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Le défi du samedi
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4 avril 2015

Changement d'heure et de bonheur (Joe Krapov)

Le cadran solaire désespère
L’encadreur qui s’arrête un quart d’heure,
le cadreur qu’on ne voit pas sur l’écran,
Le cardeur qui a pété un cardan,
Le coiffeur emprisonné dans son carcan
Pour avoir profané avec ardeur
A l’épiphanie, quelle horreur, 
L’épi fané de Fanny Ardant.

Le cadran solaire désespère
De nous voir jouer les pervers
Avec le temps deux fois par an :
Samedi dernier encore nous l’avons arrêté,
Tous ont perdu une heure
De sommeil et de rêve,
De repos du guerrier,
De trêve
De confiseur.

C’était au soir de ce concert
Donné dans une boucherie
Nous y avons bien ri
Et mangé du dessert ;
Mais plus tard dans la nuit
Nous avons suivi le bœuf
Des technocrates à crâne d’œuf
Qui passent à la moulinette
La Nature et nos amourettes
Et à l’heure d’hiver ou d’été
Le troupeau des moutons bêlants
A qui on vole le printemps
Et les ors de l’automne
Sans faire de quartiers.

Seule à coincer la bulle
Sans se soucier de l’heure
Lina la somnambule
Faisait notre bonheur
Faisait notre bonne heure
D’une chanson de Gainsbourg :

 


Le cadran solaire désespère :

Pendant six mois il a tout faux
Alors qu’il a toujours raison :

"L’une sera notre dernière",
Elle éclipsera le soleil
Derrière un nuage de brume
Et nos costumes
Et nos coutumes
Seront posthumes.

Le cadran solaire désespère
Lorsque tout gris passent les jours
De notre comique trip,
De notre comic strip,
De notre débandade,
De notre destinée,
De notre prébende décimée.

Le cadran solaire désespère :
Avec le nez toujours en l’air
Jamais il ne verra,
A lui tourner autour,
La petite trotteuse
Aguicheuse
Des montres, toquantes toquées
Des orfèvres du Quai.

Jamais il n'entendra
Le petit tralala

D’une Suzy Delair,
Le quart ou demi-tour
D’une fille d’amour,
D’une petite reine
Qui ne lui ferait compter que les heures sereines,
D'une brave Mar-gnoMonique embobineuse
Qui rendrait sa vie lumineuse ! 

DDS 344 103110124

 

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28 mars 2015

Mise au point (Walrus)

Me croirez-vous si je vous dis que je me trouvais aux côtés de MAP
quand elle a pris sa photo ?

Sauf que sur mon appareil, la mise au point était un peu meilleure.
Et sauf aussi qu'une branche basse me cachait une partie de la vue.

Mais j'ai réussi à prendre deux photos.

Je les ai assemblées : on y distingue un peu mieux la dame en rouge...
et son déhanchement !

 

La dame en rouge

21 mars 2015

Participation de Fairywen

Orage de bois.

 

Falko ferma la porte avec précipitation, en luttant contre le vent qui forcissait. Il était trempé des pieds à la tête et dégoulinait sur le plancher, ce qui eut visiblement le don d’amuser les deux chatons-fées, qui s’arrêtèrent de jouer pour le regarder d’un air positivement ravi.

« Suffit, vous deux, grogna-t-il en leur jetant un regard peu amène, je ne veux pas entendre une seule petite pensée !

— Déshabille-toi, sourit Ysaline en lui tendant une serviette, tu te rappelles ? J’ai un charme contre les cheveux mouillés. J’ai aussi un sortilège pour sécher les vêtements trempés, et une potion magique pour réchauffer les personnes gelées.

— C’est quand même incroyable, ce que tu me fais faire…, soupira le jeune homme en souriant à son tour devant ce rappel de leur première rencontre, je peux savoir pourquoi tu as insisté pour que je sorte ce vieil escalier sous cette pluie battante ?

— Parce que c’est le premier orage du printemps, le taquina-t-elle en commençant à lui sécher le dos.

— Ah, mais c’est bien sûr, que suis-je bête… Tout le monde sait qu’on sort les vieux escaliers dans la cour au premier orage de printemps… »

Ysaline riait franchement, cette fois. Elle se dressa sur la pointe des pieds pour embrasser doucement les lèvres de son compagnon :

« Tu comprendras bientôt, je te le promets. Et puisqu’est-ce qu’un tout petit escalier pour un grand costaud comme toi, mmm… ? »

Falko envisagea un instant de répliquer, puis préféra renoncer sagement, se contentant d’enfiler un jean sec et de s’accouder à la fenêtre pour attendre la fin de l’orage.

 

Enfin la dernière goutte de pluie tomba. Sur les indications d’Ysaline, il ramena l’escalier à l’intérieur et le posa dans un coin du salon, à l’angle d’un mur.

« Et maintenant ? fit-il en regardant l’escalier qui ne menait nulle part.

— Regarde… »

Cela commença doucement. Tout doucement. D’abord un petit bourgeon, puis un autre, et un autre encore. Puis un petit arbre dans un coin, et un autre, et une colline couverte d’herbe. Suivie d’une autre sur une autre marche. Et encore d’une autre. Et soudain le claquement d’un petit volet qui s’ouvrait dans une marche. Une porte dans une autre. Et des maisons. De jolies petites maisons avec une cheminée qui fumait poussaient l’une après l’autre contre le mur sur lequel s’appuyait l’escalier qui ne menait nulle part.

Fasciné, Falko détaillait le village miniature qui prenait naissance sous ses yeux. Il entendait des rires semblables à des clochettes venir des maisonnettes et des chansons sortir de l’intérieur des marches. Le vieil escalier de bois devenait vivant sous ses yeux ébahis…

« C’est… c’est quoi ? finit-il par bafouiller à voix basse.

— Un escalier de fées. Il n’en existe que très peu de par le monde, car ils sont très difficiles à fabriquer. Il faut trouver un frêne qui meurt au moment où l’aube se lève et prendre un morceau de la plus grosse branche en partant de l’endroit qui est attaché au tronc, et ensuite tailler l’escalier avec des outils magiques. Puis il faut attendre le premier orage du printemps pour que la pluie baigne l’escalier et l’éveille à la vie. Alors seulement il fabriquera un village de fées.

— Mais… et les fées ? D’où viennent-elles ?

— De partout. Des fleurs, des arbres, des rivières… Lorsque tu as sorti l’escalier, tout à l’heure, et que les premières gouttes de pluie l’ont touché, il les a prévenues et elles sont arrivées. Elles étaient là, tout autour de nous. Elles attendaient.

— Je n’ai rien vu…

— Elles étaient là, pourtant. Tu n’as pas regardé. Vois, à présent. »

Falko passa son bras autour des épaules d’Ysaline pour la ramener contre lui. Il voyait, à présent. Il voyait les lueurs vives qui dansaient autour d’eux, il entendait les “mercis” tintinnabulés par les fées, et une grande paix descendit sur son cœur.

