16 février 2019

Les ouistitis (Vegas sur sarthe)


On n'était pas plus hauts que trois pommes et demi
qu'on allait voir les dames au tagada tsouin-tsouin
on faisait pour un oui pour un non le coup d'poing
détroussant les jeunottes et aussi les mamies

Les cognes nous serraient au moindre chapardage
on finissait toujours au dépôt de Saint-Ouen
l'occasion d'une douche et parfois d'un shampoing
avant de retourner vers d'autres brigandages

On s'en tirait toujours, question de baragouin
un sourire aux frangines et par ici l'artiche
au jeu du boneto on était très fortiches

On nous traitait d'affreux, salauds ou ouistitis
grimpant aux garde-fous pour quelques graffitis
en fait de chérubins on était des sagouins

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09 février 2019

Germaine de Trucmuche (Vegas sur sarthe)


« Dis mon biquet, est-ce qu'on est des roturiers ? »
Germaine a de la chance que je vienne tout juste de terminer mon  sudoku : »Pourquoi tu me poses cette question ? »
« Parce que la pimbêche du dessus m'a traitée de bourgeoise ce matin dans l'ascenseur»
« Ah ? Si elle t'a appelée bourgeoise c'est en effet parce que tu es une roturière, mais tu peux aussi être vilaine »
« Si c'est pour me traiter de vilaine, tu peux garder tes explications pour toi ! »
« Te fâche pas bichette, les roturiers sont bourgeois ou vilains voire manants, c'est pas moi qui le dis c'est Wiki»
« C'est qui cette Vicky ? »
« Laisse tomber bichette »
« Des manants ? Pourquoi pas fripouilles ou racailles ? »
« Euh … c'est pas faux »
Germaine branle du chignon : »Si cette pimbêche m'a traitée de racaille, elle va avoir affaire à moi ! C'est pas parce qu'elle habite un étage au dessus que ...»
« Tu ne vas pas la défier en duel, bichette ? On n'est pas des nobles non plus »
« Et comment on fait pour être des nobles, Monsieur Je sais tout ? »
« Euh … un titre de noblesse ne s'achète pas sur eBay, bichette. Tout au plus une particule »
« C'est comment une particule ? »
« C'est un 'de' devant le nom, comme Germaine de Trucmuche »
« Parce qu'il faut s'appeler Trucmuche en plus ? Alors tous les nobles s'appellent Trucmuche ? C'est d'un pratique»
« Non, Trucmuche c'est un exemple, j'aurais pu dire Madame de Sévigné ou le Marquis de Sade »
« Hein ? Mais le Marquis de Sade, c'était un vilain ! »
« Ouais bichette, c'était un vilain noble »
« Ah ? Et la Sévigné c'était une noble peut-être ? »
« T'as raison bichette, elle a épousé un breton qui s'est fait appeler baron puis marquis et le tour est joué ! »
« Tu serais pas breton mon biquet par hasard ? »
« Euh … non, désolé je ne suis pas breton »
« Alors on sera des racailles toute notre vie … et nos enfants aussi ? »
« Ben oui, mais des jolies racailles ma chérie »
« Ouais, et ben demain matin dans l'ascenseur je connais une pimbêche qui va ravaler sa particule avec une bonne mandale ! »
«Parce qu'elle a une particule ta pimbêche ? »
« Elle s'appelle De Suza»
« De Suza comme Linda ? Celle de la valise en carton ? »
« Quelle valise ? La pimbêche c'est pas Linda, c'est Léonida et son sac Vuitton c'est pas du carton»
« Léonida ? C'est pas beau »
« T'as raison mon biquet, c'est même très vilain ! »

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02 février 2019

La tatin au quorum (Vegas sur sarthe)


