26 septembre 2015

Participation de Fairywen

 

Un jour une carte…

 

Le jeune homme se renversa sur sa chaise en soupirant. Cette carte n’avait décidément aucun sens… Les terres dessinées ne ressemblaient à rien de connu, les indications fantaisistes ne correspondaient à aucune des mesures utilisées en Avalon. Pourtant il devinait que la solution était là, à portée de main. Il ne lui manquait sans doute pas grand-chose pour élucider le mystère qui le narguait.

Mais il trouverait. Il trouvait toujours, car il n’abandonnait jamais. Bien sûr, pour cela, il lui faudrait prendre quelques risques. Oh, trois fois rien, vraiment. Il devrait juste s’introduire dans le palais de la souveraine d’Avalon pour y « emprunter » un ou deux documents, et pour cela, contourner un nombre appréciable de sorts mortels. Une promenade de routine, en somme. Ah, évidemment, le fait que l’amant de la Dame du Lac soit présent avec les siens allait peut-être un peu compliquer la donne… Il n’était pas exactement réputé pour être sa clémence. De plus, ils n’étaient pas en très bons termes, tous les deux. Là encore, rien de grave, le prince consort avait simplement juré de lui faire la peau la prochaine fois qu’il le verrait. Simple détail…

Le pirate rassembla ses cartes avec un sourire et grimpa sur le pont pour lancer ses ordres à son équipage. Les voiles furent hissées et claquèrent dans le vent tandis que le navire prenait de la vitesse.

 

Le sort en était jeté. Une fois de plus, il irait défier les lois d’Avalon.

 

Le début de l’histoire est à lire ici.

 

Défi 369 du samedi 19 septembre 2015

 

 

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19 septembre 2015

Participation de Fairywen

Renaissance

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Un passage rapide, un peu de poussière brillante qui accrochait les rayons du soleil, quelques trottinements de petits pieds sur les vieux planchers, des rires étouffés. Puis plus rien, le silence, la vieille maison rendue à ses habitants à ailes et à pattes, qui se demandaient qui avait bien pu venir leur rendre visite ainsi.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Une étoffe drapée ici, un coussin posé là, un endroit qui soudain restait propre. Et toujours des rires, de la poussière brillante et des petits pieds rapides et légers. Intrigués, les habitants à ailes et à plumes observaient ces menus changements, cherchant à en identifier les auteurs.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Des guirlandes de fleurs accrochées au lierre. Une odeur de forêt dans les pièces abandonnées. De la lumière qui se glissait dans les recoins. Des rires plus fréquents, des petits pieds plus nombreux. Les habitants à ailes et à plumes s’interrogeaient : qui donc venait ainsi envahir leur domicile ?

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Une petite silhouette ailée suivie d’une autre, et d’une autre encore. Des silhouettes qui virevoltaient, accrochant des voilages d’étoiles devant les fenêtres soudain réparées, semant des coussins brillants sur les sols propres et fleurant bon les bois. D’autres silhouettes affairées, qui rangeaient des sacs de provisions dans des garde-mangers tout neufs et des ustensiles de cuisine à proximité de solides foyers. Et toujours des rires, de la joie et des petits pieds qui couraient. Toujours curieux, les chatons furent les premiers à aller voir de près ce qui se passait.

 

Cela avait commencé par un premier face-à-face étonné : chatons surpris face aux fées et aux lutins qui investissaient doucement la maison abandonnée.

Cela avait continué par des jeux endiablés, des courses et des cavalcades, des bagarres pour rire et des siestes pour se reposer.

Et cela ne s’était jamais terminé. Les sortilèges tissés par les fées et les lutins avaient fait de la maison abandonnée un palais merveilleux, tout de tendresse et de chaleur, bien protégé des hommes et des éléments, un endroit où les animaux venaient se réfugier, pour jouer, dormir ou être à l’abri des intempéries, un endroit où l’oiseau jouait avec le chat et le chat avec le renard. Un endroit où, lorsque la neige tombait et que le blizzard soufflait dehors, les fées et les lutins se blottissaient sous les plumes ou dans les fourrures pour avoir chaud.

