14 décembre 2019

Tout pour le drome (Vegas sur sarthe)


« Bienvenue chez Tout pour le drome, Monsieur ! Que cherchez-vous ? »
« Je suis à la recherche d'un ballodrome belge»
« Vous tombez à pic. Nous sommes spécialisés depuis 1920 dans tout ce qui concerne le drome »
« Mais avant toute chose, auriez-vous... euh... des toilettes ? »
« Non mais nous avons un pissodrome au bout du couloir à ... »
« Tant pis. J'aurais préféré des toilettes »
« Donc vous cherchez un boulodrome »
« Pas du tout, j'ai besoin d'un ballodrome belge»
« Dommage. Nous avons un magnifique boulodrome d'origine phocéenne, celui-là même qui a vu Fanny se faire tant de fois embrasser le cul... au point que certains l'appellent baisodrome et ... »
« Non merci. C'est un ballodrome pour faire du sport dont j'ai besoin»
« Voyons ça ensemble dans notre catalogue...  je suppose qu'un Aérodrome ne vous intéresse pas plus qu'un Autodrome »
« En effet »
« Bon … Voyons plus loin. Est-ce que vous faites du vélo ? »
« Non, pas plus que ma grand-mère»
« Dommage, il nous restait des pans de bois du premier Vel d'Hiv datant de 1903 et … bon, je n'insiste pas »
« A la lettre B comme Ballodrome, vous auriez quelque chose ?»
 « Hum … Nous avons une caserne, genre sac »
« Une caserne, genre sac ? C'est comme un ballodrome belge ? »
« Non. Excusez-moi... c'est un palindrome – un truc qui marche dans les deux sens – mais on a du mal à le refourguer alors je le propose systématiquement aux clients»
« Non merci, pas besoin d'une caserne mais juste d'un ballodrome belge »
« Ah oui... un ballodrome … c'est ballot ce ballodrome, je n'en trouve pas, par contre si vous goûtez au tiercé je peux vous ... »
« Je vous vois venir avec votre hippodrome! Mais vous avez vraiment des hippodromes à vendre ? »
« Oui Monsieur, tout ce qui se fait en Drôme ou ailleurs »
« Et mon ballodrome belge ? »
« Hum … belge … belge … ah si ! J'ai un superbe cynodrome en Liège ! »
« Vous avez un cynodrome en liège ? On fait vraiment courir des lévriers sur du liège ?»
« Oui ou plutôt non mais dans la province de Liège, celui-ci est en Awans»
« Comment ça en avance ? »
« Non Monsieur, pas en avance mais à Awans … c'est du wallon. Bref, avec quelques adaptations vous devriez pouvoir en faire un ballodrome sinon ça sera quand même belge, voyez-vous »
« Quelques aménagements dites-vous ? »
« Oh, peu de choses car le cynodrome a déjà l'arrosage automatique »
« Merci mais j'ai déjà acheté une buvette, alors votre arrosage ... »
« Savez-vous Môssieur que celui-ci est de renommée internationale puisqu'on y a fait courir des afghans et des persans ! »
« Oh vous savez, ce qui m'importe c'est qu'on puisse y mettre des chasses »
«Pour la chasse je vous conseillerai plutôt le braque allemand ou l'espagnol breton »
« L'espagnol breton sur un ballodrome belge, vous ne craignez pas que ça fasse un peut trop international ? »
« C'est vous qui tirez votre plan, Monsieur »
« Et bien je vais réfléchir … mais dans l'urgence j'essaierais bien votre pissodrome»
« C'est au bout du couloir à droite … la porte en liège»
« Décidément ... »

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07 décembre 2019

Peut mieux faire (Vegas sur sarthe)


Je me suis décidé à faire mon anamnèse :
pur produit de terroir, la côte dijonnaise
mâtiné d'exotisme, ancêtre javanaise
abus de pâtes et nouilles, cuisine japonaise
d'escalopes de veau parmesan-milanaise
et bien trop inhalé de fumée havanaise.

Trois bons repas par jour garnis de mayonnaise
mais manger et pisser... façon pakistanaise !
Boudin noir, paillassons, jarret à la lyonnaise
ventre dessous la table et cul à la fournaise.

