La voilà qui solfie par-dessus ses folioles sur le sol de son île et, telle Lorie, chante :
« Eros, en qui j’ai foi, qui imposes ta loi même aux rois, qui fais de l’homme un serf et de la fille un feu suspendu à ton fil, qui rend fol tout mortel sur la frise du temps, je n’ose pas penser que mes jours sont comptés et qu’ils sont érosifs, loin de toute érotique ! En mon for intérieur je pense que tu foires ! Sire du olé-olé et de la bagatelle, trouve-moi un loser qui jette un œil sur moi et soit pris de folie, qui m’isole, me frôle comme si je fusse fille et portasse lolos comme à l’Agnès Sorel plutôt que des épines ! Elis-moi un bon petit esclave aux fers, un poète qui m’aime et me chante en ses vers. Vite, car il fait soif d’amour sur cette terre !".
Cupidon s’en émut, en parla à Vénus. Vulcain, le bricoleur, leur fit un soliflore. On l’offrit à la fleur.
Et c’est à moi bien sûr qu’on a attribué le rôle du loser ! C’est très osé mais le dieu de l’amour, expert en récipients, coups de pot et blagues vaseuses, on peut se fier à lui dès qu’il s’agit de se payer notre fiole !
Tu m'envoies avec bonheur la lumière de la Camargue, les chevaux, le goût du sel, les oiseaux, les bateaux et les soleils, ambiance fidèle à celle de mes souvenirs, juchée sur le toit de l'église des Saintes, des remparts d'Aigues-Mortes aux arènes d'Arles, de la cabane près des rizières où l'on se chauffait au feu de bois quand le vent soufflait...
À invitation surprise, acceptation surprise : étonnante Marianne ! Même si on dit souvent que la vie n'est pas une course, pourtant hier pour moi c'en était une.
J'avais quelques provisions à acheter en ville avant qu'on aille passer le week end à la campagne et il pleuvait des cordes, pour changer. Du monde, bien sûr, et on avait tourné en rond pour trouver une place de stationnement. J'avais dit à Pacôme d'aller au parking mais non, il allait bien trouver une place et surtout, je crois que son véhicule ne rentre pas dans ces souterrains ou plutôt qu'il n'en ressort pas. Au final, il s'est garé vers la mairie et entre-temps il m'avait déposée pour que j'achète du ravitaillement au marché.
Déjà chargée de deux sacs de provisions à la main et venant juste d'acheter du pain, au moment d'aller le retrouver, au hasard d'une rue piétonne, j'ai vu ça.
Oui, tu me connais, je me suis arrêtée pour prendre la photo, tu sais que j'aime les enseignes et "no comment", j'allais pas la rater, celle-là !
Après d'autres photos, pas évidentes avec le flot des passants... j'ai rempli deux grands sacs de ce trésor que j'ai trouvé dans le grand carton sur le dessus et j'ai laissé le petit sapin de Noël blanc, charmant au demeurant, mais en juin...
Profitant d'une accalmie de la météo, sans doute, le jeune homme au téléphone est resté imperturbable sur son territoire à téléphoner ou que sais-je, les passants ont continué à passer, comme il se doit. Mes sacs débordaient tellement que j'ai dû placer du butin par-dessus bottes de radis, d'asperges, barquettes de cerises et de fraises, oui n'importe quoi !
Arrivée en haut de la côte à la Poterne avec deux sacs sur les épaules et deux sacs à la main plus le sac à main en bandoulière, trempée des pieds à la tête malgré la capuche. Vite, il a déverrouillé le coffre et j'ai pu me délester de tout mon barda.
Et non, il n'a pas dit : "C'est quoi, ce bazar !" ni "Mais qu'est-ce que tu vas faire de tout ça !" ni encore "Sarah, on va t'appeler Diogène !" ; il a souri simplement : "Super, viens vite !". Une magnifique rose sur le siège arrière ne m'a pas échappée.
- Montre-moi tes trouvailles. Des pots à crayons ?
- Oui, sans doute, à crayons de maquillage, je les ai bien nettoyés...
- Cinquante-neuf quand même ! Dis donc, c'est pas bientôt l'anniversaire de ta mère ?
- Oui, soixante le 5 juillet...
Mon avocat devenu architecte s'est alors mis à l'oeuvre pendant que je préparais le dîner. Il a écarté plusieurs des multiples solutions et au final, m'a présenté ça :
- Il ne manque pas quelque chose ?
- Le soixantième vase de ce soliflore à étages ?
Il a délicatement ôté la rose qu'il m'avait offerte et vidé l'eau du vase en verre soufflé à bord noir de chez Ikehabitat ou Habitikea, je ne me souviens plus, et l'a posé au sommet de l'échaffaudage.
- Et voilà, cerise sur le gâteau !
- Whaou ! Ça me rappelle les fontaines à champagne.
- Tiens, Sarah, justement j'ai mis une bouteille au frais...
- On peut sortir dans le jardin, il ne pleut plus.
Folle journée ? Non, heureuse, c'est tout et c'est bien.
J'ajoute que pour l'anniversaire de maman on collera légèrement les pots entre eux pour éviter la catastrophe et qu'on fera remplir de fleurs l'ensemble par un fleuriste professionnel.
Voilà des nouvelles fraîches, chère Marianne, porte-toi bien, n'oublie pas d'être heureuse surtout !
- Lion, que me vaut l'honneur de votre visite ? Vous arborez un air rebelle, Lion.
- Tout juste, ô Ciel.
- Je vous écoute.
- Voilà, c'est certes incongru mais je souhaite changer de nom, ô Votre Hauteur.
- Ah, c'est tout ?
- Non, les autres aussi. Ils sont d'ailleurs là, derrière moi, ô Altesse.
- Allons, donc ! Commencez, cher Lion et j'écouterai chacun à son tour.
- Moi, dénommé Lion, ici présent...
