que je me suis réconciliée avec mes nuits et que le monde fut enfin habitable .

Bien avant Baudelaire,et la lucidité de son spleen, bien avant Rimbaud et la mutilation de sa jambe , j’ai porté d’une manière déconcertante le désordre du monde ,sa lumière , sans vaciller et qui condamne à une distance infranchissable .Mise à la diète , j’ai renoncé à feindre , dans le jeu du clair-obscur des miroirs  pour mettre à jour les fines couches successives de mes émois .

Lisbonne est le lieu où l’on abordait le mieux l’insondable , l’indicible présence du secret d’une vie la nuit. .

 

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11 novembre 2017

Défi #481

 

Ne nous cachez rien,
vous aussi vous l'êtes (parfois) !

Noctambule

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Ecrire à Rimbaud ? 11, Maléfices (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

“Sweet Lorraine
Let the party carry on… »

Uriah Heep (Ken Hensley ; Mick Box ; Lee Kerslake) 



A force de m’interroger sur le maléfice ardennais, sur cette suite de catastrophes que fut ton existence, j’en viens à me demander si je ne suis pas, moi-même, le maléfice ultime !

N’ai-je donc rien de plus intéressant à accomplir dans la vie que cette exploration non essentielle des bibliothèques et d’Internet au sujet de ton œuvre et de ta vie afin d’en souligner, s’il en est encore besoin, la malchance infinie ?

N’ai-je pas à rechercher des images plus colorées, plus joviales que celles du Harrar en noir et blanc ou de Charleville-Mézières après le passage de la météorite Rimbaud ou des bombes de 14-18 et 39-45? J’en connais pourtant ! Et des tonnes !

Est-il bien utile d’offrir en partage ma dernière trouvaille ? Sans doute que oui, histoire de relativiser le fait que «Non seulement j’ai écrit des bêtises mais j’en ai chanté aussi». J’avoue, j’aime bien balancer des horreurs dans les oreilles des gens, c’est pour cela que je chante ! Mais avec le «Rimbaud» de John Zorn, vous allez être gâté(e)s ! C’est du pire to pire !

Il ne sortira donc jamais, de la tête des hommes, que le génie du mal et le goût pour l’inaudible ? Serions nous tous ensorcelés ou quoi ?

Attention, passage litigieux : 

Uriah Heep Demons and wizards

Et pourtant, c’est bien la société elle-même et, paradoxalement, l’école qui nous encouragent à cela. On y prône la curiosité, le goût pour la lecture, pour les arts, pour la science, pour la découverte, bref tout ce qui a causé ton malheur… et mon bonheur !

Sans la fréquentation des livres, Arthur Rimbaud, tu serais sans doute devenu un paysan ardennais plus ou moins prospère. C’est à cela que te réduit d’ailleurs M. Thierry Beinstingel dans son roman «Arthur Rimbaud, vie prolongée». Arthur Rimbaud, contremaître à béquilles dans une carrière de marbre belge, marié puis veuf avec enfants, qui traverse l’affaire Dreyfus et 14-18 sans prononcer un mot plus haut que l’autre… Désolé de spolier celles et ceux d’entre vous qui souhaitent lire ce livre mais, à part le fait que c’est très bien écrit, ce scénario n’a rien de bien intéressant !

L'autocritique du jour : La malédiction des auteurs de romans c’est le lecteur qui se prend pour un critique littéraire !

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne reproche rien à ce Charlemagne qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école. Je ne fais pas partie de ceux qui veulent l’interdire avec la musique, le jeu d’échecs et la liberté de parole pour voiler tout cela du grand manteau noir d’une religion. Allez-y, les jeunes gars, les jeunes filles, à l’école ! Allez y, vous n’en reviendrez pas, comme le chantait Brigitte Fontaine jadis. Oui, c’était assez inaudible aussi !

Uriah_Heep-The_Magicians_Birthday_Japan-Booklet-

En effet, sans les livres d’images, sans les bandes dessinées, sans la liberté de publier et de diffuser la culture, fût-elle d’abord souterraine (underground) puis récupérée (mainstream) et officielle (old dinosaurs, Pink Floyd, Rolling Stones, Bob « Nobel z’années » Dylan), sans les couvertures des romans de science-fiction et les pochettes de disques vinyles, comment aurais-je pu rencontrer les démons et sorciers dessinés par Roger Dean pour les albums d’Uriah Heep et d’autres groupes de rock des années 70 ?

