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Le défi du samedi
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5 octobre 2013

Marotte (JAK)

jak1

 

Marotte tu me hantes, j’en divague à foison

Et je suis asservie par cette déraison

Tu me lies, tu me plies au gré de mes collections.

Manie tu sais pourrir mon être, gâter mes relations.

Engouement aliénant, poison tu me poursuis

Me précède, m’envahit tout au long de ma vie.

Je n’ai d’yeux que pour toi. Ces ubiquistes pensées

Minent, et mes journées et mes nuits agitées

Mais quoi me direz, rien que pour des Stylos

Cette entière folie, inquiétante parano.

Ma foi oui, les plumes gouvernent ainsi mon existence

Qu’elles soient d’oie ou en d’or avec ou sans pots d’encre

Tour à tour avec cartouches ou calames en roseau

Watterman, Mont-blanc ,Dupont, simplement Stabilo

Pour écriture anglaise, cursive,ronde ou bâtarde

Oh qu’à la fois je vous aime et vous haïs. Foucade

Qui perdure toujours, et s’ aligne sagement

Sur de beaux présentoirs oh combien encombrants

Je suis stylographile, C’est bien là ma manie

Je le confesse à vous, amis de sam’défi.

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28 septembre 2013

Damien (Célestine)

Damien écrivait mal. Son graphisme incertain s’étirait en pattes de mouche ne suivant pas forcement les lignes violettes de ses cahiers d’écolier. Des cahiers toujours pleins de taches. Sa frimousse et ses mains aussi étaient toujours pleines de taches. D’encre et de peinture. Cela se mélangeait avec les minuscules points de rousseur qui étoilaient son visage autour de ses yeux verts. Entre sa main droite et sa main gauche, il n’était pas bien fixé, ne voulant faire de peine à aucune, il les utilisait en alternance.

Damien empilait chaque jour un bric-à-brac épouvantable sur son pupitre. Quand je passais entre les rangs, j’avais toujours peur de déranger le bel ordonnancement de ses constructions hétéroclites.

Damien était un rêveur.  Son casier était un incommensurable foutoir où une vache n’aurait pas retrouvé son veau…Il échafaudait ses règles, ses stylos, ses gommes et ses crayons comme il échafaudait ses rêves. Ceux-ci se promenaient au fond des galaxies, ils poursuivaient des destructeurs atomiques à coup de réflecteurs spatio-temporels. Un autre jour, avec sa boite de couleurs et un carnet d’orthographe, il avait érigé un temple maudit au fond de la forêt amazonienne. Il bricolait avec trois fois rien les trésors de son imagination embroussaillée. Il collectionnait les bouts de ficelle, les billes, les boutons, les petites boîtes d’allumettes. Je le laissais faire avec un œil mi-amusé mi-bienveillant. Certes, les conjugaisons et les règles de mathématiques lui échappaient parfois, tout occupé qu’il était  se retrouver dans la jungle de son désordre, et ses résultats scolaires n’honoraient pas son intelligence pratique et son génie de l’invention. Mais j’avais confiance dans ses capacités. Et puis il me prouva que l’on peut écrire comme un cochon, être « bordélique »en diable, ne pas être « scolaire » et devenir pourtant artiste et professeur aux Beaux Arts de Lyon.

De nos jours, un enfant comme celui-là est "en difficulté" ; on convoque une équipe éducative, on saisit la MDPH*, on met l’enfant dans les mains de spécialistes de tout poils, ergothérapeutes, orthoptistes, on diagnostique une dyspraxie, une AVS*  assise à côté de lui,range ses affaires et copie ses leçons à sa place. A moins qu’il n’ait droit à un ordinateur. Plus de place alors pour les bricolages inventifs, ceux qui développèrent les facultés créatrices de Damien.

Oui, de nos jours, la vie est dure pour les bricoleurs en herbe aux yeux rêveurs et aux doigts sales …Je repense souvent à Damien et à sa tignasse de foin séché. Et je me demande si le progrès a toujours du bon.

cél

 

 

*MDPH Maison des Personnes Handicapées

*AVS Auxiliaire de Vie Scolaire

7 septembre 2013

Sans chemise, sans pantalon (Joe Krapov)

J’écris le slam de l’homme en slip qui slalome rue d’Isly en gueulant aux passants qu’il lui faut du müesli pour aller à Oslo.130706 437

J’écris le slam du type en kilt qui joue aux osselets et plante la phacélie au cimetière d’Elseneur et réclame un cheval pour fuir à tout jamais ce royaume pourri brûlé par le Gulf stream et l’orchestre des vents à tout jamais mauvais.

J’écris le slam du string de Lady Godiva qui jouait du violon tout près du Papyrus, immeuble de bureaux de la rue de Lorient et le soleil se lève et jamais ne se couche et les dancings fermés ne rêvent plus de pluie depuis je ne sais plus, disons comme Aragon depuis que je me suis séparé de mon premier slip aéré dont tout le monde se contrefiche.

J’écris le slam de la madone du sleeping Paris-Méditerranée qui en gare de Sète cherche son terminus près de la tombe à Georges mais ne la trouve pas. Ce qu’elle a sur le cul est garni de dentelle mais le poète est mort et ne peut plus bander toute son énergie pour attirer la belle. Ah la la ! Quel gâchis ! Elle qui justement cherchait une moustache parce que c’est meilleur, le slam, avec du poil. 

DDS 261 magritte

J’écris le slam du gars d’Oslo dont le slogan est « tous au slow à l’élastique » et sur son pagne est dessiné un plan de campagne finlandaise où les bergers sur des échasses gardent les moutons des nuages coincés au chambranle des portes.

J’écris, vous l’aurez deviné, le slam du réchauffement climatique, de l’industrie textile restée sur le carreau car il n’est plus besoin de porter de chemise, la cravate est tombée et nous errons pieds nus sous quarante degrés partout sur nos gamelles. Un reste de pudeur fait que d’aucuns portent encore un kilt en Elseneur, un caleçon rue d’Isly, un bermuda au Triangle à Rennes, un string en Slovaquie, un slip au Vatican pour voir son Eminence.

J’écris le slam de l’archiduc mort à Sarajevo le même jour que moi enfin le même jour quarante années plus tard où moi j’ai vu le jour pour la première fois. Il y avait encore de l’eau tombant du ciel et nous portions alors d’affreuses barboteuses. Je me souviens encore de ce siècle passé, le slam n’existait pas et l’on se demandait dans les chansons d’alors si les chemises de l’archiduchesse étaient bien sèches * et l’on avait projet d’aller pendre son linge sur la ligne Siegfried pour voir si l’antisLASH VOLAIT DES VACHES QUI RIT. C’était guerre contre paix.

Loin des réclames de la lessive, hors du temps qui délave tout « cause you know that time, time fades away » j’écris le slam des lessivés qui en ont pris plein les gencives, des gnons, des champignons, des hallucinations, de la science-fiction et des coups de bâton et qui slamment ici leur dernière salive et crachent pour demain des salves de noyaux d’olive avant que ne se pratique une explosion d’ogive en grand bouquet final de l’évaporation d’une espèce de monde assez chic, assez chié, asséché à jamais.

  *

20 juillet 2013

Quand les poules auront des dents (Prudence Petitpas)

88214380[1]

Une drôle de  découverte m’avait laissée toute pantoise… j’avais simplement changé le régime de ma petite pensionnaire sans me rendre compte des conséquences que cela pouvait avoir.  En rupture de stock de grains de maïs concassés et de blé que j’avais l’habitude de servir à cette petite chérie, et dans l’obligation de la nourrir tout de même, je pris la liberté de me servir des croquettes qui trainaient dans le hangar depuis que le chien de ma tante était mort de honte, le jour où elle l’avait traité de bâtard.  Bref, sans souci de ma déraison, je soulevai la barrière de cette immense remise pour y chercher l’aliment de chien qui y  restait et je courus avec ce sac dans mon petit poulailler où ma Rosalie coulait des jours heureux et m’offrait tous les jours, le bon œuf de mes toasts du matin. Je versai cette nouvelle nourriture dans sa petite mangeoire et m’en retournai satisfaite d’avoir paré à l’urgence.  J’étais bien persuadée que cette nouvelle alimentation ne nuirait pas à la beauté de ce bel œuf qui faisait mon bonheur et je m’endormis du sommeil du juste qui avait bien fait son travail.
Et pourtant, il fallait être privé de sens pour ne pas avoir réfléchi aux résultats hasardeux que pouvaient avoir des croquettes pour chien dans le régime des poules…  Le lendemain, entendant  ma Rosalie caqueter plus fort que d’habitude et soucieuse de récupérer mon repas matinal, je  filai vers sa demeure. Quelle ne fut pas ma surprise quand je découvris ce drôle de tableau vivant qui prenait forme devant mes yeux : Ma poule adorée couvait un adorable petit chiot à la place de l’œuf journalier. C’était littéralement hallucinant et je n’en croyais pas mes yeux. Rosalie encore rouge des efforts qu’elle avait du fournir pour sortir pareil morceau me regardait drôlement et devait se demander comment pareille aventure pouvait lui être arrivée… Comme quoi aucune idée ne devrait être taboue et celle qu’un chien pouvait naitre d’une poule n’arriverait pas forcément le jour où les poules auront des dents…

6 avril 2013

Contenant et contenu (Walrus)

D'abord, sur les bagages j'en connais un rayon et vot'valoche, là, ça s'rait plutôt une malle !
Sanglante, ça, j'peux pas dire sans l'ouvrir...
La valoche, pas ma gueule !
Encore que sans l'ouvrir, ma gueule, je peux pas l'dire non plus, hein !
J'ai pas l'air comme ça, mais j'suis pas con, vu que j'suis douanier.
Comme mon ami Fernand !
Et comme j'suis douanier, j'en ai vu des valises et même, j'en ai ouvert des valises. Et pas un peu !
Même celle d'une nonnette, un jour, à Calais.
Celle qui m'avait demandé la bouche en cul  de poule  "Do you speak English ?".
J'y aurais bien répondu "Je veux, mon neveu !" mais ça collait pas franchement pour une donzelle...
Et puis, dans l'administrâtion, on peut faire chier le peuple, mais... poliment !
Alors, j'y ai balancé "Yes, Sœur !", qu'elle voye bien que l'angliche, ça m'fait pas peur..
C'qu'y avait dans sa valoche ?
Oh !
Vous m'demanderiez pas de trahir le s'cret d'la confession profession ?
J'peux parler en général, mais jamais d'un cas particulier.
... Très particulier d'ailleurs, en l'occurrence...
Mais bon... botus et mouche cousue comme disaient les Dupondt bross.
N'empêche, quand j'y repense, vraiment très très particulier....
Enfin !
Secret c'est secret, pas vrai ?
Donc, des contenus de valoches, j'en ai vu... et j'en suis revenu !
"Splendeurs et misères des courtisanes", comme je suis honoré de vous l'dire.
Mouarf ! Ah ben celle-là tiens, elle collait parfaitement au cas particulier !
Mais... "Keep your secret secret", hein, comme disait Shakespeare.
On va pas faire dans la dentelle, surtout à Calais !
Ah, j'en aurai vu, quand même !
Mais pour votre cas particulier à vous, j'peux pas aider sans l'ouvrir et j'suis pas en service.
Mais Fernand avec sa machine à rayons X peut vous faire ça discrètement.
Les os, ça répond bien à la radio.
Et si vot'suspect donne vraiment dans la contrebande de lapins en les cachant dans des chapeaux destinés aux British, il le verra sûr'ment !
Vous cassez pas l'melon !

 

Lapin

 

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9 mars 2013

Qui a sonné? (Célestine)

Mes exercices de style vous avaient plu? 
Je vous en propose une nouvelle mouture.
Toujours en hommage à Raymond Queneau.

cel

L’autobus  F est bondé. C’est l’heure de pointe. Marie Kievaskaïa se tient à la barre, le bras en l’air, un gros monsieur au crâne luisant de graisse louchant dans son décolleté. Quand soudain, la jeune femme aperçoit sur le trottoir un jeune homme d’une grande beauté, avec un chapeau vert orné d’une plume. Pour sortir, elle se précipite et tire sur le signal d’alarme. Le bus freine tellement sec que tous les voyageurs se retrouvent par terre. Le gros monsieur termine sa course le nez sur les fesses d’une énorme  dame, et se prend un coup de parapluie.  -Qui a sonné ? demande le chauffeur.