Le docteur est pantois, d'origine albanaise
émigré Kosovo ou bien de Macédoine
il n'a pas l'air d'aimer mon dodu patrimoine
sur sa chaise il s'agite... un clou ? une punaise ?

Je suis au CMU, ici pas de bakchich
de pantois l'arnaqueur est passé abattu
il en appelle au Code, aux lois, à l'Institut
Je m'en vais adipeux, demain je fais mieux... chiche !

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30 novembre 2019

La sorcière (Vegas sur sarthe)


Elle est aussi frisée que mon vieux crâne est glabre
et je ne sais répondre à sa nymphomanie
de ses gémissements je n'entends que nenni
et mes déhanchements sont des danses macabres

Que peut-elle trouver à mes yeux larmoyants
à ma frêle carcasse, à mes inondations
je boite d'une jambe empêchée d'érection
je risque à chaque assaut l'AVC foudroyant

Dans ses bras je me sens partir les pieds devant
je pousse un dernier râle à l'entrée de sa grotte
mon cerveau est tari d'idées qui ravigotent

Car elle a gaspillé mon ultime liqueur
me voilà desséché, vidé bien avant l'heure
à quoi bon tâtonner, je suis un mort-vivant

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23 novembre 2019

Encore raté (Vegas sur sarthe)

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Il est passé tout droit, fier, hautain, imprévisible mais bien fermenté... tout comme Germaine sa lanceuse.
Germaine avait très vite été douée au lancer d'objets en tous genres et le message «Yaourt ou yogourt... prends-ça dans ta tronche !» m'est parvenu bien après le crash du produit concerné dans la soupière rose en porcelaine de Gien, cadeau de mariage de tante Anastasia qui trône sur le buffet depuis... depuis ce lointain événement.
En vingt ans de mariage j'étais devenu expert en balistique et en dépit de la masse du projectile, de ses frottements dans l'air et de l'arthrose du poignet de Germaine, je peux affirmer que la trajectoire de cette voie lactée était rectiligne et qu'elle allait manquer sa cible.

Autrefois on n'était pas riches alors on le dégustait à deux, les yeux dans les yeux et cette petite cuillère qui allait et venait alternativement dans nos bouches gourmandes était un merveilleux excitant.
On terminait alors notre délicieux dessert en s'en tartinant sous la couette avec... non, vous n'en saurez pas plus.
Et le temps a passé, on est devenus moins pauvres – chacun sa petite cuillère – et on est passés aux fruités sauf qu'on n'était déjà plus d'accord sur le fruit ni sur la nature ni sur le nom lui-même.
Il faut dire que Germaine s'était mise à parler le yaourt, des phrases floues ponctuées d'onomatopées, un jargon incompréhensible qui n'arrangeait pas cette situation conflictuelle.
De biquet, je suis devenu vieille carne alors elle est passée de chaton à grosse vache car même en terme d'affections on n'était plus d'accord ; mon cholestérol et son ostéoporose faisaient mauvais ménage.

C'est alors que le sujet sur l'orthographe du yaourt est venu sur le tapis si j'ose dire, tout comme le projectile qui – dégoûtant de la soupière rose de notre beau mariage – s'était répandu piteusement à mes pieds en une petite flaque laiteuse.
« Raté ! » ai-je crié, triomphant et sûr de mon fait « Va t'en donc voir Erdogan chez les turcs et demande lui s'il y a un 'h' à yogurt ! »
« Et toi chez les grecs ! » m'a t-elle rétorqué en référence à un séjour au pays hédoniste qui ne m'enchantait pas plus que ça .
« Le grec c'est du brebis, Madame... pas d'la vache » ai-je rectifié savamment.
« D'abord on dit Erdoan... pas Erdogan ! » m'a t-elle asséné, forte de tant de soirées passées à regarder BFM TV.

Voilà qu'on en était arrivés à s'écharper sur l'alphabet, mon 'h' contre son 'g'.
« Après on s'étonnera que les pays se fassent la guerre » ai-je voulu conclure en élevant le débat.
« Va plutôt chercher la wassingue pour nettoyer ce gâchis» a t-elle lancé, à bout d'arguments pour ramener le débat au ras du sol.
Depuis huit jours qu'elle avait découvert ce mot, elle me le servait à chaque occasion c'est à dire deux fois par jour et je maudissais le type qui avait lancé ce défi un samedi matin, à l'heure où les gens normaux font la grasse mat ou leur tiercé !
Alors je suis allé chercher une serpillière – sans commentaire – pour nettoyer le gâchis d'un yogourt nature qui n'avait rien demandé à personne.

