11 janvier 2020

La véritable recette du FAR breton (Vegas sur sarthe)

 

Un grédient … et plus

  • 250 g de FARine dite gruau

  • 1 pincée de sel

  • 100 g de susucre

  • 4 cocos de poule de Janzé ou de Coucou de Rennes

  • 100 g de beubeurre salé mais fondu mais salé

  • 1 litre de lolo de Pie noire (attention, le lait est blanc)

  • 1 couteau breton avec une lame sèche

  • 150g de pruneaux à jeun

  • 10cl de rhum arrangé breton

FARfouillage

  1. Dans un saladier – ou un bobardier ou un menteur – versez la FARine, pincez le sel entre pouce et index puis versez les cocos un par un en mélangeant c'est à dire un coco puis mélanger puis un coco puis mélanger puis un coco puis mélanger puis un coco puis mélanger puis c'est tout car on n'a que 4 cocos.

  2. Continuez à mélanger vigoureusement « à la bretonne » pour que la bouillie soit assez homogène mais pas trop car s'il y a trop d'homogène y'a pas de plaisir.

  3. Ajoutez ensuite le susucre et mélangez à nouveau vigoureusement « à la bretonne » pour que le farfouillage soit assez homogène comme avant.

  4. Faites fondre le beubeurre salé pour faire du beubeurre salé fondu et inoculez-le (ça fait pas mal) au farfouillage.

  5. Mélangez à nouveau vigoureusement « à la bretonne » sinon ça ne sera pas un FAR breton et versez ensuite le lolo préalablement tiédi de façon progressivement progressive.

  6. Reposez-vous sans toucher au rhum arrangé et laissez également reposer le farfouillage 30 minutes voire une demi-heure mais pas plus.

  7. Préchauffez alors le four-à-FAR à 200°C ou à 390 °F si vous n'avez pas de °C.

  8. Pendant ce temps allez vous faire beurrer le moule avec un peu de beubeurre fondu, puis versez-y le farfouillage.

  9. Vous pouvez – si ça vous dit toujours – placer le tout au four-à-FAR pendant 40 minutes voire 40 minutes mais pas plus.

Si le FAR vous gonfle trop, allez vous faire cuire un coco ou baissez la température de votre four-à-FAR jusqu’à la fin de la cuisson c'est à dire 40 minutes mais pas plus.

Lorsque le FAR breton est cuicui, plantez-y la lame d'un couteau breton qui doit rester sèche voire archisèche comme les chaussettes de la duchesse Anne de Bretagne.

Le FAR doit être tout juste coloré – quelle que soit la couleur – sur le dessus et ferme à l’intérieur c'est à dire là où vous avez planté la lame du couteau breton .

Ultimatum

Pour réaliser un vrai FAR breton, vous ajouterez les pruneaux à jeun marinés dans un peu de rhum arrangé breton. Le tout à déguster avec une boisson locale, le rhum arrangé breton bien sûr !

 

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04 janvier 2020

Le Noël de Petit-Faucon (Vegas sur sarthe)


En cette belle nuit de Noël, Petit-Faucon ne dort pas, il veille en rêvant.
Depuis que Petit-Faucon a dépecé sa couette en plume d'oie pour tenter de s'en faire une coiffe, papa – Crazy Horse Débauché – et maman –  Cooking Chef Connectée – l'ont confiné dans sa chambre, loin du sapin dressé en totem dans le salon.
Il a eu beau déployer des ruses de sioux pour s'en approcher, rien ne laisse présager du moindre cadeau à venir sous ses mocassins bien rangés.
Pourtant il sait que le sien va arriver, il en est certain car il l'a lu dans les signaux de fumée de la cheminée du grand incinérateur d'Ivry-sur-Seine près duquel il habite avec sa tribu de frères et sœurs.
Depuis le 14ème étage de son tipi, Petit-Faucon adore déchiffrer les messages que lui envoie Butor Déplumé, son papi parti rejoindre leurs ancêtres navajos dans les hautes plaines de l'Utah …

Son cadeau va faire pâlir tous les blancs becs du quartier qui pourront aller « se consoler » avec leur sempiternelle Nintendo ou leur nouvelle PS4.
Il lui tarde tant que le jour se lève.
Petit-Faucon sera si fier dans sa parure en plumes d'aigle disposées en couronne comme la roue du paon du zoo de Vincennes !
Il serre dans son poing son joujou de Noël dernier, un joli couteau de chasse qui avait fait des merveilles même si le scalp de la poupée Barbie de sa petite sœur lui avait valu une raclée mémorable.
 
