24 septembre 2022

Speed dating (Vegas sur sarthe)

 

J'avais rencontré Germaine sur un quiproquo en speed dating.
Drôle de nom pour un bateau-mouche parisien mais c'est ainsi.
Très vite – exigence du speed dating – elle me proposa d'aller chez elle pour faire l'amour cinq minutes montre en main car elle devait récupérer un tailleur au pressing !
Désolé mais pour la bagatelle j'ai toujours eu besoin de mes deux mains …
Donc on suspend la séance d'autant plus que son pressing est à l'autre bout de Paris.
Voilà t'y pas qu'elle exige de prendre un Hubert pour aller plus vite.
Il m'a fallu une demi-heure pour trouver un taxi avec un prénom approchant – un dénommé Umberto – bref.
Nous arrivons et bien évidemment le pressing venait de fermer et Germaine de déclarer : «Pas grave, je repasserai demain ».
Je lui réponds que si c'était pour faire du repassage demain, c'était pas la peine de courir au pressing.
Elle rétorque qu'il y a méprise, qu'on s'est mal compris et qu'on devrait tout reprendre à zéro.
Du coup nous revoilà sur le Quiproquo pour un nouveau départ.
A l'entrée on expose le malentendu qui nous préoccupe.
« C'est toujours comme ça la première fois » dit le type en nous poussant vers une table.
Il faut dire que je suis mal à l'aise car j'avais mangé des pruneaux à jeun mais ça n'est pas le sujet.
Germaine me sourit, je lui rends son sourire, après tout c'est son outil de travail puisqu'elle est hôtesse d'accueil au crématorium du Père Lachaise.
Oublié l'amour cinq minutes montre en main, on prend notre temps ce qui n'est pas du goût du type qui s'impatiente derrière nous.
«Filez… mignons ! » hurle t-il en nous montrant la sortie «à cette heure-ci je fais resto».
Je serais bien resté mais Germaine a le porc en horreur.
Elle m'entraîne vers son resto préféré qui cuisine le magret de canard au piment des squelettes ! « Un truc mortel » ajoute t-elle.
Je note de lui parler plus tard du pays basque et d'Espelette … si plus tard il y a.
En attendant je prendrais bien une petite cuite avec un grand cru. Je note de lui apprendre plus tard à apprécier mon humour. C'est pas gagné.

 

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10 septembre 2022

Pâques aux tisons (Vegas sur sarthe)

 

Ce fameux matin de Pâques j'avais fait revenir tout spécialement de Bacon de fines tranches de lard salé à feu doux dans une poêle dont j'ai peiné à trouver l'accent circonflexe depuis la récente réforme de l'orthographe.
J'ai fini par le dénicher pêle-mêle dans un placard, du coup j'en avais trois!
Comme un idiot j'avais commandé mon lard sur Amazon.uk, persuadé que Bacon se situait en Grande-Bretagne, comme si le jambon d'York venait des States ou la salade romaine d'Italie.
Finalement j'en ai trouvé chez Ducoin, le petit arabe Ducoin en bas de l'immeuble et que les voisins appellent Oussama parce que ça fait plus épicier.
Ne me demandez pas comment il a trouvé du lard salé celui-là, toujours est-il qu'il m'en a proposé sous le manteau... enfin, sous le boubou.
C'est lui qui m'a appris que Bacon est un bled du sud de la Côte d'Ivoire.
Comme je lui demandais où il avait appris ça, il m'a répondu: “J'y suis peut-être ivoirien mais j'y m'appelle Konan mais on dit Le Barbare dans mon village” ,comme quoi on a tôt fait de se fourvoyer sur les origines de son épicier.
Quand il a ajouté que son grand-père était entré en résistance aux côtés de De Gaulle en 40, je me suis dit que je n'allais plus pouvoir le regarder comme on regarde son épicier en bas de l'immeuble.
Du coup on s'est embrassés – surtout lui – et il m'a offert le bacon qui revient actuellement à feu doux et sans matière grasse parce que je n'en ai pas sous la main... j'ai du gras sous la main mais pas pour la cuisine.
Pendant que ça rissole je casse un à un les oeufs de chez mon épicier nouvellement ivoirien dans un des ramequins de tante Yvonne, parce que je n'ai jamais eu de bol et que les cadeaux de mariage c'est fait pour ça... pas pour avoir du bol mais pour avoir de la vaisselle.
Je la revois encore nous offrant ce duo de ramequins en porcelaine décorée de petits amours ailés et joufflus – la porcelaine, pas Yvonne – qu'elle avait ramené d'un voyage au Népal ou d'Arcopal enfin, un bled en Pal... bref, pas de quoi en faire un plat d'autant que ce jour-là Germaine et moi étions fourbus d'une nuit de noce folkloriquement éreintante et peu branchés sur la dînette.
 