 

Finalement, la vieille maison ne regrettait pas d’avoir été abandonnée par les hommes…

 

Défi 368 du samedi 12 septembre 2015

 

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12 septembre 2015

Participation de Fairywen

Agonie

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Peu à peu, ils avaient amené les enfants de moins en moins souvent, et leurs rires avaient cessé de réchauffer les couloirs de la vieille maison. Puis les visites s’étaient raréfiées. Il faisait trop chaud, trop froid, trop humide, trop sec… Tous les prétextes étaient bons. Puis ils n’étaient plus venus que quelques après-midis dans l’année, pour ouvrir les volets et laisser entrer le soleil. Puis une fois par an. Puis plus du tout.

Sans soins, la vieille maison avait commencé à mourir doucement. Elle avait été construite pour abriter la vie, elle avait protégé, réchauffé et abrité des générations d’humains, donnant sans rien demander. À présent qu’elle était trop âgée et coûtait trop cher à l’entretenir, ils la laissaient se décrépir et agoniser lentement.

Seule.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Des grattements aux volets qui s’affaissaient, des trottinements sur les planchers poussiéreux. De plus en plus nombreux, de plus en plus enhardis. Puis il y avait eu les premiers cris venant du grenier, sinistres inquiétants. Puis des trilles joyeux le jour.

Les trottinements avaient été suivis de bruits de pattes feutrées qui exploraient, curieuses. D’abord timides et hésitantes, avant de devenir des cavalcades dans les vieux escaliers.

Le lierre s’était invité par une fenêtre cassée, suivi des fougères, des mousses, des fleurs amoureuses de l’ombre des pierres et même d’un arbre, qui grandissait par un trou du toit.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Peu à peu la vieille maison avait disparu dans le paysage, enfouie sous les plantes qui la protégeaient comme elle avait protégé ceux qui l’avaient abandonnée sans même un regard. Ses murs abritaient des colonies de souris, des chatons farceurs jouaient dans ce qui avait été des chambres d’enfants et le bruit de leurs pattes remplaçait celui des jambes. Parfois un renard passait musarder, attiré par les chants des oiseaux qui nichaient dans les coins et les recoins, sans toutefois oser aller disputer le grenier aux chouettes. Grenier qu’elles partageaient pourtant avec des fouines, ravies de trouver là un endroit sec pour y élever leur progéniture. Il arrivait même qu’une biche ou un chevreuil pose un sabot délicat dans le hall éclairé par la lune.

La vie bruissait à nouveau dans la vieille maison. Dorénavant plus jamais elle ne serait abandonnée.

Défi 367 du samedi 5 septembre 2015

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05 septembre 2015

Participation de Fairywen

Retour à la Cour

Damon s’immobilisa sur le seuil de l’atelier. Rien n’avait changé depuis son départ. Assis sur un tabouret, l’artisan accordait un luth. Dans un coin, un métier à tisser montrait le début d’un ouvrage. Une couverture, ou peut-être un tapis. À ce stade, c’était difficile à dire.

— Alors ça y est, te voilà de retour ? lança l’homme en guise de bonjour.

— Comme tu vois.

— Et bien, quel enthousiasme…

— Je n’ai jamais beaucoup aimé présenter des excuses.

— Surtout quand tu sais que tu as eu tort, n’est-ce pas ?

Damon ne répondit pas, mais son expression était éloquente.

— Entre et assieds-toi, poursuivit l’homme en posant le luth. Tu veux en parler ?

— Il n’y a pas grand-chose à dire. J’ai fait ce que me dictait l’honneur, mais ma fierté a du mal à s’en remettre.

— C’est là ton problème. Tu as toujours été trop orgueilleux.

— Là, tout de suite, il ne reste plus grand-chose de mon orgueil.

— Tu as pourtant retrouvé ta place.

