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Le défi du samedi
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26 avril 2014

Mes débuts dans l'existence : lipogramme en c cédille (Joe Krapov)

Cette Vénus, là, dans la vitrine, ce n’est pas une vanité. Mais c’est aussi violent. Pour un peu, à sa vue, Violette vacillerait. La vache ! A quelle vitesse la vie va ! Quel voyage spatio-temporel en vérité !

Car c’est bien elle qui est représentée, pratiquement nue, de dos, en train de regarder via le miroir sans tain ce qui se passe dans la chambre d’à côté. C’est elle, dans un bordel de la rue Chabanais, à l’époque où, toute jeune encore, elle vivait de ses charmes. Ce client-là, elle s’en souvient, était un drôle d’excentrique. Un rapin, comme on disait alors, un peintre à veste en velours verte, chapeau rond et lavallière. Il avait monnayé avec la sous-maîtresse, au tarif de plusieurs passes, le droit de remplacer la partie de jambes en l’air par deux ou trois séances de pose dans ce décor particulier. Un comportement peu académique en vérité, mais quand il paie, le client est roi. En même temps, bon camarade, peu exigeant, même pas émoustillé, tout appliqué à donner des coups de pinceau pour peindre une femme à poil par-dessus la vieille croûte.

 

AEV 2014 04 22 Doisneau regard oblique II

 

Car à l’issue de la première séance Violette avait demandé à voir la tournure que prenait le chef-d’œuvre. L’homme avait souri et lui avait dit de s’approcher. Elle avait surtout regardé son fessier, qu’elle n’imaginait pas aussi charnu et elle avait noté que le peintre à lavallière n’avait pas posé une toile vierge sur son châssis pour peindre le sien mais qu’il peignait par-dessus une autre toile.

Aujourd’hui, elle ne se souvient plus de ce que représentait le tableau original. Tant de temps avait passé, elle avait vampé tant de voyous et de voyeurs avant de décrocher et de se ranger des voitures une fois qu’elle eut rencontré Victor. Hélas, ce militaire va-t-en-guerre, rencontré au lendemain de la première guerre mondiale, n’était pas revenu vivant de la seconde. A la fin de cette grande vadrouille, Violette était devenue pour tout le quartier « la veuve du colonel ».

Fort heureusement pour elle il avait du bien, n’avait pas beaucoup de famille et ils avaient validé leur union en passant devant monsieur le maire. Elle avait donc hérité de son grand appartement et de toutes ses valeurs.

Elle resta bien cinq longues minutes à visionner encore le nu aux bas bleus, à repenser au peintre à veste verte, à ouvrir des mirettes vertigineusement admiratives devant cette « Chute des reins près du rocher de la Lorelei, anonyme, 1919 » puis elle sortit de sa torpeur et entra dans la boutique, faisant retentir un carillon assourdissant. Il y avait là un client avec une casquette et un appareil photographique, un petit gars à tête de titi parisien, visiblement gêné de la voir surgir, comme pris en faute. Le vendeur délaissa le jeune homme et s’approcha d’elle.

- Que puis-je pour votre service, madame ?
- Le tableau, là, dans la vitrine… Vous le vendez combien ?
- Trois cent cinquante mille francs.
- Je le prends. Vous trouverez mes coordonnées sur cette carte.

Elle lui tendit une carte de visite sur laquelle on pouvait lire « Mme la colonelle Violette Lavictoire, 6, rue Vavin, Paris 6e arrt ». De son sac à main, elle sortit la somme en liquide et régla l’antiquaire.

- Vous me le ferez livrer cet après-midi par ce charmant monsieur qui doit être votre coursier, j’imagine !"

Elle examina le jeune gars de pied en cap et lui dit :

- Il va falloir vous remplumer, mon moineau ! La guerre est finie et j’aime les jeunes gens bien en chair !"

Elle prit congé là-dessus. Le carillon rejoua son « Concerto en raie des fesses majeure pour quelque chose qui cloche, une porte et un soupir».
Le soupir de soulagement, ce fut le photographe cachottier du « Regard oblique » qui l’interpréta. Ce n’était autre que Robert Doisneau.

 

AEV 2014 04 22 FIN

 

Oui, l’histoire s’arrête là.

Oui, je devine que cela vous dérange.

Oui, je me doute bien que cela vous démange.

Oui, je sens bien que vous voudriez savoir ce que la colonelle a fait ou aurait pu faire de ce tableau.

 

Elle aurait pu, précédant en cela Jacques Lacan, installer son portrait derrière un rideau noir pour se réjouir de sa contemplation dans ces moments de solitude où l’on a besoin de s’adonner au narcissisme et où l’on a plaisir à se dire  : « Je possède « L’origine de monde » de Courbet » ou « C’est moi qui ai eu le plus beau derrière de Paris ! ».

Elle aurait pu aussi y mettre le feu pour que personne n’apprenne jamais, parmi ses amies du directoire de l’Institution des demoiselles de la Légion d’honneur, les circonstances dans lesquelles elle avait connu feu le colonel qui aimait à se faire fouetter par une femme à bas bleus comme était sa maman.

Elle aurait pu faire appel à un détective privé, lui expliquer que « là-dessous, voyez-vous, il y a une autre toile et j’aimerais bien que vous me disiez si, en 1918, il n’y a pas eu un vol de tableau important, une toile de grand maître qu’on aurait dérobée et jamais retrouvée depuis. Et si vous pouvez faire expertiser la toile par un expert du Louvre… ».

Oui, certes elle aurait pu faire cela. Et l’expert aurait découvert…

…tout comme moi…

… qu’il est 19 h 59, que la séance d’atelier d’écriture de Villejean est terminée et que je dois poser mon stylo pour lire mon texte puis écouter ravi la lecture de ceux des autres ! Et ces autres, dites-vous bien que je ne veux pas savoir comment elles ont débuté dans la vie ! Si je l’apprenais, comme tout ce texte est un lipogramme en « c cédille », je crois que je serais décu !

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26 avril 2014

Portrait d'une excentrique (bongopinot)

Tu étais une dame extravagante

jusqu'au bout de tes mains gantées,

Extra, comme une vague qui hante

Les surfeurs glissants sur une vague tant rêvée.

 

En somme, un curieux personnage,

Héritage d'histoires inusitées.

Aujourd'hui je veux te rendre hommage

A toi, l'amuseuse pas toujours amusée                                           

bo01

 Ton look un peu loufoque, Dame formidable.

Pour les autres, tes tenues étaient bizarres,

Tes chapeaux avaient des allures improbables

Et tes chaussures clignotaient tel un phare.

bo02                                                        

Pour vivre ainsi à la campagne, dans un petit village

Où les gens de peu, t'appelaient : La  marginale

Où on t'ignorait et te dévisageait ! "quel dommage"

A ton passage les gens, se moquaient, et, un jour pour toi ce fût fatal

 

Pourtant à mes yeux, moi, qui étais ton contraire

Tu étais l'odyssée d'une rencontre étonnante

A chaque fête, à chacun de tes anniversaires,

Je venais passer une journée avec toi, tu étais si aimante,

 

Tendre, un peu naïve, si chaleureuse,

Originale, un peu déjantée , aimant le chant lyrique   

Et un jour tu t'es envolée la vie sans toi est douloureuse

Tu me manqueras belle marquise  "Ma Dame Excentrique"

 

Auprès de toi, j'ai tant appris,

Sur moi, sur les autres.

Sur ce qui fait la vie,

Sur l'amitié... la notre !

 

ADIEU MA BELLE EXCENTRIQUE

 

26 avril 2014

Enervant, hein ? (Walrus)

Eccentric_animation

bielle_manivelle

 

Pourquoi, me direz-vous, nous montrer deux foix la même chose ?

Là, je vous dis "STOP !". Faudrait d'abord s'entendre sur cette chose qui serait la même.

Passons sur les détails de la représentation : couleurs, perspective, fond, vitesse, débattement. Que reste-t-il alors qui soit identique ?

La transformation d'un mouvement de rotation en mouvement de translation.

... ou l'inverse !

Les deux extrémités, somme toute, de la machine à coudre où la translation de la pointe du pied de la couturière fait tourner une roue qui transmet son mouvement à une autre au moyen d'une courroie, cette autre  en entraînant d'autres qui finissent par transformer leur rotation en mouvement de va-et-vient de l'aiguille, mais le miracle se déroule dans un carter (mais non, pas le marchand de cacahuétes) qui nous prive de ce fascinant spectacle.

Si vous vous demandiez pourquoi, dès lors que cette machinerie transforme au bout du compte un mouvement de va et vient en un autre parallèle, on n'a pas fixé directement l'aiguille au pied de la couturière, je vous répondrais que l'opération de couture se serait alors déroulée trop loin des yeux, ce qui aurait nui à la vision autant qu'au dos de l'opératrice, plus quelques détails insignifiants cachés par le carter de tout-à-l'heure, tels que l'avancement du tissu sous le pied de biche et la fourniture du contre-fil par la canette.

Tant qu'à faire, puisque nous parlons canette, prenons donc le temps d'une petit bière avant de quitter cet aparté et de reprendre le fil (si j'ose dire) de l'exposé.

La façon de réaliser la transformation d'un mouvement dans l'autre (quel que soit par ailleurs le mouvement primaire que vous pouvez aussi appeler "moteur") varie néanmoins d'un schéma à l'autre.

Considérons si vous le voulez bien les axes de rotation des deux systèmes.

Sur le premier est fixé un disque dont le centre est décalé par rapport à l'axe de rotation, cela s'appelle "un excentrique" et son pourtour constitue la base interne d'un roulement à billes dont la partie externe se trouve être la tête de la bielle (représentée en brun) qui transmet le mouvement de translation au piston.

Sur le second, un deuxième axe est fixé de manière excentrée sur un support mû par le premier, c'est sur ce second axe que vient s'articuler la tête de bielle (de couleur jaune ici) cela s'appelle "une manivelle".

Le résultat obtenu dans les deux cas est absolument identique, vous aviez raison (encore que...), et l'enchaînement mécanique parfaitement logique. Quelle excentricité, en dehors de la mienne, pourrions-nous bien trouver à tout cela ?

26 avril 2014

L'Aragonaise (Epamine)

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♫A chanter à tue-tête sur l'air de Boby Lapointe "Aragon et Castille"

Au pays lointain d´Aragon
Il y avait une étrange fille
Qui aimait porter des jupons
Et 'spadrilles.
Au pays voisin d'la Castille
Il y avait la soeur d'un garçon
Qui portait de jolies mantilles
En linon.

Moi,  je l'ai toujours trouvée très bizarre
C'te fille-là
Avec ses drôles de tenues incongrues
Dans la rue
Coiffure à la Marge Simpson
Pas folichonne
Une mouche et une fraise-collerette
C'que ça fait bête
Les fraises, les mouches, ça se colle pas partout
Quelle horreur!
Mais rev'nons à la folie des grandeurs

Refrain

Pour se prom'ner, faut bien choisir ses fringues
Elle est dingue
Faut pas porter des trucs d'une autre époque
Ça fait vioque
Et comme portable, pas d'éventail
Même en écaille
Et pas d'fleurette dans les bouclettes
T'as vu sa tête!
Les modes se suivent et faut suivre la mode
C'est tant pis
A ce propos rev'nons à nos folies.

Refrain

Mais le denim ça n'est pas le linon
Ah ! mais non
Et le linon ça n'est pas le denim
Même à Nîmes
Il doit bien y'avoir une raison
Explications
Ces vieux costumes sur De Funès
Faut qu'on les laisse
Car si c'est Louis qui est le monseignor
Il est l'or
A propos d'or, chantons jusqu'à samedi ...

Refrain

19 avril 2014

defi minuscule mais d'importance ! (Sebarjo)

L’œuvre minuscule de monsieur Legrand

ou

Opuscule d'un Géant

 

 

oeuvre minuscule m legrand

 

 

Pour finir – et ça c'est un début original – Esther Minus demanda à Monsieur Legrand de lui écrire une œuvre totale et miniature qui tiendrait sur une page A4, sérieusement pliée en quatre. Elle voulait une oeuvre à taille humaine et d'un nouveau genre, que l'on pourrait appeler non pas mineure ni même majeure mais intégrule. Ce qu'il fit pour rendre honnule à sa grandule, sans stupules et sans scrupeurs, sans compter les hules de labules, sans jeter un seul oeil sur les pendeurs moqûles, devenant ainsi un somnambeur rêvule et  un noctambeur à flule de peau. Ce n'était pas une mince affaire et la tache était immense. Mais pour Esther Minus, et ce, malgré les apparences, Monsieur Legrand ne se perdit pas en route et atteignit son but en composant le minuscule opuscule qui suit, divisé ainsi :

 

Pièce de théâtre en un acte :

 Les Petit

Albert Petit (père), grandiloquent : ça va mon grand ?

