20 septembre 2008

Lorsque l’esprit… (Tiphaine)

Raymond s’ennuie. Ferme.

C’est pas que là haut ça manque de conversation mais il commence à en avoir fait le tour. Dédé Breton est toujours aussi intolérant, pas moyen de rigoler avec lui, faut toujours qu’il cause théorie… C’est vrai que la théorie, c’est ce qui reste quand on n’est plus qu’un pur esprit, mais quand même… c’est ennuyeux à la longue…

Le temps s’étire, le temps n’existe plus… Les temps mêlés, celui d’avant et celui qui dure, qui dure jusqu’à la Saint Glinglin… Et au-delà…

Raymond a causé avec Hegel aussi, quelques années, ça lui a rappelé ses études à la Sorbonne, parfois, il se tape une petite belote avec Jean-Sol, Boris et René qui pense donc il est. Ouais… Pas de quoi fouetter un chien avec les cordes de sa mandoline non plus, rien d’excitant, des conversations à n’en plus finir, et toujours cette foutue impression que le temps passe mais pour rien. Un dimanche de la mort.

Raymond s’emmerde. Ferme.

C’est pas que là haut ça manque de petites poulettes mais il commence à en avoir fait le tour. Janine bien sûr, sa Janine, mais aussi les Gala, les Odile, les Simone, les Sally et les Elsa, lalala… C’est bien beau l’amour platonique mais ça va cinq minutes. Pas plus. De toutes, façons, on est toujours trop bon avec les femmes… Quant on est un pur esprit, on regrette le temps où l’on avait un corps qui tiraillait peut-être avec les années mais qui savait tirer aussi… Et qu’est ce que c’était bon…

Raymond s’ennuie. Mortellement.

C’est pas que là haut ça manque de distractions pour un intellectuel en manque de vie. Il aurait pu lire ses cent mille milliards de sonnets, mais il n’en avait pas envie. En lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre ça lui prendrait deux cents millions d’années, l’avait tout son temps le Raymond… L’a fait sa psychanalyse avec tonton Sigmund, l’a partagé ses rêves avec Lacan, l’a joué aux dés avec Mallarmé pour voir si des fois il pourrait pas abolir le hasard, l’a même parié avec Pascal, si c’est pas du divertissement, ça…

Rien à faire.

Raymond s’emmerde. Mortellement.

C’est pas que là haut y’a pas d’ouvrage pour un bon gars qui voudrait rendre service. L’a débarrassé les champs de tout leur Chiendent, faut dire que c’est un spécialiste le Raymond, l’a fait avec méthode, l’a fendu les flots, l’a battu la campagne sans même lui faire mal, l’a fait pousser les fleurs bleues, l’a même retiré les enfants du limon, les enfants là-haut aussi, ils finissent par s’emmerder…

Raymond s’ennuie. Eternellement.

C’est pas que là-haut il ne peut pas écrire, l’en a écrit des romans, des pièces de théâtre, des poèmes merveilleux et des essais fabuleux. Mais à quoi bon ? Quand on est un pur esprit, on finit par comprendre que les mots n’ont pas de sens…

Et quand les mots n’ont plus de sens…

On s’emmerde… Eternellement.

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Chez tous vos bons libraires! - Janeczka

defi

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Operation Picadillo - Joe Krapov

Il lui a donné rendez-vous en l’église Saint-Louis-des-Invalides à Paris, dans la crypte où est exposé le tombeau de Napoléon. Il est lui aussi général, mais pas d’Empire. Il s’appelle Blizzard.

- Blizzard ? Vous avez dit Blizzard ? Comme c’est Blizzard ! » a commenté Papistache après avoir pris le rendez-vous pour l’interview. Ca n’a fait rire ni Janeczka, la rédac’ chef du « Défi du samedi », ni Isaure Chassériau la journaliste.

 

Lorsque celle-ci arrive, toute vêtue de rose, le général Blizzard est en contemplation devant des vitraux représentant une fécondation dans un laboratoire pharmaceutique au Moyen-Age. Le matériel médical de l’époque n’est pas sans évoquer les chambres de torture dans lesquelles on pratiquait la question.

- Excusez-moi de vous avoir condamné à m’attendre, mon général, mais j’étais un peu charrette !

- Dans ce cas, je veux bien tenir les brancards !» plaisante le général avant de lui baiser, très vieille France, la main. Puis il l’invite à s’asseoir sur un des bancs de bois inconfortables mais tout proches.

- On comprend pourquoi les amoureux de Brassens préféraient commettre leurs turpitudes sur des bancs publics !

- Encore Brassens ! fulmine Isaure intérieurement. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec ce type ?

 

Elle installe son mini K7 acheté dans une boutique antique d’électroménager à Quimper pendant les Européades 2005. Les lecteurs du Défi du samedi n’ont rien à cirer de ce détail mais comme c’est un fait véridique elle ne le mentionnera pas dans son papier dont le sujet est bien, du reste, la publication, par le général Blizzard, d’un livre...

-… qui est devenu un best-seller dès le lendemain de sa parution, sans que vous-même ne fassiez partie des pipeules ni que vous ayez brillé par vos faits d’armes. Justement, parlez-moi un peu de vous. Où êtes-vous né ? Qu’avez-vous fait comme études ?

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- A l’origine il y a une accumulation d’ingrédients hétéroclites mais indispensables. Je vous les énumère : 30 g de margarine, 450 g de bœuf haché, un gros oignon, 1/2 verre de vin rouge ou de xérès, 2 cuillerées à soupe de jus de citron, 3 tomates, 1 petit piment chili, 100 g. d’olives vertes farcies, 2 cuillères à soupe de câpres, 75 g. de raisins secs, 3 grosses pommes de terre coupées en petits cubes, 1 gousse d’ail, ½ cuillère à café de cumin, 50 g. d’amandes mondées grillées et concassées, du sel et du poivre.