- Au fait, s'il vous plaît !
- Alors, moi, Lion, souhaite, sans être exactement rebelle...
- Si, vous l'êtes, assumez-le et dites-moi le fin fond de l'affaire !
- Moi, communément dénommé Lion, désire prendre le nom de..., j'hésite à le dire... Jean-Jacques !
- Jean-Jacques ? Comme Jean-Jacques Rousseau ? Jean-Jacques tout court ?
- Moi plus Lion mais Jean-Jacques.
- Pourquoi, diable ?
- Parce qu'au lieu de rester ici, je veux aller là-bas...
- Alors là...
- Madame, c'est à vous.
- Vierge est mon nom, ô...
- Donc vous en avec assez qu'on vous donne du "mademoiselle" et qu'on vous harcèle au téléphone pour vous parler de maillot ? Vous voulez qu'on vous appelle "madame" ?
- Euh...
- Qu'à cela ne tienne ! Madonna, ça vous va ? À moins que vous ne préfériez Lady Madonna, plus chic peut-être ?
- Non, merci, ô Céleste, pour toutes ces belles propositions, mais je veux être appelée Patricia.
- Avec tout le respect que vous m'inspirez, et celui que je ressens pour tous les Didier, mon nom sera Patricia, si vous l'acceptez.
- Eh bien, soit, très chère... Patricia !
- Balance, bonjour mon amie, toujours aussi triste ? Vous voulez qu'on vous appelle comment ? Venise, peut-être ?
- Ô Très Haut, France.
- Quoi ! Vous qui avez un si joli nom, vous voulez vous appeler France ? Mais qu'est-ce qui vous prend ? "Ne m'appelez plus jamais France", vous connaissez ?
- Pardon, j'avais mal compris, je m'échauffe vite (oui, mon caractère est bilieux et plutôt réactif tendance primaire et pourtant, pourtant...). Balance vous serez France !
- Merci infiniment de me donner cette chance, ô Ciel !
- Ami Scorpion, quel joli nom !
- Sans doute.
- Pas de rebellion en vue, alors, c'est tout bon.
- Presque.
- Rebellez-vous un peu, quand même !
- Comment dire...
- Dites toujours.
- Il me faut un "s".
- Vous en avez déjà un bien sifflant, semble-t-il.
- Oui, au début et il m'en faut un autre à la fin.
- Scorpions !
- Avec les guitares et tout ce bruit, vous si silencieux... et les autres, vous les trouverez où ?
- J'ai ma petite idée...
- Très cher Sagittaire, vous vous rebellez aussi ? Non ! Vous avez tout : la flèche, le cheval, mi-archer mi-cheval, tout ça tient bien la route, pas vrai l'ami ? C'est pas de la camelote !
- Pas faux...
- Laissez-moi deviner. Vous voulez garder les flèches et le cheval et être un homme à part entière, un vrai, rien de plus naturel, en somme... Vous ne voulez pas vous appeler Michel, un nom d'archange !
- Alors c'est ça votre rêve de bonheur, pouvoir enfin descendre de cheval et gagner votre indépendance au risque d'y perdre de la force ? Je ne comprends pas mais soit ! Suivant !
- Ô Ciel des Plus Hauts, être une chèvre avec des cornes plus ou moins ridicules voire effrayantes me déplaît au plus haut point.
- Je vous aurais bien proposé de vous appeler Julien mais peut-être préférerez-vous Hervé ?
- Hum...
- Non, je ne me fiche pas de vous... Non, enfin, faut voir. Je suis à votre écoute, Capricorne, avant que ce nom soit changé en ?
- Vous aimez corner et crier, je vous reconnais bien là !
- Je vous crie "merci" !
- Mon ami Verseau, vous en avez assez de remplir l'océan avec une cruche, oui, un puits sans fond et sans beaucoup de fondement, d'autant plus que le soleil fait fondre les glaciers, que des icebergs gros comme des Titanic dérivent et finissent pas saper nos côtes, détruire l'immense plage du Petit Nice à La Teste, oui, c'est intolérable !
Que va-t-il nous rester ? Nous réfugier à Notre-Dame-des-Passes après avoir franchi la haie de bars plus toc chaque année où, juchés sur des tabourets, devant des tonneaux bidon, des jeunes de tous les âges, s'enfilent des bouteilles et des cocktails en tout genre dès onze heure du matin, après que les amateurs de café et de calme aient lu qui la page culture du Monde, qui la météo d'Aujourd'hui en France...
Allons Verseau, changez de nom, bon sang !
- Oui mais à part Recteau, pas d'idée...
- Ne pleurez pas, surtout ! Notez que je vous déconseille les eaux troubles et troublées, en tout cas. Que diriez-vous de Dee Dee (pas DJ) ? Vous pourriez faire un pont, pour de bon mais pas jusqu'au Cap Ferret, et puis quoi encore !
- Poissons, poissons... Donc, si je résume, vous êtes plusieurs, et vous ne savez pas combien ? Et ça vous perturbe.
- Glou, glou, glou...
- Plongez au fin fond de votre inconscient (oui, je sais, c'est loin) et n'essayez pas de compter combien vous êtes. Ma réponse : vous êtes un banc et puis c'est marre !
Sans être fin spécialiste de la psychologie des profondeurs (je préfère nager en piscine) ni des fonds pélagiques (par Poséïdon !), je vous proposerais bien :
- Pour conclure (car il y a la queue derrière vous, si je puis m'exprimer ainsi), une valeur sûre dont le nom commence d'ailleurs pas un V ?
- Va pour Vincent !
- Mais non Bélier, vous ne bêlez pas ! Quelle bête vous a dit ça ? Si c'est un mouton, gommez-le, tout simplement. Mais aussi pourquoi dire à qui veut l'entendre (ou pas) que vous aimez les femmes sous toutes les formes (enfin, j'exagère un peu, c'est mon style, je crois) ? Si c'est pour vous faire appeler Michel, c'est non, j'ai déjà refusé tout net.
