Ma sœur et moi visitions le Kenya par désoeuvrement de femmes riches qui s’ennuient. Un goût un peu morbide pour les animaux sauvages et l’amour du soleil nous y avaient certes, aussi incitées.

Les espaces immenses, le langage inconnu faisaient partie de notre caprice, mais j’avoue que seule, je n’aurais pas entrepris ce voyage préférant lire à l’ombre et admirer les couleurs changeantes d’un lointain horizon.

Bref, nous y étions. Et si depuis le pont j’avais admiré les immenses plaines qui se rapprochaient, le rythme des pagayeurs balancés par les flots,  je fus néanmoins contente de trouver dans le palais qui nous accueillait le silence si doux après les bruits divers de la traversée.  Ma sœur, plus intrépide, était déjà partie dans les fastueux jardins. Je ne la revis que le lendemain matin, après une nuit sereine.

Mais, dès que je la vis, quelque chose se déchira en moi : elle me réservait une de ces surprises dont elle était coutumière. Je sentis mon cœur se serrer : elle rayonnait !...

« Je l’ai trouvé », murmura-t-elle dans un frisson » c’es lui, rien ne me fera jamais changer d’avis…

Rien, en effet, je la connaissais trop. Elle eut un geste mutin, et soulevant la portière fit entrer le plus bel homme qu’aucune rencontre improbable ne m’avait permis d’espérer. Le teint brun, les yeux vert Nil, le corps athlétique et bronzé, un tout petit pagne…Il inclina le buste en un salut gracieux, et se tourna amoureusement vers ma sœur.

Voilà pourquoi je continue à voyager, mais seule.  Ma sœur est restée au Kenya. Elle est heureuse. Elle s’est initiée à l’élevage du gnou bleu. Elle a épousé le gardien du troupeau. L’élevage est très prospère.