Un long silence suivit ces mots, puis Damon finit par avouer dans un soupir.

— J’ai renoncé à ma place d’héritier.

— Pardon ?

— Je dis que j’ai renoncé à ma place d’héritier.

— Pour une nouvelle… Qu’est-ce qui a bien pu te faire renoncer à ce qui te tenait le plus à cœur au monde ?

— Pas quoi.

Damon avala une gorgée d’alcool avant de reprendre avec un petit sourire.

— Qui.

— Tiens donc… Le bourreau des cœurs serait-il tombé amoureux ? Et comment s’appelle celle qui a réussi à te capturer dans ses filets ?

— Stella.

— La Sylve ?

— Tu la connais ?

— Bien sûr. Elle est fière, indépendante et ses pouvoirs sont immenses. Elle sait ?

— Oui.

— Et ?

— Nous nous unirons officiellement demain.

L’artisan sourit en leur versant un nouveau verre de vin.

— Voilà une union qui risque de ne pas être ennuyeuse… Où allez-vous vivre ?

— Où elle le voudra.

 

Deux jours plus tard, le couple quittait le royaume à bord de la vieille camionnette blanche, celle-là même qui avait emmené Damon vers son destin deux mois plus tôt. Cette fois, le jeune homme ne partait pas en banni. C’était volontairement qu’il avait choisi son exil, et chaque fois qu’il jetait un coup d’œil à la silhouette qui occupait le siège passager, il se disait qu’il avait pris la bonne décision.

Fairywen/Ysaline

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29 août 2015

Participation de Fairywen

Une journée pour tout changer

Le village était en partie dévasté. Damon et Stella s’arrêtèrent net en découvrant le spectacle d’Apocalypse.

— Je ne voudrais pas paraître exagérément pessimiste, mais y a-t-il encore quelque chose qui tienne debout, ici ? commenta le prince faé.

— Allons voir.

Ils avancèrent en silence le long d’une rue déserte. Apparemment, ils étaient arrivés par le côté le plus touché. Le reste du village avait l’air en bien meilleur état. Damon allait en faire la remarque lorsque des sanglots enfantins l’interrompirent. Ils échangèrent un regard, puis se dirigèrent vers la source des pleurs, espérant ne pas découvrir un enfant enfoui sous les pierres.

Un petit garçon se tenait devant une maison effondrée, tentant de dégager les décombres. Stella s’agenouilla à côté de lui et le prit dans ses bras.

— Que t’arrive-t-il ?

— Mon chien… Il est coincé là-dessous. Je l’entends, je crois qu’il est blessé.

— Laisse-moi faire.

Sans attendre de réponse, Damon se mit à soulever les débris pour dégager un passage. Il ne semblait faire aucun effort particulier en évacuant les lourds parpaings. Si le petit garçon n’avait pas été aussi inquiet pour son chien, il aurait sans doute admiré la force de l’homme, mais là il ne pensait qu’à son compagnon.

Un jappement étouffé se fit entendre, et bientôt le prince faé dégagea un gros chien blanc couvert de poussière et aux poils ébouriffés. Le petit garçon se précipita vers l’animal qui remuait la queue et le serra dans ses bras. Les larmes qui coulaient sur son visage étaient des larmes de joie.

Stella adressa un sourire à son compagnon.

— Alors, ça fait quel effet de penser aux autres avant de penser à soi ?

Damon sourit à son tour.

— J’avoue que ce n’est pas désagréable.

— C’est bien, tu progresses.

— Mais ce n’est pas encore assez, c’est ça ?