Bien sûr, c’était en dehors de l’école, mais il n’y a pas que l’école dans la vie, ou mieux, toute la vie est une école et le professeur-cancre Joe Krapov y donne des cours de récréation ! Bien sûr c’est le hasard qui préside à la sorcellerie, à la magie et qui fait qu’un sortilège devient maléfice ou enchantement. Rien ne l’abolit et surtout pas un coup de dés. 

Uriah_Heep-very 'eavy

- T’as du faire nénette, deux, deux et un, Jean-Arthur, et moi casser la baraque avec trois six !

J’ai eu la chance de découvrir chez lui et d’emprunter à l’ami J.-B. B. le premier 33 tours de Uriah Heep, «Very ‘eavy, very ‘umble». Que faisait-il, égaré dans sa collection de disques de musiciens de la West Coast des Etats-Unis (Jefferson Airplane, Grateful Dead, Hot Tuna, CSNY) ? Mystère !

Toujours est-il que «The Magician’s birthday» est bien le premier disque de rock acheté par les pauvres deniers de mon argent de poche de l’époque. Je suis toujours aussi scotché par le morceau final de dix minutes sur la face deux avec son solo de guitare électrique et de pédale wha wha. Le plus enchanteur des sortilèges musicaux n’en reste pas moins Demons and Wizards, l’album qui précédait celui-ci, avec la suite magique de Ken Hensley, «Paradise / The spell». 

Greenslade 1 recto

Et donc, de maléfice en aiguille, pour le seul plaisir de posséder des illustrations de Roger Dean, j’ai été victime de fièvre acheteuse et je possède encore les disques du groupe Greenslade, de Yes et même de Badger.

Bon, assez disserté sur mes envoûtements personnels. Je m’aperçois que, tout à mes recherches et à mes écoutes de musiques folles, j’ai oublié de voir passer le 20 octobre et de te souhaiter un bon anniversaire ainsi qu’à ce cher oncle Walrus qui est né dans ces eaux-là aussi, un peu plus tard quand même qu’en 1854 !

C’est pourquoi je termine cette lettre en vous Balançant à tous les deux un «Happy birthday, magician !».

P.S. Et comme je ne suis pas chiche, je vous offre mes derniers trésors du Trégor. Vous pourrez ainsi constater que Messieurs Nikon et Canon ont prononcé à mon endroit aussi un terrible maléfice : «Chaque fois que tu prendras des photos, Joe Krapov, tu tourneras la molette des effets créatifs afin de te retrouver dans un autre monde qui te rendra fou ! Ha ! Ha ! Ha !" (Rire maléfique de Nippon ni mauvais qui te jappe au nez). 

P.S. Oui, je t’ai entendu, Jean-Arthur !

- Passer de Sweet Lorraine à Loreena McKennitt, c’est une belle façon de boucler la boucle. Et ce serait bien que tu la boucles un peu plus souvent, Joe Krapov !»

- Ha ! Ha ! Ha ! Compte là-dessus et bois de l’absinthe !

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Maléfice (joye)

La voisine, je ne peux plus la voir en peinture.

Au début, oui, ça allait. Elle était jolie, le jean agréablement serré, un parfum indistinct qui fait rêver un mec. Une bouche carmine. Vous voyez le genre. Parfait pour moi, un homme distingué, compositeur et musicien accompli.

Un soir, elle vint frapper à la porte. C’était l’heure de l’apéro, ça tombait bien, j’avais passé la journée avec des gamins immondes, leur apprenant à ne pas baver sur le clavier de mon Hans Weber. J’étais sur le point de lui proposer un petit porto quand elle me fit sa demande.

Pouvais-je m’occuper de son chat ce week-end-là ? Elle venait de l'adopter de l'abri. Malheureusement, son jules était allergique et il l’attendait en bas, il voulait aller en amoureux au bord de la mer, mais elle ne pouvait pas laisser l'orphelin sans ses croquettes et puis le pauvre minou serait tout seul et serais-je un amour et le garder ?

Je n’avais même pas le temps de formuler un refus galant avant de me retrouver avec une boule blanche sous le bras et la voisine qui descendait rapidement l’escalier en riant « Il s’appelle Maléfice ! »

Le chat et moi nous regardâmes, l’un plus méfiant que l’autre.