- Non, pas Michel, rien qui commence par un "M".
- Ah ! À cause du mouton... pas à cause de M quand même ?
- Non, pas mouton, non non !
- Alors Julien (je vais bien finir par le caser), il chante les femmes et en a même connu une qui voulait changer de nom.
- Taureau, alors vous, je vous attendais et je suis sûr que j'ai déjà deviné votre futur nom.
- Non ?
- Francis !
- Non, pas vous Gémeaux si beaux et toujours d'accord, jamais rebelles ?
- Si, si !
- J'ai bien un nom qui s'est libéré mais je ne vous le conseille pas : Poissons.
- C'est non, on ne sait pas nager et on veut se séparer.
- Quoi ?
- L'un de nous veut intégrer un groupe de rock...
- Ah, je vois (encore un coup du Scorpion) !
- Et bien, pour celui qui reste enfant unique du sur mesure : Maxime !
- Ô Très Haut Ciel...
- Cancer, si vous ne vous rebellez pas, alors là j'en perds mon latin et mon grec (oui, j'exagère toujours un petit peu) !
- Ô Très...
- N'importe quel nom fera l'affaire ? Enfin, pas celui-là, c'est la première idée qui m'est venue, non, n'insistez pas, non... Vraiment, je ne vois pas. Vous aimez l'océan, ça va sans dire...
Quelques temps que je ne t'ai pas écrit, les jours passent et filent, plus ou moins semblables. Je sais que sa "nuit chez Côme" s'est bien passée et qu'il a eu un accueil des plus agréables, qu'il a beaucoup de travail ici ou ailleurs...
Samedi, train tôt pour voir Grégory à Paris, oui, non, je ne sais pas, peut-être... revoir Grégory, revoir Paris ?
J'ai ai parlé à mon collègue... et ami, Nestor, qui m'a aussitôt proposé de m'emmener à la gare. Non, ça ne le gênait pas, il partait dans cette direction aussi. Bon, j'ai réservé, bouclé mon sac vite fait. J'ai mal dormi et Nestor était à l'heure convenue en bas de chez moi. Tiens, sans cigarette ni même vaporette. Il a mis mon bagage dans son coffre où son cartable côtoyait son sac de sport, son matériel photo et ses bottes.
Il a voulu m'accompagner jusque sur le quai et porter mon sac, ça m'a rappelé mon père à Clermont, il y a si longtemps... Le train n'était pas encore à quai et il a proposé de l'attendre avec moi. J'ai dit non, ça va, merci.
Le train a été annoncé avec un quart d'heure de retard et il est resté me tenir compagnie en me racontant un peu sa vie, pour une fois...
Depuis des années il n'était pas venu accompagner quelqu'un sur le quai d'une gare et la dernière fois...
- Oui, la dernière fois ?
Je n'ai pas eu à insister pour qu'il raconte son mariage qu'il a pris soin dès le début de qualifier de naufrage.
Si, très tôt, rien n'allait pour Silvana (anorexie ou boulimie, sautes d'humeur, rejet de tout, angoisse de la mort, repli sur soi, phobies diverses, épisodes violents), il ne l'a pas vu tout de suite ou n'a pas voulu le voir ou a pensé qu'il allait pouvoir la changer ; ça lui a pris du temps pour la connaître au-delà de la belle image qu'elle renvoyait : charmante, charmeuse, passionnée, brillante journaliste.
C'est surtout le détachement envers leur bébé qui avait commencé à l'alerter mais il mettait ça sur le dos du "baby blues", du surmenage, de l'envie de plaire d'une femme aussi belle. Quelques années ont passé et les parents de son épouse, qui habitaient Bordeaux, se sont beaucoup investis, répondant toujours à l'appel. Silvana allait régulièrement passer des vacances chez eux et depuis quelques mois, elle n'emmenait plus leur fils. C'est la mère de Nestor qui venait pour l'aider à m'en occuper.
À ses retours, Silvana allait mieux et la vie reprenait son cours, plus ou moins cahotique mais la vie de famille passait avant tout. Et puis, elle a vite parlé de repartir voir sa mère qui, semble-t-il, n'allait pas bien...
- J'étais partagé. Encore seul, encore la galère.. j'ai dit on en reparle ce soir. C'est l'appel d'une femme habitant Bordeaux, que je ne connaissais pas, qui s'est présentée comme...
- La femme trompée ?
- Oui, c'est ça, et elle m'a accablé de détails que je ne demandais pas.
J'étais sidéré, je ne pouvais plus parler mais tout me sembler subitement si clair, moi qui n'avais rien voulu voir... J'ai dit juste merci et j'ai raccroché et mis immédiatement son numéro en liste noire, j'étais comme en mode "pilote automatique", j'avais l'impression de flotter au-dessus de moi et quand j'allais parler, ma voix aller me sembler celle d'un autre...
Mais je suis vite redescendu sur terre.
Le soir même, après le repas, je lui ai dit d'accord Silvana, tu peux partir après-demain vendredi si tu veux, je te déposerai à la gare avant d'aller au lycée.
Elle m'a remercié en me disant que j'étais compréhensif. Oui, c'est vrai, j'avais compris, enfin !
À six heures, je l'ai réveillée, elle est sortie fumer. Je lui ai préparé du café, lui ai fait avaler une tartine et je l'ai aidée à boucler ses deux grosses valises, je te passe les "tu comprends, je pars pour quelque temps, en plus j'ai des reportages et des interviews avec untel et untel..."
À sept heures, elle dormait presque quand je l'ai embarquée avec armes et bagages mais moi j'étais bien réveillé. Je l'ai conduite sur le quai et j'ai attendu que son train arrive, lui ai monté ses bagages et l'ai conduite à sa place réservée en lui souhaitant bon voyage. Elle m'a dit que j'étais gentil et répété que j'étais vraiment compréhensif. Quand j'ai vu le train s'éloigner, je suis parti.