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- J’entends bien à travers tout cela que vous avez fait vos classes à Mourmelon-le-Grand à la 410ème Compagnie Légère de Repérage des Morses, dans les transmissions, sous les ordres du Capitaine Walrus. Mais pouvez-vous indiquer à nos très nombreuses lectrices et à nos quelques égarés lecteurs les opérations militaires auxquelles vous avez été mêlé ? Vous fûtes à la B.B.C., dans le même placard, je crois, que Pierre Dac dans les années 40, aide de camp d’un général célèbre. On vous doit, paraît-il, le choix des vers de Verlaine qui annoncèrent le débarquement allié ?

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- Je me souviens très bien des corvées de pluches de cette époque. On pleurait sur l’oignon mais après lui avoir fait la peau, on le coupait en quatre quartiers puis on y tranchait de fines lamelles. On faisait des concours d’économe ! Ca consiste à essayer de ne garder qu’une seule épluchure par pomme de terre ! Ensuite de quoi on la coupait en tout petits cubes. Le général et Yvonne préféraient qu’on laissât les olives entières.

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- Pendant la campagne d’Indochine, vous avez été blessé. Vous aviez le bras dans le plâtre.

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- Aller à l’épreuve du feu, c’est toujours une opération délicate. Je commence à faire fondre la margarine dans un faitout. Je fais ensuite rissoler les oignons jusqu’à ce qu’ils soient blonds ou dorés. J’ajoute les pommes de terre et le cumin puis ensuite les tomates. On est là pour casser du rouge, non ? Même si je l’admets, ils étaient plutôt jaunes !

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- Ah ? C’était un accident survenu en permission ? Vous êtes mal retombé en sautant du haut d’un plongeoir ? C’est pour cela qu’on vous affecte ensuite à la DGSE, la Piscine, ou vous oeuvrez au sein du Service de Décodage des Enigmes, Calembredaines et Entourloupes, le SDECE seconde manière. Vous y resterez assez longtemps.

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- Eh bien oui, cela arrive ! On ajoute le piment, le sel, le poivre, les olives, le jus de citron, le vin, enfin tout… sauf la viande !

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- Vous avez, vous aussi, votre traversée du désert. Vous êtes affecté à la surveillance de la pousse du gazon sur les pelouses corses de 1981 à 1983.

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- Ca n’a pas duré aussi longtemps que ça. J’ai mis le couvercle et laissé mijoter la situation pendant 20 minutes en ajoutant de l’eau chaude de temps en temps pour que tous les ingrédients baignent constamment dans leur jus de cuisson.

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-Vous rentrez ensuite en France et vous terminez votre carrière à la Direction des Renseignements Généraux puis vous partez en retraite sans avoir jamais fait parler de vous. Vous publiez aujourd’hui vos mémoires et c’est un immense succès en librairie. La novélisation de « Bienvenue chez les Ch’tis » est enfoncée, vous êtes sur le point de dépasser les chiffres de vente du tome 8 de Happy Roteur. Votre ouvrage s’appelle « Les fiches cuisine de tante Edvige / par son général de mari, Blizzard ».

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- Effectivement au bout des vingt minutes, j’ai ajouté la viande, mélangé le tout et laissé cuire cinq autres minutes. Mais cette « opération Picadillo », je ne la raconte pas dans mon livre . C’est un scoop que j’ai réservé pour les lecteurs de votre journal. « Le Défi du samedi », c’est ça ?

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Isaure appuie sur la touche « stop » de son zinzin.

 

- Maintenant qu’on est « off the record » vous pouvez m’expliquer en clair pourquoi vous répondez en langage codé comme dans le bouquin ?

- Secret défense ! Sécurité du territoire !

- Mais alors, quel intérêt pour le lecteur ? Vous ne donnez même pas la grille de décodage ! D’habitude on nous explique qui a vraiment coulé le Rainbow Warrior, où sont passées les courroies et l’étui des deux tours jumelles, dans quelle position la fille de madame Angot s’envoyait en l’air avec Ange Pitou ou avec son gynécologue. Et vous, là, rien ! C’est carrément les Parapluies de l’escouade ! Vous révolutionnez le monde de l’édition avec un livre dans lequel on n’apprend rien sur la Grande Muette !

- Il n’y a rien à en dire ! Les civils n’ont pas à connaître notre cuisine interne !

- Alors vous l’expliquez comment votre succès en librairie ? Par le bouche à oreille ?

- Non, par l’oreille à bouche ! Il s’avère que le message crypté est lui compréhensible par la majorité des non-spécialistes de l’art militaire et que son contenu peut être utilisé par les fantassins et cantinières qui s’occupent de la logistique ou plutôt de l’intendance. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant. C’est une amie, qui est devenue mon agent littéraire, Madame Sylvie R. qui m’a incité à publier ainsi, de manière codée, mes fiches secrètes.

- Votre livre est édité « aux Arcanes de Pandora ». C’est en référence à votre travail dans la police ?

- Non, je peux vous le prouver et vous soutenir mordicus que c’est un simple hasard. Vous savez, Baudelaire a bien été édité par Poulet-Malassis et il n’a jamais travaillé pour la maison Poulaga !

- Quand même ! Quel succès pour un livre de cuisine somme toute bien banal ! Est-ce que vous êtes sûr que l’illustration de la couverture n’y est pas pour quelque chose ? On vous voit dans une cuisine, de dos. Vous êtes nu, vous avez pour seul vêtement un tablier et vous avez une fleur dans les cheveux. Vous avez un beau cul, certes. Mais ça date de quand, cette icône en noir et blanc ?

 

Visiblement le général se vexe qu’on lui rappelle son âge. Il élude.

