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Le défi du samedi
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7 octobre 2017

Il court, il court, la maladie d'humour (joye)

J’adore mon médecin. C’est un homme super intelligent. Il ressemble assez à Gustave Flaubert, mais sans moustaches. Et souriant. Et il est moderne. Flaubert est figé au 19e siècle, avec des cravates stupides. Donc, imaginez Flaubert, mais heureux, et vous verrez un peu ce que je veux dire.

Alors, l’autre jour, je suis allée le voir. Mon médecin. Pas Flaubert. Bien sûr qu’il était un peu surpris. Il serait aussi très surpris de savoir que je pense qu’il tient de Gustave Flaubert, mais je vais garder ça pour une autre visite.

En principe, je ne le vois qu’une seule fois par an, et cette seule visite annuelle me suffit largement. En principe, je n’aime pas les toubibs. Et j’ai horreur des hostos. Alors, je les évite, même si le mien est sympa – tellement sympa qu’il ne m’oblige jamais de monter sur le pèse-personne. Sans blague !

Donc, depuis que Dr W me soigne, j’ai beaucoup maigri. C’est un génie, je vous le jure.

Toutefois, hier, je suis allée le consulter.

- Bonjour ! m’a-t-il dit en entrant. Cela fait moins d’un an depuis que je vous ai vue. Avez-vous des problèmes ?

- Eh oui, Dr W ! J’ai besoin de votre aide !

- Bon, ne vous en faites pas, on va vous aider. Quels sont vos symptômes ?

- Eh ben, tout d’abord, j’ai besoin d’un coup de pouce.

- Oh ? En êtes-vous sûre ?

- Oh oui, Docteur, parce que, cette semaine, j’ai la langue dans la poche.

- La langue dans la poche ? Humm…

- Et l’estomac dans les talons !

Il nota sur son petit calepin. Tout comme le Dr W est très minutieux, j’ai continué.

Je lui énumérais mes autres problèmes – les yeux dans les yeux de mon homme, le cœur sur la main, les deux doigts dans le nez, et aussi que je me faisais de la bile.

- C’est tout ? m’a-t-il demandé enfin.

- Oh, non, le pire, c’est que j’ai beau me creuser la tête, et cette semaine, j’ai froid aux yeux.

Alors, le Dr W m’examina les yeux. Il a pris leur température. Puis, il a regardé le thermomètre.

- Mais non, vous n’avez pas froid aux yeux !

- Non ? 

- Non.

- Alors, qu’est-ce j’ai ?

- Eh ben, on dirait que vous avez une consigne de chez les Défis du samedi…à propos de l’hypocondrie.

- Ah ! Mais c’est bien sûr !  Comment le saviez-vous ?

- Ben, tout d'abord parce que toutes ces expressions n’existent pas en anglais !

flauw

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17 février 2018

Episode 06 : Karl y bout l'québécois (Nana Fafo)

 Karlybout_atrabilaire 

 

 

Le Mans. 

Tout le monde ment. 

Raconte des histoires. 

 

Quelle vacherie cette Germaine, à peine arrivée, la voilà qui file entre les pattes de Pingouinnot et Ronchonchon en leur criant :
“ Ne vous faites pas de bile, JP est de cette couleur,
“foi de Zébu”, comme dirait mon cousin Végas
avec ses proverbes à la mords-moi-le-noeud,
mais attention, je n’ai pas dit atrabile ! ” 

Vert de rage, Ronchonchon maugréa ses humeurs comiques,
comme Ben Jonson ou Don Johnson.
Tel un Django déchaîné
accompagné d’un Pingouinnot, qu’il aimait appeler “son savant docteur Schultz”,
il se laissa aller à une pièce misanthropique,
histoire de se faire péter de la broue,* façon Karl y bout l’québécois. 

Il eut une montée de lait, toujours très vite sur ses patins, la broue dans le toupet, mais il dût manger ses bas, car il avait vraiment l’air d’un chien de poche.
Surtout quand Pingouinnot lui dit :
“ Niaise pas avec la puck, calme-toi le pompon, on va pas se chicaner dans la cabane, je veux pas avoir le front tout le tour de la tête, mais au lieu de se pogner le beigne, et même si je ne suis pas le boss des bécosses, attache ta tuque avec d’la broche, on s’en jettera un plus plus tard, histoire de caller l’orignal”   

traduction : Ronchonchon, histoire de se faire mousser façon Karl y bout l’québécois :
Il était de mauvaise humeur, il démarrait au quart de tour, très agité, mais il dût ravaler son égo, car il commençait à être lourd, surtout quand Pingouinnot lui dit :

“Ne tourne pas autour du pot, garde la tête froide, on va pas s’engueuler, je ne veux paraître effronté, mais au lieu de perdre son temps et sans vouloir te commander, tiens-toi prêt, on s’en jettera un plus tard à s’en faire vomir. 

La boussole Zéba venait elle aussi de manifester son caractère. Elle datait de l’époque d'Hypocrite, une ère nommée Billy, intemporelle, paraît-il !
Zéba indiquait “Trabitz
La vie est faite de signes… 

Pingouinnot connaissait ce bled, c’est là qu’il avait rencontré Kamélia-Kamélius,
lors de son voyage à Nuremberg, sur les traces d’Alfred Durex le jaune ou Albrecht Dürer le jeune, il ne savait plus trop.
Il en avait profité pour visiter la région.
A Trabitz l’air est glacial, on en bave, l’humeur est grise, comme le temps, les doigts sont bleus, comme les schtroumpfs, l’humour est noir, comme l’ambiance. 

Kamélia-Kamélius dit K-K (prononcez KTK et non Kaka, svp !)
cette Fomme (mi femme, mi homme) avait une intuition incroyable, une puissante clairvoyance et des chaussures qu’elle (ou il) encadrait au mur.
K-K lui avait appris que la vie n’était qu’une succession d’inconstances et de changements, que ça ne servait à rien d’être mélancolique d’une époque qui n’existait que dans nos souvenirs, ça file la colique et ça rend limite hypocochondriaque (une maladie qui te joue des tours de cochon). 

C’est sur que K-K pourrait les aider à comprendre ce que Germaine, cette vacherie, avait bien pu vouloir insinuer avec son histoire d’atrabile.
Pingouinnot, lui, ne savait même pas ce que Atrabilaire voulait dire (merci Walrus ce russe ou rustre un peu extraterrestre qu’on appelait Wall-E !).  
Et Pingouinnot, n’allait pas se mettre la rate au court-bouillon pour cela. 

Rouge de honte Ronchonchon avoua à Pingouinnot qu’il connaissait aussi Kamélia-Kamélius, il en pinçait pour cette Fomme.
K-K avait déménagé récemment  vers l’Aisne dans le quartier Verlaines à Eppeville, près de chez Monsieur AKrapovic, le réparateur des causes perdues, fan des films de Rambo.
Ronchonchon retrouvait K-K, au Bon accueil pour boire un pot, en laissant échapper des soupirs de passion qu’elle (ou il) n’entendait pas. 

Malgré son désordre intérieur, il avait l’air beau, en mal de fleurs, il ne pouvait se résoudre à ne pas passer du temps avec K-K, à croire qu’il avait vu la vierge Marie.
Son spleen n’avait jamais basculé du côté obscur. Son esprit critique et contestataire n’était pas le reflet d’une âme tourmentée et féroce, enfin c’est ce que l’Abbé Pierre, le Jars lui avait dit, et comme le message venait de Ciel et pas de la TV, ça devait être vrai. 

Ronchonchon et Pingouinnot, tels Alceste et Philinte, s’en allèrent à la rencontre de leur Célimène, sur un air martiniquais sans avoir l’air atrabilaire. 