 –C’est l’Amour…répond un monsieur rêveur à petites lunettes rondes…

 

 

***

 

 

Géographique

Une gamine russe dans un autobus parisien au moteur fabriqué à Taïwan et roulant à l‘ordinaire raffiné à Grandpuits (Seine et Marne) aperçoit un jeune homme, visiblement un Tyrolien si l’on en croit son chapeau à plume. Elle compte l’épouser à las Vegas ou à Hong Kong (c’est la mode en France). Un sumo japonais atterrit sur une mamma italienne qui l’assomme avec son parapluie anglais. La sonnette d’alarme et les freins du bus sont aux normes européennes.Un homme myope de type caucasien assiste à la scène.

 

***

Cuisinier

Prenez un autobus bien plein. Ajoutez-y une petite paire de lunettes spirituelles, deux grosses paires de fesses, une sonnette d’alarme, un chauffeur ahuri et un parapluie. Réservez à part un joli chapeau de Robin des Bois. Agitez le tout avec une jeune romanesque aux pommettes saillantes. Saupoudrez d’un zeste d’amour fou.

 

***

 

Lyrique

Ô Cupidon, il me plut que vous décochassiez encore, en ce matin divin, vos flèches assassines dans le cœur d’une jeune pucelle slave, celle-là même  qui, en sonnant son olifant, sema le chaos dans un char de mortels sur la ligne de Charybde à Scylla en passant pas la place Clichy … Ô combien de comptables, combien de ménagères, se trouvèrent soudain assis le cul par terre…

 

***

 

 

Mathématiques

Soit un autobus roulant à 60 km/h sur la ligne 12. Une fille d’1 m 70, pesant 52 kg et faisant 90 cm de tour de poitrine (au bas mot)  au grand dam d’un monsieur qui pèse le triple de sa masse, soit 208 livres,  déclenche la sonnette d’alarme à 12 h 18 précises. Les 45 voyageurs étant projetés sur le sol à la vitesse relative de l’énergie multipliée par leur masse au carré, sachant que E=MC2 (mon amour) , et que  le choc du parapluie occasionne sur le périmètre crânien du monsieur, qui est de 58 cm,  une bosse de 4 cm et demi de diamètre, calculez le nombre d’enfants que la jeune fille aura avec le jeune homme, en supposant que la distance affective qui les sépare soit inversement proportionnelle au trajet Paris-Las Vegas en classe économique.

 

 ***

 

Langue de bois

Mes chers concitoyens

Moi, président de la République, il fera toujours beau, ni froid, ni chaud, ni sec, ni humide, vous n'aurez plus besoin de parapluie, ni de chapeau, les myopes n’auront plus besoin de lunettes, les personnes à audition réduite entendront sonner les alarmes, mais celles-ci ne sonneront plus, car les problèmes auront disparu,  les non-voyants recouvreront la vue, les bus seront silencieux, l’essence sera gratuite,  et surtout, surtout, les personnes en léger surpoids, les personnes en carence pondérale, les personnes en manque d'expérience, et les seniors, tout le monde s’aimera ! Votez pour moi !

 

***

 

Argot

Ho dis donc, t’aurais vu aujourd’hui, dans le F, rue de Pigalle ! Ca valait le coup d’œil ! Un adipeux (dans le genre Beru) était en train de r'luquer les  rotoplos d’une gisquette dans le genre ruskoff, tu vois l’tableau…Pour arrêter les frais, la mignonne a stoppé le bus en tirant la sonnette d’alarme. Soi-disant qu’elle avait retapé un gigolo dans la rue, un loufiat au galurin carrément craignosse,dans le genre robin des Bois, tu vois,  avec l'intention de se maquer avec  lui…Toujours est-il que, au coup d'frein,  l' gros tas se r'trouve parterre, le blaire coincé entre les miches d’une matronne, des miches comacs, mon vieux.

Et vlà pas qu’i s’prend un coup d’pébroc sur la cafetière ! Chuis p’têt miro, mais j’me suis jamais autant marré, dis donc, derrière mes carreaux ! 

 

***

 

Bilan comptable

Bien, alors, nous avons donc dit,  pour l’incident de l’autobus F ... :

Une paire de plaquettes de freins,  deux tympans percés, quinze dents cassées, un parapluie brisé, une fracture du crâne, un bras dans le plâtre, deux chevilles foulées et deux crises de tachycardie.

-Ah bon, on compte aussi la tachycardie ? Mais c’était juste deux amoureux...

-On m’a dit de faire le  bilan, moi je fais le bilan.

 
10 novembre 2012

Participation de Venise

Passe-moi le tournevis !!

Lequel ?

Celui avec le manche jaune

J’en vois pas avec le manche jaune

Bon Dieu tu l’as devant le nez

Ce n’est pas un tournevis à manche jaune, c’est un tournevis à manche rouge.

Bon fais pas chier envoie-le

Merde alors je suis là à essayer de te ramener au bureau, pendant que tu t’asperges de parfum de pétasse

Tu ferais mieux de t’acheter une boite à outils !

Quand les flammes sont sorties du capot, je suis restée là à regarder mes économies flambées jusqu’à ce que tu arrives avec ton sens du système D.

Aujourd’hui tu vois j’aurai préféré dévaliser une banque faire du ski nautique en Arafat plutôt d'être sur ce bord d’autoroute à chercher à sauver ta deutsche !!!

Écarte toi je lance le moteur !!

Elle a aussitôt craché son épaisse fumée bleue. Cette mauvaise odeur d’hydrocarbure avait plié mon eau de Cologne.

J’avais envie de l’embrasser de sentir son odeur de mécano .il n’y avait aucun doute c’était un second départ pour notre couple !!!

Deuch

Quelque chose me disait que j’allais être heureuse !!!

La vie m’avait à la bonne et qu’elle allait glisser sur moi comme des bas sur mes jambes !!!

 

29 septembre 2012

Rectification (Venise)

Si la rumeur se vérifie

Le bout du monde se trouve

Au cul de la bouteille

Peut être qu’un jour

La cravate desserrée

L’air en goguette

Je viendrai m’encanailler

Une bouteille de cherry à la main

vous me regarderez de travers

En vous demandant si je suis à ma place

Alors je retrousserai les manches

En vous faisant perdre votre vernis votre assurance.

En buvant jusqu’à voir le bout du monde.

C’est ici qu’en fin de course

J’aurai fini par acheter le cul de la bouteille

Beaucoup de choses alors

Me sembleront plus simple

Je pourrai contempler l’Aube

Et le pubis de monde Venise213

Pour dormir enfin dans les bras d’une infante .               

18 août 2012

À chacun son pain quotidien… (Mamido)

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Chez nous on appelle «flûte » le pain de 400 g, chez d’autres « restaurant », « pain long » ou « pain de deux ». Bref, chacun reconnaîtra le sien ! Si vous avez d’autres appellations, je suis preneuse.

Souvent les pains portent des noms imagés en fonctions de leur forme ou de leur grosseur : la miche, la baguette, la ficelle, le bûcheron, le polka, le bâtard… Celui-là, du même poids que la baguette a la section de la flûte. Ni l’un ni l’autre, il porte bien son nom donc, tout comme le pain épi ou la marguerite

A chaque région, ses pains traditionnels : La faluche des Flandres, la fouée de Touraine, la gâche de Normandie ou de Vendée, la fougasse du Midi, le pain Napoléon de Cherbourg, le crestou de l’Aveyron… Là encore faîtes-nous connaître vos spécialités !

Dans les pays, même chose : Les gressini italiens rivalisent avec les Bagels allemands. Les pains suédois sont croquants, les viennois très moelleux mais tous les deux nous régalent au petit déjeuner. Wiki me signale le pain Mantou de Chine et le pistolet bruxellois… Jolis noms exotiques qui donnent envie qu’on les connaisse.

Ils sont blancs ou noirs, bis également.
Fabriqués à partir d’une farine de seigle, de maïs, d’épeautre, de châtaigne, d’orge, aux cinq céréales, au son.
On les nomme d’épice, de mie, de campagne, au lait, en fonction de la recette employée… Pour les fêtes, on les farcit aux figues, aux noix, au fromage, au citron, à l’ail, à la citrouille et bien sûr, plus traditionnellement,  aux raisins ou au chocolat…

Ils sont au levain ou alors azyme.

Il y en a pour tous les goûts, de toutes les couleurs, pour toutes les occasions et nous les français, on adore ça.
D’ailleurs, c’est bien connu, il n’y a pas plus long qu’un jour sans pain !

 

11 août 2012

Inventaire cordonnier. (Mamido)

Les « Babybottes » que je portais bébé.

Chaque matin, ma mère les blanchissait pour qu’elles soient immaculées, impeccables. Je garde encore le souvenir olfactif du produit dont elle se servait.

 

Les sandalettes qu’on m’achetait chaque printemps, enfant.

Toujours de forme identique, seule la couleur changeait : cuir naturel, bleu marine, vert criard, jaune « caca d’oie » et mes préférées, rouge.

 

Les « Clark’s » en vachette de mon adolescence.       Mamido206

   

Je complétais ma tenue avec un jean « pattes d’éph » et un pull de laine ultra court et très moulant, pour ressembler aux copains de ma génération, me fondre dans la masse des ados du début des années soixante-dix.

 

A peu près à la même époque, les chaussures à semelles compensées, aux larges talons carrés.

Elles allongeaient mes jambes, tout comme la minijupe, ou le short que je portais avec un chemisier aux manches et au col largement volantés. Les yeux cachés derrière de larges hublots carrés, aux verres légèrement bleutés et les cheveux relevés en un charmant chignon mille neuf cent, dont s’échappaient quelques boucles savamment tirebouchonnées au Babyliss. Coiffure quelque peu branlante, sur laquelle je passais des heures en prenant modèle sur un cliché de Bardot en couverture de « Match » ou « Elle » pour la promotion du film « Les pétroleuses» avec Claudia Cardinale.

 

Les fins escarpins en vernis noir de mes fiançailles.

Ils brillent de mille feux sur la photo « officielle », où l’on se tient gauchement, côte à côte et main dans la main, ce 25 Décembre 1974.

 

Les sandales blanches de mon mariage.

On n’en voyait que la pointe dépassant de ma longue robe blanche. Je n’ai jamais remis la robe mais j’ai porté les chaussures plusieurs étés de suite… Le long voile de tulle a terminé en moustiquaire sur le petit lit cage familial, protégeant le sommeil estival de mes deux enfants.

 

Les talons aiguilles de dix centimètres, eux aussi en vernis noir, en tout point identiques à ceux de ma meilleure amie.

Nous nous les étions offerts dans une boutique chic du Cap d’Agde. Puis nous avions fait tout le chemin, le long du port, sur les larges dalles grises, haut perchées sur nos chaussures neuves, jusqu’au camping municipal où nous attendaient nos deux maris énervés gardant nos quatre enfants en bas âge. Tous néanmoins béats d’admiration devant les si radieuses jeunes femmes que nous étions alors. Nous nous sommes pavanées devant eux à l’arrivée. Je ne voulais pas que ça soit le dit mais j’avais les pieds en sang et je souffrais le martyr.

Je n’ai jamais reporté ces talons par la suite. Mais je les ai gardé… longtemps.

 

Au fil des années, mes goûts se sont assagis. Désormais le confort prime sur la mode et l’élégance. J’aime porter des chaussures souples et légères avec des talons les plus plats possible. J’ai de la chance, de nos jours, les progrès technologiques permettent aux fabricants d’exaucer mes souhaits. La dernière paire que je me suis acheté est légère comme deux plumes et lorsque je marche, j’ai l’impression d’être sur un nuage.

 

C’est l’avantage de prendre de l’âge… on a enfin le privilège d’être à l’aise dans ses charentaises !