Demain matin dans la cuisine, maman –  Cooking Chef Connectée – mijotera le traditionnel repas pour célébrer la naissance du papoose dans le wigwam de Bethléem, un repas vite expédié pour pouvoir descendre dans la rue et montrer ses cadeaux aux copains.
Sûr que toutes les gamines du quartier n'auront d'yeux que pour Petit-Faucon-Emplumé ; peut-être réussira t-il à convertir Dolly sa jolie petite voisine du 13ème étage, à lui faire partager le rituel ancestral du calumet et celui de la danse qui chasse les Mauvais-Esprits.
A Ivry-sur-Seine, le Mauvais-Esprit c'est le gardien de l'immeuble qui ne supporte pas qu'on joue dans les escaliers et le calumet n'est rien d'autre que la pipe sacrée en bois de cerf – héritage de papi Butor Déplumé – bourrée d'une poignée d'herbes sèches.
Quand Petit-Faucon lui a expliqué que Doli en navajo veut dire Oiseau Bleu elle a éclaté de rire avant d'aller cafter le secret à ses copines.

Demain, dans sa parure de plumes d'aigle, il en sera tout autrement … elle acceptera qu'il l'appelle Oiseau Bleu et les yeux levés vers le ciel ils fumeront ensemble l'herbe interdite derrière le local à poubelles, l'herbe des plate-bandes du Mauvais-Esprit, celle qui fait tousser et fermer les paupières.

A moins que demain il en soit tout autrement …  les blancs becs du quartier iront échanger leurs cadeaux relou par milliers, Dolly qui rêve d'être danseuse de cabaret jouera avec ses copines à Zizi Jeanmaire ou à la grande Zoa et Santa Claus fourbu ira remettre sa hotte à la consigne chez Amazon ...

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28 décembre 2019

Glycérine (Vegas sur sarthe)


Tout en rigolant l'employé de la SPA – un dénommé Alfred Nobel – nous avait bien prévenus : «Pensez à ajuster la laisse à la bonne longueur, car avec Glycérine c'est nitro ni trop peu sinon elle va partir comme un bâton de dynamite»
Avouez qu'il faut être un peu taré pour appeler une chienne Glycérine, bref on a réglé la laisse comme avait dit Alfred et Germaine s'y est attachée … côté maîtresse, pas côté chienne évidemment.
Germaine ne dévoile son côté chienne que dans l'intimité de notre appartement. Tiens j'y pense … la chaise gothique que je vais offrir à Germaine nous promet de belles galipettes !

A propos la seule dynamite que j'avais approchée de près jusqu'à présent c'était Germaine dans nos premiers ébats mais la routine avait mouillé la mèche et le pétard explosait moins souvent … je dirai qu'il faisait long feu, bref notre nouvelle compagne à quatre pattes était sensée redonner un souffle nouveau dans notre foyer.
Coluche disait qu'il y a des gens qui ont des enfants car ils n'ont pas les moyens de s'offrir un chien mais notre cas était tout autre : cette chienne allait être le ciment de notre couple, le pompon sur la cerise quoi.
Pour l'heure c'est Glycérine qui tire à tout va et Germaine a toutes les peines du monde à mener l'équipage sur le chemin du retour.  

