13 octobre 2018

Paradise Hôtel (Vegas sur sarthe)

 

Je suis arrivée un vendredi, je m'en souviens vu qu'il y avait du steak de thon créé de la veille, c'est à dire le 4ième jour.
Difficile de faire plus frais, même chez Lideule!
LUI, semblait accaparé par tous ses nouveaux gadgets, ses oiseaux, ses reptiles, tout ce bétail qui piétinait, nageait, rampait... alors je l'ai laissé jouer sans rien dire d'autant qu'IL ne m'avait pas encore calculée.
Quand je l'ai entendu déclamer :”Soyez féconds, croissez et multipliez-vous sur la terre”, j'ai senti que j'allais compter pour du beurre dans cette jungle.
Alors je me suis recrêpé le chignon et je me suis éclairci la gorge avec des “Hum” pour lui faire lever la tête.
Je ne sais pas si vous avez déjà fait lever la tête à un Tout-Puissant mais ça fait vachement bizarre la première fois... et c'était forcément notre première fois à tous les deux.
A l'époque y'avait que des premières fois.

T'es qui toi?” a t-IL dit, surpris pour la première fois.
Moi qui pensais qu'IL savait tout, je suis tombée de haut c'est à dire de la hauteur du pommier où j'étais juchée... enfin, pommier, figuier, grenadier, on n'en sait foutre rien - aujourd'hui encore personne ne sait vraiment ce qu'IL avait planté en premier comme arbre - toujours est-il que je me suis écrasée à ses pieds comme une poire blette.

Pour la seconde fois... Qui es-tu? Je ne me souviens pas avoir encore créé un bipède de ton espèce” a t-IL insisté.
Je m'appelle Eva et je suis mannequin” ai-je dit sans réfléchir - je me demandais d'où je sortais ça mais je kiffais bien - et j'ajoutai “j'vois pas d'bipède ici!”

IL s'est alors mis à vocaliser “Eva lève-toi et danse avec la vie... L´écho de ta voix est venu jusqu´à moi” avec un drôle de disque d'or au dessus de la tête.
J'aurais pu inventer des trucs, dire que je m'appelais Herzigova ou Dvorakova, que j'étais tchèque ou estonienne mais IL avait l'air de s'en foutre royalement.
IL ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui parle comme ça... d'ailleurs IL ne devait pas avoir l'habitude qu'on lui parle du tout à part ces meuglements, ces barrissements et ces piaillements qui faisaient un bordel du diable.

Le Diable! “ s'écria t-IL “tu es le Diable, c'est ça, hein?”

Je m'étais remise sur mes jambes que je trouvais fort belles et Dieu sait de quelle manière je cambrais les reins, bref j'ai minaudé :”Eva ou le Diable, quelle importance? J'ai gagné un weekande à l'hôtel Paradis dans un concours Wonderbra et j'aimerais qu'on me montre ma suite”.
IL s'est raclé la gorge d'un air ennuyé mais son “Hum” était si céleste que tous les meuglements, les barrissements et les piaillements ont cessé, ça c'est sûr.
Alors il y a eu ce phénomène qu'IL a décidé d'appeler le silence.

Ta suite? Mais la suite justement, c'est moi qui m'en occupe” dit-IL en compulsant ses tablettes-de-la-Genèse-1.0 “je confirme que tu arrives trop tôt, tu es prévue... voyons ça... pour demain ainsi qu'un certain... Adam ou Adamo... je ne sais pas encore”.
Je n'attendais rien car je n'aimais pas attendre et en plus j'allais partager mon séjour avec cet Adam que je ne connaissais ni de moi ni de lui!
IL a ajouté :”Il y a sur ma tablette une recette de Top Chef à base d'argile, de terre glaise et d'eau qui est programmée pour vous deux, demain et pas avant... alors si tu veux bien ne pas mettre le souk dans ma Genèse en respectant le timing”.
Je ne connaissais pas ce Taï Ming, alors j'ai minaudé :”Demain j'pourrai pas, j'ai une invitation à un défilé pour Lacroix et Labannière alors j'reviendrai après demain”.