 

19 mai 2012

La vie privée des œuvres d’art (Célestine)

 

A la fermeture du musée, s’élèvent soudain des conciliabules dans les salles désertées par les visiteurs…

 

 cél01

 Bouh la la ! J’ai mal dormi, c’est ce qui s’appelle avoir la tête dans le cul !

 

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 -Les gars, on s’est planté, je vous avais dit que c’était par là !
-On a raté la bretelle de sortie, désolé, c’est de ma faute, pardon !!!
-Bon sang, Balthazar, qu’est-ce que t’a fichu avec le GPS ?
-Si on s’en sort, t’es viré mon vieux !


Cél03

-Oh pétard ! J’ai encore oublié de fermer le gaz avant de partir !!!

 

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 -Bon, moi j’y vais hein, il faut que je passe à Leclerc, on n’a plus rien dans le frigo !
-Je reste encore un peu et je te rejoins. Mais emmène le clebs, il devient pénible !

 

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-Attends, j’y crois pas ! T’as pris la liste des courses au lieu de ta partition ?
-T’inquiète, Janine, je connais mon morceau par cœur, je gère, t’as qu’à faire semblant de tourner les pages…et souris, on nous regarde !

 

 Cél06

 -Tu sais quoi ? Ca caille dans ce musée, tu ne trouves pas ?
-T’as raison, Gaby, regarde, j’ai les tétons qui pointent !
-Ah oui, dis donc ! Je vais leur dire de baisser la clim.

 

 Cél07

 -Dis donc, Bernard, tu serais pas en train d’essayer de m’endormir, Par hasard ? Elle fait quoi, la blondasse, avec son verre de rouquin ?
-Détends-toi Simone, on n’est pas bien, là, tous les trois, toi, moi et ma quinte royale ?

 

 Cél08

 -Tu peux me dire ce que faisait ce préservatif usagé dans ta chambre ?
-Mais maman, vas-y, tu abuses, on est en 2012, là !

11 février 2012

Participation de Venise

 

                         Pour porter ce déguisement, il faut croire aux tarots, aux rêves
        Aux  diseuses de bonne aventure et aux esprits frappeurs.
        D’abord mettre des sabots fabriqués à la goulotte l’Auberge la plus cocasse du comté.
        Commencez  par faire cuire grâce à quelques sortilèges et quelques filtres laissés par grand-mère  grenouilles et crapauds.
Aspergez-vous d’encens de patchouli et de térébenthine et de quelques crottes de poules. !!!

Sorcière à la pomme

Vous verrez dans la nuit pousser au milieu de votre figure un bec agressif et votre compagnon sera alors un gros chat noir.
Votre silhouette alors magnifiée par un superbe contre-jour se découpera sur le mur de nos cauchemars d’enfant.
Au bois de La Madeleine se tiendra alors le bal des sorcières et des tables renversées.
Avec une tendresse maternelle insérez dans votre chevelure plume de canard à la pointe sanguinolente, le visage tout emperlé de rosée du matin.
Alors seulement à ce moment vous voltigerez telle une mouche à viande au dessus des toits .Une seule allumette pourrait enflammer votre haleine fétide.
Après quoi capturez un serpent, accrochez-le à un buisson d’aubépine jusqu’à ce que le vent ait desséché le tout.
Avec sa peau confectionnez la plus belle robe, une bouffée de vent soufflera au même moment sur votre visage fumée et cendre.
Sautez et remuez votre long bâton de bois de châtaignier pour tuer les nuées de moustiques
Bon je vous sens hésitant, alors mangez des couilles de chats
Bon ! bon ! ce sont juste des histoires nous ne sommes pas en train de sacrer le roi des enfers.
Si on peut plus rêver !!!

 

3 mars 2012

Styles (Célestine)

Célestine

Un homme s'assoit sur une chaise en s'épongeant le front. Derrière le paravent, il entend un couple qui fait l'amour. Il reconnaît la voix de sa propre femme. Il porte la main à sa  poitrine et s'écroule. Son mouvement de chute en arrière déclenche le phonographe qui se met à jouer la Cinquième de Beethoven. La femme crie : « Ciel ! C'est le morceau préféré de mon mari ! » - « C'était ! » dit son amant en constatant que le pauvre homme est mort…

***

Policier

A quinze heures dix-sept, ce jeudi 12 décembre, la victime était assise exactement là, sur ce siège. Pas d'empreintes digitales. La prévenue  se tenait derrière ce paravent. Au moment du crime, elle avait des relations sexuelles adultérines avec son amant. Celui-ci n'a pu que constater le décès. Après autopsie, le médecin légiste a conclu à une mort par absorption d'une dose létale de digitaline.  Le phonographe sera retenu comme  pièce à conviction.

***

SMS

-ptin  c   relou, chuis tro deg
-koi ?
-ma rem elle a 1 amant é elle é en tol
-mdr
-et mon  padre il écoutera  plus sa zik tro chelou, il é mor
-Lol 

***

Médical

Un individu de sexe masculin atteint de cardiopathie chronique doit s'asseoir, car la station debout lui donne des troubles de l'équilibre, provoqués par un dérèglement de l'oreille interne, ainsi qu'une sudation exagérée. Il perçoit derrière un paravent les signes d'un coïtus ininterruptus entre deux individus de sexe opposé procédant à la fusion de leurs ovules et de leurs spermatozoïdes, Cela  entraîne chez le sujet une réaction épidermique et un malaise cardiaque, avec essoufflement et nausées qui, combinées à sa pathologie sous-jacente engagent malheureusement le pronostic vital. La mort instantanée prive le sujet d'une dernière écoute de sa symphonie favorite.

***

Puéril

Il fait quoi le monsieur ?
Et pourquoi il est tout rouge ?
Pourquoi il s'assoit ? Et c'est qui l' aut' monsieur ?
Et pourquoi il est tout nu ? Et la dame, c'est qui ? C'est sa maman ?
Il dort le monsieur, hein ?
Comment elle fait pour jouer toute seule la musique ?
Hein ? Hein ? Dis !
Et pourquoi il se met pas dans son lit pour dormir le monsieur, hein ?

***

Méridional

Oh, Fougasse ! Tu sais pas la nouvelle ? Escartefigue est mort !
-Mort ! Ô Bonne mère ! Tu galèges ! Mais comment ?
-Il paraîtrait que ce serait sa dame qui l'aurait envoyé de l'autre côté...
-Oh la salope ! Une brave garce, celle-là ! Ca lui suffisait pas de le tromper avec tout le village, qu'avec ce qu'il avait sur la tête, il passait plus la porte du bistrot, pardi !
-Et voueï galinette! Sans compter qu'il avait le cœur fragile, peuchère ! Qué cagade ! Il écoutera plus sa musique de sauvage...
-Qué musique ?
-Mais voui, tu sais bien le compositeur célèbre, té...Comment c'est son nom déjà ?
- Attends voir...C'est pas « Bite au vent » ?
-Tout juste ! O pauvre ! Rien que d'y penser, ça me fend le cœur !

Hommage à Raymond Queneau (Exercices de style, un de mes livres préférés !)

 

 

21 janvier 2012

Ce qui m’empêche de dormir !! (KatyL)

 

La tempête qui se déchaîne avec le vent furieux qui ploie les arbres du jardin et qui fait peur aux oiseaux blottis dans mes thuyas, j’entends presque battre leurs petits coeurs, je les imagine serrés les uns contre les autres, blottis.


katy1771

Si quelqu’un que j’aime est malade, je pense si fort à elle ou à lui que mes yeux ne se ferment pas, dans le noir comme si ma veillée pouvait leur apporter un peu de chaleur.

Il arrive aussi qu’une journée soit plutôt mauvaise, qu'une suite d’incompréhensions et de désappointements, une myriade de contrariétés, un mauvais coup de fil avec une annonce morose, fassent cet effet.

Le pire c’est un film dont les images ont pu me traumatiser, car je me mets bien facilement à la place de ceux qui souffrent et subissent, je pleure aussi, je me tourne lorsque les scènes sont insoutenables par exemple les camps de concentration, je regarde le documentaire historique, mais dès que le document se précise sur la souffrance , je suis dans tous mes états et là, parfois hébétée par ce que les humains ont été capables de faire ( des humains, non pire que des bêtes) le mal en personne, c’est la souffrance des juifs, ceux sous Pol Pot, ceux d’Arménie, ceux du Rwanda….je ne supporte pas non plus les images sur l’Apartheid, sur les bastonnades…sur le Ku Klux Klan… la guerre en général. Mais il faut savoir, il faut le dire aux enfants, il faut donc regarder ce qu'il est possible de regarder, la première fois que j’ai lu un livre sur les camps nazis, cela a été un tel choc que j’en ai été malade, j’ai vomi, j’ai pleuré, je n’arrêtais pas d’en parler autour de moi, questionnant sans cesse les adultes, je me disais (malgré notre situation peu enviable dans l’enfance) que nous étions encore heureux de ne pas vivre cela. J’avais honte pour les humains ! J’avais déjà choisi ma voie, seule et contre les idées de mon père, mais je me suis confirmée et déterminée en tant qu’être humain à la suite de l’ensemble de mes lectures. Et mon chemin s’est tracé.

Ce qui m’empêche de dormir, c’est aussi l’envie de câlins, de tendresses, sentir la chaleur d’un corps contre le mien et le désir de l’autre, je resterai éveillée longtemps pour cette cause là.

Il m’arrive aussi de penser à la mort, à l’après… tous les soirs je fais le bilan de ma journée je trouve presque toujours du positif ou de bonnes choses. Parfois j’ai une angoisse qui m’étreint, je suis là jusque quand ?? La vie passe si vite, mes enfants ont grandi, cela me fait peur, j’ai surtout peur de n’avoir pas le temps de faire tout ce que j’ai envisagé, mes livres pour eux, mes tableaux en instance, mes sorties, mes petits voyages, j’ai peur de n’avoir pas le temps de dire tout à ceux que j’aime. Pourtant je fais au mieux pour le leur dire. J’ai peur que ma vieillesse soit triste ou que je manque de quelque chose, j’ai peur de finir en maison pour les « anciens » peuplée de gens qui attendent la fin.

Aussitôt je chasse ces idées noires pour m’accrocher à la lumière qui brille en moi, et une petite sensation de bien-être m’envahit puis grandit, pour enfin me sentir apaisée.

Non il faut dormir et aller de l’avant ! A chaque jour suffit sa peine !! Tu verras en temps et heure et tu aviseras me dis-je !

Il faut cultiver l’espoir et non la résignation.


Je m’endors alors le coeur plein de vie et de projets d’avenir.

katy1772


Que vos nuits soient douces !! Que nous ne connaissions pas la guerre

Que nous soyons unis, mes amis, serrés les uns contre les autres TOUS sans distinction.

5 novembre 2011

Participation de Venise

 

sirénéMa chambre donne sur la lagune

Elle est spacieuse et largement éclairée par trois fenêtres

Elle est celle de mon aïeul Marco Polo

Ici réside mon royaume, j’y trouve  beauté luxe et sérénité.

Ma table de travail plus longue que mes deux bras écartés

Mes rideaux amples partant du plafond pour s’écraser sur un plancher de bois

Je me jurai de rendre ma présence aussi légère dans ce lieu habité ;

N’ayant aucun don pour la paresse, j’ai flâné de ma fenêtre à travers les ruelles de Venise

N’en déplaise à Rodin, il ya deux façons qui facilitent la pensée  

Le coude gauche sur la table le front posé sur la paume, les yeux fermés et l’autre ma préférence celle d’Éluard

Cette invitation ‘c’est par la fenêtre que l’on sort ‘

C’est en fouillant l’espace du dehors que je trouve ma fenêtre préférée.

D’abord la glycine précoce qui longe la façade, et ses sarments musiciens qui bruissent au moindre vent.

Les vieilles tuiles de la ville qui se déclinent comme un alphabet à déchiffrer.

Ma pensée s’accroche au cul des bateaux pour s’envoler vers un ciel blanc et lumineux.

Je salue jules vernes qui passe au loin j’ai plongé dans l’Adriatique pour y cueillir les larmes d’Yseult

J’ai souvent décroché la lune au soir couchant pour m’enfoncer dans une terre pleine de chiendents.