Au pied de notre immeuble – soit dit en passant interdit aux animaux même ne faisant que passer – la gardienne est en train de monter la garde puisque son titre l'indique.
Fière de notre chienne Germaine ne peut s'empêcher de vendre la mèche : »C'est Glycérine, notre nouveau locataire ! »
« Vous avez pas l'air de la maîtriser » rouspète la gardienne qui elle aussi est rousse.
« On n'a pas encore bien l'habitude » s'excuse Germaine.
Avec un rire de crécelle la gardienne nous lance : « Vous devriez passer au TNT ».
« Euh … Non merci » répond Germaine fort à propos «on a déjà Canal Plus »
« Le TNT Ma'ame Vegas … z'avez jamais entendu parler du trinitrotoluène ? » fanfaronne notre érudite gardienne.
« Euh ... » Germaine perd la main sur Glycérine qui s'oublie – en grand écart – sur le paillasson du cerbère qui poursuit : « La nitration du toluène Ma'ame Vegas… y z'ont posé la question aux Douze coups d'midi sur la Une à midi ! » et elle ajoute « si vous zieutez que vot' Canal Plus, vous pouvez pas savoir »
« Nous, la vibration de Nolwenn, ça nous passionne pas plus que ça » réplique Germaine en cherchant mon approbation du regard.
J'observe la petite flaque qui progresse en direction de Germaine, tout comme notre gardienne au regard affûté qui s'en inquiète par pure solidarité féminine : »C'est pas des loups-bouquetins au moins qu'vous portez Ma'ame Vegas ? »
Germaine campe fièrement sur ses pilotis, indifférente à la marée : »Vous faites pas de bile, ça craint rien, c'est pas du loup mais du veau retourné … et puis je vais devoir m'y habituer maintenant ! »
Je réalise ce à quoi nous allons devoir nous habituer car nonobstant mes ennuis de prostate nous n'avons jamais subi ce genre d'inondations … (J'adore glisser un petit nonobstant de temps à autre)

« Et bien moi, j'm'y ferai jamais, Ma'ame Vegas !» hurle la gardienne « vous allez devoir affronter le syndic ! »

La gardienne furibonde s'éclipse et revient avec une wassingue estampillée Défi 584.
Je n'ai pas envie de relancer une polémique vieille de quelques semaines.
C'est fou comme le temps passe. Il faut que je file.
J'emprunte l'ascenseur mais promis, juré … je le rendrai.

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21 décembre 2019

Game of Trône (Vegas sur sarthe)


Mission accomplie ! Youpi ! Dans l'agitation et la cohue qui bouscule les chalands à l'approche des fêtes et en cette période de trouble social j'ai finalement déniché le cadeau de Noël pour Germaine ; un superbe cadeau à la fois utile et original qui la laissera sur le cul, enfin pas tout à fait car il s'agit d'une chaise gothique .
Mais pas n'importe quelle chaise, d'après le vendeur de la boutique « Troc en stock » c'est l'authentique siège épiscopal où la papesse Jeanne posa son auguste fessier en 855 et ne l'en retira qu'en 858 pour accoucher … il a même précisé que l'expression « la chaire est faible » était née avec ce marmot justement arrivé par le siège.
Cette chaire porterait encore les traces laissées par les forceps mais on a du mal à les distinguer parmi les graffitis gravés au fil du temps par quelques gothiques fanatiques et une enluminure « Made in China » en lettres dorées du plus bel effet … bref, Germaine va être scotchée !
   
Il s'agit d'un des derniers sièges épiscopaux à ne pas être percé – je vais encore faire rire Germaine avec cette expression épices copeaux – car à partir de l'an 1000 un diacre voyeur se glissait sous le siège troué pour y vérifier la présence des burnes du pape et confirmer ainsi la virilité du père de l'Eglise !
Je suis sûr que cette histoire olé olé plaira à Germaine et qu'elle va en boucher un coin à ses amies coincées qui ne jurent que par Ikéa.

J'ai agrémenté le saint siège d'une guirlande d'angelots lumineux qui chantent Minuit Chrétien en polonais ! Ses copines peuvent aller se rhabiller pour trouver mieux chez les suédois et puis Germaine adore les crèches et les chants de Noël qui lui rappellent son enfance à Montfermeil chez les Thénardier (parfaitement sa nourrice s'appelait Thénardier, y'a pas d'mal à ça).  
 
Il me reste à planquer le trône au garage derrière la tondeuse à gazon – son cadeau de l'an dernier qu'elle avait moyennement goûté – et son panier de basket d'il y a deux ans.

