17 décembre 2016

Participation d'Emma

En attendant Igor

(Peinture de Taylor Campbell)

 

em

La pièce, où le rouge sombre domine (tapis, grande banquette à gauche, lourdes tentures à franges encadrant la fenêtre du fond), respire le confort cossu. Des napperons blancs probablement faits main, posés sur le guéridon au centre, et le haut bahut sur la droite, cassent joliment la sévérité du décor. On voit luire çà et là dans la pénombre des objets de cuivre. Au-dessus du bahut on devine un grand tableau représentant semble-t-il une scène de bataille.
Par la haute fenêtre, qui diffuse une lumière froide, on aperçoit un paysage flou de collines boisées dans les tons gris bleu.

Irina et Elena  sont à la fenêtre. Ania est assise sur un fauteuil bas, devant le feu de bois. Elle tricote. De gros écheveaux de laine multicolores dépassent du panier posé sur un petit banc couvert de velours sombre.

- Irina. Elena, très chère, crois- tu qu'il viendra ?
- Elena. Il viendra. Il vient toujours.
- Irina. Voilà qu'il pleut.
- Elena. La pluie, encore, et mon âme est si grise...
- Ania. Musset ? ou Barkrief ?
- Elena. Barkief, odes à l'absente.
- Irina. Je voudrais qu'il soit là.
- Ania. Qu'il vienne, aujourd'hui ou demain, qu'importe, il viendra.
- Irina. (vivement) Tu en parles à ton aise, tu ne l'aimes pas, avoue…
- Ania. Et toi, l'aimes-tu ?
- Irina. (rêveusement). Je le revois encore, la première fois qu'il est venu… Le  petit bois était jaune de jonquilles, il en avait cueilli une pleine brassée.
- Elena. Je les ai mises dans le gros pot de grès, sur le bureau de père ; on aurait dit qu'il souriait dans son cadre d'argent.
- Ania. Sourire ? Père ? L'avez-vous  jamais vu sourire ? Une seule fois ?
- Irina. Alors c'était le soleil des jonquilles qui dansait sur le verre du portrait.
- Elena. En octobre il a amené des cèpes, les plus ronds, ceux du vallon derrière les bouleaux.
- Ania. Nous aurions dû peut-être le convier à les manger avec nous. C'eût été la moindre des choses, c'eût été élégant. Rappelez-vous la somptueuse omelette arrosée de cidre nouveau ! Ah quel diner de roi ! Oui nous aurions dû…
- Irina. Il aura été blessé par notre ingratitude, peut-être ne viendra-t-il plus…Il aura cru sans doute, que nous faisions peu de cas de son présent…Je ne peux le croire, il faut qu'il vienne, il ne peut pas me laisser...
- Ania. Te laisser ? Et moi donc, ne crois-tu pas que j'ai besoin qu'il vienne ?
- Elena. Il a promis, il doit passer avant la Sainte Catherine.

Elle pose son front sur la fenêtre ; son haleine fait un rond de buée sur la vitre. Elle resserre son châle sur ses frêles épaules.
Irina esquisse un geste vers elle, se reprend, et ajuste une mèche blanche échappée de son chignon.

Ania pose son tricot :

- Il sait qu'il faut bouger ces rosiers avant le froid, donc il viendra. Igor, c'est le jardinier le plus consciencieux que nous ayons jamais eu, depuis le vieux Paul, l'ordonnance de père.
Et savez- vous ? Nous lui ferons goûter le vin d'airelles ! 

 

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08 octobre 2016

Participation d'Emma

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17 septembre 2016

Eureka ! (Emma)

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20 août 2016

Histoire phonétique (Emma)

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04 juin 2016

Frou frou (Emma)

 

Marceline, c'est moi, ta petite Camille,
que tu appelles "ma douce".
Je te trouve fort jolie, aujourd’hui, avec ta "petite laine".

Vers quel monde englouti plonge ton regard vide ?
Quand parfois tu souris,  en m'appelant "madame",
je me prends d’espérer :
peut-être qu'en déblayant tous ces gravats qui bloquent le passage vers  ton âme,
tu vas soudain surgir :
"Coucou je t'ai bien eue, j'étais là-haut cachée, tout au fond du grenier."

 Et quand le vieux Socrate vient soulever ta main, de sa truffe fidèle,
tes doigts, sur le poil doux savent encore la caresse.
Tu n'es pas si loin, dis, tu t'es juste absentée ?

Tu tournes les pages du livre de photos que je t'ai apporté.
Te voilà en mariée…
Et lui, là, cet étranger, il était ta chaleur, et tu étais sa flamme.

Encore cette musique censée sans doute stimuler la mémoire …
Frou frou, frou frou par son jupon la femme
Frou frou, frou frou, de l'homme trouble l'âme.

