07 octobre 2017

Le poumon (Vegas sur sarthe)

 

Pharmacie Diafoirus et Fils depuis 1674

 

"Monsieur?"
"Argan"
"Argan comme l'huile d'Argan?"
"Non... enfin, comme c'est écrit sur mon Billet Vital"
"Pardon mais je disais ça à cause de votre hypercholestérolémie et surtout cette affection du foie"
"Euh... à quoi voyez-vous que j'ai un problème au foie? On m'avait parlé de la rate"
"Sans être médecin il suffit de voir comme le blanc de votre oeil est jaune, Monsieur Argan"
"Il est vrai que Je sens de temps en temps des douleurs de tête"
"Hum... ça c'est plutôt Le poumon"
"Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux"
"Le poumon
vous dis-je"
"Si je vous avoue aussi que J'ai quelquefois des maux de coeur"
"Le poumon,
Monsieur Argan! Comment faut-il vous le dire? En vers?"
"Ah ne me parlez pas de vers, ça me provoque des coliques frénétiques! Mais je n'ai encore jamais consulté pour ce... comment dites-vous... poumon... j'ignorais d'ailleurs que j'en avais un"
"Deux, Monsieur Argan, vous avez deux poumons... à ce jour"
"C'est bien ma veine! Deux consultations et deux occasions de plus d'être malade"
"Vous éprouvez parfois le besoin de faire la sieste après le journal de treize heures?"
"Oui, chaque jour vers quatorze heures"
"Les poumons, Monsieur Argan!"
"Alors je suis condamné ? C'est ça, hein ?"
"Savez-vous cependant que certains malades se font crever l'oeil pour ne plus l'avoir jaune?"
"Euh... il y a peut-être des alternatives? Une poudre de perlimpinpin? Un lavement? On ne peut pas laisser mourir les gens, borgnes et malades à la fois du foie"

"Si ça peut vous rassurer Monsieur Argan, et parce que je vois défiler puis disparaître les clients à l'officine je vous avouerai que presque tous les gens meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies"
"Vous êtes sûr de ça?"
"Demandez à ma femme Angélique. Elle vous dira combien de clients nous avons perdus depuis le début de l'année; c'est une hécatombe"
"Angélique... comme cette racine qui soigne mon asthénie?"
"Non Monsieur Argan, Angélique Apiacée, épouse Diafoirus.
Ma jeune femme est bouchère de formation et n'a pas son pareil pour les saignées"
"Hum... je me sens déjà moins mal et je vais prendre congé avant que mes douleurs de tête ne me reprennent"
"C'est vous qui voyez, Monsieur Argan... n'oubliez pas votre Billet Vital"

 

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30 septembre 2017

E pericoloso sporgersi (Vegas sur sarthe)

 

En ce 2 juin 1896 dans le train qui le ramenait d'Angleterre vers son Italie natale, le jeune Guglielmo se sentait bien triste et incompris.
Si le gouvernement italien n'avait vu aucun intérêt à son invention, il espérait beaucoup des rosbifs mais ceux-ci lui avaient ri au nez après son expérience avortée... et un angliche qui vous rit au nez ça vaut bien une paire de calottes du père Marconi !
D'ailleurs, du haut de ses vingt deux ans il allait encore en prendre une.
Comment un italien émigré avait-il osé aller défier les scientifiques britanniques?
Il entendait déjà la voix de son maître et eut un sourire amer ; les frères Pathé venaient d'avoir plus de chance que lui avec leur gramophone – mélange d'essoreuse à salade et de cornet à frites – Nom d'un chien !
Sans compter Tesla et Edison, ces deux monstres qui se disputaient la vedette à coups d'inventions, défendant qui le courant continu qui le courant alternatif au point d'accoucher de cette monstrueuse chaise électrique... que n'imaginait-on pas au nom du progrès et de la science!
Comble de honte, un de ses compatriotes un certain Italo Marchiony venait de mettre au point l'affaire du siècle, le cône de crème glacée, alors qui allait se soucier d'un gamin qui tape du morse au bout d'un fil en priant Dieu qu'on le recoive à l'autre bout du fil ?

