09 décembre 2017

Les 15 jours de la Genèse 2.0 (Vegas sur sarthe) (378)

 

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Après le grand chambardement et ayant recensé les dégâts, le Tout-Puissant décida de tout refaire en mieux et de prendre son temps: IL appela ça la Genèse 2.0
IL était loin d'imaginer qu'en cumulant deux jours du seigneur sans compter les RTT, IL allait gagner au change.


Jour 1: IL fit le jour clair et la nuit sombre mais avec une cinquantaine de nuances de gris pour les deux bipèdes qui attendaient le jour 6 avec impatience

Jour 2: IL fit le ciel bleu puisqu'IL avait déjà créé le Bleu ciel et que c'était bien; IL fit aussi la mer avec des golfs clairs et des moutons... Mêêê... y'a pas de mais qui tienne

Jour 3: IL fit l'herbe – humide pour les vaches qui ne péteraient plus et sèche pour le cannabis – des fruits sans pépins sauf la pomme et des légumes beaux (avant on disait biaux) à manger par 5 chaque jour

Jour 4: IL fit un soleil avec une grande place – la place au soleil – une lune avec du miel pas frelaté pour les amoureux et des étoiles pour les poètes

Jour 5: IL fit des zanimaux, des piafs qui volent sans chier partout, des hamburgers sur pattes et des canards sans foie ni l'oie, des pandas noir et blanc et aussi des blanc et noir – pareil pour les zèbres – des chauve-souris chevelues et puis des loup-bouquetins pour chausser son Eve du lendemain.

Jour 6: IL fit Adam en vert – avec un verre à dents – et Eve en tenue d'Eve mais en 86.60.86 pour faire bonne mesure; IL leur dit "Croissez et multipliez-vous mais en silence parce que je vais créer demain mon jour du Seigneur et j'aimerais bien être peinard"

Jour 7: IL ne fit rien mais créa quand même le hamac et la télé par lune (le satellite de la Terre) mais sans Hanouna et puis il créa les boules Qiès à cause des deux forniqueurs.

Jour 8: IL fit l'Enfer et son boucan, un endroit torride et enfumé pour boucaner et non pas un endroit frais et pur pour bouquiner, un endroit bruyant où les méchants seraient obligés d'écouter ad vitam eternam l'oeuvre complète de Renaud.

Jour 9: IL fit les Paradis fiscaux et on dirait fiscaux parce qu'il y avait plusieurs paradis fiscals, tout comme cheval mais pas chacal.

Jour 10: IL recréa sa prière le Notre Père en remplaçant "et ne nous soumets pas à la tentation" par "et ne nous laisse pas entrer en tentation"... après tout, c'était Sa prière bon Dieu !!

Jour 11: IL créa un Noël aux tisons et un Pâques au balcon parce qu'IL en avait soupé des anciens dictons à la mord-moi-le-noeud

Jour 12: IL fit la chicorée du Nord (avec le brun, un brin dérangé) et la chicorée du Sud (avec Leroux, un brin caféiné) pour ne pas les confondre

Jour 13: IL fit quatre saisons comme Vival dit: le printemps sur la Tamise, l'été mais pas meurtrier, l'automne sans les violons sanglotant et enfin l'hiver mais sans le singe ni Belmondo

Jour 14: Comme le jour 7 IL ne fit rien sauf déplacer son hamac, n'alluma pas la télé – même sans Hanouna – mais garda les boules Qiès toujours à cause des deux forniqueurs.

Jour 15: IL créa le Quinze et en vrac le SAMU, le département du Cantal au lait de vaches qui ne pètent pas et aussi l'âge de la majorité sexuelle même si Eve s'en foutait pas mal depuis le 6ième jour

Le Tout-Puissant poussa un soupir de satisfaction mêlé d'une pointe d'angoisse: sa Genèse 2.0 donnait à l'Humanité une nouvelle chance de prospérer, un souffle nouveau à peine perturbé par les beuglements des deux forniqueurs qui Caïn & Caha sublimaient déjà les premières graines d'une innombrable progéniture...