J’ai passé ainsi des heures inoubliables à détricoter le monde sur le bord de ma fenêtre

En grandissant la marée des mots et des images m’ont contrainte à emporter les fenêtres vénitiennes avec moi .Elles sont ma carapace ma coquille de Bernard l’Hermite

Chargée de mon chez moi sur mon dos fenêtre je continue à découvrir l’ailleurs.

14 mars 2015

Participation de Venise


Pensant à sa gloire posthume  SPIELBERG avait décidé d’installer ses studios dans une aile de ce palais désaffecté. Il ne se doutait pas à l’époque que par le canal du temps, il aurait à escalader les montagnes russes du PALAIS.

Il se croyait encore un feuilletoniste, un besogneux qui tirait à la ligne pour payer son absinthe. 

A la fin de sa fin il cherchait encore et encore avec la même avidité, comme on cherche de l’or dans une carrière effondrée

Ce matin le palais était silencieux, et l’empereur s’était aventuré dans l’aile gauche du palais.

Il pensait que sa vie était mince et maigre comme la trame d’un vêtement solide mais usé.

il y a eu cet instant décisif où il aperçut Spielberg  qu’il prit pour un clodo recyclé.
Voilà quatre jours que je vis accroché comme une tique à mon mur théâtre cria SPIELBERG à son scénariste.

L’empereur  regardait ses chiffonniers   édentés qui semblaient passer leurs journées comme des mulots dans leurs  ordures.

Et pourtant ce fut la plus belle heure de lumière quand l’image d’un film jaillit au fond  de la salle et que l’empereur comprit que son palais était habité par un magicien qui pouvait faire surgir d’étranges images. 

Il était pourtant passé  ici sans les voir pendant des années une rose des vents dans la tête.

Exténué d’avoir trop été, Il savait qu’il aurait fallu plusieurs vie pour compter les tuiles de ce palais quand la cloche de bronze à l’abri d’un toit cornu et qui règle la vie du palais se mit en branle.

SPIELBERG dressa la tête et vit pour la première fois  l’empereur. Qui l’observait en silence.

Le pavillon du nuage silencieux se remplit de papillons blancs et l’empereur hurla faites ce que vous voulez mais faites bonne impression.

ve01

28 février 2015

Participation lapidaire (Joe Krapov)

J’ai toujours été bon élève
Sauf ici où je fais le cancre
- On m’a laissé voix au chat-pitre ! –
Aussi je n’ai jamais connu
Le supplice du porte-manteau.

On y suspendait autrefois
Les élèves dissipateurs.

C’est sans doute légende urbaine :
Le morveux pèse un certain poids
Et deux clous peuvent-ils tenir
Face à la lourdeur de ce crime ?

Qui plus est, nous étions
A l’école publique.

Si cela avait existé,
Ce n’eût été rien à côté
Des punitions dans le privé
Où les pauvres devaient réciter

 

DDS 339 Trois patères et deux navets

P.S. Qu’on me jette la première pierre :
On trouve en mon carnet parfois
Des liaisons mal-t-à propos !

7 février 2015

Loreille et Lardu ethno-folkoristes (Joe Krapov)

 

DDS 336 le_vieux_lille_ferme_du_pont_des_loups_jar6Tu

- Ce sont des choses que l’on sent bien, Lardu, surtout ces temps-ci.
- De quoi, Loreille ? Le Munster ? Le Vieux-Lille ?
- Tout le monde est d’accord pour dire qu’être intègre est une qualité.
- Tu parles de quoi, là ? Tu ne vas pas nous faire tout un fromage avec ces histoires d’intégration ?
- Mais par contre l’intégriste est vu d’un sale œil.
- Alors que c’est lui qui nous lance des regards noirs !
- Tout le monde s’accorde aussi sur le bien-fondé du bien-fondé.
- Par contre pour le bien fondu, il faut prendre de la raclette.
- Ainsi on ne peut pas discuter avec quelqu’un dont la pensée est sans fondement.
- Alors là je reste sur le cul ! C’est pour moi que tu dis-ça ?
- Et pourtant les fondamentalistes sont mal considérés.
- Et donc ?
- Et donc, si je te dis que j’aime la musique traditionnelle, il ne va pas se passer cinq minutes avant que tu ne me traites de traditionnaliste.
- Si c’est une tradition, c’est certain que je vais la respecter. Genre fromage et dessert. Et verre de vin qui va avec.
- Remarque je peux toujours m’en tirer en disant que je suis un folkeux.
- Moi je suis un rockeux. Le rock fort, il n’y a que ça de vrai
- Je peux dire aussi "fan de musique ethnique".
- Ca ne va pas plaire ni à ta mère ni à Dominique. Elles ne sont pas coulantes côté vocabulaire et rimes pourries. De toute façon ta sœur a rarement le sourire !
- Et pourtant il me semble qu’en écoutant la musique traditionnelles des pays autres que le mien, je fais preuve d’ouverture d’esprit, non ?
- Personne ne te reproche rien, Loreille ! Tu peux écouter toute la world music que tu veux et même dormir sur tes deux, si tu veux ou plutôt si tu peux ! Du moment que tu ne préfères pas les nains sectaires au saint-Nectaire, moi ça me va !
- Alors ça ne te dérangera pas si je mets des images de coiffes bretonnes avec de la musique du Brabant dans un diaporama sur le thème de la tradition ?
- Qu’est-ce que tu boirais avec un Chaource, toi ? Un Saint-Nicolas de Bourgueil ou un Chardonnay ?
- Je n’ai pas de religion là-dessus. Dis, ce n’est pas le tout de causer philosophie en latin de cuisine. On passe à table ? Qu’est-ce que tu nous as préparé ?
- Ca !
- Ah non ! Pas encore un repas de fromages ! Sans apéro, sans entrée, sans plat de résistance ! Pas de dessert non plus, je parie ? T’es chiant, hein, Lardu !
- Dis-donc, Loreille, ce n’est pas pour dire mais toi t’es vraiment du genre à mettre les petits plats dans les grands et les pieds dedans ! Qu’est-ce que tu peux être traditionaliste, finalement !

15 novembre 2014

Chaman bouche un coin ! (Joe Krapov)

Personne n’a jamais courtaudé le Malin mais tout le monde tire le diable par la queue. C’est sans doute que ventre affamé n’a pas d’oreille. La faim justifie que les moyens aillent se vendre tandis que les grands se gobergent. Ce que les petits gagnent, n’en parlons pas. Pourquoi les appellerait-on gagne-petit, sinon ? Tout ça pour dire qu’à cette époque plutôt opaque et peu épique je faisais le vigile dans un supermarché. Hé, quoi, il faut bien vivre ! S’il n’était de mâchicoulis, que ferait la colichemarde ? Que les péronnelles mutissent, peu me chaut : du début à la fin de mois, je croûte. Crise !

Tout était calme ce matin-là. J’ouvrais un oeil numillitique et surveillais les caisses et les têtes de gondoles pas assez vénitiennes à mon goût quand la cliente chic est entrée. Choc !

Elle avait le type asiatique, était coiffée d’une drôle de toque. Elle n’avait ni balantine, ni sacvuittone, ne poussait nul Caddie ®. Elle semblait un cadeau, ça semblait du gâteau, un carton. Trop facile, trop gracile, trop belle pour être honnête ! Claudiquant, Cafougnettesque, Roubaisien, je la pris en filature, j’emboîtai le pas à sa mise.

Je la filai à provisions car, c’est peu de le dire, elle avait avantages à foison. Elle avait beau être toute seule il y avait déjà bien du monde au balcon. Tout en lui filant le train, je surveillais ses arrières en même temps que César Franques mais elles n’étaient alors que Gauloises et partirent enfumées. N’allez pas pour autant faire de moi une freloche car plutôt que par les siennes, à Madame Bellepaire, j’avais été séduit par son allure fière et bien intrigué je le jure par cela qu’elle jurait et semblait intrigante. Oui, professionnellement j’aime que l’on me hameçonne, que Madame me sonne pour que je la soupçonne. J’adore savoir ce qui se trame et suis pour cela capable de suivre le fil d’une histoire jusqu’à son travoul même ! Et voilà le travoul, m’exclamé-je souvent quand la cliente un peu dinde vite son sac de New Delhi pour dévoiler le corps dudit. Délicieux délit, adorable larcin pour Larsan, chambre jaune, dame en noir, détective au parfum, rapine qui n’alla pas plus loin qu’aux arpents du magasin.

Mais là, bizarrement, non. Pas de poches à sa levantine, pas d’emplettes, pas d’embrouilles, pas même de farfouille au rayon des chaussettes. Pas même l’air d’être en repérage, la perruche. Je commençai à me dire que je faisais fausse route, allais vers la déroute, pédalais dans la yourte ou même dans la choucroute. J’allais m’en retourner à mon poste de guet pas gai quand la fille aux yeux bridés, aux pommettes mongoloïdes et à la toque toquée pivota sur elle-même et me dit :

- Cessez de me suivre ou j’appelle un agent !
- Allez-y, je suis là, répondis-je en exhibant mon badge.
- Eh bien quoi ? me fit-elle. Vous avez un problème ?
- Vous… Vous m’attirez ! bredouillai-je. Vous scintillez comme une étoile, vous allez sans bile comme une comète. Oh ma chourie, chourie ! Voulez-vous Philéa l’anglaise avec moi ?

Elle haussa les épaules, me traita de vermisseau et s’en fut tandis que, Fu Manchu déconfit et confus, je regagnais mon poste de vigile près des caisses.

Cinq minutes plus tard je la revis qui faisait sagement la queue pour payer son achat. Ca ne manquait pas de sel : elle avait acheté un puchoir, la Messaline des steppes de l’Asie centrale. J’avais juste oublié que quelquefois le cow-boy Marlboro dîne. Elle ramassa sa monnaie et sortit, me jetant au passage un dernier regard méprisant : « Un coup de dédain jamais n’anoblira le bazar » a dit le poète.

Je la suivis des yeux. Elle traversa la rue, s’arrêta sur le trottoir d’en face, se retourna et regarda le magasin. Elle répandit le sel en cercle autour d’elle. Elle posa le bout de ses doigts écartés les uns des autres de chaque côté de sa tête, contre ses tempes, elle ferma les yeux et se concentra.

D’abord il ne se passa rien. Puis petit à petit un brouhaha sembla s’élever depuis le fond du magasin. Délaissant ma sorcière bien aimée, bien haineuse voire vénéneuse, je me tournai vers le foyer d’agitation. Les clients s’étaient tous immobilisés, surpris par le phénomène. Au début c’est venu depuis le rayons chips et puis ont suivi les gâteaux apéros et les friandises en sachets. Les paquets se sont gonflés d’air, émettant une série de bruits secs mais restant rebondis à la limite de l’éclatement. Puis un premier paquet s’est élevé dans les airs entraînant les autres à sa suite. Lentement ils se sont approchés des caisses, sont restés suspendus à trois mètres de hauteur et ont attendu là tandis qu’ici et là, tous les autres articles du magasin, dryades, acétabules, vol-au-vent, boîtes de conserves de concert gagnaient l’oblast des monts célestes. Bientôt les surgelés entrèrent dans la danse et gagnèrent l’Altaï. A la fin le magasin ne fut plus qu’un désert de Gobi sans plus rien à gober pas même le boulgour et clients, caissières et vigiles sidérés assistèrent à ce vol à flanquer le bourdon. A quoi ça rime si le Nesquik hisse l’écorce à Coffe (J.-P.) ?

Enfin tout le fourbi, rangé en file indienne se mit à zonzonner par-dessus les portiques antivol qui n’avaient jamais si mal porté leur nom que ce jour-là. Les premières marchandises s’engouffrèrent dans la porte à tambour qui devint un manège plus coloré encore qu’un medley de chansons de Walt Disney. Dehors, stupéfiés, les passants du Centre commercial regardaient hébétés la boutique se vider sous les yeux du videur qui bientôt le serait lui aussi, vidé, de la boîte.

Le patron sortit de son bureau et, comme si je n’étais qu’un costume, m’alpagua :

- Mamadou Lambatar ! Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?
- C’est un hold-up, patron ! Un casse de haut vol !
- Qui a fait ça ? Et pourquoi personne n’a prévenu la police encore ?

