Il est là, serré entre mes mains, Je l’ai retrouvé, ce livre perdu , ce bonheur palpable égaré lors d’un déménagement. Certes, j’aurais pu le remplacer, aller simplement à la librairie du  Midi. Mas je n’ai pas voulu.

            Un livre, c’est aussi  le premier émoi  de la première page. Et toutes les émotions qui se pressent au fil de la lecture, se bousculent un peu, sourient, pleurent quelquefois.  Des émotions  attachées pour toujours à notre imaginaire, qui complète si bien les non-dits de l’auteur ; on pressent, on devine, on découvre, on aime.  Neuf, le livre me semblerait une redite, une copie sur papier glacé.

            Je l’ai retrouvé ! Il s’était blotti dans le dossier d’un vieux fauteuil,  celui où j’aimais lire, et qui trouva sa place au grenier.
J’y suis montée tantôt et m’y suis assise. Ma main a effleuré les coussins, s’est machinalement glissée sous le dossier…

            Je l’ai retrouvé. Edité en 1904 « Le Visage émerveillé » de la comtesse Anna de Noailles fait soudain rejaillir la magie. L’instant est parfait.  Et je suis, faut-il le dire, moi aussi, « émerveillée ».