Très tôt j'ai pris le chemin de la lecture... oh pas pour de grands voyages d'explorateurs, juste des sauts de puce dans le monde merveilleux des contes, à courir derrière un lapin farceur ou quelque poucet facétieux.
Et puis j'ai découvert Marcel... pas Dassault mais Pagnol.

Pour moi qui ne quittais la banlieue parisienne que pour nos vignes bourguignonnes à l'occasion des grandes vacances, je découvrais soudain qu'Aubagne n'est pas un pénitencier - bien au contraire - et qu'en dessous de mes chères Côtes de Nuit existait une terre promise, un paradis peuplé de cigales “aux rumeurs cuivrées”, planté d'éclatants genêts et de lavandes aux parfums capiteux.
A haute voix je me délectais de tous ces noms aussi étranges que garrigue, bastide ou bartavelle en m'efforçant d'imiter cet accent chantant qu'auraient eu les petits santons de notre crèche familiale s'ils avaient su parler.
Je tentais de poser - heureusement sans succès - ces pièges à oiseaux qui n'avaient aucun secret pour Lili des Bellons.
Je retrouvais en Augustine - timide couturière brune et rougissante - cette mère douce et fragile qui me manque tant aujourd'hui.
Si les interminables joutes politiques de Joseph et de l'oncle Jules m'ennuyaient au plus haut point, je m'échappais bien vite de la Bastide Neuve aux trousses d'un Marcel auquel je ressemblais chaque jour davantage, tant par nos coiffures de plumes comanches que par notre connaissance de la règle de trois et du lac Titicaca.

Aujourd'hui quand le cafard me prend j'ouvre sans bruit ce livre de mon enfance - de peur d'en effrayer les rares biquettes qui broutent encore le Garlaban - et je plonge avec délice en ce lieu plus précieux que bien d'autres.

Je bois à sa source retrouvée...