12 octobre 2019

Ça fait vroom ou plutôt braoum ? (Vegas sur sarthe)


Ce matin-là je peaufinais mon tiercé dominical quand Germaine est rentrée du Mammouth et m'a jeté à la tête les clés de la Simca 1000 en déclarant : »Elle se traîne ta caisse... ça doit être la soupape »
« Comment ça elle se traîne ? T'as desserré le frein à main au moins ? »
Germaine fronça les sourcils en grattant son chignon choucroute – sa façon à elle de se concentrer – pour confirmer : « C'est un veau, j'te dis. Sabrina affirme que c'est la soupape »
« Qu'est-ce qu'elle y connaît en bagnoles ta copine Sabrina ? »
« Elle en connaît un rayon justement. Elle a déjà dézingué 3 bagnoles à son mec »
Je me concerte pour choisir une explication parmi les 15 qui se bousculent dans mon esprit bricoleur : « T'aurais pas mis du gazole par hasard ? »
Germaine s'empourpre : » Je fais gaffe aux prix mais pas à ce point là. Tu m'prends pour qui ?»
« J'te prends pour une qui l'a fait le mois dernier et qui m'a coûté une purge de réservoir à cinquante balles ! »
Germaine s'entête : »Si Sabrina dit que c'est la soupape, c'est que c'est la soupape … passe que moi, je sais même pas à quoi ça ressemble une soupape de Simca 1000 »
Pas facile mais je vais devoir faire un peu de pédagogie tout en ménageant sa susceptibilité : «Une soupape c'est … comme ta bouche, Germaine ; ça s'ouvre et ça se ferme environ 2500 fois par minute»
Elle acquiesce : »Je comprends pourquoi elle fait autant de bruit »
Le Tiercé Magazine m'en tombe des mains : « Du bruit ? Quel bruit fait ma Simca 1000 ? »
« Ben … du barouf, quoi »
J'ai besoin de précisions pour affiner mon diagnostic : »Ca fait plutôt vroom ou plutôt braoum ? »
« Je sais pas moi, p't'être que ça fait les deux »
« J'ai besoin de savoir, Germaine. Si ça fait vroom c'est une soupape d'admission mais si ça fait braoum c'est une soupape d'échappement »
Germaine ouvre de grands yeux : » Passe qu'y a plusieurs soupapes ? »
« Oui Madame ! Il y a 2 soupapes par cylindre et 4 cylindres … je te laisse le soin de faire le calcul »
Germaine calcule : »Ca fait un joli tas de soupapes. Tu crois qu'elles sont toutes mortes ? »

J'essaie de minimiser l'hécatombe : »A moins que ça soit l'arbre à came »
Germaine en tombe sur le cul : »Y a un arbre à came aussi ? J'comprends maintenant pourquoi y a une odeur zarbi et que ta caisse marche de travers qu'on dirait Sabrina en fin de soirée »
Je préfère ne pas répondre à ça ; j'enchaîne : « T'as regardé si ça faisait de la mayonnaise dans le liquide de refroidissement ? »
Germaine farfouille dans son cabas, extirpe sa liste de courses : »Merde ! J'ai oublié la mayo ... »
(Soupir)
Je ne sais plus qui a dit « Le divorce est la soupape de sûreté de la chaudière conjugale » mais je trouve ça très approprié à la situation du moment.
 
Je vais en être quitte pour faire vérifier les bougies, sans doute les culbuteurs, peut-être même le joint de culasse !
J'explose : »Bordel ! Germaine … une Simca 1000 de 1975 … notre année de mariage … ça ne peut pas se terminer comme ça ! »
Avec la veine qu'on a en ce moment, sûr qu'il va falloir déculasser.
Je conclus: »T'es fière de toi ? On n'a plus qu'à déculasser ! »
Au bord des larmes, Germaine me lance un regard de chien battu : «Déculasser ? Bichon, tu peux m'engueuler mais t'as pas l'droit d'être impoli comme ça»
Je bouillonne : »Déculasser, c'est pas gros mot. S'agit juste de retirer le cache culbuteur et de … »
Je sens du vague à l'âme dans son regard, Germaine minaude : »C'est vrai que tu m'y as culbutée pour la première fois en 75 mon bichon »
Elle ne ferait pas de l'auto-allumage ? Je parle de la bagnole, pas de Germaine.