Dommage, Pingouinnot serait bien passé par Leman, voir les expressions de nos amis suisses ! 

‘* expressions québécoises
péter de la broue = se faire mousser

avoir une montée de lait = être de mauvaise humeur
être vite sur ses patins = démarrer au quart de tour
avoir de la broue dans le toupet = être très agité
manger ses bas = situation d’échec, ravaler son égo
chien de poche = personne trop présente
niaise pas avec la puck = ne tourne pas autour du pot
calme-toi le pompon = garder la tête froide
pas de chicane dans ma cabane = ne pas se quereller
avoir le front tout le tour de la tête = être effronté
se pogner le beigne =perdre son temps, se tourner les pouces
le boss des bécosses = chef hiérarchique autoritaire
Attache ta tuque avec d'la broche = Tiens toi prêt
caller l’orignal = être malade à vomir avoir trop bu

 

 

9 juin 2012

Black et Mortimer (Joe Krapov)

DDS 197 061217_10bisIl prend quelquefois au soleil la lubie de briller, de brouetter, depuis les limbes, sa lumière au travers des brumes.
Ce timbré oblitère tout ! L'Ombrie, Rome, la mer, la Brière et aussi le pays des terrils où, tout môme, j'ai ouvert des mirettes en billes de loto sur ce monde où l'on touille, ou l'on trime, où l'on rouille, où l'on tue, où l'on meurt mais où l'on aime et chante et rime aussi.
 

Contre le feu de l'éclaireur chacun lutte pour ne pas brûler : Robert le couvreur sur le toit mouille sa tête d'un mouchoir, Gribouille dans la rue s'engouffre dans le métro et va cuire chez lui des tourtes dans d'immenses moules en un four déjà préchauffé.
 

DDS 197 060725_251La rivière, sans détour ni retour, roule ses claires eaux où se baigne une loutre.
Elle va en forêt se mettre bien au frais, coincer la bulle dans un coin de verdure, écouter le roitelet qui lance du haut de l'orme un trille dont est ému plus d'un Milou tiré de chez Tim (1).


DDS 197 111020__018Moi je n'oublie jamais d'obéir à ce metteur en scène du spectacle du monde. Papillon attiré toujours par les sunlights, il y a belle lurette que j'aime à le voir luire.
Je vous fiche mon billet qu'au sortir du boulot, la bouille réjouie, je m'en vais militer pour tous les éclats d'or qu'il met à nos automnes, tous les jeux sans limites que son rayon imbu calcule avec le sombre.
 

DDS 197 reflets 2Et c'est dans ces églises, entourées par ici par les tombes des morts, que je viens recueillir sans bruit dans mon béret l'obole d'Ombre et de Lumière.
Brimée par le vitrail qui ne la laisse entrer que fragmentée ou transformée, limitée par le bleu et les autres couleurs sur les manteaux des saints, elle s'embrume et fait son trou au carrelage, moulue d'avoir perdu à cette loterie.

 

DDS 197 120527 014

Pour moi, c'est dans la boîte, dans le boîtier plutôt !
Lors je gagne la route au-dehors qui flamboie.
L'intérieur des églises me fout toujours la trouille : on s'y meut en silence sous l'œil des Saintes-mères et des statues d'évêques à la mitre mitée obèrent ma conscience.

 
 

Dehors, illimité, libéré de tout boulet, aux orties, aux bleuets et aux morilles même, alors qu'on a dit « Gare... » (2), d'une voix de rémouleur pas toujours affûtée, je puis lancer mes folles bluettes, me faire ouïr par les louloutes, les brus, les rombières et me brouiller même avec elles au prétexte que je les broute ! Ouille ! Ouille ! Non, les filles, on avait dit « pas les coups de boule » ! C'est malin, vous avez chargé la mule avec vos coups de pieds dans les tibias, maintenant je boite !
 

DDS 197 piliersTrouble troubadour d'outre-tombe, je vais ainsi souvent de l'ombre à la lumière et j'y retournerai, sous la motte de terre que vous appelez tombe.
Mais... à chacun son tour !
Oui, j'ai ça quelque part dans ma ligne de mire mais pour ce genre d'embrouille, pour ce brouet infâme, ce n'est pas demain la veille que j'irai poireauter à la billetterie.


En vérité, je vous le dis ! Fiat Lux, encore et toujours !

Et même, comme dit Florent Fouillemerde, Fiat Panda !
 

DDS 197 fiat lux


(1) En allemand, Tintin et Milou deviennent Tim et Struppi. J'ai fait un mix des deux, mon objectif caché étant d'insérer dans ce texte plus de cent mots-anagrammes composés avec les lettres de « OMBRE ET LUMIERE ». Et ces deux-là collaient bien. Zut, mon objectif est révélé, je me suis trahi !

(2) « Gare aux morilles », c'est de qui déjà ? Gotlib, encore une fois, sans doute ! Ou Jean Yanne !

8 février 2009

bachi bouzouk (Tiniak)


Au Panthéon des hypocrisies, l’Histoire, telle que l’écrivent les occidentaux a pignon sur rue. L’Histoire… celle écrite avec un grand ’H’ comme dans La Haine ou La Honte, sauf que le film est souvent moins bon. Pour preuve…

Le tirailleur sénégalais doit parfois regretter de n’avoir pas cédé aux tentations cannibales qui le taraudèrent avant de monter la paroi de sa tranchée au coup de sifflet donné par le plus gradé de ceux-là mêmes qui lui prêtaient hier encore, à la cantine, ces propriétés « barbares » (entendez sauvagement inférieures et réfractaires à toute modernité).

 

       

   


Voici qu’en surfant sur le web avec Leuk Le Lièvre, nous découvrons le portrait tronqué d’un Bashi-bouzouk. Certes, ledit portrait met en valeur le visage dominant le buste satiné de ce guerrier indomptable, à la peau d’ébène, au regard aussi noir que son humeur et au port fier comme Artaban. Un souci pédagogique - travers péremptoire bien connu de qui fréquenta tant soi peu de ces occidentaux animant leurs discussions de considérations savantes, un excès de zèle donc, était sans doute à l’origine de cette coupe franche.

On le sait, le Bashi-bouzouk (orthographié avec un ‘c’ dans toute bonne librairie française) n’est pas un plaisantin. Et la définition commune qu’a jusqu’ici retenue et reconnue l’Histoire pour donner un sens à ce terme a toujours accrédité la thèse de la « mauvaise tête » (entendez tête de Turc) ou de la « tête cassée » (entendez gros fêlé).

Ce que l’on sait moins, c’est d’abord que le fameux mercenaire avait ce déhanchement caractéristique du mauvais gars qui vous dépeuple de leur gent féminine indifféremment, fest-noz, basse-cour ou salon de thé en moins de deux.

Gégé patron de zinc, au fait de tout ce qui peut concerner de près ou de loin l’étrange et l’étranger, ne nous disait-il pas du haut de sa sagesse populiste : «  Ces gars-là, ils me foutaient la pétoche. Déjà qu’ils boivent pas d’bière brune ni blonde, que des ambrée… Et pi quand tu soutiens leur regard, ça va ! Mais que ta femme pose les yeux sur son cul, et ça chie ! »

Ensuite, on aura sans doute eu tord de négliger un de ses principaux attributs : l’arme légère qu’il portait toujours droit devant lui, tel un Fœderer prêt à servir pour le match.

