06 août 2011

Défi 152 (Tracy)

         Elle était là assise sur sa chaise d’il y 60 ans. Qu’elle était jeune ! Elle regarda par-dessus sa jeune épaule ce qu’elle pouvait bien faire sur ce bureau. Dessiner ? Comme elle l’avait toujours fait avant que ses tremblements l’en n’empêchent.  Jouer avec la paume de sa main ? Ou tout simplement fixer les rainures du bois et rêver ? Elle vit un texte, écrit à la plume. Elle se souvint et s’entendit le lire.

->[Souvenirs]

« Mes yeux se ferment. Je revois ton visage, ton sourire. J’entends ton rire, ta voix. Je sens ton odeur. 

Dans mes rêves les plus osés, les plus fous, je me vois là-bas dans tes bras. Encore toute petite, quelques cheveux sur le caillou, fragile. Dans mes rêves les plus fantaisistes, je te vois toi qui lui donnais le sourire, toi qui comblais sa vie.

Dans tous mes rêves, tu es là avec eux. Vous êtes là près de moi. Voilà mon plus grand souhait. Tous ensemble, réunis. Personne ne manque. Je profiterais de ces derniers instants pour faire ce que je n'ai pas pu faire avant que vous partiez. 

Une photo de vous je cacherai dans ma petite boîte. Mon magnétophone enregistrera une discussion sans intérêt où se mêleront vos débats habituels sur votre quotidien et vos rires exubérants annonçant votre présence. Je remplirai une fiole de chacune de vos odeurs. Ainsi quand les larmes me monteront aux yeux, je les sortirai de ma petite boîte et je revivrai cette époque où tous ensemble nous étions heureux et ne pensions pas à l'avenir. D'une certaine façon, ce sera ma manière à moi de remonter le temps.

Mon présent est rempli de nostalgie et d'attente. Je ne peux vivre l'instant présent alors que tout me manque. Vous êtes ceux qui m'ont permis de me construire et maintenant je dois marcher seule. 

Alors j’attends désespérément… »

   

            Elle avait toujours été ainsi.  A cette époque, c’était son plus grand rêve. Une larme coula sur sa joue. Elle se réveilla, elle était de nouveau chez elle dans son salon, rempli de toutes les photographies qu’elle avait pu prendre durant sa longue vie. Elle réalisa que jamais elle n’avait profité complètement de l’instant présent et que toujours elle avait attendu un moment dans le futur pour pouvoir le savourer. Elle ne voulait plus attendre. Elle avait déjà trop attendu. Personne ne pouvait lui venir en aide. Personne d’autre ne pouvait effacer toute cette nostalgie, sécher toutes ses larmes qui coulaient depuis longtemps regrettant l’instant passé.

            Difficilement, elle sortit de son fauteuil. Le feu crépitait dans la cheminée.  De sa main tremblante elle prit cette photo qu’elle chérissait tant, la sortit de son cadre et l’embrassa. Elle fit de même avec toutes ses tendres photos. Elles ne pouvaient empêcher les larmes perlées le long de sa joue qui suivaient le chemin des précédentes. « Cette photo c’était le jour de son baptême il était encore là », disait-elle. Celle-ci le jour de ses 7 ans. Sa mère avait préparé un fabuleux repas et elle avait eu le gâteau de ses rêves. Un gâteau en forme de champignon. Elle retomba sur ce vieux polaroïd le seul de sa collection …  Puis une photo de son mari et elle, à leurs débuts à Saint Tropez. Son frère encore petit. Ses enfants encore là, près d’elle. Tout lui avait échappé. Elle n’en pouvait plus. « Trop de temps… j’ai perdu trop de temps », marmonna-telle.

            Elle s’empara de toutes ses photos, de son passé et les jeta dans les flammes. Une odeur de brûlé remplit le salon comme lorsqu’elle avait raté le soufflé au fromage.  Elle jeta toutes ses cassettes, elle ne voulait même plus les écouter, elle les connaissait par cœur. Sa mère et sa douce voix qui la réconfortait quand elle était malade, son père au téléphone l’appelant de loin, ses cousins en train de rire et de parler des prochaines soirées, son mari et sa voix suave et sécurisante, les rires de ses enfants, sa voix à 19 ans. Mais ce furent ses fioles qui causèrent sa perte. Ces élixirs de rose, de produits chimiques, de Nivea, de BabyDove…  A l’instant même où elle les jeta, les flammes s’embrasèrent. Une petite flamme put atteindre son confortable fauteuil, le brûlant ainsi. Le feu se répandit peu à peu. Elle se résigna à quitter ce chez elle qui l’avait toujours été mais en vain. 