Après les « Buono a nulla» (Bon à rien) du vieux Giuseppe viendraient les « Oublie toutes ces bêtises » puis on lui dirait de trouver un vrai boulot, de fonder une famille et tutti quanti.
Il serait carabinier ou footballeur, épouserait une bolognaise nourrie aux spaghetti, lui ferait une floppée de marmots et la famille serait contente.
Et dire qu'un an plus tôt dans les Alpes suisses il avait réussi à transmettre sur un kilomètre et demi quelques ti-ti-ti-ta-ta-ta entre deux antennes grâce aux ondes de Monsieur Hertz, au cohéreur de Monsieur Branly et aux antennes de Monsieur Popov.
Le vieux Giuseppe s'était marré : « Branly et Popov ! On se croirait au cirque Fratellini!»

Guglielmo est abattu, lui qui s'imaginait riche et célèbre roulant à bord d'une Alfa Roméo et écoutant des programmes musicaux à distance; il appellerait ça... tiens... un autoradio.

15 avril 1912: Guglielmo épouse Carla Bronzi – un mannequin turinois et chanteuse à textes issue d'une famille de musiciens – sous les yeux ravis de son vieux tandis qu'un rafiot dénommé Titanic embrasse un iceberg dans le silence le plus total.
Morse avait pourtant imaginé le SOS … --- … mais pas le fil invisible qui aurait pu sauver les hommes.

Dix ans plus tard en 1922 nait la BBC – la Brown, Boveri et Cie – compagnie de matériel féroviaire où Guglielmo va se rendre célèbre en imaginant le célèbre message de sécurité “è pericoloso sporgersi” qui évitera tant de malencontreuses défenestrations.

1924: Emile Pathé – l'inventeur du gramophone qui avait tiré un sourire amer au jeune Guglielmo un 2 juin 1896 – prend sa retraite et cède ses intérêts à... personne.

13 ans plus tard, le 20 juillet le petit Guglielmo devenu vieux comme son vieux s'éteint à Rome, emportant avec lui son obsession de tous les instants: créer un monde sans “filo alla gamba” un monde sans fil à la patte!
Change de disque, Guglielmo.

Aujourd'hui je souris en écoutant les enfants jouer dehors avec le dernier jeu à la mode: une ficelle et deux couvercles de boîte à cirage.
Au grenier on a retrouvé un vieux machin – une boîte avec une manivelle et un pavillon de cor de chasse et aussi un tas de galettes en plastique – une cochonnerie qu'on a aussitôt balancée aux encombrants...

 

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23 septembre 2017

Pince fesses (Vegas sur sarthe)


Je suis un malappris, j'enfume les grenouilles
on me dit chenapan, auteur de tours pendables
aux admonestations je suis imperméable
en un mot comme en cent je suis une fripouille

Je cherche le grabuge et la carabistouille
pinçant le cul des filles en dessous de la table
le regard au plafond, nigaud, irresponsable
ne vous y fiez pas je suis une fripouille

C'est pas ma faute à moi si quelque niguedouille
tombe dans le panneau et me prend pour un ange
si elle se fourbit c'est que ça la démange

Je crie à l'infamie, j'accuse son voisin
qui prend un coup de poing et pisse son raisin  
je suis fieffé coquin, je suis une fripouille

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16 septembre 2017

Extase molle à tartiner (Vegas sur sarthe)