Je regardai dehors. Avec toutes les marchandises à sa suite, la Mongole fière s’était envolée !

DDS 324 Mongolfière

4 octobre 2014

Participation de Nhand

LES APARTÉS DE MARIE & MARLÈNE (2)

 

 

C'était quelque chose, hein, l'Elysée !
Alors, tu l'as vu ?
Ça, pour l'avoir vu... Oh, pas dans sa totalité bien sûr, mais c'était déjà très impressionnant.
On dit qu'il n'est pas si grand que ça, pourtant.
Tu plaisantes !
...
En tout cas, ça valait le coup, d'avoir attendu quatre heures sous la pluie.
...
Et Jacques qui n'en finissait plus de pester... Ah, celui-là, je te jure !
« Pas dans sa totalité »... tu veux dire qu'il s'est contenté d'un « coucou » depuis une fenêtre, qu'il s'était caché sous la veste de son garde du corps de peur qu'on lui lance des tomates, ou qu'il avait encore son casque sur la tête parce qu'il rentrait tout juste d'une virée coquine à scooter ?
...
Alors ?
Je te parle de l'Elysée, Marlène. Tu sais, cet espèce de palais qui est accessoirement la résidence du Président de la République.
Ah oui, d'accord... Mais... Mais François, tu l'as vu ?
François, François... Tu me rappelles ces pécores surexcitées qui n'étaient venues que pour lui !
Quand même...
Elles ont vite déchanté, les pauvres chéries !
Quoi, il n'était pas là ?
Si tu veux, il avait mieux à faire, avec l'enlèvement de Gourdel, la guerre contre l'état islamique, et... Ses rendez-vous galants ! Tu ne crois pas ?
J'aurais été vachement déçue, moi, de me taper la queue pendant autant de temps, pour au final ne même pas lui serrer la main !
Et tu lui aurais raconté quoi, s'il te plaît ?
Je ne sais pas, moi... Je lui aurais dit « bonjour M. le Président », par exemple...
C'est la meilleure ! Voilà le plus impopulaire des présidents, celui que tout français censé rêve d'étrangler, et toi, tu rêves de lui serrer la main ! Remarque, tu n'es pas la seule parmi les inconscients. Fallait voir, le monde, la file d'attente s'étendait jusqu'à la Concorde. On déteste le président, mais plus que jamais, on veut le voir, l'approcher, le toucher... Il y avait carrément des bonnes femmes, devant nous, qui s'étaient ramenées avec des photos de lui... Comme s'il allait leur signer un autographe !

Pourquoi pas...
C'était les journées du Patrimoine, pas la saint-François !
Oui, c'est sûr...
Voilà !
Et sinon, c'est comment, l'Elysée ?
Magique ! Grandiose ! Toutes ces dorures, tout ce mobilier magnifique, ce bon goût... Le comble du chic made in France ! Et la Salle du Conseil des Ministres, le bureau du Président, les jardins... C'est plus beau qu'à la télé. J'y vivrais bien, moi !
Tu n'es pas blonde, tu es plutôt mignonne et bien foutue, tu en as dans le ciboulot, tu as de jolis chicots, tu as la quarantaine... Tu as tout ce qu'il faut pour lui plaire, écris-lui, vends-toi auprès de lui, envoie-lui une photo suggestive, ça se pourrait bien qu'il morde à l'hameçon... Et si par hasard tu deviens la 1ère Dame, ton vœu sera exaucé, tu pourras t'installer sous les lambris de la République, à ta guise... Mais dépêche-toi, il ne te reste plus que deux ans et demie !
Quoi ? Tu rêves ! Qu'est-ce que tu veux que j'aille foutre avec ce têtard qui ne ressemble à rien ?
Mais il a le pouvoir...
La belle affaire !
Parce que ton Jacques, tu trouves qu'il ressemble à quelque chose, toi ? Tu parles d'un patrimoine !
Enfin, Marlène !
Même s'il me proposait une journée porte ouverte pour visiter sa mauvaise humeur permanente, sa barbe qui pue la bave ou son marcel imbibé d'Azzaro, je n'en voudrais pas, perso... Je me demande comment tu fais !
...

 

 

LOGO NH-PF

30 août 2014

Eva dénoue l’affaire (KatyL)

Eva dénoue l’affaire

 

Eva demanda à la femme si elle pouvait lui indiquer la porte où se trouvait sa sœur de manière à dénouer cette affaire.

L’autre lui indiqua l’escalier. En haut de celui-ci, une unique porte s’y trouvait, elle frappa.

-« Entrez ! » dit une petite voix

Elle poussa la porte et à sa grande surprise cette fois c’était propre et aéré, rangé sobre mais très « années 60 » comme déco , les rideaux entre-ouverts de la porte-fenêtre laissaient voir le jardin situé à l’arrière de la maison un peu en fouillis mais joli avec de magnifiques églantiers sauvages très fleuris, des iris et des fleurs jaunes mélangées.

Eva se tourna de suite vers la rousse qu’elle reconnut sans aucun doute possible.

-« Bonjour je suis Eva Ivan j’ai reçu une lettre anonyme que je vous ai vu poster de ma fenêtre sans que vous puissiez me voir, le lendemain cette lettre avec les rayures marrons se trouvait entre mes mains livrée par mon facteur,  j’ai pris la précaution de la mettre dans un sac plastique de manière à la donner à la police avec vos empreintes si vous ne me dites pas de quoi il retourne de suite »!! Eva avait monté le ton.

L’autre vacilla et pâlit de suite, elle fit signe à Eva de se mettre sur un fauteuil et en fit de même sur celui en vis-à-vis.

-« Oh dit-elle je ne pensais pas que vous me verriez car je ne savais pas où vous habitiez, j’avais juste mis votre prénom et nom et le village, je cherchais quelle était votre maison pour y mettre directement cette lettre,  comme ce quartier est assez désert avec des maisons espacées j’ai mis au hasard dans une boite aux lettres et vous m’avez vue ! Bon ! Je voulais vous avertir de ne pas sortir avec ce monstre ! »

-« Ce monstre dit Eva toute rouge je vous interdis ! Vous parlez de quelqu’un pour qui j’ai de profonds sentiments que vous a-t-il fait pour que vous le traitiez ainsi, vous êtes déjà sortie avec Raphael d’après ce que je sais et vous seriez aussi sortie avec Joachim alors ? »

-« Joachim le maréchal ferrant vous voulez dire ? Mais non il ne s’agit pas de lui ! mais bien de Raphaël Fontenoy , vous êtes sa maîtresse je suppose car à sa soirée en ville il vous a installée sur la chaise au nœud rose il fait cela à toutes les belles ou moins belles femmes qu’il veut mettre dans son lit, il joue de son prestige et aucune ne lui résiste pas moi d’ailleurs, ni ma sœur vous le savez sans doute, vous êtes si jolie que je me doutais qu’il allait vous mettre le grappin dessus, de plus votre photo était dans le journal qui relatait la soirée, je sais qu’il vous a invitée ensuite chez lui, mais avec vous il a sorti le grand jeu vous devez drôlement lui plaire, sa femme de ménage est restée en bon terme avec moi, elle m’a dit tous les préparatifs faits pour vous d’ailleurs c’est elle qui a tout fait pour le repas et mis la table elle est partie juste avant votre arrivée »

-« Oh dit Eva quel menteur il m’a fait croire qu’il avait tout fait ! Mais cela est sans importance, ce qui compte c’est que vous me disiez que cette lettre ne concerne pas Jo mais Raphaël, rassurez-vous je ne lui ai pas cédé et n’en ai aucune intention, il est beau certes et il écrit bien, il a de la classe, mais quelque chose me gêne chez lui, et comme j’éprouvais déjà des sentiments pour Jo que je connais depuis plus de 8 mois je n’étais pas réceptive à lui du tout ! Mais revenons à nous ! Pourquoi cette lettre, vous pouviez venir me parler ? »

-« J’étais persuadée que vous étiez sous son charme que vous ne m’écouteriez pas et surtout que vous le lui diriez, il est dangereux en colère !! Très ! Vous êtes bien la seule à lui avoir résisté alors à ma connaissance, il doit être furieux contre vous, il va vous le faire payer croyez-moi ! De plus ni la femme de ménage ni moi n’avions votre adresse, nous n’allions pas demander à toutes les portes, comme discrétion il y a mieux !!!»

-« Mais dit Eva cela ne tient pas la route il est fou ? De quelle manière me ferait-il payer cela à votre avis ? » Et d’un bond elle se leva comme si une guêpe l’avait piquée ! 

-« Je sais ! »

-«  Que savez-vous ?» dit l’autre

-« Mon garage a été cambriolé et il est venu de suite me proposer une voiture, ensuite Joachim a eu son pneu de crevé il est donc arrivé en retard chez moi, ce qui laissait à Raphaël le temps de venir me voir et de me jouer son numéro, il m’a prise dans ses bras lorsque Jo est arrivé en pensant le rendre jaloux, tout tient ! Mais comment le prouver ? »

L’autre hésita un moment,

-«Ecoutez je peux vous aider à condition que cette lettre soit brûlée et que vous n’alliez pas à la police, je suis désolée de vous avoir fait peur je voulais juste vous aider pour ne pas que vous souffriez comme moi j’ai souffert avec ce salaud, mais je connais des gars qui seraient prêts à tout pour quelque argent ils allaient aux renseignements pour Raphaël pour ses romans lorsqu’il lui fallait enquêter dans certains milieux, je sais où ils habitent mais ce n’est pas sans danger car l’un d’eux a fait de la prison et c’est pas un enfant de chœur  »

-«Ne faites rien dit Eva n’y allez pas je vais parler avec Jo et nous aviserons.  Pour vous ce sera sans souci : pas de suite, je brûlerai la lettre, mais je vous plains vous devriez changer de coin et trouver un brave gars, refaire votre vie, laissez ce triste personnage et ne pensez plus à lui, vous avez encore du temps devant vous, souriez à la vie ! »

-«  Je cherchais à me venger car lorsqu’il a appris que j’étais enceinte il a été odieux avec moi il m’a parlé de ses nombreuses conquêtes des soi-disant  « bons coups » et de ma sœur qui était sa maîtresse, il voulait nous brouiller, il m’a dit que je ne valais pas un clou, que je ferais mieux d’avorter car il ne reconnaîtrait jamais l’enfant ! Je l’ai fait dans la clinique où je travaille,  je suis infirmière, je me suis fait avorter sans rien dire à personne, j’ai eu de graves séquelles et des hémorragies et depuis je ne peux plus avoir d’enfant ! »

Elle se mit à pleurer à chaudes larmes, Eva la prit contre elle …

-« Bon dit Eva je vais y aller, je dois recevoir l’assureur cet après-midi pour mon garage et sortir enfin ma voiture si la porte est réparée, je verrai Joachim ce soir et je lui expliquerai tout. En attendant restez ici sans prendre d’initiatives dangereuses, ne parlez de rien à personne, je vous tiendrai au courant si vous me donniez votre téléphone ce serait plus simple ? »

Elle le lui donna, Eva mit le numéro dans son sac et partit. Elle reprit le bus dans l’autre sens il était 13h pile et elle avait faim !

Elle s’arrêta une station plus bas pour acheter une belle baguette et une tarte au thon. Elle remonta allègrement sa rue ravie d’avoir appris que Jo était innocent d’ailleurs elle n’en avait pas douté, elle était heureuse. Elle n’avait pas vu que dans une voiture de sport garée plus loin de la boulangerie quelqu’un la regardait intensément.

Elle entra chez elle, ferma sa porte à double tour, mit la tarte au four, se prépara un café et se prépara à laisser un mail à JO lorsqu’elle entendit la sonnette de l’entrée.

Elle regarda par le judas qui cela pouvait bien être et reconnu Raphaël !!... !!!

Elle n’ouvrit pas et au contraire s’éloigna de la porte. L’autre sonna à nouveau de plus belle !