Je passe les détails de nos acrobaties car j'entends mon lard salé qui revient et il est grand temps que j'y verse mes oeufs avant qu'il ne reparte.
“Faire cuire 3 minutes en arrosant avec la graisse du bacon jusqu'à ce que le blanc soit pris alors que le jaune est encore liquide”!

J'ai toujours eu horreur des contraintes et encore plus des ordres – Germaine pourrait vous le dire – alors je sens que ces trois minutes vont me courir sur le haricot.
Je touille dans la poêle avec le dos de la cuillère, cherchant désespérément la graisse du Bacon de Côte d'ivoire que m'a donné Konan Le Barbare... ce charlatan m'aurait cédé du lard sans graisse de lard?
L'image me revient de ces porcelets noirs courant au milieu de villages noirs dans cette Afrique noire qu'on nous impose le soir en couleurs et en 16/9ème Haute Définition à trois mètres du canapé et aux caprices du zapping.
Il est vrai que ceux que j'ai vus n'étaient pas gras et d'abord le zapping, ça devrait être interdit.
Alors d'accord Konan m'en a fait cadeau mais comment je fais moi pour arroser mes oeufs? 
D'habitude j'appelle Germaine à la rescousse mais ces oeufs au bacon c'est une surprise que je veux lui faire, la surprise d'un dimanche matin d'anniversaire de mariage depuis qu'on est mariés, depuis les fameux ramequins en Pal de tante Yvonne, depuis... combien d'années déjà?
Le temps passe si vite, aussi vite qu'un jaune d'oeuf pour se figer quand on ne l'arrose pas.
On devrait vendre la graisse de lard en tube, comme le dentifrice ou le ketchup: une pression et hop, le tour est joué. Y a un truc à trouver avec ça.
Tant pis, je sale et je poivre copieusement, Germaine aime bien quand je l'assaisonne.
 

Pour des œufs miroir, mettre un couvercle sur la poêle en fin de cuisson”.
J'ai pas envie de faire des oeufs miroir, avec mon manque de bol je serais fichu de casser les oeufs miroir et ça doit sûrement porter malheur.
De toute manière et si je peux user d'une métaphore, la seule fois où j'ai essayé d'ajuster un couvercle sur une poêle c'est quand j'ai rencontré Germaine et c'était pas pour son goût du rangement.
Je regarde ma surprise d'un dimanche matin d'anniversaire de mariage et je me dis qu'une fois par an c'est encore de trop quand on pense à tout ce gâchis: une poule et un cochon pour un tel résultat.
 

Cramponné au plateau repas, je pousse sans bruit la porte de la chambre; inutile car ça ronfle sec, ça vrombit, ça rugit, ça mugit, comment dire ?
Germaine est inscrite au club des Ronfleurs Inspiratoires Dominants, c'est du soixante décibels au bas mot et du trois cent Hertz au plus aigu !
Je pose ma création au bord du lit pour retirer mon pyjama et repousse la couette histoire de réveiller ma locomotive.
Un rugissement me répond; Germaine ouvre un phare.
Je lui glisserais bien un “T'as d'bio oeufs, tu sais” mais depuis le temps que je la pratique, je sais qu'il faut y aller doucement quand son chant frise les trois cent Hertz.
Voilà quarante jours que je fais carême – Germaine a des principes indéboulonnables – et je me sens d'attaque à célébrer la Pâque, avant ou après les oeufs au bacon ou peut-être les deux à la fois.


