Qu’osez-vous prétendre ? Que je suis ochlophobique parce que j’ai fait une syncope dans la foule de la Fête Nationale qui m’enserrait de toutes parts ? Mais enfin, cela arrive à tout le monde ! Et n’allez pas déduire que je suis apilophobique parce que je crains les abeilles ! Je les évite, c’est tout…Oui, il m’arrive de les fuir, de taper dans les mains, d’agiter ma serviette, voire de quitter la table, mais qui ne le ferait ?  L’idée d’être piquée me révulse, vous pouvez le comprendre, ce n’est pas une peur, c’est une appréhension !
Une araignée ?...Où ça ?... Grande, velue, entêtée, oui, si elle se dirige vers moi, je grimpe sur la table ! De la peur ? Vous y tenez ! Disons une sorte de rejet physique, incontrôlable, spontané et immédiat.
Soyons clairs. Pour vous faire plaisir , j’ai énuméré mes légères faiblesses, normales et répandues. Ce sont des broutilles !  Je reconnais par contre que l’ophiophobie l’est peut-être moins. L’été dernier, au Jardin Zoologique d’Anvers, j’ai rendu visite aux lions, à l’orang-outang,  aux girafes, aux éléphants. Aux serpents ? Ah non ! Un lézard me fait bondir. Alors le boa constrictor, le python malais, le cribo à queue noire ou autre colubridé, très peu pour moi ! Tous prélassés derrière les vitres, dardant leur regard hypnotiseur sur le mien, rampant, sifflant, s’enroulant, tête aplatie et langue vipérine, ça c’est trop ! Ils me paralysent, me donnent envie d’hurler. Une très petite phobie, si vous voulez. Mais de la peur, non !
Car la peur, la vraie, je l’ai connue. C’était dans les Alpes d’Huez. Montée en télésiège vers les sommets, j’étais éblouie. Vers 5 H. pour rentrer à l’hôtel, attrapant  de justesse le dernier télésiège, seule, je me suis sentie aspirée par la descente, les profondeurs neigeuses et brusquement l’envie insensée de sauter dans le vide m’a empoignée, impérieusement perverse, insistante, affolante …Luttant de toutes mes forces, accrochée des deux mains à la barre, les yeux fermés, je suis arrivée pantelante à bon port. A l’hôtel, j’ai croisé Yvon, le guide de montagne et lui ai raconté ma mésaventure. Il m’a saisi la main avec force : « Mais c’est le vrai vertige que vous me décrivez là. Je vous interdis d’encore emprunter le télésiège, c’est infiniment dangereux. Voilà ce que nous allons faire : pour aller vous prenez le bus, et pour revenir, chaque soir je viendrai vous chercher en voiture. Voilà ! »
Voilà ! Yvon est jeune et beau. J’ai passé d’excellentes vacances.