-« Eva je sais que tu es là, je t’ai vu entrer ouvre-moi s’il-te-plaît j’ai quelque chose à te dire d’important, allez ! Ouvre ! »

-« Non ! Dit-elle je ne suis pas disponible, et j’attends quelqu’un dans 1/2 d’heure, je dois me préparer, j’ai mon bain qui coule et j’ai juste le temps excuse-moi je ne peux pas ouvrir »

-« Eva ne te moque pas de moi, je t’ai vu rentrer tu es prête déjà, ouvre-moi je dois te parler j’en ai pour 5 mn et je repars je te promets, d’ailleurs j’ai un RDV aussi »

Elle hésita et finalement lui hurla au travers de la porte !

-« Laisse-moi tranquille je n’ouvrirai pas, tu reviendras ce soir vers 19h ça te va ? »

Il râla mais finit par accepter de mal gré et il rebroussa chemin, elle entendit le vrombissement du moteur s’éloigner, elle respira un grand coup !

Elle en avait assez de cet encombrant voisin !! Elle se sentait épiée et pas du tout en sécurité, elle arrêta le four qui fumait avec une odeur de léger brûlé et alla faire son mail explicatif à JO en lui disant d’arriver bien avant 19h ce soir pour attendre Raphael avec elle, elle mangea contrariée de cette visite, prit deux tasses de café  et se cala dans son canapé pour réfléchir.

Elle s’endormit un peu.

Quand à nouveau quelqu’un sonna à sa porte ! Elle regarda et vit que c’était sa voisine d’en bas de la rue Madame Rivard, elle ouvrit soulagée, celle-ci avait un panier rempli de légumes et fraises pour Eva.

Elle la remercia avec chaleur et lui fit un café, la laissa raconter ses malheurs et soucis de santé et pour la consoler lui offrit une aquarelle avec de jolies fleurs, la dame fut très touchée par ce geste. Elles se quittèrent 1h après. Eva promit d’aller leur rendre visite avec JO.

Elle rangeait sa cuisine lorsque l’assureur arriva avec un expert.

Ils constatèrent les dégâts, la serrure était fichue et la porte un peu cassée mais réparable, l’expert mandata un serrurier pour que son garage lui soit ouvert et qu’elle récupère sa C3 au plus vite, l’assureur la rassura elle n’aurait aucun frais, tout serait pris en charge, ils discutèrent un peu peinture l’assureur en était friand, lorsque le serrurier arriva à son tour ! Du coup l’expert lui indiqua quoi faire, il ouvrit sans peine le garage Eva sortit sa voiture et la mit devant chez elle, le serrurier changea le système de fermeture mais il fallait réparer le montant de la porte il s’engagea pour le menuisier et quitta Eva.

Elle se sentait bien, toutes ces visites lui avaient été agréables elle en oublia de refermer sa porte à clé et vaqua à ses occupations, nettoya les fraises et fit une tourte aux courgettes pour le soir.

Vers 18h00 elle mit son jeu favori « questions pour un champion » elle attendait Jo,  lorsque sa porte s’entrouvrit pour laisser passer la tête de Raphaël !! Non d’une pipe ! Elle avait oublié de fermer ! Elle se leva d’un bond et lui dit d’emblée :

-«Mais je t’avais dit 19h !! Pas avant ! »

-« écoute ma belle j’ai vu ta voiture je me suis arrêté, j’ai une proposition à te faire, mon père possède un château, oui tu sais j’ai mis Fontenoy sur mes bouquins mais je m’appelle De Fontenoy de l’Aiguillère, je t’ai apporté la photo ka01 et je t’emmène y faire un tour ce weekend si tu veux ? Je tiens beaucoup à toi, je sais que tu ne vas pas me croire mais je n’ai jamais été amoureux vraiment avec toi c’est différent je pense à toi tout le temps et cette balade te fera du bien j’en suis sûr ! »

-« Stop n’en dis pas plus ! Je ne te crois pas ! Quand je pense à toutes les femmes à qui tu as dû sortir tes balivernes pour les faire succomber avec moi ça ne prend pas Raphaël, tu es trop insistant je suis déjà amoureuse de quelqu’un d’autre ! »

-« Quoi tu es amoureuse ! De qui, du maréchal ferrant ?  Mais il n’a pas de fortune lui à part ses canassons il n’a rien à t’offrir moi je te ferais voyager, je te couvrirais de cadeaux…. »

-« Ah oui dit-elle il n’a pas de fortune la belle affaire ! à nous deux nous avons largement de quoi : chacun sa propriété et du travail de l’amour surtout, des projets plein la tête et des voyages nous en ferons beaucoup, mais cela ne te regarde en rien ! »

Il s’approcha d’elle avec un regard de feu ! Il la prit dans ses bras et la jeta sur le canapé, commença à l’embrasser dans le cou, elle se débattait le plus possible, la télé envoyait les questions de Julien Lepers, comment allait-elle s’en sortir ? Elle se cabra mais il était lourd et se coucha sur elle, lui caressait avec bestialité les seins, elle cria !! Il plaqua sa main sur sa bouche et enfin ses lèvres, elle mordit le plus fort possible le griffa sur la figure, mais elle sentait bien qu’elle n’arriverait pas à s’échapper elle se sentait perdue, il la tenait, il tenta de remonter sa jupe de son autre main et glissa une main entre les jambes d’Eva, elle suffoquait, dans un effort désespéré elle l’envoya au tapis ! Mais déjà il se redressait la lèvre tuméfiée par la morsure, il semblait excité par ce combat, il avait un sourire mauvais.

C’est à ce moment précis que JO entra avec Bob le chien et un bouquet de roses à la main.

Il comprit, posa les roses et attrapa Raphaël par le col, Eva était rouge de colère, sa jupe retroussée, ses cheveux en bataille, ses seins lui faisaient mal sa bouche aussi…………

-« IL, il a tenté de me violer !! Il faut téléphoner à la police et tout lui expliquer je veux porter plainte hurla-t-elle !  Salaud espèce de brute !! »

Jo lui envoya un coup de poing magistral dans la figure avec ses mains puissantes d’homme qui manient fer et chevaux, lui cassa presque le nez, il atterrit contre le chien et Bob le mordit au mollet avec force et rage ne le lâcha pas ! Eva téléphona à la police expliqua la situation et l’urgence, elle entendit une voix lui dire de ne pas ranger les lieux, de ne pas se laver, de laisser tout en place ils arrivaient !

Raphael n’en menait pas large malgré son nez et sa lèvre qui saignaient il tenta une explication

-«Non il n’avait pas voulu la violer, il la croyait consentante, il était amoureux d’elle demandait pardon pour sa conduite, il était navrant et tout mielleux »

-« Eva en profita pour dire, alors et le garage c’est toi ? Tu voulais me faire peur et que j’aille me réfugier chez toi, tu voulais me prêter une voiture pour que je  dépende de toi, et pour le pneu de Jo est-ce un de tes sbires, je sais tout ! »

Jo lui dit qu’il était un pauvre type ! Il lui envoya un coup de pied pour qu’il reste tranquille ! Il le surveillait de près et le chien ne le lâchait pas !

La police arriva,  constata et fit signer Eva, embarqua Raphaël les mains dans le dos au poste.

Elle alla se laver en  pleurant, revint les cheveux mouillés mais jolie et se jeta dans les bras de Jo qui l’accueillit avec amour et tendresse, le chien s’en mêla et fit une lichette à Eva sur les jambes…

Ils dinèrent en se racontant tout sur les derniers évènements, le dîner était le bienvenu, ils avaient toute la vie pour oublier cet incident et ce triste individu qui en aurait probablement pour un moment en prison lorsque le procès aurait lieu, cela ferait du bruit par ici,  les langues allaient se délier, mais Eva et Joachim étaient heureux d’en être débarrassés.

Jo lui prit la main ka02 la rassura, la cajola, lui dit tout son amour pour elle, enfin elle lui dit aussi qu’elle l’aimait depuis leur première rencontre.

Ils allèrent au lit avec  une fougue et une faim réciproque.ka03ka04

      Demain ils verraient pour faire des projets d’avenir l’heure était à la passion.

 

Fin du feuilleton qui aura sans doute une suite l’été prochain avec des rebondissements ??

23 août 2014

L'empreinte (KatyL)

Chapitre 7/ « L’empreinte »

Eva appela Joachim qui, au son de sa voix se douta que quelque chose n’allait pas.

Elle décacheta l’enveloppe et comprit très vite que cette lettre anonyme allait bouleverser sa vie mais elle s’arma de courage et lut à voix haute :

« Madame l’homme avec qui vous êtes n’est pas celui que vous croyez ! Il a eu plein de femmes avant vous et vous serez parmi sa collection aussi ! Toutes celles qui vont avec lui le paient cher ! Une amie qui vous veut du bien ! »

Cette lettre avec des morceaux de journaux collés était une horreur pour Eva, elle se tourna vers Joachim pour qu’il dise quelque chose !

Il était blanc de colère il se leva d’un bond et vint vers elle.

-« tu ne vas pas croire ce torchon j’espère ? Je vais te dire exactement ma vie avant toi et tu pourras te faire ton opinion mais d’ores et déjà je veux savoir qui t’a écrit cela ? Qui a mis un coup de couteau dans mon pneu ? Qui a tenté de cambrioler ton garage ? Maintenant cette lettre  c’en est trop ! »

Eva retourna l’enveloppe et vit au dos une empreinte un peu bizarre un petit bonhomme en blanc ka01 sur fond de pierres noires un tampon sans doute et dessous était écrit, d’une écriture d’écolier (cette fois à la main) : « suivez ce petit homme il vous conduira à la vérité »

Elle prit la précaution de ne toucher que le côté gauche de l’enveloppe pour la donner à la police de manière à faire un relevé d’empreintes, qui sait si celles–ci coïncidaient avec celles du garage ?

Elle mit la lettre dans un sac en plastique et n’y toucha plus, elle se tourna vers Joachim !

-« Ecoute dit-elle j’ai confiance en toi, je te connais depuis plus de huit mois, je t’ai vu vivre et agir, je me suis fait une opinion sur toi, tu vas me raconter si tu veux mais avant embrasse-moi et serre-moi très fort et allons prendre le petit-déjeuner, nous parlerons à table »

Il la prit dans ses bras sans se faire prier, c’est à ce moment-là qu’elle vit des larmes perler sur le visage de JO, elle lui essuya les yeux et les embrassa avec tendresse.

-« Viens ne te laisse pas démonter par des choses aussi méprisables, il faut être solidaires, ce n’est rien je suis certaine qu’une explication simple existe,  j’ai acheté des brioches tu vas te faire un café, cela ira mieux ensuite ! »

Elle mit sa table de petit-déjeuner Jo ne disait rien, il fit le café, elle son thé préféré à la bergamote, les brioches réchauffées, elle lui prit la main.

-

-«Si tu veux me dire quelque chose vas-y je préfère que ce soit toi qui me parles, quoique tu aies à me dire »

-« J’ai eu trois expériences importantes avec des femmes dans ma vie, la 1ere j’avais 20 ans et j’étais bien jeunot et inexpérimenté, au bout de 5 ans, nous nous sommes quittés… Puis la deuxième est arrivée, elle faisait du cheval elle semblait se plaire dans ce style de vie, mais au bout de quelques années elle dépérissait car elle voulait légitimement des enfants, comme nous n’arrivions pas à en avoir nous avons été consulter et il s’est avéré que je suis stérile et que je ne pourrai jamais faire d’enfants, au début il fut question d’adopter, je lui disais que beaucoup d’enfants sont en mal d’amour et qu’il suffisait d’aimer un enfant déjà né quelque part . Elle me dit oui et elle finit par faire un enfant avec mon meilleur ami tout en faisant croire que nous allions faire les démarches pour adopter !! J’ai eu beaucoup de mal à me remettre de cette double trahison, nous sommes séparés, elle a 3 enfants et vit dans le midi.

 Je suis resté célibataire quelques temps  une ou deux aventures dont je ne te parle pas car sans aucun intérêt.