         Trop vieille elle était et elle l’avait oublié à force de vivre dans le passé ce qu’elle n’avait pas pu vivre dans le présent.  Elle se retourna et regarda le feu consumer tout ce qu’elle avait chéri et empêcher de vivre. Résignée elle se raccrocha au dernier souvenir épargné par les flammes. Elle l’approcha de son visage. C’était son oreiller. Elle sentit une dernière fois son odeur. La plus douce des odeurs. C’était cette odeur qui la réconfortait lors de ses déceptions. Cette odeur qui la serrait fort et qui l’aidait à tout surmonter. Elle respirait encore et encore dans son oreiller. Elle pleurait, pleurait et regrettait de n’avoir pu vivre plus intensément. De n’avoir pu profiter d’eux et de cette odeur.

          Elle se retournait l’oreiller contre le cœur. Les flammes s’approchèrent d’elle. Elle allait mourir, elle le savait. Mais enfin, elle allait pouvoir les rejoindre, revoir leur visage, leur sourire. Entendre leur voix et rires. Sentir l’odeur qui lui manquait tant et qui allait la prendre dans les bras comme il le faisait autrefois.

 

 

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tempi (tiniak)


Le temps... Le temps... mais qu'est-ce ?
Considérant celui d'une vague caresse
polissant la surface au dos d'un galet rond
celui du météore au flanc de l'horizon
passant inaperçu dans le jour qui paresse
où vivre ?
À ce moment près d'elle seule ? dans son livre ?

Temps passés ou futurs n'êtes à l'aujourd'hui
que reliquats obscurs, rêves inassouvis
- mêmes, imaginaires...
C'est d'ici, maintenant, que je prends le parti
d'en faire
un endroit familier où je vais prendre l'air
du temps
tel qu’il me plaît vraiment

Me voici dans Paris croisant un éléphant
connu de mes amis et de moi seulement
à cette heure
(où l'On craint le hulan cantonné à demeure)
et qui sera bientôt des plus problématiques
quand l'ère aura versé d'Empire à République

Trois Jules vont venir au devant de la scène
arracher les marmots à la mine et aux champs
pour les jeter sitôt brailler "Allons z'enfants !"
sur les chemins de gloareu...
Sans faire autant d'Histoire de France
moi, je n'en aime qu'un pour tout ce qu'il balance
et prône au Décadent sur les quais de la sienne
de Cène

L'à-présent me taillade et son vent libertaire
me prêtera sa main pour entrer en enfer
comme on va d'un bon coup achever la semaine
passant à la revue des deux mondes le seul
qui vaille
de souiller nos linceuls aux fruits de nos entrailles

Sorties des toits bourgeois dont les cheminées fument
grisant le ciel joufflu, des colonnes d'écume
plombent, empestent
l'âpre souper frugal des demeures sans restes
la voisine repue sous son mari trop gras
le paternel inceste
la poularde
qu'arrose de son jus la bonne - campagnarde !
la suée des dortoirs
et le vieux saucisson pourrissant sous les draps
qui finiront charpies paquetées aux armoires
sanitaires
et panseront les plaies de trop pauvres misères

Des fenêtres les pianos las
pleurent des doigtés réfractaires
à ces mélodies populaires
qui romancent les célibats

Dans cette vaste fourmilière
au quotidien
je bade un art à son affaire
aussi mon chien
relevant la piste tracée
par les humeurs
d’artistes battant le pavé
jusqu’à pas d’heure

C’en est fini du bon Parnasse
levons haut le vers libéré
sur le boulevard Montparnasse
les apaches vont défiler

Jusqu’à pas d’heure, alors c’est dit
tandis qu'auprès de moi tu lis
je rêve encore et reste ici

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fantome :voyageur du temps‏ (titisoorts)

