18 novembre 2017

Noctambules (Laura)

 

Les oiseaux de nuit ne trouvent plus d’appui
Pour distinguer hier, demain  et aujourd’hui
Ils n’attendent plus grand-chose d’autrui
Leurs rêves et leurs désirs se sont enfuis
Ils boivent seulement  pour noyer leur ennui.
Les oiseaux de nuit ne trouvent plus l’étui
Qui contient leurs lunettes de pluie.
L’alcool a nui et tout le plaisir a fui.
Si le bar a un instant relui
Il ne reflète même plus celui
Qui confond le jour et la nuit.

 

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La Pomponette (Vegas sur sarthe)

 

Elle est là dans le vestibule, pâle comme un maccabée, chiffonnée de la tête aux pieds et chancelante comme un funambule de pacotille, les yeux battus et la choucroute de travers.
Alors je commence puisque je suis le plus valide de nous deux :"C'est à c't'heure-là qu'tu rentres? On avait dit pas tard, Germaine"
Je me doute de la réponse comme elle se doutait de la question et ça sort :"Il est pas tard... il est tôt, il est même très tôt. Qu'est-ce que tu fous déjà debout ?"
L'oiseau de nuit, déplumé et repu de gros son – ça tintinnabule encore dans sa tête – ressemble moins à une chouette qu'à une chatte rassasiée, on dirait la Pomponette de Pagnol.
Je me retiens de dire :"Assieds-toi là ma belle, tu dois avoir faim" mais elle n'est pas belle à cette heure matinale; Germaine est belle le soir mais jamais belle au matin, elle est du soir... du très soir.
Comme en préambule à l'habituelle empoignade elle ajoute pour se justifier :"J'y peux rien, j'suis somnambule"
Comme à chaque fois ce dialogue de sourd va ruiner mon petit-déjeuner du dimanche matin :"On ne dit pas somnambule mais noctambule"
Une grosse larme creuse lentement un sillon de rimmel ravageur :"J'y arrive pas"
Je repousse mon bol de café refroidi tout comme moi :"C'est pourtant facile, noc-tam-bu-le et som-nam-bu-le, c'est différent! Noctambule c'est quinze points au scrabble alors que..."
"C'est quoi le scrabeule?" demande t-elle.
Si les copains du club de scrabble l'entendaient, ils seraient sur le cul!
Germaine fourrage d'une main lasse dans sa choucroute dévastée; le sillon de rimmel finit sa course à la mandibule :"J'y arrive pas à rentrer moins tard parce que j'ai besoin de partir tard, sinon à quelle heure on ferait les after?"
Je pose ma tartine beurrée... Germaine l'est tout autant; j'ose la question :"C'est quoi un afteure?"
Si ses copines d'afteure m'entendaient, elles seraient sans doute effarées.
Elle s'explique les yeux fermés comme pour prolonger son plaisir "nocturne" :"C'est là où on va finir la nuit quand les boîtes ferment vers trois heures"
"Et on y fait quoi dans ces afteures?"
Une lueur incrédule éclaire son regard éteint :"Ben... on fait la même chose qu'en boîte, on boit, on grignote, on s'amuse quoi!"
C'est vachement bien organisé leur truc: quand les boîtes ferment, les afteures ouvrent.
Je réponds juste :"Tu grignotes après trois heures du mat? Va pas vomir dans mon bol"

Pomponette tangue dangereusement dans un slow approximatif et finit par s'affaler sur la chaise contre moi.
Un mélange de tabac froid et de Lancôme suranné déambule autour de ma fêtarde et me donne la nausée :"Tu fumes maintenant ?"
"Non, c'est les autres, alors fatalement j'en profite"
Comme si elle était fatalement contrainte d'aller en boîte chaque samedi et fatalement obligée de rentrer à sept heures.
Fêtard... c'est curieux ce mot qui finit par tard.
D'après le Larousse le mot fêtarde est très rare, mais il a fallu que j'en épouse une.
Moi je fais partie des couche-tôt et je n'ai pas envie de changer de rythme.
Ma fêtarde ronronne et commence sa nuit sur place, je pourrais lui dire façon Pagnol que je m'étais fait un sang d'encre toute la nuit, que j'avais tourné et viré dans tous les coins, plus malheureux qu'une pierre... mais en fait j'ai dormi et il faut que j'aille réchauffer mon bol de café :"Maintenant que tu en as bien profité, Pomponette tu peux aller te décontaminer sous la douche et filer au lit... il est encore chaud"