Je devenais un peu « un ours » dans ma tanière me dévouant pour mes chevaux, j’ai aussi passé un diplôme pour accompagner les gens en randonnées et donner des cours d’équitation, j’ai développé mon centre équestre comme Maréchal Ferrant en  travaillant dur avec un vétérinaire qui m’a appris les bases de soins à donner aux chevaux lorsque l’hiver est là….bref !! J’avais déjà la quarantaine lorsque j’ai rencontré la troisième,  une femme seule avec deux ados, au début ce fut très bien, mais rapidement avec les enfants de cette femme c’est devenu un enfer, ils étaient très mal élevés, je ne pouvais rien leur dire, mais j’étais bon pour payer leurs études et tout le reste, les disputes ont commencé, de plus en plus successives, c’est alors que je me suis aperçu qu’elle buvait ! Elle me mentait tout le temps et me demandait de plus en plus d’argent, j’ai voulu l’aider et la faire désintoxiquer, mais elle refusa…Après quelques années encore ce fut la séparation qui s’est très mal passée, elle voulait une somme d’argent pour partir j’ai fini par la lui donner pour avoir la paix ! Elle vit malheureusement dans la région et je la croise de loin parfois, elle est de pire en pire avec les dégâts liés à l’alcool. .. Je t’ai tout dit, tu comprendras pourquoi je ne me suis jamais marié et pourquoi je ne voulais plus personne dans ma vie, et surtout  éprouver quelque sentiment et j’ai désormais 55 ans ! Mais tu es là !

-« Mais rien à voir avec une collection comme dit cette lettre, c’est incroyable qui peut t’en vouloir, nous vouloir du mal ? Je pense qu’il faut retrouver cette rousse elle ignore que je l’ai vue, avec cette tignasse, et sa démarche je la reconnaîtrais entre mille, si elle traîne par ici il ne sera pas difficile de la suivre et de  voir où elle demeure, elle ne pourra pas  nier car nous lui dirons que nous avons ses empreintes, et qui si elle ne parle pas nous irons direct à la police, qu’en penses-tu ? »

-«Tu as une excellente idée, bon Eva nous allons nous habiller c’est dimanche, je profite que mon jeune stagiaire soigne et nourrisse mes chevaux, alors je t’emmène voir un point de vue extra pour te changer les idées, mets un pantalon et des baskets et en route ! »

Le chien qui a entendu le mot « en route » remuait déjà de la queue et se fixa devant la porte.

-« ok » !  Elle se hâta et une heure plus tard, tous les deux  lavés et habillés ils  partirent en voiture avec celle de JO et le chien Bob pour voir le site.

En route ils ne se parlèrent pas.

Arrivés au point de vue qui était majestueux  à couper le souffle, Joachim arriva dans son dos et lui dit à l’oreille :

-« Tu es ma merveille Eva, tu es ce qui m’est arrivé de plus beau quelqu’un essaie de nous mettre les bâtons dans les roues, mais ils n’y arriveront pas, je n’ai jamais ressenti ce que je ressens pour toi, et cette nuit ma chérie a été  la plus belle , je te le dis tout en haut de la montagne si tu veux je le crie au vent, qui le dira au monde, je le crie au ruisseau qui en fera des rivières, je le crie au ciel ! »

Elle se retourna et l’embrassa avec toute la fougue dont elle était capable, elle pensa que cet instant était un moment d’éternité incomparable.

Ils marchèrent 2 heures encore en se tenant la main émerveillés par la nature, ils mangèrent dans une ferme Vosgienne des bonnes patates au munster et une tarte aux myrtilles, Eva n’osait plus rire.

Le soir ils mirent ensemble un plan d’attaque pour découvrir le fin mot, ils allèrent au lit rassurés et firent l’amour avec plus d’intensité encore que la veille.

Jo partit à son travail tôt le lendemain matin. Eva prit le  bus pour aller en ville.

Elle parcourut toutes les rues principales en vue de trouver la rousse, en vain, elle avait mal aux pieds, elle s’assit près de la fontaine et se frottait les pieds endoloris lorsqu’elle aperçut au loin la démarche de la femme avec un panier ! Son sang ne fit qu’un tour, elle se rechaussa promptement et la suivi de très loin, elle marchait en s’arrêtant parfois comme essoufflée, ou inquiète ? Elle semblait regarder partout comme une pie curieuse.

Elles passèrent à tour de rôle dans la ruelle du marchand de vélo cela rappela à Eva de mauvais souvenirs, l’autre maintenant marchait très vite elle savait très bien où elle allait.

Elle tourna dans une ruelle bien étroite, Eva leva le nez pour se repérer et comprit très vite où elle était « rue de la Pierre Hardie » mais Jo lui avait dit que c’était l’ex de Raphaël qui demeurait là !! Elle était perplexe, lorsqu’elle vit la rouquine entrer dans une demeure un peu délabrée dont la façade était composée de trois fenêtres ouvertes avec des volets brinquebalants marrons totalement en lambeaux, un lierre courait sur les autres fenêtres qui étaient toutes condamnées.

Rien de rassurant !! En s’approchant de la sonnette à l’ancienne avec chaîne rouillée, elle vit un étrange dessin au pochoir semblable à celui au dos de la lettre ! Ça alors ! ka01 Elle était au bon endroit et ces deux femmes détenaient la clé du mystère.

Elle sonna, du moins elle tira sur la chaînette avec toutes ses forces !

La femme qui vint lui ouvrir puait l’alcool !! Il n’était que 10h30 du matin ! Elle était débraillée et sa robe de chambre tenait par la saleté, ses cheveux gras et plaqués en disaient long sur la personne ! Mais Eva prit son courage à deux mains et dit :

-« Bonjour Madame je cherche une femme qui a connu Raphael Fontenoy j’écris un article dans un quotidien sur lui et je désire savoir si cette femme demeure ici, je paierai toutes les infos cela va de soi ! »

À ces mots la dame ouvrit grand la bouche et répondit : « que c’était bien là, ma chère petite dame, vous pouvez entrer »

Elle la suivit dans un long couloir Lorrain qui n’en finissait pas pour déboucher sur une cuisine d’une saleté repoussante, elle lui fit signe de s’asseoir sur l’unique chaise sans linge et se mit en face d’elle.

Elle se servit une rasade de vin rouge dans un verre douteux et en proposa à Eva qui déclina avec politesse.

-« Qu’est-ce que je peux pour vous ? Si vous payez bien je vous dis tout ! »

Eva sorti 50 euros comme convenu la veille avec Jo et les tendit à la femme qui s’empressa de les mettre dans son tiroir.

-« Oui j’ai bien connu le Raphael dit-elle ce salaud de première, ah il m’en a fait voir le bougre, à cette époque j’étais une belle femme avec tout ce qui faut où il faut ! Il aimait les girondes, J’étais douée pour le truc si vous voyez ce que je veux dire dit-elle avec un rire gras et sonore! »

-« Stop ! lui dit Eva n’entrons pas dans les détails, je voudrais savoir pourquoi vous êtes restée avec lui, vous faisiez du cheval je crois à cette époque et vous étiez sa petite amie ? »

« Non, dit-elle je n’étais pas la seule, il sortait aussi avec ma sœur, qui est infirmière qui faisait du cheval, une fille bien je vous le dit, elle a fait des études pas comme moi ! Mais moi j’ai une botte secrète qui plaît bien aux hommes et il m’achetait beaucoup de cadeaux ! »

-« Bon venons aux faits dit Eva il sortait avec vous et votre sœur,  le savait-elle ? »

-« Non pas au début, elle était folle amoureuse et il lui promettait le mariage, mais vite elle a compris qu’il avait d’autres femmes en même temps qu’elle, elle lui demanda des explications, mal lui en a pris ma bonne dame ! Savez-vous ce qu’il lui a répondu ? »

-« Ma chère Solange tu es gentille et tu me soignes bien, tu cuisines bien, tu es sortable, mais pour ce qui es du lit tu n’es pas une championne, alors j’ai des aventures quelle affaire !! Elles me courent toutes après ! Ce sont des « bons coups » rien que des bons coups ! Elles ne comptent pas !»

-« Quoi des bons coups dit ma Solange ? Tu veux dire des garces au lit ? Des ……… c’est ça les « bons coups rien d’autre ! Monsieur ne doit pas s’ennuyer ! »

« Oui voilà tu as raison c’est ça un bon coup, les hommes disent cela! Mais toi tu devrais prendre des cours… ! »

-« Elle le quitta le soir même et devint vite dépressive, elle revint vivre moi chez moi au 1er étage ! Vous ne pouvez pas la louper tant elle est rousse maintenant! »

La rousse était sa sœur et vivait au-dessus et elle avait mis cette lettre anonyme accusant JO ! Cependant elle avait mis un tampon de manière à identifier cette maison ?? Qu’avait-elle en tête ?? Il fallait à tout prix la faire venir et lui parler, elle seule détenait le nœud de cette intrigue.

Suite au prochain épisode

5 juillet 2014

Chien fatigué Maître fatigant (Sebarjo)

 

 

 

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Il fallait encore sortir, le collier autour du cou, la laisse au bout, lui laissant trois à quatre mètres de liberté pour gambader, mais il ne voulait pas marcher, il ne voulait pas sortir dehors, il voulait simplement rester allongé sur son tapis au pied du canapé, mais son maître avait trop peur qu’il s’ennuie, alors voilà, il le sortait dans le parc pour qu’il se dégourdisse les pattes, qu’il joue comme un chien se doit de le faire, il va falloir courir et se rouler dans l’herbe, ramener les bouts de bois jetés au loin comme des javelots inoffensifs, puis viendra le ballon, son maître adore le ballon, le foot et compagnie, mais qu’est-ce qu’il en a à foutre, lui le chien, de ces hommes qui se disputent une balle et s’étalent sans arrêt sur des pelouses toujours parfaitement tondues et parfaitement rectangulaires, non lui, il voudrait dormir se reposer, ah si son maître travaillait au moins, il resterait tranquille dans le grand appartement, abruti à roupiller, tranquille pépère, le chien, mais non voilà, voilà, son maître ne travaille pas et l’emmène au parc, ah oui, il va falloir aussi renifler les derrières des autres chiens, leur aboyer dessus, selon l’humeur, jouer son rôle de chien quoi, tout ceci est éreintant, il halète le chien, vous voyez bien qu’en lisant ceci, il n’a même pas le temps de respirer, il n’a pas le droit à la moindre pause, non, point de suspension, il s'essouffle, la langue pend de plus en plus, caresse la poussière et les graviers, l’échine se courbe, mais il faut tenir, courir encore courir, toujours courir, sa vie c’est métro boulot sans dodo, vivement la nuit, seul moment où il peut dormir quelques heures, tout en courant c’est le crépuscule qu’il poursuit, guettant, les mouvements du soleil, ah on peut pas dire qu’il se bouge beaucoup celui-là, il avance lentement, lentement, et encore plus vite, plus gaiement, lui, doit courir, s’épuiser, allez la pâtée et au dodo, on rentre maintenant mon cher maître, assis sur le banc en train de me lancer la balle ou des bâtons, mais pourquoi y a-t-il des arbres, ah il ne se crève pas trop lui, juste le bras qui meuve, ah mais enfin voilà, on rentre car enfin une vrai pause, voilà la nuit qui,certes, sera une nuit courte mais noire et profonde, alors les paupières, les yeux fermés, le chien va enfin pouvoir rêver, oui, regardez-le comme il rêve qu'il dort, à point fermé .

7 juin 2014

La cure de repos d'Isaure Chassériau (Joe Krapov)

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Situé en lisière d’un bois, l'hôpital psychiatrique était un vaste complexe gris comme notre immeuble. La procédure d’admission dans l’établissement fut relativement simple. On enregistra son nom et son prénom, Chassériau Isaure, sa date de naissance, 1er avril 1818 et les raisons de son admission pour une cure de repos : « hallucinations inexplicables ». On lui donna une chambre agréable avec une fenêtre sans barreaux. Elle se mit tout de suite à la fenêtre, contempla l'immensité bleue du ciel et ne rêva plus de sortir pour partir à la recherche de « sa ville idéale».