« Dis mon biquet, toi qui sait toujours tout c'est quoi un quorum ? »
Germaine a le don de poser des questions au plus fort de mes parties de sudoku, alors planté pour planté j'aime bien la faire marner : »Je connais le Rhum- Coco mais pas le co-Rhum »
« Tu m'fais marcher ! Allez, c'est quoi un quorum ? »
J'ignorais qu'on parlait de quorum dans Gala ou dans ces romans à l'eau de rose qu'elle affectionne.
Comme je ne sais pas tout, je file chez mon pote Wikipédia qui est à deux doigts de ma souris sans fil … et j'énonce fièrement :
« Le quorum c'est le nombre minimum de membres requis pour délibérer »
« Ah ? » … Germaine a l'air déçue ; elle avait dû imaginer un quorum grimpant avec de grosses fleurs ou bien un sirop de corps d'homme avec de grosses bourses.
Un reflet lubrique passe dans son regard à moins que ça ne soit le reflet de mon regard dans le sien : »Ils disent que si le quorum n'est pas atteint, la séance est remise à une prochaine date »

« J'ai pigé ! » explose t-elle. J'adore quand Germaine explose, ça lui donne un petit air Mégère apprivoisée et ça met un joyeux désordre dans sa choucroute blonde à faire triquer un internat de puceaux.
Elle est rose de confusion, signe qu'elle a l'air d'avoir pigé : »C'est comme quand Patricia avait invité des couples et qu'elle avait remis le pince-fesses à plus tard parce qu'il y avait plus d'hommes que de femmes ! »
« Euh... non chérie, pour les partouzes ça m'étonnerait qu'on dise quorum »
« Ah bon ? On dit quoi alors ? »
Là je suis bien emmerdé car mon pote Wikipédia n'a pas prévu ce cas de figures … si on peut parler de figures.
Je pourrais parler de parité mais je tente une pirouette (sans penser à mal) : »Et bien dans ce genre de réunion, ce mot ne convient pas au décorum »
«Quorum est un mot qui ne convient pas à des quorums ?  J'ai du mal à te suivre mon biquet»
« J'ai voulu dire décorum, ma chérie … ou si tu préfères l'étiquette »
« Si je préfère l'étiquette ? Quelle étiquette ?»
Je sens qu'on s'enfonce.
Wiki ! Au secours !

« Oublie l'étiquette, chérie. Imagine plutôt que le quorum est atteint »
« Le quorum est tatin ? Comme la tarte, alors ? »
Pourquoi faut-il que Germaine ramène toujours tout au culinaire ou au sexe ? Dans sa tête, c'est une éternelle grande bouffe et si ça m'a plu au début de notre relation, je dois dire que ça me fatigue grave.
Trois cases à remplir pour finir un sudoku niveau «Infernal » c'est pas de la tarte mais là on est en plein dedans et la solution c'est pour ma pomme !

Si j'abonde dans son sens, on devrait pouvoir s'en sortir sans s'engueuler.
« Disons que le quorum est tatin si le nombre d'invités est tel qu'on peut découper la tarte sans avoir besoin d'un rapporteur ou d'une règle à calcul »
Bouche bée et les yeux écarquillés, Germaine illustre parfaitement cette fameuse expression gastronomique composée de deux ronds de flan.
Je l'ai scotchée.
Cette fois elle a compris, aussi se fend-elle d'une de ces conclusions dont elle a le secret et qui me laisse toujours perplexe : »Je retiens l'idée. Ca te plairait une tarte tatin au rhum-coco pour le prochain pince-fesses de Patricia ?»
J'ignorais qu'on ferait partie du quorum !
Je vais y réfléchir

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26 janvier 2019

Léon, tu feras Roméo (Vegas sur sarthe)

 

« Montaigu, tu feras Roméo » m'avait annoncé la maîtresse de cette classe de CM2 où je végétais depuis trop longtemps.
Comme je boudais du boudin au dernier rang près du poêle à bois, elle enfonça le clou en m'avouant qu'elle m'avait élu protagoniste de cette scénette de fin d'année à cause de mon patronyme et non pas pour mes aptitudes théâtrales.
A cet instant j'aurais préféré que mon géniteur s'appelle Duchmol mais tel était mon destin.
Bébert – un fayot du premier rang – m'avait soufflé que protagoniste était un mot d'origine grecque et moi, les grecs je m'en méfiais comme de la varicelle et de la règle de trois.
Personne ne m'obligera à raconter par le menu cet humiliant épisode de ma courte vie scolaire, ni le laborieux apprentissage de mon texte, ni l'essayage des costumes, ni le cafouillage des répétitions, ni la chute … je préfère l'évoquer poétiquement, si tant est qu'un incident technique puisse être poétique.