Bien sûr, nos routes se sont séparées là. Elles se sont recroisées un mois plus tard quand elle a m'a annoncé son retour définitif mais j'ai dit non, c'est fini, je pars et je suis parti, un peu à zéro.
Déjà plus d'une demi-heure qu'on était assis sur ce banc sur le quai quasi désert.
- Vous attendez le train pour Paris ?
J'ai répondu oui machinalement au contrôleur qui m'a expliqué que suite à un accident il n'y avait pas de train ce matin. C'est pour ça qu'on était seuls sur ce quai. J'ai fait un texto à Grégory en lui expliquant de ne pas m'attendre et je me suis excusée auprès de Nestor pour le retard que je lui avais fait prendre pour son départ en week end.
On a quitté le quai.
Il était dix heures, on a bu un café en face de la gare et il m'a proposé non pas de me raccompagner chez moi mais de l'accompagner en Camargue où il avait réservé une chambre chez des amis qui ont un ranch et des chambres d'hôtes. Il suffisait juste d'un coup de fil pour savoir s'il leur restait une chambre.
Mes yeux ont dû parler pour moi car sans qu'un son puisse sortir de ma bouche, il a sorti son portable.
- Allô ? Oui, c'est Nes. J'arrive pour midi. Il te reste une chambre pour une amie ?
Changement de cap, Sarah, cap au sud vers le ranch, les chevaux, la mer, les oiseaux, les grands espaces, un rêve...
Je te souhaite tout le bonheur du monde, chère Sarah, porte-toi bien, je t'embrasse,
Si je suis ce pas-chat que Natacha n’attacha pas et qui fâcha Sacha, car me sachant peu chaste, il crut que j’en voulais à Ninette sa minette alors que simplement on avait convenu d’aller ensemble au bal de charité ce soir danser le pas chaloupé du pas cha-cha-cha gai que chante Marie-Thé en robe pas-chamarrée de soie pas-chatoyante et que rythme Charlie de sa pas-charleston, si tout ce pas-charivari vous avarie l’ouïe ou vous ravit l’oreille, si chez le pas-chapelier fou vous épas-chafaudâtes des hypothèses savantes sur le pas-loir entré dans la théière de Schrödinger, permettrez-vous quand même que je vous souhaite, Alice, un joyeux non-anniversaire ? demanda le sourire du pas-chat de Chester.
Alice pas-charitable ne lui répondit pas. Elle s’était endormie légèrement pas-chafouine dans une cagette en bois, rêvant qu’elle était chat et s’appelait Chouchen.
Je suis assez âgé maintenant pour pouvoir dire que j’ai vécu à l’époque du dieu Vintage.
La vie y était résolument en noir et blanc comme sur cette-photo-ci où l’on me voit avec mon frère William. Mes trois frères et moi portons les mêmes prénoms que les frères Dalton mais ça m’importe aussi beaucoup, à moi l'affreux Joe-Joe, de savoir quand est-ce qu’on mange et quand est-ce que les restaurants rouvriront.
Ça date d’entre 1960 et 1970. La maison se trouvait dans une rue tranquille de Bonneuil-sur-Marne. C’était le pied-à-terre que mes grands-parents occupaient quand mon grand-père montait à Paris pour travailler à la « Fédé ».
La voisine s’appelait Madame Bidart ou Bidard mais ça ne m’a pas permis de retrouver l’adresse du lieu sur Google maps. A quoi bon du reste ? A quoi bon mémoriser une adresse de plus qui ne servira à rien ni à personne ? Reste juste une photo du genre « jours heureux de l’enfance ».
C’est comme les PILI dont j’ignorais qu’on les désignât sous ce vocable ! Je me souviens très bien que ça les amusait beaucoup, les grands-parents, de faire découvrir à ces innocents du village que nous étions l’univers encore très Jacques Tatiesque de la capitale. Notre premier escalier roulant à la station de métro Ourcq ! Le panneau indicateur lumineux d’itinéraires, le Pili donc, avec tous ses boutons et ses voyants colorés qui affichaient le trajet à effectuer pour aller de «Vous êtes ici» à «vous voulez aller là-bas». Oui, un genre de GPS avant l'heure si vous voulez, «Pour Invalides, changez à Opéra» comme chantait le poète poinçonneur. Le PILI, une invention qui met du piment dans votre vie !
Parce que plus tard le pied à terre s’est trouvé au 4e étage d’un immeuble de la rue de Lunéville à Paris. Grand-mère nous emmenait parfois à pied jusqu’au 213 de la rue Lafayette retrouver Grand-père à l’heure de sortie du bureau. C’était tout droit dans le prolongement de l’avenue Jean Jaurès et on s’arrêtait pour regarder les bateaux dans l’écluse du canal Saint-Martin.
Je me souviens encore du hall d’entrée et du grand ascenseur qui nous emmenait au 2e étage où se trouvait la Fédération nationale des travailleurs du sous-sol. Je me rappelle les noms des collègues de «l’homme fort du Pas-de-Calais», je revois des visages : Henri Martel, Achille Blondeaux, Stanis Walczak, Lucien Labrune, Augustin Dufresne, Victorin Duguet qui m’avait surnommé «L’avocat sans cause». J'étais sans doute assez bavard et "rameneur" à l'époque !
Ca vous fait des bosses à vous, hein, tous ces estimables fantômes, ces braves types qui n’ont pas vécu centenaires. Vous, vous attendez juste la nébuleuse ! Eh bien c’est là qu’elle était, au 213, venue directement d’URSS, installée sur une petite étagère parmi quelques livres du même acabit : « La Nébuleuse d’Andromède » un roman d’Ivan Efremov publié aux Editions de Moscou en 1959.
