25 mars 2017

Force-toi car tu es bonne pâte ! (Joe Krapov)

N     ous les regardons, sidérés, avec l’appétit qui retombe :

O     n dirait un plâtras épais de gélatine anglaise molle,

U     n enchevêtrement pervers d’asticots qui feraient la bombe,

I      gnorant qu’au dos des affiches est destiné le pot de colle.

  es mollassonnes, les nigaudes ne vont pas pointer chez Engie ;

L     es niaises ont leur blancheur de dindes de Bressuire !

E     lles sont le maître étalon, par plats, du manque d’énergie

S     urtout lorsque le maître-queux, distrait, les a laissé trop cuire.

DDS 447 Pauvre-bitos-ou-Le-diner-de-tetes

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18 mars 2017

Une aventure d'Alois et Pétula (Joe Krapov)

 

- Pétula chérie, n’aurais-tu pas vu mon bazillac ? Je le cherche partout !

- Ca commence à devenir énervant, Alois, ta manie de tout oublier tout le temps ! Un jour tu égares khangelsk, le lendemain tu perds nambouc… As-tu regardé sous ton bouctou ?

- Oui mais il n’y est pas.


- Et dans ta nanarive ?


- Non plus.


- Je ne sais pas, moi ! Où tu le ranges, d’habitude, ton bazillac ?


- Entre mes rignacs et mon télimar. A moins que ce soit entre ma zamet et mon talembert ?


- Ecoute, Alois, c’est à chacun de gérer sa marcande et son derborg, tu ne crois pas ?


- En même temps, si tu ne laissais pas traîner partout tes saloniques, ta rascon et tes gucigalpas, on s’y retrouverait un peu plus, tu ne crois pas ?


- Je t’en prie, ne te mêle pas de ma lakoff, de mes roberts ou de mes idoncanons ! Parce que ton quédec à toi, il faut voir !


- Voyons, Pétula, calmons-nous et réfléchissons posément. Je suis sûr de l’avoir laissé ici hier soir. Est-ce que… Est-ce que tu pourrais te lever un instant ?


(Elle se lève de son siège)


- Mais enfin Pétula ! Tu es assise sur Mon cuq en quercy blanc ! Ca faisait trois jours que je le cherchais !


- Désolé, Aloys, je ne l’avais pas vu. J’espère qu’il n’est pas trop froissé ?


- Lui pas, mais moi si !


(Il sort en claquant la porte)


DDS 446 Monbazillac 114972723_o

***

Un peu plus tard.

- Dis donc, Alois, ton bazillac… C’était bien ce liquide jaune extrait de la pourriture noble du raisin et il se trouvait bien dans une jolie bouteille ?


- Ben… Oui, évidemment !


- Alors je l’ai retrouvé ! Enfin, je sais où il est ! Ou plutôt, où il n’est plus ! On a sifflé le litre hier soir avec ma lataverne et ma licorne pendant que tu étais à ta manrasette !

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11 mars 2017

Une soirée au Havana Club (Joe Krapov)

La lambada, pour danser ça, 
Il faut porter un panama
Et un costume en alpaga

Pas besoin de savoir lire le cyrillique ;
Pas besoin de cacher son look de bonobo.
On se trémousse juste au son de la musique
En compagnie d’une bimbo.

DDS 445 Roudoudou 7,5 x 10 - attention l'encre tache

« Roudoudou », « Riquiqui », si tu n’as que cela
Dans ta bibliothèque, tu peux danser quand même.
Elle n’est pas difficile cette contorsion-là :
L’individu lambda danse la lambada.

« Au jeu du mistigri, faut tirer la plus belle
Des cartes ! » disait René.
La lambada se danse avec des jouvencelles
Qui ont des ananas en guise de roploplos
Et des éconocroques assez bien rebondies
Qu’on appelle fessier. Elles cachent cela
Avec un peu de peine comme un petit pactole
Dans un peu de tissu qu’on nomme bikini.

DDS 445 lambada


D’où nous vient la lambada ?

Bien sûr, pas du Sahara !
Du Kamtchatka ? De Tbilissi ?
Du Togo ? Ou de l’Iowa ?
Des Bahamas ? De Virginie ?
Madagascar ? Pleumeur-Bodou ?

Sur les bords du Mississippi la danse-t-on ?
Sur la neige du Canada se secoue-ton
Sur son rythme si répandu (quel matraquage !) ?
Rimbaud la dansait-il déjà
Sur les dance-floors d’Abyssinie ?

