Un pot peut-il rapporter une fortune ?

Il existe toutes sortes de pots. Des pots en terre, d’abord, pas très solides, puisqu’ils se cassent contre les pots de fer. Pots de fer dans lesquels il ne faut pas mettre de liquide, sinon ils rouillent lamentablement. Des pots à lait, mais si l’on en croit Perrette, ça se casse comme un rien, ces choses-là. Des pots de fleurs, qui, comme leur nom l’indique, contiennent en général de jolies fleurs. Parfois on y trouve aussi des chats, allez comprendre… Des pots de chambre, qui ne contiennent pas de chambre, mais sur lesquels on ne va pas s’attarder.

Et puis il y a le pot… Oui, je sais, d’aucuns diront que c’est un chaudron, mais c’est faux. C’est un pot. Celui dans lequel arrive l’arc-en-ciel. On a dit toutes sortes de choses sur ce pot, mais tout le monde semble d’accord sur deux points : il apporte la fortune et plus on s’en approche, plus il s’éloigne. Comme je suis de nature curieuse, j’ai suivi l’arc-en-ciel un soir d’été, alors qu’un orage venait de rafraîchir l’air surchauffé. J’ai donc sellé mon cheval, et nous sommes partis au milieu des prés et des champs. Très vite, les galopades m’ont fait oublier le but de ma balade, et je n’ai plus songé qu’au plaisir de m’amuser avec ma monture. Malgré son âge, mon vieux cheval est encore terriblement joueur, et je dois bien souvent réfréner ses ardeurs pour ne pas qu’il se blesse.

Je ne sais pas combien de temps nous avons joué ainsi, mais soudain, nous y étions. Là, au pied de l’arc-en-ciel, là où personne n’arrive jamais. Nous nous sommes arrêtés, fascinés. Car au pied de l’arc-en-ciel se trouve bel et bien un pot, un pot d’où jaillissent les couleurs qui s’élancent dans le ciel. Elles naissent des doigts habiles des fées, qui peignent les rayons sortant du pot et qui les font grandir, grandir, jusqu’à ce qu’ils s’élancent dans le ciel lavé par la pluie et séché par le soleil.

Absorbée par le spectacle, j’ai failli tomber de ma selle lorsqu’une voix grave a retenti à mes côtés :

— Tu n’essaies pas de prendre le pot ?

J’ai répondu la première chose qui me passait par la tête en voyant le cavalier qui s’était matérialisé sous l’arc-en-ciel.

— Si je le prends, il n’y aura plus d’arc-en-ciel.

Le cavalier a souri, a tendu la main et a pris un petit morceau scintillant des sept couleurs peintes par les fées avant de me le tendre.

— Tu as trouvé le trésor que garde l’arc-en-ciel.

Puis soudain, plus rien : plus de pot, plus de fées, plus de cavalier. Juste l’arc-en-ciel dans le lointain et autour de mon cou, un pendentif en forme de goutte brillant des sept couleurs qui s’étalaient dans le ciel et une bienfaisante paix dans mon cœur.

Nous sommes rentrés tranquillement, au pas dansant de mon cheval, pendant que s’épanouissait en moi le trésor de l’arc-en-ciel.

 

Ah, vous voulez connaître le secret que gardent les fées et le cavalier de l’arc-en-ciel ? C’est un secret qui ne se partage pas, chacun doit le trouver. Je peux simplement vous dire que si le pot de l’arc-en-ciel garde une fortune, elle n’est composée ni d’or ni d’argent…

Défi 394 du samedi 12 mars 2016