Nom de Dieu!!” se surprit-IL à crier “certainement pas, après demain c'est le jour du Seigneur, c'est MON jour et je veux qu'on me foute la paix!”
Vous entendez ça, vous autres?” ai-je dit à mes roberts, préférant m'adresser à mes seins qu'au Bon Dieu.
Je t'ai reconnu” a t-IL rugi en me désignant du doigt comme si on était plusieurs “tu es le Diable en personne!”
J'ai voulu faire de l'esprit en lui disant que le diable s'habillait en Prada alors que je n'étais qu'en costume d'Eva mais IL n'a pas compris... en tout cas ça ne l'a pas fait rire.
Je me demande s'IL n'avait pas oublié de créer l'humour, en tout cas je craignais le pire d'un Adam sorti de la glaise ou de Dieu sait quelle tambouille.
J'ai tenté une manoeuvre un peu lèche-cul :”Pour Adam, ça serait sympa de ta part qu'il s'appelle autrement, qu'il ait les yeux bleu et des muscles comme Sylvester Stallone”
D'un air suffisant IL a répondu :”N'aie crainte Eva, il sera fort, vivra très vieux et te donnera plein d'enfants... comme... Caïn, Abel, Seth, huit, dix, enfin plein de bipèdes que tu enfanteras dans la douleur et tu...”
Je n'écoutais plus. Appeler mon fils Caïn! Pourquoi pas Caha ?
Je n'espérais qu'une chose, que ses tablettes-de-la-Genèse tombent en rade mais d'un autre côté si elles avaient pu lui souffler l'idée de la péridurale, j'en aurais été rassurée.
IL a continué à vocaliser avec ce ridicule disque d'or au dessus de la tête “Regarde-moi... Ta vie est en moi... Le temps s´efface”
J'ai tourné les talons - des loups-bouquetins tous neufs, mi-canidé mi-chèvre mi-cougar - en jurant de revenir dimanche, jour du Seigneur ou pas il fallait que j'voye à quoi ressemblait celui qui allait m'faire des moutards, bon Dieu!!

Je l'ai entendu bougonner au loin: ”J'entends des voix maintenant... c'est qui cette Juliette Piétri?”
La cacophonie des meuglements, des barrissements, des piaillements et de plein d'autres trucs en ment avait repris.
C'était vraiment une belle arnaque leur hôtel Paradis!

 

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06 octobre 2018

Les zakouski pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Ce sont des petits mets variés, petits mais variés, aigres et salés et parfois avariés mais toujours petits et d'origine russe ou arménienne ou polonaise ou douteuse.
Le mot zakouski vient du verbe zakousit qui veut dire « croquer quelque chose, un bout de pain ou du lard ou les deux après avoir bu quelque chose, de l’alcool, de la vodka, du vermout, de l'eau de vie et puis c'est tout» c'est pourquoi on le résume par le mot zakouski.
On dit zakouski quand il y a plusieurs zakouska car on ne met jamais un 's' à zakouskas sauf ici pour montrer ce qu'il ne faut jamais faire.
Si on demande des zakouskas on aura un amuse-gueule c'est à dire pas grand chose ; par contre on peut mettre un 's' à zakouskis sans pour autant avoir plus de zakouski sans 's' qui est déjà le pluriel de zakouska.

Plus facile à manger qu'à écrire le zakouska est servi sur canapé ou banquette ou sofa ou divan mais jamais dans la même pièce que celle du repas principal puisque ce sont des hors-d'oeuvre.
On peut aussi le présenter sur un buffet mais à hauteur d'homme et de femme.
En cas d'excès de vodka il peut être servi sur pain noir beurré.
Vieux croûtons, patates, oies blanches, cornichons aigre-doux, tout le monde peut en manger.

A venir : Les zakouphènes pour les Nuls (et les sourds)

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29 septembre 2018

Le yoga pour les Nuls (Vegas sur sarthe)