Pas envie qu'elle m'appelle bichon.
Pas envie de culbute.
Pas envie des conseils avisés de Sabrina.
Juste besoin d'un devis, rapidement ...

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05 octobre 2019

Le chien qui ricanait (Vegas sur sarthe)


D'un geste d'agacement Arsène Rupin releva son col de zibeline en frissonnant.
Le magasin Versace de la rue du faubourg Saint Honoré où sa rupine de femme l'avait copieusement supplié de se rendre n'était plus qu'à une vingtaine de mètres.
Dans sa précipitation il bouscula deux pauvres bougres qui se disputaient la laisse d'un maigre chien sur le trottoir ; il se fendit  d'un vague grognement d'excuses.
De son petit appartement de Bagneux à leur hôtel cossu du XVI – du XVIème arrondissement ou du XVIème siècle, la différence importait peu  – il y avait eu ce ticket gagnant du loto puis sa rencontre avec Germaine Richard.
Il sourit … Richard, ce nom lui allait comme un gant, bien que Rupin sonnât mieux.

Sur la luxueuse porte du 62, un grand écriteau calligraphié en lettres d'or « Fermeture exceptionnelle » lui tira un juron.
« Connards ! Z'auriez pu prévenir vos clients»
Derrière lui, les deux types se marraient ; il lui sembla même que le clébard en faisait autant.
Il y avait bien ce Prada mais il allait devoir remonter jusqu'au numéro 6 sans être certain que sa rupine de femme apprécie la dernière collection … et puis Prada était déjà le nom de son yorkshire !
A quoi bon risquer un incident diplomatique ?
Il tambourina à la porte, faisant trembler l'épaisse vitre dans un vacarme qui effraya les deux types et leur chien.
Derrière l'écriteau une ombre finit par apparaître, il y eut un cliquetis de serrure puis la lourde porte s'entrouvrit : « Z'avez pas vu ? C'est fermé » dit une grosse voix à l'accent italien.
« J'espère que vous avez une bonne raison d'être fermés» aboya t-il.
Le chien en fit de même.
Il y eut un soupir puis la voix souffla : « Gianni est mort »

Arsène Rupin vacilla. Germaine ne supporterait jamais cette fâcheuse contrariété.
« C'est pas possible. Comment ça a pu arriver ? » demanda t-il.
« Z'avez pas lu les journeaux ce matin ? » et la voix précisa  « Deux balles dans la tête »
C'en était trop. L'entrée du 62 lui paraissait soudain fadasse, dégradante.
Voilà qu'il échouait lamentablement dans sa mission devant cette gargote et devant ces deux types avec ce chien qui ricanait, et puis il avait déréglé sa Rolex en frappant sur la vitre – 17 Juillet 1997, peut-être 16 ou 18 ? – et puis …

 
Nous sommes bien le 17 Juillet 1997
2 jours après le meurtre inexpliqué de Gianni Versace, un homme se suicide devant l'enseigne de la rue du faubourg Saint Honoré à Paris.
Une enquête est en cours
On recherche deux témoins présents sur les lieux, accompagnés d'un chien ricaneur

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28 septembre 2019

La famille Quidam (Vegas sur sarthe)