Albert Petit (fils), d'une voix à peine audible : petitement.

 

Roman, à la recherche du temps rattrapé :

Du côté de chez Petit

Longtemps Albert Petit se leva de bonheur à petits pas. Chaque petit matin, il demandait haut et fort à son fils qui n'était pas de taille à se lever : Comment ça va mon grand ? Le Petit Petit que le plus grand Petit eut avec Madeleine – tous les deux donc (h)auteurs de ses petits jours - répondait le souffle court un mot interminable qui s'évanouissait avant de s'achever. Comme chaque jour alors, Monsieur Petit lut avec gourmandise sur ses lèvres : petitement. Et avec grandeur, il pensait que ce n'était pas nain porte quoi.

 

Recueil poétique :

Petits Petit

Bonjour minuscule
D'un père à son fils Petit
Un silence immense.

 

Album de chanson :

Petits Petit petits

Petit Petit Petit
Dit Monsieur Petit à son petit
Comment ça va mon grand ?
Le petit de monsieur Petit
Répondit peu fortement :
Petitement


alt : Noomiz

 

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12 avril 2014

Participation de JAK

293 mets ta morphose

 

 

293 telegram et texte

 

Télégramme aux défiants

Stop

Impossible écrire

Cerveau en ébullition

Hôpital d’aliéné prescrit

Après essai d’imiter Ovide

D’Auguste  jusqu’à aujourd’hui

A la semaine prochaine si guérie

 

Jakenjachère

 

*Définition -morphose (n.f.)

Transformation progressive d'une image en une autre par traitement informatique.

29 mars 2014

Abécédaire du temps passé à la fenêtre de la rue Broca (Joe Krapov)

DDS 291 tableau barbe-bleue 2

Barbe

Le peintre en bâtiment qui repeint la maison bleue adossée à la colline de M. le forestier et qui se fait des taches de peinture sur la barbe ne s’étonnera pas de trouver sur son trousseau de clés des taches de gros rouge sang pour sang indélébiles : la tachéite chronique est extrêmement contagieuse. Sa sœur Anne l’en avait averti mais quand son tour est arrivé il n’a rien vu venir.

 

 

 

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Bobinette

Ce verrou d’un genre particulier est connecté à une chevillette que l’on tire depuis l’extérieur de la maison pour faire tomber le bousin et permettre au visiteur d’entrer dans le logis. Vous avouerez que c’est particulièrement stupide comme système d’alarme anti-cambriolage ! Certains loups-bards ne se sont pas privés d’utiliser cette faille sécuritaire afin de pénétrer chez la mère-grand comme Jean Moulin entra ici dans la légende ou comme dans un moulin empli de lettres ce dadais de Daudet fit (du samedi !)

 

  

Tableau Bottes

Botte

Sachant qu’une botte mesure sept lieues de long et deux de large soit 28 km de long et 8 de large ; sachant qu’un petit poucet mesure un pied de long soit 33,33 cm de long et 10 cm de large. Calculez combien de petits poucets on peut allonger dans le fond d’une botte de sept lieues.

Sachant qu’un autocar Illenoo contient 57 places assises, combien l'Association des bûcherons nécessiteux de la Forêt de Rennes aurait-elle dû louer de véhicules pour remplir une botte de sept lieues et abandonner au plus profond de l’étang des Gayeulles des enfants qui coûtaient une fortune en Nutella, en Nintendo et en smartphones ?
Ne cherchez pas, la réponse est 117 906 528 et le dernier bus n’est rempli qu’à moitié !

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Chat : 

Dans « Alice au pays des merveilles », le chat de Cheshire (ou de Chester) disparaît en laissant flotter un sourire derrière lui. C’est devenu depuis un signe du zodiaque et les natifs les plus célèbres en sont Jacques Prévert, Robert Doisneau et Boby Lapointe.

 

 

DDS 291 chèvre

 Chèvre

La chèvre est un animal têtu, naïf et aussi buté du chapeau neuf que la mule l’est du pape. A force de s’adonner à la lecture un peu niaiseuse des « Contes de l’apéro » et des « Récits des frères Grimage » elle a fini par croire que la réintroduction du loup dans les Pyrénées était un bienfait écologique alors qu’il s’agit surtout d’une réintroduction de l’agneau troubleur de breuvage dans la panse dudit loup. De même elle confond le légionnaire et le missionnaire et n’est donc pas en position de deviner ce qui va se passer quand le porteur de képi entre dans son enclos avec sa grande taille, sa beauté virile et son odeur si caractéristique de sable chaud.

 

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Houppe

Il faut être belge comme Tintin ou être étriqué comme Riquet pour porter une houppe : cette coiffure est passée de mode depuis qu’à l’arrière de son yacht on a vu DSK trinquer à la poupe avec Sherlock le friqué à la loupe et Watson qui tendait son briquet à la Boop (Betty).

 

 

 

DDS 291 tableau petit pois 2

Petit pois

En parlant de petit pois, il était une fois une princesse qui s’appelait Nabila. Quoi ? Tu ne la connais pas ? Non mais allô quoi ! Allume ta télé et mate-la !

 

 

 

DDS 291 pomme


Pomme

Alors qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, certains esprits chagrins essaient de nous faire croire que les pommes peuvent quelquefois être empoisonnées. Ils prétendent que le slogan « Mangez des pommes » de Jacques Chirac contenait en germe dans le fruit un petit ver nerveux et gigoteur qu’on appelle « Sarkozy Fan Tutte ». Il s’agit d’une réelle nain-posture : en 1995, le démolisseur du mur de Berlin aujourd’hui rattrapé par la Stasi, plutôt que de soutenir la grande asperge molle, avait pris le parti du M’bala M’bala dur.


sept d'un coup

Sept

Si vous n’arrivez pas à imaginer ce que pouvaient bien fabriquer les sept frères Poucet dans le lit des sept filles de l’ogre, si vous ne savez pas comment Barbe-bleue a épuisé sept femmes, si vous ne voyez pas à quoi Blanche-Neige et les sept nains pouvaient bien jouer quand il y avait une panne d’électricité dans la maison, si les sept péchés capitaux sont inconnus de vous, alors allez-vous faire voir chez les sept samouraïs de la Grèce ! Ce n’est vraiment pas la peine que je me mette en quatre pour vous raconter la guerre de Troie * !

* On ne sait toujours pas d'ailleurs, à l'heure où nous mettons sous presse, si celle ci aura (botte de sept) lieu !

22 mars 2014

Legs au futur (Epamine)

J'ai bien plus de 40 ans. Je suis grise en permanence (pas ronde comme une queue de pelle, non, mais bien grise!). Je suis plutôt large, voire très large, aussi large que haute, en fait. Je suis plate comme une limande. J'ai le corps couvert de pustules (quatre au cm²: si ça, c'est pas la peste bubonique*!), la tête au carré (au cube, si c'est en 3D!) et les traits taillés à coups de serpe. Je joue beaucoup mais je ne fixe pas longtemps ce que je gagne et je suis si discrète qu'on finit toujours par m'oublier sitôt que l'on a fini de se servir de moi.

Mais je m'en moque car je sais que toujours, à chaque fois, on reviendra vers moi malgré ma grise mine et mon air pas-tubulaire !

C'est que, voyez vous, je suis un bien familial, un p'tit bien. Je fais partie de cette collection hétéroclite de trucs dérisoires dont on hérite et qu'on laisse cependant avec émotion à ceux qui nous suivent, en espérant qu'ils ne s'en sépareront jamais. J'appartiens au petit patrimoine de tant de familles au monde que je devrais bien être dans le livre des records...

Peut-être même que je fais partie de votre vie et que vous me mettrez précautionneusement dans un carton lors de votre prochain déménagement...

Voyons voir...

Si vous avez chez vous un petit de 1, un petit de 2, un de 3, un de 4, une barre de 5 ou de 6, un long de 8 ou un plat de 10, il y a de fortes chances que, moi, la grosse grise, je fasse partie de votre patrimoine... Tout comme eux tous, d'ailleurs, si nombreux à se ressembler, toutes générations, couleurs, tailles et origines confondues.

Ils se ressemblent tellement, tous ces petits, malgré leurs différences ! Et moi, leur Terre-mère, leur DS-monde originelle et universelle, la grande plaque legotech(to)nique de l'ère première, celle qui a traversé les âges et les continents, je les regarde, depuis des décennies, s'assembler dans de sages pavages, de délirants échafaudages, de grands palais lunaires ou des fusées interstellaires. Puis ils se désassemblent dans une folle farandole de couleurs, dans un chatoyant mélange de formes et de transparences, dans une joyeuse sarabande de bonshommes et de roues, pour s'assembler de nouveau, l'instant d'après, dans des pyramides invraisemblables et des créatures imaginaires.

Moi, la vieille grande plaque grise et sage, je le sais : qui se ressemble s'assemble! A condition bien sûr, de voir les ressemblances parce que si l'on ne regarde que les différences...

Finalement, c'est un peu comme les humains...

 

Ci-dessous, à regarder pour sourire!

* j'ai la peste légonique !

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Les reconnaissez-vous?

 

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22 mars 2014

Elle et Lui (Fairywen)

 

Elle et Lui.

Ils n’avaient rien en commun. Rien du tout, vraiment.

 

 D’abord, leur sexe. Elle. Lui. Une différence qui avait déjà entraîné des générations d’incompréhension.

 

 Ensuite, l’espèce. Elle, mi-femme, mi-panthère. Lui, cent pour cent humain.

 

Et puis, leur métier. Elle, l’Ombre, la tueuse à gages la plus célèbre de tout l’Univers, l’assassin insaisissable que tous les chasseurs de prime et tous les policiers de toutes les Galaxies rêvaient d’attraper. Lui, le Chasseur, représentant de l’ordre, le meilleur toutes catégories confondues, celui dont le nom faisait trembler les criminels les plus endurcis.

 

Elle et Lui, irréductibles ennemis engagés dans une lutte sans fin. Elle et Lui, chacun à un bout du spectre de la Loi.

 

Elle et Lui, qui s’étaient aimés toute une nuit après avoir échappé de peu à la mort, sur une planète perdue où ils avaient échoué par hasard.

 

Lui qui avait eu le redoutable privilège de caresser la femme et la panthère, Elle qui avait dansé avec la mort pour sauver son pire ennemi.

 

Elle et Lui, que tout opposait, qui toujours se retrouvaient, se défiaient, se poursuivaient, s’esquivaient. Lui qui ne pensait qu’à Elle durant ses longues nuits de traque solitaire, Elle qui ne pensait qu’à Lui lorsqu’elle campait sous les étoiles.

 

Elle et Lui, sauvages, indomptables, redoutables, Ombres de la Nuit, Chasseurs des Ténèbres…

 

Elle et Lui, si différents, vraiment… ?

 

Au fil des mois, l'Ombre et le Chasseur sont devenus des personnages récurrents dans mes historiettes. On peut retrouver les liens vers leurs aventures sur cette page et des photos dans cet album.

 

Défi 290 du samedi 15 mars 2014

15 mars 2014

Un livre dont vous n'êtes pas le héros...sauf si vous êtes un chat (Epamine)

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Yurdagül et Asmar, les jumeaux de la maison, passent presque tout leur temps libre dans le grenier - leur grenier - et je ne sais pas ce qu'ils y font. Les parents y montent parfois avec des cartons et redescendent en faisant des commentaires du genre: "Wouaouh!", "Coooool!", " Génial!"...    Pour moi, c'est bof et charabia!
Pour protéger leur mystérieux trésor des mains du petit dernier, le frère et la soeur ferment soigneusement la porte à clé dès qu'ils quittent le grenier et accrochent la clé (dont le porte-clé est un petit cochon rose à bottes rouges!) à un clou. Tel un sanctuaire, le haut lieu est ainsi protégé non pas par un chaouch mais par un cochon botté, bien à l'abri de tous les dangers.