Sabre, fusil, pistolet, poignard… qu’importe le substitut phallique, le cavalier sanguinaire aimait à le faire danser sous les yeux de quiconque se trouvait sur sa route ; hypnotisant ainsi son vis-à-vis dans une rythmique qui ne manqua pas d’inspirer nombre d’amateurs de danses exotiques, caraïbes entre autres…

Or, c’est à la lumière de ces deux éléments incontestablement tirés de l’expérience, sacralisés sur l’autel du Vécu, que Leuk Le Lièvre et moi-même portons à votre connaissance, le correctif qui suit…

Le Bashi-bouzouk est un guerrier sans Guiness qui plaît aux femmes précisément parce que chez lui, le bas chie et le bout zouke.

Je vous remercie de votre attention, votre dévoué tiniak.

2 avril 2022

Si tu as cinq jours (Kate)

 

Si tu es motivée

Et que cinq jours

Tu veux consacrer

À apprendre pour

Avoir un métier

 

Si la qualité de l'eau

Du malt du houblon

Te posent question

Mais que la fermentation

Te parle tout haut

 

Si connaître l'histoire

De la bière

De la Préhistoire

Et l'Antiquité

À l'année dernière

Te semble justifié

0-6

Si faire une dégustation

Dans les verres

Des boissons

Des grandes nations

De l'univers

0-9

Si nettoyer la tireuse

Accorder bière et mets

Concevoir une carte

Café Hotel Restaurant

Faire un bon business plan

Dont rien ne t'écarte

Pour ton rêve concrétiser

Et faire de toi une brasseuse

130980885 2

Si l'empire du malt

T'exalte

0-8

Si le plan B

Te fait vibrer

0-7

Tu seras zythologue,

Ma fille !

 

 

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12 mars 2022

Traduire le wok (Kate)

 

Du wok, en voici, en voilà...

Il y a bien eu une mode, il y a quelques années, pour cet ustensile et il a fini par encombrer mes placards (non, pas tout seul !), par ne plus servir et par disparaître, au hasard bienheureux d'un déménagement, peut-être... Porté disparu au même titre que yaourtière, sorbetière, chocolatière, cuit-vapeur, appareil à croque-monsieur, poêle à blinis, moule à gaufres (sans remonter jusqu'au service à fondue) sans oublier la fameuse machine à pain, soi-disant incontournable mais qui ne fait que des pains pleins de mie alors que la croûte, hein, c'est ce qui fait un vrai pain, n'est-ce pas "pistore" ?

Oui, j'aime le bon pain, les restaurants exotiques, enfin, tout ce qu'on ne peut pas faire chez soi avec un niveau et un équipement de base... et une bonne dose de passion et de savoir-faire, donc...

Si j'ai mangé quelque bel été à Avignon un bobun, je me suis bien gardée de tenter de le reproduire, vu qu'il était parfait, comme le cadre de la Place des Corps Saints, l'ambiance, etc.

Bref, j'y reviens : bien qu'ayant acheté la poêle wok, coupé quelques légumes et autres denrées et tenter de faire du wok, ("c'est facile, tu verras"), passé l'enchantement de la nouveauté et des premiers essais, on n'allait pas faire ça tous les jours ! Et on n'allait d'ailleurs plus faire de wok du tout...

Enfin, ce mot wok, après m'avoir replongée quelque peu dans le passé, m'a envoyée aussi vers le wiktionnaire où les traductions du mot en différentes langues traduisent bien l'intraduisible. Par exemple, l'italien et beaucoup d'autres langues, à l'instar du français, ont gardé le mot tel quel : wok. Toutefois, la traduction en espéranto : "volbopato" (littéralement : voûte poêle) a retenu mon attention, c'est vrai, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué mais pour plus de simplicité la traduction "ouoko" est aussi mentionnée et semble plus raisonnable...

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Par Saint Jérôme, patron des traducteurs (entre autres), d'après le livre de David Bellos "Le poisson et le bananier" qui aborde des sujets de traduction intéressants, notamment les difficultés de traduction de la Bible dans de nombreuses langues (figuier devenant bananier, etc.).

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Passionnant et permet de décompresser, ce dont j'avais besoin, suite à la lecture de deux romans français de la rentrée littéraire 2021 écrits par deux femmes, Marie Pourchet et Maud Ventura, et qui parlent de deux femmes de quarante ans qui m'ont donné des sueurs froides, bien plus qu'un polar...Mais qu'est-ce qui se passe dans vos têtes ?

Donc, en résumé, wok en espéranto, "poêle courbe", et la traduction en latin, c'est quoi ? Oui, j'aime les casse-tête chinois, enfin linguistiques plutôt. Je veux bien laisser de côté la traduction en grec (pour éviter les recherches en grec ancien et en grec moderne) et me contenterai d'un pitta bread, d'un retsiné ou d'une moussaka, d'un ouzo ou d'un frappè, d'une grappe de raisin, d'une orange...

Alors, la traduction latine serait-elle concasartagine : de conca (conque) et sartagine (poêle à frire) ou tout simplement chaudron ("lebetem") ? Mais quid de l'anachronisme ?

Eh bien, l'objet wok servit à sécher des grains à l'époque de la dynastie Han et la dynastie Ming l'utilisa pour faire des sautés. Donc, de Han à Ming, du cru au cuit, du froid au chaud, de l'entier au découpé, du brut au raffiné, enfin, toute l'histoire de la cuisine : des cueilleurs aux chasseurs aux chasseurs cueilleurs et la chimie au service de la cuisine...

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À défaut de ronger un os, je m'en vais cueillir des myrtilles. Un voyage en Mongolie (que Sarah Dars connaît vraiment bien), ça ne se refuse pas mais ça se présente plutôt mal...

26 février 2022

Uchronie (petitmoulin)

 

Lâché par son précieux soutien, lui même en proie à la colère d'un peuple
qui pleure ses enfants, là-bas morts à la guerre,
lâché, le Général Pi s'exila, abandonnant son armée en déroute.

 

Vous étiez des milliers
Promis à la torture
Promis à la mort
Dans cette prison
À ciel ouvert

 

Les militaires déposèrent les armes, fuyant vers leurs tanières de ronces.

 

Ton chant se lève
Comme une étoile
Dans votre nuit noire
La voix déverrouillée
De tes compagnons
Jaillit
Triomphale

 

Tant d’années que ton chant
Nous caresse
Nous griffe
Nous prend par la main

 

Ta voix est plus fragile
Tes doigts moins habiles
À pincer la guitare

 

Ce matin tu pleures
Sur le monde
Ton chant voudrait poser
Une étoile
Dans la nuit noire

 

Demain, quelle uchronie s'écrira sur le bruit des armes d'aujourd'hui ?

 

p

Victor Jara

18 décembre 2021

Kyrielle de moyens de transport (Kate)

 

Ma chère Marianne,

Merci pour ta lettre et les trésors qu'elle contient. En cette période de l'Avent, où la durée de chaque jour diminue mais où l'étoile de Noël brille au loin, le passé s'invite dans mes pensées.

Non pas le passé qui constitue mon quotidien et mon travail passionnant sur l'histoire et sur l'histoire de l'art et de l'architecture mais le mien...

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En me promenant hier j'ai pris quelques photos et au retour j'ai compris qu'en plus d'évoquer les fêtes elles évoquent des moyens de transport (version hypermarché et version boutique du centre ville historique) et ma rêverie a galopé vers l'autrefois.

Alors, en cette fin d'après-midi encore lumineuse, en compagnie du silence et d'une tasse de thé, des flots de souvenirs sont venus en visite mais sans le moindre carton d'invitation, pas si bien élevés que ça, ceux-là ! Des hordes ou plutôt, puisqu'ils n'avaient rien de farouche ou de sauvage et qu'on est le 13 décembre, fête de Sainte Lucie et de la lumière : des kyrielles, joli diminutif du mot "kyrie", soit dit en passant.