Nous avons été les premiers.Je me souviens au tout début, j'ai embrassé tout ceux que j'aimais avant de partir.Nous avons été les pionniers de cette aventure de l'humanité.Pouvoir être spectateur de notre histoire. J' ai d'abord senti pendant le voyage comme des picotements. Grace aux études de Ronald mallett, la science avait fait un grand pas. Ils avaient choisi la date du 14 Mars 1610, l'assassinat d'Henri IV. Je me suis retrouvé dans ce château au matin. Ma mission: savoir ce qui c'est vraiment passé cette journée. J'ai donc erré comme un fantome, d'ailleurs j'étais un fantome. Je ne pouvais qu'observer les scenes.Je croisais plusieurs personnes qui ne me voyaient pas, quelle sensation bizarre.Je me suis mis à chercher le roi.Une fois devant lui, je n'en revenais pas (je sais, pour un fantome)"je suis devant le roi Henri IV, tout en sachant que bientôt il se fera assassiner.Je connaissais mon sujet sur le bout des doigts.Je savais que sous sa barbe, il y avait la cicatrice d'une tentative de meutre au couteau en 1594. Mais je nétais pas pour çà. Je devais juste le suivre et en apprendre plus.J'étais fier d'être le premier voyageur du temps. J'allais être un heros, en esperant que le retour se passera bien.
Maintenant que j'y repense, la premier mission s'est bien passé.
J'ai ensuite continué cette mission quelques temps plus tard, après l'engouement médiatique. Ma mission: savoir pourquoi et comment la tête d'Henri IV a été retrouvé en 2008 à Paris chez un couple de retraités de la fonction publique qui la conservait depuis 1955.
Maintenant tout le monde voyage, surtout les classes d'élèves pour apprendre et revivre l'histoire.
Si quelques fois vous avez froid dans le dos ou bien vous sentez comme un courant d'air je suis peut être en train de vous étudiez...
 

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Jour de fête (suite des défis #147 et suivants) (Jo Centrifuge)

 

Dom et Karine tentaient de se frayer un chemin dans la foule du marché.

-Tu la vois, cria Dom?

Mais Karine, plus petite, était bien trop affairée à jouer des coudes pour tenter d'observer quoi que ce fut.

 

Il était déjà passé deux année depuis leur étrange enlèvement. Alors qu'ils se disputaient dans l'appartement de Dom, un drôle de petit machin à l'éclat métallique, semblant sortir de nulle part, se mit à crépiter dans un angle du plafond. Puis ce fut une nuée aveuglante et une interminable sensation de chute, pour enfin se retrouver le derrière dans les épis de blé. D'un point de vue géographique, le phénomène ne les avait pas déplacé d'un iota. Ce qui leur mit la puce à l'oreille ce fut ce vieux paysan en costume de velours à côte qui tirait à grand peine la longe d'un acrébonsouèr de tête de mule de bourricot. Lorsqu'ils reconnurent au loin les clochers et l'hôtel de ville dépouillés de tout immeuble contemporain, ils durent se rendre à l'évidence. Non, ils n'étaient pas sur le tournage d'un film historique, c'était la réalité... de 1891.

Ils s'adaptèrent plutôt rapidement à vrai dire. De toute façon leurs ventres bien vite affamés ne leur laissèrent pas d'autres choix. Karine trouva un emploi à l'usine de tissage et Dom, devenu tâcheron, louait ses bras à la journée, tantôt pour des travaux agricoles, tantôt pour des commerçants. Ils purent ainsi emménager dans un petit meublé sous mansarde. Le soir venu, ils évoquaient « le bon vieux temps » de leur futur, les yeux perdus dans la lueur vacillante d'une lampe à huile. C'est lors d'une de ces veillées qu'ils se résolurent à adresser un message. Et ils pensèrent immédiatement à cette vieille photographie que possédait Léa, leur amie commune, qui était si fière de leur conter son histoire encore et encore. C'était une vue de la chapelle Sainte Eulalie devant laquelle figurait l'arrière-arrière-grand-mère de Léa. Le ferrotype portait au dos une mention manuscrite « 1893, midi, le dimanche de la foire annuelle ». Un jour mémorable au cours duquel le photographe, fou amoureux de la trisaïeule, pris ce cliché espérant attirer ses faveurs et faire sa demande en fiançaille, blablabla... C'est dingue ce que Léa et ses histoires de famille pouvaient leur manquer...

 

Ils atteignaient enfin la chapelle. Le clocher sonnait moins le quart, le photographe, en redingote et chapeau melon, avait mis en place son appareillage. Le soleil de midi inondait la place où vaquaient tranquillement badauds et camelots. Resplendissante dans sa longue robe blanche, la trisaïeule de vingt ans, tout sourire sous son ombrelle, prenait déjà la pose. Des étals, la bise emportait des effluves fruités et partout des pétales de fleurs d'acacias virevoltaient dans l'air lumineux.

 

-On ne bouge plus!