 

- A Tahiti, ça veut dire qu’on est un cœur à prendre, la fleur dans les cheveux. Est ce que ça vous tenterait une aventure avec moi, maintenant que je suis un héros de l’édition ?

- Mais vous êtes marié, mon général, si j’en crois le sous-titre de votre livre ?

- Ce genre de considérations n’empêche jamais un général de partir à l’assaut d’une nouvelle forteresse, à la conquête d’un cœur ! Vous savez, mademoiselle Chassériau, Edvige et moi connaissons beaucoup de choses sur votre compte. Vos rapports avec votre cousin Théodore, votre passé rennais, vos récentes promenades en barque, par exemple…

- Halte-là, militaire ! Bas les pattes, monsieur le satyre mal nippé ! Vous n’avez aucun mérite à savoir des choses! Tout ce qui me concerne est sur Fesse-bouc.com ou ailleurs sur Internet. Allez donc y voir, vous ne serez pas déçu. Et surtout n’essayez pas de me faire chanter : je connais la musique et votre partition par cœur !

 

Isaure Chassériau ramasse son matos et plante là l’officier de renseignement pantois et déconfit.

- Je suis allé trop vite, se dit celui-ci. Il eût mieux valu que je lui proposasse de venir voir ma collection de soldats de plombs.

- Je préfère de loin les estampes japonaises, songe Isaure en sortant de la crypte.

 

***

 

Dans les locaux du « Défi du samedi » le metteur en pages, Monsieur Papistache, entre dans le bureau de la rédactrice en chef.

- Dites-moi Janeczka, vous-qui-rédactez-en-chef et veillez à la haute tenue morale de notre hebdomadaire chéri, pouvez-vous me dire dans quelle rubrique je puis insérer cette interview surréaliste ? Vie littéraire ? Cuisine ? Politique ? Power to the Pipeule ?

- Mettez-là où vous voulez, Papistache, mais surtout veillez à la mettre au dos d’une publicité nulle.

- Diantre ! Quelle idée originale que celle-là ! Pourquoi donc un verso ?

- Un recto peut aller aussi. Une fois qu’elles auront découpé les questions d’Isaure et collé les réponses du général Rondo Veneziano sur une fiche cartonnée, les lectrices auront récupéré une recette de cuisine inédite qui ne devrait pas déplaire à leur Crouton ni déparer le menu de leur Manu !

- Quelle belle idée, Janeczka ! Finalement, l’interview de Demoiselle-qui-s’habille-de-rose-et-a-des-couettes-comme-Sheila, je vais y mettre des pointillés et en faire une fiche bricolage !

 

P.S. La recette du picadillo est extraite de « La cuisine espagnole et mexicaine » de Anna MacMaiadhachain et Jan Aaron, livre paru aux éditions Gründ en 1980. A vos fourneaux et bon appétit à toutes et à tous !

 

P.S. Madame Joye, du service technique, signale (aux blondes belges ?) qu’il ne faut pas découper les pointillés qui apparaissent sur l’écran de l’ordinateur avec une tronçonneuse. Il vaut mieux imprimer et ensuite découper la feuille avec des ciseaux. You’re not ecologic, Joe Krapov !

 

- Dites, Val, Vous n’auriez pas vu mon thé Krypto ?

- Non, Papistache, je n’ai vu monter personne !

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Interview - Joye

Le texte suivant est la transcription d'une interview de Joye L’Iowagirl, réalisée par Sam D. Ledify, au mois de septembre 2008 à Champfleury, Iowa. À l'occasion de la sortie de son dernier blockbuster, JE SUIS LA NOTHOMB IOWANIENNE, l'auteure parle de ses plus grands succès littéraires, leurs origines, leurs terminaisons, leurs thèmes, leurs versions, de sa conception de la langue franco-étrangérophone, de la notion de la pluie et du beau temps, et aussi ses propositions pour l’avenir de la littérature franco-iowanienne.

Sam D. Ledify: Parlez-nous d’abord de vos autres best-sellers. De quoi vous inspiriez-vous ?

Joye L’Iowagirl : Bonjour Ledify, comment allez-vous ? Il fait un temps splendide ici, n’est-ce pas ?

Sam D. : Oui, superbe, vraiment. Alors, vos premières œuvres ?

JL : Ah, yes, bon, voyons. Ah oui, mon premier roman était MADAME OTARIE, l’histoire d'une jeune femme mariée qui n'est pas contente de son mari, John Lennon. J’explique dans le texte l’origine donc de la célèbre chanson d’un groupe entièrement fictif, Les Bitèlze, où John proclame au monde entier « Aillame ze Oual russe ».

Sam D. : Et votre inspiration ?

JL : Le cousin du mari de ma coiffeuse, un gars qui s’appelait Gus Floubaire.

Sam D : Ah ! Tout s’explique ! Vous en avez fait une suite ?

JL : Yes, tout de suite après, j’ai rapidement commis LETTRE PERSIENNES, qui est ma fenêtre sur un monde vu par un étranger, Jeudoix Fairelaquieu.

Sam D. : Ah, oui fascinant, cela a vendu plus d’exemplaires que tout autre roman écrit en français écrit par une Iowanienne.

JL : Oui, heureusement pour moi, Julien Green est né à Paris, et l’époustouflant Jonathan Littel est né à New York, si je ne me trompe pas.

Sam D : C’est clair que c’est vous l’auteure iowanienne francophone la plus prolifique de tous les autres.

JL : Oui ! Comme on dit en français « OUF pour moi ! »

Sam D : Racontez-nous les textes qui ont suivi vos débuts littéraires glorieux, s’il vous plaît.

JL : Ben, mon troisième roman, L'HYPER-GORIOT, fut une étude des vicissitudes d'être parent à trois filles ados et ingrates et d’un père de famille déshonorée, celle de Zack Balzac ; ensuite, ma première mémoire, À LA RECHERCHE DU PAIN PERDU.

