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Le défi du samedi
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20 décembre 2014

J’ai cru que j’étais chez moi (Fairywen)

 

J’ai cru que j’étais chez moi…

 

Il y a dix-huit ans et quelques mois de cela, j’ai acheté une maison. Une jolie maison, pas bien grande, mais dans laquelle je me suis sentie bien à la seconde où j’en ai franchi le seuil. Mon mari et moi l’avons aménagée à notre goût, avec des papiers peints de couleur, une jolie petite fille devenue grande depuis, des sourires, des baisers, des larmes parfois et surtout, beaucoup d’amour. Un vrai petit paradis, quoi.

Et puis il y a maintenant bientôt quatre ans, nous avons laissé entrer deux SDF dans cette jolie maison. Insidieusement, les choses ont changé… Ils ont commencé par s’approprier le salon, en particulier le canapé. Bien entendu, la cuisine et le frigo sont devenus leur royaume. Petit à petit, ils sont venus dans notre lit pour y prendre toute la place, sans se préoccuper de nous. Et lorsque l’un d’eux nous a quittés suite à une longue maladie, un autre est venu, puis un autre, et un autre encore. Ils sont quatre, à présent. Quatre à prendre leurs aises dans ma jolie maison, que ça nous plaise ou non. Et impossible de les mettre dehors ou de leur faire entendre raison ! Non, ils sont là, ils y restent, squattent les endroits les plus confortables, s’étalent sur le lit la nuit, exigent des repas à heures fixes, brefs, se comportent comme des rois !

 

C’est là que j’ai compris que les papiers mentaient, et que ma maison n’était plus à moi depuis le jour où les premiers de ces SDF l’avaient investie, tellement il est vrai que lorsqu’on fait entrer un chat chez soi, on vit en invité dans ce qui est devenu son chez lui…

Défi 329 du samedi 13 décembre 2014

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6 décembre 2014

... ou alors demain (Joe Krapov)

Je n’ai pas eu le temps de finir celui-là :

Toujours ils PRESCRIRONT rectitude et devoir, ordre et ponctualité. Mais à quoi bon TRANSPIRER, PRONATRICES CRISPANTES, sous nos blancs CANOTIERS ? Laissez nous CONSPIRER et opposer au STRESS les ANTICORPS vaillants de l’aujourd’hui peut-être ou bien alors demain ! SPRINTERA qui voudra dans la chasse aux CORSAIRES à TRICORNES ! On CROISERA les bras plutôt que s’étriper ! Nous nous REPAITRONS de ne rien glander. Nous RETRAIRONS la vache à lait de l’oisiveté et tant pis, mère, si CROIT le vice ! Arrêtons-nous pour PACTISER avec la Paresse à la POTERNE du rire, salle des pas perdus et TAPONS le CARTON aux tables du temps mort ! PIANOTONS ! PICORONS ! PATINONS ! POTINONS ! Pestons contre le devoir RASOIR ! Allons plutôt PIONCER, les COPAINS !

Du coup je livre mes tweets… en temps et en heure : côté procrastination c’est donc chou blanc (mais côté tweet c’est Schubert !)

Les rois fainéants n’emmerdaient personne alors que les présidents qui ne manquent pas d’air nous les gonflent ! 

DDS 327 the-chariot-of-one-of-the-rois-faineants

- Aï Aï Aï ma mère ! dit le paresseux. C’est quoi-là ?
- C’est l’automne, répond Poutine.
- Déjà ? J’ai pas vu passer l’été !
- Pourtant j’ai chanté ! commente la cigale.

DDS 327 koala poutine

Il voulait inventer la guillosecotine afin de recoller la tête des uns sur le corps des autres. Il n’y parvint jamais. De cette idée notée sur un ticket de métro il fit une chanson puis une autre puis une autre. Si bien qu’il ne devint jamais ni peintre ni inventeur mais chanteur.

 

Il manquait tellement d’ambition en arrivant à Paris que son ami Balzac l’appela Procrastignac

DDS 327 BalzacOldGoriot02

 De par la Madone, il y a maldonne ! Tu mérites badine ! Que tu procrastines en Aston Martin, ça m’étonne, Martine !

DDS 327 Aston-Martin

C’est bon de remettre à deux mains ce qu’on ne peut pas faire en se tournant les pouces.
Car on n’a, comme il se doi(g)t, que deux pieds et l’énergie en rêvant s’taille !

Cossards écossais que le dédain bourre, soyons avares de nos efforts : rendons à Mac ce qui appartient à Mou-staki !


Dans mon hamac - GEORGES MOUSTAKI par Laura_VB

 

Centon de Provence :
- Venez donc par ici, monsieur le sous-préfet ; pour composer votre discours, vous serez beaucoup mieux sous mes arbres…
- Aujourd’hui peut-être, ou alors demain ?

 

8 novembre 2014

El bobo y la mariposa (par joye)

On dit que pour bien écouter les papillons, il faut avoir un coeur de clown. Moi, j’avais un cœur de clown, qui faisait que j’écoutais les papillons, mais c’est vrai que le mot écouter n’a jamais voulu dire entendre. Et c’est ainsi qu’il faut que les papillons et les clowns, toujours aussi mal assortis, soient destinés à ne pas s’entendre.

Elle s’appelait Gabriela, mon papillon. Moi, je m’appelais Tonio, à l’époque. Maintenant, c’est Antonio avec un nom de famille que vous reconnaîtriez si je vous le disais, mais je ne vais pas vous le dire. Ma famille ne mériterait pas que vous la trouviez ignare comme leur patriarche.

Elle avait seize ans. Moi aussi. Enfin, je ne sais pas si j’eus vraiment seize ans. Cette époque est loin et mes souvenirs deviennent flous, comme ces vieilles photos en noir et blanc. Toutefois, quand il m’arrive de penser à Gabriela, tard le soir ou quand je bois un peu trop de Pacharán,  ou quand je vois, plus rarement, passer un papillon, et je pense toujours à elle en couleurs, le blanc de son sourire, le noir de ses yeux, le bleu de ses veines qui pulsaient sous mes doigts.

Vous aurez déjà deviné que c’est Gabriela qui m’apprit à faire l’amour. Vous me direz quizás que c’est naturel, faire l’amour, que cela ne s’apprend pas. Non. Pour vraiment faire l’amour, il faut savoir sentir et réfléchir. Pour vraiment faire l’amour, il faut s’oublier. Voilà. Gabriela m’apprit à m’oublier.

C’est sans doute pour cela que je pensais davantage à moi-même quand j’étais loin d’elle, et pourquoi lorsqu’une autre niñita du village me faisait les yeux doux, j’en profitais. Mais ces autres filles ne valaient jamais Gabriela, et tôt ou tard, je passais la voir, pour prendre des nouvelles du blanc de son sourire, du noir de ses yeux, du bleu de ses veines qui pulsaient sous mes doigts.

Bien sûr que l’inévitable arriva, Gabriela tomba enceinte. Je ne vis pas le blanc de son sourire quand elle me le dit. Je regardais le ciel, je fredonnais une chanson. Je l’entendais, mais je ne l’écoutais pas. Mais, je lui tout de même dis que c’était de la mauvaise chance, je lui dis que j’avais entendu parler d’une curadora qui pouvait s’occuper d’elle. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, que j’avais de l’argent, que tout se passerait bien, que personne ne se douterait de rien.

C’était un vendredi soir quand je l’emmenai chez la curadora. Je n’y entrai pas avec elle mais je lui dis que je passerais la chercher deux heures plus tard. Mais deux heures plus tard, j’étais dans les bras d’une autre, une fille dont j’oubliai vite le nom, déjà sans importance ce soir-là.

Eh non, je ne la revis jamais. Vous pourrez deviner ce qui put se passer. Vous savez déjà que les papillons sont fragiles. Il ne faut jamais les prendre par les ailes, ça peut les broyer. Ils ne peuvent plus voler, et quand les papillons ne peuvent plus voler, ils meurent. Malheureusement, à seize ans, je ne le savais pas.

Car j’avais un cœur de clown. J’écoutais sans entendre.

image 2

8 novembre 2014

Faire son cirque (Joe Krapov)

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 Dans mon costume de couleur
J'attends qu'ait fini l'écuyère
Pour m'élancer dans la lumière,
Dans le cercle du projecteur.

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Voilà qu'on lance la musique
Et que déboule Triboulet.
Le clown travaille sans filet
Son numéro tragi-comique.

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Le défilé des éléphants,
Une fois qu'ont barri leurs trompes
N'est rien à côté de ses pompes
Qui font bien rire les enfants.

 

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 Nez rouge, cheveux en bataille, 
Visage blanc, sourcils charbon,
Il cabriole, il fait des bonds,
Il se fait courser, il se taille

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Puis il grimpe sur une échelle,
Annonce qu'il va s'envoler.
Tout un chacun de rigoler
Mais soudain, scène exceptionnelle,

Joe Krapov pour timbre

Il devient la femme canon,
Il traverse le pavillon
Et se transforme en papillon !
Quel magicien, crénom de nom !

***

Oui, la prestation est truquée !
Il y a forcément un complice
Malle, rideau, autre artifice,
Substitution alambiquée.

Afin de lever le mystère
Visitez la ménagerie,
Découvrez la supercherie :
Une cage à lépidoptères !

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18 octobre 2014

Moeutz (par joye)

C'est bon signe

Shtinky le chat

et Earl le chien

sont mes copains

et je trouve ça bien.

Un monde de chats

N'serait que des griffes.

Un monde de chiens

Serait excessif.

Alors miaou

Pour les uns

Et ouah

Pour les autres,

Afin qu'ils fassent tous

Partie des nôtres !

Shtinky le chat

et Earl le chien

sont mes copains.

Et je trouve ça bien !

 

Dessinateur : Patrick McDonnell, le papa des Mutts

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11 octobre 2014

Les lettres à retrouver (par joye)

Voici les lettres qui se sont égarées de mon texte

cette semaine.

À vous de les retrouver et les remettre au bon endroit.