Dans le soir qui tombait, les petites maisons des fées s’illuminèrent une à une…

Où retrouver Falko et Ysaline.

Défi 342 du samedi 14 mars 2015

 

 

 

 

14 mars 2015

Palinodies sur palimpseste (Joe Krapov)

DDS 341 barbe-bleueL’oubli du donjon

Le château s’étend tellement loin maintenant
Que le donjon se sent
Comme promis aux oubliettes ;
D’ailleurs sa porte est condamnée.
C’est là son triste sort que personne n’y entre,
Pas même sœur Anne à la tour
Mais elle en a tant dans son sac !

 

 

 

DDS 341 Didon-Enee-r1

Ce qui se passait dans la garde-robe

- Tu veux savoir le pire, Enée ?
Quand Madame à sa tour montait,
Quand ta dame était tourmentée,
Pour qu’elle cesse de dédaigner
Les joies et bonheurs de la vie,
Par bouffonnerie je vêtais
Ses habits et elle riait
Elle riait, dis donc, Didon !
Elle riait car, vois-tu,
Eh bien, ses beaux atours m’allaient.
Voilà, tu sais le pire, Enée.

 

 

 

DDS 341 verrou

Les pièces verrouillées

L’itinéraire de délestage
Vous conduit au 3e étage ;
Les gestes
Y sont lestes
Et l’âge
Plutôt volage ;
Bagatelle
Dans la dentelle
Et pourtant
- C’était tentant -
Il y a du lourd
Dans le velours !

 

Le rapport de Tartem-es-pion sur ce qui se passe aux jardins

Il paraît que les jardiniers
Chantent « Sous les palétuviers »
Nous le savons de source sûre,
Informés par Dame Serrure
Epouse Toutencarton,
Pauline de son prénom,
Concierge de son état
Qui nous chanta :
« C’est par le trou
Qu’on connaît tout ! ».

 

Ce qu’en disent les chevaux de retour

Quand le palefrenier par malheur n’est pas là
- Quelquefois il s’occupe de Lady Godiva ! -
Lady Chatterley pâlit.
Les fessiers déprimés n’aiment que l’écurie,
Prince Augias.
Il se passe au palais des choses dégoûtantes.
Appelez Hercule, au moins !
Faites cesser ce foin,
Nettoyez l’incurie,
Dont notre rapière est marrie !


Dans un salon du XIXe (étage, siècle, arrondissement ?)

Sur son divan de moleskine
Sophie, comtesse Rostopchine,
Aide le général Dourakine,
Complètement imbibé de kvas,
A organiser le complot
De la prise de Palavas-
Les-Flots
Afin de voir le bout du bout

Ils sont entourés de lumières
Et l’on rapporte
Qu’a un projet de cette sorte
Certaines lampes adhèrent

 

DDS 341 dubout

 

Réaction royale

Moi, Louis-Philippe XII, roi de France et de Pologne, je déclare ceci : la rumeur selon laquelle, en des parties reculées de mon palais, on ferait subir à mes opposants le supplice du pal, est sans fondement.

 

De la cuisine littéraire

Dans un coin du palais,
Une dame tartine
Tartine,
Tartine…

Et toi, que fais-tu d’autre, Joe Krapov ?

28 février 2015

Un vieux portemanteau en bois par bongopinot

bo01

 

Un morceau de bois fixé au mur

    Avec un ou plusieurs crochets

    En laiton, fer ou plastique dur

    Accueille vêtement chaud ou léger

   

    Le portemanteau  sur pied

    Se trouve très vite déguisé

    De vestes, blousons joliment installés

    Il a un côté pratique et facile à utiliser

 

    Et les portemanteaux anciens, en bois

    Me rappellent les couloirs de mon école

    Où je déambulais des heures parfois

    Sans courir pour suivre le protocole

 

    Ils étaient placés à côté des salles de classe

    Pour accueillir une quinzaine de blousons

    On y accrochait nos vêtements, on allait à nos places

    Dans l’odeur de craie, nous récitions nos leçons

 

    Mais c'est dehors que l'on avait trouvé

    Le plus élégant le plus rustique le plus beau

    Un arbre gigantesque aux branches dénudées

    Qui pour nous s'était gentiment improvisé portemanteau

 

    Une petite photo d'un portemanteau

    M'a ramenée dans un temps vieilli

    Aux couleurs de tendresse et aux doux mots

    Un bien agréable moment de mélancolie

 

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21 février 2015

Participation de Nhand

QUELQUE CHOSE DU PARADIS

 

 

Le paradis n'est pas ici...
Le ciel se moque de la terre
Et quand il nous tombe dessus,
C'est pour nous hurler sa colère.

Le paradis n'est pas ici...
Le ciel ne pense qu'à sa pomme
Et quand il nous crache dessus,
Ce n'est pas pour être économe.

Moi, je ramasse les pépins
Qu'il égare au pied des sapins,
Puis, je les plante et les arrose
Pour qu'ils me donnent quelque chose
Du paradis ;
Je vous le dis,
C'est ainsi – ne lui en déplaise –
Qu'au lieu d'enrichir le malaise,
En attendant les grands honneurs,
Je cueille des petits bonheurs
Sous les nuages
Et leurs outrages.

Le paradis n'est pas ici,
Mais il est un peu là quand même,
Entre le chagrin, le souci,
La mitraille et le chrysanthème...
Le reconnaîtrez-vous aussi ?

 

 

LOGO NH-PF

21 février 2015

Eclats du paradis (Joe Krapov)

DDS 338 Eclats du Paradis


S'il faut montrer, ce samedi,

Quelques fragments de paradis,
Tant pis si ça paraît étrange :
Voici comment je vois les anges !

D 96 09 23 Saint-Pol de Léon - Défilé - Danseurs volants 2


Moi, je n'en fais pas un mystère

Mon paradis est sur la Terre !
Un bord de mer en Finistère
Et la Bretagne est Univers !

D 96 09 04 Coucher de soleil à Plouescat


Ceux qui rêvent jusqu'à plus soif

D'un séjour de paix éternelle
Grand bien leur fasse !

D 96 09 28 Saint-Pol de Léon - Petits sauniers de Guérande


Désolé si ça les décoiffe :

Je préfère à ça les dentelles,
Les sourires et le temps qui passe...

D 96 09 31 Saint-Pol de Léon - Contrejour de coiffe fouesnantaise


...Sans que l'on ait à regretter

La longueur de l'éternité !

D 96 09 02 Coucher de soleil à Plouescat

 

Photos prises à Plouescat et Saint-Pol-de-Léon (Finistère) en juillet 1996

21 février 2015

Participation de JAK

ja01

Le Paradis, que ne m’a-t-il pas fait rêver ??? Dans mon enfance un chemin pentu, pas loin de la ville y menait péniblement. Tous les Jeudis,  avec les copains, filles et garçons,  nous nous y accédions  pour découvrir, on ne  savait trop quoi.