A l'abri ? Que nenni ! Car ce serait sans compter Attila, le chat ! Attila, ça vous parle? Sanguinaire, sournois, barbare, sans pitié, griffu, les dents acérées, le pelage hérissé à la moindre contrariété, faisant frémir et frissonner tous ceux qui osent l'approcher... Eh bien, Attila, c'est moi! Eu égard à mon caractère belliqueux et à mon attitude toujours martiale, on m'évite et moi, je mène une vie de chat,  de pacha voire de padişah !

Il a, l'Attila-là, croquettes à volonté, eau fraîche, litière propre, balle à grelots, souris pouêt-pouêt, fil et laine et ficelle en pelotes, herbe et arbre à chat, coussin, panier, griffoir... Mais aucun lien tendre avec les bipèdes: pas de caresses, pas de mamours, pas de gratouillis car jamais, jamais, je ne les gratifie du moindre ronron ni ne fais la chattemite. Par vengeance sans doute, ils m'ont accroché un GPS autour du cou, un Gros et Puissant Système d'alerte sonore: une clochette qui ne tintinnabule pas mais qui CARILLONNE! Je me déplace donc toujours nonchalamment pour passer inaperçu...

C'est qu'à part gober les souris après avoir cruellement joué avec elles et faire mes griffes partout sauf sur mon griffoir et de préférence dans de la chair humaine, je n'ai qu'une idée en tête: monter dans le grenier ! Chaque jour, dès potron-minet, je grimpe les escaliers mais la porte est désespérément close. En catimini, quand il n'y a plus un chat dans la maison à part moi, je tente ma chance mais redescends toujours fort chagriné et déçu. Quand les deux sont là-haut, je guette en espérant trouver la porte entrebâillée, bernique! Pourtant chafouin, je n'ai jamais pu, hélas, me glisser furtivement à l'intérieur quand la porte s'ouvre en haut car cela se produit toujours quand je croque mes croquettes en bas...

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Mais aujourd'hui, Rrrôminet, le dieu des chats, est avec moi: quelqu'un a oublié de fermer la fenêtre du grenier...

Souple et agile comme tous les félins, je joue à chat perché et me retrouve vite chat de gouttière puis chat de grenier! Que l'on joue la chaconne d'Amadis, je suis au paradis! Après quelques entrechats deci, delà, pour me sentir vraiment chez moi dans cet endroit, je réalise enfin ce que font les jumeaux dans leur repaire: ils ont construit, pour moi, un grand labyrinthe à chat avec des petits chemins, des cachettes, des ruisseaux, des tunnels et... des trous de souris! Voilà pourquoi ils ne voulaient pas que j'entre: c'est une surprise! Mais maintenant que j'y suis, je vais en profiter... Greffier dans l'âme de père en fils, je suis toujours friand de quelque vile forfaiture sur la famille Trotte-menu. Aussi, je m'installe félinement près d'un chas de mur de belle taille, à l'arche maçonnée de pierres et de carton. Le décor est planté... Je suis prêt à bondir...

J'attends... j'attends... j'attends... Pas de bruit au fond du trou, pas le moindre grignotis, aucune odeur alléchante... Je m'impatiente! Je ne peux rester sur mon quant-à-chat et je fais stupidement tinter ma clarine...

"Je l'entends! Il est là-haut, dans le grenier! s'écrie Asmar. Il est passé par la fenêtre qu'on a laissée ouverte! Zut!! 

- Heureusement que tous nos trains sont arrêtés!" ajoute Yurdagül."

A. Les enfants attrappent le chat. Déduisez 10 points d'endurance de votre feuille d'aventures.  Rendez-vous au 302.

B. Le chat s'échappe par la fenêtre. Ajoutez 10 points d'habileté de votre feuille d'aventures. Rendez-vous au 322.

 ;)

 

1ae3ad20 - Copie

 

 

8 mars 2014

CASTING (Epamine)

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Je m'en doutais... Je n'aurais jamais dû venir!

En entrant tout à l'heure dans l'immense salle, je me suis dit: "Mon pov' Riri, t'es grillé!" Et pour un petit cochon, être grillé, c'est pas bon du tout!...

Mais tant pis! Je suis là et je ne vais pas repartir sans avoir tenté ma chance! Je m'installe donc sur un des sièges encore libres et après avoir enfilé sur mes soies le dossard numéro 100 que l'on m'a remis à l'entrée (qui se trouvait être le dernier!!!!), j'attends mon tour en observant les autres.

Barbe-BleueAppelés par haut-parleur numéro après numéro, tous, sans exception, se présentent fébrilement devant une petite porte rouge située dans un angle de la salle. Au bout de quelques minutes, tous ressortent totalement anéantis, le visage décomposé, les yeux remplis de larmes: la frêle et pâle dame qui tenait le grand portrait d'un homme à la barbe bleue et qui ne cessait de répéter à sa voisine "Anne, ma soeur Anne"; la mystérieuse fille qui planquait sa sublime robe de gala sertie de cristaux Vazyenski sous une minable peau de bête grise sans fourrure; les trois gorets plus ou moins bien fagotés qui faisaient les andouilles; l'espèce de lolita, habillée comme une princesse, guindée dans ses atours amidonnés, qui lorgnait sans ciller le petit pois posé sur l'énorme coussin rouge qu'elle tenait sur ses genoux;  la pauvre gosse en guenilles qui ne portait qu'une seule Louboutin... en verre (ou en vair, j'ai pas bien vu!) et qui roulait une énorme citrouille; la 62, la belle endormie qui a traversé la salle comme une somnambule en tenant du bout des doigts, j'vous l'donne en un mot comme en cent: un fuseau vieux d'au moins cent ans!

snow_white_appleEliminée, la pauvre 68, la jolie brunette au panier de pommes rouges, accompagnée de sept lutins de jardin dont les sourires ont fondu comme neige au soleil à leur retour! Fini pour la gamine blonde et bouclée, la 73, pleurant comme une madeleine dans ses trois bols et pareil pour les deux amoureux éconduits réglant "leur conte" à grands coups de hérisson et de houlette! Idem pour la 82, une petite chipie habillée en rouge de pied en cap(e) et de colère qui s'empiffrait de petit beurre et de galette! Et que dire du majestueux cygne, le pauvre 88, qui hurla en sortant "Ils n'ont pas voulu me croire, boooouuuuhhhh, quand je leur ai dit que j'étais un vilain petit canard..."

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Et je n'en crois pas mes yeux : voilà le numéro 99, le gros matou, le maître chat, le fier félin botté tel un mousquetaire, qui ressort tout penaud, la queue entre les pattes et la moustache plate!

Tous sont éliminés!

"LE NUMERO 100 EST ATTENDU PRES DE LA PETITE PORTE ROUGE. MERCI!"

C'est mon tour... J'ai mon petit baluchon, ma queue en tire-bouchon, mon dossard, du lard mais pas de fard... J'entre par la petite porte rouge...

"Bonjour, présentez-vous!

- Bonjour! J'me présente, je m'appelle Henri, je suis tout petit et j'ai plutôt bon caractère.

- Racontez-nous votre histoire, petit Henri! Nous espérons qu'elle sera plus authentique que les contes à dormir debout des 99 candidats précédents...

- Bon, ben voilà! Il y a quelques semaines, j'étais le gros lot d'une tombola. Pour attirer les foules, à défaut de bottes de paille, on m'a affublé de quatre bottes rouges en caoutchouc pour cacher mes pieds de cochon...Voyez vous-mêmes..." Je sors mes petites bottes de mon baluchon et les enfile sous les yeux étonnés des membres du jury.

"Le gagnant de la tombola a demandé à l'organisateur d'où je venais et, depuis cet instant, je ne sais pas pourquoi, on me craint, on me respecte, on est copain comme cochon avec moi, on me fiche une paix royale. Mon propriétaire m'a finalement appelé Henri. Au début, il pensait à Saint-Antoine mais ça faisait trop cloporte... Il invente et colporte des histoires invraisemblables sur moi et lorsque l'on lui demande s'il compte bientôt me faire griller, il s'offusque, flanque les indélicats à la porte avec fermeté en leur reprochant de ne pas savoir de qui ils parlent puis il vient me cajoler en me disant: "On va en gagner des sous tous les deux, mon petit Henri, c'est moi qui te le dis!" Voilà, c'est tout!"

- Et d'où venez-vous, Henri ?

- De Nevers! Oh! Zut, j'ai mis mes bottes à l'envers!

- De Nevers! Et comment s'appelle votre propriétaire ?

- Monsieur Lagardère!"

Les membres du jury semblent d'abord médusés, me regardent un instant de travers (sans caramel!) puis se regardent amusés, enjoués, réjouis...

" Vous êtes donc une fine lame, Monsieur !

- Vous faites erreur, je ne suis point Monsieur! Je suis Henri, le cochon DE Monsieur Lagardère! Quant à être fine lame, je suis plutôt banal tire-bouchon...

- Sachez Henri, que dans certains cantons, il est mal venu d'appeler un cochon par son nom. On vous donne du Moussu ou du Ministre et on vous considère souvent comme un noble, un vêtu de soie...  Vous avez gagné! Votre histoire nous plaît! Le mystère des quatre bottes de Nevers de Monsieur Henri de Lagardère va faire le tour de la Terre! Et on ne vous fait là aucun tour de cochon..."

Je ne sais si c'est de l'art ou du cochon et je m'en fiche. Une chose est sûre: j'ai la queue qui tire-bouchonne! Et j'espère qu'avant le début du tournage du film, quelqu'un m'expliquera enfin cette histoire de "bottes de Nevers"...

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1 mars 2014

Le doigt et la poudre (Joe Krapov)

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La pirogue glissait rapidement sur l'eau. Ils entrèrent dans un canal qui débouchait de l'autre côté de la rivière. Il était très étroit et l'embarcation y passait de justesse. Ils pointèrent la pirogue vers le canal. Ils avançaient lentement, tête baissée, à cause des branches qui pendaient au-dessus de l'eau. Après avoir fait une centaine de mètres, ils aperçurent le fleuve, négocièrent le virage et prirent la direction de Davenport où ils avaient l’intention de faire escale.


Il y avait là, sur la rive droite du Mississippi, l’auberge de Big John Crosby et l’habitation de Scott Young le trappeur à qui ils livraient eux aussi à l’occasion le produit de leur chasse. Big John n’était plus le même depuis que la rivière avait emporté sa petite Emmylou. Il s’adonnait à l’eau de feu plus que de raison pour y noyer son chagrin. Scott Young était un homme honnête mais les trois Cherokees se demandaient si ses deux fils seraient à la hauteur pour reprendre l’affaire de leur père. Le deuxième surtout n’avait rien de guerrier, frêle, souvent malade lorsqu’il était enfant, avec un regard noir et torturé, toujours fourré dans les bouquins, à lire tout ce qui lui tombait sous la main.


- Qu’est-ce que tu fous, Dragging Canoe ? Tu as failli nous faire chavirer !

- Désolé ! On vire à droite, Sequoyah ! Il y a un bateau en face !
- Qu’est-ce que c’est que cet engin ? Une canonnière ?
- Mettons-nous à couvert sous les lianes et observons.

Regarde m’man, il y a un bateau blanc sur la rivière ! Il a une cheminée rouge, il arbore un drapeau,et il y a un homme sur le pont. Tu f’rais bien d’appeler Big John ! Je n’pense pas que ce raffiot-là vienne pour nous distribuer des lettres ! Il est à moins d’un mile maintenant. J’espère qu’il ne va pas s’arrêter ! Il a des numéros inscrits sur sa coque. Il porte un grand canon et il déplace de grosses vagues !

 

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C’était effectivement un grand bateau blanc, avec une cheminée rouge et un long canon à l’avant. Il remontait silencieusement le fleuve et d’ici trois ou quatre minutes il serait à hauteur des deux bâtiments en rondins de bois de Davenport. Sur le quai, le deuxième fils de Scott avait aperçu lui aussi le navire. Il semblait hésiter sur ce qu’il devait faire. Il cria en direction de quelqu’un à l’intérieur de la maison mais ni son père, ni son grand frère ne sortirent pour le rejoindre. Sans doute étaient-ils partis chasser ou relever leurs pièges ?

Papa est parti et mon frère chasse dans la montagne.

