28 avril 2018

La kermesse à Pierrots* (Emma)

 

C'est arrivé dans les années 80.
Au fil des siècles et des années, dans ce petit village de Flandre, la traditionnelle kermesse du dernier samedi de juin s'était rétrécie jusqu'à se résumer au défilé de la fanfare, une buvette, un jeu de boules, et une baraque à frites.
Les associations de danse offraient en fin d'après-midi leur gala de fin d'année dans la salle polyvalente, pour l'occasion affublée, en plus des coupes de championnats derrière le bar, de ballons, écussons en carton, et oriflammes bigarrées.
Les familles des danseuses traînaient là de force des fratries au regard éteint, moroses à l'idée de se taper deux heures d'un spectacle déprimant.
Presque toute la salle était occupée par les tables de ceux qui avaient réservé le traditionnel et roboratif dîner aux Pierrots qui devait suivre le spectacle ; derrière, de simples chaises accueillaient les "entrées simples", qui se contentaient de la buvette, constituées majoritairement d'ados ricaneurs venus zieuter et railler les plus grandes des danseuses du cours de Madame B.

Il faut dire que les costumes de celles-ci n'avaient rien à envier en potentiel érotique à ceux des pole-danseuses professionnelles, bien que ne seyant pas forcément à des gabarits hétéroclites.
On eut droit d'abord aux scènes de ballet classiques, qui firent bailler les gamins. Puis les danses modernes de madame B, plus ou moins orientalistes, les émoustillèrent et leur permirent de montrer toute l'étendue et la finesse de leur esprit. Ensuite ils levèrent le camp.
La deuxième partie était consacrée aux petites. Des ablettes anémiques et quelques dodues au ventre rebondi, frissonnant, à demi nues, dans leurs costumes approximatifs en crépon cousus à la hâte : pagne court frangé et ridicule soutien-gorge.
Elles se trémoussaient sur "Mélissa, métisse d'Ibiza", lorsqu'une bretelle du soutien-gorge de papier de Caroline lâcha, à sa grande panique. Elle essayait de le retenir de l'autre main, mais rien à faire, le crépon pendait, révélant une partie de sa petite poitrine chaque fois qu'elle devait faire face au public ; petit drame pathétique, que la mise en scène, l'éclairage intermittent, la musique, rendaient obscène.
Sa maman se précipita dès la fin de la prestation pour lui donner un gilet, mais le mal était fait, la pauvrette en larmes s'échappa et courut cacher sa honte dans les vestiaires situés dans le bâtiment annexe, entourée d'une nuée de petites filles pépiantes dont la plupart ne s'étaient aperçues de rien.
Le Dédé, qui était venu aider sa femme Jeannette à servir les repas, se glissa derrière les petites filles, suivit Caroline jusque dans les toilettes où elle s'était réfugiée en sanglotant, tandis que les autres se changeaient en caquetant à l'autre bout du couloir.
Il mit le loquet, la viola et l'étrangla.
Puis il s'enfuit par la fenêtre qui donnait sur le sentier le long de la rivière, où ne passait jamais personne, parce qu'il ne menait qu'à l'ancienne tannerie désaffectée.
Sauf ce jour-là, justement où le vieux Paulin promenait son chien obèse et à demi aveugle, dont le ventre touchait terre ; il salua le Dédé à la Jeannette d'un "eh ben mon vieux, toi non plus t'aimes pas la gambille ?"
     Ce qu'il ne manqua pas de répéter dix fois aux gendarmes, ponctué de "ben ça alors ! "  dans toute l'agitation qui suivit les cris.
Quand ils eurent alpagué le Dédé, qui tentait de fuir sur sa mobylette, les gendarmes se rendirent chez Jeannette, et la trouvèrent pendue à une poutre du hangar.

Voilà.

 

* les  ducasses à pierrots sont une vieille coutume à Lille et les environs, dont l' origine se perd dans la nuit des temps, prétexte « à de gaies réunions et à d’honnestes beuveries ». Le pierrot, c’est un bout de saucisse d’une dizaine de centimètres de longueur, toujours accompagnée de haricots bien chauds et fort souvent, aussi, de pommes de terre. (le web)

 

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07 avril 2018

Hystérique (Emma)

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10 mars 2018

DANS LA RÉGION (Emma)

 

Un drame conjugal endeuille la commune de Vieilleville où la famille M. est honorablement connue. Dans la soirée de jeudi, Daniel M. surveillant pénitentiaire, a étranglé son épouse Pauline, au prétexte qu'elle avait caché la télécommande. Effondré, l'homme a déclaré aux enquêteurs qu'il avait perdu la tête parce qu'elle voulait regarder "Dynastie" un soir de demi-finale.

 

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03 mars 2018

Participation d'Emma

Spéciale dédicace pour Joe le troubadour.

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24 février 2018

Les feuilles mortes (Emma)

 

Mon dieu, mon dieu, elles sont toujours là, les banquettes en moleskine, un peu moins rutilantes, un peu plus avachies, mais il est toujours là, en son jus, le bistrot de Pierrot.
Et Pierrot lui-même est encore là, moins fringant qu'au temps de la photo en sa gloire au-dessus du comptoir, et nettement moins tonitruant.           