Chaque fois c’était la même  sensation d’une expédition  vers l’inconnu. En bordure du chemin pierreux,  des arbres aux ramures excentriques nous lorgnaient  nous tendant  leurs bras tortueux. Nous en  cherchions un  accessible, pour l’escalader, et,  de sa cime découvrir la cité qui s’agitait à nos pieds, refaisant, du haut de cette citadelle, un monde, et celui-ci alors, nous appartenait.

Il y avait aussi à quelques pas,   un immense comble, un abime,  broussailleux que  les ronces avaient capté  et transformé en   un  royaume sinistre. L’enfer ?  Nous imaginions l’antre de quelque Diable-Sorcier, mais au grand jamais nous ne l’aurions exploré pédibus. Seuls nos yeux s’y activaient et  le scrutaient, sans cependant y  déceler la moindre  trace de l’autochtone sorti de notre imaginaire… le mystère demeurait entier…

Les anciens certifiaient     que le soir venu il s’y tramait des choses étranges… Une Dame blanche y rodait…. Mais notre courage émérite ne nous permettait pas d’aller en vérifier la véracité aux heures tardives. Nous avions, devant  cette énigme  menaçante,  une curiosité bien velléitaire. 

Je n’ai jamais su pourquoi cette grimpette se   nommait  rue du Paradis, mais pour nous c’était l’ouverture vers la porte d’un  éden imaginaire qui nous captivait  et concrétisaient nos angoisses de pré adolescents.

Et nous étions heureux d’être tous ensemble. N’était-ce pas là, le plus beau des Paradis.

 

 

Puis l’âge venant, j’ai pensé que le paradis, paradigme éternel de la soif de bonheur, n’existait pas. Trop de souffrances semblaient l’interdire.

Alors,  je n’ai pas cherché à savoir si il existe, je me suis contentée de savourez chaque moment.

Telle est a été et demeure ma  conception, et je cultive toujours, peut-être naïvement,  quelques coins paradisiaques,

 

Finalement,

Brin de  Paradis,  ou embuche    embarquée  sur les  rives du Styx,  à chacun son choix.

 

 

Le Paradis l'ami Georges l'a si bien chanté

14 février 2015

C'est robot pour être vrai ! (Joe Krapov)

Mélanger l’us de Millet et la coutume de Millau qui consiste à jeter du haut du viaduc les moutons trouvés sous le lit de la bergère ;

2015 02 12 Jean-François_Millet_fiadeira dark vador


Confondre, sans déférence, séquelle, séquence, fréquence, Fasquelle, préférence et prequel sans voir que la saga rend le lecteur gaga ;

Traduire par « La guerre des étoiles » ce qui était outre-Atlantique « Les guerres de l’étoile » mais de l’Etoile à la Concorde le vieil orchestre à mille cordes ne joue qu’au temps des Champs-Elisez-moi ;

2015 02 12 Jean-François_Millet R2D2


Mettre la charrue avant les bœufs, crier « Houe Houe » comme un fantôme ;

2015 02 12 l'homme à la houe


Se désoler : le Champagne n’est pas pour tout le monde, il y a la dream team et le couple plus souple qui trime sous sa coupe, et l’envol des soucoupes préfigure le crime ;

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Lancer l’alarme : Marre de ces armes ! Arrêtez votre cinéma ! Cessez vos guerres !

Rêver à l’heure de l’Angelus qu’un ange vienne sonner les cloches de ces « élus ».

2015 02 12 Angélus de Millet réduit

 

14 février 2015

La Théorie du Chaos (Fairywen)

La Théorie du Chaos.

Le Tisseur se raidit en regardant l’image qui se dessinait sur sa toile. C’était impossible, juste impossible… Il ne pouvait y avoir deux choses aussi contradictoires dans la même toile… D’un côté, un paysan derrière son cheval, en train de labourer son champ. À côté de lui, un soldat de l’Empire Galactique, et dans le ciel, des vaisseaux spatiaux ! C’était du grand n’importe quoi. Les Mondes ne devaient pas se mélanger. C’était interdit. Dangereux.

Comment cela avait-il pu se produire ? Il était un Tisseur expérimenté, qui créait des Mondes depuis des décennies. Oh, bien sûr, au début, il avait fait quelques petites erreurs, comme tout le monde. Rien de dramatique. Il avait toujours réussi à les rattraper. Mais là… Mélanger des Mondes, même un débutant ne le faisait pas ! Alors un Tisseur de son niveau…

Furieux, le Tisseur s’approcha de la toile et l’examina attentivement durant de longues minutes. Et il finit par voir. Un tout tout petit minuscule accroc, fait par l’aile d’un papillon qui passait par là… Un accroc qui avait mélangé deux Mondes en création, un petit rien qui pouvait aboutir à une destruction apocalyptique.

Le Tisseur s’empressa de saisir ses instruments pour réparer la déchirure. Le laboureur continua à labourer tranquillement son champ. Le soldat et les vaisseaux retournèrent livrer leur guerre impériale. Le Tisseur contempla un instant ses œuvres, satisfait du travail accompli. Puis il saisit doucement le papillon entre ses mains et le relâcha par la fenêtre, qu’il referma ensuite soigneusement. Certes il faisait beau dehors et l’air printanier transportait des fragrances délicieuses, mais pas au point de risquer la mort d’un Monde, tant il est vrai que le battement d’une aile de papillon dans un point de l’Univers peut déclencher l’apocalypse à l’autre bout des Mondes…

Illustration défi 337 du samedi 7 février 2015

7 février 2015

Participation de Nhand

 

 

Maurice et Nathalie viennent d'apprendre qu'ils vont avoir un fils. L'inévitable question du prénom est posée sur la table.

- On l'appellera Maurice, évidemment.
- Oh non, pitié !
- C'est la tradition dans la famille, tu sais bien. Tous les premiers nés reçoivent Maurice comme prénom, ça fait des générations que ça dure, je tiens pas à briser la chaîne.
- C'est ridicule... En plus, il est horrible, ce prénom !
- Je te permets pas...

Nathalie marque une pause, avant de poursuivre, malicieuse :

- Bon, d'accord, va pour Maurice...
- Puisque je te le dis !
- À une condition...
- Laquelle ?
- Que tu me laisses coucher avec Gérard.
- Quoi ?!
- C'est la tradition dans ma famille, toutes les femmes ont trompé leur mari.
- Non mais t'es complètement folle, ma parole !
- Ah, tu fais moins le malin, là !
- Pas ma faute si tu descends d'une famille de dégénérés !
- Alors, on garde toujours Maurice ?
- Chantage !
- Tu vois que suivre les traditions pour suivre les traditions, ça veut pas dire grand-chose...

Maurice, pensif, chiffonné, se gratte nerveusement la tête et finit par demander :

- Mais, dis-moi... Il te plaît, Gérard ?
- Ah, s'il était moins chauve et moins fauché...

 

 

LOGO NH-PF

7 février 2015

la clé (Fairywen)

 

La clé.