Pourquoi je me souviens encore de cela ? Je ne vais pas partir en chasse de ce vieux nanar puisque je ne lis plus rien désormais que des blogs ici et là avec leurs récits de frottements qui durent depuis vingt ans, le Canard enchaîné, des bandes dessinées de cette même époque vintage récupérées grâce à des camarades roumains et des revues de jeu d’échecs qui m’apprennent qu’un joueur russe nommé Nepomniachtchi a gagné le tournoi des candidat ?
Nepomniachtchi ! A peu de chose près, en russe, c’est "nié pomniat’" : Ne te souviens pas !
Ultime gag, l’image du PILI qui clôt ce billet a été capturée sur un site qui parle de Patrick Modiano, grand nostalgique d’un Paris qui n’existe plus, et le site s’appelle… Spacefiction ! Ca ne s’invente pas !
Les premiers contacts de (la future) Madame avec les directeurs des écoles où elle a sollicité un emploi lui sont restés en travers de la gorge.
Bien calé dans son fauteuil capitonné, l’homme l’avait regardée du haut de sa toute-puissance pour lui déclarer du bout des lèvres:
– Vous êtes sûrement très compétente, mais voyez-vous, les femmes ont si souvent des problèmes de discipline, elles ont du mal à tenir une classe.
Le comble, c’est qu’il n’avait jamais pu le vérifier: son personnel était uniquement masculin. Ce qu’elle lui a d’ailleurs fait remarquer – qu’avait-elle à perdre? Rien! et ce serait peut-être utile à la prochaine qui se présenterait.
Autre province, même topo. Sans que le mot femme ne soit prononcé: celui-là se croyait plus malin en parlant de jeunesse ou d’inexpérience. Mais on avait compris.
Bref, quand (la future) Madame s’est trouvée devant le directeur qui se montrait prêt à l’engager, elle a cru bon de le prévenir:
– Vous êtes bien certain que vous vous voulez engager une femme? Vous n’avez pas peur pour « la discipline »?
Les prêtres d'Apollon, lorsqu'ils l'avaient croisée dans les faubourgs de Delphes, s'étaient écrié en un troublant unisson : "Bonne à Pythie, Messieurs !"
Illico, ils l'avaient engagée et le septième jour de chaque mois, assise dans l'adyton du temple sur un trépied branlant, enveloppée d'une tunique vaporeuse, elle débitait, avec l'air inspiré d'une transe napolitaine, des paroles nébuleuses.
Tu parles d'un job peinard !
Ce sont bien sûr ces mêmes prêtres qui se chargeaient d'extraire de son charabia (je note le mot pour le prochain C tout en me demandant s'il a un lien avec moucharabieh) des prédictions d'autant plus favorables au consultant que l'offrande sonnante et trébuchante de ce dernier était importante.
Pour exercer cette interprétation délicate de l'oracle, ils se couvraient le visage de masques rituels, évitant ainsi la triste réputation des augures dont on clamait partout qu'ils ne pouvaient se regarder sans rire.
quand nous étions enfants, tous, tous enfants de la balle, bien sûr, la balle au bond, vous saisissez, là ?
Ma soeur s'est très tôt passionnée pour la danse, tellement douée qu'elle est devenue petit rat de l'Opéra. Actuellement danseuse étoile, elle vit avec son mari, Sir Ruppert Alexander Devil.
Pour ma part, le contact des animaux m'ayant toujours attiré, je suis un temps devenu rat de bibliothèque, ce qui m'a permis d'acquérir des connaissances pour préparer le concours de garçon de laboratoire.
En charge essentiellement de rats, je vis donc désormais entouré de rats de laboratoire. Ma collègue et fiancée, Rama Deschamps, étant originaire de Brest, c'est là que nous allons nous marier et toute la famille viendra. Notre voyage de noce commencera à la Pointe du Raz et s'étirera où l'on voudra...
P.S. : Rendons à Jean-Pol, ce qui est à Jean-Pol, le dessinateur créateur de Marc et Julie (à qui j'avais déjà eu recours pour le mot "drugstore" et je l'en remercie), ici la famille Ménagerie et si j'ai supprimé les prénoms de Marc et Julie au bas des photos des cartes, c'est pour servir la cause de mon laborantin laborieux et ra...vi !
Plus sobrement, pour la famille Domp'tout pas de nom de dessinateur... mais un petit air de famille, non ?
N.B.1 : Même s'il paraît que "jodhpurs" ne s'emploie qu'au pluriel, j'ai toujours entendu et lu "un" jodhpur de même qu'on dit "un" jean et non des jeans ou une paire de jeans...
N.B.2 : Même s'il paraîtrait que l'on ne met pas de bottes avec ce pantalon, l'élégance parfaite du Capitaine (avec la veste parfaite) nous pousse à croire que si !
En tout cas, après avoir eu pour le mot "idole" une première idée consistant à raconter "une idole ayant pour idole une autre idole" (notamment Tina Turner fan des Rolling Stones les rencontrant, tournant décisif de sa carrière), dès que j'ai vu Tina et ses jambes, j'ai changé de cap. Quand j'ai vu l'illustration de "jodhpurs", j'ai encore vu une histoire de jambes et j'ai, comme on dit "changé de pied", et osé me tourner vers l'élégance...
(photos de l'auteur tirées de l'album "Les sept boules de cristal", Hergé)
Dans les Combrailles (comme ailleurs*) depuis le Moyen-Âge (voire avant), on fabriquait du charbon de bois pour aller le vendre dans la plaine de Limagne.
On vivait de peu : quelques légumes, quelques poules, quelques lapins, quelques vaches... J'ai des souvenirs durables du début des années 70 ("Seventies") où des cousins vivaient dans une pièce unique dans une masure au sol en terre battue, où le lit tutoyait la table et où je disais que je n'avais pas soif pour ne pas boire de l'eau dans un verre aussi culotté, gens humbles et chaleureux que mon père aimait.