Avant de vous offrir mes vers je voudrais dire à la chaude Fatou que si par hasard elle lit un jour ce poème, qu'elle sache que je ne l'ai jamais oubliée.

 

Moi Léon Montaigu, moulé de bleu, obscène
et Fatou Capulet de pourpre fagotée
avions été poussés à jouer cette scène
devant tous les parents à la fête d'été.
 

Elle portait si bien ces ailes de l'amour
qu'on avait découpées dans du polystyrène,
je n'étais qu'un puceau, imberbe troubadour
j'étais le taurillon que l'on mène aux arènes.
 

Je bredouillai mes mots tout à la queuleuleu
que personne n'ouïssait, la main en chasse-mouches.
« Oh! gentil Roméo, si tu m'aimes, dis-le »
explosa t elle enfin en me prenant la bouche.
 

Au décor du jardin je crois avoir buté
je me suis accroché aux ailes entoilées,
contre moi je sentais deux nichons effrontés
qui frémissaient autant que mon coeur ébranlé.
 

« L'amour c'est la fumée qu'exhalent les soupirs »
avait affabulé le singulier Shakespeare,
celle qui m'asphyxiait montait d'un projecteur
j'ai failli déclamer: »Avançez l'extincteur ! »
 

Dans mon collant roussi, je gagnai la coulisse
Juliette riait, saluant, shakespearienne.
Ce jour jusqu'à la lie, j'avais bu le calice

mais je n'oublierai pas ses lèvres sur les miennes.

 

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19 janvier 2019

L'ours et la poupée (Vegas sur sarthe)

Zoo de Vincennes
Quartier des Ursus Linnaeus
Deux soigneurs papotent …

« Qu'est ce qu'elle a aujourd'hui, Boucle d'Or ? Elle est mal léchée ?»
«Tu sais, c'est toujours comme ça quand elle a ses ours »
« Je la comprends... tant que son mâle sera fidèle, monogame et bisannuel dans ses devoirs conjugaux, madame n'aura qu'à se brosser le reste du temps ! »
« … ou aller se faire reluire ailleurs comme Frisquette l'ourse à lunettes »
« Ah celle-là, faut pas lui en promettre, elle se tape les deux pôles »
« Normal, elle est bipolaire. Y a des jours où elle vendrait sa peau et d'autres où elle la défend chèrement »
« Ah ? Ça existe les ours bipolaires ? »
« Ouais, on a l'habitude de dire que les ours se suivent et se ressemblent pas »
« Tant mieux, ça serait chiant pour eux et pour nous aussi»

« Tiens, pour passer l'temps j'te raconte une blague : Tu sais que Fernand Raynaud habitait avec un ours ? »
« Euh... sans blague ?»
« Justement c'est ça la blague... Y z'habitaient au 22 à tanière ! »
« Ah bon ? Et y z'y habitent plus ? »
« Y sont morts, pauv' pomme »
« C'est pas drôle »
« Allez ! J't'en raconte une autre : tu sais qu'les oursons naissent édentés, aveugles et chauves »
« Ouais, tout l'monde sait ça, du moins ceux qu'ont vu l'ourson »
« Et ben, tu sais pas comment y s'consolent d'être édentés, aveugles et chauves ? »
« Non, dis toujours »
« Toujours ! »
« Non, dis la blague»
« Et ben y s'consolent en s'amusant avec des enfants en peluche »
« Pas mal. J't'en raconte une à mon tour : Tu sais qu'à sa création, l'ours a été à deux doigts d'être onguligrade ? »
« Ah bon ? C'est pas drôle»
«Dans l'genre pas drôle, tu sais c'qu'on dit du directeur du zoo ?»
« Non »
« On dit qu'il est avare... paraîtrait qu'il a des oursons dans les poches »
« ça c'est dégueulasse, et y a personne pour le dénoncer pour mauvais traitements ? J'vais écrire à Brigitte Bardot, moi»
« Laisse tomber, j'me rappelle d'elle en 71 dans l'Ours et la poupée, elle était comme l'ours»
« Elle était comment ?»
« A poil! Tiens ! Justement, regarde-là la Frisquette... ah elle s'emmerde pas ! »
« Faudra qu'on lui supprime le miel au gingembre ... »

