Dans un petit carton blanc,
J’ai mis un jour les disques
De mon chanteur préféré.
 
Dans un petit carton blanc,
J’ai calé les Œuvres Complètes
De mon écrivain tant étudié :
 
Trois jolies Pléiade
Et leur album : un quatuor magique,
Surtout bien protégé.
 
Dans un petit carton blanc,
J’ai glissé Baudelaire
Et ses « Œuvres » si décortiquées.
 
J’ai fermé le petit carton blanc
Et pour un jour que j’espérais proche,
Je l’ai mis de côté.
 
Puis nous avons pesé nos valises noires,
Pas plus de  vingt kilos à emporter,
Un choix cornélien :
 
Ma plaquette de pilule en cours
Et autres traitements ;
Des vêtements chauds
 
Pour le pays d’arrivée.
Mon livre en cours
Et quelques autres d’avance
 
Pour ne pas manquer.
On a compté les petites cuillères
Puis fermé la porte.
 
Nous avons déjeuné dehors,
Il faisait vingt degrés sous les palmiers.
Une journée sous le signe du vingt.
 
A l’arrivée, on nous attendait
Avec  de l’amour et des critiques.
Il avait bien gelé.
A mon coucher
Dans un nouveau lit
J’ai retrouvé mon livre en cours.
 
Comme à chaque nouveau paysage
Un livre est toujours là
Changeant mais rituel inchangé
 
Quant au petit carton blanc
Il resta là-bas seul
Plus longtemps qu’on l’aurait imaginé.
 
Trois ans après
Après maintes péripéties
Et moult avanies.
 
J’ai retrouvé mes Œuvres complètes
De Baudelaire et Nerval
Inchangées mais toujours changeant
 
Ma vie.