Je rêvais de conciliabules, d'enfantillages échangés sur l'oreiller dans la chaleur du lit conjugal mais voilà, j'ai épousé une noctambule.
"S'il est chaud j'en veux bien" bredouille t-elle.
J'ignore si elle parle du café ou du lit et je n'ai pas envie de savoir; pas envie de partager l'un comme l'autre: c'est mon café et c'est mon lit puisque j'y dors seul et que je le bois seul ou le contraire.
Dimanche prochain, je prendrai mon café au lit... ça résoudra la question.

 

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Pensées noctambules à LISBONNE (Venise)

 

Sous les toits de  LISBONNE se jouent les passions nocturnes d’un petit monde aux gestes inutiles.
Le petit employé de commerce, la femme de ménage, la secrétaire et le chômeur ont tous rêvé leur vie avant même de la vivre
Ces intimes rêves, sont restés dans l’ombre éclairée d’une étrange clarté que le Poéte  PEGUY nommait l’espérance.

Ce petit monde crépusculaire a brassé tant de rêves, que LISBONNE en frémit encore.

 

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Dans cette ville labyrinthe où dort un Minotaure , gisent des drames gris de nos simples vies.
Sous la clarté des lampadaires à la surface des rues se cache l’opacité de nos destinées.
C’est pourtant là dans cette ville Nocturne , havre de paix
Pour qui sait écrire que je me suis réconciliée avec mes nuits et que le monde fut enfin habitable .

Bien avant Baudelaire,et la lucidité de son spleen, bien avant Rimbaud et la mutilation de sa jambe , j’ai porté d’une manière déconcertante le désordre du monde ,sa lumière , sans vaciller et qui condamne à une distance infranchissable .Mise à la diète , j’ai renoncé à feindre , dans le jeu du clair-obscur des miroirs  pour mettre à jour les fines couches successives de mes émois .

Lisbonne est le lieu où l’on abordait le mieux l’insondable , l’indicible présence du secret d’une vie la nuit. .

 

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11 novembre 2017

Défi #481

 

Ne nous cachez rien,
vous aussi vous l'êtes (parfois) !

Noctambule

4811

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Ecrire à Rimbaud ? 11, Maléfices (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

“Sweet Lorraine
Let the party carry on… »

Uriah Heep (Ken Hensley ; Mick Box ; Lee Kerslake) 



A force de m’interroger sur le maléfice ardennais, sur cette suite de catastrophes que fut ton existence, j’en viens à me demander si je ne suis pas, moi-même, le maléfice ultime !

N’ai-je donc rien de plus intéressant à accomplir dans la vie que cette exploration non essentielle des bibliothèques et d’Internet au sujet de ton œuvre et de ta vie afin d’en souligner, s’il en est encore besoin, la malchance infinie ?

N’ai-je pas à rechercher des images plus colorées, plus joviales que celles du Harrar en noir et blanc ou de Charleville-Mézières après le passage de la météorite Rimbaud ou des bombes de 14-18 et 39-45? J’en connais pourtant ! Et des tonnes !

Est-il bien utile d’offrir en partage ma dernière trouvaille ? Sans doute que oui, histoire de relativiser le fait que «Non seulement j’ai écrit des bêtises mais j’en ai chanté aussi». J’avoue, j’aime bien balancer des horreurs dans les oreilles des gens, c’est pour cela que je chante ! Mais avec le «Rimbaud» de John Zorn, vous allez être gâté(e)s ! C’est du pire to pire !