Chaque année, en fin d’année, le même cérémonial se reproduisait au quartier général des Forces Spéciales Intergalactiques. Une tradition à la fois attendue et redoutée, car il ne s’agissait rien moins que de décerner le titre de meilleure recrue de l’année. Quoique, depuis un certain nombre d’années, la place de champion ne passionnait plus grand monde, tant l’identité du gagnant était certaine. Les paris s’ouvraient plutôt sur la place du second.

Car nul ne doutait que le premier serait encore et toujours le Chasseur. Il était le meilleur depuis son arrivée. Même après avoir été interné plusieurs mois en camp disciplinaire, il avait réussi à rafler le trophée. Bien sûr, ses succès lui valaient beaucoup de jalousies.

Il s’en moquait. Royalement.

 

Et pour la première fois, il se moquait aussi d’avoir gagné. Il s’en moquait même complètement. Car au fond de son cœur, il estimait avoir subi le plus cuisant des échecs. L’Ombre lui avait échappé. Encore et encore. Il l’avait traquée de planète en planète, l’avait approchée à maintes reprises, mais toujours elle s’était enfuie. Il savait bien que dans son dos, on se moquait de ses mésaventures. Car non contente de lui échapper, l’Ombre l’avait souvent ridiculisé. Comme cette fois où il s’était retrouvé attaché et littéralement emballé par un gros nœud rouge… Oh, l’Ombre avait bien tenu sa promesse, elle avait effectivement appelé les forces de l’ordre du coin pour venir le libérer. Mais elle avait pris soin d’appeler une équipe de femmes, et pendant des mois, il avait dû endurer les sourires entendus de ses collègues masculins.

Jusqu’à ce que ses poings finissent par ramener tout le monde à la raison…

 

Morose, le Chasseur avala d’un trait son énième verre de whisky. Il s’était éclipsé dès qu’il avait pu, et noyait ses déconvenues dans l’alcool. Il jeta un regard désabusé à la médaille qu’il arborait. Elle lui importait si peu qu’il avait pensé la refuser, mais la tradition était la tradition, et il avait supporté sans broncher des félicitations qu’il n’estimait pas mériter.

« On ne t’a jamais dit que l’alcool était mauvais pour la santé ? susurra une voix derrière lui, non, ne te retourne pas. Il y a une arme plantée dans tes reins. »

Le Chasseur s’était raidi en reconnaissant la voix de l’Ombre. Comment osait-elle entrer dans un bar empli de flics ? C’était… insensé, suicidaire… et digne d’elle.

« Tu sais qu'il suffit que je dise un mot pour que tout le bar te tombe dessus ? répliqua-t-il sur le même ton.

— Mais ce mot, tu ne le diras pas, Chasseur. Je suis armée, dangereuse, et je ferais beaucoup de dégâts dans un espace aussi restreint. Et surtout, tu ne supporterais jamais qu’in autre que toi m’arrête.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— T’offrir un cadeau, bien sûr. Ce n’est pas une tradition, d’offrir un cadeau au gagnant ? »

Une main passa à côté de lui, une main fine, mais qu’il savait forte, et déposa une clé sur le bar.

« Chambre 7, au Paradise. Garde tes médailles, j’adore ça. »

Elle s’évanouit aussi silencieusement qu’elle était venue. Il ne se retourna pas, il savait que c’était inutile. Mais il ramassa la clé et la mit dans sa poche. Il s’en voulait de ne pas pouvoir résister. Elle avait à peine posé la clé qu’il savait qu’il la rejoindrait dans la chambre 7 du Paradise.

Ça aussi, c’était une tradition. Ennemis, amants, ils se combattaient et s’aimaient tout à la fois. Il ne savait pas lui résister, et cette fois encore, il irait la retrouver.

Pour l’aimer jusqu’au bout de la nuit…

Retrouvez l'Ombre et le Chasseur ici.

Défi 336 du samedi 31 janvier 2015

 

31 janvier 2015

Participation de Nhand

Ô STUPEUR !

 

 

Je le croise au détour d'un pont,
Un de ces ponts que, par caprice,
Le destin vous fait emprunter
À l'heure qu'il juge propice.

Son saisissement me répond ;
Sur sa grimace, je peux lire
Qu'un frisson vient de l'affecter,
Qu'il se demande s'il délire...

J'en suis moi-même tout hagard,
À m'en déchirer le regard !

Plus un bruit ne rythme la ville,
Hormis celui des mots manquants ;
Nous ne parlons que le langage
De nos silences éloquents.

J'avais l'espace de mon île,
Ses couleurs, son unicité...
Il n'était qu'à moi, ce visage,
Mais ce n'est plus la vérité.

Non, mon sens de la fantaisie
N'aurait pas conçu ce sosie !

 

 

LOGO NH-PF

31 janvier 2015

L'arbre (Fairywen)

 

L’Arbre.

 

Aujourd’hui je vais vous raconter une histoire vraie. Une histoire que j’ai vécue quand j’étais une petite fille. Pas avec mon langage de petite fille, certes, mais en retrouvant les sentiments que j’avais éprouvés à l’époque.

Je venais de traverser le petit pont de bois pour aller lire perchée dans mon arbre préféré lorsque, par un caprice qu’aujourd’hui encore je ne saurais expliquer, j’ai décidé de changer d’endroit et d’aller vers la clairière, pour y lire au pied d’un chêne où venaient souvent marauder des écureuils. Dans le secret de mon cœur, je me disais que, si je ne faisais pas de bruit, ils viendraient peut-être jouer autour de moi. J‘avançais sur le chemin au rythme de la chanson que je fredonnais dans ma tête, et ne tardais pas à arriver à destination.

Et c’est alors que je vis la chose la plus extraordinaire qui soit… Devant moi, le tronc d’un arbre était ouvert en deux. Un immense espace séparait les deux moitiés du tronc, et dans cet espace brillaient toutes sortes de couleurs de bleus. Je me suis approchée avec un frisson, en prenant garde à ne pas déchirer ma robe sur les ronces.

Le spectacle était tout simplement magnifique… Des poissons nageaient dans l’eau claire entre les deux morceaux du tronc de l’arbre, allant et venant au-dessus d’un paysage sous-marin d’une rare beauté. Parfois la nageoire de l’un d’eux crevait la surface liquide en suspension, et quelques gouttes salées m’éclaboussaient. Je n’ai jamais su combien de temps j’étais restée là, à regarder le merveilleux spectacle. Et puis, tout doucement, le tronc s’est refermé et je suis allée m’asseoir sous mon chêne.

Je n’ai pas lu, ce jour-là, mais j’ai rêvé. Et comme je ne bougeais pas du tout, les écureuils sont venus.

 

Improbable, mon histoire ? Vous en êtes sûr, jeune homme ? Regardez donc là-bas, sur mon étagère… Oui, là-bas ! Vous voyez ce coquillage ? Je l’ai ramassé ce jour-là dans la forêt, au pied de l’arbre magique. Et ne me regardez pas avec cet air indulgent, je vous prie. Je suis peut-être une vieille dame, mais j’ai encore toute ma tête, et je sais bien ce que j’ai vu ce jour-là dans la forêt.

