28 mars 2020

La course sans sac (Vegas sur sarthe)


Ça y est, nous avons fini par épuiser tous les jeux de société ainsi que ceux de la chambre qui eux m'ont éreinté …
Germaine qui ne manque pas d'imagination a pensé à un nouveau jeu : On fait des courses de balai à califourchon dans la maison.
J'ai eu un mal de chien à lui trouver un balai traditionnel car beaucoup de gens confinés ont du avoir la même idée.
Moi je me suis attribué le Dyson – prononcer Daïzône parce que c'est angliche – que je pilote bien depuis que j'ai trouvé un tuto sur le net.
Pour les ignares le Daïzône est un aspirateur sans sac contrairement aux courses avec sac.
Germaine prononce Dison alors disons que son accent laisse à désirer.

Le balai de Germaine est un balai comme j'en ai connu chez ma mémé avec un gros manche en bois lisse et un mignon faisceau de paille de riz.
Il est sexy mais un peu lourd pour prendre les virages ; les balais à flux énergétique positif comme celui de ma mémé n'existent plus …
Celui de Germaine serait plutôt du genre à flux énergétique négatif à voir la façon dont elle gère la marche arrière.
Le mien est un V8 comme les bagnoles américaines – avec un accessoire suceur mais on s'en sert pas – et il a une autonomie de 7 minutes à vitesse Max alors que Germaine tire la langue au bout de 3 minutes !
Je gagne toujours parce que le Daïzône est également plus maniable mais nous avons maintenant épuisé tous les gages attribués au vainqueur y compris les gages de la chambre.
Après la partie gagnée je sais être magnanime et j'aspire les brins de paille de riz avec mon Daïzône V8.
Germaine dit que je suis avantagé, c'est aussi ce qu'elle disait pour les jeux de la chambre et ça me rend fier. Après tout c'est elle qui a voulu jouer à ça.
Les voisins y jouent aussi mais avec une variante : ils courent dans un dédale de bouteilles de bière ouvertes qu'ils doivent boire aussitôt qu'ils les renversent.
À les entendre ils sont très maladroits et passent beaucoup de temps à balayer les débris.

Après le confinement j'ai promis à Germaine de lui acheter un Daïzône V10 … à moins qu'on se lasse d'ici-là mais comme je lui dis « ça te serviras toujours ».

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21 mars 2020

La Seguin (Vegas sur sarthe)