Dans un cahier à petits carreaux, elle se mit à noter ses rêves, à parler de ce monde à elle qui l’avait envahie et lui avait fait perdre le sens des convenances nécessaires à la vie bourgeoise en cet an de grâce 1845. Dans le premier cahier elle parle d’un établissement nommé « Le vieux Saint-Etienne », sis rue de Dinan dans une ville nommée Rennes-en-Délires. Derrière le comptoir de ce mastroquet imaginaire, il y avait le patron, un type nommé Camille Cinq-Sens, son « oncle », chez qui passer un samedi sans rire relevait du défi pur et simple. Là en effet se réunissaient de drôles de clients qui jouaient aux cartes en philosophant à haute voix sous forme de « brèves de comptoir » ou de dialogues plus ou moins absurdes.

- Il ne faut pas oublier que dans « Brèves de comptoir, il y a « toir » !
- Et il faut songer que c’est hasardeux d’aller à Thouars !
- J’y suis allé, moi, l’année où j’ai participé au Festival des jeux de Parthenay. Il y avait une jolie fontaine à laquelle il ne fallait pas dire « je ne boirai pas deux tonneaux ».
- Tout ça, c’est une histoire de capacité. Pour un poète ne pas avoir de capacité en droit est moins gênant qu’avoir une incapacité en vers !
- Et contre tous !

D’autres fois Camille Cinq-Sens, Jacques-Henri Casanova et Jean-Emile Rabatjoie s’asseyaient autour d’une table et découpaient des images dans des magazines illustrés.

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- Encore un que les clients du coiffeur ne liront pas, disait l’un en jetant le périodique désossé dans la grande corbeille amenée à cet effet !
- Ils ne risqueront pas, c’est un « Télérama ». Je l’ai piqué chez le dentiste.
- Dis donc, il y a longtemps qu’on n’a rien découpé avec les carrés verts ?
- Ah oui, le jeu des douze images en 4x4 ! Mais ça c’est pour écrire et là vous découpez pour que je puisse faire des collages.

D’autres jours, il y avait des animations musicales dans l’établissement. Un guitariste et un accordéoniste venaient s’exciter sur « La Java bleue », « Tel qu’il est » ou « Quitte-moi pendant la coupe du monde » et sur leurs instruments respectifs tandis que deux chanteuses blondes et une rousse papotaient plus qu’elles ne vocalisaient. De toute façon les deux musiciens russes, Krapov et Kaïrakovsky, n’en finissaient jamais de ne pas se mettre d’accord sur la tonalité du morceau, le nombre de croches que le pianiste à bretelles modifiait sur la partition commise par le gratteux à ceinture sur Noteworthy Composer.
- C’est des noires ! Rechante- le pour voir!
- Chanter c’est pour écouter, c’est pas pour voir !

Cette équipe-là, plus jeune, avait un travail et de ce fait ils semblaient plus épuisés et épuisants que les papys découpeurs et fendeurs de cœur.
- Un jour, je serai libre à jamais ! lançait parfois Joe Krapov. J'ai fait tout le chemin qui va de l'école au collège, du collège au lycée, du lycée à la fac, de la fac au travail, j'ai changé plusieurs fois de boîte et pour la première fois on me laissera sortir pour ne plus revenir. Je ne sais pas ce que j'aurai gagné. Un aller simple pour un voyage chez Kirikou l'Ankou ? Le droit de réécrire en phrases courtes la « Recherche du Temps perdu » ? Ou le plaisir du temps retrouvé et des apprentissages aussi tardifs que les vendanges ? Apprendre la sculpture, le dessin animé image par image avec des statuettes en pâte à modeler, faire du théâtre et jouer avec une robe et des chaussures à talons hauts un rôle travesti ? J’ai toujours rêvé d’interpréter le répertoire de Fréhel avec une perruque de Sabine Azéma, un collier de perles et du rouge aux lèvres !
- Maintenant que ce sont des femmes à barbe qui remportent le concours de chant de l’Eurovision, tu peux faire ce que tu veux, tu ne surprendras plus personne ! De toute façon, en Ille-et-Vilaine, tout le monde s’en fout de la musique. Le plus important, c’est de bagouler avec sa voisine et avec une galette-saucisse à la main !
- Je sais ! Je sais ! Je sais que je ne suis pas là pour surprendre le monde mais j’avoue que le monde, lui, me surprend ! Avant on avait le droit de cracher dans la soupe : elle était vraiment mauvaise. Maintenant il n’y en a plus assez pour tout le monde et plus personne ne dit rien. Pire que ça, les gens s’en vont élire des cracheurs professionnels qui seront payés onze mille euros par mois pour foutre le feu à la cuisine !
- Arrête donc de parler de tes glaires, Krapov, on va passer à table d’ici peu, nous ! l’interrompt Camille.
- C’est sûr qu’avant, c’était mieux, commente Kaïrakovsky. Je me souviens que Gabriel, mon frère, piquait des pinces à linge à maman. Il s'en servait pour attacher un bout de carton sur le cadre de son vélo. A chaque tour de roue, cela faisait un bruit de pétarade. Il jouait à faire de la mobylette en gueulant par-dessus ça comme un Apache jusqu'au carrefour. Mais c'est vrai qu'on est devenus tous un peu fous depuis la disparition d'Isaure Chassériau.
- La dernière fois qu'on a eu de ses nouvelles elle était dans le petit village de pêcheurs de Trentemoult, près de Nantes.
- Est-ce qu’elle s’habillait toujours en rose ?
- Paraîtrait que non.

L’oncle Camille s’immisçait volontiers dans la conversation du Club des cinq.

- Avant ça, il y a d'abord eu un autre événement, majeur, primordial en ce qui nous concerne. Nous avons refusé de lire « La Bicyclette bleue » et nous avons préféré fréquenter les filles des forges, dont la fameuse Régine, celle qui avait un boa. Il faut toujours préférer la vie aux livres car les jouissances sont plus diverses et l’exercice ça ne fait pas plus de mal aux gens que de manger cinq fruits ou légumes par jour, même si chez nous c’était plutôt bidoche, patates et charcutaille, histoire d’alimenter sans le savoir notre taux de cholestérock’n’roll !
- Moi je n’en ai pas eu longtemps de cette maladie-là ! répond Krapov. J’ai supprimé le beurre et l’argent du beurre c’est Marina B. qui le dépense quand elle promène son QI sur les remparts de Varsovie ou son quant-à-soi sur les ramblas de Barcelone. Mais c’est vrai, quand Isaure est partie de chez nous, j’ai bien profité de ses archives pour alimenter un site web nommé Rennes-en-Délires. Il fallait faire montre de fantaisie, visiter la cité avec un regard neuf, y piocher de quoi rire ou sourire, réécrire l'histoire de cette ville d'art et de bizarre qu’est Rennes.

***

Isaure neige

Elle prit vite ses habitudes à l’hôpital. Le personnel était gentil et l’effet des cachets qu’on lui donnait ne se faisait sentir que le soir. Comme si, dans la journée, les infirmières s’étaient trompées de médicament. Ou bien, comme quand, après une longue marche, on a les endorphines qui travaillent encore et on se sent prêt à embrayer sur un autre exercice physique.

Comment se faisait-il qu’elle soit autant inspirée ? Au fil des jours les cahiers, car il lui en fallut plusieurs, se remplissaient. D’où venaient tous ces personnages bavards qui coupaient la parole à sa plume, avec lesquels elle semblait tout à fait complice alors que d’habitude, le regard presque éteint, l’apparence toujours réservée, elle semblait posée là, discrète et immobile, comme une cousine de province en visite à Paris, comme si elle était habitée par la peur de déranger un grain de poussière de la surface du monde, comme si elle veillait à ce que, du bouquet d’églantines de sa coiffure, aucune fleur ne tombât jamais ?

- J’ai la réponse, ricanait l’oncle Camille. C’est comme quand ils m’ont donné du Fludex pour mon hypertension. C’était marqué sur la notice ! Ca faisait le même effet que l’EPO en intraveineuse à un cycliste qui planque du fric en Suisse et qui regarde le Tourmalet et Isaac et l’Aubisque de homard les yeux dans les yeux en disant que, sans mentir, c’est Zigomar et Pussomar qui m’ont tuer ! Tes cachets, ma pauvre Isaure, ce sont eux qui font tout le boulot ! Comme le chapeau d’Amélie Nothomb. Retire-le lui et il n’y a plus d’écrivaine. Ou comme celui de Neil Young ! A croire qu’ils dorment avec la nuit ! Des chapeaux de magiciens dont il sort des lapins à profusion et certains ne valent pas un pet.
- Putain ! Et il s’y connaît l’oncle en cuniculiculture !
- En même temps, dit une des deux blondes, ca doit pas être top d’épouser un presti-digi-tâteur ! On ne doit avoir droit qu’à des coïts furtifs !

Fallait-il y voir un signe du destin? Lorsque la nuit tombait les nuages s'assombrissaient, leurs formes devenaient inquiétantes et un enfant apeuré ou un être trop imaginatif y auraient vu peut-être 99 dragons aux aguets attendant Saint-Georges de pied ferme, la gueule prête à cracher le feu. Quand ses paupières devenaient lourdes, Isaure, apaisée, sereine, reposait la plume dans l’encrier et allait se mettre au lit. Elle s’endormait alors très vite et toutes les nuits, elle rêvait qu’elle allait visiter un musée. Elle passait devant une chasse au tigre, des oiseaux hollandais, une jeune mère et son nouveau-né, une scène biblique et lorsqu’elle arrivait devant le tableau ovale avec le magasin de magie, elle entrait dans le tableau, poussait la porte  et elle oubliait tout.

 

DDS 301 isaure et la boutique de magie

3 mai 2014

Trois pianos et un basson (Zigmund)

(un petit retour éclair aux défis parce que la consigne #296  me plait )

Le piano trônait  en bonne place dans le salon, il était pour moi.
J'ai eu du mal à comprendre pourquoi, alors que j'avais opté pour la  harpe, mes parents avaient choisi le piano.
Comme j'étais un garçon docile, quoique peu doué, j'ai suivi sagement les cours de solfège du conservatoire.
Je me souviens qu'à l'examen oral de fin d'année mon prof a murmuré à l'un des examinateurs que malgré mon niveau assez minable, ce serait mieux de me faire passer dans la classe supérieure et de me laisser commencer le piano.
Il avait raison, le résultat de l'examen n'avait déjà plus aucune importance : je savais tapoter le début de la toccata de Bach ... et nous sommes partis sans retour possible en abandonnant le piano et la maison avec.
Par la suite, je retrouve un nouveau piano et je reprends l'étude avec un nouveau professeur. Je découvre les gammes de la méthode Hanon... je dois être maso  ... j'aime ce genre d'exercices  qui vident la tête et j'aime aussi étudier le solfège. Je malmène les classiques : le gai laboureur, la lettre à Elise, le concerto d'Albeniz et  une polonaise de Chopin, mais je refuse de jouer la marche turque de Mozart que j'écoute en boucle  de peur de l'abimer.
Dans une cage près du piano un mandarin chante dès que je me m'installe devant l'instrument. 
Les années passent, mes progrès sont faibles, mon prof est trop coulant, mes études ont pris le dessus.
C'est ma grand mère qui prend ma place : elle chante dans un dialecte arabe-hébreu les chansons de Lili Bonniche ou  de Reinette l'Oranaise ...et toute ma vie je m'en voudrai de ne pas avoir enregistré et photographié ces  moments de grâce. 
Une fois de plus, je laisse mon piano derrière moi pour plonger dans les études de médecine.
Bien plus tard, les sous me manquent pour racheter un piano, en attendant, je reprends à zéro les études de solfège, et je loue un basson ...
La maison résonne d'opéras, de musique baroque, ou contemporaine ;  je me fais régulièrement la promesse de travailler plus sérieusement, mais le temps se rétrécit.
Le piano qui revient  un jour dans la maison est un cadeau  posthume de ma grand mère. Sa photo est posée en permanence sur l'instrument.
Reste cette émotion intacte quand je regarde cette image que j'essaie maladroitement  de retrouver sous mes doigts les musiques de ma jeunesse et que je pense à ce premier piano resté de l'autre côté de la mer. 

piano


(https://www.youtube.com/watch?v=J7TNPXwnOXI

PS  pardon d'avoir  usé et abusé des liens 
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