Les lettres

 

Fallait que je bouge le ...
Pour prendre mon bulletin de ...
Mais en y allant, je vis, bouche ...,
Un homme muni de deux  ... !
Il poursuivait un énorme ...
Qui n’avait qu’une ...
Il ne manquait pas d’...
Ce bourreau, rempli de .... !
Je dis « Monsieur, vous êtes un ... ! »
Il ne me répondit que « ... »,
Puis menaça encore le pauvre ...
Je le poursuivis alors au ... ...
Et puis, je le poussai dans l’ ...
Après, je fêtai au resto-...
En prenant un grand ...

6 septembre 2014

Participation de Nhand

DES ROSES BLANCHES POUR MAMAN

 

 

Le soir où je suis revenu de Sicile, maman, toujours aussi impatiente et curieuse, est passée à l'appartement. N'empêche, j'étais bien content qu'elle soit là. Evidemment, content de la revoir, comme à chaque fois, soyons honnêtes. Mais surtout heureux comme un môme prêt à explorer son menu Happy Meal, parce qu'elle avait pensé à m'apporter un Tupperware pour mon dîner. Elle est comme ça, maman, elle veille à tout, peut-être un peu trop, parfois. Quoi qu'il en soit, je n'allais pas faire la fine bouche et retoquer son inénarrable salade de coquillettes aux fruits de mer, que j'ai d'ailleurs engloutie en moins de temps qu'il ne faut pour commander une pizza. C'est que je crevais la dalle ! Je n'avais rien avalé depuis des heures, tout était payant dans mon super Airbus low-cost, et, franchement, lâcher 10€60 pour un pitoyable sandwich au goût de plastique – que même un dogue affamé aurait renié – ainsi qu'une risible cannette d'une contenance de 25cl et un dessert chocolaté bourré de chimie qui n'a de fondant que le nom, merci, très peu pour moi !

Elle jubilait, maman. Elle avait réussi son coup. Et sa bienveillance maternelle ne s'est pas arrêtée là.

« Ouvre-moi ta valise, je prends ton linge sale pour le laver, tu le récupéreras dimanche. Tu n'as pas oublié que ton père fête ses 60 ans, dimanche ! »

Jusque-là, rien de bizarre, ça lui ressemble tellement de vouloir être aux petits soins pour ses enfants, quitte à exagérer, c'est le contraire qui m'aurait paru inquiétant. Mais je ne voulais pas abuser. Je lui ai donc rappelé, calmement, que je suis un grand garçon, que je dispose d'une laverie juste en bas de chez moi, que je m'occuperais de tout ça plus tard... Peine perdue !

« Pourquoi dépenser pour une lessive ? C'est ridicule, je te fais la totale et gratuitement, moi : lavage, repassage, pliage... Allez, cesse de rechigner, où est ta valise ?
- Non, maman, ça va aller, je t'assure.
- Permets-moi d'insister ! »

Passablement épuisé, n'ayant de surcroît ni le courage ni la force de l'écouter fustiger encore et encore la soi-disant efficacité douteuse des machines publiques, j'ai cédé. Du regard, je lui ai désigné le sac posé dans l'entrée.

« Pas seulement ton bagage à main, mon chéri, file-moi tout !
- Tout est là.
- Quoi ? Tu plaisantes !
- Non.
- Tu n'as emporté que ça ?
- C'est largement assez.
- Mais on ne met rien, là-dedans !
- Je ne suis pas parti six mois en Patagonie, maman, juste une semaine à deux heures de vol de Paris ! Quelques shorts, quelques t-shirts, sept caleçons, un maillot de bain, une polaire pour l'Etna, un bob, une serviette, une trousse de toilette, un nécessaire à pharmacie, un tube de crème solaire, une boîte de préservatifs, le dernier Nothomb, ça suffit amplement.
- Et les chaussettes ?
- Pas besoin, j'étais en tongs.
- Tu as fait l'ascension de l'Etna en tongs ?
- On accède en voiture jusqu'à 2800 mètres d'altitude, après quoi on parcourt l'essentiel du trajet restant en téléphérique... Je n'ai pas eu à crapahuter beaucoup, c'était parfait, les tongs. »

J'ai ouvert le sac-à-dos, j'en ai sorti mes vêtements roulés en boule – fleurant tantôt la mer, tantôt la sueur du globe-trotter, tantôt les deux –, les ai fourrés dans un cabas avant de tendre l'ensemble à maman, qui n'en finissait plus d'écarquiller les mirettes d'ahurissement.

« Et... pas de souvenirs, rien ?
- Hein ?
- Quand on voyage, mon chéri, ça se fait, de rentrer avec dans ses bagages des souvenirs du pays que l'on a visité... »

J'ai dû lui expliquer, en long, en large et en travers, qu'il y a belles lurettes que je ne m'encombre plus de babioles attrape-touristes qui ne servent qu'à remplir inutilement les étagères ou les fonds de cartons terminant leur course au milieu de la poussière, de l'humidité et des rats de la cave. Je ne loge pas dans un 120m², l'espace manque – et coûte une fortune à Paris ! –, je voyage souvent à l'étranger, en moyenne trois fois dans l'année, vous vous rendez compte si je devais toujours revenir avec ceci ou cela ? Je ne tiens pas non plus à entretenir une caverne d'Ali Baba de pacotille sous mon lit, pas davantage un musée des horreurs dans mon salon exigu. A part deux malheureux cailloux volcaniques ramassés au sommet de l'Etna – qui tiennent parfaitement dans une poche de pantalon –, les photos prises avec mon smartphone, les adresses mail de quatre ou cinq personnes auxquelles je n'écrirai sans doute jamais, quelques kilos dans les poignées d'amour et un bronzage presque intégral, je n'ai rien rapporté de mes vacances siciliennes. Ni céramique de Caltagirone, ni tapis d'Erice, ni papyrus de Syracuse, ni huile d'olive extra-vierge kore de Serradifalco... Le Marsala ? J'y ai goûté sur place, tout comme à la granita, aux charcuteries, à la figue de barbarie et autres cestino alla mandorla. Sinon, les souvenirs sont là, dans ma tête, un peu dans mon cœur, et ça me convient très bien ainsi.

Pendant que je parlais, je voyais maman dépitée, son visage se refermer sur une moue de désappointement de plus en plus flagrante. Mais qu'est-ce qui la chagrinait ? Je n'ai pas tardé à en connaître la réponse.

« Et tu n'as pas pensé à ta vieille mère...
- Bien sûr que si, détrompe-toi, tous les jours !
- Même une broutille, ça m'aurait fait plaisir. Ne serait-ce qu'un foulard, un bibelot quelconque, un bracelet à un euro déniché au marché, une cartouche de cigarettes achetée au duty free shop de l'aéroport...
- Je vous ai envoyé une carte postale, à papa et toi. Vous la recevrez bientôt. Tu le sais, ça met toujours des plombes à arriver, les cartes postales... »

Soudain, j'étais confus. Je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'elle me balance un tel reproche en pleine figure, d'autant que précédemment, j'étais déjà rentré d'Islande et du Portugal, les mains vides. Quelle mouche l'avait donc piquée ? Du coup, je me suis promis de me rattraper en me pointant dimanche avec ses fleurs préférées : des roses blanches.

 

 

LOGO NH-PF

30 août 2014

Cartes postales, Chapitre VIII (par joye)

Chapitre VIII : Suite et fin

[L’histoire jusqu’ici : Amanda Perry, américaine de voyage en France, se sauve à Nancy, pour chercher des conseils de l’avocat qui lui avait annoncé l’héritage mystérieux.]

Une heure plus tard, et bien installée au cabinet de son avocat, Amanda se sentait moins crispée. Cherval avait téléphoné à la police, qui lui fit transmettre la bonne nouvelle qu’on avait arrêté le voleur avec le sac volé, son contenu miraculeusement intact.

-          Je ne saurais jamais vous remercier assez, soupira Amanda.

-          Oh, mais je vous en prie, Miss Perry, c’est le moindre des choses, répondit Cherval. Mais je suis un peu perplexe. Pourquoi justement êtes-vous venue me voir ici à Nancy ?

Amanda prit quelques minutes pour lui raconter les messages mystérieux qu’elle avait reçus à Annecy.

-          Ah oui, répondit l’avocat. Je vois bien que tout cela aurait pu vous troubler. Mais depuis votre arrivée ici, tout va bien, n’est-ce pas ?

-          Oui….mais justement…l’autre jour, un autre évènement curieux…je crois avoir fait la connaissance de votre fille ?

-          Ma fille ?  lui répondit l’avocat d’un air étonné. Je n’ai pas d’enfants !

-          Bizarre, j’ai fait la connaissance d’une petite blonde qui fait de la danse classique…

-          Ah, sourit l’avocat. C’est ma petite cousine.

-          Et sa grand-mère, la prof de danse, alors, c’est votre grand-tante ?

-          Exact. Redoutable, cette dame, n’est-ce pas ?

-          Euh…un peu trop sévère avec votre cousine.

-          Oh, il ne faut jamais trop vite juger basé sur une seule rencontre ! Par exemple, vous avez cru que quelqu’un vous poursuivait, et vous avez tout de suite fui Annecy…tout à fait comme quelqu’un dans un feuilleton, si je peux me permettre de vous le dire.

Sa cliente rougit. C’était vrai qu’elle n’avait pas trop essayé de comprendre les évènements, et qu’elle avait réagi sans trop réfléchir. Maître Cherval la gronda encore.

-          Et pire, en ce qui concerne votre héritage, vous ne m’avez jamais demandé de qui venait l’argent. Vous n’étiez pas curieuse de savoir qui vous aurait légué tout cet argent ? Personnellement, j’ai trouvé cela bien bizarre. Ne voulez-vous pas savoir d’où venait tout cet argent ?  J’avoue que votre amie Brenda a été très déçue…

-          Mon amie Brenda ? Du Wyoming ? s’exclama Amanda.

-          Elle-même ! sourit l’avocat. Vous savez bien qu’elle a gagné la loterie l’année dernière.  Alors, elle a décidé de partager ses millions avec vous. Et quand vous avez tout accepté si calmement, sans poser de questions, elle a décidé d’engager quelques-uns de mes amis pour vous réveiller un peu…ce garçon de café, par exemple…c’est mon neveu Édouard. Et ce Goudin à l’hôtel, Édouard encore. Brenda était sûre que vous reconnaîtriez sa voix…

Amanda resta sous le choc. C’était alors sa copine Brenda qui orchestra tout cela ?