«Ça y est, celle du Seguin a mis bas cette nuit, depuis l'temps qu'elle traînait son gros bide dans l'quartier»
«C'est donc elle qui bêlait comme ça dans l'immeuble ?  J'me suis demandé c'que c'était que c'bordel à point d'heure ! »
«Ah bon ? Elle a pourtant accouché par voie basse ... »
« À voix basse ? T'en as d'bonnes ! On a mis deux heures à s'rendormir avec la Germaine. Tu sais que c'est pas simple pour la rendormir, enfin non tu peux pas savoir»
« J'te répète que c'était par voie basse. Le véto est pas équipé pour les césariennes»
« Lever tôt. Lever tôt ! Pour sûr, il était cinq heures du mat avec c't'affaire »
« Oh c'est pas tous les quatre matins non plus. Et pis elle était à terme, faut bien qu'la nature fasse son oeuvre»
« Pour sûr qu'elle était à terme ! Neuf mois ! Elle était devenue grincheuse, irritable et j'te parle pas de la taille des mamelles, elle rentrait plus dans l'ascenseur »
« Neuf mois c'est du jamais vu chez les ovins … et qu'est-ce qu'elle foutait dans l'ascenseur ? »
« C'est bien normal dans son état quand on crèche au sixième ! »
« Au sixième ? La chèvre du père Seguin crèche au sixième, maint'nant ? »
«Tu l'appelles la chèvre, toi ? Nous dans l'immeuble on l'appelle la Marie-couche-toi-là»
« Chez moi, tout c'qui a une barbichette, des grands yeux doux et des sabots noirs et luisants ça s'appelle une chèvre »
« J'avais bien remarqué ses loup-bouquetins mais pas sa barbichette. Pourtant j'la croise tous les soirs dans l'ascenseur »
« Tous les soirs dans l'ascenseur ? Alors on doit pas parler de la même chèvre parce que celle du Seguin elle est au pré dès l'aube»
« La Marie-couche-toi-là que j'te parle elle arpente la Grand'rue mais pas avant vingt deux heures »
« Ah ? C'est sûr que c'est pas la même … en tout cas la tienne elle doit pas brouter grand chose dans la Grand'rue »
« Oh que si ! Pour brouter, elle broute de bon coeur, crois-moi … enfin c'est c'qu'on m'a raconté»
« Et elle a pas peur du loup en broutant la nuit ? »
« Le loup,  y'a belle heurette qu'il lui fait plus peur ! »
« Ben faudra qu'j'en cause au Seguin qu'a perdu sa Blanquette dans la montagne y'a pas si longtemps. C'est quelle race ta Marikouchtwala
 ? »
« Euh … c'est un blaze de l'Est, une russkov ou une ukrainienne, enfin c'est pas d'chez nous»
« Pour sûr, c'est pas une corse si elle bosse jusqu'à point d'heure. Alors le biquet, y vont lui donner un nom slave ? »
«Un nom slave … tu veux dire un nom propre. Cette année faut qu'ça commence par un 'R'»
« P't'être Rudolf ou Raspoutine ? »
« C'est pas not' problème »
«T'as raison et pis Raspoutine Seguin, ça ferait bizarre, non ? »
« Ceux du sixième y s'appellent pas Seguin »
« Ah bon ? Alors on parle pas d'la même chose»

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14 mars 2020

Chez Laurent (Vegas sur sarthe)


Dégoûté de n'avoir rien trouvé j'ai poussé la porte de cette échoppe qui ne m'avait pourtant rien fait ; l'enseigne indiquait tout simplement Chez Laurent.
Ça faisait bien cinq jours que je cherchais des orants pour ce fichu Défi du Samedi !

« Bonjour, vous n'auriez pas des orants par hasard ? »
Le type s'est agenouillé les mains jointes et j'ai failli repartir; ou ce gars était mime ou bien il était fou …
« J'dois en avoir quelques uns là-dessous » a t-il dit en ouvrant un tiroir aussi bas que poussiéreux.
Il avait dit ça avec un accent maghrébin ou berbère alors j'ai demandé : « Vous êtes d'où ? »
« Je suis des hauts d'Oran » a t-il répondu en se relevant fièrement « vous connaissez ? »
Je ne connaissais pas et il n'y avait pas lieu d'en être fier alors j'ai juste répondu : « C'est donc ça le relent dans votre échoppe ? »
«Un relent ? » a t-il dit «ça doit être à cause de ces vieilleries que je garde mais je ne suis pas fâché d'avoir un client, Monsieur comment ?»
« Monsieur Laurent » ai-je répondu sans réfléchir.
« Ah … vous aussi » a t-il remarqué.

Le premier orant qu'il m'a montré était un orant dévot qu'il appelait « Le dévorant » car selon la légende inscrite dessous il dévorait du beurre de missel.
Pas sûr qu'ils apprécieraient la vanne au Défi du Samedi.
« Vous avez autre chose ? »ai-je demandé.
Il a sorti un orant très différent, éthéré, un orant du genre oxygéné. «Celui-ci on l'appelle le Décolle-orant » a t-il dit fièrement.
Je trouvai qu'il n'y avait pas lieu d'en être fier.
« Autre chose ? »ai-je insisté.
Il en a sorti deux autres … un orant inculte qu'il appelait « L'ignorant » aux antipodes du suivant, un orant éduqué qu'il appelait « L'édulcorant ».
Je n'était pas très emballé et puis il y avait ce relent qui ne donnait pas envie de relever ce Défi.

