17 février 2018

La rate au court-bouillon (Vegas sur sarthe)


"Alors, qu'est-ce qui vous amène Monsieur Vegas ?"
"Un 18, Docteur"
"Oui, je sais... vous m'avez déjà fait le coup la dernière fois. Et à part l'autobus, qu'est-ce qui vous amène ?"
"Je m'fais de la bile, Docteur"
"C'est normal, nous sommes au XXIème siècle. Vous ne voudriez pas avoir le moral quand même ?"
"Oui mais j'ai la bile bien noire"
"Elle est noire, noire ?"
"Je ne savais pas qu'il existait différents noirs. Toujours est-il qu'elle n'est pas blanche"
"Je vous explique: Si elle est noire vous faites de la mélancolie et si elle est noire, noire vous êtes hypocondriaque"
"Euh... et c'est quoi le mieux, Docteur ?"
"Le mieux c'est de ne rien avoir, mais je serais au chômage. Alors vous allez vous mettre au régime de la rate au court-bouillon, vous m'en direz des nouvelles! Ma mère faisait ça avec une branche de céleri et du laurier avec..."
"C'est à dire qu'à la maison c'est Germaine qui cuisine et surtout pas moi"
"Et où est le problème, Monsieur Vegas ?"
"La spécialité de Germaine c'est le foie de veau au vinaigre balsamique. Voyez-vous, elle caramélise au sucre avant de déglacer ce qui fait que..."
"D'accord ! Je ne mets pas en doute ses talents culinaires et..."
"Vous avez bien raison Docteur. Celui qui critique la cuisine de Germaine est un homme mort car quand elle est de mauvaise humeur..."
"Ah ? Elle aussi a des soucis de rate ?"
"Non Docteur. Pas de rate, c'est du foie, elle le fait tremper la veille dans du lait pour qu'il soit moelleux et..."
"D'accord ! On va devoir transiger... vous lui demanderez de vous cuisiner une rate au vinaigre balsamique en remplaçant le vinaigre balsamique par un court-bouillon"
"Bon... et comme accompagnement, Docteur ?"
"L'accompagnement habituel Monsieur Vegas... ordonnance, carte vitale, sécu et mutuelle"
"Euh... je voulais dire... on mange quoi avec votre rate ?"
"Ah... des rattes du Touquet, par exemple"
"C'est mieux au Touquet ?"
"Non. Vous les mangez chez vous tout simplement mais en gardant la peau, c'est plus facile"
"Ca m'arrange, Docteur. On n'a pas de bon dermato dans le quartier... ou alors il faut prendre le 25"
"Je vois, Monsieur Vegas. Gardez le 18, comme d'habitude et transmettez mes hommages à Madame Vegas"

 

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10 février 2018

Le zébu pour les Nuls... et les bois-sans-soif (Vegas sur sarthe)

 

Le zébu est un bovidé mais il est plus beau encore quand il n'est pas vidé.
Quand il est vidé on l'appelle romazava ou plus simplement pot-au-feu ou encore le ravitoto qui ravit Toto et tout le monde. 

Le zébu descend de l'auroch et des pentes de l'Himalaya, comme le yéti.
C'est à la fois un sacré animal d'un côté et un animal sacré d'un autre côté puisqu'il possède deux côtés.
Né en Inde il serait arrivé en Afrique par l'Egypte ou l'Ethiopie ou la Somalie ou par les Arabes ou par des missionnaires italiens ou des tirailleurs sénégalais... mais ils ne sont jamais arrivés à pied par la Chine contrairement à ce qu'affirme une célèbre contrepéterie. 

Si ses oreilles sont grandes et pendantes elles s'arrêtent au bout d'un moment comme la queue du chat.
La peau de son cou est flasque et lui sert de chasse-mouches, de chasse-taons, de chasse-neige et de chasse-bestioles-en-général.
La corne du zébu sert à faire des manches de couteau qui servent eux-mêmes à vider les bovidés: on appelle ça la chaîne alimentaire.
Si la bosse du zébu est pendante on l'offre malgré tout aux parents de la mariée pour exorciser l'éventuelle impuissance du futur époux. 

Le zébu est un animal domestique comme l'homme et ceci depuis Adam et le serpent. 

A Madagascar le "savika" ou corrida malgache est pratiqué par des "zébus boys"; on y pratique aussi le vol de zébu – car il est très convoité – mais à basse altitude. On a constaté que le vol de zébus de moins de 300 kilos est plus gracieux. 