Le yoga est un sport ennuyeux comme les échecs et le macramé.
Réservé aux femmes, aux retraités nantis, aux zinzins et à Madonna, le yoga ne muscle pas et surtout ne fait pas mincir.
Il se décline en 60 positions animalières comme le kama-sutra mais en solo, parmi lesquelles : le chien museau face au ciel, l'aigle bec face au sol, la sauterelle face à rien, le pigeon, la vache qui rit, la cigogne, la tortue à l'envers, le héron à l'endroit et quelques autres animaux que Noé embarqua sur son arche. (Voir Navasana, posture du bateau)
Pour chaque position, trois éléments sont essentiels : un tapis et deux poumons ; en effet il faut savoir respirer c'est à dire inspirer puis expirer et ce à tour de rôle. On peut aussi aspirer le tapis.
Une séance de yoga se termine toujours par une phase de relaxation qui permet d'ouvrir ses chakras et son porte-feuille, elle est facturée au même tarif que la séance elle-même.
La relaxation permet de prendre conscience que son propre corps existe ainsi que son compte en banque.
On peut dire que le yoga est un sport ennuyeux et onéreux.
Lors du paiement, la formule de politesse « Namasté » signifie « Je te remercie. Reviens la semaine prochaine »
Le yoga apprend le geste minimum nécessaire pour extirper sa carte bleue de son étui : c'est Virasana, la posture du héros (agenouillé en retenant ses larmes)
La version du yoga pour les enfants s'appelle goya (demander Chantal à l'accueil) et est tout aussi ennuyeuse que la version adulte, aussi épargnerons-nous sa description à nos chères petites têtes blondes.

A suivre : Le prélèvement à la source pour les Nuls

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22 septembre 2018

Athéna et Grosminet (Vegas sur sarthe)


Pour la deuxième fois j'ai eu un mal de chien à l'emballer, la première fois c'était au café des Sports auprès d'un jukebox qui braillait du Mike Brant « Laisse moi t'aimer, gna gna gna»... et maintenant dans la cuisine:
Faut dire qu'il m'a fallu huit rouleaux de film alimentaire pour en faire le tour mais c'est surtout quand je lui ai fermé la bouche que j'ai pu conclure dans le calme.
Je n'ai pas l'habitude de faire ça et si je n'avais pas vu faire ce saucissonnage au cinéma je crois que j'aurais laissé tomber l'affaire.
Elle avait tellement insisté que je ne pouvais lui refuser ce qui semblait être un plaisir pour elle ou alors je n'avais rien compris à son désir.
Pour ma part – camouflage peluche noire et blanche avec masque de Grosminet – c'était un supplice que de dérouler 150 mètres de film étirable sur ma callipyge compagne d'un soir.
J'avais fini par la caler entre le frigo et la cuisinière afin qu'elle reste bien debout le temps que j'aille démarrer la deux chevaux... manquait plus qu'elle se pète le nez !
J'étais à la bourre – enfin, ça n'est pas ce que vous croyez – disons que je n'étais pas en avance.
Ils avaient dit que la soirée costumée commencerait à 21 heures précises et qu'il y aurait un gage pour les couples retardataires.
J'imaginais déjà un ou deux gages qui auraient ruiné mes espoirs de conquête, vu qu'on ne se connaissait que de la veille avec Germaine.

Quelle drôle d'idée que cette Athéna Debout ! J'avais bien entendu parler des Debout à l'époque de Bécassine et de Pandi Panda mais pas de cette Athena archaïque aux bras collés le long du corps comme une statue de bois... bref, j'avais accédé à sa requête et dévalisé la droguerie du coin.
Il me restait à caser mon xoanon à l'arrière de la deudeuche et filer à la salle des fêtes de Chaloux-Moulineux où se tenait le Concours de déguisements.
J'ai cru déceler un clin d'oeil chez Germaine quand je l'ai gerbée sur la banquette arrière... il faut dire que seuls ses yeux pouvaient bouger ; j'avais fait du bon boulot.
La deudeuche râlait et Germaine ronronnait, ou le contraire, pas facile de distinguer les deux grognements. Ma vieille bécane couinait souvent dans les virages aussi ne m'inquiétai-je qu'en arrivant au moment du déballage.
Germaine avait pris ce teint cireux qu'ont les pharaonnes dans leur sarcophage après quelques siècles d'enfermement...


Les gars du samu n'avaient jamais vu ça et on a commencé par les ranimer ! Finalement on a fait appel aux gars du département des Antiquités grecques du Louvre pour récupérer Germaine et la ramener à la vie, sinon c'était le camion de désincarcération des pompiers mais en beaucoup plus cher !
Deux cent couples subjugués et mal assortis – des Elvis, des Marylin, des Captain America et des Winnie l'Ourson – suivaient cet étrange strip-tease pendant que l'orchestre jouait , je vous le donne en mille du Mike Brant «Tout donné, tout repris»... c'était surréaliste, avec ce xoanon d'un quintal gesticulant et m'insultant sur des paroles affligeantes « Et me voilà comme en prison, je vais, je viens, je tourne en rond ».
Qui a écrit ce truc ? Monsieur Brant ?
L'aurait mieux fait de se lancer dans le parachutisme ou l'électroménager.