Il faut dire que chez nous, Carême c'est jeûne et abstinence pendant plus d'un mois. J'ai beau essayer d'expliquer à Germaine que l'abstinence d'absorption d'aliments carnés ne s'applique pas à tous les organes, elle fait mine de ne pas comprendre.
Raconter ça à mon épicier arabo-sénégalais qui fornique à tout va reviendrait à le faire mourir de rire... et je me sens tellement ridicule à poil devant mes oeufs.
Germaine remonte la couette en jetant un oeil vide sur mon plateau repas:  Oeuf au bacon, Pâques aux tisons” bougonne t-elle en grelottant.

Je n'ai plus qu'à me rhabiller en songeant qu'il faudra que je révise mes dictons.

 

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25 juin 2022

Voir la Lubie et mourir (Vegas sur sarthe)

 

T'as voulu voir Bali et on a vu Bali
enfin toi tu l'as vu, moi j'étais dans un lit!
A vouloir emporter deux tonnes de bagages
j'ai dû pousser l'avion avant le décollage.

Aux bambous et aux gongs tu préférais les cloches
tu étais la plus belle et aussi la plus moche,
toi qui as toujours cru que Rome est aux Antilles,
que la coke espagnole est blanche de Castille.

Si tu avais fermé ta bouche de chacal
au lieu de claironner à une javanaise
"j'en ai bavé pas vous" et toutes tes fadaises
on n'aurait pas eu droit à un toucher rectal...

Les douaniers balinais n'étaient pas délicats
j'en garde pour longtemps un souvenir cuisant
doublé d'un lumbago au parfum d'arnica,
mêlé de vin de riz et de tranquillisants.

Alors je te préviens l'an prochain c'est sans moi
Tataouine ou Cuba, à Lille chez Maurice
tu iras où tu veux au gré de ton caprice
te faire palper le dos et ce que tu voudras!

 

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04 juin 2022

Appâts rances (Vegas sur sarthe)

 

Une jolie mine explosive
l'ombre d'une gorge profonde
instantané, pose lascive
le fard illumine la blonde

Le cinoche, grande illusion
vision 3D et confusion,
le monde est rempli d'avatars
on s'en méfie mais c'est trop tard

Il ne faut pas tel saint Thomas
ne croire qu'à ce que l'on voit
et se méfier des évidences,
Ne pas se fier aux apparences

Petit poisson deviendra grand
s'il ne nage dans l'ignorance,
il doit craindre le cormoran
et tout autant les appâts rances

 

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28 mai 2022

A l'ombre de l'abat-jour (Vegas sur sarthe)

 

J'avais toujours été nul en maths quel que soit le prof qui tentait de m'y intéresser.
Cette nouvelle prof – fraîchement débarquée au collège – avait tout pour m'intéresser et la courbe de ses hanches prolongée par celle de ses jambes interminables jusqu'à l'infini illustrait à la perfection le sujet du jour.

Mae West disait très justement que la courbe est la ligne la plus jolie d'un point à un autre.

Je buvais les mots de cette jeune prof comme une musique mais si l'air m'envoûtait, je ne comprenais rien aux paroles .
J'en saisis pourtant quelque bribes … ça disait «conique d'excentricité supérieure à 1 ».

Des connes et des coniques j'en avais connu et aussi des excentriques largement supérieures à 1 mais celle-ci n'avait rien d'une conne ni d'une excentrique.

J'étais presque un homme c'est à dire à l'âge où les culottes rallongent et où l'acné illumine nos fronts juvéniles ; c'était aussi l'âge où on apprend que l'on donne une note aux poitrines des femmes.
Résolument fâché avec les maths j'étais déçu qu'on attribue un chiffre là où le regard suffit à l'appréciation de tout homme normalement constitué.
A celle-ci je donnais un quatre vingt quinze, un quatre vingt quinze C pour être précis.
Elle portait de fines lunettes par pure coquetterie car un tel regard n'avait pas besoin de correction.
J'appris dans le même temps quelle réputation on donne aux femmes à lunettes mais ayant déclamé haut et fort cette soi-disant vérité lors d'une réunion de famille, la correction qui s'ensuivit m'ôta pour longtemps toute envie d'en savoir plus.

Bref, nous en étions à cette étude mathématique de l'hyperbole qui ajoutait à ma confusion car selon notre prof de français – un homme dont la courbe des hanches rappelait plutôt le théorème de Thalès – l'hyperbole n'était pas un championnat de football américain mais une figure de style qui utilise l'exagération comme « une histoire à dormir debout «  ou encore « souffrir le martyre » …

 

Pour l'heure, l'hyperbole qui me venait à l'esprit était « briller de mille feux » ou « plus belle que le jour ».

