Devant le magasin, elle s'arrête une fois encore. Dans la vitrine, il y a des hauts chapeaux, des boîtes de magie, des foulards multicolores, des accessoires pour faire des tours spectaculaires... Donc, c'est sûr, elle trouvera ici ce qu'elle cherche!

Avec courage, la frêle fillette pousse des deux mains la lourde porte vitrée sur laquelle il y a des inscriptions qu'elle parvient à peine à lire. Elle est toute petite et ne sait pas encore grand chose des écrits des grands.

En entrant, elle fait tinter le carillon qui pend juste au-dessus de la porte. Il n'y a personne dans le magasin. Elle plonge sa menotte dans sa poche pour vérifier de nouveau que ses économies sont bien là. De tout coeur, elle espère qu'elle aura assez d'argent.

Quelques instants plus tard arrive... un magicien ! Enfin, le marchand, déguisé en enchanteur, avec toute la panoplie nécessaire pour se donner des airs de Gandalf, de Merlin et de Panoramix réunis...

Impressionnée par le personnage, la fillette réussit cependant à demander:

"Bonjour Monsieur le Magicien! Je voudrais une baguette de fée, s'il vous plaît!

- Bonjour Mademoiselle! Excellente idée ! Je vais vous montrer ce que j'ai en magasin."

Quelques minutes plus tard, l'Enchanteur revient avec tout un bouquet de jolies baguettes de fée, petites merveilles du "kitch style" : du rose, du bleu pâle, du mauve, des petits coeurs scintillants, des rubans, des perles, des paillettes, des papillons phosphorescents, des strass, de la poudre dorée ou argentée, des dentelles, du velours, du satin, des étoiles qui clignotent...

"Laquelle préfères-tu? demande Gandalf en présentant sa collection à la fillette, comme on présenterait des friandises.

- Aucune. Je ne vous ai pas demandé une fausse baguette pour les petites filles qui jouent à la fée. Moi, je veux une "vraie" baguette de fée.

- Aaaah! Une baguette magique, tu veux dire. Une "vraie" baguette magique! Je n'avais pas compris... Tu as raison, ce n'est pas du tout pareil... Ne bouge pas, je reviens!"

A son retour, il porte une haute pile de jolis coffrets de bois sculpté, de cuir repoussé, de papier gaufré ou embossé, de verre poli...

"Je pense que tu trouveras ce que tu veux là-dedans! Tu vas pouvoir choisir!"

Et sur le comptoir, avec des gestes lents, il ouvre tous les coffrets, dégage précieusement chaque baguette de son écrin de velours, de soie, d'indienne ou de satin et les dépose délicatement une à une, en travers, sur les bords des boîtes.

Au fil de l'inventaire, les yeux de la fillette se remplissent d'étoiles, de paillettes, de papillons, de poudre dorée et argentée... mais aucune de celles qu'elle voit ne lui convient vraiment. Elle est désenchantée, désespérée et désappointée car il ne reste plus qu'une seule boîte à ouvrir.

"Et celle-là? demande l'Enchanteur Malin en ouvrant le dernier coffret.675710 - Copie

Et la magie de la baguette opère alors...

En un instant, la fillette est conquise.

"Oui, Monsieur, c'est celle-là que je veux!

- Tu veux l'essayer?

- Oh! Non, pas du tout! Je ne suis pas une fée, moi! Elle est pour ma maîtresse. Elle nous a dit un jour qu'elle était une fée (je crois qu'elle s'appelle la Fée Esperluette!) et qu'on lui avait volé sa baguette. Alors comme cadeau de fin d'année, je vais lui offrir celle-ci... Elle coûte combien? J'espère que j'aurai assez de sous car elle est très belle et elle doit coûter cher!

- Les fées et les magiciens doivent payer leur baguette mais quand c'est pour en faire cadeau, elles sont gratuites. Je vais te faire un joli paquet."

Le fillette remercie poliment l'Enchanteur, prend délicatement le sachet dans lequel est enfermé le cadeau puis sort du magasin de magie toute impatiente d'être au dernier jour de classe pour offrir à sa fée préférée la plus belle des baguettes magiques.

esperluetteCliquez sur l'illustration et vous verrez l'artiste au travail...

Cette histoire est inspirée d'un fait réel: une de mes très anciennes petites élèves était persuadée que j'étais une fée. Une des plantes de la classe était quasi morte un soir. Le lendemain, elle était splendide: je l'avais juste arrosée mais j'ai eu la  malice de dire que j'étais une fée et que je parlais aux plantes pour les soigner. La petite en a été convaincue longtemps d'autant plus que quelques anecdotes propres au monde de l'école sont survenues et ont renforcé son idée ...  malgré mes démentis!