On a oublié qui l'avait baptisé ainsi au village mais On avait pris l'habitude de l'appeler le quidam car on ne savait rien de lui et que personne n'avait jamais cherché à savoir.
En tous cas il n'était pas de chez nous puisqu'On ignorait son nom et ça nous semblait normal de l'appeler ainsi comme nous l'avait précisé l'institutrice qui possédait deux gros Robert dans sa bibliothèque et deux autres aussi.
Quand le lait des vaches du père Moinard eut tourné, On désigna naturellement le quidam tout comme quand la grange des Hauts Bois eut brûlé …
Ca fit de la fumée à des kilomètres et quand elle fut enfin dissipée, les gendarmes avaient déjà bouclé l'enquête puisqu'On était tacitement tous d'accord sur le nom du coupable.
Quand On n'est pas de chez nous, On a forcément des choses à se reprocher, alors pourquoi se casser la tête à chercher un coupable quand On en a un qui s'empiffre ouvertement de notre patrimoine.
La seule personne qui s'intéressa à lui au point de lui porter des oranges à la prison centrale fut la Germaine, une traînée qui avait filé la chaude pisse à tout le canton alors tout le monde trouva ça logique qu'il y passe comme les autres.
Quand il eut purgé sa peine et sa bléno, il mit la Germaine dans son lit et l'installa chez lui ; ainsi, de traînée elle devint la quidam tout comme la boulangère était la femme du boulanger et la garde-barrière la femme du garde-barrière …

Chaque année il lui faisait un petit Quidam qu'elle pondait ponctuellement pour le ban des vendanges, ce qui fait qu'au jour où j'en parle le village compte plus de Quidams que de bonnes gens d'ici.
Si On avait su qu'On pouvait mettre un 's' à Quidam On l'aurait viré hélico presto!
Les petits Quidam auront bientôt du poil aux pattes et des envies dans la culotte aussi les mères chaperonnent-elles leurs filles au point de s'être regroupées en association ; la loi 1901 ça date pas d'hier mais c'est pas fait pour les chiens, nom de Diou !
Le maire qui n'en perd pas une n'a t-il pas songé à rebaptiser notre village en Quidam-le-Haut mais – ayant été menacé de sanglantes représailles – il s'est contenté de nous jumeler à un certain Quidam, un trou perdu de Hollande où le fromage est rouge et où les marins d'Amsterdam bouffent des haubans !
Bref, il est grand temps que nos vieux s'exilent à la maison de retraite du canton d'autant plus qu'On nous annonce un arrivage de migrants érythréens … On ne sait pas trop ce qu'est l'Erythrée.
Parait que chez eux c'est pas le fromage qui est rouge mais la mer !
Alors il est grand temps d'aller compulser une seconde fois les Roberts de l'institutrice.

Tiens, voilà le Quidam qui passe dans une Audi … même pas foutu d'acheter Renault.


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24 août 2019

Confesse (Vegas sur sarthe)


Si j'aurais su j'aurais pas v'nu
je ne serais pas monté là
échelle et tout le tralala
au risque de déconvenues

On m'avait promis du spectacle
du spirituel et du mystique
au prix d'efforts acrobatiques
pour entrevoir le tabernacle

Au lieu de ça, pauvre de moi !
je vois la bonne du curé
agenouillée, transfigurée
son arrière-train en émoi

On croirait qu'elle est à confesse
rien que ce mot me fait rougir
de mon perchoir j'entends rugir
le jeune vicaire qui professe

De génuflexions en courbettes
la pénitence s'éternise
Faut-il avouer des bêtises
pour être châtiée en levrette

Elle clame sa repentance
implore ses saints, ses grands dieux
son tourmenteur a l'air radieux
d'avoir appliqué la sentence

Sur mon perchoir j'ai trébuché
je suis dénoncé, découvert
chacun remballe l'éventaire
et je me vois sur le bûcher

J'ai déguerpi … mea-culpa
ça m'a coûté deux malabars
mais le spectacle était jobard
même si on ne me croit pas

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13 juillet 2019

Pierre Quiroule est malade (Vegas sur sarthe)