Kyrielle de jours

Avant Noël

Kyrielle d'amours

Enfuies à tire d'ailes

Kyrielle d'atours

Velours et dentelles

Kyrielle de moments

Qu'on ne goûte pas vraiment

Kyrielle de musiques

Qu'on retient pourtant

Kyrielle de comiques

Plus ou moins élégants

Kyrill religieusement

Yves vraisemblablement

Richard chaleureusement

Isidore adorablement

Ernest prestement

Ludwig vigoureusement

Lucien musicalement

Etienne tendrement

Kyrielle d'amours

De rencontres

Moments

Impasses détours

De jamais

Malencontres

Égarements

Oui mais

La clé tourne dans la serrure, la porte s'ouvre : Pacôme que je n'attendais pas !

Il est là, il fait nuit à présent. Le présent, le moment dont il faut profiter.

Voilà chère Marianne, ma conclusion ce soir, banale, d'un feu qui réchauffe et non d'un feu qui brûle.

Tu sais tout ça et je te souhaite de bons moments en cette période pas aussi gaie qu'elle en a l'air, enfin...

Bises de ta cousine,

Sarah

 

8 janvier 2022

Voix nomades (Joe Krapov)

 

Une hypothèse un peu morbide :
Il se peut qu’un jour on décède...

Est-ce le temps qui le décide ?
Trois Parques souffrant d’hémorroïdes ?
Au bout de combien de décades ?
Qui juge qu’on est passé de mode ?
Qui met les peuples à l’amende ?

Que l’on soit tribus en exode,
Vieil aède rêvant de saine solitude,
Nous voilà tous humains nomades
A parcourir le vaste monde
Pour cueillir ses offrandes,
Ses citrons, ses amandes,
Fabriquer limonade
Et chanter à la cantonade
Les beautés dont il abonde...
Ou fuir des contrées incommodes.

Nos saisonnières escapades,
Nos déplacements de bipèdes,
Cette quête qui nous obsède
D’éphémères béatitudes,
En ferons nous quelques ballades,
Des contes de Schéhérazade
Ou de somptueux interludes ?

En écrirons nous, des salades ?
En remplirai-je, camarades,
Des cahiers d’écriture nomade ?

2022-01-07 - 285 19

Oui ! Oui ! Ecrire à toute blinde
Comme on avale un vieux remède,
Comme souffle le vent d’Ostende,
Comme s’entortille la ronde,
Comme tourne la sarabande !

Oui ! Oui ! Tant qu’on me le demande !
Tant que j’aurai de la faconde,
De l’aptitude à la débride,
La joie et l’appétit solides,
Et l’envie de taquiner l’oud !

Qu’on chante et danse, ami·e·s nomades !
 

26 février 2022

Retouches uchroniques (joye)

retouches Nicolas Vinceneux

C’était Nicolas à la porte.  Je lui avais confié la clé deux ou trois semaines avant. Avant le Pire.

Quelques minutes plus tard, je me retrouvai en bas avec lui. 

Mon vieux manteau crasseux ne m’allait plus, il était plein de trous, mais j’étais quand même reconnaissante de ne pas l’avoir vendu avec tous mes autres vêtements. Puisque les tissus devinrent introuvables après cette dernière Catastrophe, cela faisait au moins six jours que la garde-robe me servait d’une sorte de banque et me permit de manger encore. 

Je fus chanceuse, et je le savais. La voisine d’en face me raconta comment on l’avait menacée d’un ersatz de matraque avant de lui voler toutes les fringues qui lui restaient et son chien. Je lui avais vite refermé la porte au nez. Je ne savais pas si c’était vrai ou si elle voulait tout simplement que je partage avec elle mes derniers vivres, quelques pommes qui brunissaient d’âge et une boîte cabossée de sardines. C’était sans doute vrai ce qu’elle me racontait. Je ne la revis plus depuis.

- Claire, viens ! Vite ! appela Nicolas d’un ton urgent. 

Je le suivais au trot dans la rue. Le plip-plap de mes vieilles pantoufles faisaient un drôle d’écho dans la crépuscule abandonnée.

Il n’y avait plus de voitures. Rien d’électronique ne marchait depuis le Second Désastre. Il n’y avait rien de vivant non plus. Tous les animaux du voisinage furent déjà mangés, et cela depuis un moment. Le chat de madame Clouet fut parmi les premiers chouchous sacrifiés. La vieille dame dut mourir de chagrin quelques semaines après, et le festin qui résulta dura au moins une bonne heure.  Morte pour la patrie , grimaça finement une des convives, dont les yeux noirs brillaient d’une gourmandise obscène, un vautour graisseux assis sur une carcasse. Affamés tous par cette série interminable de traumas globaux, on grignotait furtivement, comme des chacals, la peu de viande qui nous restait.

- Nous voici, Claire, m’annonça Nicolas.

Nous étions devant une sorte de boutique. Sur le panneau, je lisais RETOUCHES. Mes yeux me piquaient. C’était bizarre. J’avais oublié comment pleurer. J’avais oublié aussi le simple plaisir d’entrer dans une commerce. Rien du passé n’exista. Plus rien. Rien du tout.

Nicolas vit ma panique et me regarda droit dans les yeux.

- C'est ici. Je te laisse, Claire. Ça ira. Tu verras.

- Dans un magasin de retouches ?  Qu’est-ce que cela veut dire ?  Qu'on va raccommoder l’humanité ?

Mais Nicolas avait déjà disparu dans la nuit, et j'hésitai seule devant l’entrée. Et puis, je poussai la porte et y pénétrai.

- Messieurs, dames, sanglotai-je, aveuglée par les larmes et la lumière.

12 février 2022

Juges 12: 4-6 (joye)

illustration

C’était Jordan qui eut l’idée d’un mot de passe.  

Jordan, c’était notre lideur : grand, blond, stylé. On lui obéissait sans hésitation, nous sa petite bande de larbins. Il n’avait qu’indiquer un pauvre type en K-Way au coin à la récré et nous irions taper de ouf sur ledit cheum.  

- Ziva les gars, dressez-le ! et nous tomberions dessus, les poings fermés.  

Nous étions nombreux, personne n’osait nous dénoncer. Tout le monde savait qu’il ne fallait pas cafter. Les cafteurs, ça chopait pire, c’était bien connu. 

Bon, j’avoue que je tapais beaucoup moins que les autres, faut dire que ça me filait des reflux de voir un nez peté, une dent brisée ou du sang craché. 

Mais je cachais bien mon malaise. Si Jordan avait flairé ma trouille, il m’aurait cueilli et je serais devenu sa tête de Turc personnelle. Je faisais gaffe, je voulais rester le sous-chef de sa petite assoce. 

Donc, le jour  Jordan proposa un mot de passe afin qu’on prenne pitié sur les non- initiés, nous pensions tous que c’était hyper-génial, comme toutes les idées de Jordan.

- Alors, ce sera quoi ? murmura-t-on autour de lui. 

- Du calme, les gueux, du calme, répondait-il en allumant sa vape. D’ailleurs, c’est Gary qui vous le dira. 

Au son de mon prénom, jétais sous le choc, je  fus comme figé. Moi, je savais bien piquer les clops, filer des antisèches, lui dégoter une pouffe vraiment timpe, des trucs banals, du coup, mais là, prendre vraiment l’autorité de déterminer quoi que ce soit, j’étais traqué comme un con. 

- Euh, commençai-je, pour gagner du temps.

- Le mot de passe, c’est EUH ? cria la bande, tout de suite furax.

- Putain ! C’est quoi ??? 

- L’est taré, ce Gary ?  Hein, nul !  Les murmures se multipliaient. 