« Attendez » s'est-il exclamé en raclant le fond du tiroir «il me reste ce vieil orant voûté – façon chapelle sixtine ou seventeen – comme s'il souffrait de rachialgie dorsale et qu'on appelle le Mal au dorant»
« Mal o do rant » ai-je ânonné à la limite de l'évanouissement.

Il me confia que pour le soulager on l'avait perfusé et rebaptisé « Le perforant ».
Le perfuseur était parait-il un orant rebouteux qu'on appelait « Le revigorant ».

Comme j'hésitais entre tous ces orants il me supplia en m'implorant de prendre le lot.
« C'est une bonne affaire » gémit-il « et puis ça débarrasse »
 « Vous prenez la carte bleue ? » ai-je demandé sans conviction.
« Je prends tout » répondit-il ravi et il ajouta avec un petit rire «j'accepte même les cheik-reste-orant ».
Ils allaient se marrer au Défi du Samedi en apprenant que j'avais réglé ces machins avec des vieux tickets de la Sodexo !
 
Comme je repoussais la porte de cette échoppe qui ne m'avait pourtant rien fait, le type me rattrapa : »Prenez ça aussi, ça me fait plaisir ».
« Qu'est-ce que c'est ? » dis-je en prenant l'objet.
Le type avait l'air possédé : « C'est une statuette de vierge Orante, un authentique vestige de l'Acropole d'Athènes qui chante l'Ave Maria quand on la retourne »
Je retournai la statuette en plastique d'un joli vert fluo et je pus lire son épigraphe « Made in Taïwan ».
Ça s'est mis à nasiller : « Ave Maria … Oh mother hear a suppliant child »
Ça ne chantait même pas en latin. J'ai pris mes jambes à mon cou.
Voilà

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07 mars 2020

Eve et les Non-sens (Vegas sur sarthe)


Au huitième jour le Créateur décida que c'était plié et qu'il était temps qu'IL s'octroye ce qu'IL nomma le jour de AirTéTé.
Comme IL allait s'endormir du sommeil du juste ON tambourina à sa porte.
Ce ON ne pouvait être qu'un des deux bipèdes créés au sixième jour mais il jeta quand même un coup d'œil au Judas, une espèce de lucarneau qui permet d'épier hypocritement et dont il usait pour la « toute première fois, toute toute première fois » comme bramait déjà sa Jeanne Mas.
C'était Adam son bipède mâle, celui avec une côte en moins mais qui le valait bien... alors IL lui ouvrit.
« Ça roule comme tu veux, Adam ? » demanda le Créateur somnolent.
« Euh... Caïn Caha » répondit Adam « la vie n'est pas un long marigot tranquille dans votre eden »
Tout en notant l'expression digne d'un titre de film, le Créateur reprit : «Justement à propos de Caïn, tu n'as pas oublié ce que je vous ai dit : Croissez et multipliez-vous»
« Euh... justement, c'est rapport à cette Eve » bougonna Adam.
«Qu'a t-elle fait déjà? » demanda le Créateur.
IL avait dit Déjà car il était trop tôt pour dire Encore – question de bon sens – mais IL ne perdait rien pour attendre.
« Ah ça pour croisser elle croasse» pleurnicha Adam « mais elle m'ignore comme si elle était seule sur Terre. Il n'y en a que pour son Genèse Magazine, son cœur croisé de latex et ses loup-bouquetins ! »

Le Créateur s'emporta : « A quoi ça sert que je me sois décarcassé ? ».
Tout en notant l'expression digne d'une publicité pour aromates IL explosa : «Nom de Dieu ! Je vous ai donné cinq sens... c'est pas fait pour les canidés»
« Euh... je les ai bien essayés tous les cinq, surtout le toucher » protesta Adam « mais c'est à croire qu'elle en a un sixième...»
Le Créateur nota l'expression Sixième Sens digne d'un titre de film d'horreur et poursuivit en verlan : «Mais que dit-elle quand tu la pécho ? »
« Elle dit NON ! » lança Adam « toute la journée, elle fait Non, Non, Non, Non ».
«Ca va, ça, fais pas ton Polnareff» soupira le Créateur en se grattant la sainte barbe « mais tu la pécho dans les règles au moins ? »
«Dans les règles... au sens propre ou au figuré ? » interrogea Adam.
« Dans les règles comme n'importe quel missionnaire, quoi » s'impatienta le Créateur.
Adam nota l'expression Missionnaire pour son projet de kamasutra et demanda «C'est donc ça qu'on appelle dans les règles ? »
« Ça tombe sous le sens » soupira le Créateur et il ajouta « sinon ça serait un contresens, comme ils disent à Sodome ».
« Alors » conclut Adam «cette manie qu'elle a de dire NON tout le temps, c'est un Non-sens ? »
« C'est pas faux » acquiesça le Créateur en notant l'expression pour un prochain défi de son Samedi …
« Oui mais alors y'a pas d'solution ? » s'inquiéta Adam.