 

Pensif, le jeune homme sortit de la chambre de la vieille dame. Bien sûr, il ne croyait pas un mot de son histoire, bien qu’elle soit très jolie. Il ne remarqua pas qu’à son tour il traversait le petit pont de bois et suivait le chemin vers la clairière. Ce ne fut que lorsqu’il arriva devant l’Arbre qu’il se demanda quel caprice du destin l’avait conduit là, au moment précis où le tronc s’ouvrait devant lui.

Ce qu’il vit ? Nul ne le sut jamais, sauf peut-être les écureuils, qui confièrent au vent qu’il était entré dans l’espace entre les deux moitiés du tronc et n’en était jamais ressorti. Le vent, à son tour, rapporta l’histoire à la vieille dame, qui sourit en silence et reprit son livre.

 

Improbable, mon histoire ? Vous êtes sûrs… ?Auriez-vous le courage de franchir le petit pont de bois et d’aller jusqu’à la clairière où se trouve l’Arbre… ?

Défi 335 du samedi 24 janvier 2015

24 janvier 2015

Participation de Nhand

JE NE SAIS PLUS

 

 

Je ne sais plus
Ni son nom, ni son rire,
Je ne sais plus
Ni mon mal, ni mes larmes,
Je ne sais plus !
Ma mémoire, à vrai dire,
A coupé les alarmes
Des réveils du passé ;
Tout doit être effacé,
Enterré sous la cendre !

Je ne sais plus
Quel démon ou quel ange,
Je ne sais plus
Qui partageait mon rêve,
Je ne sais plus !
Mais je le trouve étrange,
Ce soleil qui se lève...
Pourquoi me fixe-t-il ?
Que me murmure-t-il ?
Que me faut-il comprendre ?

Promesse d'amour ? C'est trop tôt,
Je ne suis encore qu'un leurre
Que l'oubli façonne au couteau ;
Je ne sais plus aimer, pour l'heure...

 

 

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24 janvier 2015

Amné-drôle de mu-sique ? (Joe Krapov)

02 A Oncle armand 02 1

Comment ai-je pu oublier l’oncle Hubert ? Aurais-je trop bu de vodka polonaise au petit-déjeuner ? Je n’ai pourtant jamais forcé sur le Beaujolais avec le camembert !

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de cours d’anglais ? J’ai fait allemand 1ère langue, russe en deuxième et latin sans messe en supplément !

J’aurais eu un oncle Armand ? Et il se serait produit à l’Olympia ? Moi qui pensais être le seul artiste de la famille avec mon frère William ! Et encore pour gagner ma vie j’ai été obligé de bosser sous pseudonyme dans un restaurant mexicain !

Oubliée aussi la tante Louise ! Mais par contre je me souviens bien des Loiseau. Non, pas ceux qui oeuvrent dans Tintin – Le Secret de la Licorne – mais ceux bien plus sympas qu’on a connus en Auvergne quand on allait là-bas pour des vacances forcées – on peut oublier Palerme mais pas La Bourboule ! Ils étaient apparentés avec Bernard Loiseau, le célèbre restaurateur de Saulieu. Mais pourquoi aurait-il donné à son restaurant parisien le nom d’une tante mienne ? Oui, je sais, Louise est un prénom de plus en plus répandu.

Quant à tante Jeanne, aucune trace dans ma mémoire d’un mélange de macédoine et de tiramisu. Ou alors j’ai oublié, ou j’étais parti à l’opéra voir les p’tits rats, mi soûl, Mitsou, Missouri un soir où ça sentait le roussi.

 

DDS 334 Hélène

J’ose à peine me souvenir que je suis descendu dans le gouffre de Padirac. La photo de la famille dans la barque a longtemps trôné sur le buffet dans la cuisine de mes grands-parents. Qu’est-elle devenue ? Maintenant qu’ils ne sont plus là, elle est peut-être chez Tonton Georges ? Mais à part ça, je n’ai rien fait d’autre en matière de spéléologie. Et surtout pas en galante et russe compagnie ! J’eusse été bien en peine de folâtrer avec une Natacha car je n’en ai jamais connu aucune ! Tout juste ai-je retenu le patronyme de Natacha Lindinger qui jouait le rôle d’Hélène Châtelain dans les premiers épisodes de Nestor Burma.

Alors ? Pourquoi ai-je les prénoms de cette famille inconnue dans la tête ? Pourquoi aurais-je rendu visite à ces ancêtres à l’époque où j’étais au lycée Franklin à Lille ? J’habitais à vingt kilomètres de là et je n’y connaissais personne chez qui aller aux intercours, à part le Furet du Nord vers qui je courais-courais pour y lire des bédés.

M’aurait-on implanté, comme dans un roman de Philip K. Dick, des faux souvenirs ? Pour obtenir quoi ?

Ou alors… Ne devrais-je pas me rendormir pour oublier ce drôle de rêve ? Il est six heures du matin. J’ai encore droit à une heure de sommeil. Oui c’est ça. Je suis au lit, c’est mon inconscient qui délire. Je replonge.

Et puis le réveil a sonné. Je me suis levé, l’air maussade. J’ai posé le pied sur la feuille aux six paragraphes de texte avec à droite les accords de guitare et de ukulélé.
Avant que je parte au boulot, Marina Bourgeoizovna m’a dit :
- Tu ne t’es pas foulé, pour le prochain Défi du samedi, avec ta chanson hôn !

Le matin elle est comme ça, pur jus, la vérité crachée en face, franche du collier, comme toujours.

- Attends, que je lui ai dit, j’ai quand même composé la musique ! Et puis vous avez bien rigolé avec Anita hier soir quand je vous ai fait écouter l’enregistrement, non ?

FillonC’est vrai, les paroles sont de Vegas-sur-Sarthe. Et, oui, c’est un mélange de mémorisation triviale et de poursuite de nostalgie, mais quoi ? C’est drolatique, on est dans la même veine, quelque part, lui et moi, à aller au charbon chaque jour en écrivant et moi ça me fait bien marrer cette polyphonie d’un jour pondue à l’instigation de tiniak. Un vrai défi, bien relevé, bien piquant, non ?

- Tu ne vas quand même pas prétendre que c’est François Fillon le plus grand comique de la Sarthe ? ai-je demandé.
- Je n’ai pas dit ça ! a-t-elle répondu. Allez va bosser ! Oublie !

Oublier ? Je ne peux pas ! Je suis hypermnésique ! Et c’est de pire en pire ! La preuve : maintenant je me souviens même de la famille des autres ! Je la connais par cœur la chanson !  

17 janvier 2015

Cicatrices (par joye)

L’attaque fut brutale mais sommaire.

À moment donné, il y a vingt mois, deux semaines, et trois jours, entre 17h45 et 18h, un soir pendant qu’elle rentrait du boulot, ma femme fut attaquée. Battue. Violée. Meurtrie. Défigurée.