-          Alors, la rencontre avec la petite et sa mamy, c’était l’idée de Brenda aussi ?

-          Ah, non, hélas, là, c’était mon idée, mais Brenda était bien d’accord, rit l’avocat. Le sac aussi, mais nous étions convaincus que cette fois-là, vous n’alliez pas gober…

En ce moment-là, des portières derrière son bureau s’ouvrirent abruptement et l’amie Brenda apparut, hurlant de rire.

-          Arrêtez, je peux plus ! gloussa la petite brune. Eh ben, ma belle, je t’ai bien eue, hein ?  Hein ?

Amanda la fixa des yeux, ne sachant si elle devait rire ou pleurer.

-          Mais pourquoi ? lui demanda-t-elle. Je comprends l’astuce de l’héritage - tu savais que j'aurais refusé un cadeau offert ouvertement - mais pourquoi toutes les autres parties, j’ai failli mourir de peur, tu sais !

-          Parce que ! rit Brenda, serrant Amanda sur son cœur. Il fallait faire quelque chose, tu t’ennuyais comme un rat mort !

-          Oui, c’est vrai, je m’ennuyais, admit Amanda, un peu étonnée. Mais... comment le savais-tu ?

-          Parce que je savais lire, ma chère, entre les lignes.

-          Entre les lignes ? demanda Amanda, incertaine.

-          Ouais ! rit Brenda encore. Entre les lignes…sur chacune de toutes tes petites cartes postales !

carte postale de l'été

30 août 2014

Le Domaine de Chatterley ? (Joe Krapov)

DDS 313 paysage de début

- C’est mâtines de Pâques, ma douce primevère !
- Il suffit !
- Les cloches sonnent de bonheur ! Din ! Ding ! Dong !
- Il suffit !
- Courons, légers comme cabris, faisons des bonds ensemble et des gambades en l’honneur de la nature, de Dieu…
- Il suffit !
- Laisse-moi jouer guilleret l’aubade à la mousse, à l’herbe, au coquelicot, au royaume de la tarentelle… Laisse-moi croire que tu préfères le berger qui souffre sans le dire au sonneur en velours et dentelles…
- Il suffit !
- Coucou, fais le guet ! A cueille-fleurettes je t’emmène visiter le danger et l’enfer ! C’est péché de cacher ton dedans ! Rien n’est mieux pour s’aimer que blottis sans galoches ni sabots avec elle que, entre tou’s les belles, je saurai tant tenir comme pique, chardon ménager pied voici ton tout passer patte pendant personne devine jetons dents semble ton tes ton tes tes ton petits fleuris tenir tenir tenir vois tout tout Bon !
- Il suffit !

Devant l’incohérence du discours et l’impudence des gestes de l’homme au souffle court, la châtelaine s’échappe. Elle franchit la passerelle en courant.

Il la regarde fuir vers le château au loin et, ressentant au plus profond de sa chair un sentiment d’échec lié à leur différence de classe sociale il se tourne vers Dieu et lui demande de faire disparaître cet épisode de sa biographie, voire même, s’Il le peut, à la faveur d’une révolution à venir, de faire en sorte que ces murs roses et ces tourelles pointues disparaissent de la surface de la planète.

Alors, le miracle se produit. Dieu apparaît entre deux nuages dans le ciel, il passe un coup d’éponge et repeint un autre paysage par-dessus Sa création.

DDS 313 paysage de fin

- Seigneur ! Qu’as-tu fait là ? demande la châtelaine avant de disparaître dans un autre espace-temps où les bergers Fragonardiens n’ont plus rien de libidineux.
- Ben quoi ? Tu ne connais pas la chanson ? Il supplie d’effacer le fond, c’est tout de suite la peinture ! 

30 août 2014

Participation de Nhand

ESCAPADE AMOUREUSE

 

 

Laissons les brumes de Paname
Manger les tours de Notre-dame !

Fuyons Saint-Michel, Saint-Germain,
Pour deux jours ; donne-moi la main !

Laissons la pluie à Croulebarbe,
Et la Muette dans sa barbe !

Fuyons Saint-Lambert, Saint-Merri,
Où le mois d'août finit marri !

Laissons croupir l'or à Vendôme,
Et le Louvre avec son fantôme !

Fuyons Saint-Michel, Saint-Germain,
N'y revenons qu'après-demain !

Je connais un coin de campagne
Loin des grimaces du métro
Et des parlottes du bistro,
Où la douceur est la compagne
D'un Phébus enivré de vert,
Où l'air à l'azur est ouvert...

Là-bas, nous attend une chambre
Nichée au secret d'un château
D'où notre amour, allégretto,
Passera le pont de septembre.

Et si malgré tout il y pleut,
Comme sur les toits de Vivienne,
Nous recréerons, quoi qu'il advienne,
Sur la mer de draps un ciel bleu.

 

 

LOGO NH-PF

23 août 2014

une rue dans la nuit (Fairywen)

 

Une rue dans la nuit.

 

Il va mourir au coin de la rue,

Il le sait, il a vécu.
Son seul regret ?
L’amour qu’il n’a point trouvé.
La belle de son frère il a désirée

Mais jamais ne l’a aimée.
Jalousie,

Envie,

Furent les mots-clés.

 

Mais ce soir tout est fini.
Seul contre trois, le requiem est dit.

Jusqu’au bout il se battra,

Seul il ne partira pas.
Dans sa chair s’enfonce l’acier,

Il s’effondre blessé,

Prêt à s’en aller.

 

Mais tout à coup un éclair dans la nuit,

Une épée qui surgit

Des cris,

La peur qui change de camp,

Une silhouette campée devant lui

Qui le défend.

 

Et puis trois corps sur les pavés,

Et soudain près de lui,

Son frère qui lui sourit :

« Nous t’avons cherché

Depuis que tu es parti. »

 

Sa belle est toujours à ses côtés,

Toujours aussi jolie,

Mais il ne la voit plus,

Car avec eux un ange est venu,

Un ange penché sur lui,

Qui lui sourit,

Panse ses blessures

Et son cœur capture

 

Dans une rue de la Pierre Hardie,

Sous une lanterne au coin qui luit…

 

(à suivre…)

 

Défi 312 du samedi 16 août 2014

16 août 2014

Cartes postales : Chapitre VI (par joye)

Chapitre VI : La poste levée

[L’histoire jusqu’ici : Amanda Perry, héritière américaine, à Nancy, et attendant de voir l’avocat qui lui a transmis les nouvelles d’un héritage mystérieux, se retrouve devant une étrange petite fille - dont le nom ressemble à celui de son avocat – accompagnée par sa prof de danse acariâtre.]

Amanda clignota des yeux.

-          Euh, bonjour ?  murmura-t-elle, ne sachant pas trop quoi dire.

-          Je te l’ai bien dit, Mamy ! cria la petite fille. C’est la vedette américaine, Jessica Chastain !

-          Oh non, gloussa Amanda. Je suis rousse et américaine, mais c’est tout ce que nous avons en commun, je t’assure !

La prof de danse-ès-Mamy serra un peu plus fort que nécessaire la petite main d’Émmanuelle.

-          Je te l’ai bien dit ! grommela-t-elle à la petite. Mais quelle bêtise ! Excusez-nous, Mademoiselle !

-          Oh, pas grave, madame, je vous assure. Mais puis-je vous demander…vous êtes bien la grand-mère de cette fille ?

La dame, encore visiblement embarrassée, hocha la tête, mais Amanda n’osa pas demander pourquoi elle avait été si sévère avec sa petite-fille tout à l’heure au cours de danse. La vieille dame commença à repartir.

-          Oh, attendez, s’il vous plaît ! C’est juste que…voyez-vous, mon avocat s’appelle Émmanuel Charvet. Etes-vous de la même famille ?

-          Cela ne vous regarde certainement pas ! répliqua la dame d’un ton sec, et, tirant abruptement la petite par le bras, repartit rapidement vers la sortie.

Amanda vit que la petite faisait oui de la tête avant de disparaître dans la rue avec sa redoubtable grand-mère.

Elle termina son déjeuner, et se sentait tellement épuisée par les évènements de la matinée qu’elle décida de rentrer à son hôtel.

En se présentant à la réception pour prendre sa clé, elle tira de son sac une carte postale de Nancy pour sa copine Brenda, et demanda au réceptionniste de la poster pour elle.

-          Je regrette, Madame, mais la poste d’aujourd’hui a déjà été levée.

Amanda n’eut pas le temps de lui dire qu’elle voulait tout de même qu’il poste la carte.

-          Justement, il y a du courrier pour vous, dit le monsieur. Vous êtes bien madame Chastain, n’est-ce pas ?

Jessica Chastain

16 août 2014

Ferme ta boîte ! (Joe Krapov)

Sur la petite place de ce petit village il n’y avait personne. Et pourtant je n’avais pas rêvé. Une petite voix m’avait interpellé et elle continuait de me parler.

Boîte aux lettres MAP DDS 311

- … Et c’est vrai que maintenant il n’y a plus besoin d’entrer dans une cabine téléphonique pour appeler du dehors le 22 à Asnières ? C’est ça que ça veut dire tous ces gens qui se promènent en se tenant l’oreille droite et qui causent tout fort dans la rue comme des débiles sans plus rien regarder autour d’eux ? Au début j’avais cru à une recrudescence d’idiotisme de village cumulée avec une épidémie d’oreillons ! Et les courriels, c’est quoi exactement ? Vous tapez un message sur votre clavier, vous tapez « envoi » et il arrive instantanément dans la boîte de votre destinataire ? On est en pleine science-fiction, là ! Comment ça fonctionne ? C’est un facteur factice sur un vélo virtuel qui pédale pour faire passer le pli dans les tuyaux ? Vous n’écrivez vraiment plus sur du papier ? On m’a même dit qu’aux Etats-Unis ils allaient arrêter d’apprendre aux mômes à écrire avec un stylo ! Vous vous rendez compte ? Qu’est-ce qu’on va devenir, nous ? Des pièces de musée ? Déjà qu’il n’y a plus qu’une levée par jour ! Et vous, vous écrivez encore ? Vous avez envoyé des cartes postales cet été ?".