Bon Dieu ! Vivement Noël … ça va être la foire du Trône, notre Game of Trône en quelque sorte

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14 décembre 2019

Tout pour le drome (Vegas sur sarthe)


« Bienvenue chez Tout pour le drome, Monsieur ! Que cherchez-vous ? »
« Je suis à la recherche d'un ballodrome belge»
« Vous tombez à pic. Nous sommes spécialisés depuis 1920 dans tout ce qui concerne le drome »
« Mais avant toute chose, auriez-vous... euh... des toilettes ? »
« Non mais nous avons un pissodrome au bout du couloir à ... »
« Tant pis. J'aurais préféré des toilettes »
« Donc vous cherchez un boulodrome »
« Pas du tout, j'ai besoin d'un ballodrome belge»
« Dommage. Nous avons un magnifique boulodrome d'origine phocéenne, celui-là même qui a vu Fanny se faire tant de fois embrasser le cul... au point que certains l'appellent baisodrome et ... »
« Non merci. C'est un ballodrome pour faire du sport dont j'ai besoin»
« Voyons ça ensemble dans notre catalogue...  je suppose qu'un Aérodrome ne vous intéresse pas plus qu'un Autodrome »
« En effet »
« Bon … Voyons plus loin. Est-ce que vous faites du vélo ? »
« Non, pas plus que ma grand-mère»
« Dommage, il nous restait des pans de bois du premier Vel d'Hiv datant de 1903 et … bon, je n'insiste pas »
« A la lettre B comme Ballodrome, vous auriez quelque chose ?»
 « Hum … Nous avons une caserne, genre sac »
« Une caserne, genre sac ? C'est comme un ballodrome belge ? »
« Non. Excusez-moi... c'est un palindrome – un truc qui marche dans les deux sens – mais on a du mal à le refourguer alors je le propose systématiquement aux clients»
« Non merci, pas besoin d'une caserne mais juste d'un ballodrome belge »
« Ah oui... un ballodrome … c'est ballot ce ballodrome, je n'en trouve pas, par contre si vous goûtez au tiercé je peux vous ... »
« Je vous vois venir avec votre hippodrome! Mais vous avez vraiment des hippodromes à vendre ? »
« Oui Monsieur, tout ce qui se fait en Drôme ou ailleurs »
« Et mon ballodrome belge ? »
« Hum … belge … belge … ah si ! J'ai un superbe cynodrome en Liège ! »
« Vous avez un cynodrome en liège ? On fait vraiment courir des lévriers sur du liège ?»
« Oui ou plutôt non mais dans la province de Liège, celui-ci est en Awans»
« Comment ça en avance ? »
« Non Monsieur, pas en avance mais à Awans … c'est du wallon. Bref, avec quelques adaptations vous devriez pouvoir en faire un ballodrome sinon ça sera quand même belge, voyez-vous »
« Quelques aménagements dites-vous ? »
« Oh, peu de choses car le cynodrome a déjà l'arrosage automatique »
« Merci mais j'ai déjà acheté une buvette, alors votre arrosage ... »
« Savez-vous Môssieur que celui-ci est de renommée internationale puisqu'on y a fait courir des afghans et des persans ! »
« Oh vous savez, ce qui m'importe c'est qu'on puisse y mettre des chasses »
«Pour la chasse je vous conseillerai plutôt le braque allemand ou l'espagnol breton »
« L'espagnol breton sur un ballodrome belge, vous ne craignez pas que ça fasse un peut trop international ? »
« C'est vous qui tirez votre plan, Monsieur »
« Et bien je vais réfléchir … mais dans l'urgence j'essaierais bien votre pissodrome»
« C'est au bout du couloir à droite … la porte en liège»
« Décidément ... »

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07 décembre 2019

Peut mieux faire (Vegas sur sarthe)


Je me suis décidé à faire mon anamnèse :
pur produit de terroir, la côte dijonnaise
mâtiné d'exotisme, ancêtre javanaise
abus de pâtes et nouilles, cuisine japonaise
d'escalopes de veau parmesan-milanaise
et bien trop inhalé de fumée havanaise.

Trois bons repas par jour garnis de mayonnaise
mais manger et pisser... façon pakistanaise !
Boudin noir, paillassons, jarret à la lyonnaise
ventre dessous la table et cul à la fournaise.