Big John serait-il de bon secours ? Il boit trop depuis qu’Emmylou s’est noyée dans la rivière. Du coup c’est moi qui représente l’autorité mais j’ai bien trop souvent tendance à tergiverser. Je viens juste d’avoir 22 ans. Je me demande bien quoi faire face à ce truc. Et plus elle se rapproche, cette canonnière, plus l’hésitation en moi augmente !

Le gamin entra dans sa demeure et en sortit avec une carabine presque aussi grande que lui. Il demeura en retrait du quai de débarquement, posté derrière un tonneau.

Avec le fusil de mon père entre les mains, je me sens plus rassuré. Papa m’a toujours dit : «Si tu vois rouge mets-toi à courir ! Ne te soucie pas des chiffres ! ». Qu’est-ce qu’il a bien pu vouloir dire ? Quand le premier coup de feu a frappé le quai, j’ai vu arriver mon destin en même temps que la réponse ! J’ai ajusté le fusil tout en me demandant pourquoi je faisais cela, pourquoi ils nous tiraient dessus. Et puis il y a eu un grand trou noir, mon visage a éclaboussé le ciel, et je suis tombé à la renverse.

Il dut y avoir une mésentente de part et d’autre. Ou alors les occupants du navire n’étaient pas des représentants des autorités américaines. Toujours est-il qu’un type en maillot rayé et en casquette tira deux coups de fusil en direction de Davenport. Ses balles ricochèrent sur le quai de débarquement. Qu’est-ce qui se passa dans la tête du gamin ? Il épaula son fusil, mit son doigt sur la gâchette mais avant que la poudre ne parle, une balle mortelle l’atteignit.
Le bateau ne s’est pas arrêté. Quand il est passé près de nous notre canoë s’est soulevé comme poussé par un raz-de-marée puis le fleuve s’est calmé et le troisième d’entre nous, un vieux chaman qui avait pour nom Cheval fou se mit à psalmodier dans notre langue quelque chose qui signifiait :

Eloigne de moi la poudre à fusil, le doigt trop leste ! Empêche-moi d’appuyer sur la gâchette du bâton de feu ! Pense à moi comme à quelqu’un dont tu n’aurais jamais cru qu’il se serait effacé si jeune avec tant de choses non finies, non vécues. Rappelle-toi de mon amour pour toi car déjà tu me manques.

Nous avons traversé le fleuve redevenu calme et nous sommes allés consoler la mère du jeune Neil et Big John qui était enfin sorti de sa taverne en claudiquant. Puis nous avons repris notre route. Ce n’étaient pas nos affaires. Depuis que les visages pâles ont envahi nos vallées et nos prairies, ils sèment la violence, la mort et la désolation autour d’eux. Quelque chose de grand en naîtra, sans soute aucun, mais comme dit Cheval fou : « De transformation en transformation, de paysage en paysage, nul ne sait où conduit le chemin des humains ni ce que nous récolterons sous la lune des moissons. De l’homme mort naîtra la poésie de l’homme qui rêve. Pour celui-là, il faudra simplement qu’il troque son fusil contre une guitare dans sa prochaine vie».

Librement adapté du texte de la chanson "Powderfinger"de Neil Young :

1 mars 2014

Rencontre sous vert (Epamine)

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Après avoir fait une centaine de mètres, ils aperçurent en aval, un espace moins dense sur la rive du canal, une courte entaille dans cette forêt luxuriante et oppressante, un peu comme une petite cicatrice dans la moustache d’un blessé de guerre.

Une… deux… trois amples coulées de bâton dans l'eau jaune dite blanche et les voilà sur la berge !

grumes-de-sciage--Amarillo-(Terminalia-amazonia)--Panama - CopieIls se retrouvaient bien loin de leur village mais les anciens leur avaient dit que c’était le long de ce canal, alors ils avaient navigué jusqu'ici ! Une fois la pirogue amarrée, ils empoignèrent chacun leur petit baluchon et pénétrèrent lentement dans la moite pénombre, toute chargée de l'odeur âcre de l'humus, ici éclairée d'un vol de plumes écarlates, là, illuminée d'un trait de lumière tombant du ciel. Partout, de la canopée aux plantes rampantes, fusaient inlassablement, comme diffusés en boucle, des cris perçants, des sifflets stridents, des craquements et des bourdonnements. Tous trois savaient que la grande forêt sombre est la même partout: mille périls à éviter et mille merveilles à admirer.

PHOc8d0f46e-37e6-11e3-837d-6500372d5a47-805x453Enjambant, escaladant les énormes racines en échafaudages des maîtres du lieu dont ils ne verraient jamais la cime, les trois garçons avançaient prudemment sur le sol meuble grouillant de vie. Un peu comme dans une cathédrale aux piliers vertigineux de hauteur, Chico, Raoni et Kanato veillaient à ne pas déranger l'esprit de la forêt. Religieusement, ils écartaient avec précaution les branches qui gênaient leur passage, frôlaient délicatement les feuillages avec leurs jambes et prenaient soin de ne perturber aucun animal dans ses activités diurnes. Le sang des seringueiros coulait dans les veines des trois garotos et ils savaient ce que leur peuple devait aux arbres. Ils étaient venus jusque là pour retrouver la plante ancestrale qui sauverait leur village et leurs familles… Ils la rapporteraient mais cela ne devait pas nuire à la grande forêt !

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Après avoir marché longtemps, un peu découragés de n'avoir toujours rien trouvé de prometteur à glisser dans leurs baluchons, les trois gamins s'immobilisèrent brutalement! Aucun jaguar ni puma, pas le moindre serpent vert, pas même une impressionnante mygale face à eux! Non! Des voix ! Juste des voix humaines aux sonorités inconnues, des cris enthousisates et des rires clairs qui se mêlaient aux bruits coutumiers de la forêt. Sans échanger le moindre mot mais se comprenant d'un regard, les trois garçons s'approchèrent doucement de l'endroit d'où venaient les voix et quelle ne fut pas leur surprise quand ils virent... une poignée d'hommes enfermés dans une cage et quelques autres s'agitant tout autour. 

cageOublié l'Hevea brasiliensis ! Perdu de vue l'enjeu majeur de leur mission au plus profond de l'immense forêt ! Les gamins intrigués et inquiets à la fois s'approchèrent un peu trop près et finirent pas se faire remarquer. Les hommes prisonniers de la cage comme ceux à l'extérieur leur firent signe d'approcher avec un large sourire amical et quelques mots en tupi...

Curieux, Raoni fut le premier à répondre à l'invitation et à franchir les quelques mètres qui le séparaient de la cage. Ses deux compagnons l'imitèrent bientôt. Dans un chaleureux et vivant mélange de portugais et de tupi, petits et grands expliquèrent les raisons qui les avaient amenés jusque là. Kanato raconta la détresse de leur village et l'inexorable désertion de ses habitants vers la ville. Chico expliqua que ses amis et lui-même avaient défié les vieux sages du village et s'étaient engagés à rapporter des plants sains d'hévéa pour remplacer petit à petit tous les arbres abattus de leur plantation. Des familles entières comptaient sur eux!

Les adultes, quant à eux, présentèrent aux gamins leur projet de film et leur montrèrent quelques photos d'animaux qu'aucun des trois garçons n'avait jamais vus et qu'ils pensaient n'être que des légendes comme le dauphin rose, l'hoatzin huppé, le kinkajou ou le peixe-boi. Le film "Amazonia" devait raconter l'histoire d'un petit singe capucin né en captivité qui se retrouvait perdu dans la forêt amazonienne suite à un accident d'avion... 

Ils parlèrent de leurs univers loin des mondanités, échangèrent sur la nature et ses beautés, partagèrent leurs repas, se firent des confidences sur leur humanité... Le temps passa très vite, au plus profond de la grande forêt, ce soir-là! Après une nuit peuplée de rêves inattendus, d'animaux méconnus et d'avions dans les nues, les trois enfants se réveillèrent les premiers, quittèrent sans un mot le site du tournage et reprirent leur quête, plus déterminés que jamais à préserver leur forêt contre la prédation humaine et le non respect de la vie sauvage. La veille, un des guides leur avait donné une carte qui permit aux garçons de trouver rapidement de jeunes plants de seringueira. Ils les prélevèrent avec délicatesse puis ils retournèrent vers leur pirogue avec leur précieux butin, impatients de tracer un jour prochain les réguliers sillons sur les troncs gigantesques...

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22 février 2014

Suite pour EVP (Sergio)

Je m’étais levé tôt ce matin .Le soir j’avais préparé minutieusement mon matériel, ma canne Orvis (neuf pieds pour soie de cinq) mon moulinet favori, un Vivarelli une soie neuve et un bas de ligne tressé, ma casquette, quelques biscuits, un coca & mon gilet multipoches, jamais lavé contenant tout un tas de fils, boites à mouches, pinces, ciseaux etc. Tout un fourbi plus ou moins utile mais qui a valeur de talisman. Comme tous les pêcheurs, depuis des temps immémoriaux j’exécutais un rite immuable. Départ sous cycle lunaire, adoration matinale du soleil, sacralisation du matériel et port de gri-gri s’imposaient. Sans cela je ne serai pas accepté par la rivière & la pêche serait mauvaise.

J’aimais cet instant ou la nature se réveille ou la lumière revient & nous rassure. A ce moment précis j’étais entré dans la rivière. Dans ce calme paisible  qui fait suite à des passages nerveux, chaotiques où les eaux se chahutent & se bousculent. Dans cette partie plane je faisais le héron, attendant dans une bienheureuse quiétude que l’ensemble m’accepte, non plus comme un pêcheur, un prédateur mais comme une pièce du puzzle & là dans la douce attente, dans le jour naissant j’étais immobile. J’avais toujours fait cela. Je pensais « je suis là depuis un million d’années » Cette pensée me rassurait.

Un craquement, faible mais incongrue en cet instant me fit tourner la tête vers la berge. Il était là. Dans sa tenue camouflage je n’aurai pu le voir. Des éclairs de dysharmonie troublèrent le lieu. Soudain j’eu peur. Personne ne m’avait entendu partir de la maison & je tenais ce lieu secret. Tant d’histoire circulaient sur le fils Borne, additionnées de nos affabulations. Il me sourit & passa son chemin. Je remarquai que lui aussi avait une canne-fouet et marchait avec des waders. Cela me rassura. Je pêchai calmement une partie de la matinée relâchant consciencieusement les belles imprudentes. Je les trouve plus belle dans le courant.

Vers dix heure je sorti de la rivière & me dirigeait vers une petite clairière où un rocher ombragé faisait une halte idéale. Sur de mon territoire j’arrivais sans le remarquer. Il était là, sur mon banc .Je m’arrêtais mais il me fit signe d’approcher, se leva et me tendant la main me dit «  tu ne serais pas Sergio le fils d’Antone L… »J’étais sans voie& bafouillait un OUI haché & peu audible. Il se rassit m’invitant d’un geste à partager ce banc naturel si bien placé. Une longue minute silencieuse s’écoulât.

  • OUI j’en étais sûr. tu ressembles à ton père, comme deux gouttes d’eau.
  • Comme deux gouttes d’eau, on nous le dit souvent.
  • Tu viens souvent ici ?
  • Dès que je peux, le plus souvent possible. J’aime beaucoup cette vallée calme & oubliée.
  • Ah, c’est drôle. J’étais comme toi, à ton âge mais nous pêchions au toc & nous avions un matériel plus rustique. Tu es bien équipé, dis donc ! et tu pêches à la mouche. C’est nouveau dans la vallée.
  • Environ dix ou quinze ans, dès que les usines ont fermé et que la station d’épuration a été mise en service des truites ont été réinstallées & la communauté de communes a pris en charge le nettoyage des cours d’eau. C’est comme cela, avec l’école que j’ai participé à cette tache & ai découvert ces endroits puis la pêche à la mouche. Mon instituteur m’a refilé ce virus. Ma mère dit que je suis piqué. Et vous ?
  • D’abord pas VOUS mais TU. Nous sommes presque voisins & même si l’ambiance n’est pas des plus amicales. Mais c’est un peu de ma faute, je suis renfermé et j’ai appris à être silencieux.
  • Tout le monde se demande pourquoi vous OH pourquoi tu es revenu ?
  • C’est une longue histoire. je suis simplement revenu pêcher chez moi. je ne fais plus que cela. Quand je pars, tu as du le remarquer, comme tous les autres …………………..je pêche. Je prends mon barda, quelques vivres, mon hamac & je remonte une rivière, une gorge seul pendant deux, trois, cinq jours, le temps nécessaire. Il faut peu de choses pour vivre. Le soir, un hamac, un bon livre, une frontale & sous la voie lactée j’ai les plus belles soirées du monde.
  • Pensée « j’aimerai bien mais il faudra convaincre les parents … et ???
  • Je suis surtout revenu à cause d’un gamin, comme toi, même âge mais plus frêle que j’ai croisé par hasard.

