Je le reconnais, c'est un caprice, une folie, (tout mon livret A y est passé), mais aussitôt que je l'ai vue enfin en vente sur le site Ming-geek, j'ai illico, pour pouvoir l'acquérir, renoncé sans barguigner à l'imprimante 3 D que je convoitais depuis 2 ans.
Enfin ! Enfin la machine à écrire ! à écrire toute seule veux-je dire ! Une aubaine pour qui commence à avoir du mal à se renouveler sur les sites d'écriture !
Un principe tout simple ! Basé sur 2 constats :

1 plus personne n'a le temps de lire, vive le simple et le concis.
2 le langage courant n'utilise qu'environ 600 mots, fastoche à enrouler dans un algorithme, à ce qu'il paraît. Lequel se déroule pour générer des textes.

Je l'ai reçu hier, mon robot écrivain*, et j'ai déchiré les cartons avec fébrilité.

La machine elle-même est un peu voyante, avec une notice en 122 langues volumineuse bien qu’écrite en police 5 sur papier bible.

em01

Design un peu vintage, je trouve, avec sur le ventre une petite gueule plate d'imprimante A5, et au dos un écran tactile offrant des options genre machine à café (long, court…) et synthé (rythme, ambiances, violons, romance, gore…).
D'autres plus techniques : nombre (de mots, signes, espaces), et genre (météo -météo ?-, sonnet, nouvelle, pub… Et 48 sortes de haïkus).

Il y a aussi, et c'est ce qui m'a séduite, une fonction joker dans laquelle on peut taper les mots qu'on veut, carrément.
J'ai choisi mon titre : "Improbable rencontre", et dans la catégorie "romance courte ", (moins de 150 mots), j'ai choisi au pif les options

Couleur : gris ardoise
Bruit : cornemuse
Décor : pont
Ambiance : frisson

Go !
10 secondes plus tard, voilà ce que la machine m'a recraché par sa petite gueule ventrale :


Terre brûlée au vent des landes de pierre, devant le loch couleur de schiste tendre et feuilleté, gris ou noir, utilisé pour les toits, gisait (gisait.?) un château délabré où, tandis qu'en contre-bas, sur le pont-levis, la cornemuse d'un jardinier mélancolique déchirait le soir et nos tympans sur un rythme obsédant, je me pelotonnais sous un rêche tartan - faute de chauffage moderne - contre Lord Angus Mc Donald, 12e du nom, propriétaire du lieu et guide bilingue en haute saison, tarifs sur demande.
Un frisson me parcourut, que je reliai tout d'abord à des tentatives de digestion de la panse de brebis farcie à peine décongelée que nous avions eue au dîner, mais Angus me rassura :
"Ce n'est que le fantôme de mon oncle Archibald qui effectue sa ronde".

Je restai perplexe.

Ce n'est pas avec ça, pensai-je amèrement, que je vais gagner le remboursement de mes frais d'inscription au concours de nouvelles de l'écho du Bas Poitou.

Dire qu'avec l'imprimante 3D j'aurais pu reproduire à l'infini mon porte-clés Schrek !!!!

De toute évidence la machine algorithmique communiquait sournoisement avec YouTube et Google, ce que j'aurais pu faire toute seule sans écluser mon livret A…
C'est décidé, demain je mets la machine-à-écrire-toute-seule sur le bon coin.
Mais avant je vais lui proposer des jokers bien pourris "samovar, gourgandine, limule, et…ectropion".


Non mais !
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 *http://www.leblogducommunicant2-0.com/2014/07/26/journalisme-algorithme-laurent-delahousse-est-il-condamne-a-etre-remplace-par-un-robot/