 

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02 décembre 2017

Japoniaiseries (Vegas sur sarthe) (377)


Le bruissement soyeux, délicat et sensuel des tissus qu'on abandonne ayant cessé, je réalisai avec ravissement que le seul rempart qui me séparait à présent d'Albertine était ce frêle paravent de papier décoré de suggestives japoniaiseries faites de couples imbriqués, sexes béants et verges folles.
Le décorateur avait-il peint ces horreurs à dessein pour le supplicié qui souffre de ce côté de la frontière des rêves ?

Soudain j'ai eu chaud, très chaud, aussi ne gardai-je que mes caleçons molletonnés qui contenaient à grand peine une érection naissante.
Mais bizarrement les bruissements reprirent de plus belle, ponctués de plaintes sourdes et de râlements indéfinissables.
La demoiselle se pâmait-elle déjà? Se pouvait-il que par transparence elle jouisse des mêmes oeuvres libidineuses ?
J'osai un "Besoin d'aide, ma chère?" auquel répondit un gloussement de gorge à faire frémir le rempart ténu :"Non point mon ami... je serai bientôt prête"
Albertine allait être "prête" rien que pour moi, mais prête à tout ?
Dans mon excitation je heurtai le paravent du bout du pied et le maudit écran tomba... tout comme ma virilité au spectacle sidérant qui s'offrait à mes yeux.

Albertine poussa un cri d'effroi, les yeux écarquillés et croisant vainement les bras sur un étrange costume, un pantalon plissé équipé d'un dosseret qui ressemblait à un hakama de samouraï!
"Que faites-vous dans cet accoutrement?" s'étonna t-elle.
J'aurais pu lui retourner sa question.
Les hommes s'imaginent que les paravents sont les antichambres du plaisir alors qu'ils ne servent finalement qu'à changer d'apparence et à exacerber les sens; j'avais fantasmé sur des motifs suggestifs dignes du kama-sutra et voilà qu'une poupée en camisole annihilait toute libido.

Pris d'une rage inconnue j'entrepris sauvagement de dénouer les lanières avant croisées derrière la taille et revenant sous la ceinture puis les lanières arrières nouées sur l'avant et englobant les deux brins avant ainsi que l'avait conçu un fou furieux dans le lointain Empire du soleil levant.
J'arrachai les velcros avec de grands "scrrratch" qui couvraient à peine des cris effarés et je libérai enfin les sept plis du pantalon... sept plis liés à sept vertus qu'elle me récita à l'oreille à mesure que je les soulevais un à un.
Je découvris tour à tour la bienveillance, l'honneur, la courtoisie puis la sagesse et la sincérité... et puis vint la loyauté.
Ecartant toute loyauté d'un revers de main j'en terminai avec la piété au risque de me damner pour de bon.
Troussée au beau milieu de ses falbalas et fanfreluches, Albertine s'était pâmée, quant à moi – moulé dans mes caleçons d'un autre âge – je découvrais dans le reflet d'une psyché un type que je ne connaissais pas.

Ainsi donc le miracle du paravent – prétexte à tant de folies au théâtre de boulevard – n'avait pas opéré sur nous; la belle était dans les vapes et moi au trente sixième dessous...
Abandonnant Albertine à sa pâmoison je redressai le paravent – seule chose en passe d'être redressée en la circonstance – et m'y réfugiai pour me rhabiller à la hâte.
C'est alors qu'une voix rauque me cloua sur place, une voix que je ne lui connaissais pas et qui disait :"Qu'attendez-vous mon ami... ranimez-moi ou alors tuez-moi mais faites vite!"

