Malgré l’absence de signalement adéquat, j’ai fini par les retrouver, les photos des vide-poches.
On a beau exercer la profession de bibliothécaire, on ne peut tout de même pas, une fois sorti du boulot, continuer à faire du catalogage, de l’étiquetage, du rondage, du marquage et du repérage de tous ses documents personnels : il faut bien respirer un peu, s’occuper de sa petite famille, cuisiner, faire faire les devoirs, emmener les queniaux à la bibliothèque, souffler en jouant aux échecs le mercredi et le samedi avec le docteur Gobé, André Simon , Daniel Tailpied, Luc Rivard et ce vieux descendant d’Ecossais rafistolé de tous les côtés mais aussi prompt à vous raconter des grivoiseries qu’à se laisser planter un échec et mat rapide, le sieur MacLeod, descendant d’un ministre de Louis XV ; il faut remettre remettre le couvert échiquéen le dimanche dans le championnat interdépartemental en affrontant les clubs du Mans, de Champagné, La Suze ou Château-du-Loir et aussi croiser le fer amoureux avec l’escrimeuse et experte en tir au pistolet qui me servait alors d’épouse-en-attente-d’un-retour-en-Bretagne.
Mais vous en avez marre des longues phrases proustiennes et vous n’avez pas compris le mot «queniaux» : c’est ainsi qu’on désigne les enfants en parler sarthois. Pensez à bien rouler les "r", ce faisant.
Parce que c’était en 1997, les vide-poches, et c’était à Sablé-sur Sarthe, une charmante cité que nous nous apprêtions à quitter alors pour la bonne ville de Rennes. Si vous avez besoin d’un repère temporel plus pop-culturel, souvenez-vous que c’est à cette époque-là que la Mercédès de Lady Di a joué au zouave dans le tunnel du pont de l’Alma.
Les trois photos sur papier étaient dans une pochette marquée «Pot de départ au château». Oui, la bibliothèque dans laquelle je travaillais était logée dans le château de Sablé qui avait appartenu jadis à Monsieur le marquis Jean-Baptiste Colbert de Torcy, secrétaire d'Etat puis ministre de Louis XIV. Elle doit toujours se trouver là d’ailleurs. Ce n’était pas, à vrai dire, une bibliothèque mais un centre technique de la Bibliothèque nationale de France. Il avait été installé dans ces lieux en 1981 et s’appelait le Centre de conservation du livre imprimé et manuscrit (CCLIM). Je me souviens encore avoir pondu un jour cette krapoverie-ci : «Le CCLIM ne paie pas !».
Je suis arrivé là en janvier 1985. Je suis donc resté douze ans Sabolien ! Rétrospectivement, c’est peut-être un exploit !
Les diapositives se trouvaient dans une boîte dénommée «D 97/11 Festival interceltique de Lorient", mises à la suite de photographies du groupe musical «Mes souliers sont rouges». J’ai donc ajouté sur l’étiquette et dans le listing de mes collections d’images «+ Exposition de vide-poches». Il y met parfois du temps mais le bibliothécaire retrouve toujours tout !
Les deux dernières années à Sablé, j’ai passé la surmultipliée. Je suis devenu, de façon tout-à-fait officieuse et parfois à moitié scandaleuse, animateur-agitateur culturel. J’ai publié des choses diverses, poésies, écrits satiriques, exposé des photographies, entraîné des collègues dans des animations autour du «Temps des livres» puis me suis acoquiné avec un comédien local, Lionel Épaillard, pour organiser des soirées de lecture publique baptisées Hydraulire. Tous les ans je sortais ma guitare le 21 juin pour interpréter sur la place Dom Guéranger des chefs d’œuvres de l’antiquité tels que «Le Lycée Papillon» de Georgius dont j’avais modifié les paroles ainsi :
«C’est en Normandie que coule la Moselle Capitale Béziers et chef-lieu Toulon On y fait l’caviar et la mortadelle Et le député c’est François Fillon»
L’exposition de vide-poches relève du même esprit de partage avec tous de ces richesses anciennes que nous voyions passer journellement au travail en vue de les photographier et de les restaurer. Ces objets pratiques ont été la dernière surprenante découverte faite au château, faisant suite aux œuvres du chanoine Schmid, à la collection Smith-Lesouëf, au fonds indochinois et aux brochures Lb39 datant de la Révolution française. Et c’est sans parler de Charles Cros qui vint ici faire des expériences de photographie en couleur et de mes pittoresques et fabuleux collègues, aussi bien les locaux que les immigrés, que je salue au passage.
Je me souviens que ces objets domestiques kitschissimes nous avaient été envoyés par le département des Estampes non pour un traitement quelconque - microfilmage, désacidification et reliure étaient les trois mamelles de ma mère nourricière, la B.N.F qu’à l’occasion j’appelais aussi «l’Abbé Héneffe» - mais juste pour stockage sur la plateforme au-dessus de l’entrée de service, là où avait dû se situer jadis l’usine de chicorée des frères Williot qui nous avait précédés ici de 1920 à 1968.
A l’occasion de la journée portes ouvertes, j’en avais exposé une sélection dans le salon Louis XIII, sous le plafond à caissons, par-dessus le parquet à la Versailles, face au portrait du duc d’Albert de Luynes, ancêtre du duc de Chaulnes qui patati et patata… Comment avez-vous deviné que j’étais aussi responsable des visites du château ? N’oubliez pas le guide, s’il vous plaît !
Voyez comme le monde est fait : cela va faire 25 ans que j’ai quitté la B.N.F. et je reste toujours aussi épaté voire intrigué par l’étrangeté des trésors qu’elle possède. L’instauration du dépôt légal par François 1er en 1539 lui fait obligation de conserver un exemplaire de tout ce qui est imprimé sur le territoire français depuis cette date, y compris ces objets aux couleurs fluorescentes dont le tampon, sur leur verso voire carément sur le visage de ces dames, indique la date de 1929.
C’est fou ! Vous imaginez un de ces trucs-là accroché au mur, chez vous ?
Peut-être y en avait-il dans les chambres de l’hôtel Alsace Lorraine que tenaient Odilon et Céleste Albaret au 14 de la rue des Canettes à Paris 6e après avoir cessé leur service auprès du très maniaque Marcel Proust ? Allez savoir !
N.B. Les trois photos sur papier qui illustrent le texte sont certainement l'oeuvre de Philippe Masseau.
Parce que la fin de l’Odyssée estivale arrive, je dois terminer ce journal.
Hier, j’ai eu la notification pour mon Service Transplanétaire que tou·te·s les jeunes Estivalien·ne·s doivent effectuer.
Quand nous arrivons à l’âge de neuf semaines estivaliennes, on nous envoie faire notre Service Transplanétaire Universel [le STU] où nous partons tou·te·s à la rencontre de l’Univers.
Je viens d’apprendre que je serai envoyée à la Terre ! La décision a été prise à cause de ma thèse, 2021, L’Odysséeestivale, qui a eu Mention Hypersupérieure. Ça alors ! En lisant les commentaires du jury, je n’aurais jamais cru que je gagne le concours ! Ils étaient plutôt mixtes, je crois, et certains n’ont même pas répondu ! Ouille !
Tiens, maintenant que j’y pense, aller sur La Terre, c’est peut-être une punition…
Bon, tant pis, j’y irai. Mes parents me mettront dans une sorte de capsule qui ressemble à un oeuf. Une fois que je suis arrivée sur la planète, un gentil couple me retrouvera et m’adoptera. La dame ne me fera pas un costume de ma couverture, mais elle m’achètera l’uniforme TSJB : [t-shirt-jean-basket]. Ils reconnaîtront mes forces et m’encourageront de les utiliser pour améliorer la planète. Comme tant de jeunes Terrien·ne·s, j’ai déjà choisi les problèmes du climat.