Il ne sortira donc jamais, de la tête des hommes, que le génie du mal et le goût pour l’inaudible ? Serions nous tous ensorcelés ou quoi ?

Attention, passage litigieux : 

Uriah Heep Demons and wizards

Et pourtant, c’est bien la société elle-même et, paradoxalement, l’école qui nous encouragent à cela. On y prône la curiosité, le goût pour la lecture, pour les arts, pour la science, pour la découverte, bref tout ce qui a causé ton malheur… et mon bonheur !

Sans la fréquentation des livres, Arthur Rimbaud, tu serais sans doute devenu un paysan ardennais plus ou moins prospère. C’est à cela que te réduit d’ailleurs M. Thierry Beinstingel dans son roman «Arthur Rimbaud, vie prolongée». Arthur Rimbaud, contremaître à béquilles dans une carrière de marbre belge, marié puis veuf avec enfants, qui traverse l’affaire Dreyfus et 14-18 sans prononcer un mot plus haut que l’autre… Désolé de spolier celles et ceux d’entre vous qui souhaitent lire ce livre mais, à part le fait que c’est très bien écrit, ce scénario n’a rien de bien intéressant !

L'autocritique du jour : La malédiction des auteurs de romans c’est le lecteur qui se prend pour un critique littéraire !

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne reproche rien à ce Charlemagne qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école. Je ne fais pas partie de ceux qui veulent l’interdire avec la musique, le jeu d’échecs et la liberté de parole pour voiler tout cela du grand manteau noir d’une religion. Allez-y, les jeunes gars, les jeunes filles, à l’école ! Allez y, vous n’en reviendrez pas, comme le chantait Brigitte Fontaine jadis. Oui, c’était assez inaudible aussi !

Uriah_Heep-The_Magicians_Birthday_Japan-Booklet-

En effet, sans les livres d’images, sans les bandes dessinées, sans la liberté de publier et de diffuser la culture, fût-elle d’abord souterraine (underground) puis récupérée (mainstream) et officielle (old dinosaurs, Pink Floyd, Rolling Stones, Bob « Nobel z’années » Dylan), sans les couvertures des romans de science-fiction et les pochettes de disques vinyles, comment aurais-je pu rencontrer les démons et sorciers dessinés par Roger Dean pour les albums d’Uriah Heep et d’autres groupes de rock des années 70 ?

Bien sûr, c’était en dehors de l’école, mais il n’y a pas que l’école dans la vie, ou mieux, toute la vie est une école et le professeur-cancre Joe Krapov y donne des cours de récréation ! Bien sûr c’est le hasard qui préside à la sorcellerie, à la magie et qui fait qu’un sortilège devient maléfice ou enchantement. Rien ne l’abolit et surtout pas un coup de dés. 

Uriah_Heep-very 'eavy

- T’as du faire nénette, deux, deux et un, Jean-Arthur, et moi casser la baraque avec trois six !

J’ai eu la chance de découvrir chez lui et d’emprunter à l’ami J.-B. B. le premier 33 tours de Uriah Heep, «Very ‘eavy, very ‘umble». Que faisait-il, égaré dans sa collection de disques de musiciens de la West Coast des Etats-Unis (Jefferson Airplane, Grateful Dead, Hot Tuna, CSNY) ? Mystère !

Toujours est-il que «The Magician’s birthday» est bien le premier disque de rock acheté par les pauvres deniers de mon argent de poche de l’époque. Je suis toujours aussi scotché par le morceau final de dix minutes sur la face deux avec son solo de guitare électrique et de pédale wha wha. Le plus enchanteur des sortilèges musicaux n’en reste pas moins Demons and Wizards, l’album qui précédait celui-ci, avec la suite magique de Ken Hensley, «Paradise / The spell». 