C’était sans doute là le point culminant de son séjour.

Ça dura quatre jours, six bagarres et plusieurs lacérations. Mon appart’ sentait abominablement le vomi et le pipi. Ce crétin de chat avait aspergé les rideaux du living, laissé ses poils blancs partout sur mon meilleur costume, et ses crottes dégueues sur mon Kilim. La maudite créature renversa même ma petite figurine de Limoges. Bon, j’avoue que je n’aimais pas trop la babiole, maintenant en miettes, mais je regrettais les six cents balles qu’elle valait, c’est sûr.

Enfin, cette gonzesse de voisine fut de retour de son week-end voluptueux. Elle avait l'air heureuse et reposée. Moi non. Quand elle passa récupérer son sacré grippeminaud, j’étais prêt.

-          Eh oui, Madame, votre Maléfice était un amour ! je ronronnais. Tellement que je lui ai fait un petit cadeau.

-          Ah bon ? Un cadeau ?

-          Oui, oui, oui, j’ai découvert, figurez-vous, que votre chat était doué pour la musique.

-          La musique ?

-          Oui, oui ! Tout à fait ! Ne le saviez-vous pas ? Il joue de la sonnaille.

-          De la sonnaille ? Ça alors !

-          Bah oui, je sais. Allez, tenez, votre petite bouboule et la sonnaille. Je la lui offre en souvenir de notre petit week-end ensemble.

Elle semblait plus qu’un peu déconcertée, la voisine, mais elle ne pouvait pas refuser ma générosité. Soit cela, soit elle se méfiait de mon sourire inquiétant.

Après tout, depuis quatre jours, ce putain de raminagrobis n’avait pas arrêté de faire le vacarme chez moi. Et maintenant, il allait continuer chez elle. 

Et elle, elle tint exactement deux jours avant de ramener Maléfice d'où il venait. J'ignore ce qui arriva à la sonaille.

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La vilaine sorcière par bongopinot

bo

 


De ces rues désertes et sombres
Arrivent des créatures maléfiques
Nous venons en nombre
Détruire vos journées angéliques

C’est moi la vilaine sorcière
Je sévis dans les coins sombres
Malheur aux gens de l’ombre
J’apporte froid et misère

Je suis une créature maléfique
Mon rire sonne l’effroi
Méchanceté psychédélique
Je suis haineuse et sans loi

Si vous croisez mon chemin
Vous ne verrez plus demain
D’un seul geste de la main
Vous ne serez plus rien

J’ai les oreilles en pointes et le nez crochu
À ma vue la peur vous tenaille
Je suis tout de noir vêtue
Je vous attends pour la bataille

Je ne suis que maléfice
Je rôde tous les jours
Avec véhémence et malice
Ma rage vous jouera des tours

Je vous jetterai sorts et maléfice
Je règne en maître sur cette terre
Où je vis je cours je marche et glisse
Essayez d’éviter mes embuches de sorcière

De ces rues désertes et sombres
Arrivent des créatures maléfiques
Nous venons en nombre
Détruire vos journées magnifiques

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La cantine (Pascal)


Un jour de cantine, je patientais tranquillement dans la queue et j’avais mis les discussions de la populace alentour en veille. Rien de ce qui se disait n’avait une quelconque importance dans cet endroit d’attente. Certains papotaient comme des commères en retard de ragots, d’autres continuaient à travailler dans leurs grosses têtes ; ils finissaient des rapports obscurs ou complétaient des tableaux de bord, sans réelle direction...

Et cette file indienne sédentarisée trépignait en avançant mollement dans l’hymne des casseroles ambiantes et des poêles environnantes. Pour faire le bon tempo, les ventres grognaient de concert. Les yeux cherchaient déjà l’entrée, réfléchissaient sur le plat de résistance ou sur le goût du dessert. On fomentait des couleurs dans ce plateau, bientôt garni, pour s’en faire un bouquet appétissant. Dans la lente avancée continue, on se taisait cérémonieusement, en sourdes prières de viandes tendres, de frites rissolées, de fromages gastronomiques et de gâteaux attrayants. On allait communier pour apaiser nos ventres dans ce mess. On se taisait pour saliver à l’avance et pour aiguiser nos papilles excitées dans ce recueillement journalier…  