Certes, je serai triste de quitter l’Estivale, et aussi de devoir échanger ma belle peau bleue contre une autre couleur plus terrienne, mais c’est un sacrifice que je saurai faire !
Aucosmos ! (c’est ainsi que nous disons “adieu” en estivalien)
Ça n’existe pas, Superman ! Ou alors, ça ne vaut pas tripette !
Vous avez beau arborer son super-étendard, sa tenue moule-couilles et sa jolie cape rouge, vous n’avez aucun super-pouvoir, les mômes !
Du super-pouvoir, personne n’en a à part Supercon !
Cette tenue ridicule, c’est le même genre de super-uniforme bien repérable - bleu horizon, c’est ça, avec un pantalon rouge garance ? - que portaient nos arrière-grands-pères pour partir, la fleur au fusil, reprendre l’Alsace et la Lorraine aux Allemands au motif que des Serbes plus ou moins acerbes avaient zigouillé un archiduc austro-hongrois – hongrois rêver ! - et asséché les chaussettes de l’archiduchesse. Sarajevo pas grand-chose mais sarajefous la merde quand même ! C’était le 28 juin 1914.* Quatre ans de bourbier et 18,6 millions de morts inutiles s’ensuivirent. Bon d’accord, Superman n’était pas né alors tandis que Supercon est là depuis le début de «l’humanité».
En Afghanistan, ces jours-ci, Supercon a battu Superman à plate couture. Les enturbannés mélophobes ont coupé le sifflet à Supergendarme du monde. Remballe ton rock’n’roll, man !
Plus ça va et plus on se dit que le monde est mal barré – on a dit ça aussi du Titanic – et qu’il n’avait peut-être pas tort dans le fond, le fameux Marcel Proust, de rester chez lui à écrire des conneries dans le fond de son lit.
Pendant qu’on fait ça, au moins, on n’emmerde pas ses voisin·e·s ! **
* Je ne sais vraiment pas pourquoi je n’ai aucun mal à retenir cette date !
** Oui, je sais, on emmerde ses lecteurs ! Mais il n'est pas encore interdit de refermer un livre auquel on ne prend pas de plaisir. Pas encore !
À part tuer les arbres, les animaux, les insectes, et leur planète entière, ils trouvent que c’est chouette de se défigurer avec des tatouages, des maquillages et des piercings. Il y a même des gens qui s’injectent du poison et du plastique.
Ma prof de Bizarreries de l’univers nous a même expliqué en classe aujourd’hui qu’il y a des Terrien·ne·s qui font de telles choses inouïes à leurs chiens et à leurs chats, les habillant dans des costumes et leur coupant les oreilles et les queues !
Nous ne voulions pas la croire, même quand elle nous a montré ses preuves : une tof d’une adorable petite Terrienne. Quelqu’un de tordu avait tracé des voies célestes sur son petit visage ! Après, le malfrat anonyme a visiblement essayé de l’étouffer dans un grand costume de clown !
Je sais. Affreux !
Cette petite bambine était superbe sans tout ce qu’elle devait porter sur son visage et son corps. Même sans la peau bleue prisée par nous les Estivalien·ne·s, sa beauté unique était gâchée par cet excès.
Non, vraiment, jamais je ne comprendrai les Terrien·ne·s. Sauf peut-être ceux·celles qui pensent comme moi.
A Venise, ville exquise, j’arrivai pour le carnaval, accompagné de mon ami Reynaldo H., de MAMAN et du livre de John Ruskin, «Pierres de Venise» dont j’espérais bien qu’il me servirait de guide touristique dans la cité des doges puisque Gaston Gallimard n’avait pas encore lancé les beaux objets bibliophiliques de sa collection «Découverte».
Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître puisque c’était en 1900, une année un peu folle où Bruxelles Bruxellait, où Venise Venisait et où le carnaval promettait d’être plus joyeux encore qu’à l’habitude car le tournant du siècle ne s’était pas accompagné de la fin du monde prédite par un grand couturier de Paris qui donc continuait de Pariser tandis que dans son coin Buda pestait… presque autant que moi.
- T’as voulu voir Venise et on a vu Venise ! me reprocha MAMAN toute l’année qui suivit ce voyage mais c’était bien à tort qu’elle s’en prenait à moi qui ne m’intéressais alors qu’à ce joli manteau sur le tableau de Carpaccio à la galerie de l’Accademia et qui n’avais même pas voulu l’accompagner à ce bal masqué sur la place Saint-Marc d’où elle et Reynaldo avaient ramené la petite fille, adorable au demeurant, dont ils avaient hérité là-bas.
Au bal masqué ohé ohé, il s’était déroulé un incident regrettable, une farandole tragique. L’Arlequin qui menait la sarabande avait enlevé, par jeu, à une famille française leur petite fille déguisée de la même façon que lui et l’avait intégrée à la chaîne humaine des danseurs allumés qui tournaient autour du campanile puis partaient vers la tour de l’horloge et c’était tout juste s’ils n’entraient pas dans la basilique pour profaner de leur transe vivaldienne le sol de mosaïque – heureusement, le bâtiment religieux avait été fermé – mais au moment où la musique s’est arrêtée Arlequin dans sa boutique chanstiquée a rendu la petite fille… à MAMAN !
- Laisse les gondoles à Venise ! La prochaine fois on ira voir le printemps sur la Tamise ou te chercher une promise à Vesoul ou Vierzon… ou Aurillac !
Ce fut là le leitmotiv de toute l’année 1900 car MAMAN m’en voulait énormément de cette mésaventure : on n’avait jamais retrouvé les parents de la gamine qui disait se prénommer Céleste «mais je sais pas mon nom de famille sauf que papa s’appelle Ginette et qu’on habite à Aurillac» et les carabinieri qui étaient tout sauf polyglottes haussaient les épaules, écartaient les bras et les laissaient retomber pour bien signifier qu’ils ne pouvaient rien faire de plus et que le mieux était de voir avec le consulat de France : «Franchement, depuis 1515 et même avant, vous ne faites rien qu’à nous embêter, vous, les Francese, que si ça continue vous allez nous rendre Venise invivable à force d’y venir si nombreux vous livrer à vos fredaines homosexuelles comme ce Georgio Sand et cet Alfred de Musset qui ont fait tant de scandale à l’hôtel Danieli…» mais on n’a pas entendu la suite de la diatribe parce que MAMAN excédée a fichu un coup de parapluie sur la tête du brigadier Tarchinini, ce qui n’avait en rien amélioré le climat – climax ? - de la discussion qui avait fini au poste et tout s’était terminé par un retour à quatre à Paris puisque on ne pouvait pas, décemment, laisser à la rue, dans une ville étrangère, notre jeune compatriote au si mignon minois.
***
- Tu me fais tourner la tête ! Mon manège à moi, c’est toi ! Je suis toujours à la fête quand je te prends dans mes bras ! ». Voilà comment je lui déclarais mon amour à Céleste ! Pendant cette année de ma vie au cours de laquelle j’ai fêté mes vingt-neuf ans, j’ai eu une petite sœur de neuf ans, une petite fille, une petite mère et c’est sans doute de cette gamine anodine qui apporta tant de bonheur dans mon existence que MAMAN est tombée gravement, maladivement et méchamment jalouse.
- Je suis malade ! Complètement malade de ce que nous coûte cette peste ! se plaignait-elle à tout bout de champ. Déjà ce voyage d’une semaine à Aurillac où elle dit qu’elle habite mais où personne ne l’a jamais vue et où elle-même ne reconnaît rien et maintenant ces bouquins de la Comtesse de Ségur, ces robes, ces tabliers de bonniche qu’on lui achète pour qu’elle aide en cuisine et serve à table mais va te faire lanlère, avec la gangrène socialiste qui s’annonce bientôt on ne pourra même plus faire travailler des enfants de cinq ans dans les mines ! Pourquoi pas leur offrir des congés payés tant qu’on y est ?