L’éclat qui pétillait dans les yeux de Damon démentait l’amertume apparente de ces paroles. Stella ne s’y trompa pas. La part sombre de l’héritier déchu s’éloignait…

 

La journée fut aussi longue que fatigante pour les habitants du village. Bien qu’il fît attention à ne pas se trahir, la force surnaturelle de Damon fit des miracles. Quant à Stella, elle semblait être partout à la fois, virevoltante, s’occupant des hommes et des bêtes. Les talents de commandement du prince faé firent merveille pour seconder les gendarmes et organiser les secours. N’oubliant pas la situation qui était la sienne, il prit cependant garde à ne pas se comporter en despote comme il en avait l’habitude. Il rit et plaisanta avec les habitants autour d’un pique-nique improvisé, se réjouit qu’il n’y ait eu que des dégâts matériels et des blessés légers, aida Stella à mettre au monde un poulain au milieu d’une écurie à moitié en ruines et lorsqu’enfin ils décidèrent de rentrer, la nuit était tombée.

Aurore et Magali, les institutrices, voulurent les convaincre de rester au village plutôt que de reprendre la route dans le noir, mais la Sylve déclina l’invitation.

— Mes animaux là-haut ont besoin de moi.

Ils ne pouvaient pas le dire, mais l’un comme l’autre voyait parfaitement bien dans la nuit, et ils n’eurent aucun mal à regagner le chalet.

— Une douche ne sera pas du luxe, soupira Stella.

— Je suis assez d’accord avec cette idée. Honneur aux dames…

 

Environ une heure plus tard, ils se retrouvèrent devant la cheminée, un café à la main. Le silence régna un instant entre eux tandis qu’ils savouraient la boisson réconfortante. Damon le rompit le premier.

— Il faudra redescendre demain. Il y a encore du travail.

La Sylve lui jeta un regard moqueur.

— Tu te piques au jeu, Ta Majesté ?

— Il paraît que je n’ai pas le choix.

— On a toujours le choix.

— Alors, disons que j’ai choisi de ne pas l’avoir.

Il avala sa dernière gorgée de café et poursuivit.

— Et d’obéir à une certaine Sylve qui est semble-t-il ma dernière chance de rédemption.

— Bien qu’elle ne soit pas forcément la meilleure.

— Moi je crois qu’elle l’est.

Stella sourit, et si ce fut le hasard qui fit se toucher leurs mains lorsqu’ils reposèrent leurs tasses, elle ne se défendit pas lorsque le prince déchu noua ses doigts aux siens…

 

Fairywen/Ysaline

 

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22 août 2015

Participation de Fairywen

Le choix

Damon se raidit. La Sylve le prenait totalement au dépourvu. Il recula d’un pas.

— Que veux-tu dire ?

Elle le regarda, railleuse.

— Oh, voyons, Ta Majesté… Mon royaume est cette forêt que tu as malmenée avec tes chasses à outrance et ton mépris des animaux. Je sais que ta condamnation porte sur bien d’autres points, mais celui-là me touche particulièrement. Peut-être n’ai-je pas envie que tu gagnes ta rédemption, même s’il semblerait que tu aies accepté ta punition ?

Le prince déchu hésita. En lui l’ombre le disputait à la lumière. Il était un prince faé, et comme tous les princes faés, son âme était double. L’ombre avait failli avoir raison de lui et le transformer en faé noir. Ce n’était que de justesse que la lumière l’avait emporté. S’il cédait à l’ombre aujourd’hui, il perdrait définitivement son statut et même sa liberté.

Stella ne le quittait pas des yeux, curieuse de voir quel chemin il allait choisir. Elle était prête à l’affronter s’il optait pour l’ombre. De longues minutes s’écoulèrent dans un silence tendu, puis les muscles de Damon se relâchèrent.

— D’accord, tu as gagné. Je t’aiderais.

— Ce n’est pas moi que tu vas aider, c’est le village.

— Le village si tu veux. C’est toi qui décides, non ?

— Toi, tu obéirais ?

— Je n’ai pas trop le choix.

— Mais tu n’aimes pas ça…

— Je suis un prince, je n’ai pas l’habitude d’obéir.

— Un prince qui a perdu son rang…

— Tu sais retourner un couteau dans une plaie, toi…

— Je t’ai dit que je ne te faciliterai pas la tâche. On y va ?