C’était il y a six ans dans une très belle vallée, la vallée d’Uzbin en Afghanistan. Une belle vallée comme tu aimerais, sauvage, éloignée dans les montagnes, oubliée avec une belle rivière claire & tempétueuse   qui serpente dans des gorges magnifiques. Quelques habitants, quelques hameaux ou vivent des paysans. Le tout surplombé par des montagnes gigantesques, rocheuses, poussiéreuses, écrasées de soleil ou de froid. Mais dans cette vallée s’était invitée la folie des hommes & avec elle la barbarie & la mort.

Nous étions cette fin d’après-midi au bout de la piste empruntable par nos VAB, juste après un petit village ocre gris écrasé de lumière que l’on aurait jugé désert. Là, seul au bord de la piste étroite & enclavée j’ai vu un gamin pied nu qui me souriait. Il tenait dans ses mains un drôle de petit théâtre de marionnette  qu’il avait dû fabriquer. Dans ce théâtre de poche, un décor sinistre fait d’arbustes gris, figés, pétrifiés. Ce garçon, seul être vivant que nous avions rencontré me souriait et ses yeux gris bleu s’illuminaient. Je lui rendis son sourire & lui fit un salut amical. Il détala à toutes jambes.

Toute la nuit, jouant au chat & à la souris, après une marche éprouvante nous étions arrivés près d’un groupe de masures couleur muraille que des drones espion avaient identifié comme étant un poste de commandement & un dépôt de munition de talibans. Nous étions huit en position, deux guetteurs excentrés, deux en appuis, tireur d’élite et arme lourde d’appuis équipée d’un M16 beowulf échangé à des ricains contre une demi palette de Viognier Gangloff 2006 comme quoi même les ricains ont de vrais valeurs  (dans un accrochage le beowulf tire du calibre 50 BMG anglais, autrement dit du 12.7x99 mm Même un fanatique baisse la tête et tente d’entrer dans le boitier de sa montre.) Et enfin deux binômes chargés de la pose au plus près des désignateurs laser. Ces sources qui n’opèrent pas dans le spectre visible pour l’homme illuminent la cible pour un missile de type AS 30. La pose effectuée, j’étais en poste à environ cinq cent metres et envoyait le signal codé. Dans ma lunette je vis la porte d’entrée de la ferme fortifiée et qu’elle ne fut ma stupeur quand je vis le petit garçon sur le pas de porte comme me regardant de son regard enfantin. Il n’était pas possible qu’il m’est vu, aussi loin et enterré mais ce fut l’impression troublante que je ressenti, d’autant qu’il regardait vers le soleil levant. Il ne vit ni n’entendit le missile largué par un avion une dizaine de kilomètres avant .Celui-ci se ruait vers sa cible, croisant à trente metres du sol à une vitesse de quatre cent cinquante metres par seconde. Il était plus rapide que le son. De fait on ne pouvait l’entendre arriver. Au moment le plus beau de la journée dans ce petit jour naissant, dans cette lumière pure, dans ce calme absolu du  petit matin une boule de feu accompagné d’un hurlement cataclysmique déchira, en un instant la petite vallée. Une minute après il ne restait plus rien qu’un amas dévasté & fumant .le petit garçon n’était plus. Son image était restée imprimée sur mes rétines. J’envoyais le signal crypté de la mission réussie. Nous restâmes toute la journée enterré dans nos trous individuels, que nous avions pris soin de creuser la nuit précédente, silencieux, écrasés par le soleil. Toute la journée je vis ce petit garçon. Nous nous repliâmes de nuit.

De retour le lendemain, je me présentais au commandant de compagnie, posait mon FAMAS, mes grades et ma plaquette d’identification et lui dit sans commentaires que, jamais je ne retournerai au combat. Apres une tentative que je n’écoutais pas je fus mis aux arrêts, puis transféré dans un hôpital ou des psys bavards déclarèrent doctement que j’étais victime d’un BURN-OUT. Je ne leur parlais pas du garçonnet avec son petit théâtre d’enfant. Que peuvent comprendre des militaires à cela .Je fus démobilisés au vue de mes états de service & pensionnés. J’ai mis six années à revenir, à pouvoir regarder un enfant et à pouvoir supporter le bruit d’une cour d’école.

Tu es le premier à qui je reparle.

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22 février 2014

Participation de Fairywen

Défi 286 du 15 février 2014

 

J’aime lire. Depuis que j’ai appris à déchiffrer ces mystérieux signes écrits sur le papier et compris qu’ils racontent des histoires, j’aime lire. Beaucoup, souvent, dès que je peux, des tas et des tas de livres. Mais j’aime aussi les arbres. Beaucoup. Or pour faire un livre, il faut des arbres (non, je n’aime pas les e-books ! Je veux un livre que je peux toucher, manipuler, avec des mots écrits sur du papier). Alors j’ai décidé que pour chaque livre lu, je planterais une graine. D’arbre, d’arbuste, de fleur, d’herbe (aromatique… Ah, une bonne omelette à la ciboulette !!). Du coup, j’ai un très beau jardin.

Un jour, en ouvrant un livre, j’ai trouvé une drôle de petite graine. Une graine dorée et argentée. Je l’ai plantée, arrosée, soignée, et un matin de printemps, j’ai vu un arbre là où j’avais enterré la graine. Un arbre magnifique, un arbre comme je n’en avais jamais vu, avec un tronc argenté, des feuilles vertes et dorées et des fleurs roses qui sentaient merveilleusement bon. Mes chats étaient déjà installés sur les branches pour y faire la sieste.

Je n’ai rien dit à personne. Je ne voulais pas qu’on me prenne mon bel arbre pour l’étudier dans un laboratoire froid et aseptisé. J’ai vite remarqué qu’en plus des chats, il attirait les oiseaux, les papillons, les écureuils et autres petites bêtes. Des moins petites, aussi, comme des renards, des cerfs, des biches, des chevreuils… Peu importait que je sois là ou pas, d’ailleurs. Tous les jours, j’allais lire sous mon arbre, même quand il pleuvait, car le sol sous ses frondaisons n’était jamais mouillé.

Puis l’automne est venu. Les fleurs ont disparu, et les feuilles ont commencé à jaunir. Un matin où le premier givre faisait son apparition, je les ai vues s’envoler au moment où j’ouvrais la fenêtre du salon. Elles étaient devenues des papillons, qui ont passé l’hiver au chaud, chez moi. Au printemps, ils sont retournés sur leur arbre et sont redevenus des feuilles vertes et dorées.

Depuis, en hiver, j’ai des papillons dans ma maison, et au printemps et en été, un arbre enchanté avec des fleurs roses dans mon jardin. Je continue à lire, beaucoup, et à planter une graine par livre lu. Et à chaque nouveau livre que j’ouvre, j’espère trouver une autre graine du pays des fées…

 

Défi 286 du samedi 15 février 2014 : le vol des feuilles en automne

22 février 2014

Pour Alice de la part de Lewis (Joe Krapov)

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Je ne sais pas ce que raconte cette forêt de signes.

Je ne sais pas ce que dit l’arbre à son voisin.


Je ne sais pas ce qu’il y a derrière la porte.


Je ne sais pas pourquoi on abat l’arbre afin de faire du papier.


Je ne sais pas si ce qu’on écrit sur le papier mérite qu’on abatte des arbres.

Je sais que c’est ton jardin secret et que tu as toutes les réponses à mes questions
Puisque tu es la réponse.

Je sais que mon manuel d’arboriculture était un incunable qui valait une fortune
Mais je te pardonne car ce que tu en as fait est très beau.

Tu voulais peut-être savoir de quel bois je me chauffe ?

La réponse est classique autant que décevante :
Je me réchauffe le cœur à la guitare de Georges.

 

15 février 2014

Cartes postales de Homie (par joye)

5000

Vous voudrez bien nous excuser de nous immiscer dans votre conversation, juste le temps de vous signaler qu'aux erreurs de comptage près, ce qui suit se trouve être la cinq millième participation à notre blog.

joye remporte donc le prix y attaché :

notre parfaite considération !

Bien, nous lui laissons la parole...

 

 

15 février 2014

Participation de JAK

jak  Un pigeon par amour pigeonné

 

Je suis un pigeon  casanier, moi Biset perché  haut, sur le  clocher de  ce village moyenâgeux au fin fond des Cévennes dans un petit trou perdu.

 

Là, dessous, dans la cour de l’école, les gamins jouent à Pigeon Vole. Ainsi, mes sombres pensées s’envolent.

 

Je  coule  céans une  existence fadasse  depuis que je suis  devenu casanier.

 

Je n’ai même plus de colombier  pour me ressourcer avec mes compères,  comme je le faisais  au retour de mes péripéties.  Non, ici je vis en catimini tout près  des cloches qui perturbent ma sieste, carillonnant toutes les heures, du lever au coucher du soleil.

 

Pourtant j’en ai vécu de grandes  aventures, mais une belle Colombe m’a pigeonné et depuis je vis presque reclus, enchaîné par l’amour.

 

J’avais hérité du don  de mon aïeul qui  travaillait pour Charles Havas, et  n’avait pas son pareil pour remplacer le facteur. Chargé d’une mission, il trouvait illico sa destination  grâce  à une technique génétiquement ancestrale, imparable : le sens d’orientation. Et comme lui, je partais au loin.

 

Je me remémore, accroché à mon clocher….

 Il y a 5 ou 6 ans, jeunet, j’allais et venais sous  tous les vents.

J’en ai parcouru alors  des mers et des continents, survolé des montagnes

En Russie, j’ai connu  le Sotchi d’avant. J’y ai « jeu-té » un œil, indifférent alors, aux palmiers sur fond de montagnes

Dans l’IOWA, je me suis fait de Joyeux copains, on s’écrit par la voie des Mels.

En  Chine, j’ai volé  à tire d’ailes, car en ce pays les pigeons voyageurs sont souvent  kidnappés  en vue de leur faire pratiquer  des courses d’endurance, avec paris à la clé. Alors, perdue la liberté !

 

Je me souviens, en Indes, dans un monastère, des moines [qui protègent notre race depuis qu’un des nôtres chercha refuge dans l’ombre de Bouddha.],  nous servirent  en abondance des grains pour notre route. Mais au premier coup de gong il fallut repartir et les laisser à leur méditation.

En Egypte, notre patrie d’origine, un compagnon de route m’avait dit de ne point m’y attarder, il avait danger : Là, certains mamelouks gavaient les pigeons, et couic plus personne sur le chemin du retour ! Mais n’exagérait-il pas, un peu chauvin, car il était de la branche des pigeons Nègre à Crinière !

J’ai failli mille fois m’égarer de ma voie. Eole furieux soufflait dans tous les sens et changeait souvent  la Route des Vents. Aucun carrefour, ni sens giratoire pour indiquer la direction dans la tourmente.

Aujourd’hui mes pigeonneaux sont équipés d’un GPS et cela les aide bien, mais je crains qu’ils ne deviennent de vrais Ramiers, et que leurs neurones « spéciaux orientation » soient définitivement  inactifs, tout  comme la calculette a annihilé la pratique du calcul mental chez certains écoliers...

Je ne  manquerais pas  de vous dire  aussi, que  j’ai un cousin à Paris nous entretenons  des relations épistolaires ;  mais il est un peu fier d’habiter la capitale

Sa spécialité est de fienter sur les toits de Notre- Dame, ou sur les belles avenues .C’est un Mondain, de vieille souche française.

Lorsqu’il prend ses vacances, 15 jours par an, il descend dans mon trou isolé, au bout du monde, pour se refaire une santé, -c’est ce  qu’il dit-.

Bien sur, ici, pas de pollution urbaine, rien que du bon air, et alors, nuit et jour il roucoule. Ça le change du bruit des klaxons.