Finalement, ils n’osaient pas trop me charrier, sinon Jordan aurait vite fait un de ses appels à l’ordre dont personne ne sortait indemne, même pas Jordan. Je le surpris une fois, il pleurait dans l’allée après une bagarre particulièrement rude. Quand je lui tins la main, automatiquement, il me tourna le dos et partit. 

D’un coup, ce jour-là, je sentis que j’allais payer cette faute. Il me fixait de ses yeux bleu acier, et j’y vis l’étincelle d’une cruauté joyeuse juste avant de l’entendre crier d’une voix étrangement rauque : 

- Ziva, les gars, dressez-le ! 

 

5 février 2022

Votez C-3PO ! (Joe Krapov)

Il y aurait une France,
Une France en errance,
Une France un peu rance,
Une France qui entrerait en transes.

Et Marianne sur son timbre
Se collerait sur une carte
- Postale, pas électorale -
Puis se ferait porter pâle
Et se ferait poster loin
De ces drôles d’olibrius
Qui réécrivent Dreyfus,
Loin de ces beaux discoureurs
Amoureux des dorures
Et d’un poste-imposture.

2122-18 Jean-Paul C-3PO

Voici qui est drôle - ou étrange - dans ce jeu :

C'est toujours un robot du capital qui est élu !

6 novembre 2021

Hors-saison, la cloche se tinte (joye)

Épigastre

Quel désastre !

Ça me fout bien mal !

Je veux juste

Un mot robuste

Et non pas anormal !

Hé !

 Épigastre,

Mot jobastre,

C’est un mauvais signe !

Filez-moi 

Un mot de joie

Au lieu de cett’ consigne ! 

Je suis une Défiante

Du samedi, oui, j’avoue,

Mais parfois le gérant

Me pousse dans la boue.

Et puis pauvre de moi,

Une allophone ignare,

Je voudrais bien aller bon train

Sans me perdre à la gare !

Hé !

Épigastre

Mégadésastre !

L’horrible machin !

Mon estomac

Dans le coma

Jusqu'à samedi prochain.

holly

5 juin 2021

L'ombre d'un doute (ah, si !) - tiniak


A
ssis, las, dans l'ombre d'un doute
J'écoute... écoute... et puis, j'écourte

Car l'ombre stagne - hé ! c'est son lot...
et ça fourmille dans mon dos
Ai-je pensé "rhoo, c'est ballot" ?
Non pas. J'en avais sous l' capot
un coup dans l'aile...

Ici, debout, les bras ballant
je me laisse laver, au vent

Car le vent lèche - eh ! c'est son truc...
autant les rubans de bolduc
que les franges, les aqueducs
les pines, les feuilles caduques...
Sang frais !
Sang du mâtin
au carrousel...

Agenouillé sur le crottoir
ma paume aspire ses histoires

Car le sol est tout ridulé
par le flot des vaines ruées
roulant vers autant de marées
que la lune en peut écraser
Pauvre cheptel... 

***

Génuflexions des arguties
Larmes-signet dans un missel
Vacarme dans la ritournelle
Pigeons picorant le parvis
Serez-vous pas mon dernier songe
dans ce plat à la fausse oronge ?

Je l'ai bichonné pour plus tard
ce gentil "mais !", bardé de l'art
accidentel

Passent au ciel, les étourneaux
et plus tard me semble bien tôt
sans moyen que je me rebelle

***

Et l'ombre cède, un jour encore
aux jours en corps qui se rabouchent
comme au soir on défait sa couche
près de soi, un mystère en or 
sempiternel

pvpp2010_pin-howling-WOLF


tiniak ©2021 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

29 mai 2021

Aux trous ! (Joe Krapov)

La mémoire est un quai envahi par la brume…
Je ne me souviens pas des beaux yeux d’une fille
Qui m’aurait vouvoyé, moi qui étais voyou.
Je l’aurais embrassée ? Tu peux dormir tranquille,
Je n’suis pas d’ce genre là car j’aim’ pas qu’on m’allume !

C’est pas moi qu’ai fait l’coup !
La mémoire est un quai envahi par les trous.

La mémoire est un quai peuplé par des orfèvres.
A beau m’interroger qui veut je ne sais rien
De ce beau tralala dont la fille de l’air joue.
Pourquoi dirais-je tout, moi qui suis un vaurien
Et préfère me taire en un monde sans fièvres ?

C’est pas moi qu’ai fait l’coup !
La mémoire est un quai envahi par les trous.

La mémoire, à la fin, trop interrogée, flanche.
Elle ne connaît plus que bribes de chansons,
Perd toute retenue à la sortie d’écrou.
Pourquoi nier, inspecteur, les côtés polissons
Avec lesquels ce jour j’aurai brûlé les planches ?

C’est pas moi qu’ai fait l’coup ! C’est Dranem !
La mémoire est un quai envahi par les trous.

200817 Nikon 135

Photo prise à Pont-Croix (Finistère) en 2020

14 août 2021

2001, L'Odyssée estivale continue, persiste, perdure, se macère, s'arrête et puis se boudine

Le Windows Up-Date fout le bazar à mon ordi aujourd’hui

Comme tant de jeunes partout dans l'univers, je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire de ma vie. 

Parfois, pour horrifier mes parent·e·s, je dis qu'un jour, je serai vendeuse quelque part sur une plage terrienne, et que je vendrai des bratwurst, une de ces étranges espèces de nourriture terrienne. Maman et Papa maintiennent tou·te·s les deux que ce n’est pas un aliment. Quand je leur demande ce que c’est, il·elle disent que c’est encore une sorte d’ordure qu’on trouve là-bas.

C’est vrai que la pauvre Terre a beaucoup de pollution, que ce soit ce qu’ils·elles mangent (comme ces saucisses), ce qu’ils·elles excrètent (comme ces saucisses lorsqu’elles sortent par l’autre bout - paraît que ca pue encore pire ! Si, si, si, je sais qu’on le croit impossible, mais c'est vrai !), ce qu’ils·elles créent (comme l’auteur Michel Houellebecq, par exemple, ou encore, le Front National) ou ce qu’ils·elles désirent (s’ils·elles désiraient moins ce serait mieux pour toute la population terrienne).

Comme quoi, peut-être qu’un jour, je me mettrai à résoudre leurs problèmes de pollution.

Mais ne le dites pas à mes parents, s’il vous plaît !

Je ne voudrais pas encore qu’il·elle soient soulagé·e·s à propos de mon avenir !

alles hatalles hat

Fin de transmission

19 septembre 2020

Nos boîtes de peinture (Kate)

 

"Raconte un jour de vacances", nous avait demandé la maîtresse.

Ma plume avait couru sur mon cahier d'écolière pour raconter la journée merveilleuse où notre oncle est arrivé à la ferme avec des boîtes de peinture comme cadeau.

Nous sautions de joie à l'idée de peindre comme à l'école mais nos parents n'avaient pas l'air content. À peine notre oncle parti, les parents nous ont donné du travail et notre joie est tombée par terre : pas de peinture ! Par chance, le canard a proposé de nous aider et nous sommes allés peindre, devinez quoi ? Les animaux de la ferme !

cheval

Si certains animaux ont été contents du résultat, d'autres ont été très déçus et nous ont carrément fait la tête... et ils se sont même "payé" notre tête en nous "embêtant", c'est le mot !

0 2

D'autres se sont mêmes disputés entre eux en se traitant de noms d'oiseaux...

Je me souviens que la maîtresse avait bien aimé mon texte et me l'avait fait lire à la classe en disant que c'était un vrai conte.