— Et on y va comment ? Au cas où, je te rappelle que la route est coupée.

— On passera par la forêt.

Tout en parlant, Stella nouait les lacets de ses chaussures de marche. Damon ouvrit de grands yeux devant leur couleur rouge vif. Il ne put s’empêcher de la commenter.

— C’est… original, comme teinte.

— Je n’aime pas passer inaperçue.

Ils effectuèrent le trajet en silence. Habitué à circuler en forêt, le faé suivait sa compagne sans le moindre problème. Ils ne tardèrent pas à déboucher à proximité du village… et Damon s’immobilisa, saisi de stupeur.

Devant lui s’étirait une large rue bordée d’immeubles trapus hauts de plusieurs étages.

— Qu’est-ce que… commença-t-il en se tournant vers sa compagne, dont les yeux pétillaient de malice.

— Détends-toi, ce n’est qu’un trompe-l’œil, fit-elle en éclatant de rire. Quand on arrive devant cette fresque selon un certain angle, on croit être dans une grande ville. Et puis tu te déplaces un peu, et tu découvres le village.

— Bien joué.

Tout en parlant, ils contournèrent la peinture et soudain toute envie de plaisanter s’envola.

— C’est pire que ce que je pensais, murmura Stella en promenant un regard navré sur les dégâts provoqués par la tempête.

— On n’a plus qu’à s’y mettre, alors. Toi, tu as un village à remettre sur pied et moi une rédemption à gagner. On forme une drôle d’équipe, mais à la guerre comme à la guerre.

La Sylve le regarda un long moment, songeuse, puis accepta la main qu’il lui tendait.

 

Fairywen/Ysaline

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15 août 2015

Participation de Fairywen

Le temps court vite...

Parfaitement immobile, Damon détaillait Stella, qui jouait avec un bibelot d’inspiration indienne, un éléphant blanc porteur d’une nacelle de cérémonie rouge destinée à recevoir un maharadjah. Un sourire ironique étirait les lèvres de la jeune femme tandis qu’il reliait enfin entre elles les informations qu’il avait inconsciemment engrangées. Le chalet isolé. Son indifférence face à la violence de l’orage. Ses yeux d’un vert aussi profond et aussi changeant que les verts de la forêt. Et surtout, la confiance que lui avaient instantanément prodiguée les mésanges.

— Tu es une Sylve[1], murmura-t-il.

— Tu y auras mis le temps, Ta Majesté.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Tu demandes à une Sylve ce qu’elle fait près d’une forêt ? Ma parole, tu as perdu ton cerveau en même temps que ton rang ?

Le prince déchu crispa les mâchoires, mais il n’avait pas le droit de se laisser emporter par sa colère. Visiblement, vu l’éclat malicieux dans son regard, elle le savait aussi bien que lui… Il prit une grande inspiration avant de poursuivre d’une voix presque calme.

— Je ne te demande pas ce que tu fais près d’une forêt, mais pas quel extraordinaire hasard nos routes se sont croisées. Parce que tu vois, j’ai un peu de mal à croire que cette rencontre ne soit qu’une coïncidence.

— Que tu le croies ou non, c’en est quand même en partie une. Aussi terrible qu’il ait été, l’orage qui t’a amené ici était tout ce qu’il y a de plus naturel. Quant à moi…

Stella s’interrompit un instant, apparemment très amusée par son air furibond.

— Moi, je ne suis qu’une des chances de rédemption qui ont été mises sur ton chemin, Ta Majesté, reprit-elle en reposant le délicat bibelot. Tu aurais aussi bien pu passer par ici et ne pas me rencontrer.

— Une des… qu’est-ce que ça signifie ?

— Que malgré tes fautes, il a été décidé de t’accorder de l’aide pour te permettre de te racheter. Après tout, tu n’as pas nié, et tu as accepté ta punition. À toi de décider si tu souhaites ou non accepter cette aide. Si tu veux tout savoir, tu as déjà croisé un certain nombre de tes chances de pardon, mais tu n’as su en voir aucune.