 

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12 janvier 2019

La nonante-septante-nonante (Vegas sur sarthe)

 

J'avais toujours cru qu'oncle Hubert était de chez nous jusqu'à ce que je surprenne les adultes à raconter qu'il était Suisse.
J'ignore par quel miracle on peut être à la fois étranger – c'est à dire être né au-delà de nos contreforts bourguignons – et rouler les 'r' avec cet inimitable accent de mes aïeux !
Tout le monde chuchotait qu'il mangeait en Suisse, buvait en Suisse, travaillait en Suisse, et profitait en Suisse de ces francs sonnants et trébuchants que les français envient et que ces gens-là comptent par paquets de septante, voire octante...
Oncle Hubert élevait parait-il de la Fribourgeoise dans le canton de Friboug, un scandale quand on sait qu'il n'y a que la Charolaise de chez nous pour fournir cette bonne viande persillée qui donne force, santé et trognes rubicondes !
Sans rapport avec les vaches il se vantait d'avoir séduit une miss Suisse – une certaine Jacqueline d'origine italienne millésimée 1951 – une beauté qu'il appelait sa nonante-septante-nonante mais qu'on n'a jamais rencontrée.
Il racontait qu'elle tenait à la fois de Gina Lollobrigida et de Rita Hayworth mais ici on n'avait jamais rien vu d'autre que La Grande Illusion au cinéma paroissial et surtout pas de pin-ups.
Bref, je n'ai jamais compris ce que voulaient dire ses septantes et ses nonantes mais quand il épousa notre tante Anastazia il se mis alors à compter en quintal, sans doute pour ne pas la vexer ; en tout cas cette unité nous parlait plus à nous, gars de la campagne que ses nonante-et-machin.

Fallait le voir promener notre tante aux quatre coins du canton dans la petite JuvaQuatre où elle s'enchâssait laborieusement. Oncle Hubert se vantait de dépasser le quatre-vingt-dix alors qu'il n'atteignait pas nonante dans sa bétaillère suisse ; il est vrai que l'équipage était plus léger.
Par contre il mettait un point d'honneur à égaler la consommation de sa Renault... huit litres aux cents de cet aligoté qui fait la réputation de notre Kir.
Les endroits pour refaire le plein étaient légions à l'époque au bord de la nationale, on dit que c'est ça qui l'aida à vivre vieux.
Oncle Hubert est mort à nonante-et-un – en tout cas c'est ce qu'on a gravé dans le marbre – et je pense que c'est à cause de cette singularité que les vieux font un détour pour éviter sa tombe ; on n'est jamais trop prudent avec les étrangers ...

 

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05 janvier 2019

Les deux bouts (Vegas sur sarthe)

 