Greenslade 1 recto

Et donc, de maléfice en aiguille, pour le seul plaisir de posséder des illustrations de Roger Dean, j’ai été victime de fièvre acheteuse et je possède encore les disques du groupe Greenslade, de Yes et même de Badger.

Bon, assez disserté sur mes envoûtements personnels. Je m’aperçois que, tout à mes recherches et à mes écoutes de musiques folles, j’ai oublié de voir passer le 20 octobre et de te souhaiter un bon anniversaire ainsi qu’à ce cher oncle Walrus qui est né dans ces eaux-là aussi, un peu plus tard quand même qu’en 1854 !

C’est pourquoi je termine cette lettre en vous Balançant à tous les deux un «Happy birthday, magician !».

P.S. Et comme je ne suis pas chiche, je vous offre mes derniers trésors du Trégor. Vous pourrez ainsi constater que Messieurs Nikon et Canon ont prononcé à mon endroit aussi un terrible maléfice : «Chaque fois que tu prendras des photos, Joe Krapov, tu tourneras la molette des effets créatifs afin de te retrouver dans un autre monde qui te rendra fou ! Ha ! Ha ! Ha !" (Rire maléfique de Nippon ni mauvais qui te jappe au nez). 

P.S. Oui, je t’ai entendu, Jean-Arthur !

- Passer de Sweet Lorraine à Loreena McKennitt, c’est une belle façon de boucler la boucle. Et ce serait bien que tu la boucles un peu plus souvent, Joe Krapov !»

- Ha ! Ha ! Ha ! Compte là-dessus et bois de l’absinthe !

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Maléfice (joye)

La voisine, je ne peux plus la voir en peinture.

Au début, oui, ça allait. Elle était jolie, le jean agréablement serré, un parfum indistinct qui fait rêver un mec. Une bouche carmine. Vous voyez le genre. Parfait pour moi, un homme distingué, compositeur et musicien accompli.

Un soir, elle vint frapper à la porte. C’était l’heure de l’apéro, ça tombait bien, j’avais passé la journée avec des gamins immondes, leur apprenant à ne pas baver sur le clavier de mon Hans Weber. J’étais sur le point de lui proposer un petit porto quand elle me fit sa demande.

Pouvais-je m’occuper de son chat ce week-end-là ? Elle venait de l'adopter de l'abri. Malheureusement, son jules était allergique et il l’attendait en bas, il voulait aller en amoureux au bord de la mer, mais elle ne pouvait pas laisser l'orphelin sans ses croquettes et puis le pauvre minou serait tout seul et serais-je un amour et le garder ?

Je n’avais même pas le temps de formuler un refus galant avant de me retrouver avec une boule blanche sous le bras et la voisine qui descendait rapidement l’escalier en riant « Il s’appelle Maléfice ! »

Le chat et moi nous regardâmes, l’un plus méfiant que l’autre.

C’était sans doute là le point culminant de son séjour.

Ça dura quatre jours, six bagarres et plusieurs lacérations. Mon appart’ sentait abominablement le vomi et le pipi. Ce crétin de chat avait aspergé les rideaux du living, laissé ses poils blancs partout sur mon meilleur costume, et ses crottes dégueues sur mon Kilim. La maudite créature renversa même ma petite figurine de Limoges. Bon, j’avoue que je n’aimais pas trop la babiole, maintenant en miettes, mais je regrettais les six cents balles qu’elle valait, c’est sûr.

Enfin, cette gonzesse de voisine fut de retour de son week-end voluptueux. Elle avait l'air heureuse et reposée. Moi non. Quand elle passa récupérer son sacré grippeminaud, j’étais prêt.

-          Eh oui, Madame, votre Maléfice était un amour ! je ronronnais. Tellement que je lui ai fait un petit cadeau.

-          Ah bon ? Un cadeau ?

-          Oui, oui, oui, j’ai découvert, figurez-vous, que votre chat était doué pour la musique.

-          La musique ?

-          Oui, oui ! Tout à fait ! Ne le saviez-vous pas ? Il joue de la sonnaille.