Ce samedi matin au jardin il fallut bien se rendre à l'évidence : Pierre Quiroule – connu plus familièrement sous le nom de père Quiroule – s'était mis à cracher vert !
Tout le monde se rendit donc à l'Evidence – joli nom pour un jardinet – pour apercevoir le phénomène.
C'étaient des sortes d'algues, comme de longues herbes ligneuses, des pieuvres qui dégueulaient de sa bouche exsangue pour se répandre sur les galets des allées d'ordinaire bien proprettes.
Le vieux jardinier – surnommé Namassepamousse – nota scrupuleusement l'incident sur son calendrier lunaire avant de courir prévenir Quidedroit, la maîtresse du jardin.  
Devant la pâleur cadavérique du père Quiroule, Mademoiselle Quidedroit s'empressa de mander l'équipe du docteur Ecoutesilpleut que ses travaux sur les maladies du  cresson de fontaine avaient élevé au rang de Grand Maître es Gardinium.
Après une auscultation au coût exorbitant et une visio conférence avec le Centre de Recherche Toutpourlebio, le verdict tomba : Le père Quiroule dégueulait du vert...

Namassepamousse le jardinier attendit que l'impressionnant aréopage ait quitté les lieux pour s'approcher du grabataire.
Il s'apprêtait à user de sa recette miracle – une vieille sulfateuse à bouillie bordelaise des années 30 qui était venue à bout de tant de saloperies  – lorsqu'il entendit le père Quiroule murmurer entre deux crachats d'algues nauséabondes : » Laisse tomber … c'est encore un coup de Défidusamedi »
Namassepamousse remit sa sulfateuse à l'épaule en maugréant : »Morbleu ! ça sert à quoi que je me décarcasse ? ».

Ce Défidusamedi commençait à lui courir sur le haricot, au propre comme au figuré !


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06 juillet 2019

Brèves de comptoir (Vegas sur sarthe)

 

« C'est marrant. Donald Trump a sanctionné l'ayatollah Khomeini … sauf que le bougre est mort en 1989 »
« Morbleu ! »
« Et à Paris, des drônes de la police ont été attaqués par des goélands »
« Morbleu ! »
« Arrête de dire Morbleu à la fin !»
«  … «
« Et ça ? Alexandre Benalla est consultant sécurité de la Foire du Trône pour Marcel Campion... s'il croit qu'on n'a pas compris son petit manège »
« Morbleu ! »
« En Virginie, une femme décède et - selon ses dernières volontés - fait euthanasier son chien en bonne santé pour qu'il repose avec elle »
« Morbleu ! »
« T'as pas bientôt fini avec tes Morbleu ? »
«  … «
« A propos de N.D. de Paris, le gouvernement veut former des tailleurs de Pierre »
« Morbleu ! ça nous changera des tailleurs de Brigitte »
« T'es pas drôle … au fait, tu connais le thème du prochain défi du samedi ? »
« Euh … non »
« Morbleu ! »
« C'est toi qu'es pas drôle »

 

 

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29 juin 2019

La jarretière (Vegas sur sarthe)

 

Mais qu'est-ce qui m'a pris d'accepter la clope de ce gros endimanché?

Suite à une sérieuse baisse de mes revenus j'avais depuis trente ans tiré un trait et un dernier cigarillo sur vingt ans de cotisation assidue à la Seita.


Je viens de rendre avec ma bile toute cette bouffe qui a dû leur coûter un bras, un vrai gâchis sur cette plage de sable immaculée ; ça doit se voir du ciel pour un oeil exercé et surtout pour les mouettes!

Oui sur les îles désertes les mouettes ricanent et voient clair, sur les îles désertes le sable est toujours immaculé, les cocotiers toujours penchés du même côté sous le vent  et parfois même sur l'horizon un paquebot vient droit vers toi au cas où t'en aurais marre de jouer les Robinson.

Ici y'a rien que moi, du sable souillé et un seul cocotier raide et dur comme du métal qu'on croirait un lampadaire.

Y a que moi pour tomber sur une île déserte avec un lampadaire !
Qu'est-ce qui m'a pris de fumer cette daube ?