Pour l'heure Germaine s'était privée de dessert et comme il ne lui restait qu'une banane ou des kumquats – par prudence et par respect pour le 'k' et le 'q' – je lui ai suggéré la banane, fruit de forme ambiguë certes et qu'un farfelu nommé Rocco Polo ou Marco Polo avait osé baptiser « pomme du Paradis »... tu parles !

En la regardant engloutir sa banane aux multiples bienfaits, j'imaginais tous les combats qu'elle menait : dépression, stress, gueule de bois, nausées matinales ; Ah ça ! elle m'en servait des nausées matinales, bref... non, vous n'en saurez pas plus.

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16 novembre 2019

La belle de Souzix (Vegas sur sarthe)


Concepcion naquit un beau matin de printemps parce que dans les contes on naît souvent un beau matin de printemps; il fallait bien qu'elle naquit à cause de son prénom et aussi parce que sa mère Anunciacion était enceinte jusqu'aux dents d'un bel inconnu puisque les inconnus sont toujours beaux en fin de conte et au début aussi.
Qu'elle était jolie avec ses yeux doux comme du velours, ses sabots noirs et luisants comme des sabots et ses très longs cheveux noirs qui s'arrêtaient au bout d'un moment, si belle qu'on aurait dit Marylin mais en brune, bref elle était si jolie - comme dans les contes et dans la chanson d'Alain Barrière - que dans tout le royaume d'Espagne on l'appelait la belle de Souzix à cause de son père inconnu, de ses yeux de velours et de son Tchica-tchica-tchic-aïe-aïe-aïe.


Elle questionnait souvent son journal intime car il fallait bien qu'elle le questionnasse ou qu'elle le questionnât, enfin bref... comme dans tous les contes: "Diaro intimo, mon beau diario intimo, dis-moi que je suis la plus belle et qu'un jour mon prince charmant viendront ou bien viendra... il sera beau comme moi, enfin pas trop moche quand même, bref... il sera un amant très magnifique qui me fera jouir et tout et tout".

A ces mots le journal qui était pourtant intime ne se sentait plus de joie mais ne répondait rien, tout comme les miroirs qui n'ont pas droit à la parole non plus; elle lui remplissait ses pages car il en avait plusieurs, avec des prénoms les plus charmants... il y avait là Rocco, Bernardo et Zorro et puis aussi Rudolf et Valentino et la liste des courses de chez Lidl mais dans les contes ça compte pour du beurre.
Comme le conte faisait déjà pas loin de trente lignes, Anunciacion décida qu'il était grand temps de la marier avant que le conte ne déborde et aussi parce que Concepcion remplissait son diaro intimo à en perdre l'appétito.


Anunciacion lui trouva un beau parti au rayon des princes charmants; on dit parti alors qu'il venait tout juste d'arriver mais c'est comme ça dans les contes; il s'appelait Ramon ou un truc comme ça, bref il eut fallu qu'elle le susse ou bien qu'elle le sut, enfin... chaque chose en son temps comme répétait sa mère qui aimait bien répéter.

Ramon portait bien son nom, il lui fit crier Ramona et elle en fut ravie dès qu'elle le vit et ravie au lit aussi mais dans les contes on ne le dit jamais de cette façon; de toute manière Concepcion était ravie partout.

 

Qu'il était beau Ramon avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier et ses sabots noirs et luisants qui lui rappelaient quelque chose, enfin bref.
Il plut très fort à Concepcion, vraiment très fort pourtant c'était un beau matin de printemps - la météo était bonne sur Madrid comme l'avait annoncé Telecinco - un beau jour pour se marier et c'est ce qu'ils fissent ou bien ce qu'ils firent aussitôt, enfin bref... ce fut un beau mariage et Concepcion n'en finissait pas de lire et relire la lettre du Registro Civil de la Casa de Correos de la Puerta del Sol présidence de la communauté de Madrid où on lisait que Conception Souzix dite la belle de Souzix avait épousé ce beau matin de printemps confirmé par Telecinco, le beau Ramon y Ramon Delgado, tennisman, cinquante-deuxième mondial au classement ATP, enfin bref... un sacré joueur de pennis comme disait Anunciacion qui avait du mal à prononcer les 't'.

