Je me souviens du jour où nous avions habillé la chienne. Elle était si brave notre Flo qu'elle n'avait pas bronché , mais je la revois tourner en rond essayant d'arracher les habits avec ses crocs, énervée avec ses yeux tout malheureux de cet accoutrement qui l'empêtrait.

Je me souviens du jour où nous avions mangé les patates des poules dans la cour, dans leur gamelle  ...Mémé  Louise nous avait fait courir, mais nous on avait trouvé ça bien bon.

Je me souviens  de ma première journée d'école dans un préfabriqué assise sur un banc sans bouger juste à côté de la fenêtre où je voyais dehors, et où j'avais envie d'aller.

Je me souviens de cette blouse noire fermée sur le côté avec des plis que l'on m'avait donnée que je trouvais horrible avec ses liserés verts et qu'ensuite je ne voulais plus quitter tant je l'aimais.

Je me souviens de Moustache et Trottinette, de Bruniquette et Blondinette, du Vilain Petit Canard
 de « Tout est dans tout » et ses histoires, et de la Fée des lilas qui m'impressionnait et que je trouvais si belle

Je me souviens de la petite locomotive de Papa, sur le secrétaire que l'on avait pas le droit de toucher avec Charles car elle marchait au pétrole et elle était sacrée, mais qu'ensuite, mes petits frères ont réussi à bousiller.

Je me souviens des airs de piano que je jouais d'une main sur le piano que ma grand mère nous avait donné et des concours de piano avec madame B. où je perdais régulièrement tous mes moyens et me trompais alors que mon frère faisait des flammes, félicité comme il se doit par madame B qui avait une nette préférence pour les garçons.

Je me souviens des fou-rires avec Charles dans le lit de Mémé Anna, enroulée dans ses châles, qui nous lisait le soir les malheurs de Sophie.  Je me souviens de la liste des habits de poupée que l'on avait offerts pour son anniversaire à la petite Marguerite dans les « Petites filles modèles » ou « les vacances » et j'étais absolument subjuguée émerveillée par une telle débauche.

Je me souviens d'Antoine, un petit copain noir que j'aimais beaucoup, mais je n'avais jamais fait attention au fait qu'il était noir … ça avait bien fait rire Mémé Anna.

Je me souviens de la petite plage aux livres que j'imaginais.  Lulu nous avait dit qu'il avait trouvé des livres au bord de la rivière. Je les voyais, émerveillée,  ils tenaient tout seuls en l'air dans une lumière  auréolée, alors que Lulu qui savait pêcher mais n'aimait pas lire, les avait trouvés dans la décharge et qu'il voulait m'impressionner... Et ça marchait !

Je me souviens des bombardements. On nous avait emportés dans une couverture au jardin, au milieu d'un carré de choux de Pépé et Maman pour nous rassurer criait « regardez les trognons de choux, comme ils dansent » et c'était vrai, je ne voyais qu'eux ...les trognons de choux dansaient.

Voilà, je pourrais remplir des pages et des pages, de ces brefs instants d'enfance que j'ai eu envie de vous livrer,  mais je vous en ai assez dit  pour aujourd'hui car je crois que ça va me faire pleurer  !