***
Aujourd’hui MAMAN est morte. MAMAN est morte de rire ! Nous somme le 24 janvier 1901. Elle a dit à papa qu’elle avait eu l’idée du siècle et qu’elle s’absenterait quelques jours en février mais que Céleste et Félicie aussi s’occuperaient de la maison en son absence. Papa a à peine levé les yeux de son journal et fait « Moui, si tu veux ». Moi je n’ai rien vu venir.
***
Que c’est triste Venise au temps des amours mortes ! De quelles trahisons ne sont-elles pas capables puis coupables, les femmes et les mères ? Rétrospectivement je crois que j’ai eu raison, lorsque j’avais vingt ans, de lui casser son beau vase de Sèvres le jour où elle m’a acheté des gants gris à la place des gants beurre frais que je lui avais demandés et où, après avoir pleuré et encaissé sa très déplaisante réflexion, j’étais quand même allé voir cette actrice de théâtre très ouverte dans l’espoir qu’elle me dépucèle et où j’étais tombé sur des huissiers en train d’emporter les meubles de son appartement, excusez-moi si je ne suis pas très clair mais je le sais aussi bien que vous qu’un jour mon amour des longues phrases me perdra et d’ailleurs, c’est fait, je suis perdu, trahi, blessé jusques au fond du cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle : MAMAN est retournée à «Veueueunise», comme elle dit maintenant avec ironie, en emmenant Céleste avec le costume d’Arlequin qu’elle portait quand on l’a trouvée-recueillie-adoptée.
***
- Derrière chez moi, savez-vous quoi qu’y gn’a ? chantait le campanile sur un air de tarentelle. Il y a la place Saint-Marc, le corso, le carnaval, la farandole et… Arlequin qui, toujours aussi con voire peut-être encore plus que l’année précédente, emmène la petite Céleste dans la ronde folle tandis que MAMAN, contente de son coup, s’éclipse comme la Lune, hilare, soulagée et ayant même peut-être la conscience tranquille en pensant que la famille de Céleste sera peut-être revenue ici elle aussi dans l’espoir de retrouver sa progéniture ou dans l’idée d’un pèlerinage annuel pour faire son deuil mais peut-on effacer tous ces temps de bonheurs perdus ? L’écriture permet-elle de les retrouver vraiment ? MAMAN s’en fout, MAMAN revient retrouver son FIFILS à elle toute seule mais quelque chose est cassé chez FIFILS qui n’aime plus sa vilaine MAMAN.
***
Ce 20 mars 1913 à quinze heures, dès que Marcel P. se réveille et sort de ce cauchemar-là, une fois ingurgités son café noyé de lait chaud et son croissant, il décroche le téléphone et, comme il l’avait noté sur un des cartons à fumigation ce matin en se couchant, il appelle Odilon A., son chauffeur attitré à la compagnie de taxis Gessette-Koulé, pour le cuisiner. Le jeune homme lui a annoncé récemment son indisponibilité à venir pour cause de mariage : il s’en retourne dans la province pour épouser une jeune fille qu’il a connue en Lozère. Marcel a besoin de détails car il souhaite lui envoyer, le jour des noces, un télégramme de félicitations.
- Allô, écoute ! Pardon, écoutez ! Odilon, c’est Monsieur P. Est-ce que vous pouvez me dire où aura lieu la cérémonie de votre mariage le 27 mars prochain ?
- Bien sûr Monsieur Marcel ! Pas de problème ! C’est à Auxillac !
- Aurillac ?
- Non, Auxillac avec un x. C’est en Lozère. Aurillac c’est dans le Cantal.
- Et, dites-moi, Odilon… Serait-ce indiscret de vous demander le prénom de l’heureuse élue.
- Je n’ai pas de secrets pour vous, Monsieur P. Elle s’appelle Céleste. Céleste Gineste.
Bon sang, mais c’est bien sûr ! Marcel se souvient, d’un coup, de la phrase qui le faisait tant rire il y a douze ans : « Mon papa s’appelle Ginette ».
- Monsieur P. ? Vous êtes encore là ?
Odilon entend le déclic de l’appareil qu’on raccroche et il a l’impression bizarre que… le téléphone pleure !
Des rencontres, des ruptures, des trajectoires, des virages, des chaos, des rebonds... et d'une enfance blessée tâcher de se reconstruire, ici, là, ailleurs, autrement...
Un récit si bien construit qui nous mène à travers des époques récentes et nous entraîne à travers le monde avec eux...)
Je ferme la parenthèse.
Prochaine et dernière étape de ce trip estival : Syldavie ou Molvanie ?
Dernier tango à Paris avant la dernière valse que tu dois me garder : c’est qui cette fille dans la baignoire ? Pourquoi me traite-t-elle d’éteignoir ?
Dernier vol 714 pour Sydney : c’est là-bas qu’on chopera le variant delta et qu’on décédera.
Dernier rassemblement hideux de camping-caristes gras à la Pointe du Raz : demain on part en Normandie ! Ça nous en Odilon sur les congés payés : rien ne vaut le bonheur d’écrire au lit chez soi !
Dernier «Quand lama fâché lui toujours faire ça». Le capitaine vient de se venger en crachant de la flotte à la tête de l’animal.
Dernière station-service avant le sommet du mont Pilate : si t’es en panne des sens, lave-t-en les mains !
Dernières paroles du Christ avant de nous laisser dans le merdier des jours : « Tentation ».
Dernière lanterne rouge avant le bordel général.
Dernier coup de boule de Zinédine Zidane avant qu’il ne devienne entraîneur à cravate.
Letzte Bratwurst vor Amerika (dernière "tranche de merde entre deux éponges" comme disait Patrick Font) : demain je deviens végétarien ! Devant la beauté de cet endroit et l’incongruité d’y trouver un "food truck" recensé dans Trip Advisor et qui doit, en ce lieu idyllique du cap Saint-Vincent au sud du Portugal, à l’endroit le plus occidental de l’Europe, devant un océan superbe, diffuser autant d’odeurs de graillon qu’il n’impose au regard de spectacle kitschissime avec ses deux humaines saucisses qui se font bronzer en souriant sur un bateau, devant cette échappée de Foire du Trône, d’Oktoberfest, de Luna-Park, de Fête à Neuneu ou de ducasse d’Hénin-Liétard, on n’a plus qu’une envie, c’est de croquer dans une feuille de salade sans assaisonnement ou d’aller déjeuner au Ritz mais ça sera difficile car de là d’où je viens, de 1922, je n’ai pas amené l’Ausweis qu’on réclame ces jours-ci et qui a pour nom "pass sanitaire".
Dernier réveil, dernières questions de Marcel P. avant de se rendormir : Qui parle ? Qui me parle ? De quoi ça parle ? C’est faux de dire «Je pense» ; on devrait dire «On me pense». Je est un autre, un autre pyromane qui lance les derniers feux du langage classique incendié comme une forêt grecque avant de disparaître dans les sables d’Afrique. Le marchand sur son nuage a encore oublié de m’en jeter plein les yeux !
(Quand on est suédoise et qu'on veut changer de vie, cultiver la vigne, être tranquille, pourquoi pas le Portugal ? Mais c'est la Bohême, sans doute plus proche qui s'est trouvée choisie.
Ravissante maison à retaper, charme de l'endroit, nouveau départ... mais les fantômes du passé sont là, fallait-il les débusquer ?
D'ailleurs, si au Portugal une saucisse fait un clin d'oeil en allemand à tous ceux qui n'ont jamais été aussi près de l'Amérique, à Royan, ville chargée d'histoire, des Américains ne rappellent-ils pas avec humour que New York, c'est en face !