— Pourquoi ne se sont-elles pas manifestées ?

— Parce que ça ne marche pas comme ça, Ta Majesté.

— Arrête de m’appeler comme ça !

— Mais c’est qu’il mordrait, l’animal !

Damon dut faire un énorme effort sur lui-même pour garder son calme. Il était parfaitement conscient que la Sylve le provoquait délibérément, probablement dans le but de savoir s’il était capable de garder son calme en toutes circonstances.

— Si ça ne marche pas comme ça, comme tu dis, pourquoi t’es-tu manifestée, toi ?

— Le temps court vite, Ta Majesté. L’été est presque fini, et pour l’instant, tu ne prends pas le chemin de retrouver ta place de prince héritier. Alors j’ai décidé de bousculer un peu les règles.

Elle s’approcha de lui et il sentit ses lèvres effleurer les siennes tandis qu’elle se dressait sur la pointe des pieds pour murmurer quelques mots qui glacèrent le jeune homme.

— Mais peut-être ne suis-je pas le meilleur choix parmi tous ceux qui s’offraient à toi, Ta Majesté…

 

Fairywen/Ysaline



[1] Sylve : fée des bois et des forêts.

 

 

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08 août 2015

Participation de Fairywen

L’appel du gendarme.

De loin, Damon vit Stella s’emparer d’un escabeau et y grimper pour poser le nid dans une niche située au-dessus de la porte, à l’abri à la fois des intempéries et des prédateurs. À son réveil, il avait pensé partir sans rien dire, mais à présent, ce n’était plus possible. Il fallait qu’il comprenne.

Avec un soupir rageur, il rejoignit le chalet, pour trouver son hôtesse assise devant un poste de radio et en grande conversation avec un mystérieux interlocuteur.

— Non, commandant, inutile de vous inquiéter, je vais bien. Des arbres sont bien tombés, mais pas sur ma maison.

— Et ton groupe électrogène ?

— Il fonctionne parfaitement, j’ai des provisions pour au moins six mois, donc si vous ne dégagez pas la route tout de suite pour cause de priorités diverses et variées ailleurs, je ne vous en voudrai pas. Je ne suis même pas seule, si vous voulez tout savoir.

— Comment ça, pas seule ?

— J’ai recueilli un voyageur égaré dans la tempête. C’est mon côté Saint-Bernard. Donc vous voyez, tout va bien. Quels sont les dégâts, au village ?

— Quelques blessés légers. Surtout des dégâts matériels, en fait. Le vélo du père Bergnat est venu s’encastrer sur les fenêtres du sous-sol de la gendarmerie. Les enfants de l’école vont être tristes, le choc a cassé les jardinières qu’ils venaient d’installer avec Aurore et Magali.

— Je leur fais confiance pour les consoler, ce sont de super institutrices.

— C’est vrai. Tu sais, nous risquons de ne pas pouvoir dégager la route avant plusieurs jours, il y a quand même eu beaucoup de casse dans le village.

— Ne vous en faites pas, je trouverai le moyen de descendre toute seule. Et mon invité-surprise pourra donner un coup de main. C’est un grand costaud, ça ne lui fera pas peur.

— Très bien. Mais au moindre souci, tu appelles !

— Promis, chef !

Planté sur le seuil, Damon regardait Stella avec des yeux ronds. Il n’avait jamais supporté qu’on décide de sa vie à sa place. Or là, Stella venait de l’embaucher sans vraiment lui demander son avis… Furieux, il croisa les bras devant sa poitrine musclée.

— Et qu’est-ce qui te fait croire que j’ai envie d’aider des gens que je ne connais pas ? Après tout, je pourrais être un criminel en fuite qui n’a aucune envie de se retrouver face à des gendarmes !

Un lent sourire se fit jour sur le visage de Stella tandis qu’elle susurrait d’une voix suave.