J’étais collé dans cette foule processionnaire, en presque sur place, en petits pas, en instance d’approvisionnement de cette fringale légitime qui animait ma patience retenue.
Affamé, j’allais sur mon erre dans ce cortège sans oreilles, poussant mes devanciers et poussé par mes suiveurs ; la faim justifie les moyens… d’avancer…

A la vue de tous, dans l’antre de la cuisine, les serveurs s’affairaient à remplir leurs étalages de nourriture qui se dégarnissait plus vite que le zèle qu’ils avaient derrière leurs tabliers. Affublés de belles toques blanches ou de petits calots, souriants et avenants, ils s’inquiétaient de la cuisson de telle ou telle victuaille et ils garnissaient les assiettes dans la proportion autorisée.

Un petit gars, un peu grand, un peu frêle, un peu gauche, un peu perdu, mais très seul, s’activait pour satisfaire les besoins des convives devenus impatients. De l’autre côté du rideau, sur la grande scène, il jonglait entre la louche et la spatule à dessert ; de son mieux, il agençait les difficultés défilant devant ses responsabilités. Sous les feux de la rampe des néons et des aliments alignés, il demandait à chacun le choix du plat de résistance ou du gâteau et il s’appliquait, avec ses moyens et toute son assiduité, à remplir l’assiette réclamée.

Sa voix était infiniment fluette, étrange et décalée, complètement hors de propos avec son âge, comme si ses cordes vocales avaient oublié de grandir avec lui. Et tout le monde riait de cette anomalie et on lui faisait répéter seulement pour écouter encore sa voix de castrat et l’hilarité s’amplifiait au fil de la queue railleuse. Oui, c’était de l’animosité malsaine et ce pauvre grand gamin, conscient de sa gêne dont il n’était pas responsable, s’évertuait encore à satisfaire de son mieux tous ces terribles clients…

Je me souviens d’un sketch avec Smaïn où il dit « qu’il préfère pleurer dans une Porsche que rire dans une deux chevaux » et tous les gens dans la salle avait applaudi à tout rompre à cette parabole hautement intéressée ; moi, je préférais rire dans une deux chevaux, même une seconde, que pleurer dans n’importe quelle voiture. Tous ces gens dans cette file d’attente devaient être le public de ce comique…  

Ce pauvre garçon, je suis sûr qu’il devait se boucher les oreilles dans sa tête pour ne pas entendre les quolibets railleurs et les moqueries déplacées. Devant la vague de ces assaillants imbéciles, tendu telle une triste figure de proue, il essuyait la tempête féroce de leurs rires malsains. Des boutons d’acné constellaient son visage et il rougissait pour se défendre. J’entendais les méchancetés et les brocards alentour ; lui, avec sa manche, il essuyait ses yeux et son front pour mélanger l’écume de sa sueur et de ses larmes, baignant à fleur de joues.

Ce jeune stagiaire s’accommodait péniblement de toute cette agressivité espiègle, cette causticité malsaine, cette amertume ambiante, cette taquinerie méchante. Il était sourd aux lazzis, aux sarcasmes, à ces affronts le bafouant et il servait les lasagnes, le boudin purée, le poisson blanc en tendant poliment l’assiette réclamée. Il s’obstinait pourtant à rester souriant, affable, pour faire croire à tous qu’il comprenait toute cette cruauté environnante…  

Je voyais bien qu’il était désemparé, seul au gouvernail de son service le chavirant, mais il assumait avec détermination sa tâche. Sa toque, trop grande, un peu pliée, mal ajustée, glissait sur ses yeux et tous les fléaux de la terre s’abattaient sur sa modeste personne…  
Il me faisait penser à un pauvre clown triste qui joue le vrai rôle de sa vie. En étant ce qu’il pouvait être, il amusait la galerie des abrutis chalands se restaurant à ses dépens. Ravi de cet interlude, le monde imbécile cherchait encore à le décontenancer et il puisait, sans retenue, dans ses restes de force pour appréhender la future question, et les rires méchants, ces seules réponses en échos sadiques, revenaient à ses oreilles attentives…  