Le Créateur se gratta à nouveau la sainte barbe et dit : « Je pourrais la doter d'un OUI-sens – un truc que je gardais pour ma Genèse 2.0 – mais je crains des effets secondaires »
« M'en fiche ! » s'exclama Adam qui en avait marre des chèvres.
«Réfléchis bien» dit le Créateur « le OUI-sens ça pourrait mener à la nymphomanie alors que le NON-sens c'est plus cool»
« C'est pas très grave » dit Adam « je fais moi-même un peu de satyriasis »
« Bon » conclut le Créateur, « j'avais prédit que vous auriez 33 bipèdes mâles et 23 bipèdes femelles, mais n'en faites pas trop quand même parce que c'est moi qui finance».
« Et ce OUI-sens, ça va prendre du temps ? » demanda Adam en trépignant d'impatience.
« C'est déjà fait » dit le Créateur en souriant « ne l'entends-tu pas t'appeler ? »

Au loin ON chantonnait du Julie Pietri ...
« Oh femme unique, péché, désir
Pour un serpent de bible
A brisé son empire »
Par le Judas, IL regarda Adam détaler : »Surtout, ne me remercie pas »  

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29 février 2020

Honteuse femelle (Vegas sur sarthe)


En lui offrant ça j'étais bien conscient que je lui offrais une légumineuse, alors j'ai dit pour faire plus romantique  « C'est une sensitive, ma biche ».

La fleuriste antillaise avait été nettement moins sensible pour une fleuriste, elle appelait ça une honteuse femelle, une herbe mamzelle mais je me suis dit que Germaine aimerait quand même ça car elle n'était pas jaune … Germaine a horreur du jaune.
Elle m'avait rencardé sur ce machin et j'avais noté des termes comme pétioles Doudou, pennes Doudou et folioles Doudou.
J'avais lu des trucs surprenants, comment ça refermait ses feuilles au moindre choc ; même que ça fermait ses feuilles la nuit tout comme Germaine à l'hôtel du cul tourné !
C'est une technique pour se défendre contre les prédateurs nocturnes ; ainsi, Germaine était nyctinastique et moi par voie de conséquence un prédateur nocturne, bref.
La fleuriste avait ponctué nyctinastique par un « I pa bon ».
J'évitai le sujet avec Germaine, me contentant de lui tendre le bouquet.
J'avais lu aussi que la sensitive pouvait infester les cultures – un peu comme Germaine – mais j'évitai aussi de le préciser tout comme son caractère toxique du à la présence de nombreux alcaloïdes.
De toute façon Germaine n'avait pas l'habitude de brouter les bouquets que je lui offrais … enfin, rarement.
« Quelque chose à te faire pardonner ? » a t-elle questionné en cherchant un vase.
J'ai réfléchi quelques secondes ; non, je n'avais rien à me faire pardonner ce jour-là.
Germaine était toujours méfiante à propos des cadeaux gratuits.