 

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25 novembre 2017

L'obélisque pour les Nuls (Vegas sur sarthe) (376)


Comme astérisque le mot obélisque est masculin à cause de sa forme, c'est pourquoi on parle d'érection lorsqu'on le dresse.
Erigé ou au repos, un obélisque est toujours rose grâce au granite rose de chez Assouan, un tailleur égyptien qui fit carrière dans le granite.
Les techniques d'érection restent méconnues à ce jour bien qu'on ait échafaudé de nombreuses théories comme celle du docteur Hypothalamus "Erection, mode d'empoi ou la Gaule du matin".
Par contre on sait que l'obélisque de Louqsor provient de Louqsor en Egypte où il gisait ; s'il était venu de Gizeh on l'aurait appelé l'obélisque de Gizeh ce qui eut été grotesque pour un obélisque en érection.
Il a été échangé aux égyptiens par Charles X contre une horloge en cuivre qui n'a jamais marché mais l'obélisque n'a jamais marché non plus bien qu'il serve aléatoirement de cadran solaire.

Mené en bateau durant un an au gré des crues du Nil puis de la Seine par Champollion – célèbre pour avoir déchiffré le mot barbare hiéroglyphe – l'obélisque est érigé en 1836 à Paris où il remplacera un monument autrefois érigé en l'honneur de Louis XVI qui fut décapité au même endroit.
Selon les époques, on décapite, on castre ou on érige et tout ça devient l'Histoire avec une grande H.
Louis-Philippe Ier finira par trancher lui aussi: ce sera la Place de la Concorde et nulle part ailleurs!   
On notera que Champollion portait un nom de lycée, le même nom que beaucoup d'établissements français comme Grenoble, Dijon ou Figeac (Source: Les Copains d'avant)

C'est ainsi que le 25 octobre à 14H30 et des poussières – beaucoup de poussière –  au moment de l'érection il y aura du monde au balcon, Louis-Philippe Ier – inventeur de la pièce de 20 francs – et sa famille recueillent l'ovation de la foule; il faut dire que ce jour-là il faisait beau... mais parlons technique:


L'obélisque comporte trois parties distinctes mais reliées entre elles: le pied des stalles, le fût et le pyramidion mais vu d'en bas on distingue surtout le pied à moins d'être en haut; c'est pourquoi on peut dresser un obélisque à l'envers, dans ce cas on dit planter et non pas ériger.
Le planter d'obélisque est développé en détail dans les brochures de Goscinnix et Uderzum.

Le pied des stalles:
Le pied des stalles d'origine de l'obélisque de Louqsor comportait seize statues de babouins surexcités et en érection comme l'obélisque mais il fut remplacé par un pied des stalles plus sobre pour ne pas choquer la société française prude du XIXème  (du XIXème siècle et non pas du XIXème arrondissement).
Notons à l'attention des voyeurs libidineux que le pied des stalles d'origine et ses babouins qui bandent tous les jours de 9H à 18H sauf le mardi est visible au pyramidion du Louvre.

Le fût:
Déjà douze siècles avant JC tous les fûts sortaient couverts, celui de Louqsor ne manque pas de caractères ; il est couvert de hiéroglyphes ou rébus à base d'oiseaux, de cafards, de trombones, de casseroles et de scoubidoubi-ou-ah qui racontent la vie de Ousirmaâtrê Setepenrê appelé plus amicalement Ramsès II (ou Rame 16-2).

Le pyramidion:
C'est une mini-maquette de pyramide placée au sommet du fût et pour couronner le tout celui de la pyramide de Louqsor est recouvert de feuilles d'or pour faire plus style Louis-Philippe.

À suivre: La culture de l'agrégadolinium à travers les âges

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18 novembre 2017

La Pomponette (Vegas sur sarthe)

 