-          De la sonnaille ? Ça alors !

-          Bah oui, je sais. Allez, tenez, votre petite bouboule et la sonnaille. Je la lui offre en souvenir de notre petit week-end ensemble.

Elle semblait plus qu’un peu déconcertée, la voisine, mais elle ne pouvait pas refuser ma générosité. Soit cela, soit elle se méfiait de mon sourire inquiétant.

Après tout, depuis quatre jours, ce putain de raminagrobis n’avait pas arrêté de faire le vacarme chez moi. Et maintenant, il allait continuer chez elle. 

Et elle, elle tint exactement deux jours avant de ramener Maléfice d'où il venait. J'ignore ce qui arriva à la sonaille.

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La vilaine sorcière par bongopinot

bo

 


De ces rues désertes et sombres
Arrivent des créatures maléfiques
Nous venons en nombre
Détruire vos journées angéliques

C’est moi la vilaine sorcière
Je sévis dans les coins sombres
Malheur aux gens de l’ombre
J’apporte froid et misère

Je suis une créature maléfique
Mon rire sonne l’effroi
Méchanceté psychédélique
Je suis haineuse et sans loi

Si vous croisez mon chemin
Vous ne verrez plus demain
D’un seul geste de la main
Vous ne serez plus rien

J’ai les oreilles en pointes et le nez crochu
À ma vue la peur vous tenaille
Je suis tout de noir vêtue
Je vous attends pour la bataille

Je ne suis que maléfice
Je rôde tous les jours
Avec véhémence et malice
Ma rage vous jouera des tours

Je vous jetterai sorts et maléfice
Je règne en maître sur cette terre
Où je vis je cours je marche et glisse
Essayez d’éviter mes embuches de sorcière

De ces rues désertes et sombres
Arrivent des créatures maléfiques
Nous venons en nombre
Détruire vos journées magnifiques

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La cantine (Pascal)


Un jour de cantine, je patientais tranquillement dans la queue et j’avais mis les discussions de la populace alentour en veille. Rien de ce qui se disait n’avait une quelconque importance dans cet endroit d’attente. Certains papotaient comme des commères en retard de ragots, d’autres continuaient à travailler dans leurs grosses têtes ; ils finissaient des rapports obscurs ou complétaient des tableaux de bord, sans réelle direction...

Et cette file indienne sédentarisée trépignait en avançant mollement dans l’hymne des casseroles ambiantes et des poêles environnantes. Pour faire le bon tempo, les ventres grognaient de concert. Les yeux cherchaient déjà l’entrée, réfléchissaient sur le plat de résistance ou sur le goût du dessert. On fomentait des couleurs dans ce plateau, bientôt garni, pour s’en faire un bouquet appétissant. Dans la lente avancée continue, on se taisait cérémonieusement, en sourdes prières de viandes tendres, de frites rissolées, de fromages gastronomiques et de gâteaux attrayants. On allait communier pour apaiser nos ventres dans ce mess. On se taisait pour saliver à l’avance et pour aiguiser nos papilles excitées dans ce recueillement journalier…  

J’étais collé dans cette foule processionnaire, en presque sur place, en petits pas, en instance d’approvisionnement de cette fringale légitime qui animait ma patience retenue.
Affamé, j’allais sur mon erre dans ce cortège sans oreilles, poussant mes devanciers et poussé par mes suiveurs ; la faim justifie les moyens… d’avancer…

A la vue de tous, dans l’antre de la cuisine, les serveurs s’affairaient à remplir leurs étalages de nourriture qui se dégarnissait plus vite que le zèle qu’ils avaient derrière leurs tabliers. Affublés de belles toques blanches ou de petits calots, souriants et avenants, ils s’inquiétaient de la cuisson de telle ou telle victuaille et ils garnissaient les assiettes dans la proportion autorisée.