Le zébu vaut 15 points au scrabble alors que le chameau qui possède deux fois plus de bosses ne vaut que 13 points; c'est pourquoi on dit que la valeur n'attend point le nombre de bosses. 

Quand un zébu croise un yak qui fait 21 points au scrabble, on appelle ça faire zopiok; le zopiok est un hybride comme le Volveau ou le Ford Taurus. 

Chez les Massaï, on mesure la richesse des familles au nombre de zébus, c'est à dire au nombre de quinzaines de points déposés à la banque du scrabble; on dit aussi que le zébu est l'attribut de la tribu. 

Le zébu sert à porter des choses très variées et avariées comme des vieux proverbes :
Tu ne mordras pas de zébu vivant, même si tu meurs de faim. 

Les zébus qui dorment ensemble ne se lèvent pas forcément en même temps, etc... 

Un zébu peut en cacher un autre 

Pour terminer, interrogeons nous sur le fait que le mot zébu est proche du mot début alors qu'il commence par la fin de l'alphabet... étrange, non ? 

 

Prochainement : Le chou de Bruxelles pour les Nuls

 

 

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03 février 2018

Yéti avec un Y (Vegas sur sarthe)

 

Germaine et moi on s'était chicanés à propos du yéti qui selon moi rapportait 13 points au scrabble alors qu'elle contestait mon 'y'... et puis on n'en a pas reparlé jusqu'à ce foutu week-end où j'avais emmené Madame s'oxygéner à Courchevel. 

De l'oxygène à 635€ si ça c'est pas un beau cadeau... pourtant elle avait fait la gueule au prétexte que les pistes bleues où elle apprend à descendre ne desservent pas le chalet où on sert le génépi et le vin chaud à volonté !
Bref ce soir-là je remontais de la station où j'étais allé nous chercher deux parts de tartiflette quand je l'ai entendue hurler avant même d'avoir ouvert la porte.
J'ai tout juste le temps de poser mes deux parts de tartiflette, la monnaie de mon billet de 50€ et de retirer mes après-skis, mes gants, mon écharpe et ma parka que la voilà se traînant en titubant vers la kitchenette, échevelée et le visage rubicond (en un mot) comme une combinaison de moniteur de l'ESF... 

"J'ai vu le iéti ! J'ai vu le iéti !" beugle t-elle en agitant les bras comme on a tenté de lui apprendre à le faire le matin même pour le planter-de-bâton mais là heureusement elle a oublié les bâtons.
Je lui demande de s'assagir, d'adopter la position chasse-neige – rapport au voisinage – puis de mettre des 'Y' à ses yétis pour qu'on comprenne mieux et c'est ce qu'elle fait en s'affalant sur le lit.
Pour 635€, n'imaginez pas qu'on puisse mettre le lit ailleurs que dans une kitchenette, bref.
Orthographiquement parlant, ses quatre mots se tiennent mais j'essaie de la convaincre qu'on trouve plus surement cette bestiole sur les plateaux de scrabble que sur ceux du Tibet, ce à quoi elle me répond "Puisque je te dis que j'ai vu un yéti comme je te vois, en chair et en os mais carrément plus poilu".
Le glabre que je suis écoute attentivement la description d'un répugnant homme des neiges – musclé comme Tarzan et à poils comme lui, éructant un patois local – qui aurait hésité selon Germaine entre sa vertu et un restant de reblochon abandonné sur la table.
Je scrute Germaine puis la table et – le restant de reblochon ayant disparu – j'en conclus que la vertu de Germaine n'a pas souffert; pourtant une touffe de longs poils ou plutôt de cheveux d'un roux incertain est restée collée sur sa joue et sème le doute dans mon esprit.
"Tu t'es battue avec lui, c'est ça ?"
"Non! Contre lui"
"Comment ça, contre lui ?"
"Ben... quand une montagne te tombe dessus, forcément tu peux pas faire autrement qu'être tout contre"
"Et il a eu... ce qu'il voulait, ton yéti ?"
Germaine regarde vers la porte-fenêtre grande ouverte :"S'il n'avait pas aimé le reblochon, j'imagine ce qu'il aurait goûté, mangé, dégusté, dévoré, dé..."
"Ca va, ça va... arrête d'imaginer et ne me fais surtout pas un dessin. Dis-moi qu'il a sauté"
"Sauté ? Puisque j't'ai dit qu'il ne m'a rien fait"
Je fulmine :"Il s'est barré par là ? Mais on est au troisième étage"
Germaine se recroqueville sur le lit : "Cette montagne de muscles bandés a sauté sans élan, sans même dire au revoir"
J'explose : "Parce qu'il t'avait dit bonjour ?"
Comme Germaine reste muette je vais à la fenêtre.
Trois étages plus bas dans la neige j'aperçois deux chaussures de ski abandonnées, deux immenses paquebots rouges !
Je reviens vers Germaine qui sanglote : "T'inquiète. Demain matin j'irai voir à l'école de ski s'il n'y aurait pas un moniteur rouquin qui chausse du 50..." 