On sort de la piste hébété,
Ensorcelé par Barbara,
Son mascara, ses mascarades,
Ses manières de bonne camarade,
De reine du bal de l’ambassade
Qui vous enivre d’embrassades.

Un petit coup de ratafia
Pimenté de pili-pili
Et la danseuse vous embarque
Pour une nuit dans l’infini
Et plus si pas d’inimitié
(Visite de son intimité,
Chute de la timidité,
Ecart de la frigidité,
Interdiction d’être inhibé
Car elle va tout exhiber…
Bref, une invite au radada !)

***

Au petit matin, raplapla,
Vous vous réveillez seul au lit,
Ronchonchon sur le polochon,
Le cabochon endolori.

La Mata-Hari est partie
Emportant vos liquidités
Vers le pays d’Iphigénie :
Aulide ou Tauride en bolide
Car vous ne trouvez plus non plus
Les clés de la Lamborghini !

Comment ? Cet été, vous dansiez ?
Eh bien, déchantez, maintenant !

***

La lambada, on n’aime pas ça !
Nous on préfère la java !

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04 mars 2017

UN KYRIE, DES KYRIELLES ! (Joe Krapov)

Je ne voulais pas priver ceux d'entre vous qui ne connaissent pas le blog de mon neveu de sa contribution tardive.
Vous dites "népotisme" ?
C'est de saison, non ?

Walrus

 

De la poche du kangourou
J’extrais 
Un kamikaze kaléïdoscopique,
Trois kilos de kaolin,
Un kakémono à suspendre,
Un kilomètre de dilemmes kafkaïens
Et un képi kaki du Kaiser
(Franz Beckenbauer ?)

 

DDS 444 gotlib_kangourou10

 

De la poche du kangourou
Je sors
Une ceinture noire de karaté
Sa vocation de serre-kiki,
Un manuel de karting,
Un kilo de viande kascher,
Un kayak palindromique,
Un lot de pochettes surprises
Destinées au stand de pêche à la ligne de la kermesse d’Irkoutsk 
Ou de la ducasse de Dunkerque, 
C’est kif-kif la même chose et du pareil au même.

DDS 444 gotlib_kangourou12

De la poche du kangourou
J’extirpe
Un kil de rouge,
Du kif,
Du khôl,
Un kyste,
Un kinésithérapeute en kilt.

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De la poche du kangourou
Je ramène
Une bouteille de kirsch,
Un vieux klaxon de Buick
Qu’une Kabyle kleptomane,
Vétue d’un kimono,
A volé à Kharkov
A un koulak insigne
Et vendu trois kopecks
Au Kazakhstan à la sauvette.

 

DDS 444 gotlib_kangourou4

 

De la poche du kangourou
Je tire
Un kouign-amann fourré au korrigan velu.
Beark !

DDS 444 gotlib_kangourou5

Du kangourou K.O.,

Vaincu par un kouglof
Fabriqué en série dans un kolkhose de Kiev
Dans une kitchenette kitsch,
Je sors un…

Mais c’est quoi, là ?
Un koala ?!

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Manquant de kérozène
Pour aller plus avant
Je me soûle au kummel,
J’emmène mon Kodak
Au kiosque du Thabor.

Et j'y rencontre le général Koutouzov
Qui me dit : "Cher Krapov !
Dans la poche de mon slip kangourou
Il y a un drôle d’oiseau ;
Je crois que c’est un kiwi.
Je l’empêche de sauter sur le monde qui bouge !
Mais comme on s’entend bien,
Lui et moi dans mon Parnasse
Je l’ai appelé Kiki ;
Et comme il a frite
On ne se kikitte plus !".

N.B. Les illustrations de Marcel Gotlib ont été empruntées ici

 

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25 février 2017

Le plus jobastre des trois n'est pas celui qu'on pense (Joe Krapov)

Avec autant de 51 dans le cornet, ils étaient complètement ganares, Marius et Olive ! De la pièce à côté, moi qu’ils traitaient de jobastre parce que je savais remplir des grilles de Sudoku, je les entendais divaguer par-dessus le flot déjà bien bruyant du programme de la télé.

DDS 443 Marius et Olive_a_paris01

- Si j’étais toi, je lui confierai pas le boulot, à ce piacampi !

- Tu me l’as déjà dit. Arrête de faire le rababéou !

- Je comprends pas comment on peut faire un truc pareil. Il a vraiment pas de rate ! J’ai jamais pu saquer les gonzes qui font les mias !

- Vé le, celui-là qui fait le caque avec ses rébannes !

- Fais le bouger, ton tafanari, la bombasse !