C’était bien de la boîte aux lettres archaïque que la voix sortait. C’était bien la boîte elle-même qui me questionnait. Je n’ai pas eu le cœur de lui parler de Skype, de Facebook, de Twitter, des SMS ni de la blogosphère où je suis très actif.

Et puis j’ai paniqué. Jeanne d’Arc aussi a commencé par entendre des voix et puis après son destin a basculé tragiquement parce qu’elle est allée bûcher dans un autre domaine que le sien. Alors j’ai eu pitié de la boîte aux lettres jaune et verte et j’ai fait un truc idiot. Dans la fente réservée aux lettres et aux cartes j’ai glissé mon baladeur MP3. Si elle farfouille un peu dedans elle y trouvera, avec les petites merveilles d’Emmylou Harris ou de Cécile Corbel, la carte postale virtuelle et sonore de mes vacances à A…
 

9 août 2014

Les révélations de Joachim à Eva (KatyL)

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Eva était plongée dans la lecture du livre de Raphael depuis quelques jours, et semblait dubitative sur la connaissance qu’avait cet écrivain du monde artistique en peinture, ou bien il n’avait rencontré que des « m’as-tu-vu » ou des « snobs. » …..Elle savait que les humains avaient un ego assez  dimensionné, mais elle connaissait pour sa part de nombreux artistes qui eux peignaient juste pour le plaisir et la passion sans prétention particulière en sachant que le vaste monde n’offrait que peu de place en pleine lumière. Pour sa part, elle avait depuis longtemps transformé ce don qui lui avait été donné à la naissance par du travail sur la technique, et cette  passion dévorante était un immense plaisir personnel, cela lui suffisait amplement. Cependant elle avait acquis une petite notoriété bien régionale mais certaine au fil des ans et des expositions, et des nombreux articles de journaux. Dans le livre de Raphael  il n’était question que de gens qu’Eva fréquentait peu. Par contre il dépeignait les galeristes avec des traits tout à fait réalistes, des gens souvent sans scrupules avides et mercantiles qui avaient peu de sensibilité artistique mais une sensibilité opportuniste, avec la conviction pour la plupart que seul l’art abstrait avait sa place dans ce monde, comme si le figuratif n’existait plus, et comme si les acheteurs potentiels ne le regardaient même plus, or c’était faux puisque qu’Eva faisait du figuratif et qu’elle voyait sa côte monter gentiment et des clients chaque année nouveaux !

Elle en parlerait avec Raphael  le lendemain soir car elle était invitée par cet illustre voisin avec repas à la clé chez lui, il avait beaucoup insisté pour que ce fut un soir, Eva avait dit oui en lui précisant « visite de voisinage alors »

En attendant la journée serait consacrée à faire du cheval avec Joachim qui  l’attendait pour 14h à l’écurie. Elle s’habilla en amazone et partit ravie, après avoir fait un repas sommaire de légumes et de fruits.

Joachim l’accueillit avec un sourire radieux, lui sella Arabelle, femelle jeune et nerveuse, lui prit Arogun et ils partirent tous les deux en chemin forestier, l’air était doux, le soleil irradiait la forêt, les oiseaux chantaient sur leur passage, les violettes sauvages sentaient si bon, Eva était aux anges.

En cours de route le cheval d’Eva se cabra car il vit traverser un petit renard, elle ne s’attendait pas à une telle réaction de sa monture, il fallut à Joachim beaucoup d’expérience et de rapidité pour calmer la jument, Eva était restée tout ce temps accrochée sans tomber, mais elle eut très peur. Lui aussi, et lorsqu’ils furent à terre il la prit dans ses bras en murmurant :

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-«  Heureusement tu n’as rien ! Dieu que j’ai eu peur, cette jument est imprévisible mais celle que j’avais réservée a été malade et le vétérinaire m’a conseillé de la garder au chaud, j’ai dû seller Arabelle, pardonne-moi Eva » et il l’embrassa sur les lèvres en la serrant très fort avec beaucoup de tendresse, Eva en fut bouleversée, mais elle ne resta pas contre lui, se recula pour se donner une contenance tant elle était troublée et dit : 

-« Oui j’ai eu peur, je prendrai des cours avec toi de manière à maitriser mieux en cas de souci, tu penses que tu aurais du temps pour moi ? »

-« oui je me suis libéré deux après-midi lorsque je n’ai pas d’accompagnements et de chevaux à ferrer en urgence, le mardi et le jeudi deux heures ça ta va ? Tu me manquais et j’ai manipulé mon emploi du temps pour être avec toi. De plus le samedi soir je te garde cette soirée  pour aller avec toi au cinéma au restaurant ou autre sortie qui te ferait plaisir, et un dimanche de temps en temps, ce n’est qu’un début ! »

-« Mais je suis ravie je t’assure, c’est formidable, je retiens avec plaisir, je dois te dire cependant que j’ai fait la connaissance de mon charmant voisin l’écrivain Raphael Fontenoy, tu sais il demeure trois maisons plus haut, je suis d’ailleurs invitée chez lui demain soir à manger pour parler de son livre qui traite de la peinture, je t’avoue que la discussion risque d’être passionnante car si le livre est très bien écrit, je ne suis pas toujours d’accord  avec son contenu.

Joachim fit une  légère moue dépitée et sembla réfléchir avant de lui répondre :

-« Tu sais Eva je connais ce genre de type beau parleur, coureur de jupons, tu es belle et tu es une proie pour lui, je le connais de réputation, d’ailleurs son ex petite amie qui est une excellente cavalière demeure dans le village voisin rue de la Pierre Hardie, si tu veux et si tu as le temps va un peu parler avec elle de Raphael, mais je ne veux pas t’influencer, tu pourrais croire que je suis jaloux, d’ailleurs je le suis, il est libre et il évolue dans ton monde, lui, mais tu es assez intelligente pour te faire une opinion toi-même »

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Il baissa les yeux ne dit plus mot et semblait gêné par cette longue tirade qui ne lui ressemblait pas.

Eva le remercia de ces avertissements et lui promit d’être attentive, elle s’approcha de Joachim lui prit la main et le fixa de ses grands yeux verts :

-« cher Jo tu sais que je suis encore mal remise de ma rupture avec Max,  je ne veux plus être amoureuse ni être vulnérable, je veux rester libre et attendre le bon moment lorsque mes plaies seront refermées, et ensuite dans quelques temps sans doute,  je trouverai l’unique homme avec qui je désirerais finir ma vie si possible ?? Aussi je vais chez Raphael  en toute tranquillité d’esprit, mes chers voisins sont au courant ainsi que toi, que veux-tu qu’il m’arrive ? Je ne vais que pour parler de son bouquin, et faire un repas entre voisins »

-« Bon Bon ! Si tu le dis, mais tu peux me téléphoner à tout moment et tu le sais si tu as un souci. Je te laisse car j’ai un RDV avec le vétérinaire pour les chevaux malades, j’ai oublié de te dire, tu es ravissante en sauvageonne les cheveux au vent»

Il l’embrassa sur les joues et partit.

Elle rentra chez elle et se fit cuire des bons œufs au plat achetés le matin même à la ferme avec un bout de lard et quelques feuilles de salade, et elle se mit sur son canapé avec la tempête de Beethoven, puis elle se mit à réfléchir sur ce que lui avait Joachim et surtout elle repensa à son baiser qui avait créé en elle tant de remous, elle qui ne voulait pas le montrer, il avait dû s’en rendre compte !
Elle aimait beaucoup Joachim et ils se voyaient très souvent depuis 4 mois où elle s’était réfugiée chez lui en pleine tempête, cela ne lui ressemblait pas de médire sur quelqu’un, pourquoi lui disait-il cela ? Jaloux certes mais il était dépourvu de malhonnêteté, Eva se promit donc d’être vigilante.

Le lendemain Eva, fit des emplettes chez un antiquaire qu’elle aimait beaucoup, elle acheta entre autre une jolie coupelle en forme de plume pour offrir à Raphael le soir au diner, et dans l’après-midi elle fit du solex avec l’appareil photos en bandoulière en vue de se faire une réserve de modèles pour ses tableaux d’hiver. A 17h elle rentra se lava les cheveux, et se prépara pour aller chez l’écrivain, mais décida de mettre un jeans simple avec petits talons, un chemisier noir, et prit une veste simple pour le soir.

A 19h elle sonna.

Raph vient lui ouvrir tout sourire, elle entra, l’intérieur était luxueux et raffiné, cela sentait très bon chez lui, il avait sans doute fait du gigot d’agneau Eva en reconnu l’odeur, et une tarte aux pommes-cannelle ?

Il la fit asseoir sur un moelleux canapé et lui offrit un vieux Porto. La discussion se fit spontanément sur le livre et Eva débattit avec lui 1 h durant, il acquiesçait souvent et finit par avouer :

-« Dommage que je ne vous aie pas connu plus  tôt, je pense que j’aurais eu une vision plus positive des choses, mais si nous nous disions « tu » qu’en penses-tu dit-il en s’approchant d’elle sur le canapé »

-« Allons-y pour le « tu » mais je sens un peu le brûlé ne serait-ce pas la viande ? »

Il se leva d’un bond. Eva en fut soulagée.

Il est temps de passer à table dit-il !

Il avait fait les choses en GRAND porcelaine de Limoges, argenterie et cristal, bouquet au centre ! Eva trouvait cela remarquable et le lui dit. Elle lui offrit la porcelaine achetée le matin, il en fut ravi et touché.

Le repas se déroula en discussions diverses, autour d’un repas délicat, elle avait vu juste, coquilles ST jacques, gigot de pré-salé petites pommes nouvelles, salade et tarte aux pommes. Un excellent cuisinier ! Beaucoup de convergences de vues entre elle et lui le long des heures qui s’égrenaient.

Il lui proposa une liqueur digestive de sa grand-mère au salon. Elle prit soin cette fois de prendre un fauteuil individuel. Elle se  sentait bien.