Mon arrière-grand-mère Anne descendue au marché de la petite ville vendre le contenu de son panier y est restée. La vie y était rude aussi : le froid, le travail, la pauvreté. Les hommes voulaient partir : à l'armée, aux colonies ou finissaient par arriver à Paris au départ de Pont-du-Château avec les bateliers de l'Allier puis de la Loire et souvent restaient à la capitale où Dame Misère les attendait aussi.
Ils ont fait porteurs d'eau pour les bourgeois : eau froide, eau chaude... Et puis le métier s'est éteint. Ils ont porté des sacs, roulé des tonneaux sur les quais de Bercy : du bois, du charbon, du pinard, du sable, du bois... Certains ont pu accéder à un petit commerce "Bois, charbons" et d'autres travailleurs venus du Massif Central et d'ailleurs ont grossi leurs rangs.
Les bougnats, comme on les a surnommés. Ils étaient plutôt les "Auvergnats de Paris" mais "bougnat", c'est plus court. S'ils ont transporté de tout, certains, plus entreprenants, ont monté des bistrots dans le sud de Paris : 11ème, 12ème, et même le Flore au Quartier Latin et tant d'autres...
À la fin du 19ème siècle, les "filles-mères" n'avaient souvent d'autre recours que d'abandonner leur enfant non désiré. Ma grand-mère est née ainsi à Paris 14ème de père inconnu et a été mise directement à l'Assistance Publique par sa mère Claudine. Comme le décrit si bien Ivan Jablonka dans "Ni père, ni mère", elle a, comme tant d'autres été placée dans une ferme loin de Paris où l'on travaillait plus qu'on ne mangeait, comme il se doit...
Comment a-t-elle pu rencontrer mon grand-père en ville ? Par le bal, par hasard... Je ne sais. Mon père, qui aimait bien tout savoir (et aimait raconter), ne l'a jamais su : on était plutôt du genre "taiseux" sur ces choses-là. D'une servitude à l'autre, ils se sont mariés et le chef de cette famille était Anne. Veuve prématurément, elle allait monter un café pour gagner des sous... Pas grand chose : ma grand-mère malheureuse, mon grand-père sombrant dans l'alcoolisme, deux de leurs trois enfants aux destins tragiques.
Parmi tous les monuments de Paris que mon père aimait, du Père Lachaise à Montmartre, des Champs Elysées au Louvre, des quais à Saint Michel, j'ai mis longtemps à comprendre pourquoi le Lion de Denfert figurait sur la liste : les branches cassées de ses origines maternelles, peut-être...
(*) et encore dans la forêt anglaise au XXIème siècle évoquée dans l'épisode de "Inspecteur Barnaby" (dont je ne retrouve pas le titre) où Joyce va chercher du charbon de bois pour organiser un barbecue pour l'anniversaire de John et se retrouve nez à nez avec des crânes humains...
G rossièrement taillé dans la pierre, noirci A force de toujours représenter le mal, R egardez tout là haut cet étrange animal : G argouille ! C’est le nom du monstre par ici. O n aurait pu bien sûr représenter aussi U n enfançon joufflu urinant sur la foule. I l convient avant tout que l’eau de pluie s’écoule. L a gouttière choisie eût été plus jolie. L ’archevêque écarta cette idée trop nouvelle. E lle revint, plus tard, moins grandiose, à Bruxelles !
Gargouilles photographiées à Nantes, Loc-Envel, Barcelone et Arques-la-Bataille.
Petit "télégramme" rassurant même s'il a dû t'envoyer un long texto...
Il a fait escale à l'Office de Tourisme où je l'attendais. Son instrument a fait sensation (tu t'en doutes !).
Après s'être désaltéré (oui, ça donne soif !) et un peu restauré, un journaliste lui a proposé de se produire sur la place de la Cathédrale, près de la statue du pape Urbain II : télescopage historique !
Belle organisation, brillante prestation, bonne interview.
Sous un angle bien choisi, il a été photographié entre la "tête" du carnyx gaulois et une gargouille gothique à tête d'animal de la cathédrale (cliché historique, hein ?).
Après un café dans mon bureau, profitant du beau temps, je l'ai fait monter à la Tour de la Bayette (oui, interdite au public, tu sais bien) et admirer la ville, les volcans et les Côtes recouvertes d'arbres en fleurs leur donnant un aspect de neige.
En descendant, comme on avait un moment, après avoir rassemblé quelques sandwichs et boissons, je l'ai amené là-haut en moto (oui, j'avais un casque pour lui).
De là, belle vue sur le Sud : la ville et le plateau de Gergovie, ce haut lieu. Quelques chants d'oiseaux, quelques joggers ou promeneurs de chiens, le calme.
On a pris à pied le sentier où alternent bois et prairies balisé de panneaux sur faune et flore. Un peu à l'écart d'un chêne et d'une herbe piquetée de pâquerettes et de violettes, une orchidée sauvage. Même si elles sont communes, elles sont protégées. Greg l'a prise en photo pour te l'envoyer.
Un peu plus loin, on a fait une pause près d'un petit ruisseau qui gargouillait, hésitant entre surgir et s'amollir sur place.
On est revenu en boucle vers le versant Sud, celui où a été tourné le film "Ma nuit chez Maud", tournage qui avait tourné la tête aux habitants de voir débarquer tant de monde en cet hiver 68 pour filmer leur ville noire toute drapée de blanc.
Ensuite, Pacôme, organisateur de la Semaine de la Poésie cette année (si, si !) est venu le récupérer en voiture pour l'héberger au rez-de-chaussée de sa maison où il aura une chambre à côté du studio d'enregistrement qu'utilise le groupe de rock de Pacôme le week end.
Une tonne de travail m'attendait au retour... et pour Grégory, "Sa nuit chez Côme" !
A quoi bon cirer le parquet Puisque d’autres dents ambitieuses Vont venir le rayer ?