 

Avec leurs tristes mines, enveloppés de haillons, Dom et Karine s'empressèrent de de se placer. Bien en vue, ils brandirent une planche sur laquelle ils avaient inscrit au charbon de bois un « Léa, tout va bien », pathétique et inutile appel au secours.

 

Le magnésium s'enflamma.

 

-Voilà, c'est fait, fit Dom dépité. J'espère que Léa saura nous voir sur cette photo.

-Et après? Reprit Karine, amère. Qu'est-ce qu'elle pourra bien faire? Personne ne pourra rien d'ailleurs.

-P'tin, le pire c'est que tu as mille fois raison...

Deux ans à attendre cet instant, espérant confusément un miracle, mais rien... A présent, ils devaient s'inventer une nouvelle vie, vaille que vaille. C'est Karine, émue par le désarroi de Dom, qui donna le coup d'envoi.

-Ah ce que j'ai mal aux pieds! Foutus sabots.

Cette supplique rasséréna Dom :

-Je t'avais dit d'y mettre plus de paille. Allez, viens, on va chez Germaine, je te paie une absinthe. C'est jour de fête, oui ou non?

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Un tram en moins (Caro_Carito)

 

Matthieu n’a pas bougé du quai. Une heure, dix minutes, ça n’a aucune importance, personne ne le voit. La ville est trop grande et la gare charrie des corps et des vies qui s’éloignent à grandes enjambées mécaniques.

Immobile, il rembobine : le réveil à 6 h, ses mains à elle qui le poussait hors du lit, la douche et les céréales versées au petit dernier. La cravate salie par l’enfant et le soupir de soulagement à l’instant de partir. Pas une minute de retard, non un quart de minute, un rien, une poussière.

Le quai est vide, le train pour Strasbourg est parti à l’horaire dit, sans lui. Une panne, une bousculade. Un wagon de tram qui s’immobilise, sans raison, une course à perdre haleine. Il est resté là, bras ballants. Il a repris son souffle. Le téléphone portable s’est allumé, la voix chaude de Marion, son assistante. Oui, elle trouvera le dossier, les docs, les enverra. Il s’est excusé platement. Nul n’est vraiment irremplaçable.

La journée défaite, il rejoint un café où des voyageurs taciturnes se perdent dans une lecture à scandales. Un regard à son BlackBerry, il n’a plus rien à faire. Le temps se dénoue. Il commande un deuxième verre de blanc. Un prospectus traîne, une conférence, un vague thème spirituel. Accrocheur.

Si seulement, revenir en arrière. Pas juste remonter les minutes jusqu’au matin, avec un réveil qui sonne sept minutes plus tôt. Non plus loin… Jusqu’où ? Peut-être avant cette phrase : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour. » Oui, quand le temps n’existait pas. Plus de contingence. Un corps ? Même pas. Endosser une existence sans origine, ni destination, sans demain, sans pourquoi. Et ce Dieu, pas commode, pas bavard, le laisserait peut-être tranquille, au bout du vide, avalé par une vie sans consistance.

Il serait cela : un silence, un souffle qui s’étiole sur cette terre sans nom, une poussière. Loin des trams, de ses bras à elle, de l’enfant aux yeux clairs qui lui reste inconnu. Loin de tout, loin de lui-même, ce Matthieu qui roule comme une bille affolée dans des jours et des semaines translucides.

Sur le quai vide, Matthieu est à deux doigts de se recroqueviller. Une poussette l’effleure, une voix aboie à un interlocuteur lointain un : « Tu ne réponds jamais, salaud ! » Sa main se crispe sur son billet. Même s’il tourne le dos au train d’après, qu’il aille au bureau ou qu’il se réfugie dans une salle obscure, le temps a ressaisi le cours de sa vie dans sa poigne d’airain.

Matthieu jette le billet inutile. Ses épaules se sont affaissées. Dans dix minutes, il appellera Laure pour un déjeuner impromptu. Il achètera le cadeau du petit, promis depuis deux semaines. Il aura tout remisé, le train qui l’oublie et ce creux de quiétude un instant si proche. Il est 10 heures.

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Irais-je …. (En attendant l'Éden)

Si je pouvais remonter le temps, récupérer les minutes, rattraper les heures. Si je pouvais explorer les siècles et les années … que ferai-je ?

 

Irais-je me promener le long du chemin de Saint Jacques, pérégrine parmi d’autres, voir ces visages burinés par le froid, le vent ou le soleil mais portés par une foi sans pareille ?