On a eu le premier prix, l'oeuvre intégrale des 47 titres officiels de Monsieur Brant et les félicitations du jury.
Germaine s'était calmée mais je mettrais ma main à couper que vingt ans plus tard, elle m'en veut encore.

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15 septembre 2018

Speed dating alambiqué (Vegas sur sarthe)


Quand j'ai invité Germaine dans ma garçonnière j'ai voulu l'épater en lui offrant mon meilleur viski.
« Tu veux un viski ?» ai-je demandé en ouverture car cette ouverture je la sentais bien.
Le nez sur son verre Germaine sentait tout autre chose :« C'est chelou, ça sent la punaise écrasée »
Je n'étais pas du tout d'accord avec elle car j'avais souvent écrasé des punaises sous mes charentaises sans que ça sente le whisky mais dans le cadre d'une ouverture il faut toujours faire semblant d'être d'accord.
« Tu peux juste t'humecter les lèvres... n'en prendre qu'un doigt » ai-je dit pour la rassurer même si en ouverture il ne faut jamais proposer un doigt, enfin pas tout de suite.
Elle s'humecta comme je l'ai dit, tira la langue et conclut : »Avec quoi y fabriquent ce machin si infect à avaler et qui sent la punaise écrabouillée ?»
J'expliquai qu'on le faisait avec des céréales, blé, maïs, orge, qu'il y en avait de bien pires car ce Glenfiddich était le meilleur viski que j'aie jamais bu, un viski qui vous fait parler écossais après trois verres.
Loin de moi l'idée de lui en faire boire trois verres bien que j'aurais aimé la voir un peu déchirée pour favoriser l'ouverture.
« Trois verres ! » s'écria t-elle « et pourquoi pas la bouteille » puis elle fronça les sourcils : »Si tu parles vraiment l'écossais alors comment tu dis viski en écossais ?»
Je rusai : »Je n'en ai jamais bu trois verres d'affilée alors je ne le parle pas mais ce que je sais c'est qu'on dit Scotch viski en écossais»
« Tu veux dire Scotch comme celui qui colle ? » s'esclaffa Germaine en reprenant une gorgée.
« Non, pas celui qui colle mais celui qui déchire » ai-je répondu en voulant faire de l'esprit.
«Tout ça m'a l'air bien compliqué » grommela Germaine.
« Pas compliqué mais alambiqué » ajoutai-je toujours pour faire de l'esprit.
Germaine fronça à nouveau les sourcils qu'elle avait déjà bien froncés : »Pourquoi alambiqué ? »
L'affaire se compliquait : »Alambiqué... Alambic... Distillation » développai-je.
Dans les brumes d'alcool Germaine avait repris une lampée de scotch en faisant claquer sa langue. Je commençais à aimer ce moment d'ouverture.
Pourquoi en ai-je remis une couche sur l'alambic ? « Sais-tu Germaine que la cuve d'un alambic doit se culotter pendant dix ans et qu'elle peut servir trente ans ? »
Le feu aux  joues Germaine terminait bravement son verre cul sec : »A propos est-ce vrai ce qu'on dit... que les écossais ne portent pas de culotte sous leur kilt ? »
J'hésitais entre bafouiller et temporiser. Je lui servis un second verre en disant : »C'est une question qui intrigue d'abord les femmes ; certaines fantasment jusqu'à imaginer voir surgir le monstre du Loch Ness »
Lui avais-je cloué le bec ou était-ce l'effet de l'alcool ?
Germaine descendait le second verre à petites lampées bruyantes; à quoi bon lui parler de malt, de tourbe et de brassage.
J'abordai quand même le chapitre de l'évaporation lors du vieillissement en fût, ce qu'on appelle poétiquement la part des anges.
Germaine trouvait l'expression adorable et buvait mes paroles à défaut de viski dans son verre vide.
Je n'eus pas le loisir de l'entendre parler écossais car avant le troisième verre nous avons basculé sur le canapé pour nous déguster mutuellement.
Les puristes vous diront que briser la glace endort les papilles; pour nous deux ça ne fut pas le cas, si le premier nez fut hésitant l'attaque en bouche fut franche et l'alchimie des plus savoureuses.