L'heureux élu, on dit toujours heureux au début, portait sa belle veste marron de serveur; il avait toujours été excellent au service et aussi à la volée, mais ça Concepcion allait l'apprendre plus tard...
Comme le conte faisait largement les cinquante lignes, le jeune couple s'empressa de disparaître, c'est parfois comme ça dans les contes et puis ils en avaient plus qu'assez de ces papillons, mosquitos et autres insectes qui volaient autour d'eux à cause du beau matin de printemps et que Ramon essayait de chasser du revers de la main à grands coups de castanuelas et de tamborin, enfin bref... il était moins bon au revers.

Al final on répète qu'ils eurent heureux et furent beaucoup d'enfants ou bien le contraire, enfin bref... on le dit et c'est bueno.

 

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09 novembre 2019

Scène de « ménage » (Vegas sur sarthe)

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« Cesse de vadrouiller ici, bon sang ! J'viens d'passer la serpillière !«
Les jours de grand ménage, on est priés de ne pas déconcentrer Germaine, mais c'est plus fort que moi, j'aime bien la taquiner : »Si t'as passé la serpe hier, pourquoi j'y passerais pas aujourd'hui ? »
« Qu'est-ce que tu dis ? »
« Je dis Pourquoi tu as passé une serpe sur le carrelage ? »
«Quelle serpe ? J'ai passé la gueille, c'est tout ! »
« C'est quoi une gueille ? »
« Chez moi à Bordeaux c'est l'nom pour les torchons »
« Ah ? Chez nous en Champagne un torchon c'est une bâche »
« J'sais c'que c'est qu'une bâche, Môssieur et ça c'est une serpillière »
« En tout cas c'est les Québécois qui disent une vadrouille »
« J't'ai jamais parlé d'vadrouille !! »
«Si Madame... tu m'as dit d'éviter de vadrouiller «
« Cherche pas à m'embrouiller, Chouchou tu vas finir par y arriver et j'ai encore du pain sur la planche»
« Je ne t'embrouille pas mais avoue que ce bout de torchon qui pue le rat crevé n'avait pas besoin d'autant de noms... »
«Ca pourrait bien s'appeler une toile que j'm'en foutrais pas mal pourvu qu'ça lave les sols; mais ça, c'est l'dernier de tes soucis »
« Justement certains appellent ça une toile »
« Et ben tant mieux ! Alors je te redis : Cesse de vadrouiller ici, je viens de passer la toile!«
« Tu devrais plutôt dire : Je viens de passer la toilière »
« Pourquoi la toile hier ? »
« T'avais bien passé la serpe hier, non ? »
« Ah ça suffit maintenant ! Dégage le plancher à la fin »
« En tout cas si c'était hier, ça doit être sec maintenant et en conséquence je peux y marcher»
«Mouillé ou sec,  tu vas sortir d'ici ! »
« En tout cas c'est nickel depuis que tu as passé la serpe »
« Mais quelle serpe ? »
« Laisse tomber, Germaine. Je ne comprendrai jamais rien à ta façon de faire le ménage... mais je reconnais que tu t'en sors pas mal» 
« J'm'en sors pas mal ? Depuis vingt ans que j'fais ça, Môssieur juge que j'm'en sors pas mal ? T'es gonflé»
« Cool Germaine, je me demandais juste si ça ne serait pas plus efficace avec une wassingue »
« C'est quoi encore ce truc? »
« Je ne sais pas au juste. C'est un mot qu'on m'a suggéré au Défi Du Samedi »
« T'as vraiment rien d'autre à foutre le samedi ? »

