25 mars 2017

Contrepèteries (Vegas sur sarthe)


“Dis, pourquoi les nouilles c'est si long?”
“Parce qu'elles arrivent à pied par la Chine”
“Tu déconnes!”
“J'déconne... c'est juste une contrepèterie”
“Dis, c'est quoi une contrepèterie?”
“C'est un jeu de mots où tu permutes des syllabes ou des lettres... comme dans Auberge de Vendée”
“L'auberge de Vendée? Celle des Sables d'Olonne où t'avais pas arrêté d'draguer la serveuse?”
“Oublie, c'est juste un exemple de contrepèterie”
“Dis sérieusement, alors pourquoi les nouilles c'est si long?”
“Parce que c'est des mille-pattes alimentaires”
“Beurk! Des mille-pattes alimentaires!”
“C'est comme les langoustines, t'es pas obligée de manger les pattes”
“Dis, tu t'ficherais pas un peu d'ma poire?”
“Non! Comment tu crois qu'on fait les nouilles sautées? On les met au bord du plat, on leur tend une carotte, de l'oignon et de l'ail et elles sautent grâce à leurs pattes!”
“Là, tu me mais farcher”
“Hein?”
“Tu me mais farcher”
“Et ça veut dire quoi?”
“Ben... c'est ma contrepèterie à moi”
“C'est pas drôle, ça veut rien dire”
“Ah bon?”
“Dis, c'est vrai que t'es vraiment nouille!!”

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18 mars 2017

Le Monbazillac pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Le Monbazillac est ce qu'on appelle un vin français écoeurant – certains disent liquoreux pour faire moins écoeurant – produit au sud de chez Cyrano de Bergerac à qui Rostand a tiré le nez, sur des coteaux à dahut dans les environs du village de Monbazillac.
A quelques kilomètres près, le village se serait appelé Rouffignac-de-Sigoulès et le cru aurait porté le nom de Rouffignac-de-Sigoulès au risque de déborder de l'étiquette à moins que l'étiquette ne fasse le tour de la bouteille: le vin aurait alors porté le joli nom de  Rouffignac-de-SigoulèsRouffignac-de-SigoulèsRouffignac-de-Sigoulès, jusqu'à en avoir le tournis.

Le village de  Monbazillac possède un château qui s'appelle le château de  Monbazillac; il aurait pu s'appeler le château de Rouffignac-de-Sigoulès mais ça n'est pas le sujet.
Il est construit sur un site classé appelé site web où l'on accède à l'aide d'une hache-tétépé-chateau-monbazillac-point-com... enfin, c'est vous qui voyez.
Si l'appellation se situe à cheval sur plusieurs communes on n'est pas obligés de savoir monter pour la parcourir.
En tout cas le vignoble repose sur des terrains rudimentaires – certains disent sédimentaires pour faire croire qu'ils en savent plus que moi – datés de la fin du rockenscène et du début du larcène.
Les cépages sont le muscadoux ou muscat fou et le sauvageon ou sauvageon.
Le muscadoux peut s'appeler aussi marmouset, hi-han, bouillant, mouflette, chaud-devant ou raisinette; c'est pourquoi on l'appelle muscat fou pour faire simple.