— Oh, mais je crains que tu n’aies guère le choix, Ta Majesté, si tu veux pouvoir espérer retrouver le rang qui est le tien…

 

Fairywen/Ysaline

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01 août 2015

Participation de Fairywen

Lendemain d’orage

Rythmé par les craquements du tonnerre, le vent hurlait toujours autour du chalet. Pas un mot n’était échangé entre Stella et Damon. La première était toujours absorbée dans l’examen de ses photos, le second ne la quittait pas des yeux. Un long moment s’écoula ainsi, puis elle s’étira et leva les yeux vers lui, semblant soudain se souvenir de sa présence.

— On dirait que la tempête ne veut pas se calmer. Tant pis, je vais me coucher. Je te montre ta chambre ?

— Tu vas dormir avec ce raffut ?

— Oui, pourquoi ? Ce n’est que du vent et un peu de pluie. Ne me dis pas qu’un grand costaud comme toi a peur…

Piqué au vif, Damon dut faire un énorme effort sur lui-même pour ne pas céder à la colère. Il ne pouvait pas se le permettre, il ne pouvait pas révéler sa véritable nature. Il avait promis…

— Ça ne m’empêchera pas de dormir non plus.

— Alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’est-ce pas ?

 

Cependant, Damon ne ferma pas l’œil de la nuit. Immobile sur le lit de la chambre d’amis, les mains croisées sous la nuque, il songeait à ce qu’il avait été, à ce que ça lui avait valu, à ce qu’il deviendrait s’il cédait à ses envies, à ce qu’il deviendrait s’il leur résistait. Ainsi filèrent les heures, jusqu’à ce qu’une aube ensoleillée remplace l’orage.

Damon se leva avec un soupir résigné. Ce n’était ni sa première, ni certainement sa dernière nuit blanche. Arrivé dans le salon, il ne trouva personne. Pas plus que dans la cuisine ou la salle de bains. Il allait en déduire que son hôtesse dormait encore lorsque soudain il la vit dehors, accroupie près d’un arbre abattu par la foudre. Curieux, il la rejoignit.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Il y a un nid de mésanges quelque part là-dessous. Je veux savoir si elles sont toujours en vie, répondit-elle en s’arc-boutant pour tenter de repousser une grosse branche qui oscillait dangereusement.

— Des… oiseaux ? Tu fais tout ça pour des oiseaux ?

— Oui pourquoi ?

— Mais ce ne sont que des animaux !

— Et alors ? répliqua-t-elle en se relevant d’un bloc, ses yeux verts lançant des éclairs. Je ne te demande pas de m’aider, alors fiche-moi la paix !

Le premier mouvement de Damon fut de faire demi-tour et de la laisser se débrouiller, mais lorsqu’il la vit essayer à nouveau de repousser la branche, il ne put s’y résigner. Il poussa un énorme soupir et saisit la branche à bras le corps. Il l’écarta sans effort avant de grommeler.

— Va chercher tes oiseaux, puisque tu y tiens tant.

Elle leva les yeux vers lui et lui adressa un sourire, puis se faufila au milieu des feuillages. Elle en émergea quelques minutes plus tard, des feuilles dans les cheveux, et un nid dans les mains. Miraculeusement, les oisillons étaient en vie.

— Et… qu’est-ce que tu vas faire d’eux, maintenant ? Leur donner la becquée ?

— Pas moi, idiot. Leurs parents.

— Leurs… Parce que tu crois qu’ils vont t’approcher, leurs parents ?

Au même instant, un couple de mésanges arrivait à tire d’ailes et se posait sur les épaules de Stella en pépiant gaiement. Elle jeta un regard amusé à son invité.

— Je crois, oui.

Damon la regarda s’éloigner d’un air songeur. Il avait beaucoup de choses à cacher, mais visiblement, il n’était pas le seul…

 

Fairywen/Ysaline

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25 juillet 2015

Participation de Fairywen

Déluge

La foudre s’abattit sur l’arbre, le coupant littéralement en deux. Le grand sapin vacilla un moment, puis ses deux moitiés s’effondrèrent sur la route dans un fracas de fin du monde.