Le docteur est pantois, d'origine albanaise
émigré Kosovo ou bien de Macédoine
il n'a pas l'air d'aimer mon dodu patrimoine
sur sa chaise il s'agite... un clou ? une punaise ?

Je suis au CMU, ici pas de bakchich
de pantois l'arnaqueur est passé abattu
il en appelle au Code, aux lois, à l'Institut
Je m'en vais adipeux, demain je fais mieux... chiche !

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30 novembre 2019

La sorcière (Vegas sur sarthe)


Elle est aussi frisée que mon vieux crâne est glabre
et je ne sais répondre à sa nymphomanie
de ses gémissements je n'entends que nenni
et mes déhanchements sont des danses macabres

Que peut-elle trouver à mes yeux larmoyants
à ma frêle carcasse, à mes inondations
je boite d'une jambe empêchée d'érection
je risque à chaque assaut l'AVC foudroyant

Dans ses bras je me sens partir les pieds devant
je pousse un dernier râle à l'entrée de sa grotte
mon cerveau est tari d'idées qui ravigotent

Car elle a gaspillé mon ultime liqueur
me voilà desséché, vidé bien avant l'heure
à quoi bon tâtonner, je suis un mort-vivant

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23 novembre 2019

Encore raté (Vegas sur sarthe)

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Il est passé tout droit, fier, hautain, imprévisible mais bien fermenté... tout comme Germaine sa lanceuse.
Germaine avait très vite été douée au lancer d'objets en tous genres et le message «Yaourt ou yogourt... prends-ça dans ta tronche !» m'est parvenu bien après le crash du produit concerné dans la soupière rose en porcelaine de Gien, cadeau de mariage de tante Anastasia qui trône sur le buffet depuis... depuis ce lointain événement.
En vingt ans de mariage j'étais devenu expert en balistique et en dépit de la masse du projectile, de ses frottements dans l'air et de l'arthrose du poignet de Germaine, je peux affirmer que la trajectoire de cette voie lactée était rectiligne et qu'elle allait manquer sa cible.

Autrefois on n'était pas riches alors on le dégustait à deux, les yeux dans les yeux et cette petite cuillère qui allait et venait alternativement dans nos bouches gourmandes était un merveilleux excitant.
On terminait alors notre délicieux dessert en s'en tartinant sous la couette avec... non, vous n'en saurez pas plus.
Et le temps a passé, on est devenus moins pauvres – chacun sa petite cuillère – et on est passés aux fruités sauf qu'on n'était déjà plus d'accord sur le fruit ni sur la nature ni sur le nom lui-même.
Il faut dire que Germaine s'était mise à parler le yaourt, des phrases floues ponctuées d'onomatopées, un jargon incompréhensible qui n'arrangeait pas cette situation conflictuelle.
De biquet, je suis devenu vieille carne alors elle est passée de chaton à grosse vache car même en terme d'affections on n'était plus d'accord ; mon cholestérol et son ostéoporose faisaient mauvais ménage.

C'est alors que le sujet sur l'orthographe du yaourt est venu sur le tapis si j'ose dire, tout comme le projectile qui – dégoûtant de la soupière rose de notre beau mariage – s'était répandu piteusement à mes pieds en une petite flaque laiteuse.
« Raté ! » ai-je crié, triomphant et sûr de mon fait « Va t'en donc voir Erdogan chez les turcs et demande lui s'il y a un 'h' à yogurt ! »
« Et toi chez les grecs ! » m'a t-elle rétorqué en référence à un séjour au pays hédoniste qui ne m'enchantait pas plus que ça .
« Le grec c'est du brebis, Madame... pas d'la vache » ai-je rectifié savamment.
« D'abord on dit Erdoan... pas Erdogan ! » m'a t-elle asséné, forte de tant de soirées passées à regarder BFM TV.