On plante ces cépages à raison (ou à tort) de 4000 pieds par hectare pour pouvoir marcher entre les pieds, sauf si on possède moins d'un hectare ou que l'on chausse petit. L'hectare fait à peu près dix mille mètres carrés et le mètre carré est un carré à quatre côtés d'à peu près un mètre chacun.
L'à peu près s'appelle la triche et est puni d'à peu près pas grand chose.
La taille se fait en gobelets puisqu'il est question de produire du vin à boire alors que s'il était question de produire du raisin de table on pratiquerait la taille en sandwich.
Quand le vignoble est pourri on le récolte car il le vaut bien.
La vendange commence à la mi-octobre contrairement à celle des chats qui commence à la mi-aout.
La vendange des pieds se fait à la main, elle a donné son nom à l'expression “faire des pieds et des mains” c'est pourquoi on dit que les monbazillacois et les monbazillacoises sont tétus... surtout les monbazillacoises.
On ne récolte que les grains les plus pourris – ceux atteints de pourriture noble – et on laisse le reste pourrir encore un peu – ceux atteints de pourriture vilaine – on dit aussi botrytisé pour faire moins pourri.
Le raisin est pressé afin de ne pas perdre de temps, en Dordogne on est si pressé qu'il arrive par précipitation qu'on récolte la vendange de l'année suivante.
L'élevage qui dure de dix à vingt quatre mois – et même jusqu'à deux ans – se fait en barriques de chêne français d'où s'échappe par l'opération du saint-esprit ce qu'on appelle “la part des anges”.
Le reste appelé “la part des démons” est mis en bouteille; une fois passé l'embouteillage le Monbazillac recommence à circuler et peut tenir ainsi vingt, trente ans et plus avant d'être débouchonné.
Pour la mise en bouteille on procède à la tirade du vin appelée tirade de Cyrano et dont le verre le plus célèbre est : “Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!”
Le meilleur millésime de Monbazillac est le 2005, année mémorable où les français ont dit NON à la constitution européenne et où Armstrong a volé son septième et dernier tour de France.
Terminons par un dicton célèbre: “Avec un Monbazillac, plus de crises cardiaques ni d'hypocondriaques, que de l'aphrodisiaque”

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11 mars 2017

La Lambada, c'est chaud (Vegas sur sarthe)


“Je pleurais quand un jour m'a seulement encore fait pleurer”
“Je pleurais quand un jour m'a seulement encore fait pleurer”

“Euh... tu l'as déjà dit”
“Oui mais les paroles sont écrites comme ça, c'est pour le rythme, tu comprends?”
“Moi je lis : Chorando se foi quem um dia so me fez chorar”
“Oui mais je préfère chanter en français pour qu'on comprenne mieux”
“Parce que tu comprends c'que tu dis quand tu chantes Je pleurais quand un jour m'a seulement encore fait pleurer ?”
“Attends, on comprend mieux avec la suite”
“O.K. Continue”

“Pleurer était un rappel d'un amour... qu'un jour j'ai su soigner”
“On imagine pas les danseurs tortiller du cul sur des paroles aussi tristes”
“Tu peux pas comprendre si t'es pas investi de l'esprit Brésilien... Ecoute un peu ça : Le souvenir va rester avec lui où qu'il soit”
“J'ai déjà lu ça... gravé quelque part... dans un cimetière!”
“J'te jure que la suite est plus légère... ça fait: La Lambada sera un rappel de cet amour Qui pour un jour, un instant a été roi”
“J'me demande comment on peut faire un tube avec un tel charabia; heureusement que dans l'clip ça frétille du croupion”
“Obsédé! La Lambada c'est universellement connu, sais-tu que Lambada ça se dit Lambada en anglais, en italien, en espagnol, en polonais et même en allemand?”
“Ouais, sauf qu'en japonais ça se dit Lama”
“J'peux pas croire que Serge Lama l'a chanté en japonais!”
“Il a pu l'chanter à sa manière, imagine:   Viens, laisse un peu tomber tes poupées
Laisse tes livres et tes cahiers et viens danser la Lambada! C'est génial, non? en tout cas tu m'feras pas chanter ça, ça m'fout l'bourdon”
“C'est pas donné à tout le monde tu sais, c'est pas sans risques”
“Parce qu'en plus c'est risqué?”
“Tu sais pas que le mois dernier l'interprète brésilienne a été retrouvée carbonisée dans sa voiture?”
“Ça  c'que j'disais... les paroles originales c'est vachement plus chaud !”

 

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04 mars 2017

Le kangourou pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


De la famille des marsupiaux – on dit marsupiaux quand il y a plusieurs marsupials, ce qui est assez courant dans une famille – le kangourou roux se distingue du kangougri gris par sa carrosserie rousse.