Elle sentit que Raphael passait derrière elle entre le fauteuil et un petit meuble qui pensait-elle devait contenir les digestifs, elle avait fait un très joli chignon pour relever ses cheveux, et au moment où elle allait s’appuyer sur le dossier elle sentit dans sa nuque sa main qui l’effleurait.

ka04Elle sursauta, alors il insista et se pencha pour coller ses lèvres sur son cou, cette fois elle se leva d’un bond et le regarda avec colère.

-« Enfin nous ne nous connaissons encore pas, je viens en voisine et amie et vous tu t’empresses de » …. Elle ne finit pas sa phrase, aussitôt il revint se coller à elle, en la  serrant très fort, elle se dégagea.

-« Mais voyons dit-il je pensais que tu, que tu n’attendais que cela ! »

-« Quoi ? Mais non, je ne suis venue qu’en amie, depuis quand un homme civilisé se jette-t-il ainsi sur une femme au 1er repas amical, sans rien savoir d’elle, tu te méprends »

-« Je suis ainsi lorsqu’une femme me plait comme toi, je deviens un loup, et tu me plais Eva je ne pense qu’à toi depuis que je te vois de mes fenêtres, allez viens ! »

-« Non ! dit-elle je suis venue pour parler du livre et faire connaissance entre voisins, je ne m’attendais pas à un tel comportement ! Si un homme me plait je reste réservée, et j’attends de savoir ce qu’il a en tête et dans le cœur, je ne cherche pas l’aventure, tu te trompes de femme, je suis assez surprise par cette attitude, je vais rentrer chez moi, je suis fatiguée, le repas était excellent, merci beaucoup, mais ne cherche pas à me revoir si tu crois que je suis une femme facile, et que tu penses me collectionner avec tant d’autres  sans doute ?»

Elle prit sa veste et sortit sans même lui faire la bise d’usage, elle rentra chez elle furieuse et s’enferma à double tour ! –« Ce mec  est un sacré dragueur !! Pour qui me prend–t-il ? »

Elle se jeta sur son lit et repensa à Jo, à son avertissement,  à ce qu’il lui avait dit  de « l’ex » de la rue de la Pierre Hardie, si elle passait par ce village elle irait mine de rien, en prenant quelques photos parler à cette femme, sans en avoir l’air et finirait par savoir ce qui se cache derrière cet homme ! Elle s’endormit en pensant au baiser de Joachim qui pour elle avait la saveur des roses.

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Suite la semaine prochaine

16 août 2014

Participation de Nhand

LA COMPLAINTE DE LA BOÎTE AUX LETTRES

 

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Il fut un temps,
J'étais l'amie incontournable
Du timide qui n'osait point
De vive voix conter fleurette...

Il fut un temps,
J'étais propice et profitable
Au cœur qui devait battre loin
De son élu, de sa conquête...

Il fut un temps,
J'étais utile, indispensable,
Quand les je t'aime avaient besoin
D'atteindre un bout de la planète...

Il fut un temps,
J'étais encore inébranlable
Quand le téléphone, avec soin,
S'en vint me voler la vedette...

Il fut un temps,
Je n'étais pas si négligeable.
Je me sens seule dans mon coin,
Sans chaleur, futile, obsolète.

Car, voyez-vous, les mots d'amour
Ne voyagent plus par la poste ;
Si j'en meurs un peu chaque jour,
A quoi bon lancer la riposte ?
Ecrans et claviers, désormais,
Ont pris la relève et complotent
Pour m'évincer plus que jamais ;
Les amants modernes textotent.

 

Texto d'amour

LOGO NH-PF

2 août 2014

Hélas, mon bon Victor ! (Walrus)

nancy

Sur les parquets cirés du grand hôtel de ville,
Les sièges alignés en ordre de bataille
Ont des air
s empruntés d'anciens états-majors
Habillés de velours et tout chamarrés d'or.
L'assistance bientôt y mettra la pagaille
Comme font les boulets pour des soldats les files.

Mais foin de tout cela. Dans la cité lorraine
Qui vit naître un beau jour ton père, ce héros,
Le mobilier choisi par de sombres édiles
Pour carrer les fessiers des clampins de la ville
Est du style ampoulé, tout comme ses barreaux,
De cette Majesté que tu déclaras naine.

9 août 2014

Duel (Fairywen)

 

Duel.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Epées qui virevoltent dans le vent

Qui va verser le premier sang ?

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Duel

Pour les beaux yeux d’une belle.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

L’un d’eux le genou a plié,

Son arme a lâché

Et son sang a coulé

Sur les pavés.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Avec la belle le vainqueur est parti

Laissant le vaincu derrière lui

Se relever lentement

La main sur le flanc.

 

Rue de la Pierre Hardie

Lanterne au coin qui luit

Dans la chaleur de la nuit

Et l’ivresse de l’alcool englouti

Deux frères, devenues ennemis

Rue de la Pierre Hardie

Sous une lanterne au coin qui luit.

 

Défi 310 du samedi 2 août 2014

2 août 2014

le fauteuil (Fairywen)

 

Le fauteuil.

 

Il n’y avait encore personne lorsque je suis entré dans la salle du bal. Tant mieux. J’allais pouvoir choisir tranquillement ma place, et celui qui chercherait à m’en déloger n’était pas encore né, c’est moi qui vous le dis…

Un petit tour rapide des lieux, pour commencer… Du plancher en chêne brillant sur le sol… Quel luxe… C’est chaud, vivant… J’apprécie. Oui, bon, d’accord, j’habite dans cette maison –enfin, ce château-, je connais bien les lieux, mais qui me dit que rien n’a changé depuis ma dernière visite ? Hein, qui ? Moi, je ne crois que ce que je vois…

Va pour le plancher, donc. Ensuite, les sièges… Très jolis, il n’y a pas à dire. Blancs, avec un dossier ouvert parsemé de délicates torsades de bois, parfaites pour moi. Pas un grain de poussière dessus, un joli coussin moelleux pour l’assise… Oui, ça aurait été parfait, n’était-ce la couleur du coussin… Ce fuchsia ne va pas du tout, du tout à mon teint délicat… Enfin, s’il le faut, on s’en contentera… Mais ça ne m’empêchera pas de protester en bonne et due forme auprès des maîtres de maison ! Ils vont m’entendre, c’est moi qui vous le dis !

Enfin, mon exploration n’est pas finie, laissons-leur encore une petite chance d’échapper à ma juste colère… Tiens, justement, que vois-je là-bas, en bonne place près de la cheminée… ? Un fauteuil… Un merveilleux fauteuil, situé juste à bonne distance du feu, un fauteuil tout bleu, tout doux… Ah, ils ont pensé à moi, finalement !! Aussitôt, je me précipite et accapare cette merveille. Frissonnant d’aise, je m’installe et ferme les yeux. Oui, c’est exactement ce qu’il me fallait, ce fauteuil bleu…

 

Les premiers invités arrivent, et c’est un festival de robes de bals et d’habits de soirée dans la grande salle. Moi, je suis un peu à l’écart, tranquille, réchauffé par les douces flammes du feu. C’est que j’aime la chaleur, vous savez… Je ne pense à rien de particulier, je profite de l’instant présent lorsque soudain je sens une présence devant moi. J’ouvre à demi les yeux, et là, je le vois. Il est grand, bien plus grand que moi, bien plus costaud, très beau garçon, mais il en faut plus que ça pour m’impressionner. Je le toise calmement, sans ciller, sans bouger, de mes yeux verts au pouvoir hypnotique. C’est MON fauteuil, et personne ne m’en délogera. Il me regarde un instant, interdit, puis il sourit, s’incline en une révérence admirative et fait demi-tour. Satisfait, je bâille, tourne sur moi-même, me réinstalle et reprend ma sieste. Tout grand costaud qu’il soit, il a compris qui est le maître.

 

Je suis le chat, et tout le monde le sait, on ne dérange pas un chat qui dort…

 

A Mystic, mon chaton qui aimait tant mon fauteuil bleu.

 

Défi 309 du samedi 26 juillet 2014

26 juillet 2014

EVA et le vélo solex (KatyL)

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Eva n’était restée que 5 jours chez Joachim le maréchal–ferrant bloquée par la neige, elle avait résisté à la tentation qu’elle avait eue envers lui, il s’en était d’abord attristé, et s’était rendu à ses raisons, ils en avaient parlé beaucoup, mais son activité à lui du début du printemps à la fin de l’automne ne lui permettait presque aucun loisir, ni une vie amoureuse digne de ce nom, les randonnées, plus les soins aux chevaux, les fers à poser il n’avait pas beaucoup de temps libre, elle au contraire en avait, elle aimait beaucoup le cinéma, les restaurants, le théâtre et les expos diverses, tout ce qui était culturel , elle pouvait tour à tour aller sur Epinal, Gérardmer etc… pour se donner à ses plaisirs, se lancer dans une aventure avec Joachim aurait été inutile, leurs modes de vie ne coïncidaient pas, de plus sa rupture si douloureuse avec Max lui avait laissé des séquelles encore mal guéries, et du coup elle se méfiait de la passion qui emporte tout et qui n’est pas rationnelle… Finalement la raison l’avait emporté , ils étaient restés amis , avaient fait leurs sculptures tout l’hiver, et se voyaient régulièrement mais chacun chez soi ! Ils s’invitaient et préparaient une expo pour l’été prochain.

Le printemps magnifique et chaud était là, tout revivait autour d’elle, les oiseaux piaillaient gaiement, le climat avait de l’avance.

Eva décida de sortir son vélo solex du garage afin de pouvoir se balader avec dans les environs, et de découvrir de jolis villages, mais elle devait aller le faire réparer et changer la bougie, elle décida donc de demander à Joachim de venir le chercher avec sa remorque et de le déposer en ville où elle avait vu une enseigne, elle passerait le reprendre en  fin de semaine en roulant jusque chez elle avec le vélo solex remis en état, il lui rendit ce service, et il repartit bien vite à ses occupations.

Le samedi en fin d’après-midi juste un peu avant la fermeture des magasins,  elle décida d’aller rechercher son vélo solex à l’enseigne où Joachim l’avait déposé. La porte devant était fermée un panneau indiquait d’aller dans l’arrière-cour de l’établissement, bien que les jours commençaient à rallonger la tombée de la nuit arrivait doucement, cette ruelle était particulièrement sombre, Eva n’était pas tentée, mais elle prit son courage à deux mains et se lança dans la ruelle coupe-gorge !

ka02 Pas âme qui vive ! Pas un chat ne trainait par ici  et la porte de l’arrière-boutique était totalement déglinguée, mais elle la poussa du pied !