"Dis M'man, c'est quoi l'extase?"
"Et ben c'est un peu c'que tu ressens quand tu t'goinfres de Nutella"
"Moi, quand je mange du Nutella je ressens surtout l'angoisse d'arriver au fond du pot"
"Euh... envisager l'fond du pot c'est plutôt d'la frustration"
"Et dis M'man, c'est quoi l'orgasme?"
"C'est plutôt comme quand à défaut d'Nutella tu bouffes ton oreiller"
"Ah bon? Et un fantasme?"
"Pour les fantasmes, va plutôt d'mander à ton père"
...
"Dis P'pa, c'est quoi un fantasme?"
"Euh... c'est quand ta mère pense que les pots de Nutella n'ont pas de fond!"
"Alors M'man est tout le temps en extase?"
"Oui,enfin... tant que c'est moi qui achète le Nutella par cartons de dix"
"Et un cauchemar, c'est quoi un cauchemar?"
"Euh... c'est quand la fin du carton arrive avant la fin du mois"
"Mais P'pa, la différence entre la fin du mois et le début du mois suivant c'est juste un jour!"
"Oui mais ce jour-là... comment dire... c'est l'extase"
"C'est bien c'que M'man disait... après on n'a plus qu'à bouffer nos oreillers"
"Hein? Pourquoi tu manges ton oreiller?"
"Laisse tomber P'pa, c'est seulement quand j'ai un orgasme"
"Qui t'a parlé de ça?"
"C'est M'man... et une extravagance, c'est quoi une extravagance?"
"Justement, va demander à ta mère"

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09 septembre 2017

Le doryphore pour les nuls (Vegas sur sarthe)


Le doryphore fait partie des zinsectes qui vivent sur la pomme de terre ou ptère en argot doryphore.
Ce zinsecte fait partie de la famille des collés aux ptères, alors que le zinsecte collé à la pomme de pin s'appelle une chenille-qui-redémarre tandis que le zinsecte épinglé à la pomme Granny Smith s'appelle une punaise.

Surnommé la bête du Colorado ou "la bibitte à patate" au Québec il est appelé sombre héro au Mexique où il est apparu en premier, tête basanée, thorax brun, pyjama rayé noir (10 rayures pour le mâle contrairement à la femelle qui en possède 10) et élytres jaunes.
Le doryphore mexicain a émigré aux Etats-Unis au XIXème siècle – pas folle la guêpe – avant la construction du mur Trump puis il est arrivé en cohortes en Europe avec la mode de la frite à la fin de la guerre de 14 contre des "doryphores" allemands beaucoup moins basanés.

Le doryphore est un insecte oligophage, c'est à dire très tâtillon côté gastronomie: ptère, aubergine, poivron et tomate, il lui faut le gratin du jardin puis des feuilles de tabac pour sa digestion.
Grand dévoreur de feuilles, le doryphore fait des trous, des p'tits trous et aussi des p'tits trous; on dit que le doryphore fore.
Son repas se compte en centimètres carrés tout comme ses excréments ce qui est une "suite logique des choses".

Le doryphore s'accouple dès que la température dépasse 15°C; on dit que le doryphore fornique.
C'est un excellent thermomètre, surtout la femelle qui fait la gueule en dessous de 15°C.
Le cri des doryphores se fait entendre lorsqu'ils sont très nombreux; on dit qu'ils pullulent. Le pullulement du doryphore s'entend de très loin; on dit qu'il a la patate.

Parmi les prédateurs du doryphore on trouve la punaise masquée ou punaise Zorro et le sabot de jardinier unisexe taille adulte.
Les traitements biologiques tels que le bacillus thuringiensis sont terriblement repoussants rien qu'en prononçant leur nom!
On a essayé le purin d'ortie au tabasco, la menthe-grenadine ou encore la discographie complète de Mylène Farmer mais sans succès; d'autres recherches sont en cours actuellement notamment un leurre à base de feuilles d'impôts fonciers.

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02 septembre 2017

Cosaque-choc (Vegas sur sarthe)

 

Nos grand-pères croyaient avoir échappé au pire en revenant de la grande guerre sur leurs deux jambes, mais Pépé ignorait que cent ans plus tôt en 1814 les cosaques de la garde impériale russe - non contents d'avoir fait valser Napoléon - nous avaient laissé un cadeau empoisonné, le "cosaque-choc", un truc aussi compliqué à prononcer qu'à faire mais qui semblait amuser nos charmants envahisseurs et gratteurs de mandoline.
Si nos grand-pères avaient cru épouser leur mémé pour le meilleur, en ce qui concerne Pépé c'était sans compter sur cette folie qu'elle eut de vouloir lui apprendre à danser ce qu'on appelait selon Pépé le "
cosaque-choc" et selon d'autres kozachok, kazatchok ou encore Vertpeny Kozackok pour les plus érudits.
Le principe en était sournois pour ne pas dire peu orthodoxe pour l'époque puisque Mémé menait la danse tout en tapant des mains pour indiquer les changements de figure à l'homme qui tentait de l'imiter, en l'occurrence mon Pépé.