Sam D : Que le public a dévoré !

JL : Que le public a dévoré, parfaitement.

Sam D : C’est à ce moment que vous vous êtes lancée dans le cinéma, n’est-ce pas ?

JL : Oui, j’ai tourné un docu qui s’appelle CANDIDE CAMÉRA, où un jeune homme naïf fait le tour du monde pour faire des vidéos et qui revient marcher dans sa propre tourbe, au deux sens du mot ! Et après un petit psycho-socio-écono-drame, SHA NANA, l’histoire de la fille de deux ivrognes qui trouve son destin en écoutant du rock-n-roll des années cinquante

Sam D. : Ah, oui, tout le monde est tombé amoureux de la petite Émilie Zoo, là !

JL : Oui, exact ! Elle était charmante, faut l’admettre. Même moi, je l’adorais.

Sam D : Et le théâtre, vous avez fait dramaturge pendant un moment ?

JL : Oui, et ma pièce favorite, je dois l’avouer, c’est MOE LIERRE, l’histoire, comme vous le savez si bien, d’un tartuffe essayant religieusement de tartuffer des tartuffiés.

Sam D. : Et qui a servi à lancer un livre de cuisine aussi, n’est-ce pas ?

JL : Oui, Sam, c’est moi qui ai pu inventer la tarte aux truffes, faite avec la rare Iowatruffe. Un délice.

Sam D. : Et vos textes philosophiques ?

JL : Récemment, je me suis dévouée à mes théories d’inexistentialisme, et cela a porté des fruits.

Sam D. : Votre L'ÉTRANGEROPHONE raconte la triste chute d’une anglophone qui a un accent horrible et qui est condamnée à la peine de mort pour avoir tué la langue française. Avouez-le-nous, Joye, votre Albertine Camufle, ne serait-elle pas un tantinet biographique ?

JL : Eum…non.

Sam D. : Et sur l’horizon ?

JL : Je me lance dans la poésie ! J’ai deux poèmes épiques qui sortiront très prochainement : LES MANDARINS, au sujet d'une femme qui tombe follement amoureuse d'un panier d'oranges et LA NAUSÉE, avec des rimes absurdistes basées sur l'humour ensorcellant de Jerry Lewis.

Sam D : Waaaaaaouh ! Nous, votre public, nous sommes vraiment gâtés.

JL : À mon avis aussi. N’oubliez pas que je suis l’Iowanienne préférée de tous ceux qui indiquent une préférence en littérature franco-iowanienne. Je sais qu’ils ont un choix de lecture, et je les remercie chaleureusement de m’avoir choisie. Au plaisir d’être relue !

Sam D : Au plaisir ! Au revoir, la Nothomb iowanienne.

JL : C’est Joye L’Iowagirl pour les intimes.

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Coming out - Caro_Carito

Dans le prestigieux studio d’enregistrement de « entre les guillemets », Alain Gentel, figure emblématique de l’audiovisuel français, officie dans son rendez-vous mensuel. Une tension palpable règne dans les locaux.

Septembre. Effervescence d’une rentrée littéraire.

A l’opposé de l’équipe qui s’agite et arpente en tout sens le plateau télé, le patron affiche une décontraction presque indécente. Son invité, il l’attend de pied ferme. Il a réussi à imposer à sa direction férue de sondages son auteur fétiche. Une rentrée sans goncourisé alignant des best-sellers à répétitions et des reportages sur leur refuge germanopratin, c’est une première. Il s’est délecté toute la semaine à annoter livres et interviews. Il a visionné des enregistrements télé et radio jusqu’à plus soif. Il est fin prêt. Sa mine réjouie fleure le plaisir de celui qui va se régaler une heure de direct durant.

Il ajuste sa cravate, nettoie ses lunettes. Il s’autorise à tailler une bavette avec les téléspectateurs invités et se dirige vers son fauteuil. Louis Lemal arrivera deux minutes avant l’émission, un brin de superstition n’ôte rien au charme de cet auteur et à la richesse de ses propos.

Il arrive enfin, ses yeux clignant sous la clarté des projecteurs. Une chemise immaculée sur un jean noir, l’allure juvénile malgré sa crinière blanche et sa peau striée de petites rides. Un sourire et une poignée de main. Il s’installe.

Alain Gentel attrape ses fiches fébrilement. Instant fatidique avant de plonger dans une partie de ping pong racée où chacun des joueurs aligneront bons mots et réflexions plus profondes. Une pensée peu poétique le traverse. Ce soir, il va casser la baraque, il le sent.

- Cher Louis, bonjour. C’est toujours un plaisir de vous recevoir ici. Et un privilège.

Louis Lemal sourit.

- Votre roman, « Rendez à César » a, comme toujours, rencontré son public et été accueilli avec enthousiasme par la critique…

Un silence. Son interlocuteur hoche la tête. Diantre, il l’a connu plus loquace. Une angine ? Pourtant le temps est doux. Il attrape un de ses fiches, légèrement déstabilisé et embraye sur le commentaire suivant.

- En aparté, je dois vous dire que votre style est une pure merveille. Une phrase et me voilà transporté dans la Rome antique avec une profusion de détails et cette légèreté qui nous rend immédiatement l’intrigue familière.

Et c’est là que devant le regard stupéfait de Alain Gentel, personnage chevronné du PAF, et un public ébahi que Louis Lemal regarde ostensiblement sa montre et annonce :

- J’ai un train pour Londres à prendre. Vous m’excuserez, n’est ce pas. Voyez-vous, il me faut aujourd’hui rendre à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu et à Edwige Laumonnier ce qui est à Edwige Laumonnier. Depuis 15 ans, c’est elle qui se cache derrière ma signature et je n’ai pris ce rôle que suite à une soirée un peu arrosée et aussi… Parce que, Edwige, tu me pardonnes, Edwige est du genre réservée, nous avions passé un pacte un peu enfantin, je l’avoue. Mais il est temps de mettre fin à cette amusante mascarade. Edwige.