J'hésitais entre les deux quand Vanessa m'interpella.

Oui, la prof s'appelait Vanessa, et alors ?

Vanessa voulait savoir si selon moi lorsqu'une lampe munie d'un abat-jour est placée non loin d'un mur vertical la courbe qui délimite, sur le mur, la zone éclairée et la zone ombragée est bien un arc d'hyperbole ?

Je faillis répondre que si le miracle se fut présenté que nous fussions tous deux sous un abat-jour je me serais intéressé à d'autres zones ombragées que celle sur le mur … mais je restai muet, comme fait chaque cancre au fond de la classe dans la chaleur rassurante du radiateur.

 

En trouvant ma place j'avais trouvé ma voie, l'étude des transferts thermiques et la part de convection et de radiation des radiateurs de chauffage.

Puis le ventre de Vanessa finit par s'arrondir sans que j'y sois pour quelque chose, elle avait dû s'approcher imprudemment d'un abat-jour.

Elle prit un congé et on ne la revit jamais plus et je retournai me consoler auprès de mon cher radiateur.


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14 mai 2022

Divine fulgurance (Vegas sur sarthe)


Félix ne dormait pas.
C'était toujours ainsi à chaque veille d'intronisation.
Demain il y aurait un banquet, un de plus, une réception en l'honneur des Chevaliers du Pignon Fixe, des pédaleurs assoiffés qu'il lui faudrait arroser au cassis-champagne avant d'être adoubés avec une pompe à vélo!
Seigneur Dieu !
Chaque insomnie l'amenait irrémédiablement à la cave où – coiffé de son bonnet de nuit et chaussé d'une des nombreuses paires de lunettes qu'il abandonnait ça et là – il refaisait son inventaire.
Il est des régions de France où on peut tout à la fois être chanoine, maire d'une grande ville et amateur de bons vins sans défrayer la chronique.
On disait que la mairie de Félix était le plus grand débit de boissons de la Ville mais il préférait ça à cette sombre rumeur de pédophilie qui sourdait et qui ne manquerait pas d'éclater au grand jour un siècle plus tard.

Il en avait rincé des gosiers entre les associations de tous poils, les clubs sportifs, les hommes politiques, les vedettes sans compter cette jeunesse dont on voyait « rougir la trogne », qui roulait sous la table et confondait Saint Vincent tournante et partouze...
Du coup sa pile de bouteilles de champagne était encore descendue d'un bon mètre.
Etait-ce un effet divin ou bien la buée sur ses verres, il buta sur une caisse d'aligoté, écrasant à la fois son gros orteil et un juron où figurait en bonne place le Bon Dieu.
C'est alors qu'un éclair fulgurant illumina la voûte sombre au point qu'il tomba à genoux, serrant « religieusement » sa bouteille de crème de cassis de Dijon à 20°.
La main divine guidait la sienne et le premier bouchon d'aligoté sauta miraculeusement.
Un quart de cassis, trois quarts d'aligoté... non... trop acide pensa t-il en
faisant claquer cette langue qu'il avait souple et bien pendue.
N'avait-il pas répondu récemment à untel qui lui reprochait de croire en Dieu sans jamais l'avoir vu « Mon cul, tu l'as pas vu et pourtant il existe ! »
(Citation véridique)

Un tiers de cassis, trois tiers d'aligoté... non... quatre tiers ça s'appelle un sacrilège, un affront aux lois de la mathématique !
Un deuxième bouchon sauta, embuant un peu plus ses verres de lunettes.
Un tiers de cassis, deux tiers d'aligoté... Son « Nom de Dieu » résonna sous la voûte tendue de toiles d'araignées.
Il tenait l'accord parfait, ni trop acide ni trop sucré, une potion qui allait ravir les palais les plus retors.
Il s'en resservit un verre avec les mêmes justes proportions, pour être tout à fait certain.
A quoi bon pinailler en pleine Création ?
Le Tout Puissant avait-il autant joui en créant ses deux premiers bipèdes ?
Il tenait là le petit Jésus en culotte de velours, n'en déplaise au très Haut.
Demain à l'heure de l'intronisation, les amoureux de la petite reine chercheraient les bulles dans leur traditionnel blanc-cass ; il seraient les premiers à déguster son... comment l'appellerait-il ?
Kir... comme lui... Félix Adrien Kir né à Alise-Sainte-Reine le 22 janvier 1876

