Avant de lire, regarder : http://fr.youtube.com/watch?v=1zJVYkX9r8w&feature=related
 

J’éteins la télé. C’est vraiment une sale manie que j’ai prise d’écouter M6 au saut du lit. Mais ça me donne là pêche. Et j’en ai besoin. Tous les jours de la semaine, congés, dimanche et jours fériés compris. Mais surtout quand je vais au boulot. Bon il est temps. Je pense à ce vidéo clip, ça doit être étrange de se retrouver autre. Bon le gars-là, Kamini y devient blanc. Qu’est-ce que je pourrais devenir. Tiens invisible. Il suffit que je me regarde dans la classe, un teint pâle et des cheveux courts d’une couleur indéfini. Un pull gris. Un jean. Un uniforme. De toute façon, on ne me remarque pas. Je ne parle pas, je bosse, corvéable à loisirs, avec un petit salaire et on me dit à peine merci.

Un dernier coup d’œil dans la glace. Mais j’ai la berlue. Il n’y a plus personne dans ce miroir. Me voilà invisible pour de bon. Je m’assois deux secondes. Heureusement même transparent, je peux avaler un peu de café. Bon, ce n’est pas la peine que je prenne mon vélo pour aller au taff. Il faut que je prenne le métro. Et d’ailleurs pourquoi je devrais aller bosser. Puisque l’on ne me voit pas. Soudain je regard mon tube cathodique et je vois ce mec black, enfin non, il est blanc maintenant, qui se marre. « Salut mon pote, t’as droit à une heure d’invisibilité, profites-en !» Dernier éclat de rire et ploff plus rien.

La porte vient de se fermer derrière moi. En profiter, pourquoi faire… Je pourrais aller au taff et leur faire payer par mille misères ce qu’ils me vont supporter chaque jour, cette insoutenable indifférence polie. Non. Trop facile. Devant moi, j’aperçois une blonde au lourd manteau de fourrure. Elle grimpe dans un taxi en demandant un péremptoire « les Champs Louis Vuitton », je l’y rejoins aussi sec. Là, confortablement engoncé dans les fauteuils de cuir, légèrement dans les vapes, son parfum c’est pas du truc pour jeune fille à l’extrait de rose et de magnolia. Ca dépote ! Je me laisse bercer par paris est ses berges, ses boulevards. Je suis béat. Et puis je le vois, comment l’avait-on surnommé lors de sa construction ? La verrue ! L’Opéra Garnier. Bingo Ca y est je sais, je sais que je vais faire, je vais courir après un autre invisible, un de ces êtres que l’on ne voit pas. Et qui sais-trouver le lac oublié. Je profite d’un feu rouge pour me glisser hors du taxi et je grimpe le cœur léger les marches de l’opéra Garnier. Au passage je chipe à un touriste distrait son Gaston Leroux ; une heure m’avait-il dit, une heure pour aller au-delà des pages, pour plonger à sec dans le réel derrière l’encre et le papier.

fantome