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08 septembre 2018

P'tite balade (Vegas sur sarthe)


« Tu f'rais pas une p'tite balade, minou ? »
Pour une fois que Germaine me propose une sortie digestive, je file illico au placard à chaussures et reviens équipé de mes Adidas Ultraboost.
« N'importe quoi! Celles-ci c'est pour la rando... dis pas qu't'as rien d'autre à t'mettre»
Retour au placard où j'échange mes Adidas pour des Scott Backcountry, mon dernier cadeau d'anniversaire.
« Tu l'fais exprès ? Ça c'est celles que tu mets pour les excursions»
« Ah ? Parce qu'on a déjà fait une excursion ? »
« Oui Môssieur, même deux... à Vierzon puis Vesoul, je voulais voir ta mère et on a vu ta sœur, comme toujours! Trouve autre chose»
Du coup je me sens comme une brêle ; retour au placard où j'abandonne mes Scott spéciales excursion chez ma soeur pour enfiler mes vieilles Asics, cadeau de fête des pères alors que je n'ai pas d'enfants.
« On va pas en promenade mon vieux, juste une petite balade si tu arrives à te chausser convenablement ! »
Pour le convenablement , prière de voir dans ce foutu placard : je plonge dans les cinquante huit paires de chaussures de Germaine pour retrouver mes mocassins à glands dénichés sur le Bon Coin, cadeau de moi-même à  moi-même.
« Tu veux vraiment m'faire honte ! On n'est pas en sortie, on dirait que t'as rien à t'mettre ! »
Quatrième retour au placard où j'écarte les rangers de randonnée, préférant les sandales nubuck et nylon – 25 euros chez H&M, la troisième chaussure offerte – dernière démarque des dernières soldes et dernière possibilité de me chausser à part mes charentaises !
« T'as vraiment décidé d'm'énerver. Dis-le si tu veux pas sortir ! »
« Quoi ? C'est pas fait pour les petites balades, ça ? »
« Non Môssieur ! Ca c'est pour les virées »
Je tente de ruser mais ça ne marchera jamais.
« Et tu préfères pas plutôt faire une petite virée ? »
« Non ! J'avais envie d'une balade mais je sais c'que tu penses de mes envies... »
Je m'inspirerais bien de ce qu'elle a mis à ses pieds mais elle est encore en mules de pilou-pilou, mon cadeau de fête des mères alors qu'elle n'a pas d'enfants.
Pour la dernière fois, je retourne au placard et reviens en charentaises, cadeau gagné à un concours de sudoku.
Pas besoin d'explications, j'espère que le message est clair.
De toute manière ça va être l'heure de ses Feux de l'amour et le canapé lui tend les bras...

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01 septembre 2018

Délice des îles (Vegas sur sarthe)


Quand j'ai rencontré Germaine, elle jouait du ukulélé dans la batterie fanfare de Chalou Moulineux, autant dire qu'on l'entendait peu mais c'est son port de tête et sa choucroute à la Bardot qui avaient retenu mon attention, plus que sa guitarounette à quatre cordes.
La sienne était un soprano de quatorze pouces avec des cordes en boyaux de mouton mais c'est sa taille de guêpe et son mollet ferme qui m'avaient séduit avant tout ; elle aurait joué du fifre ou de la grosse caisse que j'en aurais été tout autant épris.
On s'est tout de suite accordés... en do sixième – sol, do, mi, la – l'accordage standard du ukulélé hawaiien alors que je n'avais jamais su jouer que « Les portes du pénitencier » sur mon harmonica.
Je jouais comme un manche et un autre monde s'offrait à moi ; j'avais du mal à imaginer en l'écoutant jouer « Singing in the rain » le soir dans le lit conjugal que Jimi Hendrix et Neil Young avaient commencé comme ça !
Je dormais dans le lit d'une pop star... du moins l'ai-je cru au début.

Car les années ont passé, le ioukoulélé s'est endormi au placard et moi aussi. Germaine avait troqué sa choucroute Bardot contre un balayage tendance et s'était abonnée aux Feux de l'amour sur TF1 et sur canapé...   
La routine avait eu raison de la magie hawaiienne tout comme les éclairs au chocolat de la taille de guêpe de Germaine.