Irais-je me mêler à la foule heureuse et enthousiaste au pied de ce mur berlinois qui s’effondre, écouter Mstislav Rostropovich et son violoncelle ?

Irais-je jeter un œil au dessus de l’épaule de Chrétien de Troyes composant Le chevalier de la charrette, regarder ses expressions, le voir hésiter sur les rimes et les mots ?

Irais-je contempler ces tribus amérindiennes sur leurs territoires, encore maîtres de leur destin, maitre de leurs croyances ?

Irais-je naviguer sur le Nil pour remplir mes yeux de la splendeur pharaonique, caresser les chats sacrés et peindre mon regard de khôl ?

Irais-je écouter les seins nus et le regard flou Joan Baez lors d’un festival mythique près de Bethel ?

Irais-je me pavaner les cheveux courts dans ces années folles, pantalons larges, cigarettes au bec et alcool fort à la main ?

Irais-je …

 

Je ne sais pas …

 

Peut être souhaiterais-je juste me retrouver dans cette voiture, à l’abri dans ce parking, loin de la fureur du monde, lorsqu’il m’a dit pour la première, les larmes aux yeux, qu’il m’aimait.


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Vous dites ? (Walrus)

Remonter le temps ?

Quelle drôle d'idée !

Je pense faire partie d'une génération à nulle autre pareille : dans ma jeunesse, on livrait encore le charbon en charrettes attelées à des chevaux faméliques copieusement injuriés et battus par des charretiers au langage idoine. Aujourd'hui, on vous livre l'énergie par câble, assortie de factures aussi hermétiques que ruineuses : quel progrès  !

Sans rire : pourquoi voudrais-je vivre une autre vie que celle que j'ai vécue ?

Quand je suis né, en dehors de la théorie de la relativité restreinte, un honnête homme pouvait encore espérer (presque) tout comprendre des choses de son temps. Aujourd'hui, pour vous soigner un furoncle, on mobilise une équipe interdisciplinaire (si vous pouvez la payer) : quelle évolution, quel progrès !

Où voudriez-vous que je trouve dans le passé une époque aussi passionnante et riche que celle que j'ai vécue ?

Bien sûr, cette aventure exaltante ne nous a pas menés aux paradis attendus, naturels ou artificiels. Et si le monde d'aujourd'hui en arrive sans doute à me faire regretter celui d'hier, le voyage lui-même valait bien d'être vécu.

Donc, je persiste et signe : le passé ? Non, merci !

Ou alors, remonter jusqu'à l'origine des temps et étouffer dans l'œuf l'explosion primordiale, ce vague frémissement du vide quantique.

Ne pas être et...

Hop ! Plus de questions !

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La belle année 1908 (trainmusical)‏

Je suis quelques jours à Paris et je profite de musarder le long des Champs-Elysées.

Entre la Place de la Concorde et l'Arc de Triomphe, la rue est large. Il y a des arbres des deux côtés de la chaussée qui est envahie par des fiacres, des omnibus et des bicyclettes. Pas de tramways, c'est une des rares grandes artères de la ville qui n'aient pas de rails enfoncés  dans le revêtement. J'entends aussi quelques pétarades de voitures automobiles. Elles ne sont pas trop fréquentes, fort heureusement. J'espère qu'il n'y aura pas un jour un flot de ces véhicules. Comment ferai-je pour traverser si l'espace est envahi par ces engins ?

Il fait si bon aujourd'hui de flâner par-ci, par-là, et de rencontrer du monde habitant Paris ou venant d'ailleurs. Tenez, j'observe au numéro 26 un monsieur qui sort de chez lui. Son crâne est dégarni et a une barbe. Ses grands yeux semblent fixer quelque chose de bien précis, sans que je sache quoi. Surtout je pense le connaître, j'ai déjà aperçu son portrait.

Ah mais oui ! C’est lui ! Je m’en souviens maintenant, c'est le sénateur Poincaré ; Raymond Poincaré, notre ancien ministre des Finances. Succédera-t-il à Armand Fallières en tant que Président de la République ? Ne sait-on jamais.

Une chose est sure : quelle belle époque nous vivons !

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Remonter le temps (Oncle Dan)

 

Je me souviendrai le reste de mes jours de celui où j'ai appuyé sur la sonnette de la maison aux volets bleus. La porte s’ouvrit sur cent cinquante kilos de muscles briseurs de bascules publiques. Le colosse avait une grosse tête chauve et pâle, défigurée par un affreux rictus. Une tête à manger du verre pilé et à tuer les rats avec les dents.