Louis Lemal se lève et s’avance vers une femme menue à l’allure de souris. Il attrape sa main, l’assoit d’autorité à sa place et quitte le plateau non sans avoir serré la main d’un Alain Gentel interloqué. A nouveau cette pensée traverse l’esprit du présentateur vedette mais avec un brin de sarcasme et de déception : c’est sûr ce soir tu vas casser la baraque.

Il pose ses fiches et d’une voix douce s’adresse à sa nouvelle interlocutrice : « Chère Edwige, nous allons mettre de côté ce coming out qui va bousculer, à n’en pas douter, le microcosme littéraire français. Je suis impatient de connaître qui est cette personne qui manie la langue française avec autant de doigté. » Il s’interrompt. « Dîtes-moi tout, Edwige, je peux vous appeler Edwige, car j’aime tant vos romans, je les ai tant lus et relus, que j’ai l’impression de vous connaître. Oui, racontez-nous… Cette part féminine qui est une constante dans vos ouvrages…»

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Mon NON est personne - Sebarjo

City Rain (Little Brittany), West Tour Comic, étage 131

Le 03/01/2020 à 10 h 30

 

Dans un salon de West-Eklair, revue électronique de ce Francia's Land

 

 

Le journaliste Erik Azarail, éminent biologiste et non moins piètre critique littéraire, reçoit l'écrivain populaire Joe Sebbar qui cette année, une fois encore, manque de remporter in extremis, le fameux prix « Qu'on Gourre »...

 

Erik Azarail : Cher Joe Sebbar, bienvenue à City-Rain, ex Rennes, ex Condate,...in the rain... (rires)

Joe Sebbar : ... ???

EA : Hummm... Joe Sebbar, vous avez choisi délibérément cette date quasi-palindromique pour notre entrevue. Pour quelle raison ? Superstition ? Sorcellerie ?

JS : Une petite précision avant de vous répondre : la date eût été parfaite si nous avions eu cet entretien en 2002... mais à cette époque vous étiez à peine né, si je ne m'abuse... d'où cette imperfection !

Maintenant, pour vous répondre, je dirais que mon écriture est symptomatiquement palindromique. La lettre, voilà l'essence du mot. Je suis à la recherche de l'Anagramme comme l'était autrefois le beau Serge de l'Anamour (1). On dit que j'aime toujours contredire mais c'est faux ! Je trouve tout simplement que la plus belle réponse à une question, c'est NON car c'est le degré zéro du palindrome. Et si vous m'avez déjà lu, vous aurez certainement remarqué que j'affectionne les fins sans snif...

EA : Vous voulez dire les Happy end ?

JS : NON.

EA : ... ???

JS : NON.

EA : Bien. Revenons-en à votre actualité, ce pourquoi nous sommes là d'ailleurs (rires). Hummm... Après avoir récemment mis en ligne chez Flemme-à-rien, un grand roman politique abracadabrantesque, Vingt mille vieux sous l'affaire, vous le grand épopiste populo-bobo, vous allez webéditer prochainement un recueil de textes courts – ce qui ne vous ressemble pas - intitulé CHIENS anagramme de NICHES (2). Comme son titre l'indique (rires), vous évoquez à travers des événements insipides, des choses diverses et variées, cette race animale en voie de disparition qu'est Le Chien. Pour être clair, je vous le demande : qu'est-ce qui vous a pris ?

J S : La nostalgie camarade... Cette bête, c'est bête mais c'était ce qu'on appelait au siècle dernier le meilleur ami de l'homme... Ce qui m'a pris...? Je ne sais pas... j'ai eu la main au collet, à en devenir dingo... Alors j'ai bu un petit berger blanc pour me remettre, vous savez cette boisson anisée des trente glorieuses... et puis voilà, j'étais mordu et les mots sont venus tout seuls...sans un os...

EA : Ce livre, excusez-moi si le mot est un peu fort, mais tout de même, ce livre est un peu déroutant...

JS : NON. Il faut simplement emprunter des chemins de traverse, des sentes qui sentent, pour lire ces textes... Il ne faut pas hésiter à marcher dans la boue sans qu'ça gêne, à être sur les traces de nos anciens amis canino-urbains, en sillonnant les caniveaux qu'ils suivaient autrefois pour satisfaire leurs besoins. NON, une chose est sûre, c'est que pour dévorer ce livre, il faut avoir les crocs !

EA : Mais tout de même, permettez-moi d'insister : ce book-in, c'est n'importe quoi ! Il suffit d'en lire la première phrase : « Le chien de pays latin vit à coup sûr sous les canisses. » !!! ... Vous avez abusé du réchauffement climatique ? Une ultra-insolation ? C'est n'importe quoi, avouez-le !

JS : NON. Et c'est pourtant ce qui fait sa force.

EA : Bon récapitulons. Si je prends vos précédents pseudo- romans d'aventures, quelle cacophonie ! C'était déjà... comment dire ... consternant ! Mais là... C'est NUL !

JS : Je suis au sommet de mon art. Tout comme vous d'ailleurs...

EA : Merci, je vous renvoie le compliment.

Pour poursuivre ce que je disais (il marque un temps d'arrêt) ... prenons par exemple, votre roman de l'année dernière Les Trois moustiquaires, mis en ligne fin août comme d'habitude - le même jour que celui d'Annulus Mothum - ça part dans tous les sens et finalement ça ne dit rien ! C'est exaspérant.