« Allo... le service après-vente Macaroni ? »
« Oui, Ettore Maccheroni en personne... arrière-arrière-arrière-petit-fils de l'inventeur et fier de lui parce que je le vaux bien et parce que... »
« Hum... laissez tomber, c'est pour une réclamation »
« Oui je sais, enfin je me doute parce que nous en recevons pas mal depuis quelques mois... mais dites toujours »
« … toujours »
« Non, je disais Dites toujours ce qui vous amène à réclamer »
« Il s'agit des pâtes »
« Ah ? »
« Vous semblez surpris ? »
« Non mais on nous appelle parfois à propos de l'emballage alors qu'on a mis le paquet là-dessus »
« Non, il s'agit des bouts »
« Des bouts ? »
« Oui, des bouts de pâtes. Il faut vous dire que ma femme et moi nous avons du mal à joindre les deux en fin de mois alors on mange exclusivement des pâtes»
« J'en suis ravi, je dirais même ravi au lit... oh oh... ah ah... euh... pardon, revenons à vos bouts de pâtes »
« Oui, notre rituel à Germaine et moi c'est de manger nos pâtes à la manière de la belle et du clochard »
« Laissez moi deviner... la belle c'est Germaine ? »
« Oui mais là n'est pas le problème, et ne cherchez pas à être désagréable. D'habitude nous aspirons chacun une pâte dans notre unique assiette en souhaitant ardemment que nos deux bouts appartiennent à la même pâte »
« Vous aimez les jeux de hasard ? »
« Non, nous sommes juste romantiques »
« Ah ! Le romantisme de nos pâtes... ça pourrait faire l'objet de notre prochaine campagne publicitaire »
« Hum... à propos de publicité, je ne souhaite pas vous en faire une mauvaise mais dans le paquet que nous venons d'acheter il n'y avait que deux bouts ! »
« Que deux bouts ? Et entre les deux bouts il y avait bien de la pâte ? »
« Oui, évidemment »
« Vous me rassurez parce que deux bouts de rien, c'eut été catastrophique pour notre image de marque»
« Bref, tout ça pour vous dire que le jeu était faussé puisqu'on a fatalement partagé la même pâte »
« Je comprends... plus de suspense, plus de romantisme. Germaine était déçue...»
« Plus de suspense, passe encore mais une pâte de quatorze mètres de long à engloutir sans respirer... vous devriez essayer pour voir. Bref, j'ai dû emmener Germaine aux urgences pour une syncope ! »
« Hum... et avant de la cuisiner vous n'avez pas songé à la couper en morceaux ? »
« Cuisiner et découper Germaine ? Vous avez des idées radicales chez Macaroni »
« Je parlais de la pâte »
« Non, la courte paille c'est moins romantique... et puis c'est votre travail de les couper, c'est bien ce que je vous reproche »
« Je vois, ça doit venir d'Ornella »
« Ornella ? »
« Ornella c'est notre stagiaire au poste de coupeuse de pâtes ; elle remplace notre championne absente pour cause de maternité. Vous la verriez découper ! Ca fait peur !»
« Et votre championne qui fait peur, elle accouche quand ? »
« Hum... tout ce qui touche à notre secret de fabrication doit rester confidentiel »
« Ah oui ? Et tout ce qui touche à la santé de Germaine ? Vous vous en foutez ? »
« Hum... je pourrais essayer d'en parler à Ornella »
«Comment ça... essayer de lui parler ? »
« Hum... C'est une sicilienne et vous savez, ici on prend des pincettes avec les siciliennes »
« Ah ? Si en plus vous utilisez des pincettes, je comprends que le produit en pâtisse ! »
« En pâtisse... oh oh... ah ah... euh... pardon, revenons au sujet. Vous me soufflez là une belle idée de pâte unique de quatorze mètres de long ! Ca pourrait faire un tabac»
« Faites-en du tabac si vous voulez mais j'attends de vous un geste commercial pour le préjudice causé à Germaine »
« Comment va t-elle ? »
« Désolé... top secret ... on ne demande jamais à Germaine comment elle va... Germaine elle va, c'est tout »
« Je vois, c'est comme ma Filomena qui... »
« Désolé, ne dites pas C'est comme... car personne n'est comme Germaine »
« Je vois »
« Non, vous ne voyez pas... alors, ce geste commercial ? »
« Justement, bien que ce soit une bonne pâte il faut que j'en parle à Filomena »
« Elle n'est pas sicilienne au moins ? »
«Désolé... tout ce qui touche à nos secrets de famille doit rester confidentiel »
« Je comprends, donc pour le geste... »
« Je vous ferais bien un bras d'honneur mais je tiens le téléphone »
« Je comprends, c'est la même chose pour moi »
« Alors, au revoir »
« Au revoir »

 

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29 décembre 2018

« J'ai vos dents ! » (Vegas sur sarthe)