 

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27 janvier 2018

Historia del vinagre (Vegas sur sarthe)

 

Il y a bien longtemps au sud de la Jalousie dans les méandres du Guadalquivir qui vire un coup à droite un coup à gauche, un vieux et noble vigneron nommé Palomino Xérès de la Frontera y Villaverde del Rio y Juan del Barapute – Jerez pour les intimes – rencontra lors de la fête des vendanges une "buena chica" aux yeux de velours, la belle Maria de Cadix de la belle province de Chica-Chica-Chic-Aye-Aye-Aye.
Il fallait la voir dans la cuve en tenue folklorique fouler la récolte de ses jolis pieds nus avec son beau sourire et son air engageant.
Jerez la trouva belle puisqu'elle l'était et qu'il n'avait pas les deux yeux dans le même sabot; aussi lui fit-il rapido-presto visiter ses chais de vin blanc car il n'existe pas d'estampes japonaises en Jalousie.
Il l'emmena donc à sa bodega où elle put constater ses beaux dégâts de visu mais "qu'importe le flacon" lui dit-elle – conquise tas d'or – on va se marida car je ne veux pas d'un amant et connaissant la musique elle ajouta Chica-Chica-Chic-Aye-Aye-Aye !
Jerez y mit deux conditions : "Tu cesseras ces Chica-Chica-Chic-Aye-Aye-Aye qui encombrent le récit et tu m'appelleras Mon sherry en toute circonstance" et c'est ce qu'elle fit car les circonstances ne manquaient pas en Jalousie.

Ayant convolé – surtout par avion – en justes noces aux quatre coins de la planète il fallut se résoudre à regagner la bodega.
Mais après six mois de fût, Jerez (dit Mon sherry) fut surpris quand la bise andalouse fut venue de constater que son vin avait tourné au vinaigre; il en fut amer, d'humeur noire limite balsamique et Maria en fut de même car elle faisait tout comme son sherry.
En Jalousie les langues vont bon train et Jerez accusa aussitôt son proche voisin – un certain Pedro y Dario Moreno ya Mustapha y BrigitteBardo – d'avoir gâté sa récolte en leur absence.
Il faut dire que Pedro lorgnait depuis longtemps sur Maria et avait vu ce mariage d'un mauvais oeil car à force de lorgner il en avait perdu un comme bien des hommes de Jalousie.

Par une nuit plus noire que les autres limite balsamique, Jerez organisa une expédition punitive sur les terres de son ennemi Pedro qui ne dormait que d'un oeil mais le mauvais.
Il lui perça ses cent fûts et s'en fut dans la nuit noire limite balsamique.

De retour à sa bodega il trouva la belle Maria en extase devant un gaspacho copieusement arrosé de leur vinaigre; "Vois cette couleur ambrée presque noire Mon sherry, goûte-moi cet arôme puissant et boisé Mon sherry, c'est une tuerie Mon sherry !" dit-elle en se pâmant.
Jerez – dit et redit Mon sherry – goûta, eut-il le temps de dire "What else ?" et se pâma lui aussi car il le valait bien.
Une fois dépâmés ils décidèrent d'appeler ce truc le vinaigre by Palomino Xérès de la Frontera y Villaverde del Rio y Juan del Barapute ou plus simplement le vinaigre de Xérès afin que l'appellation rentre sur les étiquettes des bouteilles... et ça rentra.
L'argent aussi rentra, ils firent fortune en pesetas et eurent beaucoup de niños et aussi de niñas pour respecter la parité et c'est tout.

 

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20 janvier 2018

Lauren Bancale (Vegas sur sarthe)

 

Source: Externe


"Le roi des trains, le train des rois" disait le dépliant en papier glacé de La Compagnie des Wagons-lits que Germaine me tendit d'une main tremblante.
Alors on l'a déplié comme on déplie une carte au trésor à Kho Lanta... Vienne, Bucarest, Istambul.
À la page des tarifs on a fait marche arrière pour revenir prudemment à la page Vienne.