J’avais de la peine à assister à cette scène où je n’étais qu’un mauvais témoin passif pendant cette exécution sommaire, tellement assaillante. Pourtant, ce grand gosse donnait une belle leçon de courage, d’abnégation, de bravoure, de force et d’énergie à cet entourage mesquin. Quand vint mon tour, il n’eut pas le temps de poser sa sempiternelle question revenante et tellement nasillarde. Je précédai sa demande en lui formulant mes desiderata, assez fort pour tuer le brouhaha de l’atmosphère moqueuse. Je devenais le grain de sable utile dans cette machinerie piquante et narquoise…  

Le p’tit gars avala sa salive pour abreuver sa gorge en manque de fraîcheur et ses deux grands yeux noirs semblèrent me remercier de vivre enfin cette opportune accalmie. Il s’appliqua en remplissant mon assiette en faisant durer le temps de cette tranquillité subite. Au bout de son souffle, il respirait vite ; il récupérait de ses affres… Quand il m’a dit « Bon appétit », les autres avaient oublié de se moquer, le maléfice était rompu…

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Mâle et fils (tiniak)

Mâle & Fils, S.A. - DIRCOM

 

À l'heure où le hashtag « dénonce la grosse porcasse qu'il te plaira de vilipender pendant tes ragnagnas » atteint des sommets de laïks, d'échanges, partages z'et divers ritwittes sur la toile mal tendue - mais Ô combien fréquentée ! par la plupart des frustrés z'en tout genre que notre monde en déliquescence a fomenté en son sein véreux, une question se pose, là.
Non pas là, là !

Question t’en question : « Dites-voir donc... C'est quoi d'où que ça vient-il ces attaques répétées contre Mâle & Fils !?! Mmh ? »
Mâle & Fils ? Pensez ! Une société qui a fait ses preuves depuis… pfff… depuis, au moins l’âge des grottes décorées z’à la peinture à doigt – et avec quel doigté ! C’est dire !

Nah mé, sans dec' ! Depuis le temps que le droit de cuissage a survécu aux libéralismes z'à-tout-vat, que les joyeuses rapines de fin de siège perdurent durant les conflits z'armés (zarma !) qui agitent teu t’aujourd’hui moins les chroniques que la planète, et que les mains t'au cul (z’au Q ?) continuent de fleurir sur les trottoirs z'et avenues z'où transports tant commun (néanmoins pratiqués tant solitaire), vous croyez-t-y pas qu'il s'agit précisément d'une pratique ancestrale qui a fait ses preuves depuis des millénaires ? Voireuh bien plusse chez les millionnaires !! Hein ? Bon…

Alors, bon... Bon, bon, bon... Je dirais même : Oh ! hé ! Hein ? Bon !...
Le problème, il est : même si ça fait bonbon qu'on essaie de démontrer qu'aussi – hein ? eh ! oh ! z’ il y a toujours z'eu, et qu’y aura toujours, des z’aguicheuses pour rechigner après coups (portés, pourtant, t’avec un geste savant, acquis z'en des temps z'archaïques (cités plus z’haut) et conservé aux pris de longues luttes contre le Sur-Moi t’et les différentes morales z'afférentes aux systèmes sociaux (successifs z'et subséquents), je m'interroge, ben si ! Je m’interroge : « Pourquoi, eh… pürkwa tant d'émotion autour de billevesées après coût... [nnnnh, ghh !] après tout, fort t'anodines z’et plutôt enclines t’à démontrer que le lien social, fondamental z’et sépulcral qui nous… euh… lie, tient z'à très peu de choses, en vrai : quelques gestes, regards, paroles, frottis, commis dans l'effervescence de l'instant, quoi ! en toute spontanéité, quoi ! par quelque mâle (ou son fils), élevé par... une femelle, euh… une femme lelaquelle, par nature, n'a tant (Nathan ?) voulu, souhaité, porté à bout de sein, caressé de la main, que le bonheur, serein n'et bienveillant de sa progéniture ? » M’interrogé-je, Serge.

Hein ? 'pas con, la question !
Ben ? V’là qu’il neige ! C’est bonnard, ça, dis ! Une ou deux traces, et woup ! Je m’en vais charrier Magali (ma ‘tite stagiaire 95C) qui prend mes direux z’à la dictée (là, non, hein… je vous z’écris de mon plaint grais, en toute disgrétion), pour z’y souffler t’au moment de partir : « Ben, Magali ! M’ fais pas r’un flan… C’est-y que t’es ma girlie, z’ou nan ? »

Tu vois la finesse ? Hashtag « Mâle & Fils », wesh !

 

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