Pour l'entretien la fleuriste antillaise m'avait conseillé une douche deux fois par semaine … mais je me gardai bien de lui avouer que j'en prenais chaque matin.
C'était bien la première fois qu'une fleuriste me parlait d'hygiène corporelle à moins que cette plante ne soit vraiment malfaisante.
Germaine avait posé le vase sur le buffet : »Si c'était pas bleu, j'aurais juré que tu me ramenais du mimosa »
« Je connais tes goûts, ma biche » ai-je rétorqué en me gaussant.
« C'est pas de la peinture au moins ? » a t-elle insisté en reniflant les inflorescences bleutées.
« Tu le sauras vite » ai-je répondu « la fleuriste préconise deux douches par semaine »
« Tu sentais si mauvais que ça ? De quoi elle se mêle cette fleuriste ? » a rugi Germaine.
« Je suis bien d'accord avec toi » ai-je rétorqué « de quoi elle se mêle ? »
« ça sent bon » a conclu Germaine.
La fleuriste aurait dit « I bon » mais je n'ai rien ajouté.

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22 février 2020

Un gros potentiel (Vegas sur sarthe)


Quand j'ai connu Germaine et quoi que vous en pensiez elle était plutôt timide, du genre vierge effarouchée mais en moins vierge quand même.
Toujours est-il que malgré mes encouragements elle se limitait à de minuscules 'o' et des 'a'  tout aussi discrets.
Mais je n'étais ni frustré ni résigné, son père m'ayant vanté son fort potentiel, « un très gros potentiel » disait-il d'un air goguenard.
Alors je l'ai mise au travail, d'abord sur la table de la cuisine puis à ce que j'appelais son cours du soir sur le canapé où elle perfectionnait sa technique, gommant tel ou tel défaut.
Elle s'exerçait même au lit tandis que je lisais Diderot – oui je relisais ses Essais, en particulier son « Regrets sur ma vieille robe de chambre » ça vous étonne, hein – tout en épiant ma besogneuse du coin de l'oeil.
Aussi ne fus-je pas surpris qu'après quelques semaines elle exprime sur le canapé son premier 'O' majuscule, un O bien dodu, plantureux qui me mit en joie alors que sur Canal se tirait un penalty décisif dans les arrêts de jeu.
Enhardie, Germaine avait mis les bouchées doubles ; en l'observant toujours à la dérobée je lui trouvai le poignet plus souple et une certaine frénésie dans le regard.
Il fallait la voir penchée sur l'ouvrage, jamais lassée de la corvée, attentive à mes conseils, retouchant le dessin de la ligne d'un sein comme chantait Aznavour.

Pour ma part je m'endormais facilement – c'est ce qu'on appelle l'effet Diderot – sans savoir que ce qu'elle aimait avant tout c'était le X ...
Un soir nous étions au lit, moi relisant la « Lettre sur les sourds et muets » et Germaine en plein exercice quand sans crier gare – et sans rien crier du tout – elle nous exécuta une figure inédite qui me sidéra au point que j'en lâchai mon Diderot.
Ce qu'elle venait de nous faire ressemblait à une sorte de Huit à plat, un ample mouvement circulaire si artistique et aux courbes si lascives que le drap et la couette en furent maculés … c'est bien le seul reproche que je peux faire à la plume sergent major qui est nonobstant (j'adore placer nonobstant) la meilleure des plumes.
Cet emblème de victoire  après la restitution de l'Alsace et de la Lorraine en 1919 venait de prendre dans les doigts agiles de Germaine une dimension nouvelle.
L'encre violette c'est ce qu'il y a de plus récalcitrant au lavage mais Germaine avait franchi un cap et je lui pardonnai cette incivilité.

Adieu pattes de mouche ! Germaine touchait au sublime, elle venait de hausser son art à un niveau si élevé que je lui offris illico une belle récompense … ce Waterman 4 couleurs que j'avais jadis gagné au tir dans une fête foraine et qui dormait dans un tiroir.
Cette nuit-là elle me fit une pleine page multicolore de ce Huit à plat qu'elle appelait une lemniscate et qui avait parait-il inspiré les grecs pour sculpter les hanches de leurs Aphrodites.
Du coup ses lemniscates m'ont donné des idées et j'ai délaissé les essais de Diderot ; son père avait raison : Germaine a un fort potentiel.
Si je ne craignais pas la concurrence je l'inscrirais bien au Défi Du Samedi ...
  