Germaine se pâmait déjà, elle se voyait en peignoir brodé au sceau de la Compagnie, se glissant dans des draps de soie; moi je lorgnais sur les sanitaires en argent et les couverts en marbre ou le contraire...
Elle devait m'imaginer en Sean Connerie et moi je voyais Germaine en Lauren Bancale à cause du roulis et du tangage; elle aurait la nausée – comme d'habitude – peut-être irait-elle vômir son caviar après quoi on retournerait s'empiffrer une collation trois étoiles au Michelin.

Trois jours plus tard on était sur le quai avec notre petite valise devant la locomotive mais au XXIème siècle on doit dire motrice; les gens de La Compagnie en avaient mis deux, une à chaque bout sans doute pour sécuriser l'aller-retour.
Je n'ai pas vraiment réalisé lorsqu'un technicien nous a dit qu'une "motrice de TGV ça tire à 300 km/heure"...
À peine franchi le marchepied de notre wagon-lit j'ai dû me séparer de mes baskets et louer 150 euros une paire de souliers vernis trop petits pour moi; ici La Compagnie ne plaisante pas avec le "dressing code"... par contre le décolleté plongeant de Germaine ne semblait déranger personne.
C'est fou ce qu'il y a comme petit personnel dans ces train mythiques, et que des hommes!
Germaine avait bien vite investi notre cabine et s'était balancée sur le lit en déclamant "Ah... voir Vienne et mourir !"
"On dit Venise, ma bichette... pas Vienne" fis-je remarquer.
"L'Isère n'est quand même pas très loin de l'Italie" rétorqua t-elle avant que j'explique qu'on allait à Vienne en Autriche.
Elle parut sidérée... d'autant plus qu'un stewart nous apportait deux coupes de mousseux ou de champagne qu'on siffla en même temps que la loco... motrice.
L'Orient-Express s'ébranlait et moi aussi car le mouvement si sensuellement décrit par Agatha Christie me mit aussitôt des frénésies au creux des reins.
Comme j'allais me mettre en tenue adéquate à la salle de bains, Germaine poussa un cri terrible : "Y'a pas d'wifi ! "
Non, il n'y avait pas de wifi, pas d'internet, pas d'amis ni de followers, pas de copines à qui envoyer des selfies de nos ébats sur rail !
Je tentai de la calmer : "Tu devrais aller à la salle de bains, ma bichette... c'est que du marbre comme chez Leroy-Merlin et des robinets en or avec un lavabo encastré"
En effet Germaine s'encastra comme elle put entre le lavabo encastré et la porte qu'elle finit par refermer sur elle comme une huître.
"Une motrice de TGV ça tire à 300 km/heure..." avait dit le spécialiste locomoteur; c'est vrai qu'elle tirait vite, peut-être un peu trop à mon goût.

J'avais dû dormir longtemps et c'est le stewart qui me réveilla avec deux autres coupes de mousseux ou de champagne en m'annonçant que le service de restauration touchait à sa fin.
Je tambourinai à la porte du cabinet de toilettes.
"Je suis bientôt prête ! " bougonna Germaine que j'imaginais compactée, sandwichée dans l'étroit habitacle.
Soudain, dans un éclair je crus lire "Stuttgart" par la fenêtre ! Non, ce n'était possible, pas déjà.
La porte s'ouvrit... Germaine était effectivement comprimée mais dans ce fourreau en lamé qu'elle portait pour le mariage de mon oncle Hubert au siècle dernier.
Elle avait dressé ses cheveux en choucroute avec un petit air Lady Gaga plus que Lauren Bacall, bref elle était désirable comme on peut l'être quand le dîner vous est passé sous le nez et que le train file vers Vienne à la vitesse du son...
Je la poussais déjà sur le lit quand des haut-parleurs grésillèrent dans le couloir, un grésillement d'une époque révolue – inspiration Orient-Express – suivi d'une annonce des plus actuelles : "Mesdames, Messieurs, nous arrivons à destination dans quelques instants"
Germaine me claqua un gros baiser, me laissant déconfit sur le lit :" Et voilà, je suis fin prête pour aller danser !"
"Pour aller danser où çà ?"
"Et bien à Vienne... on est bien à Vienne, non ?"
J'ai pris la valise, récupéré mes baskets; j'allais avoir l'air malin à danser les valses viennoises en baskets !
"À nous, Beau Danube bleu" lança Germaine en descendant le marchepied.