François l'interpellait avec insolence, en ces jours de jeunesse, en ces jours d'insouciance : ho là tavernier ! ou encore : pourrais-tu mettre un peu plus de margarine ?
Ils atterrissaient souvent là à la fin des cours, entre chien et loup, après de longues déambulations dans les rues, (est-ce que réellement il pleuvait toujours ?)  
L'un qui aimait, et l'autre non.
Les pavés luisaient doucement
et ils croisaient la lune dans chaque flaque.
D'une fenêtre là-haut un saxo bluesait,
il a dit : "te rends-tu compte ?
te rends-tu compte qu'on a vingt ans ?" 

Deux écorchés, ivres de musique et de mots, tendres et vulnérables ! Elle jouait les futiles, et lui l'artiste maudit.
Il était arrogant, agressif, mais la nuit écrivait des lettres déchirantes : Unique, disait-il, toutes les fois que je te quitte, je maudis le dilettante cynique et vaniteux que je joue, mais un jour, je t'enseignerai la ferveur".
Parfois, quand il n'y avait pas d'autre client, sur le vieux piano au fond du bistrot, plus habitué à résonner des gaillardes chansons estudiantines, il jouait Grieg, Chopin ou Kosma… Comme un dieu.
Oh je voudrais tant que tu te souviennes des jours anciens où nous étions heureux… 

Mon dieu, c'est là, sur cette banquette de moleskine miteuse, qu'elle a passé les meilleurs moments de sa jeunesse. Et elle ne le savait pas !
Te souviens-tu, Pierrot ?
Mais Pierrot ne se souvient pas, il a même oublié qu'ils se tutoyaient. Il en a tellement vu, des gamins, sur ses banquettes !
Non, il ne se souvient pas de François, ni de la moto qui a tué dans un lacet de montagne l'un des écrivains les plus prometteurs de sa génération.

 

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23 décembre 2017

Une petite fantaisie pour fêter Noël ? (Emma)

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02 décembre 2017

Les branches du prunier (Emma) (48)

 

C'est un paravent, sombre et patiné, chargé d'ans et d'histoires ; sur ses panneaux de soie on voit, dans un paysage de forêt sur ciel rouge, une femme en kimono blanc dont les longs, très longs cheveux s'enroulent autour d'une montagne, face à un dragon à la gueule grande ouverte. 

Son créateur, l'artiste Nguyen Quang Trân, était spécialisé en chinoiseries parsemées de poèmes nippons, pour plaire à sa riche clientèle plus cosmopolite que cultivée. Il a représenté sur les panneaux du paravent la-femme-changée-en-pierre-pour-avoir-sans-le-savoir-épousé-son-frère, d'après le célèbre conte : Hon Vong Phu [1] 

Il a en fait réalisé trois paravents, pratiquement identiques, pour le très respectable  Maitre Dao Dang Duong.
Le premier était destiné à sa vénérable mère, le second à son honorable épouse, et le troisième à son nuage de miel, Lulu la Nantaise, qui déployait alors son art au Lotus bleu

Dans les jeunes herbes
Le vieux saule
Oublie ses racines.
 

Au lotus bleu, le paravent de la montagne fut le décor flamboyant de somptueuses mises en scène. 

Au parfum des fleurs
Je ne montre que mon dos -
Changement de robe.
 

Plus tard, il servit à  Lulu à "cacher son fourbi"  quand, l'heure de la retraite ayant sonné,  elle se mit à son compte  aux  volets rouges[2]

Chaque fleur qui tombe
Les fait vieillir davantage
Les branches de prunier !
 

Hélas survinrent les événements que  vous savez. 

Rien ne dit
Dans le chant de la cigale
Qu’elle est près de sa fin.
 

Lulu disparut dans la tourmente, le paravent fut volé puis  revolé à son voleur, pour réapparaître, dix ans plus tard, dans une brocante, et depuis compléter son  honorable CV à des fins lucratives, au gré des modes.

Le voleur
M’a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre.


- Venez voir, chers amis, la merveille que Charles Edouard m'a offerte pour nos noces d'or…
Selon l'antiquaire, il a appartenu à Puyi, vous savez, le dernier empereur de Chine…
 Mathilde ajoute, avec un petit rire modeste et charmant :

- mais je n'ai pas pu le vérifier… 

Un rayon de soleil qui danse semble faire ricaner le dragon. 

Quand les pruniers fleurissent
Les belles du bordel
Achètent des ceintures.

haikus de Yosa Buson, Chiyo-Ni,  Matsuo Bashõ , Ryokan, Chiyo-Ni

 


[1] Hon Vong Phu : La Montagne De La Femme Qui Attend Son Mari

[2] une p'tite taule de Biénoa pas très loin de Saigon...

 

 

em

 

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28 octobre 2017

Participation d'Emma

 

Emma nous offre une prise de vue à travers l'œilleton de son kaléidoscope :

 

Admirez la synchronisation avec la musique

 

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08 juillet 2017

Participation d'Emma

clepsydre 36

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01 juillet 2017

Participation d'Emma

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