Le défi du samedi

Tous les samedis, un nouveau défi!

10 mai 2008

Grand-mère (Kloelle)

-          Il était une fois une fille qui parlait aux oies…

C’est la première fois que je prononce cette phrase, alors je le fais doucement avec précaution, de la même manière que j’ai tout à l’heure ouvert les vieilles malles et déplié les étoles de dentelle. Je ne m’attendais pas le trouver ici ce livre, au beau milieu de ces capelines satinées et de ces corsages vieillis savamment ordonnés dans leur papier de soie. La petite fille et ses oies… C’était une de ses histoires préférées, c’était en tout cas celle qu’elle nous racontait le plus souvent à mes sœurs et à moi.

Nous avions souvent envie de lui dire : «  Vous nous l’avez déjà racontée grand-mère » mais maman nous faisait un petit geste de la tête pour nous faire comprendre que ce n’était pas grave. Elle avait raison, même si nous en connaissions par coeur tous les rebondissements, nous aimions l’écouter cette histoire.

Grand-mère se posait dans son fauteuil près de la fenêtre, le dos bien droit et le menton en avant et nous nous installions autour d’elle, les genoux sur ces petites coussins recouverts de rosaces de laines que je trouvais très laids et qu’elle passait des journées entières à broder.

Elle lisait d’une voix claire et franche qui n’hésitait jamais et avec un débit qui ne laissait de place à aucune des questions que mes sœurs et moi aurions pu lui poser. Nous l’écoutions dans un silence religieux.

L’histoire terminée, son devoir de grand-mère exécuté, elle nous engageait à partir bien vite jouer au jardin. Elle nous aimait, mais en photo, celles ou nous posions en robes de dentelles et rubans joliment tournés sur nos mèches blondes, je crois qu’elle avait du mal à s’adapter à notre présence réelle, à nos rires et à nos rondes enfantines.

Enfant, je m’imaginais qu’en vrai, c était elle la petite fille de l’histoire et que le soir venu les oies de son enfance revenaient se poser sur l’herbe tendre du jardin et qu’avec elles elle savait parler, rire et jouer…

- Il était une fois une petite fille qui parlait aux oies…   

Le voilà entre mes mains maintenant, avec sa couverture cartonnée d’un autre temps,  ses images trop bien dessinées et sa petite héroïne aux pommettes bien roses.

Du dehors montent les voix claires de fillettes qui ressemblent à celles dont les photos ornaient jadis la cheminée. La fenêtre du grenier donne sur le jardin où elles rient, il a ce même parfum qu’il avait avant, quand j’y jouais enfant à me cacher en sautillant derrière les framboisiers.

J’attends ce soir avec impatience, ce moment où elles vont me demander : «  Mamie, tu nous lis une histoire ! »

 

Posté par pitchval à 09:00 - Kloelle - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Quelle nostalgie et quelle douceur dans ces mots.... et l'histoire continue... Quelquesoit leurs caractères , bon ou mauvais, les grands parents laissent des traces indélébiles chez chacun de nous...ton histoire sent le vrai Kloelle...

Posté par tilu, 10 mai 2008 à 09:25

Oui, c'est mélancolique, tout ça...
Par contre, c'est bien écrit! Je suis entrée dans ton texte, tellement il est beau!

Posté par Val, 10 mai 2008 à 10:25

Une très belle histoire... les souvenirs d'une grand-mère, de l'enfance, tout y est. Et puis le relais de ce livre qui a traversé les années. J'aime beaucoup !

Posté par brigou, 10 mai 2008 à 10:29

La famille et Kloëlle...
Une étude à faire.

Je vous imagine rêvant aux contes que vous ferez à vos arrière-petits-enfants.

Des histoires à écouter en léchant un fond de confiture dans un pot autour duquel virevoltent des guêpes bourdonnantes, la tartine suspendue, les têtes bouclées tournées vers l'aïeule chevrotante.

Posté par Papistache, 10 mai 2008 à 11:23

Quel plaisir de redécouvrir des livres du temps passé de sa jeunesse avec tous les souvenirs qui s'y rattachent. Un très beau texte que l'on a envie de mettre en image ...

Posté par MAP, 10 mai 2008 à 11:56

Superbe!! on s'y croirait.

Posté par Janeczka, 10 mai 2008 à 12:02

Nostalgie, temps suspendu, passage de relais...
La vie était, est, sera.
Une très beau conte!
Sourire
Vanina

Posté par Vanina, 10 mai 2008 à 14:42

J'aime bien l'éclairage tamisé qui se dégage de tout ça... suranné, comme le temps passé sur les genoux d'un grand-parent à se faire raconter des histoires...

Posté par Ondine, 10 mai 2008 à 15:06

Tout est fictif... POur moi, un des bonheurs de l'écriture c'est justement de pouvoir construire des souvenirs, des émotions, pour s'y perdre.

C'est vrai que j'ai hâte d'être grand-mère.

Posté par kloelle, 10 mai 2008 à 19:36

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