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02 novembre 2019

Curiosité (Vegas sur sarthe)

vg


Trouvé ce curieux billet dans la poche de la blouse de Germaine

V ider la caisse du chat avec le chat dans la poubelle verte
A spirer les tapis dessous, dessus et sur la tranche
D émonter le machin en forme de truc sous le lavabo (en dernier recours)
E changer vignettes Auchan contre vignettes Mammouth (le 30 de mois)
M ariner la serpillière dans cinq litres de vinaigre blanc (pas trop chaud)
E pousseter le lustre de tante Irma mais pas sur la chaise qui branle
C ouper le courant avec un couteau pointu (petit trou du compteur Linky)
U pdater le minitel tous les mois (appeler SAV PTT après 15 heures)
M astiquer le joint de la baignoire (chewing-gum blanc dans angle droit)


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26 octobre 2019

Ma vie sur Utopia (Vegas sur sarthe)

 

J'avais dévoré l'histoire de Thomas More et de son île Utopie en forme de croissant mais quand j'y posai le pied je trouvai qu'elle ressemblait à une banale île flottante.
Je ne fus pas autrement surpris qu'on brûlât sur le champ mes chéquiers et mes cartes de crédit puisqu'il n'y avait aucune notion de monnaie sur l'île et que l'utopien se servait au marché en fonction de ses besoins.
J'allais devenir un utopien parmi les cent mille utopiens qui peuplaient l'île : cinquante quatre villes magnifiques, une seule langue, les mêmes lois, la même retraite à 76 ans et les mêmes institutions; j'aurais dû m'intégrer facilement car nous possédions tout en commun, enfin … tout sauf les femmes.
En venant ici j'avais rêvé de bâtir un château en Espagne mais toutes les maisons en location étaient identiques et pour éviter l'enracinement les utopiens étaient obligés de changer de maison tous les dix ans.
Je me demandais s'il en allait de même pour les utopiennes, sinon les utopiens devaient s'ennuyer à mourir.
Dans mes rêves elle était grande et accueillante; pourtant celle que je tirai (au sort) bien que fraîchement ravalée était petite et sombre avec un jardinet broussailleux, je parle de la maison bien sûr.

Je songeai que dans dix ans j'aurais droit à une nouvelle demeure et que le sort me sourirait mais qu'en serait-il des utopiennes ?
Mon guide m'apprit que les maisons des utopiens n'ont pas de serrure pas plus que les femmes mais en cas d'adultère l'utopien perd sa liberté et devient esclave voire mort si récidive.

Celle qu'on m'offrit n'était ni blonde ni plantureuse comme dans mon rêve et j'allais devoir me satisfaire de ses petits seins pointus et de ses grands yeux étonnés tandis qu'elle me tendait en plus de ses lèvres le certificat attestant un examen prénuptial approfondi, la chasteté étant de rigueur avant le mariage.
J'imaginais aisément qu'après le mariage l'utopien perdait sa liberté et qu'il devenait donc un esclave comme en cas d'adultère, ce qui ne changeait rien au final.

J'avais lu que l'oisiveté y était interdite bien que la journée de travail soit limitée à six heures, ce qui me convenait amplement.
Il me restait à patienter jusqu'à 76 ans pour profiter de la retraite au côté de mon épouse aux petits seins et aux grands yeux étonnés.

Les soirées et les nuits étaient longues d'autant plus qu'il n'y avait pas de monnaie, ni espèces ni chéquier ni carte de crédit, que les jeux de hasard étaient interdits et l'adultère sévèrement réprimé.
J'allais devoir remiser ma mallette de poker et me retenir de loucher sur les autres femmes au demeurant fort attirantes.
Notre mariage fut vite expédié, mon utopienne se révéla si experte dès nos premiers ébats que je doutai de l'authenticité du certificat de virginité mais en venant ici j'étais décidé à ne m'étonner de rien.

Les utopiens qui renonçaient au mariage étaient appelés végète-à-rien; ils n'avaient pas de femme mais s'adonnaient aux délices de cinq fruits et carottes non râpées par jour, ce qui est mieux que rien.
Moi qui avais rêvé d'être un végète-à-tout – foin de leurs cinq fruits et légumes – et de profiter de la vie, des plaisirs et des femmes débauchées, je comprenais que la vie sur Utopie était irrespirable mais ne dit-on pas aussi qu'une vie sans utopie est irrespirable ?