Autant qu'on puisse savoir, son assaillant réussit d’abord à lui casser le bras gauche et la cheville droite en la jetant par terre. Ensuite, il dut piétiner sa tête, écrasant la moitié droite de son visage contre le trottoir. Grâce à un miracle quelconque, il ne lui brisa pas le cou.

Et, pendant qu’elle saignait, pendant qu’elle souffrait, pendant que sa mâchoire ruinée l’empêchait d’appeler au secours, il lui fit une dernière violation.

Il dut lui cracher à la figure avant de se sauver. J’espère qu’elle était inconsciente, qu’elle ne se rendait pas compte que tous ces passants, rentrant à la même heure qu’elle, sur le même chemin qu’elle, ne virent rien. N’entendirent rien. Jusqu’ici, elle et moi nous n’en parlâmes pas.

Enfin, quelqu’un la remarqua dans l’obscurité, pas très loin de la sortie du métro et appela la police. Les secouristes, en arrivant, retrouvèrent  ma femme au bord du trottoir,  froissée et moite, comme un bout de papier de soie écarlate foncé et jeté au caniveau.

Je me souviens de nos retrouvailles, à l’hosto, après. Je ne regardai pas les plâtres. Je ne regardai son corps, qui paraissait bizarrement tordu sous le drap. Je n’osai pas trop regarder son visage, ni ses yeux enflés.

Muet, je ne vis que sa joue droite,  suintant comme une part de steak tartare sous la lumière d’examen cruelle au-dessus de son lit.

Vous savez, elle ne s'en souvient pas, et moi, je ne me souviens plus du tout de notre couple d’avant. Maintenant, notre quotidien est un cauchemar rouge criant, peuplé de toubibs et d'infirmières, de consultations, de marathons d’interventions chirurgicales, de médocs, de thérapie physique et psychiatrique, et encore - comme vous pouvez bien vous imaginer.

Parmi d’autres marques profondes qui resteront à tout jamais, le chirurgien ne sut pas réparer cette cicatrice énorme qui recouvre encore sa joue droite comme une toile d’araignée de filigrane,  comme des branches nues d’un arbre en hiver. Au commencement, la blessure était la couleur de la colère. D’abord rouge, puis pourpre, puis cramoisie.

Hier, pour la première fois depuis une éternité, nous allâmes nous promener au bord du lac. Assise sur un banc, elle regarda l’eau.

Moi, j’étudiai les branches de l’arbre contre le bleu clair de l’eau.

illustration

 

17 janvier 2015

bourgeon de vie (Fairywen)

Bourgeon de vie.

De l’extérieur, on ne voit rien. Rien que des écailles bien fermées qui composent un petit bourgeon accroché à la branche d’un arbre. Donnera-t-il une feuille, une fleur ou un chaton ? Pour l’instant, on ne peut rien dire. C’est l’hiver, le petit bourgeon dort sous la neige. Les scientifiques parlent de dormance, d’hormones végétales et autres balivernes, mais comme souvent, ils sont loin, bien loin de la réalité.

Car si les petits bourgeons dorment en hiver, c’est pour protéger la petite fée qui leur donnera vie le printemps venu. Le voilà, le secret des bourgeons. Chacun d’eux abrite une petite fée qui l’a construit patiemment à la fin de l’été, avant de se nicher en son cœur et de s’endormir au chaud pour se reposer. C'est pourquoi les bourgeons sont si bien fermés : pour protéger leur petite fée.

Mais voici que le printemps arrive. Les jours rallongent, il fait plus doux. Les petites fées s’éveillent doucement, s’étirent, et commencent à dorloter leur petit bourgeon. Elles le font tout beau, tout frais, tout pimpant, et lorsqu’elles jugent le moment venu, elles ouvrent délicatement les écailles protectrices.

Alors on voit sortir une feuille, un chaton, un pétale de fleur… Lorsque le bourgeon est complètement ouvert, la petite fée s’envole dans les cieux et va jouer avec ses amis durant tout le printemps et tout l’été. Mais lorsque l’automne s’annonce, elle revient vers son arbre pour commencer à construire un autre petit bourgeon dans lequel elle passera l’hiver.

 

Alors si vous voyez un bourgeon fermé, n’y touchez pas, laissez-le dormir avec sa petite fée. Car si chaque fois qu’un enfant dit “je ne crois pas aux fées”  il y a quelque part une petite fée une meurt, les petites fées meurent aussi lorsqu’on détruit leur maison…

Illustration défi 333 du samedi 10 janvier 2015

17 janvier 2015

Salut, vieilles branches (Joe Krapov)

DDS 333 branches

Dans le hamac le soleil te caresse
Tu t’ la coules douce tu te tournes les pouces
Tu y cultives le droit à la paresse
La flemme aiguë t’en fiche pas une secousse

Qu’il est donc doux de rester sans rien foutre
Tandis que tous s’agitent autour de vous
Davy Crockett affronte les hommes-loutres
Tandis que tous s’agitent comme des fous


Poil dans la main incroyab’ comme tu glandes
L’hiver dehors envahit les jardins
Il y a du givre et d’la brume sur nos landes
Dans la ch’minée tu remets un rondin

Dans l’rocking chair c’est vrai que tu t’en balances
Du froid dehors du gel sur le chemin
Poil dans la main, tu l’ regardes en silence
Et tu t’étonnes : c’est plus du poil c’est du crin ! 

10 janvier 2015

Participation de Nhand

UN CERTAIN MIROIR

 

 

D'abord, tes yeux comme un miroir
Dans lequel je me vois sourire...
Sans un mot, tu sais me décrire
La fin de tout mon désespoir.
Je me découvre et m'envisage
Heureux pour le reste des jours,
J'entends s'accorder nos tambours ;
Nous parlent-ils d'un bon présage ?

Le temps court, les saisons se font
Au soleil leur petite place,
La pluie éreinte, le vent lasse,
Mais l'été revient vite, au fond.

D'ailleurs, je ne hais point l'automne,
Jusqu'à ce maudit lundi noir
Où je ne vois dans le miroir
Que l'ombre d'une autre personne...
Je m'étais presque trouvé beau,
Voici mes charmes obsolètes,
Ce n'est plus moi que tu reflètes ;
Ta flamme change de flambeau !

Les saisons vont, le temps décampe,
Un cafard infernal, bavard,
Saigne et prend mon cœur pour buvard ;
Autant que j'éteigne la lampe !

Et puis, soudain, le désespoir,
Par enchantement, se défile
À nouveau lorsque se profile
L'éclat retrouvé du miroir...

 

 

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10 janvier 2015

De l'autre côté du miroir (Walrus)

Si l'on se met à réfléchir, à spéculer même, sur les réflexions spéculaires, on tombe vite sur les gros mots et les expressions douteuses : chiralité, énantiomorphisme, diastéréoisomères, dextrogire, mélange racémique, nomencalture Cahn-Ingold-Prelog, j'en passe et de meilleures... si, si !