Un petit gars, un peu grand, un peu frêle, un peu gauche, un peu perdu, mais très seul, s’activait pour satisfaire les besoins des convives devenus impatients. De l’autre côté du rideau, sur la grande scène, il jonglait entre la louche et la spatule à dessert ; de son mieux, il agençait les difficultés défilant devant ses responsabilités. Sous les feux de la rampe des néons et des aliments alignés, il demandait à chacun le choix du plat de résistance ou du gâteau et il s’appliquait, avec ses moyens et toute son assiduité, à remplir l’assiette réclamée.

Sa voix était infiniment fluette, étrange et décalée, complètement hors de propos avec son âge, comme si ses cordes vocales avaient oublié de grandir avec lui. Et tout le monde riait de cette anomalie et on lui faisait répéter seulement pour écouter encore sa voix de castrat et l’hilarité s’amplifiait au fil de la queue railleuse. Oui, c’était de l’animosité malsaine et ce pauvre grand gamin, conscient de sa gêne dont il n’était pas responsable, s’évertuait encore à satisfaire de son mieux tous ces terribles clients…

Je me souviens d’un sketch avec Smaïn où il dit « qu’il préfère pleurer dans une Porsche que rire dans une deux chevaux » et tous les gens dans la salle avait applaudi à tout rompre à cette parabole hautement intéressée ; moi, je préférais rire dans une deux chevaux, même une seconde, que pleurer dans n’importe quelle voiture. Tous ces gens dans cette file d’attente devaient être le public de ce comique…  

Ce pauvre garçon, je suis sûr qu’il devait se boucher les oreilles dans sa tête pour ne pas entendre les quolibets railleurs et les moqueries déplacées. Devant la vague de ces assaillants imbéciles, tendu telle une triste figure de proue, il essuyait la tempête féroce de leurs rires malsains. Des boutons d’acné constellaient son visage et il rougissait pour se défendre. J’entendais les méchancetés et les brocards alentour ; lui, avec sa manche, il essuyait ses yeux et son front pour mélanger l’écume de sa sueur et de ses larmes, baignant à fleur de joues.

Ce jeune stagiaire s’accommodait péniblement de toute cette agressivité espiègle, cette causticité malsaine, cette amertume ambiante, cette taquinerie méchante. Il était sourd aux lazzis, aux sarcasmes, à ces affronts le bafouant et il servait les lasagnes, le boudin purée, le poisson blanc en tendant poliment l’assiette réclamée. Il s’obstinait pourtant à rester souriant, affable, pour faire croire à tous qu’il comprenait toute cette cruauté environnante…  

Je voyais bien qu’il était désemparé, seul au gouvernail de son service le chavirant, mais il assumait avec détermination sa tâche. Sa toque, trop grande, un peu pliée, mal ajustée, glissait sur ses yeux et tous les fléaux de la terre s’abattaient sur sa modeste personne…  
Il me faisait penser à un pauvre clown triste qui joue le vrai rôle de sa vie. En étant ce qu’il pouvait être, il amusait la galerie des abrutis chalands se restaurant à ses dépens. Ravi de cet interlude, le monde imbécile cherchait encore à le décontenancer et il puisait, sans retenue, dans ses restes de force pour appréhender la future question, et les rires méchants, ces seules réponses en échos sadiques, revenaient à ses oreilles attentives…  

J’avais de la peine à assister à cette scène où je n’étais qu’un mauvais témoin passif pendant cette exécution sommaire, tellement assaillante. Pourtant, ce grand gosse donnait une belle leçon de courage, d’abnégation, de bravoure, de force et d’énergie à cet entourage mesquin. Quand vint mon tour, il n’eut pas le temps de poser sa sempiternelle question revenante et tellement nasillarde. Je précédai sa demande en lui formulant mes desiderata, assez fort pour tuer le brouhaha de l’atmosphère moqueuse. Je devenais le grain de sable utile dans cette machinerie piquante et narquoise…  