S'il vit en petites bandes appelées “mobs” ou “meules” il ne roule pas mais se déplace à pied, par bonds et en zigzag pour éviter le boomerang du chasseur “aborigène” (dérivé de l'expression kangourou D'abord y gêne).
Le kangourou ne court pas mais il saute grâce à un jeu d'amortisseurs arrière de type Kangoo; il est équipé d'une grande queue qui lui sert de béquille à l'arrêt et de stabilisateur correcteur d'assiette quand il saute.
Pour cette raison on dit que le kangourou a cinq pattes, comme le mouton.
La femelle possède à l'avant une boîte à gants ou “poche” équipée de quatre tétines à marmots.
La boîte à gants arrière qui s'appelle une poche revolver est interdite depuis la tuerie de Port Arthur en 1996.
Deux heures avant la naissance la maman kangourou nettoie la boîte à gants où va glander le marmot “in-the-pocket” pendant 2 mois, après quoi il saute puisque c'est un kangourou.

Le kangourou passe les heures chaudes de la journée à dormir à l'ombre contrairement à la nuit qu'il passe à dormir dans la pénombre.
La nuit tous les kangourous roux sont roux pour ne pas les confondre avec les kangougris gris, les Chats Sauvages vages et les Chaussettes Noires noires.

Le kangourou est herbivore comme le gnou ou le zébu mais il est le seul à rapporter 19 points au scrabble grâce à son K.
Il ne rumine pas ni ne remâche ni ne ronchonne ni ne bougonne ni ne grommelle, il mastique tout simplement grâce à 16 dents du fond ou molaires qui peuvent repousser 4 fois dans sa vie car il le vaut bien.
Le kangourou mange des herbes courtes car les plus courtes sont les meilleures.
Il mastique bien chaque bouchée avant d'avaler car c'est ainsi qu'on lui a appris; le kangourou est un herbivore obéissant.
Si le kangourou est herbivore, le kangouvore est herbirou mais ça n'est pas le sujet.
Selon des chercheurs russes, la plupart des kangourous australiens sont gauchers – information utile pour les combats de boxe – alors que beaucoup d'argentins sont gauchos.

La queue du kangourou a ceci de particulier qu'elle s'arrête au bout d'un moment et cet article aussi.
 

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25 février 2017

Tra la la la lère (Vegas sur sarthe)


Quand elle m'a traité de jobastre, j'ai d'abord pris ça pour un compliment mais le ton n'y était pas et le regard non plus.
Quand j'ai demandé ce qu'elle entendait par jobastre elle a répondu que j'étais vraiment un foutu jobastre et elle a ajouté fada pour que je comprenne bien.
Chez moi le fada on l'appelle beusenot ou beuillon.
Elle n'était pas d'ici assurément et en plus elle se trompait: je ne suis ni jobastre ni fada ni beusenot, je suis juste un peu naïf.
J'aurais pu la traiter de cul-terreuse sauf qu'elle avait plus l'accent du sud que de Saône-et-Loire et d'abord cul-terreuse c'est pas une insulte.
J'avais pas envie de l'insulter, je voulais juste qu'elle me voie autrement qu'un jobastre.
J'ai dit “Y'a pas d'jobastres chez toi?”
Elle a ri :”Si... et des broques, des caraques, des fangoules et des pédés aussi!”
J'ai compris que d'où elle venait la vie ne devait pas être facile.
“Et des cons? Y'a aussi des cons chez toi?” ai-je insisté.
Elle a éclaté de rire:” Des cons on en met partout, c'est même une ponctuation chez nous, con”
J'avais hâte de savoir dans quelle contrée on finissait les phrases en rendant hommage aux cons.
Je découvrais une marseillaise, une vraie de vraie. Elle a raconté la Bonne Mère, son quartier populaire du Panier en mélangeant tout... l'immigration, Borsalino, Plus belle la vie, les grognasses – ses copines – les bars pourraves et la défonce.
A côté de ça j'avais l'air d'un beusenot avec ma moutarde, mon pain d'épices et mon blanc-cassis.
Alors j'ai sorti le grand jeu, le ban bourguignon, un  “Tra la... Tra la... Tra la la la lère” en approchant les mains en forme de coupe à hauteur de la trogne pour les faire tourner comme si on regardait à travers, et elle a été scotchée, rétamée, pécho la marseillaise!

Du coup je suis passé du statut de jobastre à celui de ravi.
Y parait que c'est vachement mieux... en tout cas on est devenus potes.

