05 janvier 2019

Etranges étrangers… (Emma)

 

Étranges étrangers
qui misère fuyez,
et qui nous effrayez,
toujours vous recevez
surnoms et quolibets.
(comme nous en recevons,
quand ailleurs nous allons…)


         Ma grand-mère m'avait raconté l'histoire.

         Eux, Orlando et ses deux aînés, Rocco et Angelo, étaient venu prêter leurs bras pour faire vivre une famille aussi pauvre que nombreuse au fin fond de la Calabre.
Pas sûr qu'ils aient trouvé ici l'Eldorado, les garçons chez les maçons du canton, et Orlando dans la ferme décrépite que, depuis la mort de son frère en Argonne, Simone essayait de faire marcher avec son père Joseph, infirme et bougon.
Mais enfin, tant bien que mal, Orlando aidait mollement de ci de là, et le plus souvent se colletait avec Gédéon, le mulet, têtu comme un âne, qu'il insultait dans sa langue, ou plus probablement son patois. Payé et nourri chichement, il agrémentait ses menus de passereaux qu'il abattait avec une fronde et cuisait à la sauce tomate.
Des sauvages, quoi.
Ils venaient du pays qui a donné les plus merveilleux artistes* du monde, alors on les appelait "les macaronis", ailleurs les "ritals", un nom plus flamboyant, qui traîne  un parfum de mauvais garçon.
C'est vrai qu'ils avaient le sang chaud, pas comme les polacks qui se contentaient de bosser dur sans voler les femmes d'ici, et d'endosser la soutane pour pallier la crise de vocations autochtones.
Ah, les femmes ! c'est là que le bât blesse souvent, à croire qu'elles sont plus accueillantes que les hommes. De beaux garçons comme ces deux-là, qui en plus de chanter le soleil à l'ocarina, ont les cheveux bouclés du David de Michel Ange, et des yeux, ah des yeux…  notre terre à betteraves n'en produit pas souvent. Certains vieux se rappellent des bagarres que suscitaient ces macaronis qui régnaient dans les bals.
A moins que ce ne soit leurs vieux à eux  qui le leur aient raconté. Les campagnes ont la mémoire longue des envahisseurs, comme de ces cosaques qui, disait-on, venaient faire leur show sur le terrain vague chaque fois qu'une guerre se préparait.

Tant et tant d'années plus tard, Simone avait encore les larmes aux yeux.
En pensant à son père, disait-elle.
Jamais elle ne parlait de Magali, sa fille. Pourtant, dans la chambre où elle se mourait, l'infirmière  avait vu la photo dans un cadre barré d'un crêpe noir d'une jeune fille lumineuse à la luxuriante chevelure noire.
Une enfant naturelle, pensez donc ! Les décennies, et même la mort,  n'effacent pas la honte.
Ni l'amour, d'ailleurs.

* Rossini, qui a laissé des airs pétillants, était si gros que Théophile Gautier affirmait qu’il y avait des années qu’il n’avait plus vu ses pieds ; la légende veut qu'il ne voyageât jamais sans la seringue en argent avec laquelle il fourrait ses macaronis de foie gras.

 

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08 décembre 2018

Il était une fois l'incipit (Emma)

 

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17 novembre 2018

Fanfreluche et galette (Emma)

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27 octobre 2018

Le nord, hommage (Emma)

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13 octobre 2018

Participation d'Emma

 

em

 

     Je ne vous permets pas, tonna le vieux comte, la main crispée sur le pommeau de sa canne armoriée, je ne vous permets pas, mon neveu, de me traiter d'harnacheur et de grugeur, du haut de l'arrogance de la jeunesse que vous prenez pour de la vertu.
Ne prenez pas cet air de pintade outragée, qui vous fait furieusement ressembler à votre mère, parce que vous demande un petit service qui n'est en fait que réparation d'une injustice.

Oui, une injustice, Cléante ! Trouvez-vous juste que, tandis que je suis étranglé par les dettes, votre mère, ma sœur, dilapide la fortune de votre défunt père, par ailleurs fort mal acquise, en œuvres imbéciles, entretenant une cour de poètes sans esprit, et une vingtaine d'horribles chiens au nez plat même pas bons pour la chasse ? Elle a perdu la tête, pour autant qu'elle en eût jamais eu !

Je vous demande quoi en vérité ? de détourner quelques fermages qu'elle a sans doute oubliés, et qui en aucun cas ne feraient défaut aux tristes rimailleurs qui mangent votre héritage ! considérez au pire que nous nous servirions dans la pâtée des chiens !