Le p’tit gars avala sa salive pour abreuver sa gorge en manque de fraîcheur et ses deux grands yeux noirs semblèrent me remercier de vivre enfin cette opportune accalmie. Il s’appliqua en remplissant mon assiette en faisant durer le temps de cette tranquillité subite. Au bout de son souffle, il respirait vite ; il récupérait de ses affres… Quand il m’a dit « Bon appétit », les autres avaient oublié de se moquer, le maléfice était rompu…

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Mâle et fils (tiniak)

Mâle & Fils, S.A. - DIRCOM

 

À l'heure où le hashtag « dénonce la grosse porcasse qu'il te plaira de vilipender pendant tes ragnagnas » atteint des sommets de laïks, d'échanges, partages z'et divers ritwittes sur la toile mal tendue - mais Ô combien fréquentée ! par la plupart des frustrés z'en tout genre que notre monde en déliquescence a fomenté en son sein véreux, une question se pose, là.
Non pas là, là !

Question t’en question : « Dites-voir donc... C'est quoi d'où que ça vient-il ces attaques répétées contre Mâle & Fils !?! Mmh ? »
Mâle & Fils ? Pensez ! Une société qui a fait ses preuves depuis… pfff… depuis, au moins l’âge des grottes décorées z’à la peinture à doigt – et avec quel doigté ! C’est dire !

Nah mé, sans dec' ! Depuis le temps que le droit de cuissage a survécu aux libéralismes z'à-tout-vat, que les joyeuses rapines de fin de siège perdurent durant les conflits z'armés (zarma !) qui agitent teu t’aujourd’hui moins les chroniques que la planète, et que les mains t'au cul (z’au Q ?) continuent de fleurir sur les trottoirs z'et avenues z'où transports tant commun (néanmoins pratiqués tant solitaire), vous croyez-t-y pas qu'il s'agit précisément d'une pratique ancestrale qui a fait ses preuves depuis des millénaires ? Voireuh bien plusse chez les millionnaires !! Hein ? Bon…

Alors, bon... Bon, bon, bon... Je dirais même : Oh ! hé ! Hein ? Bon !...
Le problème, il est : même si ça fait bonbon qu'on essaie de démontrer qu'aussi – hein ? eh ! oh ! z’ il y a toujours z'eu, et qu’y aura toujours, des z’aguicheuses pour rechigner après coups (portés, pourtant, t’avec un geste savant, acquis z'en des temps z'archaïques (cités plus z’haut) et conservé aux pris de longues luttes contre le Sur-Moi t’et les différentes morales z'afférentes aux systèmes sociaux (successifs z'et subséquents), je m'interroge, ben si ! Je m’interroge : « Pourquoi, eh… pürkwa tant d'émotion autour de billevesées après coût... [nnnnh, ghh !] après tout, fort t'anodines z’et plutôt enclines t’à démontrer que le lien social, fondamental z’et sépulcral qui nous… euh… lie, tient z'à très peu de choses, en vrai : quelques gestes, regards, paroles, frottis, commis dans l'effervescence de l'instant, quoi ! en toute spontanéité, quoi ! par quelque mâle (ou son fils), élevé par... une femelle, euh… une femme lelaquelle, par nature, n'a tant (Nathan ?) voulu, souhaité, porté à bout de sein, caressé de la main, que le bonheur, serein n'et bienveillant de sa progéniture ? » M’interrogé-je, Serge.

Hein ? 'pas con, la question !
Ben ? V’là qu’il neige ! C’est bonnard, ça, dis ! Une ou deux traces, et woup ! Je m’en vais charrier Magali (ma ‘tite stagiaire 95C) qui prend mes direux z’à la dictée (là, non, hein… je vous z’écris de mon plaint grais, en toute disgrétion), pour z’y souffler t’au moment de partir : « Ben, Magali ! M’ fais pas r’un flan… C’est-y que t’es ma girlie, z’ou nan ? »

Tu vois la finesse ? Hashtag « Mâle & Fils », wesh !

 

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