Mes craintes s’amplifièrent à la vue de l’être étrange qui surgit derrière le gorille, et qui avait dû revêtir, dans un passé lointain, l'apparence d'une femme.

Elle bouscula l’énorme et lança les vagues de son triple menton dans la pleine mer de sa poitrine en ouvrant la bouche, mais les mots qu’elle voulut en extraire furent refoulés par la banane qu’elle engouffra dans le même temps avec une surprenante rapidité.

Pouvez-vous m’en dire davantage, demandai-je à l'hercule en extirpant de ma poche la lettre qui m'avait fait courir jusqu'à lui sans me retourner.

Le molosse me tira à l’intérieur de la maison en explorant de son regard chalumeau les alentours pour s’assurer que nulle oreille ni oeil suspects ne nous espionnaient.

Suivez-moi. Je vais vous montrer ma machine à remonter le temps, dit-il.

L’écoutez pas m'sieur, crachouilla la baleine entre deux bananes. Tout en chassant de ses protubérances mamillaires quelques miettes de croissant rassies, elle ajouta "S’rait capable d'inventer n'importe quoi pour se rendre intéressant sur les blogs d’écritures. Vous en faites pas, sa cocotte minute ne bougera jamais du hangar à fourrage".

Ta gueule Paulette hurla le colosse tout en me tirant par la manche. Nous traversâmes en quelques enjambées le potager derrière la maison et pénétrâmes l'abri de jardin à l'intérieur duquel trônait une espèce de batyscaphe  composé de cuves, lavabos et tuyauteries de toutes sortes.

Il y a deux places. Dépêchons-nous, dit-il en me poussant sur un siège qui ressemblait à celui d'une 2CV, l'univers est en pleine expansion, il n'y a donc aucune minute à perdre.

Il tira sur un démarreur et l'engin se mit à vibrer comme de la gelée de coing par grand vent. Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais je fus soudain envahi par la certitude que je ne reverrais jamais Paulette.

Les cloisons de l'abri de jardin disparurent de ma vue et j'ai nettement senti que c'était le début de mes ennuis.

Le problème, disait le molosse, est que le temps et l'espace étant la même chose, il nous faut dépasser la vitesse de la lumière si nous voulons remonter le temps. Où voulez-vous que je vous dépose ?

J'étais pris au dépourvu. Déposez-moi en Egypte antique dis-je pour laisser une confortable marge de manœuvre au pilote. Je remarquai alors sur son avant-bras un tatouage "Sécurité – Tranquillité – Bonheur" qui m'apaisa inconsidérément. D'autant que je voyais bien qu'il transpirait de plus en plus et tremblait de tous ses membres, ce qui mettait en mouvement pas moins de deux cent cinquante quatre ossements auxquels s'ajoutaient une dizaine de dents et une prothèse. Il me regarda avec une expression de stupeur et de désolation telle que je n’en ai jamais vu avant ni depuis sur d’autres physionomies humaines. Il tendit le bras gauche pour me montrer le compteur de vitesse. Nous nous traînions lamentablement à deux cent quatre-vingt mille kilomètres à la seconde. J'aperçus alors un autre tatouage qui disait "erreur d'impression – ne pas tenir compte de l'avant-bras droit".

L'engin finit par s'immobiliser dans une grande lumière de fin du monde.

On aura au moins évité les trous noirs, dit-il, pour se rassurer. Quand on glisse dans ces machins-là, on a un mal de chien à s'en sortir sans être obligé de revivre sa vie entière.

Une hypothèse frappée au coin du bon sens, de la saine logique et de la plus fine observation voulait qu'à défaut de pouvoir remonter le temps pour cause de vitesse insuffisante, nous n'avions pu que le descendre. Mais comment est-il possible de descendre le temps ?

Pour espérer pouvoir répondre à cette question, il fallait déjà que la poussière environnante se dépose. Les cloisons de l'abri de jardin apparurent peu à peu.

Nous traversâmes le potager dans l'autre sens. Il paraissait abandonné. Les tomates et les salades avaient disparu. Paulette aussi.

La maison aux volets bleus paraissait déserte. Pourtant, un transistor diffusait des informations. Nous avions effectivement descendu le temps car un journaliste annonçait que Martine Aubry était présidente avec cinquante virgule six pour cent des voix.

Oncle Dan

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