Ma rédactrice terrienne ne se porte pas bien en ce moment. Elle est peut-être allergique aux arbustes kitsch, je ne sais. Je sais que ça ne marche pas super, parce qu'elle a pris rendezvous chez sa toubibienne, et elle ne fait jamais ça. En tout cas, elle et moi ferons une pause cette semaine. En toute bonne connaissance de cause, je lui ai fait cet arrêt d’écriture estivalienne. On se reverra bientôt ! Tchao !
J'ai vécu alors au rythme du héros parcourant les rues et les bois pour trouver des champignons et les conditionner sous toutes les formes (même en tubes !) et commercer avec le marché japonais (nous y revoilà !)...
... Haletant et drôle, comme le titre le laisse penser.)
Longtemps je me suis mis au pageot de bonne heure. Enfin… On m’y baquait, dans mon petit nid-cage. Mais parents supportaient assez mal mon pépiage : Les oiseaux sont des cons et n’aiment pas qu’on pleure Parce qu’on n’a pas eu un bécot de Maman.
- Normal, Calimero ! Ce soir on fait salon. Monsieur Cygne s’en vient nous fair’ son boniment. C’est pas toi la vedette alors dors gentiment !".
Nous habitions Ostende. Un bosquet de feuillus Que l’on avait taillé en forme d’être humain Etait notre logis. Souvent, sur le chemin, Des visiteurs clamaient : « L’art topiaire est couillu !
A l’heur’ de Dièzmitou resservir Olympia Ou la Vénus d’Urbin à grand coups de cisaille, C’est gonflé ! ». On n’pigeait rien à ce charabia Vu qu’ils jactaient leur langue et qu’nous, oiseaux, on piaille.
Bon. J’vais pas tartiner deux mill’ pag’s de c’goût-là, Vous parler d’Tante Edith qui chantait dans les rues Ou de ma sœur Suzie avec son tralala. J’vais pas faire sept romans pour ne causer que d’moi.
J’ai pas fini roit’let ou chanteur d’opéra, Rossignol milanais, aigle aux neiges vaincu. Je ne suis pas dev’nu perroquet ou ara Dans un bouge à pirat’s de l’île de la Tortue.
Je ne vais pas pleurer sur tout ce temps perdu, Sur ma chambre quittée, sur les nuées célestes. On a ses jours de gloire, on ramasse des vestes. Vis heureux et tais-toi sinon t’es qu’un glandu !
***
Lorsque l’oiseau se tut, Marcel se réveilla.
Il voulut sortir de son lit, enfiler sa robe de chambre et aller prendre son petit-déjeuner avec Céleste dans la cuisine mais rien ne se passa comme les autres jours.
Tout d’abord il se rendit compte qu’il était à poil. Ou plutôt à plume. La patte qu’il étendit pour se poser au sol il la sentit et vit toute fine. Et quand il sortit la deuxième, au lieu de trouver le plancher, il tomba en voletant sur le sol de la cage qui était tapissé d’un vieux numéro du «Journal des débats» et de ses déjections de la veille.
Il ouvrit le bec pour appeler Céleste mais il ne sortit de son gosier qu’un sifflement de canari, un pépiement de colibri, oui, c’est ça on dit pépiement et non pépiage, alors il continua, il persista, il mit le paquet, s’époumona, poussa le volume à fond, risquant à tout moment de se péter la glotte, ne supportant pas cette situation si tant kafkaïenne qu’il en arrivait à utiliser des adjectifs qualificatifs insensés autant qu’inconnus de lui-même.
Enfin Céleste arriva. Elle avait enfilé son ciré jaune et portait son chapeau de pêcheur breton. Elle posa sa valise et son épuisette près de la porte d’entrée et s’en vint vers lui en disant :
- Ah oui, j’allais l’oublier, l’animal !
Elle remplit la réserve d’eau de la cage, mit des graines pour une semaine et enfin elle posa un grand drap clair par-dessus l’habitacle du piaf. Puis elle reprit ses bagages et sortit de l’appartement du boulevard Haussmann pour profiter de ses premiers congés payés en allant rejoindre sa cousine Annaïck Labornez sur une plage du Finistère.
Marcel comprit du coup qu’il était encore en train de rêver, ou plutôt de cauchemarder. Alors il fit une chose qu’il savait très bien faire maintenant : il tira la couverture à lui et se rendormit tout heureux.
Heureux comme à Ostende !
P.S. Merci à Dame Adrienne pour ses travaux de géolocalisation de la photo !
« Hey Joe Krapov ! Qui donc du Pithiviers, de la religieuse au café, du baba,
Du jésuite de Belgique ou du pudding breton étouffe le chrétien si merveilleusement
Qu’il reste pratiquement coi et savoure chaque bouchée, mi-goinfre mi-jubilant ? Ton kouign-amann ?
Pourquoi faut-il qu’un histrion mignardisant, un jobard incivil
Nous tienne jambe avec ses phrases-souvenirs? A qui ne devons-nous pas dire Commercy ? Au thé vert des Afghans ?
N’humidifions jamais son quart, son baklava, son gland ou son pain-coing !
Qu’on l’arrête, le gratte-papelard ! Qu’on y fauche sa Sergent major au baveux !
Jobastre ! Spoileur de films moldo-valaques ! Gâcheur de papier !
Au cachot ! Pain rassis pour Judas ! Baquons son trauma familial gavant ! »
Après la lecture de ce texte le gars à lunettes referma son cahier orange et éclata de rire. Les dames qui l’entouraient, souriantes et concentrées, étaient à deux doigts de l’applaudir tout en se demandant si elles n’étaient pas en présence d’un vrai dingue sado-masochiste.
Marcel P. se crut obligé de réagir :
- Mais enfin ? Que vous ai-je fait ? Pourquoi tant de haine dans un monde déjà si cruel ?
- C’est de l’humour, Marcel ! C’est un texte écrit selon le procédé « la belle absente » de Georges Perec !
- Connais pas ! C’est quoi, ce procédé ?
- C’est décalqué de « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume » !
- ???
- Dans cette phrase-là toutes les lettres de l’alphabet ont été employées. Ça s’appelle un pangramme. Dans le poème ci-dessus, tous les vers sont des pangrammes à ceci près que je n’avais pas obligation d’utiliser les lettres k, w, x, y et z et que…
- Vous êtes plus encore un tordu que moi-même !
- Bel alexandrin, Marcel ! A ceci près aussi, disais-je, que chaque vers est aussi un lipogramme ! Dans chacun d’eux manque une lettre de l’alphabet et une seule !
- Quel intérêt ?
- Les lettres absentes, mises bout à bout, constituent un mot qui est le sujet central du poème, qui lui-même est évoqué sans être mentionné dans le texte !
- N’en dites pas plus, répondit Marcel passablemnt énervé. A ce stade, il y a deux possibilités. Soit je vous provoque en duel, soit je me réveille de ce cauchemar !
***
Marcel P. choisit de se réveiller et d’oublier très vite ce que son interlocuteur lui avait balancé ensuite à propos de sa propre tambouille littéraire qui «puait la préciosité et le snobisme, schlinguait dans ses longueurs jusqu’aux limites de l’illisible et c’était sans parler du conformisme du bonhomme qui s’était très bien plu au service militaire, avait dédaigné de travailler à la Bibliothèque Mazarine et avait même postulé à l’Académie française !».
- Et alors ? avait rétorqué Marcel P., semblable en cela à François Fillon à qui on reprochait d’avoir obtenu gratuitement des manteaux de luxe et ramassé ensuite une veste dont il n’était pas sûr qu’elle lui appartînt tout à fait.