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15 février 2020

Le kilt pour les Nuls (Vegas sur sarthe)

kilt[1]


Connu pour sa légendaire pingrerie l'écossais porte le kilt sens dessus dessous c'est à dire sans dessous dessous.
Si le kilt est appelé jupe portefeuille il ne contient guère que quelques bijoux de famille sauf s'il est porté par une femme ce qui est rare.
Il est conçu sans poches afin ne pas avoir à faire l'aumône.
Le kilt est constitué d'un tissu de même nationalité – l'écossais – afin de rendre fous et faire fuir les caméléons car le caméléon a la réputation de se nourrir de cricket (première spécialité écossaise) et de tartan (seconde spécialité écossaise) en laine de mérinos.
Le tartan est une étoffe rare car il arrive que le mérinos mange le caméléon.
Le tartan est une étoffe qui s'apparente au vitrail de par ses carreaux de couleurs mais c'est leur seul point commun.
Le port du kilt nécessite un certain savoir-faire et bien sûr un savoir-défaire. S'y draper prend statistiquement entre un quart d'heure et deux jours, c'est pourquoi certains n'hésitent pas à dormir dedans.

La technique est simple en apparence :
Draper le rectangle de 5 mètres de tissu autour de la taille en vous assurant que les plis sont à l'arrière . Si les plis sont à l'avant, il faut se tourner et recommencer en veillant à ce que la bordure basse du kilt arrive au genou ; si elle arrive aux chevilles, recommencer en montant sur une chaise.

Attacher le kilt en tirant sur la lanière en cuir du tablier droit (qui est donc le tablier de dessous sauf pour les gauchers).
Avec la main gauche sur la hanche droite, attacher la lanière sur le tablier gauche (qui est donc le tablier de devant sinon il faut se retourner et recommencer) sur les boucles à droite qui sont au nombre de deux en commençant par celle du haut sauf s'il n'y en a qu'une …

Le bord frangé du kilt doit se trouver sur la droite (ou la gauche pour les gauchers) et le kilt doit être bien centré. Vérifier le centrage au moyen du repère inscrit sur le tartan au milieu du tablier de devant. Si le repère n'est pas visible c'est qu'il se trouve derrière vous, il faut vous retourner et recommencer au début.

S'il vous reste du temps (le temps est gratuit sauf pour un écossais), complétez par des chaussettes à rubans en fil d'Ecosse, des chaussures basses, une escarcelle qui palliera à l'absence de poches, un gilet et une veste.
On peut terminer le déguisement par un petit couteau glissé dans la chaussette droite (pour les droitiers) et qui servira à découper rapidement tout ce bazar en cas d'urgence …

Conseil pour le laçage des chaussures basses : Quel que soit le type de laçage – haut, de côté ou bas –  terminer par un joli nœud de taille respectable (comme celui caché sous le kilt)

Bon kilt (en écossais : Happy kilt)

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08 février 2020

Le mot de trop (Vegas sur sarthe)