A ma place, un vrai Robinson aurait déjà fait l'inventaire de ses poches, fait douze fois le tour de l'île à cloche-pied et construit un casino avec hammam et tout le toutim.
Dans une de mes poches j'ai la note du loueur de costume, enfin ... du déguisement de pingouin, un pingouin sur une île déserte c'est plausible.
Dans l'autre poche il y a une sorte de dentelle élastique que je tripatouille depuis un moment – ça y est, ça me revient – c'est la jarretière que cette vicelarde avait remontée en haut de sa cuisse.
Ah ça la faisait marrer que je la pelote sous le fatras de ses jupons et lui aussi ricanait, son gros endimanché de mari qui savait bien qu'elle avait été ma meuf et que c'était la toute toute dernière fois que je la tripotais.

J'ai l'estomac – du moins ce qu'il en reste – qui refait des siennes rien que d'y repenser; on devrait obliger les mariées à porter une culotte.
Les mouettes reviennent comme au self. Allez-y les filles, c'est gratos, c'est l'endimanché qui régale.
D'abord qu'est-ce qu'il a de mieux que moi ce bâtard? Une très grosse 'situation' comme disent ses vieux? Comme si on mesurait les sentiments à la taille de son job! (Voilà que je zozote maintenant)

Mais qu'est-ce qui m'avait pris de la tirer? On vous l'offre sournoisement avec un petit sourire complice, qu'elle soit brune ou blonde – on n'est jamais vraiment sûr de la teinte sous l'emballage – en vous affirmant qu'une petite ça compte pour du beurre, alors vous la tétez, vous la cramez jusqu'au bout entre deux choux à la crème, dans la moiteur d'un costume de pingouin, les tristes bulles d'un mousseux pas frais et les canards de 'Riquita' que l'oncle Alfred fait jaillir de son piano à bretelles... et pour finir en apothéose vous voilà à cracher vos tripes sur une île déserte.
Avec le pot que j'ai toujours eu, cette île est foutue d'abriter un Vendredi; j'imagine qu'il sera collant et du genre phoque mais je n'ose imaginer le fruit d'un croisement avec un pingouin!
J'avais rêvé ça autrement... j'me dis que j'aurais pu avoir le dessus sur le gros endimanché, j'aurais esquivé sa méchante droite à la Cassius Clay, j'aurais récupéré ma Fiat Panda qui aurait peut-être tenu le coup jusqu'à mon mobile-home, j'aurai enlevé la mariée vicelarde et on aurait fini le mousseux pas frais, elle et moi tranquilos loin des convives.
Des convives... Mort aux cons et aux convives!!

Le lampadaire a perdu de sa raideur, celui-là a comme deux bras musclés qui me remettent sur mes guiboles et il me dit en langage lampadaire :"ça va mieux?"
Des réverbères qui parlent, j'en avais pas vu depuis ma mémorable cuite de France-Brésil en 98 et c'est marrant parce que cette nuit-là on s'était juré de plus s'quitter elle et moi.

Y'a bien longtemps que j'm'étais pas entendu rigoler comme ça, j'entends plus les vagues ni les mouettes, juste mon estomac.
Le lampadaire insiste : "Vous avez pas l'air dans votre assiette. Y'a un hosto pas très loin"
Il aurait jamais dû parler d'assiette avec des chaussures de location à ce prix-là! C'est fou c'que ça peut contenir un estomac.
Dégoûté, mon lampadaire s'est tiré et je reste comme un con de pingouin qui aurait trouvé une jarretière et qui ne sait pas d'où ça vient ni à quoi ça peut servir.
Maintenant que j'y pense, à quoi ça sert une jarretière à part foutre la merde ?
Un hosto sur une île déserte? Y s'est bien foutu d'ma gueule, ce lampadaire.
 