Si le mouvement paraissait aussi élémentaire et linéaire que marcher au pas, il n'en était pas moins rapide dès le départ et sur un tempo en constante accélération qui imitait - juste avant l'inévitable chute - le franchissement des tranchées et déclenchait chez le pauvre homme ce fameux cri: "
Tous aux abris". 
Après quelques atterrissages musclés Pépé courut bien vite chercher ses bandes molletières dont la mise en place lui garantissait une bonne demi-heure de répit avant ce qu'il nommait les grandes manoeuvres.
Il aurait bien ajouté le casque lourd si Mémé ne l'avait pas avantageusement recyclé en pot à géraniums.

Au fil des assauts quotidiens et à mesure que montait sa haine envers les ukrainiens, Pépé en venait à regretter que Napoléon n'ait pas fait la guerre aux argentins ou aux tahitiens, enfin à quelque peuple aux moeurs moins tordues.
Il disait que quand on possède une mer noire et qu'on pêche au harpon on ne peut pas être tout à fait normal...
Perfectionniste, Mémé multipliait les variantes, alternant le kuban-kazachok connu de quelques initiés russes du Sud et le ter-kazachok du Nord Caucase dont les différences selon l'expression de Pépé étaient 'frappantes'!

Mais la ténacité légendaire de Mémé allait donner un tournant particulier à l'apprentissage du "
cosaque-choc" lorsqu'elle décida de remiser le phonographe pour faire venir des musiciens plus couleur locale, des joueuses de cithare et de bandura.
Les "
Poupées cosaques du Vertep" ainsi nommées - traduction fidèle de kazatchok - étaient trois vraies blondes à la fois plantureuses et callipyges dont les attraits surdimensionnés eurent tôt fait de faire perdre la tête et les molletières à Pépé.
Après quelques vocalises, roucoulades, échanges d'oeillades complices et frémissements de moustache, Pépé fut sommé de retourner sur le champ "aux abris" c'est à dire au fond de son potager, les poupées retournèrent à leur Dniepr natal (si tant est qu'il le fut), Mémé à ses confitures de mirabelle et on n'entendit plus jamais parler du
cosaque-choc.

On était en 50 et depuis cet épisode le sempiternel entremets franco-russe qui ponctuait nos repas du dimanche n'eut plus jamais le même goût.

 

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26 août 2017

Le gant Mapa (Vegas sur sarthe)


Pour mon 469ème défi j'avais décidé de rencontrer un revenant ou une revenante.
Je n'étais pas difficile et puis les revenants ont-ils vraiment un sexe? Ceux qui en ont approchés ont-ils eu la curiosité d'aller voir jusque là?
Tant qu'à en voir un, je préférais que ça en soit une alors j'ai fait les petites annonces et j'ai filé rancard à une dame blanche un samedi soir après 20 heures car elle bossait comme dame pipi à l'abbatiale Saint Paul de la Couture.

La dame blanche habitait dans le vieux Mans – si tant est qu'un revenant puisse habiter quelque part – dans la cité Plantagenêt là où un certain Geoffroy plantait du genêt dans sa coiffure pour aller à la chasse.
Dire que la cité aurait pu s'appeler Plantaforsythia... les manceaux l'ont échappé belle, bref.
La White Lady comme on lit dans les dépliants en angliche s'appelait en fait Reine – Reine Blanchard née Bérangère – comme gravé sur sa plaque à côté de celle d'un courtier en assurances, un dénommé Richard Queurdelion dont il me sembla avoir déjà entendu parler, bref.