Une heure plus tard nous franchissions majestueusement la porte des urgences de l'hôpital Semmelweis-Ignaz-Frauenklinik – recommandé par le Petit Futé – moi en baskets et Germaine à cloche pied.
Comme il est compliqué de danser la valse avec une double fracture tibia-péroné, nous avons été rapatriés le lendemain en avion sanitaire.
L'avion sanitaire c'est moins raffiné qu'un "sleeping" en Orient-Express mais au moins le plateau repas est assuré et le personnel est féminin...

 

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13 janvier 2018

Arbre à came et force centripète (Vegas sur sarthe)


J'emmenais Germaine en week-end à La Baule "for the first time" quand à peine sortis de La Garenne-Colombes j'ai entendu un bruit anormal sous le capot de ma Passat TDI Bluemotion de 1982.
J'ai levé le pied en demandant sans espérer une réponse de ma passagère : "Tu trouves pas qu'ça manque de couple ?"
Incrédule, Germaine m'a regardé et a quand même répondu : "J'sais pas... ça fait qu'une semaine qu'on est ensemble"
Visiblement ses notions de couple moteur se limitaient à des supputations conjugales aussi n'entrai-je pas dans les détails de la transformation du va-et-vient linéaire en mouvement rotatif qui nous auraient emmené sur un terrain scabreux peu productif dans l'instant présent... et susceptible de tacher ma banquette arrière en cuir à massage ventilé.
Puisqu'il y avait urgence j'ai stoppé sur la bande d'arrêt du même nom, celle qui vous garantit deux minutes trente de survie par temps clair.
"On va ménager l'arbre à came" dis-je en soupirant.
Germaine ouvrait des yeux ronds : "T'en as? J'osais pas te d'mander..."
J'ai répondu mécaniquement : "On fume pas dans ma voiture"
Cette fois c'est Germaine qui s'est mise à soupirer.
A quoi bon lui parler de l'utilité du système bielle-manivelle et de la force centripète ?
J'avais fini par parler tout haut malgré moi.
"La force centripète" a t-elle répété "c'est donc ça l'odeur ? J'osais pas te d'mander..."
Ca faisait deux fois en une semaine qu'elle n'osait pas me d'mander... et ça commençait à faire beaucoup.
Alors je me suis écrasé à propos de l'excentricité des manetons, de l'alésage des pistons et du poids des masselottes.
A quoi ça servait que le type de Passat y se décarcasse à faire une TDI Bluemotion ?
J'avais joué la sécurité en prenant un moteur en V avec une bielle "maîtresse" articulée sur le maneton, et une bielle "secondaire" articulée sur la bielle maîtresse.
Malencontreusement j'avais pensé à voix haute!
"C'est ça! T'as une maîtresse! J'aurais dû m'en douter" a t-elle explosé en labourant de ses griffes manucurées son siège en cuir à massage ventilé.

J'ai tenté de calmer le jeu : "J'ai parlé d'une bielle maîtresse, Bichette, pas d'une vieille maîtresse... et si je devais en avoir une, ça ne serait pas une vieille"
Je m'enfonçais lamentablement.
"Tu vois, t'avoues que t'as une maîtresse, mufle !" rugit-elle en attaquant l'airbag passager, la seule chose à ne pas attaquer sur une Passat TDI Bluemotion de 1982 !

J'ai réalisé que dans le cycle admission, combustion/détente, compression, échappement on était plus près de la combustion et de l'échappement que de la détente... mais quand l'airbag lui a explosé dans la tronche, le silence est revenu.
Je devais dire quelque chose à tout prix : "ça doit v'nir du vilebrequin".
Elle était furax, bien comprimée mais furax : "Bien sûr, c'est toujours la faute des autres avec toi, c'est qui ce vil Brequin... ou plus surement cette vile Brequin ?"
Je lui ai tendu un kleenex: le sang séché sur du cuir lacéré ça coûte un bras.
Germaine pleurnichait doucement alors j'ai remis le moteur en route : "Tu veux pas sortir écouter le moteur , Bichette ?"
Pas facile de sortir avec une montgolfière qui s'est invitée entre le pare-brise et le siège, alors j'ai poussé... pas Germaine mais le moteur pour entendre rugir mon vieux tigre.