Ce qui lui déplait cependant par chez nous, c’est que dans un champ, à proximité,  on y tire des Pigeons d’Argile, alors là,  il prend son air de Mondain offusqué. Mais moi je ris dans ma collerette, car à Paris c’est bien pire, tous ces pigeons qu’on bague et à qui on demande des comptes, leur indépendance  où est elle?

Mais, vous interrogez-vous, encore jeune, ou presque, et à la retraite ? Plus de vols aux longs cours ?

Et bien oui je me la coule douce.

 Comme je vous l’ai déjà exposé,  j’ai rencontré ma belle Colombe un jour d’escale, (je devais  être encore dans mes nuages), elle m’a promis la paix et l’amour, et je l’ai cru !

 Au premier coup d’œil elle m’a plu, avec sa belle gorge de pigeon, coiffée avec grâce en « aile de pigeon »  (une descendante des pigeonnes de Louis XV) .

A notre union, cependant, elle a mis une clause : elle exigeait que je ne m’envole  plus loin de ses yeux, et je n’ai pu résister quand elle m’a roucoulé :

c’est ainsi Mon Petit  Pigeon !

Je lui suis toujours fidèle. Et le sens de la  fidélité dans notre famille,  on l’a depuis des siècles, même qu’un certain  La Fontaine l’a immortalisé dans un livre :

Deux Pigeons S’aimaient D’amour Tendre.

Et c’est ainsi que depuis,  de voyageur, je suis devenu sédentaire.

Ce qui me console, c’est que vu mon âge, je ne finirai sûrement pas dans une assiette  avec des petits pois !

 

 

PS : Ah, j’oubliais, aujourd’hui 14 février ma Colombine m’envoie, (de son voyage en Russie, où elle a été préposée d’office à la flamme des JO),

Un message crypté : 

jak2

J’en batifole d’aise !

 

Jakolombophile  pour Défi #285 14 02 2014

8 février 2014

Participation de JAK

jak

Chez les frénétiques   de Sam’défi

A compter de ce samedi 2 février minuit

Rien ne va plus, je vous le dis.

Regardez l’image dont nous sommes nantis

Encore une idée, de cette chère MapNancy

Fol ding géniale de photos,  elle nous enjoint

Obligatoirement  de composer sur un Rond-point

Un rond point me direz-vous ?...Y a danger !

Rudement  risqué. . .  Circulez y a rien zieuter !

 

 

 

 

Et en Tanka

 

Rond-point dans la ville

Accrochage passionnel

Pare-chocs cabosses

Occasion accidentelle

Amour naissant dans la rue

 

 

 
 

Pardon chère MapNancy, pour fol ding c’est pour les besoins de la cause, tu l’auras compris :o)

Jakgiratoire -A vous de trouver la bonne direction !Défi #284

 

25 janvier 2014

Le Téléphone se marre (Sebarjo)

 

Silence dans le bureau. L'ambiance est studieuse, comme à son apothéose laborieuse. Mais cette harmonie-cas est brusquement interrompue par la sonnerie d'un téléphone qui, sous l'effet de cette transe, sursaute par soubresauts psalmodiques (c'est un ancien modèle, avec un fil et des touches). Cette tempête cacophonique soudaine est stoppée par le personnage auparavant plongé dans sa tâche journalière qui n'est autre que Sebarjo)

 

Sebarjo : Allo, la HDB à votre service, j'écoute ?

La voix au bout du fil : Salut Sebarjo ! C'est Joe ! Joe Krapov !

Sebarjo : Ah salut Joe ! T'es où là ?

Joe Krapov : Av'rell dire, dans mon bureau, comme toi quoi !

Sebarjo : Évidemment, suis-je insensé ! Dis donc ça fait un bail qu'on ne t'a pas vu dans les parages ! Tu t'es barricadé en sous-sol ou quoi ? Tu passes rarement à l'étage !

Joe Krapov : C'est normal tu sais, parce que les yaourts me donnent des aigreurs à l'estomac ! Alors tu penses, j'évite les laitages !

Sebarjo : Ah AH AH !!! Sacré Joe ! Encore plus déchaîné le mercredi que d'habitude ! C'est jour du canard c'est pour ça ! !! Bon, tu m'appelles pourquoi ? Un problème avec les étoiles ? Un changement novateur ?

Joe Krapov : Non, tout roule, ce n'est pas encore la Star wars ! Je voulais juste savoir si tu avais vu la prochaine consigne du défi ?

Sebarjo : Non hélas, j'avoue que je n'ai pas vraiment eu le temps. C'est quoi ?

Joe Krapov : Allo t'es où ?

Sebarjo : M'enfin comme je te l'ai dit, dans mon bureau, voyons ! Comment aurais-je pu te répondre autrement ?

Joe Krapov : (rires) Non, « Allo t'es où » c'est ça, la consigne du prochain défi !

Sebarjo : Ah ouais... Quand même... (réflexion intense) Bon ben, ce qui me vient tout de suite à l'esprit c'est Le téléphone pleure de Cloclo... Mais c'est un peu léger...Et puis bien sûr, on pourrait replacer le trop fameux Non mais allo quoi ! de Nabilla (tiens, voilà qui est fait ! :D), à se demander où elle est, elle !

Joe Krapov : C'est une idée mais comme t'as pas de pétrole... non mais allo... quoi ! (rires)

Sebarjo : (rires) Ouais c'est vrai, je carbure au diesel, le temps que ça chauffe ! Je pourrais d'ailleurs faire dans le réchauffé en ressortant un dessin de mon Chien à ce sujet, mais je pense que cela ne suffira pas ! Pour bien faire, il faudrait que je fasse en plus une reprise ou une parodie du Téléfon mais là, j'ai vraiment pas le temps (non mais allo quoi, je bosse !). Non je crois que je vais tout simplement inventer une petite conversation téléphonique entre deux protagonistes un peu originaux (pour ne pas dire complètement siphonnées!) mais plutôt sympathiques ! Et toi ?

Joe Krapov : Ah... Surprise, surprise !

Sebarjo : Okay, on verra ça ! Mais bien sûr, j'imagine que ce sera loin d'être triste, comme d'habitude (tiens un retour de cloclo !) Je te verrais bien nous faire quelques petits haïkus ou tankas poético-comiques avec tes photos embrumées du moment ! Du style : Allo t'es où là ? / Dans les bas-fonds du canal ? / Cach'-Cach' dans la brume !

Joe Krapov : C'est une piste ! Mais tu verras comme je te le dis ! Même si tu raccroches là, ce sera en ligne samedi !

Sebarjo : A samedi donc ! Je pense que ma participation te surprendra, j'ai ma petite idée désormais ! Comme quoi un cou de fil peut sauver un défi ! Merci Joe !

 

Avec l'aimable autorisation de Joe Krapov quant à l'utilisation de son nom. Bien sûr, cette conversation est purement imaginaire !

ET en bonus, le chien de Sebarjo évoqué, qui sent le réchauffé et qui va vous réchauffer  :

 

 

Le_Chien_de_Sebarjo___la_plage__1_

Le_Chien_de_Sebarjo___la_plage__2_

Le_Chien_de_Sebarjo___la_plage__3_

 

 

7 décembre 2013

Rencontres insolites (Joe Krapov)

 

DDS 275 réveil

Quand le réveil sonna ce matin-là, M. Plumpsack eut bien du mal à émerger de son sommeil mais il finit par sortir du lit avec un désir de passage à l’acte bien ancré : à partir de ce jour, comme son épouse, promis-juré, il noterait tous ses rêves.


 

DDS 275 pull

Celui qu’il venait de faire était fort troublant : il se trouvait dans un endroit improbable et il grelottait de froid, complètement nu dans une vaste étendue de neige quand un personnage étrange surgit du ciel, juché sur un nuage et lui tendit un pull en mohair. Il remercia le donateur et revêtit le pull.

 

 

 

dds 275 carotte

Puis le froid lui creusa l’estomac, le mit en appétit et il imagina une bonne soupe de carottes, pareille à celle que savait si bien cuisiner sa grand’mère.



DDS 275 étoile

La nuit précédente, il avait rêvé qu’il était sur une plage, à la recherche d’étoiles de mer qu’il faisait ensuite sécher pour les offrir à Mme Plumpsack qui en faisait collection.



 

DDS 275 bretzel

Madame Plumpsack notait ses rêves chaque matin. Quand c’était fait, elle partait cuisiner des bretzels.




DDS 275 nounours

Ce matin-là, elle avait noté dans son cahier rose qu’elle avait retrouvé le nounours à noeud rouge que sa sœur avait égaré lorsqu’elle avait trois ans.




DDS 275 marteau

Au petit- déjeuner, en échangeant autour de leurs rêves, M. et Mme Plumpsack avaient conclu qu’ils étaient complètement marteaux et que c’était sans doute grande perte de temps que de noter toutes ces âneries : la nuit n’était pas la revanche du jour.



DDS 275 bougie

- Oui, bien sûr, admit M. Plumpsack, mais il n’y a pas de mal à se faire du bien. Et ton carnet de rêves prend moins de place que ta collection d’étoiles de mer et de moules à gâteaux.
- Il me semble que tu en profites bien de mes moules à gâteaux, enfin, des gâteaux qui viennent se nicher dedans !
- C’est vrai, mais même si je ne continue pas par la suite, il faut que je note ce rêve-là !
- Qu’est-ce que c’était ?
- Au début, on était à une vente à la bougie.

 

DDS 275 champignon

- Ca existe encore des choses comme ça, à l’heure d’Internet, des smartphones et des cartes 12 G ? Ils organisent des ventes à la bougie virtuelles sur E-bay ?
- Dans mon rêve, oui, sauf que le commissaire-priseur n’avait pas de marteau. Il brandissait un énorme champignon et au lieu de dire « Adjugé ! » il gueulait « Amanite » !
- Ca ne m’étonne pas de toi que tu rêves de symboles aussi visiblement phalloïdes !


DDS 275 pot de chambre

- Je crois qu’on dit phalliques. A un moment il y a eu tout un lot de pot de chambres anciens et parmi ceux-ci s’en trouvait un de couleur rouge. J’ai voulu enchérir mais aucun son ne sortait plus de ma gorge.

 

dds 275 soulier

Alors, sans voix, j’ai ôté mon soulier et j’ai tapé sur mon pupitre. « Vipère lubrique ! Vipère lubrique ! » a hurlé mon voisin qui avait un rouge-gorge vivant en guise de chapeau sur la tête.

 

 



DDS 275 ciseaux

Mais une main géante armée d’une paire de de ciseaux est venue le couper en deux. Ce n’était qu’un militaire de papier et l’entité géante a protesté : « Alors, on ne salue plus ? ». « Non, on ne salue plus ! » a répondu le rouge-gorge. « On est là pour acheter un pot de chambre afin d’y ranger des étoiles de mer ». « C’est tout à fait ça » ai-je commenté et alors, à ce moment-là...


DDS 275 rouge-gorge

- Je le lirai dans ton cahier quand tu seras parti mais dépêche-toi de finir ton café, car sinon tu vas encore être en retard au boulot !

M. Plumpsack se leva, passa dans le sas de décompression, enleva son pull en mohair et le reste de ses vêtements. Une fois qu’il fut tout nu, il ouvrit la porte du blockhaus et sortit dehors où il faisait une température étouffante sous un ciel uniformément gris où ne perçait aucun soleil. Il alla sonner à la porte de M. et Mme Gummibärchen. Hans, son collègue de travail, sortit avec un rouge- gorge sur la tête et son pot de chambre rouge à la main.

Ils s’enfoncèrent dans le désert en chantant :
« A la chasse au vieux nounours
Je ne veux plus aller Lorelei
Et pourquoi j’irais tuer
Une bête qui ne m’a rien fait ?
Et pourquoi, milliard de malheurs,
Je ferais plaisir à ma belle-sœur ? ».

Quand ils eurent terminé les trois couplets, Hans demanda :
- Qu’est-ce que t’as dans ta gamelle pour ce midi, Ludwig ?
- De la soupe aux carottes du temps de ma grand-mère. Et puis une bonne surprise pour toi !
- Ah oui ? Qu’est- ce que c’est ?
- Greta nous a trouvé des champignons séchés !
- Ah chouette ! On va pouvoir fumer !
- Ah ouais, c’est pas trop tôt ! Et pis ça va nous changer du gouda !