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07 mai 2022

L'embistrouille (Vegas sur sarthe)


Chez nous à 5 ans on était un beuzenot, à 10 ans on était un drouilloux
 et à 14 ans on était un beunet alors que les filles – les p'tiotes – l'étaient  toujours moins que nous.
J'ignore qui a dit que les mecs sont des nanas comme les autres mais vous allez voir que c'est faux.
Charlotte en avait eu vite assez de nos batailles de gratte-cul et du chapardage des prunes dans le verger du père Martenot ; faut dire qu'on se gueudait de ventrées de prunes à en chier partout et qu'on a recrépi plus d'une fois les chiottes municipales.
Et puis elle avait gagné en maturité – pas seulement sous son tee-shirt – en m'initiant à fumer du sureau et à en faire fumer aux crapauds jusqu'à ce qu'ils éclatent.
En plus de la clope on était remplacé nos verres de limonade par des galopins de blanc-cassis – en hommage au chanoine Kir qui veillait sur notre bonne ville bourguignonne – qu'elle piquait dans la cave de ses vieux en passant par la borgnotte tandis que je faisais le pet ; aussi était-on torchés bien avant l'heure.
 Nos vieux qu'étaient pas nés de la dernière rabasse nous filaient une bonne tisane de temps en temps mais on s'en remettait vite, la preuve qu'on peut avoir à la fois la peau tendre et la caboche bien dure.

Quand Charlotte m'a parlé de se mettre à la colle j'ai pensé aux drogues dures et je la savais capable de me forcer à dévaliser les petits pots dans  l'armoire de l'instit mais elle était tellement morte de rire que j'y comprenais plus rien.
J'ai senti l'embistrouille mais avant que j'aie pu jarter c'était déjà trop tard.
Elle a pris ma main et on est montés à l'arrière de la treue de ses vieux.
C'était une vieille demoiselle, une fourgonnette Juvaquatre qui dépassait pas le trente à l'heure mais on s'en foutait vu qu'elle roulait jamais plus d'une heure.
J'avais le virot – le mal au cœur si vous préférez –  quand elle a guidé mon doigt pour jouer avec son nombril …
C'était donc ça qu'elle appelait se mettre à la colle !

Sauf que c'était pas mon doigt, c'était pas son nombril non plus et elle s'appelait pas Charlotte mais Germaine.
La suite, vous la connaissez

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23 avril 2022

Du balai (Vegas sur sarthe)


L'évier déborde de vaisselle
et ça pue le chou de Bruxelles
le robinet bat la breloque
ce n'est pas moi c'est ma coloc

La maison est un lupanar
le rendez-vous de gros connards
des rosbifs et des amerloques
je n'y peux rien, c'est ma coloc

Le linge s'étale au balcon
des culottes et des pièges-à-con
des cœurs croisés d'une autre époque
je ne dis rien, c'est ma coloc

Un jour j'y mettrai le hola
j'en ai soupé de la smala
échevelée ou en dreadlocks
et je virerai ma coloc

 

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16 avril 2022

T'as d'beaux yeux tu sais (Vegas sur sarthe)

 

« Ça a débuté comme ça » écrivait Céline dans son « Voyage au bout de la nuit ».

Ça a débuté comme ça sans qu'on sache pourquoi – les bigotes diraient par l'opération du Saint Esprit - dans une nuée de poussière âcre et ocre portée par une virginale brise matinale. Je sais, ça n'est pas très poétique mais à l'époque on ne faisait pas dans la dentelle.
On raconte que c'était le sixième jour et que ce jour-là naquirent de cette poussière âcre et ocre tombée des nues: Moi et Elle.

Ça a débuté comme ça à cause de tous ces piafs et autres bestioles à qui IL avait eu la bonne idée de dire "Soyez féconds, multipliez-vous" et qui forniquaient et niquaient fort du matin au soir.
Alors forcément ça nous a donné des idées à Elle et à Moi... surtout à Elle parce que moi je me serais contenté de faire la sieste toute la journée sous un pommier ou un figuier, mais c'était sans compter sur son baratin.