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18 février 2017

Icônes au clash (Vegas sur sarthe)


“Iconoclastes! Invertébrés! Bachi-bouzouks!” Un torrent d'insultes ad hoc – c'est à dire proportionnel à la somme des carrés des côtés du temple – sortait de la foule des iconodules*.

“Trop de culte tue le culte!” répondaient leurs adversaires sans regarder plus bas que leur nombril tandis que les iconodules ramassaient minutieusement des fragments de statues pour tenter de les recoller.
“Quand les uns s'énervent les autres vénèrent... Comment veux-tu, comment veux-tu qu'on iconocule?” scandait un sympathisant de l'empereur Léon III du haut de son échelle.
Depuis que Leon III cartonnait dans les sondages bien qu'il ait employé illégalement son fils Constantin V, on décimait à tout va toutes les images pieuses à grands coups de marteaux et de pioches.
“Mille millions de mille sabords” gueula un défenseur d'icônes en retenant un mur de mosaïques sur le point de s'effondrer.
“D'abord c'est quoi un sabord?” demanda un sombre iconoclaste.
“Analphabète! Va t'faire voir chez les Grecs” répondit l'autre.
“Mon cul!” répondit le démolisseur “j'en reviens et j'suis pas prêt d'y retourner”.
“Vivement le Concile qu'on répare tout ça” pleurnichait un défenseur d'images pieuses.
“Ca sera quand?” s'enquit son voisin. (On s'enquérait pas mal à l'époque)
“D'après le prophète Elisée ça s'ra en 787 mon vieux, d'ici là y z'auront tout pété, ces sauvages!”
“On devrait appeler les CRS*” suggéra un autre.
Dans un grand fracas les bustes de marbre tombaient un à un comme au chamboule-tout.
“Qui va garantir nos statuts?” demanda un iconodule sénile.
“Celui qui a eu l'idée folle d'inventer l'école” rétorqua l'autre.
“Qui ça? Julius Ferry?” chevrotta le vieux.
“Non! Ce sacré-sacré-sacré-sacré-sacré-Charlemagne” fredonna l'érudit et adorateur de Francegal.
 
L'imposant Christ Chalkitès accroché à la porte de bronze du Grand palais de Constantinople fut finalement mis à terre.
“Encore un coup du Sénat!” gémit un iconodule.
“C'est sûr” confirma son voisin “j'ai vu passer un train de sénateur y'a une heure... il allait pas vite”.
“Tous des feignasses, des emplâtres à la graisse de hérisson! Y manquent pourtant pas d'assistants” gronda le premier.
Plus loin deux forcenés se disputaient une Pénélope de marbre au risque de la démembrer.
“Et mon culte, c'est du poulet?” hurlait l'iconodule cramponné à la croupe callipyge.
“T'occupes pas de l'oie blanche, ectoplasme à roulette” criait l'autre “ça sert à rien tout ça. C'est de l'idolâtrie, du marketingue!”
“Du marque quoi?” s'esclaffa l'iconodule.
“Laisse tomber, tu peux pas comprendre. T'es qu'un iconodule, un papou des carpates” conclut l'iconoclaste.
Alors l'iconodule laissa tomber l'oie blanche avec son fuseau, son fil et son diadème.
Le schisme était né.


iconodule: anti-iconoclaste
CRS: Compagnon Réparateur de Statue
Marketingue: Etude de ce qu'il faudrait faire si on était suffisamment bête pour être client
Schisme: Brouille entre un Tchouk-Tchouk-Nougat et un mérinos mal peigné