Aujourd'hui, je parlerais de conte moderne, de merveilleux, de schéma actantiel, de catégorisation, d'adjuvants et d'opposants pour une quête, de transgression de l'interdit, du conflit entre principe de réalité (travailler) et principe de plaisir (peindre)... Et ma soeur Marie, qui a toujours adoré le cheval, élève des chevaux d'obstacle...

(photos de l'auteur, septembre 2020, illustrations de Philippe Dumas des Contes du Chat perché, éditions Gallimard)

 

7 mai 2016

Je déteste Disney ! (Joe Krapov)

DDS 401 Blanche-Neige

Au début, on était comme Adam et Eve, Daphnis et Chloé, Castor et Pollux, Rodrigue et Chimène, Roméo et Juliette, Roux et Combaluzier, Tarzan et Jane.

Je lui trouvais plus de beauté et de séduction qu’aux trois Grâces réunies.

C’était l’époque du début, celle que depuis Monet on appelle « Impression soleil levant ». Tout autour de moi avait pris les sept couleurs de l’arc-en-ciel. Je vivais sur un nuage. J’étais prêt à accomplir pour elle les douze travaux d’Hercule. A m’abstenir de commettre les sept péchés capitaux. Pourtant j’ai longtemps cru que je n’avais pas le droit de pénétrer dans les églises et que, n’étant pas croyant, ces interdits ne me concernaient pas. Pas plus d’intérêt pour la Sainte-Trinité que pour les dix commandements ou les dix Chatterley.

Avec elle, j’aurais voulu faire les quatre cents coups, passer mille et une fois mille et une nuits, j’aurais parcouru le monde dans tous les sens. Les quatre points cardinaux n’auraient pas eu plus de secrets pour nous que les quatre filles du docteur Marsh ou crève depuis qu’elles ont entrepris d’écrire 366 réels à prise rapide.

J’aurais escaladé les sept collines de Rome : l’Aventin, le Palatin, le Trissotin, le Picotin, le Capitole, le Pactole et le Quirinal.

A elle seule elle représentait plus d’aventures potentielles que mes dix-huit compagnons de jeunesse réunis : le club des cinq, le clan des sept et les six compagnons.

Elle était supérieure aux sept merveilles du monde, elle était la huitième et la neuvième de Beethoven réunies pour un hymne à la joie des choeurs et de mon cœur.

Bref j’étais éperdument amoureux d’Isaure Chassériau dont le portrait par Eugène Amaury-Duval est conservé au Musée des Beaux-Arts de Rennes.

Mais je crois que j’aurais dû consulter des voyantes. Deux ou trois voire plus si affinités. Elles me l’auraient peut-être prédit, les sept boules de cristal, qu’il y aurait quatre saisons dans notre vie d’amoureux.

J’ai longtemps cru, enfant, que les faits divers s’écrivaient « fées d’hiver ». Je n’avais jamais imaginé qu’il pût y avoir aussi des sorcières d’été.

Ce qui nous a perdus, ce qui a tué mon amour, c’est son affection débordante pour les animaux.
Un dalmatien, ça va. Deux passe encore, trois, bonjour les dégâts. Mais 101 !

DDS 401 Dalmatiens 2

Le premier s’appelait Dalmatheux, le deuxième Duffelcoat, le troisième Deltoïde puis vinrent Dagobert, Daffodil, Duralex, Dixieland, Djingle bells, Davidoff…

Le cent unième fut appelé Derdesders. Mais il y avait déjà longtemps que je n’en pouvais plus d’aller les faire sortir dans la rue pour leurs besoins du soir.

Qu’est-ce qui m’avait pris de tomber amoureux de cette tête de corde à nœuds, de ce lapin de Garonne, comme on dit à Toulouse, de ce gibier de quarantaine ?

Désormais je ne rêvais plus que de la quitter, de m’envoler cinq semaines en ballon, de faire le tour du monde en 80 jours et de n’en pas revenir.

DDS 401 bateau

Même encore maintenant, dans ce petit voilier au pied des falaises normandes je cherchais ce qui, avant que je ne fasse sa connaissance, avait pu, dans ma folle jeunesse, provoquer les cieux au point que je dusse recevoir un tel châtiment BrigitteBardotesque.

Avions-nous, un jour, été treize à table ? Avais-je froissé sept samouraïs, douze hommes en colères, huit salopards ? Avais-je eu dans un pays imaginaire, dans une vie antérieure, sept femmes et une barbe bleue ? Avais-je dérobé des bottes de sept lieurs et agi de telle manière qu’un ogre fût obligé d’égorger ses sept filles ? Faut pas poucet, quand même, j’avais fait des conneries, mais pas celle-là ! Je n’avais pas non plus, par sept fois, participé à une épreuve de lancer de nains au cours d’une épreuve de sports d’hiver, dans un paysage tout couvert de blanche neige.

J’étais abasourdi de chiffres, de souvenirs vrais ou inventés.

Quand je sortis de ma réflexion, je m’aperçus qu’une chose bizarre s’était produite autour de nous. Le vent était tombé, la barque n’avançait plus et il n’y avait plus de ligne d’horizon. Tout autour de nous la barrière de falaises s’était refermée et nous étions désormais à la surface d’un lac d’Auvergne mais sans possibilité aucune d’accoster.

Je tapai sur l’épaule d’Isaure qui se redressa.

DDS 401 Dalmatiens 3

- As-tu vu ce que je vois ? lui demandai-je.
- Ce n’est rien, me répondit-elle. Ce n’est pas pire que d’être coincé à bord du radeau de la Méduse. Quand les douze coups de minuit sonneront, tu te réveilleras et tu verras que tout cela n’est qu’un cauchemar.
- Vraiment ?
- Vraiment ! Et alors tu sortiras faire pisser Dakota, Desdémone, Delaware, Douaisis, Darrigade, Dyslexique, Dulcimer, Domino…

Je déteste Disney !

13 juillet 2019

Pas de maux (Nana Fafo)

.

Entété,

pas de maux,

c'est faux et tôt (ça ne veut rien dire ???)

Qui sait ! On lit ou voit ce qu'on veut entendre...

 

Rochonchon-lecture-clafoutis tomates cerises

Participer ou pas participer au défi du samedi ?

Prendre le temps ou pas prendre le temps ?

Raconter des bétises ou passer son tour ?

 

J'aurais aimé répondre :

 

J'peux pas ...

J'ai une Ronchonite Verbale

J'peux pas ...

J'bois du Rouge et vomis mon Verre

J'peux pas ...

Je vois Rouge d'avoir pris ce dernier Verre

J'peux pas ...

Je broie du Rouge à Vichy au café du pti K- Ro (comme sur la photo)

en compagnie de la Rafraîchissante Véronique.

Mais ...

En fait, si,  je peux, si j'veux...

Parole d'RV

C'est qui ce Hervé ?  pfff je sais pas.

 

Gare à celui qui dit : J'peux pas j'ai aquaponey !!! 

Pauvres petites bêtes, elles n'ont même pas pied.

 

Des nouvelles de Pingouinnot : il a bien retrouvé un vieu caleçon, mais toujours pas de sleep.

Des nouvelles de Ronchonchon : il râle toujours mais il agit pour se sortir de l'agitation générale improductive.

 

Belle photo-lecture créative à toutes et à tous.

.

.

 

7 juillet 2018

Un bon marketing c'est toujours vendeur (Nana fafo)

 

Ronchonchon_marketing

 

Lorsque Ronchonchon, Francis et Gill se sont faits sortir du Bureau du Maire à coup de pied dans le fion, ils n'ont pas compris.

Pourtant, leur projet était génial.

Francis répétait sans cesse : " Vous ne comprenez pas, c'est de l'ART"

 

C'était en juin, au Cannet des Maures.