Je rappelle l'histoire – et je suis encore bien aimable d'en trouver une ! (rires en cascades) ... hummm... Je résume : trois jeunes gendarmes, Cruchos, Gerbis et Fuguos - puis un quatrième, D'Albi-Merlan, qui arrive là on ne sait comment ! - décident de lutter contre ce fléau qu'est le chikungunya envahissant Saint-Tropez. Ils surveillent les plages pour emmailloter les nudistes (la population la plus exposée) dans trois moustiquaires géantes... Ils combattent le Duc de Ruche-lieu qui aurait fait venir ces moustiques profanateurs clandestinement (via un transport de pneus !) pour nuire à notre empereur bien-aimé, Nicolas Le Grand (Nicolas, si tu nous lis...il fait un signe amical de la main, accompagné d'un sourire diamantissime)... Et, selon votre roman, Ruche-lieu voudrait se venger car il serait le fils caché de Rachid Adatie et de notre grandeur gouvernante.... !!!

Je n'en dirais pas plus tant c'est navrant... mais tout de même, tous ces complots contre notre monarque bien-aimé...c'est inimaginable !!! C'est diffamatoire, c'est un scandale !

JS : Non. C'est de la littérature populaire ! Du popular Art, du Pop Art sans Pop-up ! ... Connaissez-vous Alexandre Dumas ?

EA : Euh... c'était pas un homme politique ... ou ... une sorte d'elfe ?

JS : Lisez-le. Il en existe encore quelques exemplaires papier chez les chiffonniers. Ce que j'écris est de la même veine. Et Patrick Rambaud, ça vous dit quelque chose ?

EA : Bien sûr !!! Rambo ! J'adore cet acteur ! Quelle grâce ! Quelle éloquence ! Quel punch !

JS : En fait, je pensais plutôt à Patrick Rambaud, l'écrivain...(3) Ce que je voulais dire c'est que ce brave homme a décrit il y a une douzaine d'années déjà, les frasques de notre cher empereur et on n'en faisait pas tout un plat !

EA : Il s'agissait certainement d'éloges !

JS : Chacun ne lit que ce qu'il veut.

EA : M'enfin vous nous parlez d'auteurs obscurs : Alexandre Dumas, Patrick Rambaud... personne ne les connaît, tout le monde s'en fout ! Revenons-en plutôt à votre propre dégénerescence, puisque nous sommes là pour ça.... Vous êtes complètement dingue, Joe Sebbar !

JS : Barré, je préfère. Ou barje. Car Joe Sebbar c'est barjo... et ce sera le mot de la fin.

Car je vous laisse. J'ai une autre interview qui m'attend à Litte Bristol (Little Brittany), ex Brest, ex Brestum. Ce sera autrement plus passionnant, car j'y retrouve un camarade écrivain...

EA : Ah... et on peut savoir de quel autre tordu il s'agit ?

JS : Joe Krapov. Il vient présenter sa version revue et corrigée de L'Odyssée (4).

EA : Eh ben, ça va être joe-joe...

JS : Je m'en vais (5)... Vous connaissez Echenoz ?

EA : Quoi ? ... Quelle chose ?

JS : Rien. Je vous laisse, je vais poursuivre mon Voyage au bout de la pluie... Vous connaissez Céline au moins ?

EA : Ah oui j'adore !!! Quelle voix, cette Céline Dion ! Mais j'aime encore mieux l'impériale Carla Bruni, elle est bouillantissime !

JS : C'est bien ce que je pensais.

Il sort et met fin à l'entretien.

 

 

 Notes

(1) Voir les paroles de L'anamour

(2) pour en lire des extraits

(3) Chronique du règne de Nicolas 1er

(4) L'Odyssée pour les nuls : extraits 1 ; extraits 2

(5) Je m'en vais

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Un auteur à l’école (Val)

Je sais, je suis à la limite du hors sujet, mais parfois, quand l’inspiration n’est pas là, on peut peut-être ouvrir un tiroir de sa mémoire pour y piocher un beau souvenir tout neuf, même pas encore exploité pour un autre texte. Non ? On va dire que vous m’y autorisez ! Vous êtes tellement complaisants…

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J’étais en première littéraire. L’année du bac de français. Je trouvais les œuvres au programme pas très intéressantes, alors je lisais autre chose. Plein d’autres choses. Je ne me nourrissais que de bouquins et de tomates.

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J’étais en première littéraire, et, allez savoir pourquoi, ces élèves là n’ont jamais cours, il parait. Combien d’heures par semaine ? Vingt, peut-être ? Quand les autres séries s’en tapent pas loin de quarante ? C’est qu’il faut du temps libre, pour lire, non ? Ils l’ont jamais compris. Passons !

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Je passais mon temps au CDI, que je partageais, à une certaine tranche horaire, avec une classe de première technologique. Ils préparaient un bac gestion, il me semble.

J’étais intriguée, à chaque fois par la présence de livres à la couverture toute noire sur leurs tables. Des série noire ! Ils préparaient leur bac de français avec un roman de série noire !

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Je connaissais leur professeur, pour avoir assisté quelques fois à ses cours, que j’avais trouvée O combien intéressante. Mais, ce jour-là c’est plus la curiosité (ou la disette) qui a parlé :

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- Dis ? tu me le prêtes ?

- Quoi donc ?

- Ton livre. Tu me le prêterais ?

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Je n’ai eu aucun mal à ce qu’on me le mette entre les mains.

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J’ai lu ce bouquin en deux heures. Ça ne m’a pas suffit. L’élève en avait besoin pour le lendemain, mais j’ai réussi à m’en procurer un autre, puis un troisième. J’ai dû lire le roman six fois. J’y trouvais de nouvelles choses à chaque lecture. Comme je l’ai aimé !

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Je pensais que l’auteur était un génie. Déjà, pour reprendre Sophocle, et publier sa version d’Œdipe Roi, je pense qu’il faut être très habile. Il l’a été ! Je n’imagine pas que n’importe puisse s’y attaquer.

Il faut en être capable ! Il l’a été !

