C’était écrit sur un de ces petits papiers satinés qui dorment au creux des papillotes.
«  Vous voilà invisible pour une heure »
J’adore ce genre de messages loufoques et un instant j’ai envié ce type dont le travail consistait à écrire les billets de papillotes.
Je me suis levé, le visage réjoui, pour jouer le jeu et mirer ma transparente personne dans la vitrine du libraire du coin de la place.
Devant la vitre, j’ai pali, des soubresauts glacés me parcouraient de la tête aux pieds, si j’avais pu les voir je crois que j’aurais vu mes jambes s’entrechoquer et fléchir brutalement : voilà qui défiait toute explication, j’étais invisible !
Le choc passé, j’ai bien vite réfléchi à optimiser cette incroyable fortune.
Dévaliser une banque ?
Me glisser dans les cabines d’essayages des « galeries bonne franquette » ?
M’asseoir dans le bureau du président de la république ?

Non, j’avais une idée bien plus délicieuse que ça…
Je suis entré par la cour de derrière, j’ai traversé l’arrière boutique et je me suis assis au beau milieu des cuisines, à deux respirations de sa table de travail. Et là, je l’ai regardée les travailler, les bichonner, les façonner et les mettre à cuire.
La mère Janeczka préparait les croquants aux amandes les plus divins qui soient, sa boutique ne désemplissait pas, les gens venaient de loin de très loin parfois pour assouvir leurs envies de ce délice doré. Elle conservait jalousement sa recette et personne n’avait à ce jour réussi à lui faire lâcher un mot des ingrédients et de la façon qu’elle employait.
Maintenant je savais.
L’heure touchait à sa fin…Je suis reparti sur la pointe des pieds.