- Mais jette les, tes boules ! Tu fais que des naris ! Oh les oncles, mettez-vous un peu de côté ! Si ça c’est une équipe de champions, alors mingui ! Ces types, c’est des vrais jobastres !

- Vise-moi ce gars-là, c’est un mange-merde. Il vendrait même sa mère ! A Paris, c’est plein de mafalous ! Mais c’est pas le tout de faire le James, après il faut assurer ! Oh fifre que t’y es ! Qu’est-ce que tu veux me faire accroire ? Arrête de faire le gandin ! Degun te calcule !

- Fan de chichourle ! Oh tronche d’esque, qu’est-ce que tu fais ? Regarde-moi cet estassi qui court à contresens ! Allez zou, faï tira, que sinon demain on y est encore !

- Il va nous embistrouiller avec ses plans foireux ! Je suis sûr qu’y a un engambi !

- Va caguer à Endoume, toi ! On va pas se laisser emboucaner par cet idiot quand même ?
Qué couillosti, ce René ! Embraille-toi que tu as le chichibelli ! Si c'est tout ce que tu as à montrer, tu peux te la claver !

- Regarde-moi ce cataplasme qui connaît même pas sa droite de sa gauche. Je capte pas la moitié de son plan ! Il a les cacarinettes, lui ! C'est une sacré bande de cakes, ces minots !

DDS 442marius_et_olive_a_paris- Oh, celui-là, peuchère, c'est pas sa faute. Il est bien brave mais je lui confierais pas le chantier si j'étais toi. C'est une broque !

- C'est une sacrée équipe de bras cassés, oui ! Ils ont que des bouscarles dans la tête. T'ias des bougnettes sur la chemise ! Va te changer ! Celui-la, depuis qu'il acheté la villa à Cary Grant, qué boudenfle ! C'est qu'une bouche !

- On peut plus s'en débarrasser, de ce type. C'est un vrai boucan ! Casse-toi, bordille ! Qu'est ce que tu nous regardes, toi, avec tes yeux de bogue ? Tu veux ma photo ?" Mais t'ies un vrai bestiari ! Mangiapan !

- Tais-toi, banaste, tu m'escagasses ! Regarde l’autre qui nous suit partout ! C'est une vraie arapède !
Regarde-le, cette tronche d'api !

- Un coup de genou dans les alibofis, ça calme !

- Dis, espèce de viole, t’ias pas fini de nous soûler ? J’y comprend queutchi à ce micmac !


***

Je n’ai jamais su ce qu’ils regardaient ce soir-là parce que j’avais entamé une partie d’échecs avec Manu. On avait le choix, dans nos suppositions, entre un match de foot PSG-OM, la minute quarante de défilé matrimonial au sein duquel on aperçoit Marcel Proust ou le début de la campagne officielle des élections présidentielles !

Ce qui est important c’est que moi j’ai encore gagné.

Allez, adessias, collègues, et à la semaine prochaine ! Il est sympa quand même notre asile de fous, non ?


P.S. Cette semaine je me suis fait aider par (j’ai pillé, oui !) Richard-David Roux. Merci à lui !


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18 février 2017

Cinq nouvelles injures Haddockiennes (Joe Krapov)

DDS 442 Injures Haddock 1

On fait généralement la connaissance du mot «iconoclaste» et de la Belgique réunis lorsque, enfant, on lit les aventures de Tintin. C’est en arrivant à la page 37 du «Crabe aux pinces d’or» qu’on découvre ce mot tonitruant dans la bouche du capitaine Haddock balançant une de ses premières bordées d’injures.

C’est pourquoi, de manière, je l’avoue, parfaitement iconoclaste, je me permets d’ajouter ce jour cinq injures belges à son répertoire déjà très fourni et de les traduire ou expliquer. Cela grâce à l'aide très précieuse de ce livre iconoclaste de Philippe Genion dont je vous recommande la lecture. 


ESSUIE D’APRÈS DUCASSE  ! 

DDS 442 comment parler le belge

La  fête foraine (ducasse) est arrivée. Les barakis ont installé les carrousels, les manèges d’autos-tamponneuses, les loteries, les baraques à frites. On mangera ces dernières – les frites, pas les baraques – bien grasses, bien charnues, façon Jacques Brel chez Eugène, avec les doigts, à même le cornet en papier.

Dans la cuisine familiale on a préparé force carbonnades, tartes au sucre – en fait c’est de la cassonade -, cramiques ou craquelins.


La cuisinière a fait sa vaisselle et l’essuie est tout imbibée d’avoir séché assiettes, plats et couverts.