Finalement Germaine est sortie au moment où passait un gros routier sympa, les gros routiers sont souvent sympa, pas les chétifs bizarrement.
Celui-là a pris Germaine, enfin je crois puisque je ne l'ai pas retrouvée.
J'ai repris la route direction La Garenne-Colombes et l'atelier de mon garagiste Mr Lapin; oui je sais, un Lapin à La Garenne ça fait rire mais j'sais pas pourquoi.
Et le verdict est tombé en même temps que ma mâchoire : "C'est l'vibrequin, M'sieur Vegas" et il a ajouté "c'est l'problème sur les moteurs en V avec une bielle maîtresse articulée sur le maneton, et une bielle secondaire articulée sur la bielle maîtresse"
J'ai répondu machinalement : "Une vieille maîtresse ça doit être plus fiable, même avec des heures de route"
Mr Lapin a ouvert des yeux ronds : "Sans vilebrequin on avance moins vite"

J'avais pas compris que c'était de l'humour, j'ai osé demander : "Vous auriez pas une voiture sans vilebrequin, des fois ?"
Il se gratta la tête, les garagistes se grattent souvent la tête, allergie à la graisse sans doute : "Pour ça faudrait passer à l'électrique, M'sieur Vegas"
"A l'électrique? Vous en avez là pour voir ?" ai-je demandé.
Il m'a tapé sur l'épaule comme si on était potes alors qu'il était juste le docteur de ma vieille Passat malade du vilebrequin.
"Essayez Zoé, elle est libre" a t-il dit avec un clin d'oeil malicieux "elle est facile, pas exigeante et surtout silencieuse"
Je m'demandais si elle serait plus silencieuse et moins exigeante que Germaine.
J'ai dit bêtement : "D'accord, si elle veut bien..."
Mr Lapin m'a regardé bizarrement : "Elle est prête, elle est là sur le trottoir"
Je sais pas c'qu'y m'a pris, j'ai déguerpi... les putes c'est pas mon truc.

 

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06 janvier 2018

Germaine et Germain (Vegas sur sarthe)


Quand j'ai rencontré Germaine, elle était au four et au moulin... j'aurais dû me douter que ça n'allait pas être de la tarte et qu'elle me roulerait dans la farine.
Elle m'avoua plus tard que ce jour-là – en cuniculicultrice chevronnée – elle courait deux lièvres à la fois et que j'avais été le plus lent des deux!
Moi, lent ? Y'avait pas plus chaud lapin dans le canton.
Fréquenter une cuniculicultrice... rien que ce mot me faisait saliver !
Comme un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, on s'est vite mariés à saint Pierre et à Miquelon. Je me serais bien passé de deux mariages surtout qu'à midi et à quatorze heures on se les gelait ferme, surtout moi.
D'ailleurs je n'ai rien vu, mais Germaine voyait pour deux, elle disait que c'était de l'ubiquité et qu'elle était tombée dedans toute petite à Pâques et à la Trinité... sur les deux îles à la fois!
J'ignore comment elle faisait, moi qui n'avais jamais su pisser dans Jacob et Delafon simultanément.
En plus de ça elle était atteinte de dédoublement de la personnalité; je m'en suis rendu compte quand une nuit elle m'a demandé de l'appeler Germain !
Dès le lendemain j'ai entamé une procédure de divorce, ou plutôt deux procédures de divorce pour être tout à fait sûr.
Parait qu'on ne peut pas divorcer deux fois en même temps... c'est ce que m'ont expliqué les deux cougars du guichet n°3 du bureau de l'état civil de La Garenne-Colombes.
Oui, on habite La Garenne-Colombes, c'est encore une trouvaille de Germaine : La Garenne pour moi le chaud lapin et Colombes pour mes colombes... enfin pour Germaine ma colombe et Germain mon pigeon.
Finalement je leur ai construit une volière, une volière de chez Casto, là où y'a tout c'qui faut...
J'espère juste une chose c'est qu'ils ne se reproduisent pas, la consanguinité et la schizophrénie ça ne doit pas donner grand chose de bon.
Aujourd'hui je me sens bien, je n'ai plus besoin de faire à la fois le Père Noël et le Père Fouettard pour plaire à Madame... juste une poignée de graines mélangées de chez Animalys chaque matin et le tour est joué.