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Bon, vous aurez compris qu’à l’époque j’ai aimé son roman sans retenue.

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Et voilà qu’un jour, un élève de cette classe de première techo me fait savoir que sa classe avait écrit à l’auteur, en l’invitant à venir se faire interviewer par la classe, et que le monsieur avait répondu en acceptant l’offre et même en posant une date.

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- J’te dis ça au cas ou ça t’intéresse… sait-on jamais !

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Et comment que ça m’intéressait de le rencontrer ! Déjà, le mec, rien que pour son roman, je l’aime ! Mais en plus, je trouve ça très très classe, d’accepter une invitation d’une classe de lycéens.

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Pour assister moi aussi à la petite conférence, il me fallait deux accords. Car, bordel, j’avais cours (pour une fois que j’avais cours) ce jour-là. Et de maths, par-dessus le marché ! Avec le prof de lettres on aurait pu s’arranger …

 Là, il a tout de même fallu batailler !

J’ai obtenu l’autorisation de m’abstenir de leçon de maths après moult pleurnichages. Je pense que le prof ne me l’a pas donnée de gaieté de cœur… je l’ai eu à l’usure.

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La seconde autorisation, celle de la prof de français de leur classe, je l’ai eue plus que facilement. Elle l’a offerte à qui n’en voulait… (bon, elle prenait pas de risques, hein ! On n’était pas plus d’une demie douzaine, à part sa classe, à vouloir rencontrer l’auteur !). 

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Nous étions tous assis en salle de réunion. Il a frappé. Il est entré. Il a parlé, parlé, parlé. Certains lui ont posé des questions sur son œuvre, sur sa vie, sur ses projets d’écriture. Questions libres ! Je n’en avais pas. Je n’ai pas eu envie de lui poser des questions. Je l’ai écouté parler, parler, parler. Le temps s’est arrêté. J’ai tout bu ! Tout ce qu’il disait !

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On ne s’imagine pas qu’il y a un homme normal caché derrière un bouquin qu’on a aimé. Enfin, moi, je ne me l’imaginais pas. Comme c’etait abstrait, cette idée « d’auteur »…

Pour moi, avant, un auteur, c’était une sorte de personnage inaccessible, une entité seulement composée d’une plume et d’un cerveau.

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Comme c’est bon, de trouver en face de soi une vrai personne ! Un type qui sourit, qui parle, qui porte des jeans et qu’a un boulot, et aussi une voiture, et une femme, et des enfants. Un mec normal, quoi !

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C’est bizarre d’avoir retenu cela, non ? Je vous l’accorde. Mais c’est ce jour là que j’ai vraiment réalisé que les auteurs (aussi brillants soient-ils) étaient de vrais gens. Et même qu’ils pouvaient être des gens sympas !

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Je n’ai jamais relu le bouquin après cette rencontre. Je pense que je vais le relire d’ici peu. Ça m’a donné envie.

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En revanche, j’ai bien aimé cette classe de compta-gestion. L’année d’après, en terminale, j’ai assisté à quelques cours de philo dans leur classe.

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- Hey ? M’sieur ? On a une copine de TL qui veut venir, ça vous dérange pas ? Elle fait pas de bruit…

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De l'ordre des priorités (Papistache)

lessing

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Rencontre avec Emilie (Brigou)


 

A l’occasion de la parution de son dernier livre, j’ai rendez-vous avec Philippe Labro. Cet écrivain aux multiples facettes a accepté de me rencontrer pour une interview.

Je l’attends dans le salon d’un hôtel parisien. Il règne un grand tumulte. Des enfants de tout âge se pressent autour d’une jeune fille. Curieuse, je m’approche et lit sur un panneau :

« Forum des écrivains en herbe avec l’invitée Emilie, 15 ans. »

Rencontre avec une écrivaine à part entière.

Elle signe son deuxième roman fantastique.

Je me glisse parmi la foule et m’approche de cette adolescente au regard clair et aux cheveux blonds. Elle accepte de répondre à mes questions.

- Comment a débuté cette envie d’écrire Emilie ?

J’ai grandi dans les bras de livres et je n’ai jamais vécu une seule seconde sans eux. L’imaginaire m’attire, j’ai adoré « Le livre des Etoiles » d’Eric L’Homa, Harry Potter et le « Seigneur des Anneaux » où Tolkien a su inventer un monde avec des langues et des races incroyables.

J’aime construire un univers dans lequel je peux me réfugier quand j’en ai envie. Cela faisait un moment que j’écrivais des poèmes ou de très courtes nouvelles. Puis je me suis lancée dans une grande histoire, sans avoir aucune idée de ce que cela allait donner.

- Comment écris-tu ?

J’écris dans des cahiers parce qu’écrire à la main m’est beaucoup plus naturel que sur un ordinateur. Mon premier livre que j’ai terminé à treize ans, a été rédigé en une petite année, à un rythme très irrégulier. Les périodes où j’écrivais beaucoup ont alterné avec les périodes creuses, selon mon inspiration. La parution de mon premier roman a déclenché pas mal de commentaires. Je les ai pris en compte. Ma jeunesse est à la fois un atout parce qu’elle intrigue les gens et un inconvénient parce que certaines personnes sont persuadées qu’on ne peut pas écrire un bon roman à mon âge. Je me considère comme une adolescente comme les autres, j’ai un talent pour l’écriture comme d’autres en ont pour le dessin.

- Qu’as-tu ressenti lorsque tu as vu et tenu entre tes mains pour la première fois ton livre imprimé ?

Un sentiment d’accomplissement.

- et pour conclure Emilie, qu’est-ce pour toi écrire ?

C’est pour moi, comme respirer ; à la fois évident et indispensable .

Mes pensées sont loin de Philippe Labro, la fraicheur et la spontanéité d’Emilie a retenu toute mon attention. J’imagine déjà l’article que je vais pouvoir rédiger sur cette jeune écrivaine.