Marcel fut d’ailleurs tout étonné, plus tard dans la matinée, de ne trouver aucune trace dans le Who’s who, le Bottin mondain et le bottin téléphonique parisien de ces trois personnes : François Fillon, Georges Perec et Joe Krapov.
C’était dû à quoi, ce trouble obsessionnel qui poussait des gens inconnus de lui à venir se mettre à table dans ses cauchemars rien que pour l'embêter ?
Est-ce qu’ils remettraient le couvert la nuit prochaine ?
P.S. Pour qui n’aurait pas trouvé, la belle absente du poème est bien sûr ici « madeleine ».
La Terre est-elle plate ou pas ? Les navigateurs intrépides autant qu'aventureux et aussi mathématiciens ont su nous le dire.
Plus réalistement pour cette étape ayant pour seul indice "no comment" incite à penser, non pas à la chanson de Gainsbourg mais à l'Angleterre, terre des Angles.
Nous y voilà donc : ambiance marine, mer, ciel gris, quelques bateaux mais ni oiseaux ni soleils.
Ainsi donc je revisiterai mes nombreux souvenirs de visites de ce pays entre Douvres et Londres, Hull et Carlisle, Colchester et Oxford, quelques moments sur la plage à Brighton, l'été anglais comme une photo de Martin Parr.
J'ouvre une parenthèse :
(Je reviens du Suffolk et d'Aldeburgh, saine et sauve (car oui, on suffoque au Suffolk !) mais encore dans l'ambiance si bien rendue de la région : jolie campagne, petites routes, cottages, bord de mer, le tout au rythme des voitures de sport de différentes couleurs qui filent entre Londres et Ipswich,
cigarettes, whisky et p'tites pépées !
Ce "Sang d'encre" évoque de façon saisissante la période des années 60 où l'écrivaine Patricia Highsmith a vécu dans la région, aux prises avec ses démons... Mieux qu'une biographie : l'auteure, Jill Dawson, les a toutes lues et intégrées et parvient à rendre palpable l'état d'esprit de l'époque et du milieu, du lieu, des protagonistes et à se mettre dans la peau de l'écrivaine américaine.)
d'ailleurs cité dans le livre "Les mathématiques des Simpson" !
Prochaine étape : le Danemark, entre Saxo Grammaticus et l'inspecteur Carl Mørck qui confirmerait l'idée que quelque chose serait peut-être pourri au royaume du "hygge" ?
Alors, oui, Papa est revenu de la Terre, sain et sauf, avec beaucoup à raconter. Paraît que, pendant qu’il se promenait en Lassouïce, il a rencontré la sosie de l’Ambassadeur de la planète ’H≡∩, son hautissime Zedcellence, Otirrep !
Bien sûr que Papa s’est présenté, un peu confus que sa Zedcellence ne le reconnaisse pas. Faut dire que mon père, √Elgeb, est très reconnu partout dans cet univers-ci, sauf chez ces pauvres Terriens paumés.
- ΣOrbite !Σ a crié mon papa, en tendant sa Tentacule inférieure, ce qui est la salutation reconnue partout et qu’on utilise avec un ambassadeur qu’on croise sur une plage quelconque, même sur une planète sans importance .
- Rrrrrrrrrrrrrr !! a répondu l’individu.
Mon père ne croyait pas ses oreillicaires ! Rrrrrrrrrrrr ! est une insulte horrifiante en estivalien ! J’ose à peine l’écrire ici, c’est dire !
Tout d’un coup, Papa a compris de son accent épais que ce n’était pas le vrai Otirrep, mais un imposteur ! OH ! L’audace ! Se promener librement déguisé comme sa Zedcellence ! Qui l’eût cru ? Seulement sur un bled ignare comme la Terre, hein ?
En tout cas, et au-delà de ses compétences scientifiques, Papa est surtout diplomate et il sait parler ∞ⁿ langues. Il a vite trouvé la jactance convenable. Après quelques instants, il a su que la créature s’appelait Enrico, qu’il venait de croiser une belle dame terrienne et élégante qui l'a pris en photo et que cela lui a fichu une sacrée peur bleue comme ma peau. Il était en train de se sauver quand mon père l'a vu.
Papa a pu l’assurer que tout irait bien, et lui a filé, en bon estivalitaire, sa pénultime boîte de Canigou, élément qui sert de carburant inter-galactaire partout dans la galaxie, sauf sur la Terre, ce trou perdu à l’autre bout de nulle part.
Heureusement, cela a fait l’affaire, les deux se sont liés d’amitié, et Enrico a retrouvé son chien d’audace. Il a même pu aller se présenter aux quelques autres pistonnés intergalactaires réunis en Lassouïsse, comme celui-ci, Zark Muckerberg, l'Empéreur de Farsebeek-Prime.
Et quid de la belle dame terrienne et élégante ? Papa n’en savait rien. Heureusement pour lui !
Pourquoi ? Ben, disons que ma mère n’est pas une Estivalienne jalouse, mais même elle a ses limites.
- Le chien de ces gens-là est un berger américain. Il s’appelle Olaf parce que c’était l’année des O pour les noms de chiens de race quand ils l’ont reçu. Leur chat s’appelle Halloween à cause des enfants qui l’ont baptisé ainsi.
On a été très bien reçus chez eux. Lui avait préparé une terrine de poisson en entrée. Il nous a servi un apéritif truffé ramené du Périgord et elle a obtenu de son poissonnier quatre Saint-Pierre qu’il garde en réserve pour ses bons clients.
En dessert il y avait des mousses diverses et un mille-feuilles. Après le café on est allés promener Olaf dans le jardin du Pont toqué. C’était à Saint-Malo, pas loin de l’I.U.T. On a vu la mer au loin puis le phare de Rochebonne qui ressemble un peu à une église.
Tu te souviens de tout ça ?
- Non ma mémoire est morte, je n’ai plus de feu. Comment s’appelaient-ils déjà ?
- Adrienne et François de Franquetot. Lui jouait aux échecs au club de Dinard et il connaissait Jean P. qui donnait des cours au club de Pacé et que tu as fréquenté une année quand tu as joué le lundi soir au club de Vezet-le-Coquin. Tu ne te souviens vraiment pas des tatouages de François ? Il paraît qu’il est renommé pour ça dans le quartier et qu’il se fait une fierté de les exhiber en se baladant torse nu même dans la rue et les commerces. C’est aussi un spécialiste du barbecue à double injection et enfumage direct, roi de la descente de merguez en rapides, arrosé d’un Entre deux-mers assez fameux. Il nous en a servi aussi avec le poisson.
Elle, c’est mon amie Adrienne. Eté comme hiver elle porte une cape rouge par-dessus ses vêtements et ne se met aux pieds que des sandales ouvertes.
Jusqu’au 30 avril, date à partir de laquelle la plage est interdite aux chiens, Adrienne descend faire courir Olaf sur la plage du Minihic. Assez souvent elle s’arrête chez ses amies du quartier et leur propose d’emmener leur chien avec Olaf. Il n’est pas rare de la voir ainsi balader trois ou quatre chiens en laisse. Cela constitue un attelage aussi composite que disparate. Le plus drôle c’est quand elle emmène le chihuahua de Marcelle et les deux Danois de Dorothée.
A propos du chihuahua, ils nous ont raconté l’histoire de leur ancienne voisine. Le tout petit jardin de cette dame était contigu au leur. Elle n’y avait planté que deux groseilliers et on ne l’y voyait presque jamais, comme si elle craignait de brûler sa peau blanche au soleil de Saint-Malo pourtant peu généreux en ultraviolets ultraviolents. C’était visiblement une travailleuse de l’ombre, «genre scélérate de bibliothèque», comme disait François qui adorait calembourrer le mou aux cordes à noeuds. Une travailleuse intellectuelle à domicile. Elle tapait à la machine à écrire des traductions faites par elle de manuels de machines à cappuccino, des traités de botanique ou des recueils de poésie flamande du XIXe siècle. Tous les soirs elle mettait une grosse enveloppe dans la boîte aux lettres jaune. Son travail de la journée partait chez son employeur à Paris.