 

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30 décembre 2017

Liturgie macho (Vegas sur sarthe)


"Hé Cindy, t'as déjà secoué l'encensoir ?"
"J'ai plus cinq ans, j'suis pucelle que tu croives"
"J'te d'mande si t'as déjà manipulé un encensoir"
"Euh... c'est quoi c't'embrouille ?"
"C'est une boîte à fumée où c'est qu'on brûle de l'encens"
"Et c'est quoi l'an cent?"
"C'est comme la résine de canne à bisse mais c'est légal passeque c'est garanti par l'église, c'est un truc qui cocotte grave et qui fume et qu'on fait monter au ciel pour donner d'l'odeur aux prières"
"Passque tu fais des prières, maint'nant ?"
"Non... pas moi, moi j'fais juste le naviculaire"
"Le navi quoi ?"
"Tu f'ras l'thuriféraire pendant que j'f'rai l'naviculaire"
"J'comprends que dalle à c'que tu dis"
"C'est simple! Not' curé cherche deux volontaires pour la messe de minuit... c'est bien payé"
"C'est quoi un avis culaire ?"
"C'est çui qui porte la navette"
"La navette... comme la chevillette ou la bobinette du chap'ron rouge ?"
"Mais non! C'est une boîte à coucou où c'est qu'y a l'encens qu'on met dans l'encensoir pour le faire crâmer"
"Si j'comprends bien, j'vais secouer ce Jean-François qui fume et qui pue pendant qu'tu tiendras juste la p'tite boîte et on s'ra payé pareil ?"
"C'est l'geste qui compte ma vieille et pis c'est Noël"
"J'm'en balance de ton transplantoir!"
"Justement, c'est l'balancement qu'est essentiel"
"Et y faudra l'secouer combien d'fois ton assesseur ?"
"D'abord à la procession et pis avant les vangiles et pis à l'Offre-toi et pis à la consécrétion et pis c'est tout. Tu l'agites trois fois deux coups ou trois fois trois coups, ça dépend"
"Euh... ça dépend d'quoi ?"
"T'inquiète, le curé compte pas les coups, pourvu qu'y lui en reste un peu pour soigner son asthme"
"Passque l'curé est asthmatique en plus ?"
"Ouais, les curés sont pas à l'abri, tu vois..."
"En tout cas j'préfère faire le naviculaire si ça t'déranges pas"
"C'est pas qu'ça m'dérange mais ça va pas êt' possible, rapport au feu"
"Quel feu ?"
"Ben les allumettes pour allumer l'encens dans la navette"
"Et c'est quoi le problème avec les allumettes ?"
"Ben les allumettes, c'est une affaire d'homme"
"Tu sais pas... t'iras t'secouer l'ascenseur tout seul !!"

 

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23 décembre 2017

Sus, lapsus et collapsus (Vegas sur sarthe)



"Hâtez-vous docteur" suppliait Firmin le majordome "notre bonne a ses vapeurs"
Encore essoufflé de sa course, le docteur Lapalisse se pencha sur le corps abandonné au sol pour déclarer : "Elle a perdu connaissance"
"Comment peut-elle perdre ce qu'elle possède si peu ?" fit remarquer Madame sur un ton sarcastique.
L'éminent docteur tenta de rassurer : "Si c'est une syncope vagale, cela ne devrait pas durer longtemps"
"J'y compte bien" rétorqua Madame "il est si difficile de nos jours de conserver son petit personnel"
"Sinon, il faudra chercher ailleurs" répondit l'homme de sciences.
Chercher ailleurs! On voit bien qu'il n'emploie pas de gens se dit Madame.
Comme la bonne restait sans connaissance – confirmant les dires de Madame – le docteur Lapalisse ajouta : "Il peut s'agir d'une hypoxie brutale... d'une apnée"
"Pourquoi aurait-elle fait une apnée ?" aboya Madame en s'adressant à Firmin "on n'est pas bien traité, céans ?"

Gêné, Firmin balbutia: "Hum... quand je l'ai trouvée, Madame... elle avait encore en bouche le... comment vous dire... l'instrument de Monsieur"
Dans le boudoir attenant, Monsieur remettait à la hâte de l'ordre dans son habit.

"Vous viendrez me voir, cher ami" tonna Madame, le regard noir et les poings crispés.
Le docteur Lapalisse crut bon de couper court : "Il faudrait la ventiler"
"Ce sera aisé" dit Madame "elle est déjà amplement dépoitraillée!"
Finalement la bonne dépoitraillée sans connaissances bougea un peu et déjà son teint cireux virait au rose pâle.