-« y-a-t-il quelqu’un ? »

Elle entendit un pas trainant arriver à sa rencontre, et elle le vit !!!!  Un homme hirsute, sale, la mine renfrognée, le regard sournois, un type mal dégrossi !! Elle eut un sursaut malgré elle.

-« bonjour dit-elle je suis EVA  IVAN, Joachim le maréchal ferrant  a déposé mon vélo solex chez vous mardi matin et je devais venir le rechercher et il devrait être prêt? »

-« oui dit la brute en la regardant de pied en cap avec un sourire peu amène, suivez-moi jusqu’au fond de ce couloir ! »

Elle regarda autour d’elle ! Personne ! Tout semblait bien sombre quelle idée elle avait eue de ne pas venir en premier visiter cette boutique et visualiser le proprio, mais elle n’avait pas eu le choix et apparemment c’était le seul réparateur des environs, elle le suivit donc malgré elle, se dit que de toutes façons il ne pouvait rien lui arriver de grave…Cependant chemin faisant elle vit sur les murs de cet individu des photos de pin-up qui en disaient long sur le genre du type ! Certaines femmes punaisées venaient sans doute de revues plus que douteuses et des poses très « spéciales et dénudées », les autres étaient des pin-up des années 50 celles-ci étaient jolies même si un peu coquines !

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Il se retourna vers elle avec un regard amusé, et s’approcha si près qu’elle sentit son haleine fétide ! Ce type avait bu !

-« vous êtes jolie ma petite dame, vous êtes nouvelle par ici sans doute, c’est vous qui allez chevaucher ce vélo solex dit-il en appuyant sur le mot chevaucher avec un sourire plein de sous-entendus, il fonctionne très bien, j’ai regonflé les pneus changé une l’ampoule avant et la bougie et j’ai remis du mélange deux–temps dedans ça vous va ? »

-« merci dit-elle -elle pressée d’en finir, puis je le prendre et vous régler de suite ? »

-« pas si vite jolie madame on a du temps pour parler un peu ma journée est finie »

-« non je n’ai pas le temps du tout moi, un ami m’attend et je lui ai dit que j’étais chez vous »

menti Eva qui n’en menait pas large avec ce type sournois et alcoolo, elle ne voulait pas traîner dans cette boutique. Elle paya la facture assez salée et elle sortit enfin de cette maudite boutique, en enfourchant son solex qui en effet démarra au quart de tour !

 

Comme d’un seul coup elle était heureuse de cette liberté,  enfin de l’air, du vent dans ses cheveux blonds, elle se sentit comme en état de grâce et eut le sentiment que le mensonge chez le réparateur lui avait évité quelque tracas, elle en parlerait à Joachim de ce type, en attendant elle roula une demi-heure épanouie et heureuse et arriva chez elle à 19h, l’église sonnait l’heure.

En arrivant à sa porte elle trouva un magnifique bouquet de roses-thé déposées au sol devant chez elle, ça alors !! Quelqu’un qui devait bien la connaitre car ces roses-thé étaient si délicates et si parfumées qu’elles étaient ses préférées.

 

La suite au prochain épisode……………………………………………..KatyLka04

26 juillet 2014

Vélo (Fairywen)

 

 

Vélo.

 

Moi, quand on dit “vélo”, je ne pense pas au truc instable à deux roues, qui crève, déraille et fait mal aux genoux, mais au chien de mon beau-père.

Vélo, c’était un braque hongrois, un chien de chasse. 80 kg de muscles, d’enthousiasme –oh, les chutes quand il me sautait dessus pour me dire bonjour…-, de tendresse et de bêtises. Vélo, il méritait bien son nom, car il était un peu dingue, mais on ne pouvait que l’aimer car il avait de si bons yeux, tellement plein de douceur et de tendresse, des yeux qui appelaient les caresses, et on ne lui en voulait même pas de nous baver dessus à cause de sa mâchoire déformée.

Vélo, c’est le seul chien qui a su se faire accepter à l’intérieur de la maison, là-bas, dans la Drôme. Je ne l’ai pas connu petit, mais mon mari m’a raconté qu’il pleurait tellement quand il a été séparé de sa maman que mon beau-père avait craqué et l’a fait rentrer. Bon, évidemment, il a fait à peu près toutes les bêtises possibles et imaginables, mais ça, c’était Vélo…

Vélo, c’était aussi le chien qui, en rentrant de la chasse, se jetait sur la gamelle et mangeait en deux bouchées sa ration de deux jours, pour ensuite s’effondrer à côté, le ventre rond comme un ballon et même plus capable de se traîner…

Vélo, on l’emmenait en montagne, même s’il n’écoutait personne d’autre que mon beau-père, pour jouer à son jeu préféré : jeter des branches ou des pommes de pin dans les trous d’eau. Il adorait y plonger pour aller les chercher, mais il n’a jamais compris qu’il ne fallait pas respirer sous l’eau… Mais bon, ça, c’était Vélo…

Vélo, c’était le gros chien qui faisait le méchant et se cachait derrière les jambes dès que l’autre en face se mettait à aboyer, même si l’autre en question n’était pas plus grand qu’un chihuahua… Vélo, c’est un des rares chiens que j’ai côtoyé sans jamais avoir peur de me faire mordre, car s’il était un peu brutal en raison de son poids et de sa joie de vivre, il ne montrait jamais les dents.

Vélo, il est au paradis des chiens depuis de nombreuses années, maintenant, de très nombreuses années, et je gage qu’il continue à y faire le fou avec son maître, qui l’a retrouvé il y a 10 ans déjà. Mais s’il y a bien une chose dont je suis sûre, c’est que je ne l’oublierai jamais.

 

Défi 308 du samedi 19 juillet 2014 : Vélo en balade dans la montagne drômoise

19 juillet 2014

Cartes postales : Chapitre II (par joye)

Chapitre II:  Trois fers à cheval

[L'épisode précédant : Amanda Perry, américaine et héritière récente, se retrouve de voyage à Annecy quand elle reçoit un message anonyme et menaçant]

Sans hésiter, Amanda se leva et retourna tout de suite à l'hôtel Allobroges.

Une fois arrivée à sa chambre et la porte fermée à clé, elle téléphona à l’avocat qui lui avait annoncé il y a quelques mois son étrange héritage inattendu.  Ce Maître Cherval, bien qu’un peu formel et froid, lui semblait logique, et de bon conseil. Il saurait lui dire ce qu'il fallait qu'elle fasse, s’il valait mieux contacter la police ou…

Elle tapota nerveusement le numéro. Malheureusement, personne ne répondait à l’autre bout du fil. La petite rousse attendit donc afin de laisser un message. Enfin, elle entendit le clic et, puis, cette réponse :

Bonjour. Vous êtes bien à la boîte vocale d’Emanuel Cherval, Avocat. Le cabinet est actuellement fermé. Nous sommes en vacances jusqu'au 28 juillet. Veuillez laisser un message et je vous rappellerai dès que possible. Bip !

Amanda ne trouvait pas de mots. Une petite panique désagréable formait un nœud dans sa gorge. Tout d’un coup, il y eut un toc-toc à sa porte. Elle sursauta.

-          O-o-oui ? dit-elle, pas du tout contente du tremblement dans sa voix.

-          C’est monsieur Goudin, le concierge, mademoiselle. J’ai oublié votre courrier.

-          Si vous pouviez le glisser sous la porte ?

-          Bien sûr, mademoiselle. Bonne soirée.

Amanda attendit que le son de ses pas s’éloigne dans le couloir avant de prendre l’enveloppe mauve sur le tapis à ses pieds. Là-dedans se trouvait une carte postale sur laquelle figurait une photographie de trois fers à cheval cloués à des planches. Sa panique s'évapora. Les fers à cheval, ça portait bonheur, c'était connu ! Sans doute un petit clin d'oeil de sa bonne copine Brandy qui vivait dans le Wyoming. Son trac oublié, Amanda retourna joyeusement la carte pour lire…

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19 juillet 2014

Le chalet des 3 fers à cheval (KatyL)

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Eva était revenue des Bermudes décidée à changer de vie, après sa rupture sentimentale avec Max, où elle avait voulu se laisser engloutir par les eaux, heureusement elle s’était ravisée et endormie sur la plage, elle avait fait une rêve bien étrange « elle était avec un ramasseur de coquillages, dans des lieux improbables, avec des personnages très angoissants, elle était prisonnière et emportée par une brute épaisse et elle se nommait kaelia ???? »….ouf !! Elle s’était réveillée ! Elle avait fait un cauchemar !

Et elle était rentrée en France.

Elle avait vendu sa maison, et elle était partie s’installer  dans les Vosges sauvages.

Elle aimait les hivers rigoureux et la neige, elle connaissait bien certains sentiers balisés et ce jour-là, elle avait enfourché ses skis de fond pour profiter des rayons de soleil du matin et faire une grande randonnée en solitaire avec le sac à dos et du ravitaillement, sans oublier le portable en cas de besoin!

ka02 Elle partit le cœur léger, les premiers kilomètres furent un enchantement elle croisa des tétras qui ne semblaient pas gênés par elle plus que cela, un petit renard roux qui courait après quelque repas, et des oiseaux  au-dessus de sa tête comme pour l’accompagner…Elle trouva une souche et décida de s’installer pour se restaurer et boire un peu, faire quelques photos aussi dont de jolis perce-neige.

ka03 Le soleil  sur la neige faisait des rigoles d’eau fondue qui dévalaient la pente partout dans la montagne comme si l’hiver allait bientôt finir, mais en levant la tête pour regarder un oiseau qui poussait des cris semblables à ceux d’un aigle, Eva vit le ciel dans le lointain qui prenait une mauvaise tournure, oui en montagne il faut se méfier le temps change à une grande vitesse, elle ferma son sac à dos chaussa à nouveau ses skis et repartit résolue à rentrer assez vite, mais il lui restait quelques kms à faire !