Un lavage à grande eau suffit.
A quoi bon cirer le parquet Si c’est pour n’y plus voir La joliesse des nœuds du bois Mais, courbé, les pompes du prince ?
Un lavage à grande eau suffit.
A quoi bon cirer les pompes du prince ? Toute sa science est ambition, Apprêts, pommade, maquillage Et toute sa force est de police.
Un lavage à grande eau suffit.
Un lavage à grande eau suffit Pour qu’à la plage de Trestel Tout resplendisse et tout reluise.
Et, par compensation sans doute De nos derniers aveuglements, Le sable lui-même y dessine La forêt initiale, Les arbres grands et beaux Qui ne finiront pas en parquet de Versailles.
- Alors comme ça c’est vous le représentant de l’ordre public ? Eh bien dites donc vous en avez mis du temps pour arriver ! Vous faites partie des carabiniers d’Offenbach ou quoi ? Je suis enchanté de faire votre connaissance, Messire de La Croix rouge. Vous avez une bien belle épée, un bien bel écu mais la fatigue de votre haridelle laisse à penser qu’on est allé vous chercher un peu loin. Ne seriez-vous pas, par hasard, un mercenaire étranger ? Ceci expliquerait cela. De fait il ne fallait pas vous déranger pour si peu. A mon humble avis vous avez fait ce long voyage pour des prunes. Si vous voulez on va reconsidérer la situation. Elle n’a rien d’exceptionnel. Il se trouve, voyez-vous, que le Dieu que vous servez m’a créé carnivore ainsi que vous et que, tout bien considéré, du fait de ma grande taille, de mon surpoids, de mon système de cuisson intégré au palais, je puis paraître terrifiant au commun des mortels, voire vorace à outrance. Mais quoi ! Un mouton par jour, ça équivaut à quoi à votre échelle ? Un plat de lentilles pour Esaü ! Le pain béni du repas quotidien ! Notez de plus que je ne reproche rien à ces pauvres ovins. Je pourrais, tel un loup, et je vous rappelle que l’homme est un loup pour l’homme, reprocher à l’agneau de troubler mon breuvage ou me jeter avec méchanceté sur la chèvre de M. Seguin. Eh bien pas du tout ! Ça me chagrine même de mettre fin à l’existence de ces pauvres bêtes. Mais quoi, il faut être raisonnable. Si le monde entier devenait végétarien par exemple les espèces animales n’en prolifèreraient pas moins ! Vous seriez très vite encombrés par les sangliers bretons, les chats sauvages, les chaussettes noires, les chiens errants, les vaches sacrées, les bœufs, les moutons à cinq pattes, les canards boiteux, les poulets ripoux, les ânes bâtés, les pangolins, les chauves-souris, les virus couronnés, les cochons de payants, les truies qui filent, les requins de la finance, les chevaux de retour et tous ces drôles de zèbres que votre Créateur a lâchés dans la nature ! Tout de même, vous serez d’accord avec moi : un peu d’ordre et d’équilibre s’imposent. Et puis, voyez-vous, j’ai quand même l’impression que le problème n’est pas tout à fait là. Si j’étais un dinosaure herbivore ou un Martien tout juste débarqué de sa soucoupe volante, eh bien, je vais vous dire, on aurait quand même fait appel à vous ! J’ai comme l’impression qu’ils n’aiment pas beaucoup les étrangers par ici. Alors moi du coup, en tant que vagabond, pas du coin, manouche, saltimbanque et cracheur de feu, je coche toutes les cases. On ne dira jamais assez les méfaits de la sédentarisation. Déjà qu’ils ne parlent plus le même langage les uns et les autres, ils sont toujours en conflit pour l’appropriation des richesses du sol et du sous-sol. Et pourtant la culture, plus que le remplacement de la forêt par des plantations d’huile de palme ou par la construction de bateaux qui vont faire du commerce triangulaire, ça consiste bien en une ouverture aux autres, non, en une curiosité, en un dialogue permanent ? Enrichissez-vous, certes, mais surtout apprenez à vous aimer les uns les autres ! Nous avons la chance de vivre dans une époque prospère : l’abondance des ressources de la planète permettrait que chacun mange à sa faim, se déplace ciomme il le souhaite pour ses loisirs et développe en lui le petit Mozart qu’il a forcément. Alors pourquoi confiner les uns et les autres dans des tâches rébarbatives ? Au profit de qui et dans quel but ? Pourquoi ne pas songer plus à l’égalité, à la fraternité, à la liberté ?
C’est à ce moment-là du discours que Saint-Georges a coupé la parole et la tête au dragon. Le sang du monstre s’est répandu sur le sol et comme par miracle on a vu pousser instantanément de jolies fleurs bleues de la famille des Convolvulaceae, principalement dans le genre Ipomoea, plus communément appelées volubilis. Puis le chevalier s’est remis en selle et a éperonné son cheval blanc, lequel n’a pas tardé à prendre la parole.