Elle est là dans le vestibule, pâle comme un maccabée, chiffonnée de la tête aux pieds et chancelante comme un funambule de pacotille, les yeux battus et la choucroute de travers.
Alors je commence puisque je suis le plus valide de nous deux :"C'est à c't'heure-là qu'tu rentres? On avait dit pas tard, Germaine"
Je me doute de la réponse comme elle se doutait de la question et ça sort :"Il est pas tard... il est tôt, il est même très tôt. Qu'est-ce que tu fous déjà debout ?"
L'oiseau de nuit, déplumé et repu de gros son – ça tintinnabule encore dans sa tête – ressemble moins à une chouette qu'à une chatte rassasiée, on dirait la Pomponette de Pagnol.
Je me retiens de dire :"Assieds-toi là ma belle, tu dois avoir faim" mais elle n'est pas belle à cette heure matinale; Germaine est belle le soir mais jamais belle au matin, elle est du soir... du très soir.
Comme en préambule à l'habituelle empoignade elle ajoute pour se justifier :"J'y peux rien, j'suis somnambule"
Comme à chaque fois ce dialogue de sourd va ruiner mon petit-déjeuner du dimanche matin :"On ne dit pas somnambule mais noctambule"
Une grosse larme creuse lentement un sillon de rimmel ravageur :"J'y arrive pas"
Je repousse mon bol de café refroidi tout comme moi :"C'est pourtant facile, noc-tam-bu-le et som-nam-bu-le, c'est différent! Noctambule c'est quinze points au scrabble alors que..."
"C'est quoi le scrabeule?" demande t-elle.
Si les copains du club de scrabble l'entendaient, ils seraient sur le cul!
Germaine fourrage d'une main lasse dans sa choucroute dévastée; le sillon de rimmel finit sa course à la mandibule :"J'y arrive pas à rentrer moins tard parce que j'ai besoin de partir tard, sinon à quelle heure on ferait les after?"
Je pose ma tartine beurrée... Germaine l'est tout autant; j'ose la question :"C'est quoi un afteure?"
Si ses copines d'afteure m'entendaient, elles seraient sans doute effarées.
Elle s'explique les yeux fermés comme pour prolonger son plaisir "nocturne" :"C'est là où on va finir la nuit quand les boîtes ferment vers trois heures"
"Et on y fait quoi dans ces afteures?"
Une lueur incrédule éclaire son regard éteint :"Ben... on fait la même chose qu'en boîte, on boit, on grignote, on s'amuse quoi!"
C'est vachement bien organisé leur truc: quand les boîtes ferment, les afteures ouvrent.
Je réponds juste :"Tu grignotes après trois heures du mat? Va pas vomir dans mon bol"

Pomponette tangue dangereusement dans un slow approximatif et finit par s'affaler sur la chaise contre moi.
Un mélange de tabac froid et de Lancôme suranné déambule autour de ma fêtarde et me donne la nausée :"Tu fumes maintenant ?"
"Non, c'est les autres, alors fatalement j'en profite"
Comme si elle était fatalement contrainte d'aller en boîte chaque samedi et fatalement obligée de rentrer à sept heures.
Fêtard... c'est curieux ce mot qui finit par tard.
D'après le Larousse le mot fêtarde est très rare, mais il a fallu que j'en épouse une.
Moi je fais partie des couche-tôt et je n'ai pas envie de changer de rythme.
Ma fêtarde ronronne et commence sa nuit sur place, je pourrais lui dire façon Pagnol que je m'étais fait un sang d'encre toute la nuit, que j'avais tourné et viré dans tous les coins, plus malheureux qu'une pierre... mais en fait j'ai dormi et il faut que j'aille réchauffer mon bol de café :"Maintenant que tu en as bien profité, Pomponette tu peux aller te décontaminer sous la douche et filer au lit... il est encore chaud"

Je rêvais de conciliabules, d'enfantillages échangés sur l'oreiller dans la chaleur du lit conjugal mais voilà, j'ai épousé une noctambule.
"S'il est chaud j'en veux bien" bredouille t-elle.
J'ignore si elle parle du café ou du lit et je n'ai pas envie de savoir; pas envie de partager l'un comme l'autre: c'est mon café et c'est mon lit puisque j'y dors seul et que je le bois seul ou le contraire.
Dimanche prochain, je prendrai mon café au lit... ça résoudra la question.