Ma Reine avait des milliers d'heures de vol et cachait ses mains ridées sous des gants en plastique.
"Je terminais ma vaisselle" dit-elle en refermant la porte... parfaitement, ma revenante ouvrait et fermait les portes et faisait la vaisselle comme vous et moi, enfin comme vous pour la vaisselle.
Je la suivis dans une pièce étrange qu'on nomme cuisine.
C'est vrai qu'elle était blanche, pas la cuisine mais ma Reine – la légende ne disait pas que des bêtises – elle était même livide, cadavéreuse, déterrée, éteinte, enfin vous choisirez.
"Vous seriez pas malade?" osai-je en restant à distance respectable.
"Non" dit-elle d'une voix blanche "je suis toujours comme ça après 20 heures".
Alors elle se sentit obligée de me raconter sa vie, son enfance chez les Navarro – pas les indiens mais les basques de Pampelune –  une soeur qui s'appelait Blanche pour entretenir la confusion, puis une belle-doche autoritaire et par dessus le marché un mari aux amitiés particulières devenu courtier en assurances et qui n'avait même pas été capable de lui fabriquer un moutard.
"Vous avez dû voir sa plaque sur la porte, c'est tout ce qu'il en reste" dit-elle en tendant le bras.
J'avais reculé instinctivement, évitant le gant Mapa.
"Ca tache pas" dit-elle avec un sourire édenté "c'est du Paic citron... j'utilise que du Paic citron et du savon de Marseille pour la lessive... ça lave plus blanc"
J'allais lui faire remarquer que son Paic citron contient des tensioactifs, véritables saletés pour l'environnement mais je n'étais pas venu pour parler écologie.
Je tentai une question :"Et ça fait quoi de revenir quand on est partie depuis si longtemps?"
Elle parut étonnée :"Longtemps? C'est quoi longtemps? Mon queutard de mari n'est mort qu'en 1199"
Je bredouillai :"Excusez-moi madame... euh... Blanchard mais on est au XXIème siècle"
"Appelle-moi Reine" dit-elle en me forçant à m'asseoir contre elle.
Elle était froide, blanche et froide comme un roti de porc oublié au frigo avec une abominable odeur citronnée.
On était là tous les deux, loin des Navarre, des croisades à la con et d'Alienor sa belle-doche acariâtre qui aimait les troubadours et les angliches qui roulent à gauche.
"Le mariage, c'est une belle connerie" soupira t-elle en me prenant par l'épaule "c'était bien la peine de m'emmener à Chypre pour se faire dessouder 8 ans plus tard... "
Je profitai de ses points de suspension pour m'écarter tout à fait.
Elle soupira encore :"On vous fait si peur que ça, nous autres les revenants pour que vous vous écartiez toujours ainsi?"
Elle avait encore blanchi, elle était presque transparente au point que je ne voyais plus que ses gants à vaisselle.
Je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie de lui serrer la main... elle était molle et collante et le gant m'est resté dans la main. On a beau faire attention, on a toujours peur de casser quelque chose en touchant un revenant.
Elle comprit que j'allais partir :"Reviens quand tu veux"
Je ne sus que répondre :"Euh... d'habitude c'est vous qui revenez"
Elle eut un pauvre sourire comme je repassais la porte, on avait dû lui faire la blague un peu trop souvent.
Dehors la plaque de Richard Queurdelion brillait de mille feux et je me sentais finalement assez fier de mon 469ème défi.
Vous y croyez vous, aux fantômes? Moi j'y crois. C'est pas donné à tout le monde de possèder un gant Mapa du 12ème siècle.