16 novembre 2013

Histoire à la noix (Électre)

***

La noix. Bien cachée dans une enveloppe qui vous brunit les mains et qui a cette odeur un peu âcre et huileuse- il y a trop longtemps que je n'ai pas senti cette odeur, la semaine prochaine avec ce qui sera tombé de l'arbre des voisins ce serait plus facile à dire... la noix fait semblant d'être verte mais tourne assez vite au noir, et révèle après quelques efforts et beaucoup de brou qu'elle est en fait brun clair, presque beige ; que de subterfuges pour cacher les cerneaux - cuisses tapies au creux de la coquille, enveloppées (encore !) d'une peau un peu amère que d'aucuns ont encore la patience de décortiquer pour arriver au blanc du fruit souple et frais - j'ai même rencontré des gens qui ôtaient la peau des noix sèches... mais si on décortique encore un peu les choses, on trouvera peut-être

un escargot ayant perdu sa noix de beurre parti comme de juste de Grenoble (d'où sont les noix) se rendant du côté de Bourg, (pardon, de Brou) en y mettant de l'huile de coude, et qui sur une coquille de noix voyageait, sans queue ni tête, embarqué malgré lui dans une histoire à la noix; on lui avait bien dit qu'il allait y passer s'il retrouvait sa noix de beurre mais il s'obstina tant et tant à force d'huile de coude et sur sa coquille de noix, qu'il arriva à Brou et réussit contre toute attente à ranger le beurre dans la noix la noix dans la coquille la coquille dans le brou l'huile dans le coude et le tout sur son dos croyant échapper par là aux hélicivores. Mais les nucivores le dévorèrent avec sa noix de beurre et son huile de coude et l'escargot se dit qu'il avait été bien noix d'écouter l'histoire jusqu'au bout et qu'il aurait mieux fait de filer avec sa noix de beurre et son huile de coude loin de tous ces mots en vore et de cette histoire à la noix.

9 novembre 2013

Le Crime du Défiant-Express (par joye)

Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l'abandonna à cause d'affaires urgentes et l'ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l'intrigue et le caractère des personnages. Ce soir-là…

… il découvrit qu’il haïssait de telles consignes. Mais, malheureusement pour lui, au moment précis de cette découverte, une grande méchante Américaine, exaspérée par la lecture des trois premières phrases de l’extrait, chacune qui commençait par le mot il, décida de faire exploser le train dans lequel se trouvait ce passager anonyme et sans intérêt. Le passager fut tué et son livre réduit à des cendres qui repartirent à tout jamais dans une gueule d’atmosphère.

- Ahhhhhhhhh ! soupira la rebelle littéraire. Maintenant je peux écrire ce que je veux !

 

 

9 novembre 2013

Participation d'Électre

******************************************************************************************************************************************************* Il avait commencé à lire le roman quelques jours auparavant. Il l'abandonna à cause d'affaires urgentes et l'ouvrit de nouveau dans le train, en retournant à sa propriété. Il se laissait lentement intéresser par l'intrigue et le caractère des personnages. Ce soir là le train était non pas vide, ni bondé, mais quelque part entre les deux, lorsqu'il y a assez de monde pour ne pas se sentir seul mais un peu trop pour avoir assez d'intimité. C'est pour cela qu'il s'était assis face à une des extrémités du wagon. Il avait horreur de savoir qu'en face de lui quelqu'un chercherait à décoder dans ses mimiques ce qu'il pouvait être en train de lire. Par courtoisie, cependant, et aussi par goût, il s'était assis contre la fenêtre, pour ne pas avoir l'air malpoli de celui qui s'arroge deux places d'un coup, et pour pouvoir quand l'envie lui en prendrait regarder les réverbères des faubourgs, les phares des voitures et les enseignes des supermarchés où les gens se pressaient encore, car il n'était pas si tard--- c'était seulement le début de l'hiver.

Il lisait un livre, mais ne tournait pas de pages. Les faisait seulement défiler avec les doigts. N'aimait pas tellement le crissement du papier, et puis à quoi bon quand on peut avoir toute une bibliothèque dans la paume de sa main ? Mais cela ne lui enlevait pas le moment de choisir le livre qu'il lisait, et une fois commencé il avait du mal à en changer avant d'avoir fini. Il avait commencé à lire le roman le dimanche précédent en rentrant à la campagne. Toujours à la même place dans le train, devant une publicité pour des cours privés d'anglais qu'il avait regardée distraitement, de toute façon il avait déjà obtenu reconnaissance de ses mérites linguistiques dans son travail et n'avait pas besoin de ce genre de choses. Sa tablette, qui allait tout à fait avec son costume gris et lui donnait des airs d'homme d'affaire que du reste, il était, jurait cependant avec sa besace en toile qui, si elle avait été un peu plus élimée, aurait pu passer pour celle d'un étudiant rentrant de son université.

Au départ il avait choisi le livre un peu par hasard, pour son auteur, en se disant que ça ne lui ferait pas de mal, pour une fois, de lire de la littérature classique. Le titre ne lui avait pas déplu, il avait quelque chose d'exotique, un charme de vacances. Il était assez ancien pour être gratuit, cela valait la peine d'essayer même s'il ne le finissait pas. Il se souvenait d'en avoir entendu parler au collège, sans se remémorer vraiment de quoi il pouvait être question. Il avait eu le temps de lire quelques pages déjà, qui lui avaient donné envie de continuer. L'intrigue était pleine de rebondissements, et c'était finalement assez drôle pour un classique. Il ne s'attendait pas à cela. Il commençait à entrer vraiment dans le livre lorsqu'un voyageur lui demanda si la place à ses côtés était libre. Sans laisser transparaître ses regrets, il se hâta de répondre par l'affirmative et de remonter le pan de sa veste qui débordait de son propre siège pour laisser place au nouvel arrivant.

Il lui était maintenant plus difficile de lire, car l'homme qui avait pris place à ses côtés n'était visiblement pas un habitué de la ligne et jetait sans cesse des coups d’œil inquiets du côté de la fenêtre en direction des ténèbres où brilleraient les feux de sa gare. Pourvu qu'il ne reste pas trop longtemps. Il avait maintenant du mal à se concentrer sur son livre. Le type continuait à regarder la fenêtre, mais il lui venait le soupçon qu'il cherchait à regarder dans la vitre le reflet de l'écran de sa tablette. Je dois devenir paranoïaque, qu'est-ce que cela peut bien lui faire ?

En réalité l'homme regardait vraiment le reflet de sa tablette. Il n'arrivait pas à déchiffrer le texte, mais pouvait constater que son voisin lisait de plus en plus lentement. Il attendait que le mouvement de ses yeux se fasse assez lent pour qu'il puisse être possible de l'interrompre une seconde fois. Le moment ne fut pas très long à arriver. Les lignes se brouillaient devant les yeux du jeune homme à la simili besace d'étudiant. Il sentait de son côté le moment où il faudrait adresser la parole à son voisin, et désira s'absorber lui aussi dans la contemplation des lumières extérieures. Mais c'est à ce moment-là qu'il rencontra dans la vitre le regard de son voisin, et il ne put plus rien faire pour l'éviter.

--- Nuit noire n'est-ce pas ? Depuis qu'on a changé d'heure... J'aime bien la nuit noire. Pas vous ?

--- ...

--- Elle vous prend comme un cocon, et puis on peut profiter des lumières. Vous aimez regarder les lumières par la fenêtre ? Moi aussi je me mets toujours du côté de la vitre. Même si cette satané climatisation envoie toujours ce souffle froid qui vous rend malade même en été.

L'inconnu ne semblait pas décidé à le laisser parler, mais le regardait assez pour qu'il ne puisse pas ne pas faire au moins semblant de l'écouter.

--- Vous avez une tablette ? C'est comme ça qu'on appelle ça, hein ? Ma belle-sœur en a offert une à mon frère pour Noël. Elle dit que ça prendra moins de place et de poussière que ses livres. Mais lui, il préfère ses livres. Au moins, on peut mettre un marque page et le retrouver... mais vous, vous êtes jeune, vous savez vous servir de tout ça... et avec les pouces, encore. Lui, tout juste s'il arrive à l'allumer. Il dit que ça lui fait mal aux yeux. D'après elle ce n'est pas possible, mais en tout cas c'est ce qu'il dit. Moi, je n'ai jamais essayé. J'ai toujours un livre avec moi. Avec votre sac vous pourriez même en transporter plusieurs si vous vouliez. Sûr, ce serait moins fin. Enfin, les jeunes...

Le jeune homme, empêché de lire --- pour une fois qu'il avait envie de lire un classique, c'était un vieux croûton qui allait y faire obstacle --- était reparti en pensée dans le livre et rêvait sur les quelques bribes de caractères qu'il avait pu pêcher ça et là. Le héros était vraiment ingénu, et l'auteur s'ingéniait de son côté à le mettre dans des situations toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Il y avait là-dedans beaucoup de clichés que l'on aurait sans doute pu trouver une série télé, mais l'auteur arrivait tout de même à capter l'intérêt du lecteur. Qui sait ce qu'il allait advenir de Mme de *** ?

--- Dites, est-ce que je peux vous demander un service ?

Visiblement la question avait été posée de manière répétée. Secouant un peu la tête pour revenir dans la conversation, il regarda avec plus d'attention son voisin. Il y avait dans sa question une nuance d'hésitation un peu étrange pour quelqu'un qui l'avait posé déjà deux fois. Il n'eut pas le temps de répondre que l'autre, ayant capté son regard interrogateur, reprenait.

--- En fait, je voudrais essayer votre tablette... je n'ai jamais utilisé ce genre de truc.

--- Mais votre frère ne vous a pas fait essayer la sienne ? fit le jeune homme, qui avait tout de même suivi un peu la conversation.

--- C'est-à-dire... enfin... ma belle-sœur a peur qu'elle se casse alors elle n'a pas voulu que j'y touche.

--- Mais votre belle-sœur a des raisons de penser que vous risquez de la casser ? fit le jeune homme, un peu méfiant mais tentant de ne pas trop le faire paraître.

--- Oh non, pas du tout, seulement, comme son téléphone m'est déjà tombé des mains, je crois qu'elle a un peu peur. Vous avez beaucoup de livres dans votre truc ?

Le changement de sujet dérouta le jeune homme qui entra cette fois complètement dans la conversation.

--- Oui, il y en avait une dizaine livrés avec, des vieux livres vous savez, et j'en ai téléchargé quelques uns plus récents ; en général j'aime bien la science fiction.

--- Mais j'imagine que chez vous vous avez des livres ? Des livres en papier je veux dire ?

Le jeune homme était de plus en plus déconcerté par cet étrange voisin de fauteuil.

--- Oui, j'en ai. Mais en général je les emprunte à la bibliothèque, ça encombre moins, et puis de toute façon je ne les relis pas, la plupart du temps. Avec ça c'est plus pratique, je peux en avoir quelques-uns à la fois, mais il va falloir que je fasse du ménage dedans, ça ne sert à rien de garder ceux que j'ai lus.

--- Tiens, c'est drôle, vous me faites penser à ma belle-sœur. Avant d'offrir une tablette à mon frère, elle s'en est achetée une pour elle. Mais elle m'a dit qu'elle supprimait les livres une fois qu'elle les avait lus. De toute façon elle ne lit que de la littérature sentimentale. Vous avez déjà essayé de lire de la littérature sentimentale ? J'ai trouvé un livre une fois, dans une brocante, qui traînait par terre à la fin, et je l'ai pris en me disant qu'il fallait que je voie ce que c'était, mais à part deux pages je n'ai pas eu le courage de l'ouvrir. C'était deux pages du milieu. Vous arrivez à distinguer avec votre machine les pages qui sont au milieu des autres ? Ou alors vous ne savez jamais quand ça va se terminer ?

--- Il y a un compteur, on voit le nombre de pages total et la page courante.

--- La page courante. C'est drôle, comme vous lisez --- j'espère que vous m'excuserez, je vous regardais lire tout à l'heure --- on dirait vraiment que les pages courent quand vous les tournez.