Elle n’était pas bruyante, non, mais le «tap tap tap» des doigts sur la machine, le «dzing dzing» du retour chariot de sa Remington, les jurons retenus dans toutes sortes de langues étrangères qu’elle laissait échapper malgré elle lorsque deux touches empotées venaient frapper en même temps le ruban rouge et noir de la machine et empâter le tapuscrit, cela constituait un bruissement de fond que les de Franquetot n’appréciaient guère. Trop de modestie tue la modestie. Trop de différence tue la différence.
Le quartier était si bruyant avant la venue de l’étrangère ! On ne craignait pas de klaxonner, de claquer les portes des voitures, d'applaudir les courses cyclistes, de tondre la pelouse avec le motoculteur à toute heure du jour, d’écouter Ray Ventura à tue-tête sur Radio Hilversum ou Radio Luxembourg en faisant de la bronzette en maillot deux-pièces sur la pelouse.
Et puis voilà-t-il pas qu’un jour L’Emilienne – la traductrice se prénommait ainsi et se nommait Demongeot – s’était fait livrer un piano droit.
Croyez-vous que c’était pour massacrer Chopin ou répéter en boucle la « Lettre à Elise qui pour de vrai s’appelait Thérèse » de Beethoven, voire pour faire des gammes de débutante ou accompagner du Roland de Lassus chanté avec une voix de Castafiore ? Pas du tout !
Il s’était avéré qu’elle était une mélomane monomaniaque, musicienne émérite, et qu’elle passait ses après-midi à jouer, à la perfection, toutes sortes d’œuvres de Mozart. Uniquement du Mozart ! Or s’il y avait bien quelqu’un qu’Adrienne et François détestaient, c’était ce Wolfgang Amadeus avec ses « too many notes ».
Que dire, que faire ? Le plus énervant de tout était sa discrétion de souris grise. Elle jouait du piano et tapait à la machine fenêtres fermées même au cœur de cet été-là qui s’avérait caniculaire.
Mais rien qu’à la savoir là, on les entendait quand même ses «tip tip type» de «C’était par une nuit sombre et orageuse» et ses «trop de notes, Wolfie !» «Silence, Archiduc, vous n’êtes qu’un fat même pas dièse !».
Finalement, c’est un chihuahua qui leur avait sauvé la vie. Au détour d’une conversation anodine sur le trottoir, Adrienne avait appris qu’Emilienne avait eu jadis des chats et aussi un chien.
Elle était allée à la SPA adopter un chihuahua et l’avait offert à la voisine.
«Il est né l’année des M alors il s’appelle Marcel. On m’a dit que c’est un très bon ratier. Vous qui fréquentez les bibliothèques, emmenez-le, il se régalera, là-bas ! Il a bon appétit et n’est pas peureux du tout. Je vous offre même la laisse étirable-rétractable, le dernier modèle, ainsi que le lance-baballes de compétition. Sortez-le souvent mais n’oubliez pas qu’à partir du 1er mai vous ne pouvez plus descendre sur la plage ! »..
Emilienne avait remercié et la vie des de Franquetot s’était améliorée. Le matin et l’après-midi la traductrice sortait Marcel et elle ne tapait plus à la machine que le soir quand eux recevaient bruyamment autour d’un barbecue leurs grands amis, les Lordurhin, les Dejeux, Maryline de La Faisanderie, Jean Chwalrus, Marie-Joye de Jésus-Demeure et les Duras-Tiniak, Eugène et Marguerite, avec qui ils avaient fait du trekking au Népal.
Et puis il y avait eu l’accident, le terrible accident qui avait provoqué le déménagement en catastrophe de l’Emilienne.
Un matin dans le parc du Pont toqué la laisse du chihuahua lui avait glissé des mains. Marcel, une fois déchaîné, s’était déchaîné et avait retrouvé sa sauvagerie naturelle : il avait bouffé les deux Danois de Dorothée qui les promenait là et ce sous les yeux horrifiés de leur maîtresse tétanisée.
Emilienne avait observé la scène de loin et elle s’était carapatée sans demander son reste. Elle avait filé en centre-ville contacter une agence immobilière et aussi les transporteurs appelés «Les Déménageurs bretons».
Le lendemain même le piano droit, la machine à écrire et l’attirail à cappucino étaient emballés dans des cartons, chargés dans le camion et emmenés en Belgique où elle avait trouvé une grande maison à l’écart de toute civilisation.
C’est en évoquant de telles situations qu’on s’en aperçoit : ça n’a pas que des inconvénients, le télétravail !
Légende urbaine : chihuahua passant sur le sable par temps passable.
Chihuahua, chien, viendrait de Xicahua signifiant "lieu sec et avec du sable", mot natuatl ou tarahumara ou "lieu où se réunissent les eaux des rivières/fleuves" ou encore "lieu des fabriques". Chihuahua est donc un lieu et dans le cas présent avec du sable et se serait la plage.
Bienvenue sur le continent Amérique, l'Europe est déjà loin, enfin pas tellement, on parle espagnol au Mexique. Mais l'Asie n'est pas si loin puisque ce chien ("chi" et "huahua", étymologie personnelle), serait en réalité originaire de Chine (d'où "chi" comme chinois et "oi" comme chinois, étymologie non attestée).
(J'ouvre une parenthèse : "C'est arrivé la nuit".
Oui, tentée, à vrai dire plus par son caractère de nouveauté que par son auteur, plus par son aspect international que par le sujet, plus par le début à Oslo que par la fin qui, dès le début n'est que la fin du tome 1 et qu'on devra lire (ou pas) le tome 2 de "9"... à moins qu'on préfère aller faire cuire un 9, ce que j'avais déjà fait depuis longtemps avec cette mathématicienne cuisinière très douée...
L'informatique et ses ramifications serait donc ici comme la langue d'après Esope, la meilleure et la pire des choses :
exemple, page 343 :
- Tu pirates ou tu sécurises ?
- Les deux relèvent du même état d'esprit, non ?
Ce bref échange de phrases, qui, bien que n'ayant pas la longueur de celles de Marcel Proust, disent bien l'essentiel : on n'est pas là pour prendre le thé ni pour faire cattleya (enfin, ça peut arriver quand même, c'est même une "attente" du genre mais ce n'est pas l'essentiel non plus...).
On assiste à un habillage léger de lieux (étoffé par quelques dessins façon "carnet de voyage") et de personnages sans grande consistance et pourtant caractéristiques mais l'ensemble est distrayant, du style "lecture de plage" où les lieux traversés ne sont que traversés (et schématiquement décrits) et ont moins d'épaisseur que ceux que Gérard de Villiers faisait en son temps traverser à SAS le prince Malko pour à chaque tome, nous soi-disant initier à la géopolitique "pour les nuls" alors qu'il répondait (mais on ne l'a su que bien plus tard) à l'exigence nationale de "désinformation", déjà...
Oui, déjà dans les années 70, d'ailleurs Clausewitz, Sun Tzu... n'étaient-ils pas déjà passés maîtres dans cet art millénaire mais voilà qui nous entraîne bien loin de la plage abandonnée, coquillages et crustacés, twist à Saint-Tropez, mais où est donc passé ce chien ?
Les Terriens, à l’autre bout de ma galaxie, appellent ma planète la Trappist-1D, mais chez moi, on l’appelle Estivale. Nous, ses habitants, nous appellons les Estivaliens.