« Grand-mère, que tu as de grandes dents » dit la fillette en retirant son gilet jaune.
« Je te reconnais maintenant» répondit le loup « tu es le chaperon rouge du conte »
« Tu débloques mémé, je ne suis pas du comte » reprit la fillette « mais de ma mère qui elle-même est de toi mère-grand ! »
« En tout cas j'ai les crocs» répondit le loup.
« Grand-mère, que tu as de grandes dents » insista la fillette.
« J'ai vos dents, j'ai vos dents » précisa le loup natif de Marvejols et fier de l'être.
« Grand-mère, que tu as un gros cul» reprit la fillette.
« C'est pour mieux lâcher des pets de loup ! » ironisa le loup.
« Je préfère tes pets de nonne » répliqua la fillette «justement je t'apporte ici un petit pot de beurre pour ... »
« Ton beurre ne vaut pas un pet de lapin» interrompit le loup « tout le monde sait comment ça finit en fin de conte »
« C'était bien la peine que je me décarcasse » pleurnicha la fillette en remettant son gilet jaune.
Le loup tenait à son chaperon rouge et, sentant son repas et la fin du conte lui échapper il sauta du lit.
« Attends » cria t-il au chaperon jaune « j'ai ici quelques vesses pour ta mère »
« Des sacs à poussière ? » répondit le chaperon jaune « tu peux te les garder »
« Alors emporte au moins ces pets d'âne » insista le loup en saisissant une brassée de grands chardons piquants.
« Tous ces pets m'ont incommodée» répliqua le chaperon jaune en se dirigeant vers la porte pour aérer la masure « et puis... que tu as de longs poils ! »
« Je ne m'épile jamais en hiver » répondit le loup en récupérant la chevillette mais la fillette tenait serrée la bobinette dans son chaperon et la porte s'ouvrit sans peine.
« Tu devrais songer à t'équiper d'un digicode, great-mother» lança la fillette en détalant.
« Un digicode ? » s'interrogea le loup « encore une invention à filer des boutons » ...

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22 décembre 2018

Feu follet (Vegas sur sarthe)

 

Elle est arrivée un soir sans lune sur la Korrigane, un ancien brick-goélette qui s'empala à grand bruit sur la jetée, ameutant la maréchaussée et toute la bourgade.
Mon estaminet s'était vidé d'un coup de tous ces curieux avides de faits divers et je m'apprêtais à fermer boutique quand une petite fée malfaisante est entrée en ruinant mon parquet, ruisselante d'embruns.
Je l'ai aussitôt reconnue à son regard espiègle et à ses oreilles pointues qui saillaient de sa chevelure hirsute parsemée de varech; les anciens m'en avaient souvent parlé aux veillées mais j'en voyais une pour la première fois... c'était ma première.
D'une seule main j'aurais fait le tour de sa taille tant elle était fine mais comme je m'approchais un peu trop elle se mit à siffler comme font les hommes en haut du nid-de-pie si bien que je restai planté derrière mon bar.
Comme elle ouvrait la bouche, sa voix se mit à couler telle une source d'eau claire, pourtant elle n'avait demandé qu'une bière mais d'une façon si charmante...  le charme, c'était ça le piège retors, le traquenard et j'y étais tombé à la seconde où elle était entrée ici.
Mary Morgan, Feu follet, Croquemitaine, je récitai ma carte en bredouillant, évitant de citer la Korrigane, une Red ale aux saveurs terreuses et maltées dont le seul nom risquait de la mettre en colère si ce n'était déjà fait.
Au nom de Feu follet, ses yeux d'un rouge lumineux s'étaient éclairés plus encore, aussi lui servis-je en tremblant un grand bock de cette bière épicée et ambrée comme sa peau.

Elle vola jusqu'au le bar pour se poser sur un de mes grands tabourets, découvrant deux ravissants pieds de bouc que je lorgnais dans le miroir située derrière elle.
Par quel sortilège pouvait-elle à la fois être si petite et si bien proportionnée ?
J'aurais lutiné ses petits seins sur le champ tandis qu'elle décorait sa bouche d'une épaisse mousse blanche qu'on eut dit la mère Noël...
Elle devait savoir lire dans mes pensées lubriques car ma jolie korrigane se mit à se trémousser langoureusement tout en descendant sa bière à grandes gorgées bruyantes.
J'avais si chaud que je m'en servis une mais elle me la subtilisa avant que j'aie pu y tremper mes lèvres.
Ses doigts aux ongles noirs et crochus s'accordaient si bien avec ses petits pieds de bouc que je n'y pris pas garde.
Ses yeux rouges avaient viré au sombre et la voix de source claire se fit plus rauque.
Je ne parlais pas un mot de breton, pourtant je comprenais sa langue... elle était née en 1915 – le même âge que le vieux brick – commerçait des potions de ronds de sorcière, des élixirs de jouvence et des philtres d'amour mais vivait avant tout des largesses des hommes qu'elle envoûtait.
Je n'en retins pas plus car ayant posé sa menotte aux doigts crochus sur mes mains tremblantes, je vis le plancher monter vers ma tête à toute vitesse.