Il se demandait où ce dialogue allait le mener. Il n'osait pas regarder sa montre pour ne pas paraître impoli, et ne pouvait plus voir par la fenêtre les lumières rassurantes qui finiraient pas l'éloigner de cet encombrant personnage en indiquant soit sa gare, soit la sienne. Il commençait à se résigner à prêter sa tablette pour pouvoir ensuite mettre fin à la conversation. Pourquoi n'arrivait-il pas dans la vraie vie les coups de théâtre que l'on trouve dans les romans ? Un contrôleur qui s'apercevrait que son voisin n'avait pas composté son billet, une panique générale qui disperserait les voyageurs d'un wagon à l'autre et lui permettrait de se volatiliser... Mais non, l'autre était toujours là, et comme il ne semblait pas prêt à en démordre, le jeune homme prit les devants :

--- Si vous voulez, je peux vous montrer comment ça marche. Tout en disant cela il quitta le livre qu'il était en train de lire non sans avoir au préalable enregistré un marque page et ouvrit sa bibliothèque virtuelle. Pour sûr, le bonhomme devait lire beaucoup, et trouverait sa collection maigre et ridicule, mais c'était lui qui avait insisté. "Là vous pouvez choisir un livre, puis vous pouvez commencer par le chapitre que vous voulez, et ensuite vous tournez les pages comme ça. Vous pouvez essayer si vous voulez".

--- Non non, c'est gentil, mais je dois bientôt descendre, et puis je crois que je ne vais pas y arriver.

C'était bien tout le genre de personne qui commence par vous déranger et qu'il faudrait presque prier pour les laisser faire ce qu'ils vous ont d'abord demandé comme un service... "Puisque je vous le propose" insista le jeune homme.

--- Vous êtes sûr ?

--- Tant qu'il ne finit pas comme le portable de votre belle-sœur... enfin, je veux dire, oui, essayez, de toute façon nous sommes deux à le tenir, il ne risque pas de tomber.

--- De tomber non, mais j'ai été imprudent, peut-être qu'il ne vaut mieux pas...

--- Mais puisque je vous dit que c'est bon, profitez-en, essayez, comme ça la prochaine fois vous pourrez peut-être même montrer à votre frère comment on fait.

Le voyageur essuya son pouce --- qu'il avait visiblement fort gras --- sur son mouchoir, le posa sur l'écran et tenta de tourner la page, sans succès. Il ne voulut pas essayer davantage et préféra reprendre la conversation, tout en regardant l'écran.

--- Qu'est-ce que vous étiez en train de lire ? Celui-ci ? Tiens, mais vous m'avez dit que vous lisiez de la science fiction ?

--- Habituellement oui, fit le jeune homme gêné de se voir découvert. Mais j'ai pris ça pour essayer. Ils m'en ont parlé au collège je crois. Ça me plaît assez.

--- Tiens, vous aussi vous avez des chemises brodées ?

--- Quoi, moi aussi ?

--- Alors vous n'en êtes pas encore arrivé là, désolé.

Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire de chemises brodées ? Et pourquoi diable ne s'était-il pas assis sur la place intérieure du fauteuil de deux afin de décourager les gens de s'asseoir près de lui ?

--- Non non, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas grave. Et puis votre chemise n'a pas l'air brodée à votre nom.

--- Non, c'est la marque.

--- Désolé, vraiment. Mon arrêt arrive bientôt, je vais devoir vous quitter.

Pas trop tôt, pensa le jeune homme qui attendait avec impatience d'être à nouveau seul. Il trouva superflu de lui demander où il descendait. Bientôt son arrêt à lui aussi arriverait. Il commença à faire le geste d'éteindre sa tablette et de la ranger dans sa besace.

--- Ah, ça se décharge vite ces choses-là ? Ça doit être énervant quand on arrive à un moment intéressant de l'histoire, j'imagine.

Il se garda bien de répondre. Son compagnon de voyage reprit :

--- Mais vous ne pensez pas que vous préféreriez un livre ? Un vrai ? Au moins avec ça vous n'auriez pas de problèmes de batterie. Et puis un seul suffit pour le trajet que vous faites.

Depuis quand son interlocuteur savait-il où il devait s'arrêter ? Cette histoire commençait à devenir inquiétante. Il regarda autour de lui, et s'aperçut qu'ils étaient seuls dans le wagon. Cela n'arrivait jamais habituellement. Il avait hâte de retrouver sa voiture et de rentrer chez lui. Il n'avait plus envie de continuer cette conversation, ni non plus de poursuivre son livre. Ce serait pour une prochaine fois, en espérant qu'il n'ait pas de voisin bavard.

L'homme n'avait que son pardessus et un sac en cuir qui paraissait assez ancien, où une poche était aménagée sur le devant, juste de la taille d'un livre. On voyait dépasser des bouts du titre, mais il n'arrivait pas à les relier pour former des mots. S'il avait pu sortir le livre de la poche il aurait vu qu'il s'agissait du même livre que le sien.

Quand l'homme descendit du train, il le regarda s'éloigner par la fenêtre jusqu'à ce qu'il disparaisse. Juste avant de tourner le coin de la gare, l'homme fit un mouvement pour ramener son sac près de lui et attraper quelque chose dedans. Le jeune homme se retourna vers son propre sac, pensa un instant reprendre son livre, puis abandonna cette idée. Il ne vit pas l'homme se tourner vers le train avec un étrange sourire, et sortir le livre de la poche avant de son sac pour s'assurer que c'était bien le titre qu'il avait vu dans la fameuse tablette. Il l'avait déjà lu, et ce n'était pas une édition particulière --- juste un poche --- mais cela ne pourrait aller quand même. Et puis dans le ventre du sac il devrait trouver quelques livres de science-fiction, plus quelques classiques, puisque le jeune homme n'avait pas encore supprimé les livres de la mémoire de l'appareil.

Et puis l'autre ne s'apercevrait pas tout de suite du larcin, car il avait réussi à mettre au point une technique qui lui permettait de laisser momentanément la forme virtuelle du livre pendant qu'il emportait la forme matérielle. Mais pourquoi les gens ne lisaient-ils pas des incunables sur leurs tablettes ? Au moins, il aurait pu tirer quelque argent de ce modeste trafic qui ne lui coûtait que quelques minutes de bavardage avec des inconnus. Mais non, à la place, il devait penser à trouver des étagères pour abriter la dernière collection qu'il avait subtilisée dans un grand magasin, en attendant de trouver un bouquiniste qui voudrait bien de son stock (souvent ils n'en voulaient pas, car les livres n'étaient pas assez demandés, ou parce qu'ils en avaient déjà trop d'exemplaires. La collection de sa belle-sœur n'avait intéressé personne, par exemple).

Ça n'allait pas être facile. Il allait falloir trouver quelqu'un qui lise le catalogue Ikéa sur une tablette au chapitre des étagères. Mais avec un peu de patience, et en prenant souvent l'autobus en direction des grands magasins, cela devait être possible. Il se demandait surtout comment il allait pouvoir rapporter l'étagère. "J'espère que Marie voudra bien me coudre un autre sac", pensa-t-il en poussant la porte de son appartement, "car je crois que celui-ci ne sera pas assez solide".

7 septembre 2013

Bonjour à tous ! (Stella NO.)

Aujourd’hui, je vais tricher un peu pour ce défi et réécrire quelque peu un article que j’ai posté sur mon blog cet été. Je suis en effet intriguée depuis toujours par un phénomène inexpliqué : La chaussure du bord de route.

N'avez-vous jamais remarqué ces chaussures esseulées? Ne vous êtes-vous jamais demandés d'où elles provenaient? Ou encore pourquoi elles sont systématiquement seules? N'avez-vous jamais rêvé d'une invasion de chaussures mutantes?

Hé bien moi, oui!!! Ce mystère m'intrigue et m'interpelle. Pourquoi y a-t-il des chaussures seules sur le bord des routes?

C’est pourquoi j’ai échafaudé différentes théories farfelues sur le sujet.

Ne seraient-elles pas en faire des chaussures espionnes? Dispersées ça et là, observant les voitures et leurs conducteurs. Elles seraient ainsi des balises d'observation extraterrestre dissimulées. Après tout quoi de mieux qu'une chaussure puisqu'il y en a des milliards sur terre.

Ou encore ne seraient-elles pas une nouvelle forme d'exécution? Elles sont usées jusqu'à la corde, n'est-ce pas? Comme si des personnes avaient été désintégrées sur place et qu’il ne restait de leur passage qu'une chaussure, unique survivante et témoin du drame.  

S’agiraient-ils plutôt d’avachis maladroits? Des imbéciles qui roulent en voiture, un pied par la fenêtre (le passager, hein, pas le conducteur) et perdraient leur chaussure à cause de la vitesse ?

Une autre théorie qui me plait bien : Une secte dont le but serait d'abandonner des chaussures une par une, ça et là, afin que des nouilles comme moi se posent des questions et en parlent sur leur blog? J'imagine aisément leur organisation secrète avec des forums secrets où les partisans évoqueraient leurs prochains attentats: "alors ma prochaine mission est de larguer une espadrille noire sur le bord de la A1 juste avant la sortie du Parc Astérix", "super, Secretshoes! Pour ma part, j'ai prévu de balancer un escarpin rouge accroché à une converse par dessus le fil électrique face à La Poste". Peut-être pourrais-je les infiltrer afin de satisfaire à ma curiosité ?

De façon plus terre à terre, ne serait-ce pas plutôt une blague à la con? Genre y'a un lot d’imbéciles qui s'amusent à balancer la chaussure de leur pote en roulant. Trop drôle, vraiment trop drôle… je n’aimerais pas avoir ce type de « potes ».

Dans un genre plus hippie, on a aussi la théorie des "épatés de la vie" qui découvrent lors d'une randonnée que ça serait vachement plus chouette de vivre en marchant pieds nus? Ca tient la route, tant qu’ils n'ont pas testé les gravillons et l'asphalte brulante! Et puis, zut, on est dans une époque d'écologie alors plutôt que de balancer ses chaussures, autant les faire recycler ou encore les déposer dans les containers d'Emaüs. En plus, on trouve souvent une seule chaussure donc j'ai du mal à imaginer que le mec continue à marcher clopin-clopant: un pied nu, un pied chaussé. Remarquez que du coup, quand le sol est chaud, on peut marcher à cloche-pied. C'est sportif, mais c'est plausible.

Il pourrait s’agir aussi d’un rassemblement de contestataires? Genre pour militer contre la disparition du tapis de souris, y'a des gars qui remplissent leur bagnole de vieilles chaussures et les balancent le long des routes. Les gars, ça serait plus clair si vous laissiez un petit mot avec les chaussures!!! 

Je me dis aussi que La chaussure du bord de route pourrait être un témoin direct d’une vieille  superstition? Il parait que "dans le temps", les mariées lançaient une chaussure à leurs demoiselles d'honneur, celle qui l'attrapait était sensée se marier dans l'année. Il s'agit donc peut-être de chaussures abandonnées par des demoiselles d'honneur qui ne se sont pas mariées? Enfin non… ça ne tient pas la route car il y a aussi des chaussures masculines. Par ailleurs, de nos jours, on balance plutôt un bouquet de fleurs, ça fait moins mal quand tu te le prends dans la tronche…

Mon côté enfantin me dit que l’explication est plutôt à trouver dans les histoires fantastiques. Celle-ci s’intitulerait Shoes Story. Peut-être que comme dans Toy Story où les jouets s'animent, les chaussures ont une vie en dehors de nos pieds! Peut-être que parfois elles en ont marre de vivre à deux. Comme dans tous les couples il y a des hauts et des bas, et puis elles ne se voient pas souvent: quand l'une est devant, l'autre est derrière et vice versa. C'est pas évident de s'entendre dans ces conditions… Peut-être aussi que parfois, elles ne supportent plus leur boulot si ingrat: odeur, humidité, ongles mal coupés, griffures, coups, pluie, boue… Y'a de quoi péter les plombs et tenter une fugue. Mais souvent, le plus dur est de revenir et certaines échouent lamentablement sur le bord des routes. Triste histoire… Toy Story c'est plus sympa quand même.

Pour terminer dans mes théories sérieuses sur le sujet, il y a aussi celle liée à la désinvolture de l'humanité. L'être humain n'est-il pas tout simplement négligent? Jeter ses vieilles chaussures sur la route, comme certains jettent leurs papiers, leur chewing-gum ou leurs emballages McDo. L'être humain, dans toute sa splendeur, égocentré au possible, insensible aux effets à long terme de ses actes. "D'autres répareront mes erreurs" ou "D'autres feront à ma place". Illusion de l'invulnérabilité. Quel bel effet de groupe!

Finalement, la Chaussure du bord de route serait un bon thème de recherche en psychosociologie!

Ste

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