C'est elle qui avait créé le baratin, LUI en était incapable et préférait parler en paraboles … « ça porte plus loin » disait-IL.

J'ai successivement été intrigué, puis bercé, puis hypnotisé, puis saoulé.

Avec le recul je me dis que c'est vachement bien foutu ce baratin car c'est traître comme les RTT (les cocktails Rhum Téquila Tabasco).
Finalement elle a dit « T'as d'beaux yeux tu sais » et j'ai répondu « Embrasse-moi » sans savoir pourquoi.


Ça a débuté comme ça par des regards langoureux puis des chatouilles, des papouilles, des léchouilles enfin tous ces trucs en ouille que vous faites aujourd'hui machinalement, alors que pour nous c'était la première fois, la toute toute première fois comme couine Jeanne Mas.
Forcément on était maladroits et j'aurais bien voulu vous y voir mais ne vous pouviez pas y être puisqu'il y avait que nous et qu'il aura fallu tâtonner jusqu'au VIème siècle en attendant la parution reliée et beurrée sur tranche du kâma sûtra.


Alors on l'a fait sous son regard à LUI et je vous souhaite pas ça parce que c'est vachement gênant: c'était à l'Eden Park contre un arbre fruitier ou un figuier (peu importe) où s'était lové un serpent qui avait des bras et des jambes - oui, un serpent ça se love - bref je vous passe les détails de peur qu'on dise qu'au sixième jour on fumait déjà des herbes bizarres!

Ça a débuté comme ça sur les chapeaux - il n'y avait pas encore de roues -  et Eve a mis les bouchées doubles si j'ose dire puisque ça a continué comme ça ; tant bien que mal on a eu Caïn et Caha et puis Abel et sa jumelle De Cadix (rapport aux bouchées doubles).

Puis pour fêter mes cent trente ans on a fait Seth, ne me demandez pas pourquoi, je n'ai jamais été doué en prénoms ni en chiffres.
Après ça j'ai eu de plus en plus de mal à compter et il paraîtrait qu'aujourd'hui vous êtes près de sept milliards à vous regarder le nombril !
Ça ne risquait pas de nous arriver vu qu'Eve et Moi on n'a pas eu droit au nombril.

 

J'ignore comment tout ça va finir mais une chose est sûre : le baratin, ça marche et c'est héréditaire !

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09 avril 2022

Fonction érogène (Vegas sur sarthe)


Bien que Germaine m'ait déconseillé d'y toucher sans sa permission j'avais compulsé ses Roberts  – deux beaux volumes au cuir fauve qui avaient perdu de leur fraîcheur au fil des ans sur les rayonnages de notre bibliothèque –  mais je trouvai enfin le mot que je cherchais, niché sournoisement entre asymétrique et asynchrone, deux mots aussi hermétiques que la petite culotte d'une rosière.
Je la tenais – ou plutôt je croyais la tenir – cette chose « qui tend vers autre chose sans jamais l'atteindre » comme disait Robert au cuir fauve et comme disait ironiquement Germaine lors de mes rares tentatives d'accéder à son point G !
Dans ces moments de grand désarroi les mots de Victor Hugo refaisaient surface : « Approcher toujours, arriver jamais »; il n'y a rien de pire qu'imaginer la barbe blanche de l'auteur des Misérables pour couper tout élan libidineux.

Qu'y a t-il de plus alambiqué que les maths à part les femmes ?
Je ne sais plus qui a dit qu'en mathématiques on ne comprend pas les choses, on s'y habitue et avec Germaine c'est pareil.
J'ai parfois l'impression d'avoir épousé une inconnue et de n'avoir jamais résolu l'équation ; heureusement que quand on aime on ne compte pas.
Il n'y a pas plus frustrant qu'une asymptote mis à part la savonnette dans le bac à douche et pas mal de Défis du Samedi.

Alors j'ai cessé de penser au dramaturge barbu et de chercher midi à minuit.
Quand Germaine me parle de ses problèmes de sinus ou de ses racines capillaires, je fais mine de l'écouter en souhaitant juste qu'elle ne prenne pas un jour la tangente ...

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