J'avais lu également que les utopiens ne sont pas superstitieux, pourtant ceux que je fréquentais évitaient de poser leurs chaussures sur la table, de croiser les couteaux et de se couper les ongles après 18 heures.
Mon utopienne n'était pas superstitieuse non plus bien qu'elle évitât de tuer les araignées du pied gauche et d'écraser les crottes de chien du même pied ce qui m'exaspérait de plus en plus.
Et puis ses petits seins devinrent plus flasques, ses grands yeux moins étonnés et mes 6 heures de travail hebdomadaire plus ennuyeuses devant la machine à café; aussi pris-je la décision d'en finir avec tout ça et de m'éveiller pour de bon.

Au prix d'un effort surhumain je parvins à ouvrir grand les yeux ; contre mon flanc Robert ronflait, je crois même qu'il me souriait bien qu'il ait encore vomi sur la couette.
Robert c'est le chat.
Dans l'escalier de l'immeuble une radio braillait du Jeanne Mas « Toute première fois, Toute toute première fois ... »
Enfin j'étais bien.
Ne rêvez jamais d'île déserte, ne lisez pas Thomas More, c'est un leurre.

 

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19 octobre 2019

Trou-du-cul (Vegas sur sarthe)


« Dis mon biquet, un saltimbanque qui commence par trou... Ça serait pas un trou-du-cul ?»
Germaine a le don pour commencer un mot croisé à l'heure de ma sieste.
«J'ouvre Wikipédia histoire de sortir MA science : C'est pas trou-du-cul, bichette ; c'est un poète médiéval qui écrivait des poèmes en chansons en langue d'oc »
Le visage de Germaine s'éclaire.
« D'accord. Finalement c'est comme Grand Corps Malade, c'est juste un chansonnier qui griffonnait du slam gothique à Montpellier ? »

« Si tu veux Germaine mais le troubadour chantait ce qu'on appelait l'amour courtois »
« ça existe l'amour courtois ? »
Par bonheur il y a une partition en annexe.
« Ecoute ça, bichette :
C'est le troubaba, c'est le troubadour
Qui baise la nuit, et qui baise le jour
C'est le troubaba, c'est le troubadour
Qui baise la nuit, le jour, le troubadour »
« Ouais... pour être courtois, c'est courtois... Et des chansonnières gothiques, y en avait aussi ? »
« Oui Madame. Je lis : La première troubadouresse s'appelait Azalaïs de Porcairagues »
« Tu parles d'un blaze. Alors elle aussi, elle chantait C'est la troubaba, c'est la troubadouresse qui montre ses fesses ? »

« Non. Je crois que c'était plus soft. Elle chantait la pluie et le beau temps d'après ce que je lis :
Ar em al freg temps vengut,
Que ‘l gèls e’l nèus e la fanha,
E l’aucelet estàn mut,
Qu’us de chantar non s’afranha »

« On y comprends que dalle. Finalement j'préfère l'amour courtois du mec qui baise la nuit, le jour »
« Normal qu'on comprenne pas, bichette. C'est de l'occitan »
« De l'excitant ? Excuse moi mais il en faut plus pour m'exciter»
« Non ! C'est de l'occitan et ça veut dire :
Nous voici venus au temps froid,
Avec le gel, la neige, la boue.
Les oiseaux se sont tus,
Ils ne veulent plus chanter. »

Contrairement à tout à l'heure le visage de Germaine s'assombrit : »Pas drôle ton Azalaïs de Porcelaine ! »
Elle griffonne son mot croisé, rature puis s'énerve : »Troubadour, ça rentre pas dans les cases, Môssieur ! »
En soupirant je bascule fissa sur mon dictionnaire de synonymes : » Il fait combien de lettres ton saltimbanque, bichette ? »
« 1,2,3,4,5,6,7,8... Y fait huit lettres »
Je triomphe : »C'est trouvère, bichette... Trouvère ! »
Le visage de Germaine s'assombrit encore plus : «Trou vert, c'est en deux mots, Môssieur ! Ou alors y'a un trait d'union»

Je referme mon dictionnaire des synonymes.
Pas envie de discuter de la couleur des trous du Languedoc à l'époque médiévale.
Juste envie de faire la sieste.