Le soir, quand l’homme rentre de la ducasse, il est imbibé lui aussi : il a bu quelques chopes, des demis et son penchant pour la Gueuze l’a même fait tomber à un moment dans la gadoue (berdouille). C’est pourquoi il se fait agonir par Madame, l’essuie d’après ducasse !


PETITE TCHOLLE ! 

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C’est la nouvelle année. On se la souhaite « bonne et heureuse » et, en souriant sous cape, entre hommes, « longue et vigoureuse », référence à la tcholle qu’on a entre les jambes.

C’est là oublier que parfois, tout comme les plaisanteries, « les plus courtes sont les meilleures » : celle du Manneken Pis est un modèle de régularité et d’efficacité dans l’irrigation des fontaines et le gonflement de sa propre renommée.

Mais il y a un effet « testostérone » ou une légende urbaine qui incite l’être humain de sexe masculin à rêver toujours de posséder la plus grosse : la plus grosse voiture, fortune, muraille, envie réformatrice ou bitte d’amarrage dans le port de Trébeurden. Petites tcholles, va !





CRAPULEUX DE MA STROTJE !

DDS 442 Mme Chapeau

Si vous allez chez Maman, rue du Midi à Bruxelles, et que pour cela vous enfilez des bas, des talons aiguilles et mettez une robe et un chapeau alors que vous êtes détenteur d’une tcholle, vous êtes en droit de traiter de « crapuleux de ma strotje » tout Hercule rencontré en chemin qui se permettrait de lancer à votre endroit – ou à votre envers - le mot «travelo».

Qu’il s’appelle Bossemans ou Coppenolle ne change rien à l’affaire.




TCHESSE PÉLETTE !

«Tchesse pélette qui peut» ne fait rire personne en Belgique où l’on se fiche comme de sa première fricadelle d’appliquer l’épithète (pelée) «crâne d’œuf» à Valéry Giscard d’Estaing ou à Laurent Fabius. Aucun roi de Belgique ne s’appela jamais Charles le Chauve. Notons que bien souvent le tchesse pélette enfant était doué d’une crolle spectaculaire. Entre nous, ou presque, on a même vu sur Internet de surprenantes photos d’un crolé aussi notoire qu’iconoclaste qui fréquenterait même, paraît-il, cette strotje-ci !


FOUCHNIN DE JARDIN !

DDS 442 Injures Haddock 2Genre d’épluchure de légume ou de fond de paquet de chips invendable… quoique !

Résidu de fausse ou vraie couche de mulch qui ne vaut cependant pas grand-chose.

Attention : si vous avez affaire à quelqu’un du genre «Va donc, eh, patate !» il ne faut pas dire «fouchnin de jardin» mais «kikitte».

Ce nom-là viendrait du chanteur Jacques Brel qui exigeait toudi (toujours) qu’on lui servît des frites bien longues et surtout très parallélépipédiques. Il le répétait souvent à sa compagne du moment, Suzanne Gabriello :

- Ne me kikitte pas !

Ca l’énervait trop d’entendre ça tout le temps alors elle a pris le tram 33 et elle est partie manger des madeleines chez Marcel, au grand dam de Jean-Claude (Van Damme) qui en pinçait aussi pour elle.

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11 février 2017

Drôles d'oiseaux ! (Joe Krapov)

Citation non tronquée :

Les hobereauxet les gentillâtres de province parlant toujours de fumées et de laisses, de ragots et d’andouillers, d’hallali et de cerfs dix cors, et entremêlant le tout de charades d’almanach et de madrigaux moisis de vétusté, n’étaient assurément guère faits pour lui convenir, et sa vertu n’avait pas eu beaucoup à se débattre pour ne leur point céder.

Théophile Gautier


Aberration du hobereau ! Inanité de la campagne !
Comment prétendre à la hauteur avec de la boue sous les bottes ?

Devenir aigle fin ? Oiseau de proie ? Ou « gypoète » ?
Mais Théophile nous prétend que ses madrigaux sont moisis
Et que parfois le capitaine se fracasse !

DDS 441 gainsborough-hobereau 1 réduit
« Mr and Mrs Andrews » de Thomas Gainsborough

Hobereau, obéré, aberrant, mal barré,
Sur les bords désolés de la Bérézina,
Qui nous jette à nouveau ce froid de Sibérie ?

Envolez-vous, faucons, passereaux et faisans !
Paradeurs, paroliers, jacasseurs, étourneaux !

Quand la trompe de chasse entoure le manoir,
Quand la meute des chiens s’excite dans les bois,
Je n’entends plus sonner la musique des vers
Dans mon gueuloir intime.

Ah vivement, grands dieux, que s’en vienne l’été !