 

 

 

 

 

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Une interwiev de Madame Korita (Gilgamesh)



J'étais grouillot depuis plusieurs mois au "Défis du Samedi", lorsque Mme Anita Cartoon, la rédactrice  en chef  du journal, me convoqua dans son bureau.
"Gilou" me dit elle, (oui, je trouve aussi qu'elle est un peu familière avec moi!), "Gilou.." donc, "notre journaliste vedette, Mme Joelle Krakovskaïa, est momentanément indisponible, sous l'emprise d'une gastro entérite autorechargeable. Or, elle devait interwieuver Mme Kora Korita, la grande écrivaine, à l'occasion de la sortie de son dernier roman intitulé: "Un Kiwi au soleil". Vous allez donc vous charger de cette entrevue."
Elle me tendit le bouquin fraichement édité, en concluant : "Vous avez toute la nuit pour le lire et préparer vos questions. Soyez demain midi à Ker Romanik,  la résidence de Mme Korita".

Je me présentai donc au portail de la résidence le lendemain à 14h précises...

L'illustre écrivaine, après m'avoir salué, me fit entrer dans le salon, où elle s'assit dans l'unique fauteuil.
Puis, se tournant vers moi,  jeta : "Oui..?".

Après m'être vaguement présenté, j'attaquai bille en tête: "Pourquoi ce  titre Mme Korita?..."Un kiwi au soleil", c'est vague, c'est mystérieux!?...".
Me voyant un peu empoté, debout le carnet dans une main, le stylo dans l'autre, me dandinant alternativement d'une jambe à l'autre, elle me dit sans ambages: "Venez donc vous asseoir là mon petit!". Ce faisant, elle désignait ses genoux, qui se tendaient vers moi, pleins de sollicitude relaxante....
Faut dire que j'étais jeune, et un peu ingénu, alors,  sa proposition, vu mon profond état de fatigue, m'allécha.

Je m'assis donc sur les genoux de Mme Korita.... et j'enchainai à nouveau: "Pourquoi ce titre Madame?".
"Voyons mon petit, il faut bien en donner un... et puis c'est l'histoire d'un Kiwi après tout non?".
Et elle ajouta, en posant ses mains sur mes genoux: "Mais peut être ne l'as-tu pas lu? "
"Si si Madame", répondis-je tel un collégien craignant d'être pris en faute...
"D'ailleurs,  je trouve très beau cet amour entre le ver et le Kiwi...  mais, je ne comprends pas trop bien comment ils procèdent?"...
"Voyons mon petit, ils font comme tout le monde..." répondit-elle en remontant ses mains sur mes cuisses.
Je posai mon carnet contre mon petit ventre.. histoire de me protéger.
"Oui, mais de là à creuser un tunnel dans sa bienaimée!!" fis-je...
"Mais c'est ainsi que ça se passe parfois, dans le monde des insectes rampants, mon enfant..." dit-elle en s'agrippant à ma ceinture.

"Et cette histoire avec sa mère, la feuille "Vingt et un Vingt sept", qui l'abrite du soleil dans son enfance, alors qu'au contraire elle en a besoin, et la laisse cuire, plus tard, dans son adolescence quant il faudrait la protéger.... ne serait-ce pas une allégorie de la mauvaise mère?".
"Certes, .. " répondit-elle, en passant sa main sous ma chemise...
"Mais encore? pouvez-vous développer?"...
"Bien entendu"... lâcha-t-elle en effleurant un bouton qui trainait  sur l'accoudoir...

Brusquement, le dossier du fauteuil s'allongea... et nous aussi....
J'essayai de me redresser.. Mais, profitant de ma situation instable, elle exerça un brutal et véloce mouvement de rotation à l'issue duquel je me retrouvai en-dessous et elle au-dessus..
Durant notre changement de position, je perdis mon carnet et mon stylo. Affolé, je tentai vainement de me redresser, puis, tâtonnai à la recherche de mes objets de travail, pendant qu'elle s'affairait sur mon pantalon.

"Voyons, dis-je, comment expliquez-vous qu'à la fin, le ver de terre la quitte pour une belle pomme?".
"Vois-tu, la pomme avait bien meilleur  goût!  Plus sucrée, plus jeune, plus ferme .. plus ... bonne  quoi!" dit-elle en déchirant ma chemise.
"Mais ce n'est dit nulle part Madame, je ne me souviens pas l'avoir lu..."
"Mais si, page  trois cent quarante cinq, treizième ligne", dit-elle en se mettant à me chevaucher gaiement..
Là, je confesse que je perdis un peu pied. Je ne me souviens plus ni des questions ni des réponses. Bon, un râle par ci, un autre par là... quelques affirmations "Ouiiii", quelques dénégations ... Nooonn"... c'est à peu près tout.
Allez écrire un article un peu fouillé dans ces conditions?

Lorsque je me présentai, le surlendemain, avec mon papier au journal, Mme Cartoon, après avoir parcouru mon article,  se leva de derrière son bureau, folle de colère, et vint se poster face à moi. Elle posa ses mains sur les accoudoirs de mon fauteuil, puis  approcha sa tête tout près de la mienne: "Crétin, que veux-tu que je fasse de ce torchon!!" hurla-t-elle en me postillonnant dessus...
Elle ajouta qu'elle ne me payait pas pour que je passe du bon temps pendant mes heures de travail... Quelle injustice ! !

Au final, elle me licencia, non sans m'avoir auparavant déniché un poste de public relation au Hammam Des Vieux Pots, dans le quinzième arrondissement.
Là, chaque jour, je pratique quelques interwievs, histoire de peaufiner ma formation professionnelle..
Encore quelques mois de pratique et je serai enfin lâché dans la nature... fin prêt.
Journaliste de terrain... ce sera ma spécialité...

Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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