Le chargement du bateau mettait tout le port en effervescence. L’expédition qui se préparait à larguer les amarres était signe d’espoir pour tout un peuple. Les esclaves noirs, entonnant des chants joyeux, faisaient rouler de gros tonneaux remplis de toutes sortes de denrées et les plaçaient à fond de cale. Le voyage allait être long, les hommes le savaient mais étaient enthousiastes à l’idée de rejoindre le nouveau monde prometteur de richesse et de réussite. Après avoir mis à bord les félins éradicateurs de rats, le vaisseau s’éloigna du quai sous l’applaudissement et les sifflements de la foule qui s’était donnée rendez-vous.

La mer était belle et calme quand le Bounty prit le large. L’équipage était commandé par le très célèbre capitaine Jack Sparrow, lui-même secondé par Clark Gable et son fils Télémaque. Le vent gonflait les voiles du lourd navire qui filait à vive allure, le soleil brillait, l’équipage se sentait en confiance et ne se doutait pas qu’il allait subir la colère de Poséidon. Ce qui arriva après trois semaines de voyages : le ciel s’assombrit subitement, la pluie commença à s’abattre sur le pont, les éclairs déchiraient les nuages ponctués par de fracassants coups de tonnerre. La mer était maintenant déchainée et formait des creux de plus de dix mètres. Les hommes, trempés jusqu’aux os, apeurés, continuaient de répondre aux ordres de leur capitaine qui essayait tant bien que mal de tenir la barre. Puis, une vague plus haute que les autres vint s’abattre sur le Bounty qui se brisa dans un craquement terrible. Les marins hurlaient, se débattaient, essayaient de s’agripper à une planche ou un bout de mât. La dernière chose que vit Jack tombé à l’eau, avant de couler emporté par le courant, fût son ami Clark et son fils accroché à un radeau de sauvetage.

Jack savait que ça ne servait à rien de se débattre, il connaissait bien les courants marins pour les avoir étudiés, et préférait voir arriver sa mort sereinement et avec dignité. Ce n’était qu’une question de secondes, son souffle retenu jusqu’au bout, il ouvrirait alors sa bouche machinalement pour chercher l’air et dans une grande aspiration, ses poumons se rempliraient d’eau, le faisant s’étouffer, et ainsi sombrer au fond des océans.

Mais tandis qu'il glissait lentement vers les abîmes, il se sentit enlacé par quelque chose de froid, flottant au milieu d'une épaisse chevelure, qui lui prit la bouche et lui injecta une grande bouffée d'oxygène. Jack qui reprit alors des couleurs écarquilla les yeux, et en resta presque bouche bée, faillant boire la tasse pour de bon cette fois-ci. Il se ressaisit et dévisagea sa sauveuse : une sirène! Jack en avait entendu parlé maintes fois, mais n'avait jamais crû à ces chimères. Elle lui prit à nouveau la bouche pour le faire respirer. A la place des jambes, elle avait une grande queue couverte d’écailles avec un voile magnifique, auréolé de vert et de bleu scintillants. Son buste était bien celui d'une femme, avec une belle poitrine, mais son visage était vraiment très ingrat. Jack, amateur de belles femmes, sembla décontenancé.

La sirène, dans un grand sourire qui dévoila toutes ses dents jaunies et cariées, prit Jack dans ses bras et se mit à nager telle une fusée. Elle fendait l'eau, à défaut d'air, croisant des petits poissons de toutes sortes qui se retrouvaient à faire des roulés-boulés à leur passage. Jack n'en croyait pas ses yeux devant la magnificence des fonds marins. Lui qui croyait que tout n'était qu'obscurité, au contraire, tout un petit monde existait et vivait sous ces millions de mètres cubes d'eau.

Ils arrivèrent enfin à destination et pénétrèrent dans une sorte de bulle qui semblait être le royaume des sirènes. Jack fut surpris de pouvoir respirer normalement, ce qui n’était pas un luxe ! La sirène s’adressa alors à lui : « Bonjour humain, je m’appelle Arielle ». Jack ne savait s’il devait répondre ou partir en courant, mais la seconde option n’était pas envisageable. Il répondit alors : « Je vais me réveiller, je suis mort, ou alors… », mais avant qu’il n’eut le temps de finir sa phrase, Arielle le rassura en lui disant qu’effectivement tout cela devait lui semblait très étrange mais qu’il n’avait rien à craindre. Elle le prit par la main et lui expliqua qu’elle allait le présenter à leur roi, son père. Arrivé à la cour, Jack se sentit dévisagé de toutes parts, mais ce qui le mettait le plus mal à l’aise est que toutes les sirènes qu’il croisait étaient plus affreuses et laides les unes que les autres. C’était un cauchemar pour Jack, il n’était pas question qu’il resta une minute de plus ici.

Le roi qui semblait très vieux au vu de sa longue barbe blanche s’approcha de Jack et lui dit : « Bienvenue humain, nous sommes ravis de t’accueillir parmi nous, cela est si rare d’avoir des visiteurs. Nous sommes tes hôtes, dis-nous ce qu’il te ferait plaisir ». Sans hésiter, Jack répondit qu’il voulait rentrer chez lui. Toutes les sirènes poussèrent un soupir en même temps, et baissèrent la tête. Le roi lui dit alors « Qu’il en soit ainsi humain, nous ne pouvons te retenir ici contre ton gré. » Il désigna une grosse bulle à Jack posée sur un gros coquillage en forme de cône et lui dit de s’asseoir dedans. Une fois assis, le coquillage se mit à vrombir très fortement, la bulle était secouée dans tous les sens et d’un coup sec fût propulsée à travers les eaux vers la surface.

Lorsque Jack se réveilla, il était allongé sur le sable, à moitié dans l’eau. Le soleil le chauffait lentement, tout était calme autour de lui. Se relevant, il aperçut au loin son vieil ami Clark et son fils Télémaque courant vers lui et criant : « C’est Jack, c’est Jack, il est vivant ! »