 

Enantiomere-3D

 

On en viendrait peut-être même à se demander si ce mec que l'on contemple de l'autre côté du miroir et qui prend notre droite pour sa gauche, a aussi ses composants biologiques inversés ? Sa vitamine C est-elle de l'acide D-(-)-ascorbique alors que la nôtre est l'acide L-(+)-ascorbique* ?

Question oiseuse s'il en est, puisque, comme chacun sait, les images spéculaires sont virtuelles.

Le mec de l'autre côté du miroir n'existe pas, n'en déplaise à Alice et à l'Ange Heurtebise.

 


* (5R)-5-[(1S)-1,2-dihydroxyéthyl]-3,4-dihydroxyfuran-2-one
si l'on se réfère à la nomenclature évoquée ci-dessus

27 décembre 2014

Orage de Noël (Fairywen)

 

Orage de Noël.

 

Il n’avait jamais aimé Noël. Noël, ça ne signifiait rien pour ceux qui comme lui avaient grandi dans la rue. Falko n’avait pas seulement le look d’un voyou, il en était un. Dans la rue, on le respectait. On le craignait, aussi. Il tapait fort, il tapait vite, et il posait les questions après. Parfois.

Enfant, il serrait les dents pour ne pas pleurer lorsque venait Noël. À l’école, il entendait les autres parler du sapin, des décorations, des cadeaux, des repas en famille… Lui n’avait rien d’autre que les murs froids de l’orphelinat. Un orphelinat dont il avait fini par s’enfuir, se trouvant mieux dans la rue. Non, Falko n’avait jamais aimé Noël.

 

Et pourtant aujourd’hui il se retrouvait dans un magasin, en train de choisir un cadeau. Un cadeau de Noël. Car le voyou amer et cynique avait un jour rencontré une jeune femme qui avait bouleversé sa vie, une jeune femme aux yeux rieurs, qui lui avait proposé des charmes et des sortilèges pour se sécher le jour où il était entré par hasard dans sa boutique de magie pour s’abriter d’un violent orage d’été. En fait de charmes et sortilèges, il avait eu droit à une serviette, une tasse de café et un jogging pendant que ses vêtements trempés finissaient au sèche-linge. Lui qui ne croyait pas en la magie était revenu, encore et encore, jusqu’à ne plus repartir, et un jour, il avait découvert qu’il vivait avec une vraie magicienne, qui savait faire naître des étoiles avec ses doigts et créer une bulle de calme au milieu des éléments déchaînés.

Alors ce soir, pour la première fois de sa vie, il achetait un cadeau de Noël, une fine chaîne d’argent avec un cœur d’émeraude en pendentif. Il eut un sourire en coin avec quelle attention les vendeurs le surveillaient. Il aurait pu parier que l’un d’eux au moins avait la main posée sur le bouton de l’alarme. Le patron était même descendu dans la boutique et ne le quittait pas des yeux. C’est vrai qu’il dénotait un peu dans cette boutique chic, avec son jean déchiré et son blouson de cuir noir, mais il était et resterait toujours Falko, le caïd des rues.

Lorsqu’il sortit son portefeuille pour payer, il crut un instant que l’alerte rouge allait être déclenchée, mais lorsque les billets s’étalèrent sur le comptoir, l’atmosphère se détendit nettement et des sourires apparurent sur les visages. Lui ne changea pas d’expression. Simplement, au moment de sortir, il se retourna un bref instant, lança d’une voix moqueuse :

« Jamais se fier aux apparences, vous voyez… Pendant que vous étiez tous en train de me surveiller, le type sapé à quatre épingles, là-bas… Il vous a piqué au moins trois bagues. »

Falko riait encore à la pensée du branle-bas de combat qu’avait déclenché sa déclaration lorsqu’il poussa la porte du magasin animalier pour y acheter une douzaine de balles brillantes avec des grelots. Il ne s’agissait pas d’oublier les chatons-fées qui partageaient leur vie, et qui, s’ils avaient des pouvoirs magiques, étaient avant tout et pour toujours des chatons…

 

Il offrit son cadeau à sa belle Ysaline le soir du 24 décembre, trop impatient pour attendre davantage. Ils étaient assis tous les deux devant la cheminée, ainsi qu’ils aimaient à le faire durant les soirées d’hiver. Les chatons couraient partout, à la poursuite des balles multicolores, qui s’envolaient régulièrement dans les airs lorsqu’ils faisaient usage de leurs pouvoirs. Il attendit qu’elle ouvre la petite boîte, le cœur battant, et lorsque ses yeux s’illuminèrent en découvrant le délicat bijou, il sourit tendrement :

« Joyeux Noël, ma princesse. »

Sans qu’il le dise, elle sut qu’il n’avait prononcé ces mots pour personne. Elle accrocha la chaîne autour de son cou et lui sourit avant de le prendre par la main :

« Viens. Ton cadeau est dehors.

— Mon… cadeau ?

— Bien sûr. Tu ne croyais quand même pas que j’allais t’oublier ? »

Là aussi elle devina qu’il n’avait jamais eu de cadeau à Noël. Elle le prit par la main et ils sortirent dans la nuit. Toujours curieux, les chatons s’étaient nichés dans la chemise de Falko. Ysaline leva la main vers le ciel et lui dit :

« Regarde… »

Là-haut, devant la lune, il vit passer un traîneau tiré par des rennes, un traîneau qui descendait doucement vers eux pour se poser sur la neige blanche.

« C’est pas vrai…, lâcha Falko dans un souffle.

— Bien sûr que si, c’est vrai. La magie existe, Nessie existe, le Père Noël existe. »

Abasourdi, Falko vit le célèbre vieillard à la houppelande rouge et à la barbe blanche descendre de son véhicule et venir vers eux, ses yeux bleus pétillants de malice.

« Ainsi donc, c’est toi, Falko, fit-il en le détaillant des pieds à la tête.

— Vous… vous me connaissez ?

— Bien sûr que je te connais. Je connais tout le monde. Tu fais partie de ceux que je cherche à atteindre depuis longtemps, jeune homme, mais il n’y a jamais eu moyen de te faire croire en moi, et sans croyance, la magie ne peut rien. Mais tu as rencontré ma fille, et elle a réussi là où j’ai échoué.

— Votre… fille ?

— Eh oui, ma fille ! Je ne suis pas aussi vieux que j’en ai l’air, tu sais. Ce n’est qu’un déguisement que nous empruntons lorsque vient le soir de Noël.

— Em… empruntons ?

— Bien sûr. Le Père Noël n’est pas immortel, on le fait croire, c’est tout. Allez, mes enfants, je dois vous laisser, la nuit sera longue, pour moi, mais demain, je viendrai partager avec vous le repas de Noël. Bonne nuit, mes petits ! »

Le traîneau s’envola dans le tintinnabulement des cloches des rennes. Falko le suivit longtemps des yeux, tandis qu’un baume apaisant descendait sur son cœur si longtemps meurtri.