 

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11 novembre 2017

Mal et Fils (Vegas sur sarthe)

 

Depuis tout petit mon obsession c'était de déchiffrer en défrichant du défraîchi et c'est ce que je fis sans difficultés.L'enseigne était délabrée mais je pus lire aussitôt "Mal et Fils".
Je tirai la chevillette et comme l'avait prédit Perrault en son temps la bobinette pivota vers le bas et sortant de la gâche, finit par choir en libérant l'huis qui n'avait pas dû s'ouvrir depuis fort longtemps.
J'aurais pu simplement dire que j'avais ouvert cette porte mais j'ai ce souci du détail qui agace parfois et auquel je ne peux résister.
J'entrai et je dû m'habituer à la pénombre où un maigre lumignon qui tenait plus du quinquet que de la lampe tentait d'éclairer un guéridon encombré de grimoires et de bouquins.
L'un d'eux portait un titre énigmatique "Nonante nuances de noir"... pas franchement gai tout ça.
Sur un perchoir vermoulu un perroquet à croupion bleu passablement déplumé me regardait d'un oeil morne. "Vive le roi" lança t-il d'une voix rauque comme pour alerter de ma présence et sans présumer de mes origines modestes.
"C'est trop d'honneur" répondis-je "Monsieur Mal est-il là... ou son fils?"
"Vive la reine" rectifia le volatile qui semblait ne pas m'avoir bien calculé.

Signe d'un courant d'air venu de la pénombre, le lumignon se mit à flageoler puis le courant d'air ouvrit la bouche."C'est pour quoi?" grinça une voix fluette.
Le gnome – je dirai un petit gnome au risque de pléonasmer – source du courant d'air bondit sur le guéridon histoire de pouvoir parler de gnome à homme :"C'est pour quoi?" répéta t-il comme si je n'avais pas entendu.
"Monsieur Mal ?" m'enquis-je.
Il éructa une fois – ou flatula, la différence est ténue chez les petits gnomes – avant de dire :"Non c'est le fils, mon père n'est plus...là"
"Désolé" crus-je bon de répondre à l'orphelin.
"ça ne fait rien" dit-il "je remplace avantageusement ce vieil abruti qui est parti avec la marâtre de Blanche Neige et son foutu miroir!"
"Quel foutu miroir ?" osai-je demander.
Un gnome qui soupire n'est pas beau à voir, pas plus que quand il rote ou pète, aussi ne vous décrirai-je pas la scène en détail.
Il expliqua: "Cette marâtre possèdait un miroir maléfique, un smartfaune de chez La Pomme qui donne le temps qu'il fait, des nouvelles de ses sujets et des recettes de beauté comme ce masque de Cesare Frangipani à base de frangipane et de beurre en pot... mais pourquoi vous bassiner avec tout ça ? Allez plutôt chercher ces balivernes chez Vegas qui en remplit des grimoires entiers dans sa Sarthe!"
Pour un petit gnome il en avait visiblement gros sur la patate ce qui lui donnait l'air d'un culbuto ridicule.
J'évitai donc de le questionner plus avant sur son père, sa poufiasse et ce miroir empoisonné.

Ma quête était toute autre et quand j'eus exposé l'objet de ma visite, le petit gnome se transforma en deux ronds de flan.
Je cherchais en fait une sorte de décodeur magique, une poudre de perlimpinpin, un onguent ou même un lavement enfin quelque chose qui puisse me traduire des mots et des expressions nouvelles pour moi comme galimatias, chacun-et-chacune, celles-et-ceux, pique-boeuf, aggiornamento,totipotent, irrédentisme et tant d'autres calembredaines.
J'évitai certaines expressions comme In petto qui aurait pu l'inciter à flatuler de nouveau.
Le double rond de flan me regarda de l'air désolé du commerçant au bord du dépôt de bilan :"Je n'ai rien pour ça. J'ignore qui parle de la sorte et je n'aimerais pas être à votre place!"
"Je n'ai pas choisi ma place pas plus que je n'ai choisi la sienne" soupirai-je à mon tour "j'aimerais juste comprendre ce qu'il dit, moi qui n'ai pas mon pareil pour déchiffrer en défrichant du défraîchi"
Tout petit qu'il était ce gnome n'était pas dénué de jugement puisqu'il conclut en hochant sa tête de flan:"Il vaut peut-être mieux ne pas comprendre du tout..."
Je sentis que j'allais repartir bredouille et le gnome sentit ce que je ressentais.
Comme je repassais l'huis – j'adore repasser les huis – en le remerciant de rien, il me tendit la perche ou plutôt le perchoir.
Je repris alors ma route avec mon nouveau perroquet à croupion bleu passablement déplumé et à l'oeil morne.
"Vive le roi" me siffla t-il à l'oreille.
Finalement ce babillard commençait à me plaire.