Notre soleil, connu comme 2MASSJ23062928-0502285 chez les scientifiques primitifs de là-bas, s’appelle, en réalité, Solfi. Solfi est une naine rouge ultra-froide, mais nous les Estivaliens vivons très bien, au contraire des pauvres Terriens qui se font brûler par leur soleil ou qui se font geler lors de son absence. Autant que nous sachions, certains se noient lors des inondations brutales et d’autres meurent de soif. C’est vraiment très curieux qu’ils restent là-bas, à mon avis.
Notre ciel à nous ici sur Estivale est peuplé de Solfi et de six autres planètes-soeurs. Les Terriens pensent qu’il y en a une huitième, mais ils se trompent. Cela nous fait rire, et surtout mon papa. Lui s’appelle √Egleb, et il est documentaliste universophysicien. Il a fait plus d’un million de voyages exploratoires à travers cet univers. En ce moment, il visite la Terre, dans une région qui s’appelle Lassouïce en estivalien.
Ma mère est spécialiste technordinataire. C’est elle qui a développé les logiciels dur-abstrait qui permettent à notre population de se promener dans l’univers entier et aussi de compacter le temps. Normalement, il aurait fallu cinquante-quatre années lumières pour que mon papa fasse un aller-simple jusqu'en Lassouïce, mais grâce à ma mère, HannavaS1*·º, il peut y aller dans une seule journée estivalienne, c'est-à-dire quatre jours terrestriens.
Vraiment, je ne sais pas comment ils font, ces pauvres Terriens incapables. Je n’en connais pas personnellement, mais ils doivent tous être très vieux et très faibles physiquement et mentalement. Et laids. Ils doivent être super laids, avec seulement deux yeux gluants et ce grand trou rouge au milieu de la tête qu’on appelle une /bouche/ là-bas. Euh !!
Moi, c’est Enaicir. Je suis née il y a trois jours estivaliens. Ma peau est encore bleue. J’ai ce qu’il faut pour voir et parler. Tous les Estivaliens parlent plusieurs langues et dialectes dès la naissance et nous apprenons les maths avancées pendant notre gestation.
Bon, il est temps que j’aille consulter l’Écran. Papa a promis de m'astrotransmettre une image de son départ de Lassouïce.
ΣAux ÉtoilesΣ, comme nous disons ici sur l’Estivale. Enfin, c'est la traduction approximative en français de « À la prochaine ! »
- Quoi ? La Finlande ! Une envie, comme ça, d'ailleurs tout à fait comblée par ce roman qui se déroule pourtant essentiellement en plein coeur de Londres, dans le Shard, exactement... Et surtout un voyage dans la vie et les rapports des quatre personnages principaux, Finlandais, amis, aisés... et très buveurs, etc.
Je ferme la parenthèse, d'autant plus que la Suisse est en Europe et très proche, plus que la Finlande où cependant l'Euro circule, polar écrit par un journaliste ayant deux passions : la littérature et la Bourse et sûrement bien d'autres...)
Revenons sur les bords du lac... non, pas celui d'Annecy tout à fait enchanteur où "Le genou de Claire" raconte la beauté, l'été, les sentiments (l'amour, éventuellement, le fait de parler de sentiments, surtout), l'absence de tout souci matériel, l'atmosphère de Rohmer qui magnifie ce lieu avec ce conte d'été tout en légèreté d'un été comme on n'en voit plus...
Quelle sera la prochaine étape ? Parions pour l'Allemagne et les souffrances du jeune Werther. Non, bien sûr, ça sera une surprise et d'ailleurs, en route pour l'étape 2 !
Or très souvent femme varie. Elle s’aime en tutu, en Tati, en louloute, se trouve bien en louve, est ravie en Lola, avenante de Nantes qui vole à Demy la vedette.
Jamais rien de traviole, ultra-chic, elle trotte, irradie. Elle s’est au fil du temps lotie d’une variété de rôles triés sur le volet : Violeta (Traviata), Lorelei, Lolita, elle rutile sur la scène ou sur le Rhin ou fait l’étoile sur la toile.
Elle est amour d’autrui, vérité nue, reine de tarot, volute bleue, fée à main verte, ouvre la route de l’Oural et des « hourra ».
C’est la plus belle trouvaille du Travolta céleste. Si elle n’a de valeur qu’une côte d’Adam, pour deux sous de violette un arc-en-ciel paraît. Nous voilà outillés d’un kaléidoscope de vertu, d’orteils peints, de «Tortue, vite, vite !», de «Passons outre à tout !», de «Pêche un peu la truite !», de «Chasse un peu la loutre !», de «Qui luttera vivra et qui vivra verra !».
Et Dieu créa la femme !
Puis il la fit entrer dans ta vie !
Dès lors illuminé, ébloui, envoûté par ses trilles de roitelette, ses ariettes, ses triolets d’alto, toute cette oralité qui éteint aussi bien les rivalités que les trivialités, le troll devient voleur de feu, rêveur d’ovule, tirailleur, amiral ou simple travailleur. Pour devenir l’alter ego de cette fée il prend truelle et lui construit une villa. Le voilà valet voûté, cuisineur de ravioles, tartes et ratatouilles, pêcheur de tourteaux sur le littoral, auteur de tutoriels, livreur de vitres à vélo de Vire jusqu’à Livarot, tailleur de vétilles entre Cabourg et Trouville, ravitailleur en vol, travelo virtuel et même parfois violeur de lois.
Et Dieu créa la femme pour qu’elle chauffât Marcel, comme a dit le Trouvère du plat pays !
A cet amour de la bronzette jusqu’au rôti, ajoutons-y un peu de «n» et ce sera… ultraviolent !
Mais aussi… quel jeu de lumière, quel éclat fort et volatil, quel rayon de soleil, cet instant où l’on sait que c’est, que ce sera toujours toi, toi mon toi et pas une autre !
J’ajouterai encore deux choses qui n’ont rien à voir ici :
De cette vie qui nous travaille Rien n’est fixé dans le vitrail Et pas même l’heure dernière Pour qui se veut croire immortel.
Et
La Lorelei : malgré son bon coup de Rhin N’avait pas le pied marin.
Alors "ultraviolet" ? Comme vous y allez ! Percutant, même si j'ai, comme Godot qui aurait attendu "infrarouge" qui comme Madeleine ne viendra pas, du moins pas cette fois !
Alors, ultraviolet : l'ambigüité des rayons solaires, les UV : la vie, l'antirachitisme, la chaleur et les brûlures, les destructions de la peau par absence ou insuffisance de protection... telle serait la question ?
Donc, violet le flacon du parfum "Ultraviolet" : couleur originale, union du bleu et du rouge plus ou moins réussie. Combien de violets ratés pour un seul réussi ? Mais ceci n'est pas la question, enfin, si peu.
Ah ! Paco ! Il a envoyé du bois, ou plutôt du rhodoïd et du métal pour des robes inmettables, ces matières n'ayant pas la souplesse de la rabane évocatrice des plages des années 60, matière végétale et douce, mais est-ce bien la question ?
Ah oui, Monsieur Rabanne, avec deux "n", de l'audace d'un parfum nommé "Calandre" à celui nommé "XS" et du triomphant "Invictus" dans sa boîte métal (formidable, la boîte !) à la fin du monde qui ne saurait tarder...
Paco Rabanne, génial et Seventies, détonnant et exotique : ultraviolet, c'est du lourd, même si je serais plutôt dans des ambiances "Five o'clock", "Filles en aiguilles", "Féminité du bois", aux accents de santal, portant des sandales et loin du scandale, mais là n'est pas la question, si, quand même un peu... si peu !
Alors, à défaut d'aller faire un tour du côté de chez Swann (oui, j'irais bien...) mais là non plus, pas spécialement la question...