Le camion blanc freina dans un hurlement de mécanique torturée. Les pneus trop lisses glissèrent sur la route mouillée. Son conducteur braqua désespérément, mais ne parvint pas à éviter totalement la collision, et l’aile avant gauche frappa contre le tronc. Damon laissa échapper un juron rageur puis sortit sous la grêle pour examiner les dégâts. Quelques secondes plus tard, il poussa un soupir excédé. Impossible de réparer avec ce déluge. Il allait devoir passer la nuit dans la camionnette, gelé, trempé et perdu au milieu de nulle part. Il avait connu des moments plus réjouissants dans sa vie…

Damon s’apprêtait à remonter sur le siège conducteur et à s’envelopper dans sa couverture lorsqu’une pause entre les éclairs lui fit entrapercevoir une lueur toute proche. Il hésita un instant, mais le risque qu’un autre arbre ne tombe, cette fois directement sur son véhicule, était réel. Il choisit d’affronter les éléments.

 

Stella ne fut pas vraiment surprise d’entendre frapper à la porte de son chalet entre deux coups de tonnerre. Sans doute un automobiliste mis en difficulté par l’orage de fin du monde qui s’était déclenché. Elle ouvrit et tira son visiteur à l’intérieur.

— Entrez avant que le vent n’arrache la porte.

Abasourdi, Damon se retrouva dans le petit couloir et lança la première chose qui lui passait par la tête.

— Tu ne regardes jamais avant de faire entrer les gens ?

— Pas avec un temps pareil. Mais si ça te pose un problème, tu peux repartir.

— Sans façon, merci.

— Je me disais aussi…

Ils se détaillaient mutuellement tout en parlant. Il était grand, costaud, avec des cheveux brun coupé très court, façon militaire, et des yeux bleus à l’éclat de glace. Elle était de taille moyenne, avec de longs cheveux noirs et des yeux aussi verts que des émeraudes.

— Je m’appelle Stella.

— Damon.

Si elle fut surprise par son étrange prénom, elle n’en montra rien. Et si elle recula, ce fut pour ouvrir une porte.

— La salle de bains est là si tu veux te sécher. Je n’ai pas d’habits à te proposer, mais il y a des serviettes en attendant que tes vêtements sèchent.

— Tu as encore du courant ?

— Groupe électrogène. Quand on vit isolée, il faut savoir s’adapter.

Damon entra dans la petite pièce et retira avec soulagement son jean et son tee-shirt. Par miracle, son boxer était à peu près sec, aussi n’eut-il pas à se préoccuper de trouver de quoi se couvrir.

Lorsqu’il rejoignit son hôtesse au salon, il eut la surprise de la voir assise par terre au milieu d’une série de photos représentant une sorte de tronc d’arbre sculpté en forme de statue de l’île de Pâques.

— C’est… c’est quoi ? fit-il, ahuri.

— Les photos ? Oh, un casse-tête intellectuel…

Elle leva les yeux vers lui, rieuse.

— Je participe à un site de défis littéraires, et les administrateurs ont trouvé amusant de nous poster ce… truc pour les défis photo de l’été. Je n’ai pas la moindre idée de comment l’intégrer dans le feuilleton de l’été que j’ai commencé, alors je me suis amusée à faire des montages avec pour voir si ça m’inspirait.

Elle haussa les épaules.

— Mais j’avoue que ça ne marche pas très bien. Tiens, je t’ai réchauffé un peu de soupe, et il y a un plaid si tu as froid.

Sans rien dire, Damon s’enveloppa dans la couverture et prit le bol posé sur le guéridon. Absorbée dans la contemplation de ses photos, Stella ne s’occupait pas de lui.

Elle ne vit pas la lueur dure, presque cruelle, qui passa dans le regard de Damon…

 

Fairywen/Ysaline

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