« Rentrons, murmura doucement Ysaline lorsque la tempête se leva. »

Cette nuit-là, alors que le vent hurlait dehors, la nuit fut douce dans le chalet perdu dans la montagne. Les chatons s’endormirent sur l’épais tapis devant la cheminée lorsqu’ils furent fatigués de jouer. Falko et Ysaline restèrent auprès d’eux, sans rien dire, dans les bras l’un de l’autre, juste heureux d’être ensemble.

 

C’était la nuit de Noël, la nuit de toutes les magies, la nuit où un voyou rencontra le Père Noël et sut qu’un jour quelqu’un, quelque part, l’avait considéré comme un enfant comme les autres…

 

La saga de Falko et Ysaline peut se lire ici.

Défi 330 du samedi 20 décembre 2014

13 décembre 2014

Granfrero (JAK)

GRANFRERO

 

On lui avait dit, méfie toi. : Evite de trop te dévoiler,  d’écrire mille sornettes sur le réseau,

Non, il n’en a fait  qu’à sa tête, et maintenant il est piégé.

Indicgogole   aux 100 yeux  en a fait son petit poucet…et il a  beau faire, même si il  sème des petites pierres protectrices  pour garder sa liberté c’est fini, bien fini ; il est pris dans la toile,  et l’araignée  sournoisement tisse autour de lui  un entrelacs indélébile.

Même son libre arbitre est chamboulé, il ne sait plus qui croire, les certitudes se contredisent.  La gestion de son temps devient difficile, il ne sait où donner de la tête entre les courriels  et les infos en rafale. Il ne peut plus faire un pas sans être twitté, surveillé, examiné localisé même vendu.

Un livre ou autre chose le tente,  il commande via la toile, aussitôt il reçoit mille propositions, ses goûts, ses habitudes  sont  à découverts, Granfréro  est là, il le fiche à vue et à vie !

 Que faire pour une  marche arrière salvatrice ?  Arrêter ce brouhaha. Cesser ce surf’zapping permanent qui enchaine cette intrusion dans sa vie...  Comment ne plus être zieuté, redevenir incognito ?

Soudain,  il  pense avoir  une idée de génie pour sortir de cet asservissement.

 Il se désabonne du Web pendant une semaine…

Il est désappointé, perdu.  Finis les samedis où il aimait étaler ses idées avec ses potes, terminé les images du monde, clôturé canalblog, disparu  l’outil de la connaissance…

 Alors penaud, le lundi suivant  il a réintégré son adresse mail,  son compte Google, et même  sa Facedetrombine.

Il a un peu honte de cette dépendance, mais en lot de  consolation,  il peut, lui aussi  à loisir, espionner, voir  ce qui se passe   autour de lui, savoir qui est Ki,  et ce que  ki fait en temps et en heure

Alors chassant l’hypocrisie,  il s’est crée un nouveau pseudonyme :

geekacro@j♥.org.

Et il s’est gifé  une belle carte de visite. 

defi 328

 

13 décembre 2014

Prêtez l'oreille, braves gens ! (Joe Krapov)

Octobre touchait à sa fin. Les arbres perdaient déjà leurs feuilles. C’est alors qu’un étrange phénomène se produisit. Un mimétisme végétal gagna les livres et les hommes. Des feuilles de livres jaunirent puis se détachèrent, des oreilles aussi.

Pendant que les hommes s’occupaient à ramasser les feuilles mortes à la pelle les oreilles allèrent traîner ici et là de par le monde.

Certaines, très discrètes, intégrèrent des murs pour qu’aucune information ne se perde.

D’autres qu’on appela ennemies entreprirent de devenir espionnes : elles exercèrent ce métier avec la rage et le désespoir de la vieillesse.

Certaines grandes décidèrent de vadrouiller par paires. Elles se glissèrent sous les oreillers pour recueillir des secrets d’alcôves plus ou moins goûteux. Elles en furent pour leur frais : les gens qui dormaient sur elles ne pipaient plus aucun mot : ils s’endormaient illico, ronflaient et sciaient du bois dans un sommeil des plus profonds.

Des oreilles trop indiscrètes mais trop peu discrètes se firent repérer et furent taillées en pointe.

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D’autres retournèrent à l’école, se souvenant qu’elles avaient mal écouté les leçons des maîtresses. Mais le naturel revenant au galop elles oublièrent à nouveau de qui était le silence de Ludwig Van Mozart qui suit les œuvres de Wolfgang Amadeus Beethoven et elles se greffèrent à des bonnets d’ânes. Elles allèrent au coin coiffer les mauvais élèves, ceux qui disaient non avec la tête, rêvaient des oiseaux porte-plumes, du grand chemin de fer en sortant de l’école et des oiseaux qui ne saluent plus le képi dans la cage et les ratons-laveurs.

Pendant ce temps, l’hiver était arrivé. Plus un seul petit morceau de Scaramouche ou de Georges Feydeau ! Dans le théâtre de verdure, il faisait sombre sous la ramure. Sans oreilles les gens ne s’entendaient plus, ils tapaient comme des sourds sur le sol gelé pour qu’on leur rende l’ouïe, n’importe lequel des seize ou dix-sept, les grenouilles adorent demander un roi. Elles le font en coassant, comme la Lune. Et c’était cocasse vraiment toute cette angoisse de gens qui coassent et réclament à l’agence Tass que l’hiver se casse.

Cela dura jusqu’au printemps qui pour revenir cette année-là se fit tirer l’oreille. Gorgées de sève, de fèves, de galettes, de galéjades, de boutades, de salades, de fadaises, de coquecigrues et de carabistouilles les oreilles s’en revinrent vivre à la colle avec leur propriétaire.

Les miennes m’ont raconté l’histoire à peine croyable d’un gars qui était heureux parce que sa femme avait des amants. Elles étaient remontées là-dessus et avaient vu Bernard Dimey à Montmartre. Fariboles, leur ai-je dit, il est mort en 1981 !

De leur fable, je n’en ai rien cru ! Je n’en ai pas cru mes oreilles !

Mais plus tard j’ai descendu dans mon jardin et j’ai constaté avec elles que dans le John Le Carré de légendes où j’avais enterré ma bibliothèque avait poussé une chansonnette. 

20 décembre 2014

Participation de Nhand

LE DIABLE ET MOI

 

 

J'ai attrapé la queue du diable,
L'ai tordue en un tour de main ;
Il ne bronchera plus, le diable,
A moi, l'espoir d'un lendemain !

J'ai pris sa fourche et l'ai plantée
Dans son cœur de pierre, aisément ;
Sous une dalle cimentée,
Il croupit avec mon tourment !

J'ai traqué ses fils et ses filles
Jusqu'aux entrailles des enfers ;
Ils ont péri sous mes torpilles,
Après avoir subi les fers !

Il ne bronchera plus, le diable,
Soyez-m'en donc reconnaissants !
Réjouissons-nous, car le diable
Est au pays des impuissants !

Ne me jugez-vous pas capable
D'un tel exploit ? Riez, riez...
D'accord, j'avoue être coupable
D'un gros mensonge, mais priez
Avant qu'il ne vous ait grillés !

Moi, j'ai déjà vendu mon âme
A sa plus redoutable flamme...

 

 

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