Voilà qu'on en était arrivés à s'écharper sur l'alphabet, mon 'h' contre son 'g'.
« Après on s'étonnera que les pays se fassent la guerre » ai-je voulu conclure en élevant le débat.
« Va plutôt chercher la wassingue pour nettoyer ce gâchis» a t-elle lancé, à bout d'arguments pour ramener le débat au ras du sol.
Depuis huit jours qu'elle avait découvert ce mot, elle me le servait à chaque occasion c'est à dire deux fois par jour et je maudissais le type qui avait lancé ce défi un samedi matin, à l'heure où les gens normaux font la grasse mat ou leur tiercé !
Alors je suis allé chercher une serpillière – sans commentaire – pour nettoyer le gâchis d'un yogourt nature qui n'avait rien demandé à personne.

Pour l'heure Germaine s'était privée de dessert et comme il ne lui restait qu'une banane ou des kumquats – par prudence et par respect pour le 'k' et le 'q' – je lui ai suggéré la banane, fruit de forme ambiguë certes et qu'un farfelu nommé Rocco Polo ou Marco Polo avait osé baptiser « pomme du Paradis »... tu parles !

En la regardant engloutir sa banane aux multiples bienfaits, j'imaginais tous les combats qu'elle menait : dépression, stress, gueule de bois, nausées matinales ; Ah ça ! elle m'en servait des nausées matinales, bref... non, vous n'en saurez pas plus.

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16 novembre 2019

La belle de Souzix (Vegas sur sarthe)


Concepcion naquit un beau matin de printemps parce que dans les contes on naît souvent un beau matin de printemps; il fallait bien qu'elle naquit à cause de son prénom et aussi parce que sa mère Anunciacion était enceinte jusqu'aux dents d'un bel inconnu puisque les inconnus sont toujours beaux en fin de conte et au début aussi.
Qu'elle était jolie avec ses yeux doux comme du velours, ses sabots noirs et luisants comme des sabots et ses très longs cheveux noirs qui s'arrêtaient au bout d'un moment, si belle qu'on aurait dit Marylin mais en brune, bref elle était si jolie - comme dans les contes et dans la chanson d'Alain Barrière - que dans tout le royaume d'Espagne on l'appelait la belle de Souzix à cause de son père inconnu, de ses yeux de velours et de son Tchica-tchica-tchic-aïe-aïe-aïe.


Elle questionnait souvent son journal intime car il fallait bien qu'elle le questionnasse ou qu'elle le questionnât, enfin bref... comme dans tous les contes: "Diaro intimo, mon beau diario intimo, dis-moi que je suis la plus belle et qu'un jour mon prince charmant viendront ou bien viendra... il sera beau comme moi, enfin pas trop moche quand même, bref... il sera un amant très magnifique qui me fera jouir et tout et tout".

A ces mots le journal qui était pourtant intime ne se sentait plus de joie mais ne répondait rien, tout comme les miroirs qui n'ont pas droit à la parole non plus; elle lui remplissait ses pages car il en avait plusieurs, avec des prénoms les plus charmants... il y avait là Rocco, Bernardo et Zorro et puis aussi Rudolf et Valentino et la liste des courses de chez Lidl mais dans les contes ça compte pour du beurre.
Comme le conte faisait déjà pas loin de trente lignes, Anunciacion décida qu'il était grand temps de la marier avant que le conte ne déborde et aussi parce que Concepcion remplissait son diaro intimo à en perdre l'appétito.


Anunciacion lui trouva un beau parti au rayon des princes charmants; on dit parti alors qu'il venait tout juste d'arriver mais c'est comme ça dans les contes; il s'appelait Ramon ou un truc comme ça, bref il eut fallu qu'elle le susse ou bien qu'elle le sut, enfin... chaque chose en son temps comme répétait sa mère qui aimait bien répéter.

Ramon portait bien son nom, il lui fit crier Ramona et elle en fut ravie dès qu'elle le vit et ravie au lit aussi mais dans les contes on ne le dit jamais de cette façon; de toute manière Concepcion était ravie partout.