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12 août 2017

Manque plus que la mayo (Vegas sur sarthe)


La môme Piaf :"Hé les moineaux, j'étais là avant vous!"
Barbara dite l'aigle noir :"Ouais... un beau jour ou peut-être une nuit"
La môme Piaf :"J'essuyais les verres au fond du café... j'peux pas être partout"
Théophanis dit Théo Saraporte:"Mais toi t'es le dernier, mais toi t'es le premier... à quoi ça sert tout ça?"
L'albatros dit Beau de l'air :"Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule"
Théophanis :"Tu t'es pas regardé!"
Barbara :"Méfiez-vous de la môme, elle met du vieux pain sur son balcon pour nous attirer"
L'albatros :"D'où tu sors ça?"
Barbara :"Tu peux pas comprendre... c'est du Goldman"
Théophanis :"Ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte..."
La môme Piaf :" Tu radotes, Théo!"
L'albatros :"L'un agace son bec avec un brûle-gueule"
Barbara :"Ah, redis-le, redis-le moi"
L'albatros :"L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait"
La môme Piaf :"ça y est! J'les ai retrouvées mes trois cloches!"
Barbara :"Je hurle vengeance, je n'épargnerai rien, attends!"

Moi dit Le propriétaire de la chaise :"Germaine... quand est-ce qu'on bouffe?"
Germaine dite Germaine :"J'entends que dalle avec ce tapage"
Barbara dite l'aigle blacos :"Du tapage? Nous, on fait du tapage? Vous l'entendez la Germaine?"
Théophanis :"C'est vrai que Germaine elle est cruelle, j'lui avais apporté des bonbons passeque les fleurs c'est..."
La môme Piaf :" Tu débloques encore, Théo!"

Les admins des Défis Du Samedi :"Euh... on avait juste proposé quatre moineaux sur une chaise de jardin"
Germaine :"Dis donc biquet, tu pourrais mettre la table"
Le propriétaire de la chaise dit biquet dit Moi :"Attends un peu... je termine mon texte pour le 467ème défi!"
L'albatros dit Beau de l'air :"Et dire que j'aurais pu finir comme ça si j'avais pas imaginé mes Fleurs du mal"
Les admins des Défis Du Samedi :"Mais c'est quoi ce binz?"
Moi :"On est peut-être allés un peu loin... ou pas assez?"
Germaine :"En attendant, la mayo... qui va m'la faire la mayo?"
Théophanis :"Ne vous déplaise, en remuant la mayonnaise..."
La môme Piaf :" Tu débloques vraiment, Théo!"

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22 juillet 2017

Un truc au tympan (Vegas sur sarthe)


"Qu'est-ce que c'est que ce truc dans le tympan?"
Germaine me fusille d'un regard de reproche et chuchote :"C'est pas un endroit pour se curer les oreilles! Un peu de savoir-vivre. On est dans un lieu saint"
Elle a tellement bien chuchoté que tous les touristes se retournent sur nous.
Pas le temps de lui expliquer ce qu'est un tympan.
Je montre du doigt la sculpture en question :"C'est quoi ça d'après toi?"
D'après Germaine il est judicieux d'enlever ses lunettes de soleil pour y voir quelque chose.
Elle scrute la voute céleste à la recherche d'un angelot joufflu ou d'une apparition divine, vacille, fait trois tours sur elle-même.
Je précise :"Là... entre le chapiteau aux deux éléphants et celui aux griffons affrontés!"
"Effrontés" corrige t-elle "ils sont effrontés ces singes musiciens"
"Je ne parle pas des singes musiciens mais des griffons... à gauche!"
Germaine pivote à droite et tombe sous le charme d'un Samson viril et chevelu; elle en chancelle dirait Jacques et se raccroche à mon bras.
"Quand tu auras repris tes esprits, dis-moi ce que tu vois sur le tympan"
Germaine est une mystique, une pieuse dans l'âme, une goulue du divin à défaut d'être une acharnée du divan; elle m'a entraîné ici au prétexte qu'on n'a pas les moyens d'aller à Lourdes; d'ailleurs il n'existe pas un seul endroit où on ne s'est pas arrêtés pour visiter une église, une chapelle, un monastère, une abbatiale, un prieuré...