 

 

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04 novembre 2017

Le lipizzan pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Certains essaieront de vous persuader que le lipizzan comme d'autres médicaments en zan (Guronzan, Parmezan, Anabolizan) permettent d'aller facilement à la selle... il n'en est rien.

Le lipizzan est un cheval singulier; au pluriel on dit chevaux car il y a plusieurs chevals comme sur la pièce slovène de vingt centimes d'euro.
On dit aussi que c'est un equus ferus caballus mais c'est plus chiant à dire.
L'appellation Lipizzan est apparue en 1860; auparavant on les appelait par le nom de Pferde der Karster Rasse Lippizaner Zucht mais ils ne répondaient pas et on le comprend.
D'origine autrichienne le lipizzan doit son nom au village de Lipizza qui n'est pas situé en Italie malgré son nom mais en Slovénie.
On le trouve donc dans les haras slovènes et aussi sur les pièces slovènes de vingt centimes d'euro.
On le trouve aussi en 1976 aux côtés de Paul Newman dans Buffalo Bill et les indiens mais pas sur le billet de un dollar.

Cheval de Haute Ecole il peut mesurer jusqu'à 1,65m sauf sur les pièces slovènes de vingt centimes d'euro.
Son ancêtre, étalon fondateur né en 1765 s'appelait Pluto et donnera des lignées de lipizzan et plus tard un chien – fidèle compagnon de Mickey – mais hors sujet.
C'est un cheval massif tout comme la pièce slovène de vingt centimes d'euro en alliage de cuivre.
Sa robe est grise – couleur préférée de la famille impériale autrichienne – et non pas blanche; méfiez-vous des contrefaçons.
Il est heureux pour le lipizzan que l'empereur n'ait pas préféré le mauve ou l'écossais.
Le lipizzan est énergique, endurant, intelligent, doux, patient, obéissant et plus si affinités.
Si affinités, le lipizzan mâle fait l'objet d'un contrat de saillie qui consiste à remplir la jument; dans ce cas, le lipizzan mâle est énergique, endurant, intelligent et tout le reste.
Pour être éduqué le lipizzan est scolarisé à l'Ecole espagnole de Vienne en Autriche dont la cour de récréation dispose d'un manège.
Le lipizzan apprend alors la Remontenschule, la Campagneschule et plein de trucs en schule comme la pirouetteschule ou la cabrioleschule.
En 1945 les lipizzan seront sauvés par les Américains avant que les soviétiques les prenant pour des chevaux à viande ne tentent de les bouffer.

On ne peut clore ce sujet sans évoquer la célèbre phrase de l'acte V scène 4 de Richard III "Un lipizzan! Un lipizzan! Mon Royaume pour un lipizzan!", une phrase qui fait toujours son petit effet dans les réunions mondaines lorsqu'on n'a pas grand chose à dire.

A suivre: La pétasse en Louboutin pour les Nuls

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07 octobre 2017

Le poumon (Vegas sur sarthe)

 

Pharmacie Diafoirus et Fils depuis 1674

 