- En même temps, c’est pas faux, ce que racontait ce dragon ! Je me mets à sa place ! Ça ne me plaîrait pas vraiment qu’on vienne faire du foin ou me brouiller l’écoute à propos de ma nourriture ! Après tout, on ne fait qu’assumer une fonction de combustion, d’absorption d’énergie pour assurer notre survie. Bien sûr qu’il ne faut pas vivre pour manger mais il faut manger pour vivre ! Quant au mouton, à la brebis ou à l’agneau qu’il dérobe aux agriculteurs ou plutôt aux éleveurs, enfin bon aux deux en un puisque bien souvent ils cumulent les emplois, c’est un peu comme le renard dans le poulailler. C’est la nature certes, mais si on y réfléchit bien, c’est le mot « poulailler » qui pose problème. En quoi une poule, une vache ou un cochon ont-ils vocation à devenir la propriété d’autrui ? Et quand je dis autrui, bien sûr je pense aux hommes ! Je ne pense pas être un mauvais cheval mais vous avez quand même, outre une propension assez nombrilique, un sacré culot à vous accaparer tout ce qui se trouve sur cette planète, y compris les êtres vivants, et vous allez même jusqu’à réduire vos pareils en esclavage ! Si mes renseignements sont exacts, et justement ce ne sont pas des fake news, je n’ai pas d’œillères, je m’en remets à ce que j’ai vu de mes propres yeux, le marché aux esclaves, à Rome, ça existe bel et bien et un mercenaire, ça s’achète comme le reste…
C’est à ce moment-là que Saint-Georges a coupé la parole et la tête à son cheval. Il est rentré à pied de cette mission-là mais cette marche silencieuse lui a fait des vacances. C’est un peu, toutes proportions gardées, comme quand on éteint Olivia Gesbert, qu’on coupe le sifflet à Adèle Van Reetha-Kouchovski ou qu’on fait cesser le bagou d’Ali Badou sur France-Culture ou qu’on zappe d’autres baratineurs de la télé pour se mettre à table en vue de déguster une bonne côtelette d’agneau.
Ou lorsque, dans le bush australien, cesse le son du didjeridoo et que le kangourou remet dans sa poche ventrale ses gants de boxe rouges, cadeau de Georges Carpentier ou de Mohamed Ali, il ne se souvient plus très bien. A force de se prendre des coups dans la gueule, on a la mémoire qui flanche.
Je me permets de vous envoyer cette participation en réponse à la consigne CURRICULUM.
Depuis longtemps, j’ai été prof, au collège, au lycée et finalement à une fac ici en Iowa.
Mes responsabilités à la fac étaient nombreuses. J’ai développé et publié un cursus de français et aussi en anglais deuxième langue, et j’ai enseigné plusieurs cours, y compris l’espagnol et des cours de recyclage pour les anglophones.
La partie la plus facile de ces derniers cours était d’apprendre aux étudiants comment écrire un CV. Je dis que c’était facile parce que j’avais déjà enseigné cela à mes lycéens en troisième. Alors, rien de plus facile, et pourtant, il faut souvent beaucoup de talent créatif, sinon une maîtrise de fiction, à résumer une formation et des compétences quand on n’en a pas, ou pas beaucoup…d’où mon exercice de cette semaine.
Je reste à votre disposition pour des commentaires généreux à votre convenance éventuelle.
Veuillez donc agréer, Mesdames, Messieurs et Mesdemoiselles les Défiant·e·s, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
Portraitiste talentueuse de bidasses heureux d’être sortis des tranchées
Paris 1920
Chez Papa Libion, piège à touristes amerloques
Pilière (ça se dit ?) de bar puis agent d’ambiance à La Rotonde
CENTRES D’INTÉRÊT
La chanson de salle de garde, l’amour des hommes, le dessin, la diplomatie de charme. Mais surtout l’espionnage et le service de la France. J’aimerais bien être Mata-Hari mais pour le compte de Marianne et qu’on ne me fusille pas sur la fin.
Bon anniversaire, tu parles ! Ah, ça ! le repas, les cadeaux, les bons mots y étaient, mais c’est la promenade, en cette fin d’après-midi de samedi, qui a tout foutu à plat. On avait marché, en famille, jusqu’au pont du Coudray, édifice en pierre enjambant, devant Caen, le plus petit fleuve de France : l’Orne. Au centre, s’étaient installés des gars qui proposaient du saut à l’élastique. Les miens s’étaient cotisés pour m’en payer un, les cons. Et moi, couillon, j’ai accepté, le ventre de peur, de défi et de rage mêlé. Il faut dire ici qu’en matière de défi du samedi, je pratiquais tout autre chose…
Mais bon, je m’équipe du harnais, on me soutient pour m'avancer sur la planche et là, ils se sont tous mis à crier en chœur : allez, vas-y, lâche-toi !! Wouhou !!! J’ai sauté. Maintenant, à la surface de l’Orne, je dois avoir l’air d’un œuf sur le plat. Merci, hein ?
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Attendant le dénouement de la finale d’échecs entre Thor (le dieu, oui) et Bételgeuse (oui, l’étoile), l’Allumeur de Réverbères (oui, vous savez qui) n’ayant rien de mieux à faire depuis la désertion de tous les lieux de lecture à cause d’une contrainte sanitaire, le pauvre vieux boulottait un bâton de réglisse en buvant de la bière. Il glissa dans le sommeil sans s’en apercevoir, fit des rêves improbables d’accolades enjouées, de roulages de pelle en plein cœur du marché, d’étreintes fraternelles lors d’un pot de départ du collègue dont tout le monde se foutait jusqu’alors… Il se réveilla en sursaut croyant étreindre la petite Alice (du Pays des Merveilles, oui oui). A l’écran, le commentateur fébrile était extatique. Il dit : mesdames et messieurs, chers amis, c’est incroyable ! Vous le voyez comme moi, n’est-ce pas ? Dans deux coups, le dieu Thor bât l’astre !
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Lillian jeta son sac à main sur la table du salon, y préleva le courrier du jour où figuraient les résultats de son concours d’entrée à l’Institut des Langues et Civilisations Saxonnes. Marceau, son compagnon, avachi dans le canapé, lui adressa un regard interrogateur et un geste empressé qui signifiait : alors, quelle place ? Lillian, dépitée répondit : “ - Bah, last!” Philosophe muet (mais pas que...), Marceau lui mima cette parole d'Évangile : “Les derniers seront les premiers.”
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“- Le comble pour un psychothérapeute de la Médecine du Travail, cest quoi pour toi… ? Nan, tu vois pas… ? …c’est d’avoir pour patient un électricien et de lui dire de lâcher prise.”
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Association à but non-lucratif des Sous-mariniers en chômage technique Tentant de se remettre à flot