Germaine scrute mon oreille droite, me tire sauvagement le lobe en chuchotant :"Je ne vois rien, rien du tout... faudrait consulter un auto-rhino-machin"
Je récupère ma feuille de chou endolorie et me recule prudemment :"Moi j'y vois un barbu à corps de lion et queue de dragon"
Germaine s'écarte vivement de moi :"Si c'est ça, faut qu'tu consultes au plus vite!!"
A quoi bon tenter de lui expliquer que le spectacle est là-haut et pas dans mes oreilles.
Je capitule et prends la direction de la sortie.
Germaine me rattrape :"Appelle le docteur Sinus de ma part" et elle ajoute "et tu devrais faire une prière avant de sortir!"

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15 juillet 2017

À la tronçonneuse (Vegas sur sarthe)


"C'est pour quoi?"
"Bonjour, c'est pour une chute"
"C'est bien ici. Est-ce que cette chute fait suite à un élagage, à un problème de voisinage ou à une catastrophe naturelle du genre coup de vent, bourrasque, tornade, tempête ou autre cataclysme ?"
"C'est plutôt du genre tornade mais pas naturelle... enfin c'est quoi la différence?"
"S'il s'agit juste de vieilles branches par exemple..."
"Une vieille branche, on pourrait dire ça. On est mariés depuis... depuis bien trop longtemps"
 "Alors si c'est un sinistre, ça doit d'abord se déclarer au deuxième étage"
"Sinistre... c'est le mot adéquat! Elle file le bourdon à tout le quartier"
"Vous êtes sur la commune, évidemment?"
"Germaine est plus particulière que commune et je suis dessus depuis bien trop longtemps"
"C'est surement pour ça qu'elle a craqué. Vous avez une responsabilité civile, j'espère?"
"Responsabilité? J'entends ça tous les jours. Elle me met tout sur le dos: le gouvernement, les impôts, la météo, le prix des clopes"
"S'il s'agit d'une surcharge sur une branche morte, ça change tout. On est dans le cadre d'une simple imprudence et je ne peux rien faire"

(Soupir)
"Une branche morte? Si vous pouviez dire vrai. Ce serait un soulagement pour tout le monde sans parler de mon arbre généalogique qui penche un peu trop de son côté"
"En tout cas s'il y a gêne sur la voie publique, en vertu des articles R116-2 et L114-1 du code de la voirie routière il faudrait rapidement déblayer tout ça à la tronçonneuse"
"A la tronçonneuse? C'est peut-être un peu... expéditif, non?"
"C'est vous qui voyez, en vertu des articles R116-2 et L114-1 du code de la voirie routière ça doit être fait à la diligence et aux frais des propriétaires"
"Y aura pas besoin de diligence, j'ai la Twingo... elle devrait rentrer dedans en tassant un peu"
"Sinon je peux vous réserver l'équipe municipale avec le camion, ils sont cinq"
"Cinq? Ca devrait suffire pour son quintal !"
"Et pour l'effeuillage vous avez ce qu'il faut?"
"Oh l'effeuillage! C'était avant, quand elle était jeune et mince. Maintenant c'est grenouillère molletonnée et hôtel du cul tourné"

"Et vos voisins, ils en pensent quoi?"
"Ils disent qu'elle s'en relèvera jamais et que c'est triste de finir comme ça sous les yeux des gamins... c'est pas un bon exemple pour la jeunesse vous savez"
"Allons! Allons! Ca n'est pas si grave, à votre âge on a encore le temps et l'envie de replanter"
"Replanter? Vous en avez de bonnes. On voit bien que vous ne connaissez pas Germaine!"

"Germaine? Je ne connaissais pas cette essence. C'est de l'exotique?"
"De l'exotique, oui! Elle est berrichonne, de Vignoux sur Barangeon, un trou perdu exotique"
"Sachez qu'aucun trou n'est jamais perdu Monsieur tant qu'on a le désir de planter! Vous n'avez pas la fibre écologique, hein?"

(Soupir)
"C'est pas le tout mais je suis venu pour trouver une chute... on m'a dit que j'en trouverais ici"
"Vous cherchez une chute? Vous êtes un drôle de type vous alors..."

Marcel se retourna vers ses potes des Défis Du Samedi :"Bon, ben désolé les gars, y aura pas de chute cette fois-ci"

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