"Monsieur?"
"Argan"
"Argan comme l'huile d'Argan?"
"Non... enfin, comme c'est écrit sur mon Billet Vital"
"Pardon mais je disais ça à cause de votre hypercholestérolémie et surtout cette affection du foie"
"Euh... à quoi voyez-vous que j'ai un problème au foie? On m'avait parlé de la rate"
"Sans être médecin il suffit de voir comme le blanc de votre oeil est jaune, Monsieur Argan"
"Il est vrai que Je sens de temps en temps des douleurs de tête"
"Hum... ça c'est plutôt Le poumon"
"Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux"
"Le poumon
vous dis-je"
"Si je vous avoue aussi que J'ai quelquefois des maux de coeur"
"Le poumon,
Monsieur Argan! Comment faut-il vous le dire? En vers?"
"Ah ne me parlez pas de vers, ça me provoque des coliques frénétiques! Mais je n'ai encore jamais consulté pour ce... comment dites-vous... poumon... j'ignorais d'ailleurs que j'en avais un"
"Deux, Monsieur Argan, vous avez deux poumons... à ce jour"
"C'est bien ma veine! Deux consultations et deux occasions de plus d'être malade"
"Vous éprouvez parfois le besoin de faire la sieste après le journal de treize heures?"
"Oui, chaque jour vers quatorze heures"
"Les poumons, Monsieur Argan!"
"Alors je suis condamné ? C'est ça, hein ?"
"Savez-vous cependant que certains malades se font crever l'oeil pour ne plus l'avoir jaune?"
"Euh... il y a peut-être des alternatives? Une poudre de perlimpinpin? Un lavement? On ne peut pas laisser mourir les gens, borgnes et malades à la fois du foie"

"Si ça peut vous rassurer Monsieur Argan, et parce que je vois défiler puis disparaître les clients à l'officine je vous avouerai que presque tous les gens meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies"
"Vous êtes sûr de ça?"
"Demandez à ma femme Angélique. Elle vous dira combien de clients nous avons perdus depuis le début de l'année; c'est une hécatombe"
"Angélique... comme cette racine qui soigne mon asthénie?"
"Non Monsieur Argan, Angélique Apiacée, épouse Diafoirus.
Ma jeune femme est bouchère de formation et n'a pas son pareil pour les saignées"
"Hum... je me sens déjà moins mal et je vais prendre congé avant que mes douleurs de tête ne me reprennent"
"C'est vous qui voyez, Monsieur Argan... n'oubliez pas votre Billet Vital"

 

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30 septembre 2017

E pericoloso sporgersi (Vegas sur sarthe)

 

En ce 2 juin 1896 dans le train qui le ramenait d'Angleterre vers son Italie natale, le jeune Guglielmo se sentait bien triste et incompris.
Si le gouvernement italien n'avait vu aucun intérêt à son invention, il espérait beaucoup des rosbifs mais ceux-ci lui avaient ri au nez après son expérience avortée... et un angliche qui vous rit au nez ça vaut bien une paire de calottes du père Marconi !
D'ailleurs, du haut de ses vingt deux ans il allait encore en prendre une.
Comment un italien émigré avait-il osé aller défier les scientifiques britanniques?
Il entendait déjà la voix de son maître et eut un sourire amer ; les frères Pathé venaient d'avoir plus de chance que lui avec leur gramophone – mélange d'essoreuse à salade et de cornet à frites – Nom d'un chien !
Sans compter Tesla et Edison, ces deux monstres qui se disputaient la vedette à coups d'inventions, défendant qui le courant continu qui le courant alternatif au point d'accoucher de cette monstrueuse chaise électrique... que n'imaginait-on pas au nom du progrès et de la science!
Comble de honte, un de ses compatriotes un certain Italo Marchiony venait de mettre au point l'affaire du siècle, le cône de crème glacée, alors qui allait se soucier d'un gamin qui tape du morse au bout d'un fil en priant Dieu qu'on le recoive à l'autre bout du fil ?

Après les « Buono a nulla» (Bon à rien) du vieux Giuseppe viendraient les « Oublie toutes ces bêtises » puis on lui dirait de trouver un vrai boulot, de fonder une famille et tutti quanti.
Il serait carabinier ou footballeur, épouserait une bolognaise nourrie aux spaghetti, lui ferait une floppée de marmots et la famille serait contente.
Et dire qu'un an plus tôt dans les Alpes suisses il avait réussi à transmettre sur un kilomètre et demi quelques ti-ti-ti-ta-ta-ta entre deux antennes grâce aux ondes de Monsieur Hertz, au cohéreur de Monsieur Branly et aux antennes de Monsieur Popov.
Le vieux Giuseppe s'était marré : « Branly et Popov ! On se croirait au cirque Fratellini!»