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22 juin 2019

Kit (Vegas sur sarthe)

 

Procrastiner je crois que c'est remettre à deux mains ce qu'on peut faire avec une seule

J'en étais là de ma masturbation intellectuelle quand Germaine a déboulé sous l'appentis où je poursuivais le montage de ma tondeuse à gazon en kit.
Tu sortiras les poubelles, chou” m'a t-elle susurré de cette voix de crécelle dont raffolent les voisins à l'heure de la sieste alors que je cherchais bêtement la mèche de la bougie.
Je n'ai jamais compris pourquoi la délicate opération de transport des poubelles est le propre de l'homme alors que la vue de mains féminines cramponnant les anses et celle d'une croupe vacillante au bord du trottoir sont un ravissement pour les yeux... bref je venais d'écoper de cette corvée rébarbative et dégradante pour un mâle normalement constitué.

Tu sortiras les poubelles, mon petit chou” répéta t-elle en écho tandis que l'homme au sommet de son art s'essuyait le front d'un ample revers de main crasseuse, soulignant ses rides viriles d'un sillon de cambouis qu'aurait envié Jean Gabin dans la Bête humaine.
J'eus alors droit à un baiser fougueux doublé d'un balayage de cheveux embroussaillés aux fragrances head&shoulder Air fresh car ma Germaine le vaut bien.
Je compris que pour elle la coupe était pleine et sans doute aussi les poubelles.

J'ai marmonné un “J'le f'rai demain” auquel a répondu un “Demain, ça s'ra trop tard” et j'ai repris mon autopsie: chant stérile, clés à haleine, compresses ou plutôt sparadrap, Chatterton ; Germaine m'observait, admirative mais surtout impatiente.
Depuis le premier jour j'avais aimé cette ténacité chez Germaine, cette manière de camper sur sa ligne de front avec ses yeux revolver prêts à défourailler, sa choucroute blonde à la Pamela Anderson et ce tremblement de la lèvre inférieure qui ôte toute envie de quémander un baiser.
C'est ainsi que je l'aime... rebelle, belle et rebelle – c'est marrant, ça rime avec poubelle – indomptable!
C'est le mot qu'elle emploierait mais je préfère têtue.
Têtue c'est moins blessant qu'incurable et je n'ai pas envie de la blesser à cet instant crucial où je sens que cette foutue tondeuse à gazon va finir au fond du garage avec l'aspirateur en kit, le banc de musculation en kit et tous ces objets qui se ressemblent mais ne s'assemblent pas.
Rien ne ressemble plus à un kit qu'un autre kit, un ensemble de pièces détachées destinées à être attachées au moyen d'une notice alambiquée, bref c'est l'instant que Germaine choisit pour entamer les négociations à coups d'arguments crescendo:
et que les éboueurs passent demain matin à cinq heures pétantes
et que si on manque l'heure pétante il faudra se farcir dix bornes jusqu'à la déchetterie qui sera fermée
et que tous nos voisins eux ont déjà sorti leurs poubelles
et que si la tondeuse finit par démarrer il y aura de l'herbe coupée à jeter dans une poubelle pleine

et pour finir, l'argument qui tue: sa mère arrive ce soir et elle ne supportera pas une odeur de rat crevé!

J'évacue son sarcasme sur mes capacités à monter un kit car j'ai une bonne raison de m'étrangler: “Ta mère débarque ce soir?”
Les yeux revolver crachent le feu façon Kalachnikov :”Ma mère ne débarque pas... elle nous rend visite”
Je ne me risquerai pas à faire une comparaison entre un débarquement et l'arrivage de trois grosses valises et deux labradors séniles.

La prochaine fois, si j'ai le choix je choisirai une auto-portée”
Germaine explose :”En vingt ans t'avais jamais parlé comme ça d'ma mère!”
Le tournevis m'échappe des mains :”Euh... j'parlais d'la tondeuse, poussin”
Poussin ravale un sanglot, remet de l'ordre dans sa choucroute et resussure :”Alors tu vas me les sortir ces poubelles, hein chou?”

Le marteau est parti tout seul. Je le jure

 

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15 juin 2019

La bride sur le cou (Vegas sur sarthe)


Découvrant son vocabulaire
je sus qu'elle était bipolaire
je vivais un mauvais thriller
elle parlait de travellers

Juchée en perpendiculaire
balançant ses aréolaires
elle brandit un formulaire
parlant d'anneau et d'annulaire !