« C'est quoi ce mot que tu viens de poser ? JOUTE ? On avait dit Pas de mots inventés ! »
« Euh ... »
« Je comprends que tu veuilles te débarrasser du J qui vaut 8 points sauf que Goutte s'écrit avec un G et deux T »
« Euh ... j'avais pas prévu de mettre un G puisque j'en ai pas»
« Alors parce que Madame n'a pas de G elle met un J et elle croit que je vais accepter ça»
« Euh … j'ai posé JOUTE parce que c'est un mot qui existe»
« Dans tes délires, oui ! Tu vas encore me prendre pour une brelle et me sortir ta science … une histoire genre remède de grand-mère en patois ou un combat médiéval. On joue pas à la bataille navale, que je sache ! »
« Euh justement, il s'agit d'une bataille»
« Franchement t'avais le choix entre JUTE et JOUE … ou même JOUET. Remercie moi, je te tends la perche»
« Justement, il s'agit bien de perches mais comme tu le suggères je remplace par JOUET puisque c'est les mêmes lettres »
« T'es gonflée ! Madame a décidé qu'on pouvait changer les lettres comme ça en dépit du règlement »
« Mais je permute juste le T avec le E »
« Pas question ! »
« Mais un E ça vaut un point comme le T … ça change quoi au total ? »
« Ca change que tu remplace ton mot foireux par un mot valide et que t'as pas le droit »
« Bon, ben je laisse ce mot foireux que tu vas chercher tout de suite dans le dictionnaire »
« Dans le quoi ? Tout de suite les grands mots ! Pas de dictionnaire ici ma p'tite dame, on joue à l'instinct, sûr de sa culture sinon c'est pas la peine de jouer. Tu ferais ça dans un tournoi officiel ?»
« Justement, une JOUTE c'est un tournoi »
« Ne m'embrouille pas»
« Et puis t'as jamais entendu parler de joute verbale ? »
« Non Madame »
« Et bien c'est ce qu'on fait depuis cinq minutes »
« N'importe quoi »
« Et t'as jamais non plus entendu parler de joute amoureuse ? »
« Ne change pas de sujet, enjôleuse. Pose ton JOUET si tu veux mais c'est la dernière fois»
« Oui Môssieur, c'est bien la dernière fois »
 

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01 février 2020

La grenouille et le lotus (Vegas sur sarthe)


Je l'ai trouvée au petit matin assise sur le lit, les jambes croisées – pied droit sur la cuisse gauche et vice-versa – les mains croisées sur les genoux et les yeux pas croisés mais grands ouverts.
Comme je trouvais cette posture incongrue pour quelqu'un qui depuis notre mariage dort en travers du lit jusqu'à neuf heures, j'osai m'inquiéter pour sa santé.

Germaine me répondit d'une voix que je ne lui connaissais pas : »Pas d'inquiétude, bébé … je fais un padmāsana”.
“Tu fais un quoi ?” m'enquis-je en songeant à tous ces nouveaux virus qui contaminaient la planète.
“Un padmāsana, ce que les non-initiés appellent la position du lotus, bébé”
Elle me traitait de non-initié, moi l'amateur éclairé de cette position intime !
Je lui fis remarquer qu'elle se pratiquait à deux et qu'elle aurait pu m'y inviter conjointement en tant que conjoint.
Germaine avait repris sa voix habituelle et j'eus droit à un flot de qualificatifs allant du paillard à l'obsédé sexuel en passant par le pervers et le débauché, ce qui me confirma que je m'étais bel et bien gouré de lotus.
« C'est une position propice à la méditation et qui mène à l'illumination » ajouta t-elle en refermant les yeux et elle conclut dans un soupir plus empreint de spiritualité que d'érotisme « Maintenant oublie moi, bébé »

L'oublier ?
Oublier ce pied posé sur sa cuisse et cet autre pied sur l'autre cuisse ?
Etait-ce ma Germaine habituée à se plaindre tantôt d'arthrose ou tantôt de lombalgie ?
Elle avait du souffrir le martyr pour parvenir à cette posture alambiquée dont elle ne sortirait pas facilement.
Mais ce qui me choquait le plus dans son attitude c'est qu'elle portait mes charentaises aux pieds ce qui acheva de faire retomber ma libido, et puis je tenais trop à mes pantoufles pour les prêter à je ne sais quelle imposture.
Vexé de n'avoir pu amener Germaine sur mon terrain favori, je me suis alors souvenu d'une citation de Louis Pauwels – oui, le soir dans mon lit je lis les écrivains français, et alors ? – qui disait «S'il suffisait de s'installer en position de lotus pour accéder à l'illumination, toutes les grenouilles seraient des bouddhas »

Qu'est-ce qui m'a pris de lui balancer cette citation alors qu'elle semblait sur le point d'atteindre l'illumination suprême ?
Toujours est-il que la grenouille en question n'a pas apprécié ma remarque et que les charentaises mes sont parvenues en pleine citrouille avec une précision diabolique.
Avant que j'aie pu les chausser, Germaine m'a flanqué à la porte de notre chambre d'où elle n'est plus sortie depuis … depuis quand déjà ?