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12 octobre 2019

Ça fait vroom ou plutôt braoum ? (Vegas sur sarthe)


Ce matin-là je peaufinais mon tiercé dominical quand Germaine est rentrée du Mammouth et m'a jeté à la tête les clés de la Simca 1000 en déclarant : »Elle se traîne ta caisse... ça doit être la soupape »
« Comment ça elle se traîne ? T'as desserré le frein à main au moins ? »
Germaine fronça les sourcils en grattant son chignon choucroute – sa façon à elle de se concentrer – pour confirmer : « C'est un veau, j'te dis. Sabrina affirme que c'est la soupape »
« Qu'est-ce qu'elle y connaît en bagnoles ta copine Sabrina ? »
« Elle en connaît un rayon justement. Elle a déjà dézingué 3 bagnoles à son mec »
Je me concerte pour choisir une explication parmi les 15 qui se bousculent dans mon esprit bricoleur : « T'aurais pas mis du gazole par hasard ? »
Germaine s'empourpre : » Je fais gaffe aux prix mais pas à ce point là. Tu m'prends pour qui ?»
« J'te prends pour une qui l'a fait le mois dernier et qui m'a coûté une purge de réservoir à cinquante balles ! »
Germaine s'entête : »Si Sabrina dit que c'est la soupape, c'est que c'est la soupape … passe que moi, je sais même pas à quoi ça ressemble une soupape de Simca 1000 »
Pas facile mais je vais devoir faire un peu de pédagogie tout en ménageant sa susceptibilité : «Une soupape c'est … comme ta bouche, Germaine ; ça s'ouvre et ça se ferme environ 2500 fois par minute»
Elle acquiesce : »Je comprends pourquoi elle fait autant de bruit »
Le Tiercé Magazine m'en tombe des mains : « Du bruit ? Quel bruit fait ma Simca 1000 ? »
« Ben … du barouf, quoi »
J'ai besoin de précisions pour affiner mon diagnostic : »Ca fait plutôt vroom ou plutôt braoum ? »
« Je sais pas moi, p't'être que ça fait les deux »
« J'ai besoin de savoir, Germaine. Si ça fait vroom c'est une soupape d'admission mais si ça fait braoum c'est une soupape d'échappement »
Germaine ouvre de grands yeux : » Passe qu'y a plusieurs soupapes ? »
« Oui Madame ! Il y a 2 soupapes par cylindre et 4 cylindres … je te laisse le soin de faire le calcul »
Germaine calcule : »Ca fait un joli tas de soupapes. Tu crois qu'elles sont toutes mortes ? »

J'essaie de minimiser l'hécatombe : »A moins que ça soit l'arbre à came »
Germaine en tombe sur le cul : »Y a un arbre à came aussi ? J'comprends maintenant pourquoi y a une odeur zarbi et que ta caisse marche de travers qu'on dirait Sabrina en fin de soirée »
Je préfère ne pas répondre à ça ; j'enchaîne : « T'as regardé si ça faisait de la mayonnaise dans le liquide de refroidissement ? »
Germaine farfouille dans son cabas, extirpe sa liste de courses : »Merde ! J'ai oublié la mayo ... »
(Soupir)
Je ne sais plus qui a dit « Le divorce est la soupape de sûreté de la chaudière conjugale » mais je trouve ça très approprié à la situation du moment.
 
Je vais en être quitte pour faire vérifier les bougies, sans doute les culbuteurs, peut-être même le joint de culasse !
J'explose : »Bordel ! Germaine … une Simca 1000 de 1975 … notre année de mariage … ça ne peut pas se terminer comme ça ! »
Avec la veine qu'on a en ce moment, sûr qu'il va falloir déculasser.
Je conclus: »T'es fière de toi ? On n'a plus qu'à déculasser ! »
Au bord des larmes, Germaine me lance un regard de chien battu : «Déculasser ? Bichon, tu peux m'engueuler mais t'as pas l'droit d'être impoli comme ça»
Je bouillonne : »Déculasser, c'est pas gros mot. S'agit juste de retirer le cache culbuteur et de … »
Je sens du vague à l'âme dans son regard, Germaine minaude : »C'est vrai que tu m'y as culbutée pour la première fois en 75 mon bichon »
Elle ne ferait pas de l'auto-allumage ? Je parle de la bagnole, pas de Germaine.

Pas envie qu'elle m'appelle bichon.
Pas envie de culbute.
Pas envie des conseils avisés de Sabrina.
Juste besoin d'un devis, rapidement ...

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