Autour de moi je reconnus Gwenael et Kilian ainsi que la mère Guézennec qui m'appliquait des sels sous le nez.
« Tu r'viens de loin » dit-elle alors que j'ouvrais les yeux tout à fait.
« Sers-lui une Korrigan ! Il a les yeux tout rouges» lança Gwenael à Kilian.
« Y'en a plus » hurla Kilian, horrifié... de mémoire on n'avait jamais manqué de Korrigan un seul jour au village. 

 

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15 décembre 2018

Comment détacher la barre des tâches (Vegas sur sarthe)

 

« Dis mon biquet, comment on fait pour détacher la barre des tâches ? »
Germaine a le don de m'interrompre au pire moment de mon sudoku quotidien, celui où je me demande pourquoi il y a deux 9 dans le dernier carré !
« Pourquoi tu veux détacher la barre des taches ? »
Elle tourne vers moi l'écran de cette ancienne bécane que je lui ai refilée l'an dernier et qui tournicote sous Windows 95.
« Euh... je sais pas, je suis les conseils d'un geek sur internet qu'a l'air de toucher sa bille et qui pisse du code à longueur de temps»
« Tu devrais essayer le vinaigre blanc»
Germaine ouvre des yeux ronds : « Hein ? »
« Laisse tomber bichette, c'est une blague »
« Ah ... Et tu trouves pas bizarre qu'il me dise aussi qu'il manque un pilote ? »
« Oublie ça bichette, y'a qu'un pilote dans cette maison, c'est moi »
Germaine jette un regard langoureux à l'homme de la maison puis fronce les sourcils : »Maintenant il me demande de fermer tous les onglets ! »

Je referme ma tablette sur cet insoluble sudoku et soupire : »Tes onglets, ils les vendent au kilo-octet ? Tu serais pas sur un site de cuisine par hasard ? »
« Hein ? »
J'éclate de rire : « Je m'demande si ton onglet n'vient pas d'un cheval de Troie »
«Te moque pas biquet, c'est un site sérieux qui éradique les malouères mais je sais pas encore si c'est mon firmouère ou mon hardouère qui est malade... »
J'ignorais que ma Germaine possédait des trucs en ouère : « Comment tu m'parles maintenant, bichette ? »
Germaine se rengorge : »Tous ceux qui sont connectés parlent comme ça aujourd'hui, Môssieur»
« Ah bon ? »
Quand Germaine maîtrise un sujet, elle sait me le faire savoir : « Oui... sais-tu que quand ça plante il faut faire risette ? »
« Je croyais que quand ça plantait on faisait la gueule... »
Justement Germaine commence à faire la gueule : «D'ici peu tu voudras bien m'appeler client-serveur, s'il te plait»
« Client-serveur ? T'as déjà vu quelqu'un être serveur et client en même temps ? »
« En informatique, c'est possible, Môssieur ! Je suis sûr que tu ignores qu'il y a des ROMs dans un ordi» me lance t-elle.
« Mais les ROMs sont partout Madame ! On aura tout vu, c'est le pire du pire ton affaire »
Germaine me reprend de volée : « Pire tout pire ! On dit pire tout pire ! »
« Si tu veux bichette »
« C'est pas si je veux, c'est comme ça, tu vas devoir upgrader ton langage»
« O.K. Bichette... en tout cas tu te débrouilleras toute seule pour détacher la barre des tâches de ton usine à gaz»
Germaine explose : « L'usine à gaz, c'est toi qui me l'a refourguée pour t'acheter une tablette, alors reste dans ton monde Monsieur Je sais tout »

Je rouvre ma tablette tandis que Germaine file à la cuisine chercher un détachant ...

 

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