Ronchonchon s'anisait le cerveau en regardant les badauds se dandiner sur des airs de Tzwing Tzwing, marquant le début de l'été.

2 gars étaient venus s'assoir à sa table, leur penchant pour la mauresque les avaient rapprochés.

Francis, c'était lui l'architecte, le spécialiste, il n'en était pas à son coup d'essai, le Portugal connaissait déjà ses oeuvres.

Il avait recruté Gill, l'idôle des Maures, pour avoir une personne connue dans la poche, il ne lui manquait plus qu'un ténieux pour mener à bien la négocation.

La commune cherchait un projet Eco Responsable dans lequel s'investir et Francis avait l'idée du siècle :

Des BARAKA-OS

Il s'agissait d'exhumer les cimetières et les remplacer par des habitations Eco Logique en matière naturelle, durable et non polluante : les os.

La seule difficulté technique était d'intégrer rapidement les nouveaux maures. Pour cela, il avait prévu des crochets pour les faire sécher et récupérer la matière première.

Par chance, on était dans le Var où le soleil lui apporterait son aide.

Tous ceux qui voulaient participer au projet directement en tant que matière première se verraient offrir un kit spécial dessèchement rapide au slogan accrocheur :

" Plus près des étoiles, quand t'es Maures, c'est mieux"

La musique battait son plein, Ronchonchon était plein comme un boudin et il accepta d'aller à la Mairie défendre ce projet.

L'épisode du coup de pied, lui fit ouvrir les yeux, des frissons de terreur lui glaçaient le sang.

Comment avait-il pu croire que ce projet d'Halloween ait une quelconque chance de voir le jour, même la nuit, personne n'en voudrait.

Ronchonchon réalisa que le marketing ne fait pas tout... il faut aussi que le packaging suive !

 

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Image du net : Gill de Nemo

Belle lecture créative à toutes et à tous.

Defi 514 : Capela dos ossos

Pour : http://samedidefi.canalblog.com/

 

 

1 septembre 2018

Dithyrambe du ukulélé (Joe Krapov)

Hou qu’il est beau l’ukulélé!

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On s’attend sans doute ce jour à ce que je fasse le dithyrambe du ukulélé. Je vais tâcher de ne pas décevoir vos espoirs mais pour cela il me faut encore une fois jouer les archivistes ! Je n’en sors décidément pas du farfouillement (je préfère dire farfouillis !) dans les armoires de ma mémoire, dans les strates de mes disques durs externes, dans mes pérégrinations musicales diverses.

Peu importe, allons à l’essentiel et faisons le dithyrambe de Dithyrambe. Il s’agit là d’un duo de comédiennes musiciennes que nous avons entendu pour la première fois au Festival des Affranchis à La Flèche (Sarthe). C’était le 11 juillet 2009 dans la cour de l’hôtel Huger et nous avons vu alors débouler, sur le petit carré de pelouse intemporel, deux beautés datées du XVIIIe siècle.

« Débarquées dans le monde contemporain après 257 ans et trois mois de cryogénisation dans une crevasse des Alpes, Dame Bérénice de la Troufinière et Dame Culnégonde de la Garde Montée, comtesses de leur état, découvrent le punk et le disco et le chantent à la façon de John Dowland en s'accompagnant à l'éventail et au ukulélé. Décoiffant ! » disait le programme.

Et sur cet instrument qui a l’air d’un jouet, les deux artistes se sont lancées dans l’interprétation de ce répertoire-ci :

ABBA - Gimme Gimme Gimme a man after
The Clash - Should i stay
Queen - A break free
ACDC - Tiger
Mickaël Jackson - Billie Jean
Sex pistols - God save the queen
Trust - Antisocial
Les Mules - J'ai la quéquette qui colle

Ce fut un régal en matière de surréalisme et j’ai pu doubler la mise en 2011 où elles furent invitées aux Tombées de la Nuit de Rennes. L’ambiance côté public y fut un peu moins réceptive et j’ai retrouvé une vidéo jamais publiée dans laquelle un fonctionnaire municipal vient mettre un terme au délirant concert de Dithyrambe : il était l’heure de fermer le jardin du Thabor. L’heure c’est l’heure ! 

En 2014, je fis l’acquisition du fameux ukulélé rose qui me caractérise désormais aux yeux de certain(e)s bipèdes. Joe Krapov, l’homme qui a flashé sur Isaure Chassériau et sa robe rose au point de s’acheter un ukulélé rose, un appareil photo rose, de voir la vie en rose et à qui on offre des nœuds papillon roses !

L’année suivante j’intégrai le groupe « Les B Car » (B car Brassens, Barrier, Brel etc.) où je jouai longtemps du ukulélé sans qu’on m’entendît vraiment : les deux autres guitaristes « bûcheronnaient » et le chanteur avait une voix à enfoncer Stentor sous trois tonnes de ses décibels.

Lors d’un concert au cours duquel je montrai mes dons sur cet instrument, un ami me dit : « Tu joues bien du ukulélé mais tu me fais moins d’effet que Marilyn Monroe ! ». Tout cinéphile qui se respecte sait que la dame en joue en effet dans «Certains l’aiment chaud» de Billy Wilder.

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Depuis novembre 2017 je fréquente un café rennais, l’Ubuntu, où se rassemblent, une fois par trimestre, des joueurs et joueuses d’ukulélé pour « faire le bœuf », apprendre des morceaux ensemble et participer à une scène ouverte. Cela s'appelle "Up d'uke", "Un poil d'uke" ! Il y a là Christophe, Louise, Marianne et des tas de talentueux-tueuses de la mini-guitare à quatre cordes. Houla, qu’ai-je dit là ?

Car attention : on ne se fait pas que des amis avec un ukulélé. En musique aussi, et ce jusque dans ma propre famille, il y a des puristes. Certains me reprochent de céder à une mode venue des Etats-Unis, d’autres me disent que non, ce n’est pas comme une guitare avec un capodastre à la cinquième case et un troisième ensemble m’affirme que l’accord que j’ai noté do est en réalité un fa : du coup je dois réécrire toutes mes partitions si je veux qu’on joue ensemble. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai de moins en moins de temps pour écrire des bêtises sur le Défi du samedi ? C’est que les instruments-jouets et la musique légère… c’est un boulot à part entière !

P.S. Sans compter qu’au bout de tout ce temps, je ne sais toujours pas s’il faut prononcer oukoulélé ou ioukoulélé !

21 juillet 2018

En force (Kate)

 

Déploiement de tant de force

Pierre et feu

Pour montrer les dents

Et se défendre

Et si cette écorce

Epaisse n'était qu'un jeu

Où passerait le vent

Et ferait l'armure se fendre

 

Il n'est muraille

Dans laquelle brèche

Ne puisse être ouverte

Chaque fenêtre se fait entaille

Qui dit canon dit mèche

Qui conduira à sa perte

 

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Avignon, Palais des Papes, "Métamorphoses méditerranéennes", rétrospective Stefan Szczesny, juillet 2014 (photo de l'auteur) 

9 septembre 2017

Famille, je vous hais ? (Joe Krapov)

DDS 471 doryphore 117186272_o

« Le doryphore déferle sans beaucoup d’efforts
Mais avec grand effet
Sur les pommes de terre du Mont-Dore
Comme Anquetil sur Poulidor :
On est bluffé !

Le doryphore est homicide
Dans le jardin des Hespérides
Où la tomate est pomme d’or
Et le Jupiter impavide :
Le jeune Hercule tète encore.

Le chrysomélidé, l’abominable insecte,
Désespère tout jardinier qui se respecte,
L’esprit placide,
Et n’emploie pas d’insecticide
Contre les soldats allemands ;
Question d’affect,
Evidemment.