Guglielmo est abattu, lui qui s'imaginait riche et célèbre roulant à bord d'une Alfa Roméo et écoutant des programmes musicaux à distance; il appellerait ça... tiens... un autoradio.

15 avril 1912: Guglielmo épouse Carla Bronzi – un mannequin turinois et chanteuse à textes issue d'une famille de musiciens – sous les yeux ravis de son vieux tandis qu'un rafiot dénommé Titanic embrasse un iceberg dans le silence le plus total.
Morse avait pourtant imaginé le SOS … --- … mais pas le fil invisible qui aurait pu sauver les hommes.

Dix ans plus tard en 1922 nait la BBC – la Brown, Boveri et Cie – compagnie de matériel féroviaire où Guglielmo va se rendre célèbre en imaginant le célèbre message de sécurité “è pericoloso sporgersi” qui évitera tant de malencontreuses défenestrations.

1924: Emile Pathé – l'inventeur du gramophone qui avait tiré un sourire amer au jeune Guglielmo un 2 juin 1896 – prend sa retraite et cède ses intérêts à... personne.

13 ans plus tard, le 20 juillet le petit Guglielmo devenu vieux comme son vieux s'éteint à Rome, emportant avec lui son obsession de tous les instants: créer un monde sans “filo alla gamba” un monde sans fil à la patte!
Change de disque, Guglielmo.

Aujourd'hui je souris en écoutant les enfants jouer dehors avec le dernier jeu à la mode: une ficelle et deux couvercles de boîte à cirage.
Au grenier on a retrouvé un vieux machin – une boîte avec une manivelle et un pavillon de cor de chasse et aussi un tas de galettes en plastique – une cochonnerie qu'on a aussitôt balancée aux encombrants...

 

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23 septembre 2017

Pince fesses (Vegas sur sarthe)


Je suis un malappris, j'enfume les grenouilles
on me dit chenapan, auteur de tours pendables
aux admonestations je suis imperméable
en un mot comme en cent je suis une fripouille

Je cherche le grabuge et la carabistouille
pinçant le cul des filles en dessous de la table
le regard au plafond, nigaud, irresponsable
ne vous y fiez pas je suis une fripouille

C'est pas ma faute à moi si quelque niguedouille
tombe dans le panneau et me prend pour un ange
si elle se fourbit c'est que ça la démange

Je crie à l'infamie, j'accuse son voisin
qui prend un coup de poing et pisse son raisin  
je suis fieffé coquin, je suis une fripouille

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16 septembre 2017

Extase molle à tartiner (Vegas sur sarthe)


"Dis M'man, c'est quoi l'extase?"
"Et ben c'est un peu c'que tu ressens quand tu t'goinfres de Nutella"
"Moi, quand je mange du Nutella je ressens surtout l'angoisse d'arriver au fond du pot"
"Euh... envisager l'fond du pot c'est plutôt d'la frustration"
"Et dis M'man, c'est quoi l'orgasme?"
"C'est plutôt comme quand à défaut d'Nutella tu bouffes ton oreiller"
"Ah bon? Et un fantasme?"
"Pour les fantasmes, va plutôt d'mander à ton père"
...
"Dis P'pa, c'est quoi un fantasme?"
"Euh... c'est quand ta mère pense que les pots de Nutella n'ont pas de fond!"
"Alors M'man est tout le temps en extase?"
"Oui,enfin... tant que c'est moi qui achète le Nutella par cartons de dix"
"Et un cauchemar, c'est quoi un cauchemar?"
"Euh... c'est quand la fin du carton arrive avant la fin du mois"
"Mais P'pa, la différence entre la fin du mois et le début du mois suivant c'est juste un jour!"
"Oui mais ce jour-là... comment dire... c'est l'extase"
"C'est bien c'que M'man disait... après on n'a plus qu'à bouffer nos oreillers"
"Hein? Pourquoi tu manges ton oreiller?"
"Laisse tomber P'pa, c'est seulement quand j'ai un orgasme"
"Qui t'a parlé de ça?"
"C'est M'man... et une extravagance, c'est quoi une extravagance?"
"Justement, va demander à ta mère"

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