Ah, il vous sied de vous draper dans la vertu, vous qui n'avez pas vécu ! Croyez en votre aîné, même si ce n'est guère plaisant à entendre : ne parlons pas des femmes, ce sont nos maîtres en rouerie, mais tout homme, sachez-le, même derrière la mine la plus austère, qu'il porte toge ou soutane, est un larron en puissance, et le deviendrait à coup sûr s'il était assuré de n'être jamais pris.

Voulez-vous que je vous le prouve ? Approchez de la fenêtre, Cléante, voyez-vous la petite Ninon qui joue là au croquet sur le gazon, joue rose et mollet blanc ?
Répondez-moi franchement : si vous portiez un loup, hésiteriez-vous à la trousser de force derrière un buisson ? peut-être un instant si vous saviez que son père marquis peut vous passer par le fil de l'épée, mais si je vous dis que c'est la fille du jardinier ?

Allons, mon neveu, ce qui fait le larron n'est juste que l'occasion.
Cette leçon vaut bien un fermage, sans doute ?

 

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18 août 2018

Les roses blanches (Emma)

 

em

Chante, petite caille, te voici parée pour l'offrande, corsetée pour la vie…

Plus jamais tu ne courras échevelée dans les chemins printaniers, plus de genou qui saigne, plus de brassées d'aubépine, plus de jeux avec les garçons du village. Plus de vélo au bord de la mer, plus de marelle, plus de fous rires.

Ta vie n'est plus à toi.

Chante, petite caille, te voilà prête à rôtir sur le bûcher des conventions…

Content qu'il est, ton papa ! 

De te caser, et d'une, il a quatre filles, le pauvre ! Et surtout de l'union de sa scierie avec le domaine forestier de beau papa.

Chante, petite caille, pour ta mère adorée.

Regarde là, c'est toi dans vingt ans, couperosée, et vingt kilos de plus. Sept enfants aussi. Dont ce crétin de Sven qui croit que tu ne le vois pas ricaner.

Elle aussi avait la taille fine, ta maman, il y a vingt ans, à cette même place, où elle a chanté "quand passent les cigognes" pour la dernière fois.

Pépé, c'est pas seulement "les roses blanches" qui l'émeuvent, il ne supporte pas la musique en général, ça lui rappelle toujours quelque chose. Il a versé des torrents de larmes quand l'oncle Gustav, déjà bien éméché, alors qu'on n'en est pas encore aux alcools forts, a entonné "la cantinière a du poil aux pattes ".

Heureusement qu'il ne se souvenait plus des paroles. Tous les vieux ont alors repris en chœur "Pom pom pom" pour couvrir sa voix. Et depuis Pépé se liquéfie, lui qui a servi dans le 13ème régiment de Uhlans.

Si tu te retournais, petite, tu verrais l'avenir dans le miroir magique…

En grand uniforme, ton joli mari à la fringante moustache blonde, souriant sur le piano dans un cadre doré barré d'un crêpe noir. Lui que tu aimeras vraiment, bien que ce ne soit pas gagné au départ…

Et puis ta petite fille, enterrant sa vie de jeune fille, braillant "les roses blanches" avec ses copines, sur les genoux d'éphèbes mercenaires… avant un mariage d'amour, qui durera trois ans…

Ne te retourne pas, et chante, petite, le champagne pétille !

peinture de Gunnar Berndtson : la chanson de la mariée

 

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11 août 2018

Participation d'Emma

 Trou la la, making of :

1. la consigne  est folle -  fou  > entonnoir, entonnoir > dans le trou, le trou = entrée du puits d'Alice, dans lequel tombent des personnages, surréalistes comme la consigne -
mais  il faut une happy end, alors ils ressortent par un tunnel et remontent dans le tableau -

2.  comme bande son s'imposait la chanson ancienne (?),  du joueur de luth, vaguement égrillarde, dont le refrain est "trou la la" - interprétée ici par  Patachou (une version un peu différente par Colette Renard ) , et dont le web propose une interprétation (années 60 ?)  de joyeux amis canadiens , insérée ici parce qu'elle frise le  surréalisme, elle aussi.

 

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23 juin 2018

Participation d'Emma

affiche

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16 juin 2018

tap et top (Emma)

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02 juin 2018

Love story (Emma)

pigeons, love story

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