Le doryphore est très doué pour l’oxymore
En timide sans-gêne
Qui bouffe ton oxygène,
En aimable gredin
Qui bousille ton jardin,
En Dalton de banlieue,
Rayé de jaune et noir
Toxique dans vesprée,
Déchirant robe des champs
Au pourpre du soleil ».

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Ce sont là ses derniers mots, ceux que l’oncle Jean-Henri Piquechoux a inscrits dans son cahier d’observations scientifiques et poétiques. Après avoir écrit « soleil », il s’est éteint, victime d’une foudroyante crise cardiaque.

L’oncle Piquechoux avait fait fortune en fabriquant et en commercialisant des chaussures à talons aiguilles de luxe. A part l’appât du gain et l’entomologie, il n’avait aucune passion dans la vie et surtout pas celle de la famille.

Tout l’argent qu’il avait gagné était entreposé dans un coffre gigantesque, un espace fermé de la taille d’une salle de cinéma. La légende raconte qu’il venait parfois y plonger, y nager, dans son argent liquide. Il croulait sous le blé, crawlait dans son oseille, faisait de la natation dans ses millions. Il trempait sa barbaque dans ses plaques, faisait le fortiche dans son artiche, noyait son blues dans le flouze.

Parce que le vieux était un grincheux. Le fabriquant de pompes était avaricieux, n’en déplaise à tous ses envieux de neveux. Il y avait Donald le costumier de théâtre qui tirait le diable par la queue. Il y avait Henri, Philippe et Louis qui en étaient réduits à traquer le castor en tant que biographes de Simone de Beauvoir. Tous les quatre furent fort étonnés d’apprendre qu’avant de décéder l’oncle Piquechoux les avait couchés sur son testament. Du coup ils se levèrent, quittèrent le huis-clos de leur salle de bain où ils avaient lavé leurs mains sales et vinrent s’abattre comme des mouches sur les fauteuils de maître Jean-Paul Lanozé, le notaire, pour écouter les dernières volontés du vieil oncle.

DDS 471 entomo

Tous craignaient le pire. Le vieux grigou avait sûrement posé des conditions draconiennes à remplir avant que chacun d’eux ne puisse toucher à une part minime du pactole. Sans doute ordonnait-il qu’on prenne soin de ses ruches, de ses serres à mygales, de ses vitrines de papillons ? Donald trouvait patibulaires ces bêtes à mandibules qui s’envoyaient en l’air et les castors juniors avaient pris pour devise « Les insectes nous débectent ».

Et pourtant non, pas de clause tordue. Quand le notaire se fut tu Cardwell se demanda où était l’entourloupe, pourquoi il n’y avait pas coup de théâtre ce soir. Donald, Phi-Phi, Riri et Loulou touchaient bien la totalité du pactole à parts égales. Sans conditions aucunes.

Maître Lanozé leur remit la paperasse l’attestant, les clés et la combinaison du coffre. C’est peu de dire qu’ils s’y précipitèrent.

Las ! Ils n’y trouvèrent que billets en poussières, pièces plus percées que des galettes de Polydor, lambeaux de rêves et miettes d’espoirs.

C’était là la dernière farce du tonton flingueur. Sachant sa mort prochaine il avait introduit, en guise de dernière calembredaine, sa collection d’insectes dans sa tirelire géante. Il était advenu ce qu’avait entrevu cet oncle psychopathe : les doryphores avaient bouffé toutes ses patates !

9 septembre 2017

L'indésirable par bongopinot

4711


Avec mes rayures noires et jaunes
Je suis vite repéré, je suis l'indésirable
Régulièrement je change de zone
Dépose mes valises, me mets à table

Mais je dois faire très vite
Ma famille n’est plus si nombreuse
Il faut sans cesse que l’on s’abrite
Au dehors la vie pour nous est dangereuse

Je me nomme le doryphore
Et j’adore surtout les patates
On me chasse on me déshonore
Car à chaque fois les gens constatent

Que mon passage est un carnage
Toutes les cultures sont anéanties
Mais cet été je tourne la page
Je suis le mal aimé me voila donc reparti

19 août 2017

Ecrire à Rimbaud ? 4, Sourire (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« C'est moi que je suis la Joconde.
Que de mots vains on m'inonde.
Critiques, artistes abondent
En intarissables facondes. »

 

2017 08 17 mona lisa RimbaudCette semaine on me demande de faire sourire ! Ce n’est pas bien difficile pour moi qui passe désormais ma vie à ne faire que cela ! Je fais sourire et je prête même souvent à rire à taux de z’héros !

Je pourrais bien aller piocher dans mes collages de Jean-Emile Rabatjoie, par exemple. Jean-Emile R. est un avatar de moi-même qui découpe des images dans des vieux magazines et les colle ailleurs, cela pour suivre les traces artistiques et iconoclastes de Jacques Prévert. Je pourrais endosser à nouveau son costume pour concocter d’autres rapprochements improbables et, par exemple, coiffer Mona Lisa avec les chapeaux de la reine d’Angleterre.

Le plus simple à vrai dire serait de recopier ici mon journal de voyage à Charleville-Mézières et de publier un diaporama photographique rassemblant les enseignes et effigies « dédiées à ta gloire » que j’ai pu contempler dans ton Ardenne natale. Mais le sourire serait un peu jaune, peut-être.

 

Je préfère t’annoncer que j’ai bien reçu ton « pitch ». Le pitch, toi qui fus angliciste mais ignores les tics du langage français moderne, c’est le scénario d’un film, c’est la trame d’un récit, le sujet d’une œuvre, le thème d’un poème.

Il est intéressant, ton story-board kaléidoscopique mais je trouve qu’il manque de musique et… qu’il ne prête pas précisément à sourire, même si les notes de bas de page laissent à penser qu’il y a plein de sous-entendus coquins et cultivés là-dessous. Ou pas.

C’est pourquoi je me suis permis de chausser mes gros sabots et d’en réécrire trois. J’ai pitié des Défiant(e)s du samedi qui en ont déjà marre sans doute de cette correspondance idiote entre deux types qui n’ont rien à voir ensemble sinon qu’ils sont un peu, comment dire, chacun dans leur genre, « illuminés ». Je n’en livre donc ici qu’un seul, « Hortense », libre transposition krapovienne du texte intitulé « H » à la page 278 de l’édition en Pocket de tes œuvres complètes.

 

HORTENSE

Ne demande pas la main d’Hortense :
Elle s’occupe à fourrager
Beaucoup plus bas que sa voilette.

N’attends pas d’Hortense
Un doigt d’indulgence :
Il s’applique à la mécanique
Hygiénique et il met
- Ô monstruosité ! –
De la frivolité
Au sein de sa pilosité.

Hortense a des gestes atroces,
Des passions, des actions violentes,
Des manigances érotiques.

A force de frotter
Elle fait tout reluire
D’un beau vernis de mandoline.

Pour la dynamique amoureuse,
Pour ce qui va la rendre heureuse,
Elle paye, depuis l’enfance,
Un tribut de portes ouvertes,
De décorporation salace,
De travaux de mise en lumière
Car elle est reine d’éclairage.
C’est là sa mauvaise habitude.

Et surtout ne paie pas Hortense
D’un rubis sur l’ongle :
Elle rira sous sa pelisse
De ton frisson d’amour novice.

Attends juste qu’elle finisse,
Arthur appuyé au chambranle,
Sa toilette.

Les amateurs de littérature comparée iront lire l’original ici.

Ca les fera peut-être sourire. Ou pas.

Sur ce je repars m’activer une semaine en Normandie. Bon repos à toi, cher poète de mes dix-sept ans !

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Le défi du samedi
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