Je fais des efforts et « Over the rainbow » tourne en boucle sur la platine – Israel Kamakawiwo'ole, imprononçable et inoubliable –  mais Germaine attend Adam et Chelsea qui devraient refaire l'amour dans l'épisode 7517 à moins que ça ne soit Hilary et Devon... et nous deux dans tout ça?
J'avais inscrit Germaine a un cours de danse hawaiienne dont l'intitulé m'avait séduit : Le hula, Délice des îles ou comment bien maigrir mais elle m'a jeté le dépliant au visage... j'avais dû mal choisir mon horaire, mais je ne m'avoue pas vaincu pour autant.

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25 août 2018

L'arc-en-ciel pour les Nuls (Vegas sur sarthe)

 

Un arc-en-ciel est une illusion d'optique formée de trois mots reliés par des traits d'union et de sept couleurs qui forment un arc dans le ciel d'où son nom.

Pour l'observer on a besoin à la fois de pluie et de soleil et donc d'un parapluie, d'un parasol et de deux yeux au minimum.

On dit qu'un arc-en-ciel est beau mais au bout d'un quart d'heure d'observation tout le monde s'en fout comme c'est le cas pour toutes les choses qui durent trop longtemps c'est pourquoi il ne dure jamais longtemps.

Aristote n'y voyait que 3 couleurs quand plus tard Plutarque en voyait quatre alors que Newton qui en voyait six en a rajouté une septième - l'indigo - pour faire le malin et pour correspondre aux sept notes de la gamme.

Plus tard ces sept notes permettront de créer la chanson mythique Over the rainbow et ses paroles inquiétantes comme « Quelque part au-delà de l'arc-en-ciel Là où les soucis fondent comme des sorbets citron volent des merles bleus » (Fin de la fumette)

 

L'arc-en-ciel en noir et blanc n'existe pas sauf pour les observateurs atteints d'achromatopsie.

L'ordre des sept couleurs se retient grâce à un moyen mnémotechnique comme celui-ci : Regardes Obélix. J'ai vu bataille ici. Va, soit Rouge Orange Jaune Vert Bleu Indigo Violet.

A noter que cela fonctionne bien avec Obélix mais pas avec Asterix.

 

Pour observer un arc-en-ciel de nuit à la lumière de la lune on a besoin à la fois de pluie et de lune et donc d'un parapluie, d'un paralune et de deux yeux au minimum. Les anglais l'appellent « moonbow » car ils ne savent rien faire comme tout le monde.

On peut créer soi-même son arc-en-ciel en arrosant son jardin ; pour cela il faut se munir d'un jardin, d'un arrosoir, se tenir le dos au soleil en arrosant en pluie fine ; on peut aussi arroser n'importe quoi ou n'importe qui.

Quand l'arrosoir est vide, on le plaint car l'arc-en-ciel se termine et cette chronique aussi.

 

 

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18 août 2018

David Albert Lynch (Vegas sur sarthe)


Comment Germaine avait-elle fait pour m'entraîner dans le grenier familial ?
C'est fou ce qu'on peut garder comme cochonneries dans ces musées de vieilleries qui sentent le vieux cuir et le patchouli.  
En éternuant je sortis la croûte de l'étui poussiéreux qu'elle m'avait désigné d'un doigt tremblant; la tête abandonnée sur mon épaule, Germaine défaillait et pour une fois ne disait rien, ce qui mérite d'être souligné.
La toile apparut et je poussai un sifflement admiratif :"Tes vieux se sont pas fichus d'toi, ma poule"
"C'est tout c'qui m'reste d'elle" souffla t-elle et elle ajouta avant de s'évanouir : "M'man était belle, hein ?"