En chemin le temps se gâta vite, la brume l’entourait désormais de manière totale, elle prit peur et accéléra, elle n’avait dit à personne sa position et son trajet, d’ailleurs personne ne l’attendait, du coup elle se rassura en pensant qu’elle ne pouvait inquiéter qui que ce soit !

A un carrefour elle ne distinguait plus son chemin la neige s’était mise à tomber drue accentuant le manque de visibilité totale, elle crut que le bon sentier était à gauche, oui à gauche et elle dévala la pente le plus vite possible, ses skis faisaient un bruit feutré, plus le moindre animal sur sa route,  ils avaient eu la belle idée de se mettre aux abris.

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Elle reprit une piste, et là elle eut le sentiment total d’être perdue.

Dans la montagne, elle prit son portable en main, mais téléphoner à qui pour dire quoi ? Elle ne savait même pas le nom des sentiers ni où elle était  et pas d’icône de réseau !!!!

-« Restons calme ! Réfléchissons ! J’ai à boire et à manger je suis bien vêtue, il fait encore un peu jour, même si je suis dans du coton, en avançant droit devant moi je dois bien revenir au sentier du village »

Elle avait déjà deux heures de trajet dans les mollets depuis sa pause casse-croûte et le temps ne faisait qu’empirer, elle était perdue !

Elle entendit un martèlement sourd venant de loin : «  quelqu’un vit par-là, j’y vais ! »

En effet au bout de 15 minutes de ski elle arriva devant un chalet éclairé et les bruits de marteau cette fois étaient nets. Elle comprit au décor qu’elle était arrivée chez le maréchal-ferrant des « trois fers à cheval » le seul pour tout ce côté des Vosges, il y avait plus loin un endroit avec des chevaux qui faisaient faire des randonnées aux  touristes en toutes saisons, sauf l’hiver! Le Maréchal Ferrant avait de quoi s’occuper car en plus il gardait des chevaux des gens qui avaient des résidences secondaires.

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Il était occupé avec un cheval car elle entendit les hennissements, Eva fut soulagée de trouver âme qui vive. Elle se déchaussa de ses skis et entra dans l’atelier de l’homme occupé sur la bête.

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-« Bonjour dit-elle, je me suis perdue, j’étais en randonnée à ski, ce matin il faisait si beau et je me suis trompée de chemin avec la tempête de neige qui s’est levée je suis si heureuse de vous trouver »

-«On voit bien que vous n’êtes pas d’ici vous, car le soleil c’est une chose mais il faut observer la forme des nuages et regarder le météo avant de s’engager en montagne, vous avez de la chance d’avoir pris ce sentier car en prenant l’autre versant vous seriez en Alsace ou vous auriez pu passer la nuit en montagne, femme  imprudente entrez au chalet c’est ouvert, j’arrive, je finis avec ce cheval »

Eva ne se le fit pas dire deux fois, cet homme lui donnait confiance, un être un peu bourru certes mais hospitalier, un peu ours mais en montagne, ça va avec le décor se dit-elle.

Elle se délesta des chaussures de ski dehors et mis son parka à sécher sur la rambarde, et entra en chaussettes plus avant  dans le chalet, il était très beau, impeccablement rangé ! Elle en fut agréablement étonnée sans doute Madame la Maréchal avait du goût c’est sûr !

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Elle attendit. Au bout d’une demi-heure il arriva

Elle vit tout d’abord son beau sourire, et ses yeux amusés qui la regardaient, des yeux marron comme les châtaignes  qu’elle ramassait dans ses nombreuses balades.

-« Vous allez être obligée de rester ici ce soir, j’aurai pu vous ramener chez vous sans cette tempête, mais là, même en moto neige ce ne serait pas prudent on ne voit plus les balises, et il est impossible de circuler sur cette neige molle, qui n’arrêtes pas de s’accumuler si vous voulez téléphoner à quelqu’un vous avez une ligne fixe car le portable ne passe pas ici il n’y a pas de réseau !

-« Non je n’ai personne à prévenir dit-elle je vis seule j’ai acheté un chalet il y a six mois à mon retour des Bermudes, je suis installée là définitivement, mais je vois que j’ai beaucoup à apprendre encore de la montagne »

Il la regarda d’un air navré !

-«Ne craignez rien, je suis connu ici, je suis né ici, vous allez passer la nuit dans la chambre d’amis et demain nous verrons quoi faire selon la météo, détendez-vous, voici la salle de bain si vous voulez, et ici vous trouverez serviettes et  tout ce dont vous avez besoin, je n’ai pas d’habits de femme  je vis seul, mais je vais vous passer un tee-shirt et un pull vous ferez avec ! »

Pendant qu’elle se séchait elle entendit de bruits d’assiettes et de casseroles. Mais oui il préparait à manger.

Lorsqu’elle revint à la salle commune avec ses vêtements, il s’esclaffa car la taille n’était pas du tout au gabarit d’Eva, mais il  lui dit

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-« Ce pull bleu vous va à ravir, nous allons manger, nous parlerons devant un bon feu de cheminée et demain il fera jour nous aviserons, ce programme vous convient. » ?

-« Parfait dit-elle mais je vous dédommagerai pour le dérangement dès que je serai de retour »

-« voyons! Il n’en est pas question vous ne savez pas que vous me faites offense le sens de l’hospitalité en montagne est primordial et nul ici ne renverrait un promeneur égaré, raison de plus lorsque c’est une si jolie femme que vous ! »

Ils parlèrent d’eux jusque 1h du matin, il avait un stock de fers à cheval et Eva qui était artiste savait déjà quoi en faire, il approuva….. Mais les yeux d’Eva se fermaient, alors il lui souhaita bonne nuit.

Elle se coucha rapidement et s’écroula sur le lit moelleux, les draps écossais étaient propres et sentaient bon, elle s’endormit de suite.

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Lorsqu’elle ouvrit un œil, ses longs cheveux blonds épars sur l’oreiller, elle se demanda où elle était ?  Et elle se souvint, elle regarda sa montre !10 h ! mince ! Elle avait dormi comme une souche avec les km à ski.  Son petit déjeuner l’attendait avec un petit mot de Joachim lui disant qu’il allait à son atelier et que dès qu’elle serait prête, qu’elle vienne le rejoindre .

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Elle déjeuna de bon cœur il avait pensé à tout, les confitures maison, le pain de campagne, le beurre de baratte !! Le bonheur ! Mais en mettant le nez au carreau Eva s’aperçut que la tempête non seulement n’était pas levée mais que les congères de neige recouvraient tout le chalet versant est, et que la visibilité était nulle, la neige tombait sans discontinuer.

Elle se gratta la tête et se demanda : «  quand vais-je repartir ? »

 

Une fois habillée elle alla le rejoindre à son atelier et le vit torse nu devant le feu des fers à cheval qu’il tordait avec une force incroyable et là elle le trouva magnifique de puissance et de virilité ! Son sang ne fit qu’un tour, il ne la vit pas trop occupé avec ses fers rougis, elle attendit un bon moment qu’il ait fini de frapper le fer pour se racler la gorge !

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-« Joachim Bonjour ! J’ai très bien dormi, merci, et merci pour le petit-déjeuner, désolée de ma lever si tard mais le ski et la fatigue ont eu raison de moi, pensez-vous que je puisse repartir aujourd’hui ? »

-«  je crains que non, j’ai téléphoné ce matin à des amis gendarmes ils ne conseillent aucun déplacement avant 5 jours au moins, j’ai signalé votre présence ici, et ils m’ont demandé votre identité je l’ai décliné, vous voilà prisonnière 5 jours !! Ne vous inquiétez pas, on va s’arranger, j’ai assez de provisions et de tout, du pain congelé, nous tiendrons ! Au fait je vous montre le stock de fers à cheval et si vous pouvez en faire quelque chose, le feu est rougi, je suis là et libre 5 jours Eva, rien que pour vous ! »

La suite de cette histoire, voilà ce qu’ils firent ensemble les 5 jours.

ka12 Des sculptures qu’elle vendit à une galerie

Et même un jeu pour les soirées d’hiver ! ka13

La suite au prochain défi (moi aussi j’ai mon feuilleton de l’été !!! (lol))

12 juillet 2014

La brouette sur le toit. (Fairywen)

 

 

La brouette sur le toit.

 

« Gaspard ! Regarde, mais regarde … !

-Quoi ENCORE, Fred ?

-Là, en bas, sur le toit des voisins… Mais regaaaaaaaaaaaaaaaarde, quoi !

-Fred, tu m’ennuies.

-Mais enfin regarde, je te dis… !

-Fred, tu sais bien que tant que je n’ai pas pris mon petit déjeuner, je n’aime pas qu’on me casse les serres…

-Mais Gaspard, ils ont mis une brouette sur le toit !

-Et tu crois que c’est ça qui va révolutionner les courants ascendants ?

-Mais Gaspard…

-Fred, tu commences à me courir sur les rémiges…

-Mais enfin, Gaspard, une brouette sur le toit… !

-Tu sais où tu peux te la mettre, ta brouette, Fred ?

-Enfin, quoi, il faut être dingue, pour mettre une brouette sur le toit !

-Fred…

-Bon, d’accord, moi j’dis ça, j’dis rien, mais quand même…

-Fred…

-Tu ne peux pas nier qu’ils sont bizarres, quand même, les voisins… Une brouette sur le toit… Non mais je te demande un peu… »

 

Fred ne vit rien venir lorsque Gaspard, exaspéré, plongea sur lui à près de 400 km/heure et le heurta brutalement. Assommé, il s’étala sur la brouette, allergique aux bavards (d’ailleurs, c’était pour ça qu’elle était montée sur le toit durant la nuit : pour échapper aux bavards), et qui se chargea de l’achever. Enfin débarrassé de l’insupportable péroreur, Gaspard s’éleva paresseusement par le premier courant ascendant qu’il croisa, plus haut, toujours plus haut, son œil de faucon à la recherche de ce petit déjeuner qu’il allait pouvoir déguster dans la tranquillité retrouvée de ce samedi de juillet.