Si tu étais ici, Marceline chérie,
cela te ferait rire, toi que j'entends encore chanter
en m'apprenant les pas du rock and roll :
One, two, three o'clock, four o'clock, rock,
Five, six, seven o'clock, eight o'clock, rock…

Marceline, je t'en prie, ne me laisse pas seule frissonner au soleil… 

 

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28 mai 2016

coeur brisé (Emma)

Ma dame de coeur.
Elle dit :
  “Un petit cœur qui bat, vous pouvez l’arrêter, le réparer bien comme il faut, et puis il repart…
Elle a fondé Mécénat Chirurgie Cardiaque.
C’est la dame de coeur.
Elle et ses équipes ont réparé 1500 petits coeurs du monde qui rêvaient de devenir des as du ballon rond, ou simplement de vivre.

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21 mai 2016

Participation d'Emma

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02 avril 2016

Participation d'Emma

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12 mars 2016

Participation d'Emma

kitsch

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20 février 2016

E finita la comedia, on a marché sur la terre… (Emma)


Il est là, collé sur le mur comme un vieux chewing gum, à grésiller doucement dans le grand silence de sable.
 
Solitude.
 
C’est sa première mission, à 11001001111 (Bip bip pour les intimes).
 
Sur les rayons de téléportation, des myriades d’entités pionnières se sont élancées à l’assaut de la terre, toutes frétillantes, comme les vaillants spermatozoïdes s’élançaient à l’assaut  de l’ovocyte.
Le grand programme a défini clairement l’objet de la mission : trouver pourquoi, depuis des années-lumière, la terre n’émet plus le moindre signal, le moindre rayonnement, hormis refléter le soleil dans un halo laiteux.
Ils ont atterri  un peu brutalement, ce qui explique que Bip bip est aplati sur le mur au-dessus du sable. C’est assez joli ces croupes de sable, cela lui rappelle le pays, à ceci près qu’il n’y a pas de vibrations, et pas de voies lumineuses.
Les autres entités n’arrêtent pas de télépather des infos. Partout sur la planète règne un merveilleux  silence, rompu seulement par le bruit de maisons qui s’écroulent du haut des falaises, ou sur elles-mêmes ; dans la pénombre, des fleuves roulent des boues jaunes entre des troncs d’arbres blancs qui s’effritent parfois en poussière argentée.
 
D’ où il est, Bip bip ne voit que des murs et du sable, une fenêtre ouverte sur du sable encore. Sous le plafond pourtant, une haute étagère porte des objets étranges : des disques plats, un peu brillants, de couleur blanche avec un liseré bleu, et d’autres légèrement plus petits et un peu creux, sont posés debout derrière une petite rampe torsadée ; il y a aussi des cylindres  transparents couverts de poussière.
Bip bip ne s’attarde pas, lui et ses collègues ne sont pas programmés pour appréhender le sens des objets matériels. Par contre ils peuvent parfaitement s’imprégner et restituer au grand programme tout ce qui touche à l’esprit et ses manifestations, reconnaître et traduire chiffres et symboles… Ailleurs sur la terre les entités s’affairent à absorber la mémoire des anciens terriens, ces êtres en forme de cubes et parallélépipèdes de plastique gris qui gisent sur des tables dans tous les bâtiments encore debout.
Rien de tel ici, mais l’attention de Bip bip est attirée par un objet plat et rectangulaire posé à côté des disques, un cahier sur lequel court une fine écriture :
 
        Toi qui lis ces lignes, sois béni, car cela veut dire que des humains auront survécu. Le dernier message de la radio disait que les Saoudiens ont des abris antiatomiques où les réserves d’oxygène permettraient à quelques familles dirigeantes de survivre des années. Peut-être es-tu un prince saoudien ?
 
Qui que tu sois,  je te salue et te bénis.
 
Les pauvres ont disparu en premier, c’est normal, il en a toujours été ainsi. Et les gens des vallées et des plaines.
 
Pour moi, et ceux qui ont pu se procurer des  bouteilles d’air comprimé, c’est une question de jours…
 
De temps en temps je vois sortir des rats obèses. Les rats nous survivront, ont toujours prédit les scientifiques. Ceux-là sortent parce qu’ils ont épuisé les poches d’oxygène qui doivent rester çà et là dans le sous-sol. J’aime mieux ne pas savoir pourquoi ils sont obèses.
 
L’air est jaune, l’eau est jaune, le manomètre de ma bouteille est en dessous de 1/10e.
 
Dans ces agréables conversations spirituelles que les nantis ont parfois, un verre à la main, nous posions ce genre de question gratuite : " qu’aurions- nous le plus de mal à quitter ? ". J’ai souvent dit " Proust" ou " Mozart ", pour frimer, ou " toi ", pour séduire.
 
Et voilà que je me rends compte  que ce qui me manque le plus, c’est Baboum, mon nounours tout pelé.
 
Je ne sais plus qui a écrit le résumé limpide de cette histoire de bruit et de fureur : Nostradamus ? Paulo Coelho ? …
 
            Le ressac laissa la vie sur le rivage.
            L’homme vint, petites histoires et grands massacres.
            Puis le silence, minéral.
            Le diable en rit encore…

Le diable ? grésille Bipbip aux copains, qui diable a la traduction pour ça ?

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