Le docteur Lapalisse lui prit le pouls et colla son oreille sur un sein accueillant, s'y assoupit longuement puis se releva pour déclarer :"Il s'agit d'un collapsus, d'une diminution des forces avec baisse de la pression artérielle, autrement dit d'une pâmoison"
"Une horrible pâmoison" ricana Madame "elle aura sans doute trop astiqué l'argenterie... ou quelque bijou de famille ou bien elle aura chuté du haut de l'armoire"
La bonne pâmée sans connaissances reprenait petit à petit ses esprits, jetant des regards de droite et de gauche, évaluant la scène.
Comme elle faisait mine de se relever, Monsieur intervint pour l'aider mais un malencontreux croche-pied le projeta dans les bras du docteur Lapalisse.
"Docteur" minauda Madame "aidez Monsieur avant qu'il ne se pâme à son tour" puis elle se pencha vers la bonne tout à fait désyncopée "Ma fille, vous passerez à l'office pour vous défaire de votre tablier, ce qui doit être chose aisée pour vous !"
Monsieur avait pâli à son tour et d'une démarche syncopée il reprit la direction du boudoir et de son armoire aux alcools à la recherche d'un brandy ou d'un vieux marc...
Comme la porte claquait violemment il se retourna en chancelant; affichant son regard des mauvais jours Madame fonçait sur lui.
"Vous avez renvoyé cette gourgandine" osa t-il d'une voix blanche sur un ton faussement affirmatif.
"Avec un soufflet en sus, mon cher! En sus!" ricana Madame "nous nous passerons désormais de bonne en espérant que Firmin ne soit pas lui aussi sujet au collapsus"

 

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16 décembre 2017

C'est vous qui voyez (Vegas sur sarthe) (379)

 

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 – Cette nuit, docteur... j'ai rêvé de rhododendron
 – De rhododendron?
 – Oui docteur, avec une hache et trois dés
 – Une 'h' et trois 'd', tout ça me parait orthographiquement normal
 – Et médicalement, ça vous parait comment, docteur?
 – C'est à dire que le rhododendron ne supporte pas le calcaire
 – Ah! Vous pensez que je devrais traiter mes canalisations?
 – Ça ne peut pas faire de mal mais pour l'enfouissement il faudrait prévoir un trou beaucoup plus grand avec de la terre de bruyère
 – Euh... je n'avais pas pensé à une mise en terre aussi rapide
 – Rien ne presse, monsieur... vous avez jusqu'à l'automne prochain pour creuser
 – ça me laisse peu de répit quand même. Et si je rêve d'un autre arbuste entre temps ?
 – C'est vous qui voyez, le rhododendron est particulièrement résistant aux maladies... enfin... c'est vous qui rêvez. Dans tous les cas il faudra soigner l'arrosage mais sans jamais laisser les pieds dans l'eau
 – Pour ce genre de cérémonie, dans ma famille on n'a jamais lésiné sur le champagne
 – C'est vous qui voyez, pourvu que vous enleviez tous les ans les parties fanées ou mortes
 – Je pensais qu'on fanait et qu'on mourrait d'un seul bloc, mais si vous dites qu'on peut choisir des parties...
 – On ne peut pas choisir monsieur, c'est la nature qui décide
 – Oui bien sûr
 – Au fait je ne vous ai pas demandé... il était de quelle couleur le rhododendron de votre rêve, si vous rêvez en couleur bien sûr ?
 – Rose saumon... et flammé de jaune orange
 – Alors c'est un Azor, monsieur. Vous auriez pu tomber plus mal
 – Euh... oui mais je n'ai aucun costume qui s'accorde avec du rose saumon
 – Dans votre cas le plus important pour l'harmonie des rêves c'est la couleur du pyjama
 – Euh... je dors nu, docteur
 – Je vois... il faudrait en discuter avec votre épouse
 – Oh vous savez... elle... les fleurs c'est le dernier de ses soucis
 – Le souci – sans vouloir vous alarmer – c'est froideur et cruauté
 – A qui le dites-vous docteur! Je préfère ne pas m'étendre et rester avec mes rhododendrons
 – C'est vous qui voyez
 – Bon et bien, ça va me coûter combien ?
 – Un Azor ordinaire c'est dans les 35 euros mais le rose saumon est plus...
 – Non docteur, je vous parlais du prix de la consultation
 – Je vais vous faire une fleur, aujourd'hui je ne vous demande rien
 – Euh... on va donc se revoir alors ?
 – C'est vous qui voyez
 – Vous m'avez rassuré !

 

 

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