 

Quelques jours plus tard, en repassant au-dessus de la brouette, il y aperçut un Fred empaillé, avec un air féroce que cet ahuri de faucon n’avait jamais eu de son vivant, surtout, surtout, silencieux malgré son bec grand ouvert…

 

Défi 306 du samedi 5 juillet 2014

 

 

12 juillet 2014

Cartes postales : Chapitre premier (par joye)

Chapitre premier : La charrette fleurie à Annecy

Amanda sirota son thé noir, triomphante.
Enfin, après tant d’années, elle se retrouvait assise à la terrace du café St-Antoine, Place Notre Dame, Annecy ! En écrivant encore une carte postale pour quelques amis aux States, la petite rousse aux yeux verts réfléchissait au miracle époustouflant qui l’avait ramenée vers l’Europe. Elle se rappelait bien de la voix de l’avocat, lui qui semblait aussi étonné qu’Amanda à la perspective de ce grand héritage qui allait lui permettre de réaliser tous ses rêves - jusqu’alors furtifs - de voyage.
L’ancienne étudiante de littérature française avait tout naturellement retrouvé la France, et plus précisément, Annecy. En fait, en voyant le lac pour la première fois devant elle, Amanda avait commencé à larmoyer. Les larmes coulaient sur ses joues pales. Elle ne voulait plus que le temps suspende son vol, elle se dit qu’elle s’y noierait joyeusement dans son bleu profond et mystérieux…
La dernière carte postale dans sa main était l’image d’une vieille charrette fleurie, un peu kitsch. D’un coup, mais sans trop savoir pourquoi, Amanda décida de ne pas l’envoyer. Celle-là, elle la garderait pour elle-même.
Elle s’essuya la bouche et était en train de chercher quelques pièces pour régler sa consommation quand le garçon passa lui demander si c’était bien elle, Amanda Perry, l’Américaine ?
Elle sourit. Grâce à sa coloration frappante, on se trompait très rarement de son identité.
-    Oui, c’est bien moi, monsieur. Que puis-je pour vous ?
-    Le patron m’a dit de vous donner ceci et aussi de vous dire que votre thé est déjà réglé.
Il sortit un petit papier gris de la poche de sa veste noire et repartit rapidement.
Intriguée, Amanda attendit qu’il s’éloigne avant de déplier le papier, où elle lut :

danger

12 juillet 2014

Participation de Nhand

LE JEU DES SEPT PAYS

 

Jean s'en revint affolé de la boîte aux lettres, tenant dans une main un énième de ces clichés énigmatiques régulièrement reçus depuis plusieurs semaines, et dans l'autre, l'enveloppe qui l'avait contenu, ouverte sur le dessus.

- Ça continue !
- Quoi donc ?
- Regarde !
- Ah... Quel pays, cette fois ?
- Suisse.
- Amusant...
- Inquiétant, tu veux dire !
- Oh, te mets pas dans des états pareils, c'est jamais qu'une photo...

Colette, assise au coin du feu, ponctua sa phrase d'un ricanement avant de se replonger dans ses côtes piquées – elle confectionnait un gilet pour le futur bébé de leur cadette, dont la naissance était imminente.

- Evidemment, tu t'en contrefous...
- Qu'est-ce que tu veux, porter plainte pour harcèlement photographique ? Vas-y, si tu as du temps à gaspiller, la gendarmerie est au bout de la rue !

Passablement irrité par l'attitude de son épouse blasée, Jean tourna les talons en direction du bureau, une pièce en vérité fourre-tout attenant à la salle à manger, sur un pan de mur de laquelle il avait punaisé les six précédentes cartes postales de ce genre particulier.

Il ne s'agissait pas à proprement parler de cartes postales au sens classique du terme. Elles en présentaient quelques caractéristiques mais nul besoin de se nommer Castle pour deviner que toutes étaient sorties d'une imprimante domestique : chacune montrait une image sur le recto d'un morceau de vulgaire papier découpé aux ciseaux, avec inscrit dessus un indice se rapportant à un pays, rien au verso, et, chose étrange, elles avaient toutes été expédiées depuis Chatou, en région parisienne – le cachet de la poste faisant foi ; après l'Albanie, le Monténégro, la Bosnie, la Croatie, la Slovénie, l'Autriche, voici donc venir le tour de la Suisse, sous la forme d'une charrette transformée en jardinière, montée sur la devanture d'un chalet.

 

Défi#306


Jean eut beau fouiller dans sa mémoire, il ne connaissait personne à Chatou. Qui pouvait bien se cacher derrière cette farce ? Quel en était le but ? Certain qu'il ne trouverait pas la réponse aussi facilement, il se contenta d'accrocher cette septième illustration à côté des autres et retourna vaquer à ses occupations.

 

Dix-sept jours plus tard...

 

En ce dimanche de février, Jean et Colette recevaient à déjeuner leurs trois filles, leurs trois gendres, leur cinq petits-enfants – dont Jules, qui venait d'agrandir la famille –, une vieille cousine, la voisine et son mari ainsi que deux couples d'amis, à l'occasion de leur anniversaire de mariage.
Entre le fromage et le dessert, l'époux de leur aînée se leva de sa chaise, réclama le silence en faisant tinter sa coupe en cristal sous quelques coups de petite cuillère et se lança dans un discours :

- Jean, Colette, on est heureux de partager aujourd'hui avec vous ce délicieux et copieux repas célébrant votre quarante-neuvième année de mariage. Quand je pense que je n'en suis qu'à onze et demie, ça laisse rêveur...
- On te souhaite d'atteindre les noces de chêne, Christophe !
- C'est gentil, mais avec tous les excès que j'inflige à mon organisme, je crains de tirer ma révérence bien avant.
- Tu as arrêté de fumer, c'est un bon début...
- Certes. Mais on est pas là pour parler de moi. Je referme donc la parenthèse. Si on évoquait plutôt les choses sérieuses...
- Oh la la, attention !
- Colette, j'ai ouï-dire que tu avais souhaité remplacer ton antique machine à coudre, qui date de l'entre-deux-guerres, par un exemplaire dernier cri...
- Tu as été correctement renseigné !
- Et toi, Jean, que tu fantasmais sur une certaine tondeuse à gazon...
- L'autoportée à éjection arrière McCulloch Crossmower M105-77XC.
- Pas la moins chère, en plus !
- Oh non, en matière de camelote, j'ai assez donné...
- Eh bien... Vous voilà récompensés !
- C'est vrai ? Il ne fallait pas, c'est de la folie.
- Tu as raison, Colette, c'était tellement de la folie, qu'on a laissé tomber. On s'est rabattu sur un modeste petit chèque.
- Il n'y a pas de petit cadeau, si c'est offert avec le cœur.

Christophe tira de la poche de son pantalon une enveloppe, qu'il tendit à sa belle-mère.

- Je précise que c'est pas un chèque en blanc...
- Oh, c'est déjà beaucoup, merci à tous.
- Ouvre d'abord, avant de nous remercier.
- Je suis sûre que vous nous avez trop gâtés...
- Toutes les personnes ici présentes ont participé et fait de leur mieux pour que le montant total ne soit pas trop ridicule.

Colette décacheta l'enveloppe avec soin et doigté. Elle jeta un œil à l'intérieur, puis, visa son gendre avec amusement...

- Tu es certain d'avoir dit la vérité, Christophe ?
- Ah, pourquoi ce doute ?
- Ça n'a pas vraiment l'air d'être un chèque...

Elle déplia une feuille de papier A4. Son sourire se figea. Son regard perplexe croisa celui de Jean, tandis qu'elle lui tendait la chose. A son tour, ce dernier, éberlué, marqua un silence éloquent. L'un et l'autre reconnurent instantanément, imprimées sur cette feuille, les sept mêmes images qu'ils avaient progressivement reçues par courrier.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Vous aimez jouer, d'habitude. Alors, vous avez trouvé la solution ?
- Vous étiez tous de mèche, derrière tout ça ?
- Affirmatif. Mais maintenant, il s'agit de décrypter le message.

Jean et Colette se regardèrent à nouveau. Ils n'osaient pas formuler ce que leurs imaginations respectives venaient de leur souffler.

- Allez, je vous donne un indice : sept fois sept font quarante-neuf.
- C'est pas un voyage, quand même !
- Eh bien... Bravo, Colette, en plein dans le mille, félicitations et joyeux anniversaire !

Le couple de septuagénaires, incrédule, oscillant entre larmes de joie et confusion, n'aurait jamais pu espérer meilleur cadeau – original, audacieux et onéreux de surcroît – de la part de ses proches. Albanie, Monténégro, Bosnie, Croatie, Slovénie, Autriche, Suisse, telles étaient donc les sept étapes du périple qui l'attendait. Une escale d'une semaine à chaque fois, pour un total de quarante-neuf jours, voilà une bien jolie façon de fêter l'événement et rattraper la lune de miel qu'il n'avait pas pu se payer en mille-neuf-cent-soixante-cinq.

- C'est plus que de la folie, c'est trop, vous êtes des malades !
- L'un de vous a gagné à l'Euromillions ou quoi !
- On aurait aimé, on serait parti tous ensemble...

Jean, soucieux de tout comprendre des dessous de la surprise, posa une ultime question :

- Qui s'est déplacé exprès jusqu'à Chatou pour nous envoyer ces photos ?
- Personne.
- Non mais sérieusement ?
- En fait, je les postais à l'un de mes amis qui y vit, il se chargeait de les glisser dans des nouvelles enveloppes avant de les réexpédier à votre adresse, tout simplement...
- Bande de malins que vous êtes !
- Ah ça, vous nous avez eus...
- Il fallait bien brouiller les pistes, pour que le jeu soit plus piquant.
- Vous savez que Jean était à deux doigt de la crise de nerfs ? Un peu plus, et il allait trouver les gendarmes !

Un fou rire général fit tressaillir le petit Jules, qui, lové dans les bras de sa mère, prenait sa tétée.

Le repas se poursuivit tard dans l'après-midi. Les fauteuils furent déplacés pour un bal improvisé au cœur du salon.
Jean et Colette n'oublieraient pas de sitôt les émotions de cette journée mémorable ; pour la première fois de toute leur vie commune, ils s'aventureraient hors des frontières de l'hexagone.

 

Nhand

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Le défi du samedi
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