 

Qu'il était beau Ramon avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier et ses sabots noirs et luisants qui lui rappelaient quelque chose, enfin bref.
Il plut très fort à Concepcion, vraiment très fort pourtant c'était un beau matin de printemps - la météo était bonne sur Madrid comme l'avait annoncé Telecinco - un beau jour pour se marier et c'est ce qu'ils fissent ou bien ce qu'ils firent aussitôt, enfin bref... ce fut un beau mariage et Concepcion n'en finissait pas de lire et relire la lettre du Registro Civil de la Casa de Correos de la Puerta del Sol présidence de la communauté de Madrid où on lisait que Conception Souzix dite la belle de Souzix avait épousé ce beau matin de printemps confirmé par Telecinco, le beau Ramon y Ramon Delgado, tennisman, cinquante-deuxième mondial au classement ATP, enfin bref... un sacré joueur de pennis comme disait Anunciacion qui avait du mal à prononcer les 't'.

L'heureux élu, on dit toujours heureux au début, portait sa belle veste marron de serveur; il avait toujours été excellent au service et aussi à la volée, mais ça Concepcion allait l'apprendre plus tard...
Comme le conte faisait largement les cinquante lignes, le jeune couple s'empressa de disparaître, c'est parfois comme ça dans les contes et puis ils en avaient plus qu'assez de ces papillons, mosquitos et autres insectes qui volaient autour d'eux à cause du beau matin de printemps et que Ramon essayait de chasser du revers de la main à grands coups de castanuelas et de tamborin, enfin bref... il était moins bon au revers.

Al final on répète qu'ils eurent heureux et furent beaucoup d'enfants ou bien le contraire, enfin bref... on le dit et c'est bueno.

 

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09 novembre 2019

Scène de « ménage » (Vegas sur sarthe)

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« Cesse de vadrouiller ici, bon sang ! J'viens d'passer la serpillière !«
Les jours de grand ménage, on est priés de ne pas déconcentrer Germaine, mais c'est plus fort que moi, j'aime bien la taquiner : »Si t'as passé la serpe hier, pourquoi j'y passerais pas aujourd'hui ? »
« Qu'est-ce que tu dis ? »
« Je dis Pourquoi tu as passé une serpe sur le carrelage ? »
«Quelle serpe ? J'ai passé la gueille, c'est tout ! »
« C'est quoi une gueille ? »
« Chez moi à Bordeaux c'est l'nom pour les torchons »
« Ah ? Chez nous en Champagne un torchon c'est une bâche »
« J'sais c'que c'est qu'une bâche, Môssieur et ça c'est une serpillière »
« En tout cas c'est les Québécois qui disent une vadrouille »
« J't'ai jamais parlé d'vadrouille !! »
«Si Madame... tu m'as dit d'éviter de vadrouiller «
« Cherche pas à m'embrouiller, Chouchou tu vas finir par y arriver et j'ai encore du pain sur la planche»
« Je ne t'embrouille pas mais avoue que ce bout de torchon qui pue le rat crevé n'avait pas besoin d'autant de noms... »
«Ca pourrait bien s'appeler une toile que j'm'en foutrais pas mal pourvu qu'ça lave les sols; mais ça, c'est l'dernier de tes soucis »
« Justement certains appellent ça une toile »
« Et ben tant mieux ! Alors je te redis : Cesse de vadrouiller ici, je viens de passer la toile!«
« Tu devrais plutôt dire : Je viens de passer la toilière »
« Pourquoi la toile hier ? »
« T'avais bien passé la serpe hier, non ? »
« Ah ça suffit maintenant ! Dégage le plancher à la fin »
« En tout cas si c'était hier, ça doit être sec maintenant et en conséquence je peux y marcher»
«Mouillé ou sec,  tu vas sortir d'ici ! »
« En tout cas c'est nickel depuis que tu as passé la serpe »
« Mais quelle serpe ? »
« Laisse tomber, Germaine. Je ne comprendrai jamais rien à ta façon de faire le ménage... mais je reconnais que tu t'en sors pas mal» 
« J'm'en sors pas mal ? Depuis vingt ans que j'fais ça, Môssieur juge que j'm'en sors pas mal ? T'es gonflé»
« Cool Germaine, je me demandais juste si ça ne serait pas plus efficace avec une wassingue »
« C'est quoi encore ce truc? »
« Je ne sais pas au juste. C'est un mot qu'on m'a suggéré au Défi Du Samedi »
« T'as vraiment rien d'autre à foutre le samedi ? »

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