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11 février 2017

Le hobereau pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Au XXIème siècle le hobereau est devenu un oiseau rare, une espèce volatile.
D'allure élégante il est souvent désargenté à l'inverse de son plumage.
Le hobereau a la “gentillesse” des petits gentilhommes campagnards qui vivent sur leurs terres, arrogants, ne travaillant pas, menant une vie futile et oisive – de petit oiseau –  faite de parties de chasse et de soirées entre nobliaux.
Le hobereau a du crottin sous ses bottes mais c'est du noble crottin sous des bottes de gentilhomme des champs.
S'il adore les endroits humides, on le dit cependant peu coureur; mal armé, il passerait un temps fou à recharger sa pétoire.
C'est pourquoi afin de redorer son blason pâlichon le hobereau épouse souvent une Ermegunde ou une Adrienne ou une de ces femmes dont le bien est aussi conséquent qu'ambigu; on parle alors en chuchotant dans leur dos d'un oncle d'Amérique qui aurait fait commerce d'esclaves ou d'un lointain cousin négociant en Indochine.
De manière imagée on dit que le hobereau “pond ses oeufs dans le nid d'une autre espèce”, une espèce d'une richesse douteuse mais opportune.

Le hobereau a bon dos et l'oeil bordé de noir comme sa fine moustache; son nom viendrait de faux con ou l'inverse mais sous toutes réserves.
Le hobereau aime la chasse à courre mais si les ragots vont bon train, ce ne sont pas ces jeunes sangliers de deux ans, ces “ragots” qu'il traque avec sa meute de corniauds mais toutes ces rumeurs qui courent sur sa jeune femme généralement avenante et peu farouche.
On raconte qu'en deux mots elle se rend souvent à confesse où elle passe des heures auprès de quelque jeune vicaire à avouer Dieu seul sait quels péchés...  
Certain ragoteur à l'oreille aiguisée osera même dire l'avoir entendue au crépuscule pousser de grands hallalis tant la confession est encombrante! On prétend aussi qu'elle préfèrerait le martinet à tout autre oiseau.
Comme des andouillers les cornes que porte le hobereau tombent chaque année pour mieux repousser à chaque nouvelle aventure de ladite Ermegunde ou Adrienne.
Le hobereau possède un manoir à larges ouvertures pour y faciliter la circulation.
Par contre si les ornithologues lui prêtent une queue courte, tout porte à croire que son Ermegunde ou son Adrienne ne s'en satisfait pas... d'où les ragots.
 
Catégorie sociale protégée jusqu'à la fin du XVIII ème siècle, il est interdit de mutiler le hobereau, de le détruire ou l'enlever même si ce n'est pas l'envie qui manque à sa compagne.
Malgré sa vue perçante le hobereau meurt souvent d'un accident de châsses, cataracte ou glaucome; on appelle ça la chute ou fin du sujet.

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04 février 2017

391 kilocalories (Vegas sur sarthe)


Se goinfrer ça ne rime à rien, c'est ce que n'arrêtait pas de me seriner ma diététicienne.
Alors j'ai voulu en avoir le coeur net; elle avait raison: ça ne rime avec rien.
Elle et moi on a essayé de trouver une rime en goinfre, et on n'en a pas trouvé.
C'est pourtant pas faute d'avoir cherché.
D'abord on s'est pris deux dictionnaires, deux petits Robert comme je les aime qu'elle gardait au chaud dans son boudoir, à la fois fermes et replets, doux au toucher, de ceux qui donnent envie de mouiller son doigt pour tourner les pages... et d'aller voir toujours un peu plus loin.
Ca avait l'air de l'amuser – en tout cas elle riait bien – et moi je ne boudais pas mon plaisir par dessus son épaule.
A chaque changement de lettre on se tapait un de ces petit en-cas qu'elle garde en réserve pour ses clients en crise d'hypoglycémie: confitures, miel et jus de fruits... mais attention! Que du bio!
A un moment j'ai proposé Gouffre mais c'était trop vertigineux, disproportionné pour un petit Robert.
Comme elle suggérait Gaufre je lui ai dit que je ne serais pas contre à condition d'y ajouter du chocolat râpé; alors elle est allée nous faire des gaufres pendant que j'attaquais la lettre H...
J'ai corné les pages avec les mots Haddock, Hareng, Homard et Huître pour le cas où on aurait eu un petit creux avant d'atteindre la dernière page; ça ne rime pas mais ça ne mange pas de pain.
Elle est revenue avec une pile de gaufres au lard fumé qui aurait nourri un régiment!
“Seulement 391 kilocalories!” a t'elle lancé en me tendant l'assiette et ses lèvres; j'ai tout pris.
C'était bon. On croit que les gaufres au lard c'est gras... c'est une illusion.
Je crois qu'elle était pressée d'arriver à la fin des dico alors pendant qu'elle remettait de l'ordre dans ses petits Robert j'ai filé à la cuisine sous le prétexte d'aller chercher une lichette de vin blanc.
Personnellement je préfère le Vouvray pétillant au Crémant de Loire mais elle n'avait qu'un fût de bière Duchesse de Lorraine comme elle.
Elle est pas duchesse – bien qu'elle pourrait l'être largement – mais elle est lorraine.
Alors on s'est rincé le gosier à la bière en chantant pour ne pas faire mentir le dicton lorrain: “L'alcool est notre ennemi-i-i mais fuir l'ennemi c'est lâ-â-âche”.
Faut dire que les gaufres au lard et l'exploration des petits Robert ça sêche bien les papilles.
Comme on arrivait à la dernière page on a compris que c'était foutu pour la rime alors elle a proposé des synonymes: ogresse, vorace, goulue ou gloutonne... elle les a tous trouvés avant que j'aie eu le temps de terminer l'assiette de gaufres.
Seulement 391 kilocalories... ça ne se refuse pas et puis j'avais la bénédiction d'une spécialiste nutritionniste.
A la fin on s'est partagé ce qui restait: elle m'a pris cent euros et moi j'ai pris trois kilos.