Je tiens à remercier les pompiers pour leur efficacité.
Une fois la porte défoncée, ils sont parvenus à déplier Germaine et à la remettre sur ses jambes ankylosées.
Le médecin lui a interdit le Sûtra du lotus jusqu'à nouvel ordre, quant aux coassements qu'elle émet de temps à autre et qui avoisinent les cinquante décibels, il paraît que ça devrait disparaître … sinon on a le choix entre des boules Qiès et une opération de la glotte.
 

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25 janvier 2020

Du bruit dans la chaumière (Vegas sur sarthe)


Je venais juste de garnir les gamelles pour calmer les Miaou et les Wouf de nos fauves quand j'ai perçu un bruit non répertorié provenant de notre chambre.
Je croyais pourtant avoir domestiqué tous les bruits de cette maison depuis qu'on l'avait faite construire il y a quarante ans.

Ce n'était ni le Clap clap clap des mules de Germaine – ses chaussons bien sûr, pas des bardots encore que Bardot porte aussi des mules – ni le Clac clac exaspérant de ses loups-bouquetins, c'est ainsi que j'aime moquer ses escarpins bon marché.
Non c'était plus subtil, comme un bruissement soyeux entre Frou frou et Froutch, un froissement de tissu suivi d'un Raaah que je trouvai incongru pour un début d'après-midi.  
Je dois dire que les Raaah de Germaine retentissent invariablement en fin de soirée un peu après les Guili guili et avant le Tagada tsoin-tsoin, un rituel qu'elle appelle pertinemment le Hop-là et dont je vous épargnerai la liste fluctuante d'onomatopées.

J'en étais là de mes supputations quand un Coin Coin tonitruant nous cloua sur place, notre ménagerie et moi.
Qu'est-ce qu'un Coin coin foutait à cette heure dans notre chambre ?
Kukuriku – notre chienne malinoise – avait instinctivement retroussé les babines et j'en fis de même quand une Germaine échevelée sortit de la chambre comme une furie, suivie du Vlan bien compréhensible de la porte.
Avant que Germaine ait ouvert la bouche, Kukuriku s'était jetée sur l'objet vibrant son dernier soupir et entreprit de le dévorer avec d'horribles Gnap.

« Ces foutus canards connectés, c'est d'la daube ! » s'écria Germaine hors d'elle c'est à dire hors de cet affriolant déshabillé commandé sur Ecuyère – ou Amazone, je ne sais plus – et qui lui avait valu en prime le dernier cri (Coin Coin) de la haute technologie libertine, le Duck Fripon 2.0 !  
« Hummm » osai-je pour toute réponse et conscient que tout commentaire risquerait de faire capoter notre prochain Hop-là.

«Beurk» fit Kukuriku qui parlait humain à ses heures et dont les crocs achevaient de démembrer le fâcheux volatile.
Boudeuse, Germaine avait prestement gagné son boudoir, notre salle de bains où je reconnus bientôt le doux ramage de ses Bla bla bla et Na na ni, Na na na, ceux-là même qu'elle échange à longueur de forfait téléphonique avec ses amies.

Après ce Couac intempestif notre maison semblait retrouver ses bruits familiers, ce rassurant ordonnancement qui fait qu'on s'y sent comme chez soi.
Kukuriku notre gourmande malinoise digérait l'objet du délit mise à part sa pile au lithium que je comptais bien récupérer dans sa petite déjection du matin.
Dans le boudoir les Na na ni, Na na na n'en finissaient pas de bouder; Germaine devait raconter ses malheurs à quelque curieuse confidente, pester contre cette notice en 12 langues quand une seule langue aurait suffi à faire son bonheur...
Alors Hop-là ou plus simplement Hop ! d'un saut de cabri sur mon Lanskrona en cuir pleine fleur (ne cherchez pas, c'est du suédois) je m'installai – zapette en main, Youpi – pour une après-midi de calme et de volupté.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
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