Ses pâmoisons ne duraient jamais longtemps, dans dix secondes j'allais savoir ; je demandai : "C'est qui qu't'appelles M'man ?"
"Ben ma mère, Paulette... ta belle-mère quoi! Tu r'connais pas ta belle-mère ?"
Les deux femmes du portrait évoquaient plus des gourgandines en goguette que des mères de famille.
Si j'avais rencontré une belle-mère comme ça, je m'en serais souvenu, je n'aurais même pas eu un regard pour sa fille et donc elle n'aurait pas pu être ma belle-mère et bref... tout ça commençait à me prendre le chou.
"Ta mère... ma belle-mère... c'est la rousse qui pose masquée ?"
Germaine avait vite repris des couleurs : "Mais non! Elle est en blanc dans sa robe de mariée en satin avec les perles assorties, celle-là même que j'ai portée à mon tour pour notre mariage mais Môssieur était bien trop pressé de m'la retirer pour s'en souvenir aujourd'hui !"
Elle sanglotait.
Là, Môssieur n'avait plus qu'à s'raccrocher aux branches pour ne pas s'enfoncer un peu plus comme d'habitude : "Maint'nant que tu l'dis, c'est vrai qu'vous vous ressemblez... elle était vachement belle à l'époque"
C'est vrai que le "à l'époque" était de trop mais c'était la vérité et puis j'ai jamais su me raccrocher aux branches.
"Normal" lança t-elle, furibonde "c'était la Belle Epoque"
Il fallait faire diversion : "et la grande rouquine qui s'cache derrière alors ?"
"Oh celle-là c'était l'Angèle Lupin, une copine d'enfance mais on n'a pas l'droit d'en parler vu qu'elle avait débauché mon père"
J'insistai pourtant : "Lupin, d'la famille d'Arsène Lupin ?"
Germaine me dévisageait : "Pourquoi ? Toi aussi tu connais une Lupin ?"
"Non, chérie... c'est juste à cause du masque, ça fait ringard, limite chelou"
Germaine explosa : "Chelou ? Un Lynch chelou ? Tu réalises que t'es devant un Lynch ?"
Je poussai un second sifflement admiratif : "Lynch ? Celui qu'a fait Elephant Man ? J'te crois pas... ta mère a fréquenté David Lynch, elle qu'avait jamais quitté Chateauroux ?"
Comme moi, Germaine s'était arrêtée de respirer.
Elle astiqua ses lunettes et se pencha sur le tableau, y cherchant la signature de celui qui avait immortalisé la sublime Paulette et la mystérieuse rouquine Angèle Lupin briseuse de couples.
"Albert Lynch !" hurla t-elle "Albert... pas David"
J'étais pourtant sûr que Lynch se prénommait David et je sentis qu'on allait encore se prendre la tête pour rien, déjà que son Angèle n'était pas une vraie Lupin, de la vraie famille de détrousseurs mondains.
J'avais du mal à imaginer Lynch barbouillant des toiles et encore moins pour des modèles comme ma belle-mère et sa rivale.
Germaine revenait à la charge : "Et le chapeau ? Tu t'souviens au moins d'mon chapeau à plume ? Tu l'avais rajouté dans ma corbeille avec la jarretière pour faire monter les enchères! Dès ce moment-là j'ai cerné l'bonhomme que j'épousais!"
Le bonhomme  – c'est à dire moi – se souvenait surtout du mousseux éventé de chez Félix Potin, des chaussures André trop neuves et de l'accordéoniste, de ses canards et de sa danse des canards... et trop peu de sa belle-mère.
On dit qu'avant d'épouser une femme il faut regarder sa mère ; on dit aussi que le mariage est la première cause de divorce mais on n'en était pas tout à fait là avec Germaine.
Des farfelus ont même inventé une météo des mariages, mariage pluvieux, venteux ou soleilleux comme si l'érection du mercure dans le thermomètre garantissait un bonheur durable et sans nuages!
Le bonhomme n'avait plus qu'une envie, remballer le Lynch, la belle-doche et la rouquine ravageuse et aller faire un tour au parc.
J'aime bien les tours au parc, on y réfléchit sur soi, sur l'autre et sur les autres ; on s'assied côte à côte cinq minutes pour regarder bouffer deux pigeons idiots et ces jeunes couples aussi idiots qui s'bécotent sans voir les pigeons. J'crois qu'c'est un poète qui raconte ça... Mistral ou Mistral Gagnant, ou Brassens, un nom comme ça.

Bon, fallait faire retomber la pression, désamorcer le conflit alors j'ai enlacé Germaine en ajoutant : "T'as raison ma poule, il était doué ce David Albert Lynch mais il aurait tout aussi bien pu les filmer"


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23 juin 2018

Parce qu'on le schtroumpfe bien (Vegas sur sarthe)


Troupch
Non

Choump
Non

Tourch
Non

Proutch
Non

Chtourm
Non

Schmourf
Allez... Laisse tomber

Schtroumpf !
C'est trop tard

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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