Allons voir le spécialiste des couleurs : si
a noir,
e blanc,
irouge,
u vert,
o bleu et qu'on termine par l'étrange
" -Ô l'Omega, rayon violet de Ses Yeux !"
comme chacun sait, du noir de l'origine à l'oméga du violet, et qu'on oublie tous les commentaires sans fin sur ce magnifique poème de 1871, on ne reste pas sans penser aux yeux d'Elsa, mais d'elle il n'est pas question, si ? Non !
Des "Voyelles" aux couleurs voyantes du "Voyant", embarquons, toujours cette même année 71, pour
"les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs" sur le Bateau ivre qu'on redécouvre à chaque lecture dans toute sa splendeur, mais est-ce encore la question ?
Dans son dernier livre, "Paris fanstasme", Lydia Flem analyse quelques mètres carrés au coeur de Paris : la rue Férou et extrait de cette parcelle géographique une histoire humaine et littéraire dense...
Si dense que le Bateau ivre y est inscrit en fresque sur un mur par un artiste qu'elle a vu à l'oeuvre et qui offre à tous une vision magnifique du texte, peu importe si c'est la question d'ailleurs.
Du formidable "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans" (1870), qui résonne encore en moi comme si c'était hier, il me reste ce goût du voyage, de l'échange, de la littérature et de la découverte mais aussi celui de la légèreté : c'est bien là toute la question, non ?
Les bonnes sœurs en cornette La reine Elisabeth, Sidonie-Gabrielle (Colette !) Le fileur de parfaite amourette, La petite marchande d’allumettes, Les porteurs d’amulettes, Et même la cousine Bette
Tout le monde fait de la trottinette !
Le mangeur d’andouillette, de blanquette, de côtelettes, de coquillettes, de galettes complètes, de crêpes Suzette, celui qui s’envoie des gaufrettes dans la gargoulette Le buveur d’anisette à la buvette, de canettes à la guinguette, le danseur à casquette, celui qui boit de la clairette en chemisette, celle qui attend, fluette, le Tango des fauvettes, La chanteuse d’ariettes de Lamballe, la susurreuse de bluettes sans luette, Les brunettes, les blondinettes à bouclettes, à frisettes,
Tout le monde fait de la trottinette !
Les fous de la gâchette Maigret avec sa chansonnette Don Camillo et ses burettes Le conducteur de camionnette Le tâteur de têtons à l’aveuglette Le poseur de girouette Le marchand de balayettes à nettoyer la tinette Le marchand de tourniquettes à faire la vinaigrette Les adeptes de la fumette, les chanteurs d’opérettes, les pipelettes Le chef d’orchestre et sa baguette
Tout le monde fait de la trottinette !
Vraiment la trottinette, Quelle joyeuse amusette !
Le zouave à baïonnette à la braguette ouverte, Les japonais dans leur brouette, Carmen avec ses castagnettes, Ramsès II dans ses bandelettes, Tchaïkovski et son casse-noisettes, Les tailleuses de bavettes, Et Samuel Beckett,
Tout le monde fait de la trottinette !
On se tire même la barbichette à trottinette ! Mets ta binette sur internet à trottinette Ma sœur cadette !
Le chasseur d’avocettes et de bergeronnettes, Le loup, le renard et la belette, La Tusortiras Decechou biquette, Lola Chevillette, Paméla Bobinette La catherinette, la gigolette, Bécassine et Marinette, Jean Valjean et Cosette, Le joueur de clarinette, la joueuse d’épinette, Papageno et ses clochettes, Mandryka et ses Clopinettes, Paulette la reine des paupiettes, Vegas et Germaine en goguette En font aussi (mais en cachette)
Tout le monde fait de la trottinette !
Même les durs de la comprenette, les lopettes, les mauviettes, Corto, capitaine de corvette, Les cousettes, les coquettes, les douillettes, les croquignolettes, les joueuses de crapette, les divettes, les starlettes, les poseuses de devinettes, les fillettes, les femmelettes, les grassouillettes, les grisettes, les guillerettes, les midinettes, les messieurs à fixe-chaussettes, les joueurs de fléchettes, les porteurs de gourmette, les montreurs de marionnettes, les pique-assiette et les nymphettes, La môme Crevette, Gustave Courbette,
Tout le monde fait de la trottinette !
Pour frimer sur la Croisette, Pour aller faire des galipettes, Ou ses emplettes, Pour payer ses dettes, Pour conter fleurette, Pour pousser l’escarpolette, Pour prendre la poudre d’escampette, Pour respecter l’étiquette, Pour entretenir l’exosquelette, Pour aller faire de la grimpette dans une chambrette, Rien ne vaut la trottinette !
En sandalettes ou en socquettes, Tout le monde fait de la trottinette ! Tout le monde se casse la margoulette ! Tout le monde écoute les sornettes Et patine sur la savonnette !
A part Gérard Lambert qui roule à mobylette Et moi, poète anachorète, Qui marche toujours sur mes gambettes Ou bien parfois à bicyclette, Tout le monde fait de la trottinette !
Le monde retourne à la layette ! Le monde n’est pas dans son assiette ! Le monde a fumé de l’herbette !
De la trottinette de mon enfance, il me reste la couleur rouge si désirable, la lourdeur de l'engin pas forcément désiré, le frein central surprenant et l'impression de déséquilibre obligeant à avoir la plupart du temps une jambe posée sur la plate-forme alors que l'autre frappe énergiquement le bitume, le tout procurant un champ d'action réduit et une lassitude programmée.
Rien à voir avec les envies de vélo : le petit à roulettes puis sans roulettes et ensuite mon premier vrai vélo blanc muni de trois vitesses, j'ai six ans, c'est le mois de juillet et je ne voudrais pas rentrer en collision avec le triporteur de ma petite soeur.
Et la trottinette, il y a quelques années a fait un retour en force, des enfants aux adultes en passant par les ados pour se décliner sous toutes les formes possibles, des plus simples au plus chères... Aujourd'hui, un enfant de trois ans en a déjà plusieurs et se réjouit de posséder un tel parc !
Ah, trotter ! Trotte dans ma tête le poème "Impression fausse" de Paul Verlaine, écrit en prison, à Mons, si j'en crois Wiki (et non pas Sainte Anne à Avignon comme j'ai pu le lire aussi sur la Toile).
Oui, Dame souris trotte... en prison mais elle amène la vie, la liberté et la conscience d'être en prison, qu'elle n'a sûrement pas, elle !
Avignon, juillet 2014 : l'expo phare du Festival était "La disparition des lucioles", dans la prison désaffectée depuis des années.
Y aller ou pas, en prison ? Oui ! Un matin traverser la ville s'éveillant à peine, la chaleur montant déjà et, derrière le Palais des Papes, trouver la petite rue menant à l'entrée. Fermée depuis longtemps et exceptionnellement cet été-là transfigurée en lieu d'expo d'art contemporain mais on n'entre dans un tel lieu sans ressentir des émotions contradictoires. Déjà dès l'entrée, ambiance lourde, chargée d'histoires d'hommes et de femmes détenus, murs délabrés, couverts de graffiti, de restes d'affichettes, petites lucarnes, lourdes serrures, cadenas, vétusté conservée...
Pas vu de souris trotter mais la cour avec des lucioles géantes suspendues tournoyant lentement et inondant de reflets lumineux les murs piteux déjà brûlants de soleil ou obstinément sombres et lugubres...
Pensé à ceux et celles qui ont passé des jours et des années là, à leur espoir peut-être possible en voyant que "le ciel est, par-dessus le toit si bleu, si calme !"... ou leur désespoir de savoir que le peu de ciel et peut-être le dernier qu'ils pouvaient voir était dans cette prison.
"Dame souris trotte" : compagne d'infortune, signe de vie, lueur d'espoir... Si dame liberté trotte dans ma tête, sur les trottoirs se méfier des trottinettes et sur la chaussée aussi puisqu'elles y prospèrent au péril de nos vies de piétons autant que d'automobilistes !