La semaine 7

Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi, j'avais pris tous ces rendez-vous ?

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Je ne sais pas, je ne sais plus... Je ne veux plus savoir...La sociologie, une vocation contrariée ? Oui, c'est ça, on dira ça, ça m'arrange...

Disons une sorte de "challenge" Saint Valentinesque, de speed dating de "fond" qui tombait à ce moment-là, comme il aurait pu tomber à un autre moment, enfin, peut-être pas au 15 août ou à Noël ("après les fêtes !")...

Un élan qui aurait dû s'appliquer à prendre des rendez-vous éludés depuis pas mal de temps : dentiste, dermato, ophtalmo, généraliste, j'en passe et des meilleurs !

Bref, moi qui collectionne mes agendas aussi précieusement que si j'étais une célébrité (en puissance) pour laquelle le moindre écrit revêtirait une valeur inestimable permettant de décrypter la pensée... comme si cela était possible !

Le fait est que...

Lundi 12, 11 heures 30, je suis allée au bar du Conservatoire boire un apéro avec J. C., oui, Jean-Christophe.

Premier rendez-vous, première carte qu'on entame, pour voir, pourquoi pas, la partie commence doucement.

Mais J. C. était là avant moi, raie au milieu, noeud papillon, je ne pouvais pas le rater... Le violoncelle bien posé à côté de lui comme un personnage imposant devant s'écarter un peu pour me faire une place à la petite table ronde en marbre.

- "Un kir.

- Pour moi aussi, s'il vous plaît."

Comme il ne disait rien (et regardait sa montre), et moi pas grand chose (comme dans la chanson de Delerm : "elle parle pas trop et moi j'dis rien"...), j'ai parlé musique au professeur de musique :

- "Le violoncelle, quel instrument !"

Après m'avoir fait répéter à cause du brouhaha des conversations animées à l'entour, j'ai alors pu me taire et regarder l'environnement plutôt cool des autres tables...

Jean-Christophe était intarrissable sur le plus bel instrument de musique du monde (j'approuvais silencieusement, bien sûr). J'avais repéré un violoniste beaucoup plus discret qui faisait des sms et un guitariste pas mal qui lisait le journal.

Je voyais que Jean-Christophe croyait que je l'écoutais parler de tous les virtuoses du violoncelle puisque mon visage lui renvoyait des micro-expressions admiratives ou étonnées et parfois des "hum..." voire des "ah bon !"...

A midi, je lui ai dit que je devais y aller (où, quand, pourquoi ? non mentionnés et sans importance).

Je me suis levée pour lui dire au revoir. Il s'est dit enchanté : il me rappellerait. Bien sûr, bien sûr...

Je ne lui avais pas dit un mot de moi (et l'envie ne m'en était d'ailleurs jamais venue) et m'étais bien abstenue de lui parler de son prénom littéraire et musical...

La sortie à l'air libre parmi la foule de midi m'a emplie de joie, je sifflottais "Jésus, que ma joie demeure !", j'avais envie de piano, de saxo, de batterie, de synthé, de banjo, d'accordéon diatonique... tout sauf du violoncelle !

 

Mardi 13, 17 heures 30.

Cher Ernest, alors nous avions atterri là une énième fois lors de ton passage dans la région, au café du Port pour un traditionnel Lapsang qui nous transportait ailleurs très loin dans l'espace et le temps...

Histoire finie depuis longtemps.

Bien sûr, Ernest n'était pas ton vrai prénom car tu n'avais pas écrit "Le vieil homme et la mer" (à ton grand regret) mais tes trois ans au Costa Rica t'avaient permis de passer de traducteur à auteur. Beau parcours pas évident. Une heure bien courte mais tu avais rendez-vous en librairie pour une séance de dédicace et tu as pris ton sac de matelot, ton bonnet et ta veste.

Hasta Ernesto !

 

Mercredi 14, 14 heures au Bar du Jardin. Le SMS de William était court et le mien aussi : OK.

Des mois (non, des années...) que je n'avais pas eu des nouvelles de mon camarade de fac mais on s'était croisés le mois dernier en ville tout à fait par hasard.

Il avait dû faire son cours sur la période élizabétaine ce matin.

Bon, je l'ai retrouvé semblable à lui-même : même voix, un peu moins blond, un peu moins jeune, un peu plus loquace aussi.

On a parlé de nos familles, des copains, des copines... De la Californie où il avait vécu... Du polar nordique, de la bossa nova...

Déjà 16 heures, ma veste et mon écharpe, j'y vais. 

"Kate..."

"William ?"

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