Je prendrai mes vacances à la plus proche ville,
Loin de vous, hobereaux, rapaces, volatiles
Et j’écrirai des chants plus grands que le silence.

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04 février 2017

Colère de Saint-Antoine envers son compagnon (Joe Krapov)

Je reconnais ta griffe à tes traces de doigts 
Ô, goinfre au bide gras, laissées au confit d’oie !
Traces de doigts ? Que dis, je, ô monstre époustouflant !
Je devrais évoquer des pattes d’éléphant !

Etait-il véritablement dans ta nature
Qu’on te prenne les doigts au pot de confiture ?
Comme tu t’es engouffré dans mon vieux frigidaire !
Comme tu as lampé le litre de Madère !

Tu ne seras jamais un gourmet, ô, gourmand,
Si tu baffres, si tu bouffes, si tu dévores, dément !
Tout est bon pour ton groin, mon cochon, sauf le tact !
Quand je dis "groin" c’est "gueule" ou "gouffre", le terme exact !

DDS 440 antoine-bosch

Toi qui rêvais d’un jour d’entrer dans le gratin,
La tarte est renversée ! Tu feras Ta-Tintin !
Retourne à ton grabat, gros goulufiat ! Sagouin !
Gourgandin frelaté ! Va coucher dans ton foin !

Terminé les gâteaux, la gâche, la galette,
Les fraisiers, les ganaches, les babas, la gaufrette,
Le gigot, le goulasch, l’onglet, les fricatelles,
Le fricandeau, la longe et les tagliatelles.

Tu pèses trop de poids. Tes larcins me défrisent.
C’en est fini de toi, ma décision est prise.

Donc à Noël prochain ou à Saint-Nicolas
Tu te retrouveras salé dedans mon coffre,
Transformé en jambon, boudin ou cervelas !
Une chose est certaine : tu n’auras pas mes gaufres ! 

DDS 440 92762805

 Je t’avais pourtant dit « Fais gaffe à ton grognon ! »

Tu n’as pas entendu, eh bien tant pis pour lui !
A force de montrer ton très bel appétit
Tu seras transformé en un filet mignon !

Quelle idée eus-je aussi quand tu étais jeunot,
Mignon, rose, trognon, gai comme un étourneau,
Après t’avoir ach’té à la foire de Nantua,
De t’avoir baptisé du nom d’Gargantua !

DDS 440

Image empruntée au journal "La Dépêche" 

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28 janvier 2017

Voler sans sonnet, vélo sans sonnette (Joe Krapov)

Le sansonnet se fiche, aux temps du Changement,
De compter les petons des vers : il les boulotte !
Il les porte à son nid où sa Marie-Charlotte
Couve quelque chef d’œuvre en mal de pépiement.

Ah ! Sacre du printemps ! Foutre de la métrique !
Calices d’égrillards ! « Poète, prends turlute » !
Crânes de piafs, trillant du mieux que vous le pûtes
« Dans le monde animal tout le monde a la trique » !

Les oiseaux sont des cons mais nous bien plus encore
Qui trimons durement pour séduire Pécore
Là où l’oiseau se rit de la complexité !

Ah ! N’embrasser personne et pas même les rimes
A la fin du tercet ! Quelle légèreté !
Mais après tout… N’est-ce pas là ce que nous fîmes ?

 

2017 01 27 L'étourneau des Rossini

"L'étourneau des Rossini" *

Collage de Jean-Emile Rabatjoie du 27-01-2017
d'après "Le Souper à Emmaüs" du Caravage.

* Ceci n'est pas... autre chose qu'un contrepet à dire avec l'accent italien !

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14 janvier 2017

Derrière le mur (Joe Krapov)

DDS 437 le mur (MAP)114154488

Derrière le mur il y a
Des tas
Des tas
Des tas
Des tas de briques
De briques,
De briques et de sacs de ciment
Pour construire d’autres murs

Des murs pour enfermer les gens
Dans l’idée répandue
Que l’Enfer c’est les autres

Derrière le mur il y a
Des murs
Des murs
Des tas de murs
Encore des murs
Toujours des murs

Derrière le mur il y a
Un arbre
Un arbre
Un arbre qui n’apprécie rien tant
Que de perdre ses feuilles à l’automne
Pour devenir sourd à nos chants de guerre
A nos cris et à nos délires

Nous
Nous marchons entre les murs.

Sur ce qui reste de chemin,
C’est-à-dire très peu, au fond,
Nous posons des pas vagabonds
A la recherche de l’humain.

Si nous abattons ces murailles,
Nous le rencontrerons, demain ?

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