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28 janvier 2017

Des vers pour des piafs (Vegas sur sarthe)

 

Qui dit qu'il n'y a plus d'étourneau sansonnet ?

J'en ai vu en pâté, en daube provençale

pas plus tard qu'aujourd'hui au centre Commercial

où je venais chercher un précieux Chardonnay

 

Mon petit producteur en avait ras le fût

d'entendre gazouiller les sturnus vulgaris

leur goût pour les raisins, leur fièvre prédatrice

et tous ces sifflements, cliquetis, ce raffut.

 

Fi des effaroucheurs et des grands moulinets

il chargea le fusil de cartouches de trap

je n'avais jamais vu tant de force de frappe

 

La nuée s'abattit avant qu'il ne tirât

il se vit submergé, noyé, fait comme un rat

Qui niera qu'il n'est pas d'étourneau sans sonnet ?

 

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21 janvier 2017

Le bleu et le noir (Vegas sur sarthe)

 

Le sous-sol de la maison de son aïeul tenait plus de la caverne d'Ali Baba que d'un atelier de peintre.
Il était temps pour Pablo de faire le grand ménage dans ce bric à brac.
Il s'était débarrassé de l'éternelle vareuse bleu turquoise qui le quittait rarement; c'est alors qu'entre deux esquisses sans grande valeur il avait aperçu l'étonnante composition: une miniature exécutée à la tempera sur un panneau de pin.
Pablo l'approcha d'un soupirail où la lumière d'un franc soleil pénétra à travers les couches de couleurs, faisant briller les glacis d'un éclat extraordinaire.
Ce vieux maniaque aurait appliqué à la lettre tous les secrets de l'émulsion retranscris d'une fine écriture dans ce petit carnet que Pablo venait de découvrir?
Les couleurs pures faites de pigments mélangés au liant à l'oeuf et passées les unes par dessus les autres au lieu de s'entretuer apportaient un effet lumineux haut en couleurs.

Pourtant l'oeuvre semblait enfantine comme si un apprenti-Caravage en culottes courtes avait été rompu à cette technique malgré son jeune âge.
Comme il y cherchait une signature il retourna le tableautin et il le vit !
C'était un fond abyssal d'un noir ultra-noir, un rectangle si sombre que Pablo en perdit toute notion de lieu et de temps.
Jamais il n'aurait dû le fixer si longtemps à l'oeil nu, mais longtemps ne signifiait déjà plus rien.
Jamais il n'aurait dû y poser le doigt, offrir ses mains, ses bras à ce noir qui l'aspirait.

Le sous-sol de la vieille maison ressemblait à une caverne d'Ali Baba.
On y retrouva parmi de vieux cadres défraîchis une étrange vareuse bleue turquoise et un petit carnet vierge...

 

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