Mes rhumatismes articulaires
et mes ennuis testiculaires
auraient pourtant dû lui déplaire
je grelottais sous ma polaire

Elle fit le funiculaire
et la brouette pendulaire
la galoche mandibulaire
et le ciseau grand-angulaire

Elle s'appelait Marie-Claire
et était gendarme auxiliaire
quand j'ai crié « la belle affaire »
elle a serré la jugulaire ...

 

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08 juin 2019

Une sombre histoire de bambou carbonisé (Vegas sur sarthe)


Pour une fois qu'on partait en camping avec Germaine et qu'on venait juste de trouver un camp décent pour y planter notre canadienne, voilà t-y pas qu'Eddy sonne !
Je décroche tandis que Germaine raccroche le dernier tendeur … (« Love me tendeur » fredonne t-elle pour se donner du cœur à l'ouvrage. C'est dans ces moments là que le bonheur est dans l'attente)
Eddy qui se prénomme en fait Thomas m'annonce qu'il vient de damer le pion à Volta – celui sans qui on serait dans le noir pour monter la tente – et il me raconte une histoire à dormir debout, l'histoire d'une lampe à filament de bambou japonais carbonisé qui éclairerait soit disant pendant quarante heures.
J'y connais rien en filaments alors je lui demande d'éclairer ma lanterne, ce qu'il fait de bonne grâce sinon le sujet serait clos.
En 1879 il en faut du culot pour déposer un brevet sur de la vannerie asiatique !
Je ne sais pas s'il se rend bien compte qu'il va foutre au chômage les fabricants de chandelles de suif et les marchands de cierges de cire sans compter les industriels de l'éclairage au gaz ou au pétrole.

Sur ces entrefaites, Germaine vient pleurnicher au prétexte qu'elle vient de se faire une ampoule !
Ça fait marrer Eddy.
J'explique à Eddy qui se prénomme Thomas qu'une durée de vie de quarante heures, ça pue l'obsolescence programmée et que ça ne va pas plaire au consommateur éclairé.
Il me répond que c'est quand même la moins chère du marché et que le client aura deux heures pour se faire rembourser s'il n'est pas satisfait, d'autant plus que sa lampe produit bien plus de chaleur que de lumière.
Je lui suggère de faire breveter sa loupiote dans la catégorie Chauffage électrique.
Il me répond que c'est prévu mais pas avant qu'on ait inventé la seconde guerre mondiale.
Germaine demande ce que c'est qu'une seconde guerre mondiale ce à quoi je lui réponds gentiment qu'elle me gonfle et qu'elle ferait mieux d'aller le faire à notre matelas pneumatique.
Eddy finit par prendre congé car son filament de bambou japonais est presque complètement carbonisé.
Germaine a fini de gonfler tout le monde et notre camp décent commence à s'endormir ; il est temps pour nous d'en faire autant mais ça sonne de nouveau... c'est fou ce que ça peut sonner depuis que Graham Bell a pondu son bigophone !
On n'aurait jamais dû réserver un emplacement connecté, enfin bref.
« Allo... Gênes ? »
Encore une erreur.
Je réponds : « Non... ici on est à Chilleurs-aux-Bois dans le Loiret »
Le gonze insiste... halogène... il parle d'un truc révolutionnaire qui va mettre au chômage les planteurs de bambou japonais !
Je lui propose d'aller se faire voir et de rappeler dans 80 ans quand ça sera au point et je débranche le « télégraphe parlant ». Pas envie d'être emmerdé toute la nuit par les démarcheurs de tout poil !
Germaine m'attend, impatiente sous notre couette en duvet d'oie. Elle vient de finir son livre de chevet... « Cinquante nuances de noir ».
J'éteins la lampe de Volta, un truc qui parait-il ne s'use qu'à Sancerre ou à Pouilly, enfin bref.
« Chéri...  c'est quoi une seconde guerre mondiale ? »
Je sens qu'on ne va pas dormir beaucoup.

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