Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le défi du samedi
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 671
Derniers commentaires
Archives
30 septembre 2017

Ecrire à Walrus. 1, Gramophone (Joe Krapov)

Le Boss
Quelque part en Belgique
Derrière la laisse d’un Jack Russell très autonome

"Sur mon phono /Mon bon vieux phono /Sans m’ déranger
J’ peux écouter / L’ premier numéro / De Chevalier
J’ vois La Scala /L'Eldorado /Et moi, en l’ver d’ rideau
Sur mon phono / Mon bon vieux phono / Qui chante faux

Vincent Scotto - Mon bon vieux phono" 

Cher oncle Walrus,

 

170924 265 076

Est-ce bien raisonnable de proposer
Un gramophone aux graphomanes ?

Et pourquoi pas bientôt, peut-être,
Des hormones de croissance à Superman,
Un nain jaune aux nymphomanes,
Un mégaphone au quadrumane,
Un hygiaphone au pétomane,
Une mégatonne à Rocket-man,
Un Gaffophone aux mélomanes ?

Un gramophone aux graphomanes !

Dans la cire si malléable du langage
Ils vont y creuser leur sillon,
Evoquer tous leurs craquements,
Leur stupeur et leurs tremblements,
Pondre des fables à la Chaîne,
S’terrer auprès de Caruso,
Faire soixante-dix-huit tours ou plus sur le plateau
Puis remettre l’aiguille au début
Et saturer le pavillon de tes oreilles
En racontant comme des sourds
Leurs symphonies de siphonnés,
Leurs sanglots longs de sonotones,
DDS 474 Porgy_bessLeurs rayures de bagnards du verbe
Jusqu’à ce qu’ils entendent
Le bras en bout de course se lever
Et donner le signal à tes nerfs fatigués
Et voient le chien blanc d’EMI
Un Jack Russell, assurément,
Assis devant le gramophone
Ecoutant la voix des maîtres du son
Et qui n’entend plus suivre
La voie qu’avait choisie son maître.

Un gramophone aux graphomanes !

Pourquoi ne pas proposer
« Nyctalope » à Pénélope ?
Faire l’obole de « Vinyle » au Discobole ?

Ignores-tu que nous avons été vaccinés avec une aiguille de phonographe,
Que pour combler le zézaiement des éléments
Nous pratiquons, toujours avides, le trop Zeppelin avant l’aphone ?
Que nous brassons de l’air pour en faire des chansons
Et tant pis pour la bière sur laquelle nous dansons !

Vois-tu comme j’ai été bon aujourd’hui, à faire si bref ? J’aurais très bien pu te parler longuement de Charles Cros qui voulut inventer cette machine-là, l’image en couleurs et des tas d’autres choses et qui s’en vint surtout avec l’ami Verlaine accueillir à la gare un dénommé… Comment déjà ? Ah oui ! Rimbaud !

Ce sera pour une autre fois ou pour ailleurs, cher oncle ! Porte-toi bien ! Tiens bien la laisse !
 

DDS 474 kitle

 

Publicité
16 septembre 2017

Ecrire à Rimbaud ? 7, Extase (Joe Krapov)

 Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«Il y avait un jardin qu’on appelait la Terre
Il brillait au soleil comme un fruit défendu
Non ce n’était pas le paradis ni l’enfer
Ni rien de déjà vu ou déjà entendu»

Georges Moustaki

 


Cette semaine on me demande de parler d’extase. Et mon commanditaire de préciser : « Et ne levez pas les yeux au Ciel, hein ! ».
 

170712 Nikon 001

Dans ce cas c’est tant pis pour les nuages de Barfleur, pour ceux du Cul-de-loup à Morsalines qu’Eugène Boudin chérissait, tant pis pour les vitraux de la basilique de Mézières, ceux de Dieppe ou Varengeville et basta pour le partage de la meilleure des journées, celle des 32 kilomètres de marche sous la pluie de Saint-Vaast-La-Hougue, exit la merveilleuse étape au restaurant « La Bisquine » qui entrecoupa cette randonnée. Je ne parlerai pas non plus de l’étrange grenier de ton musée à Charleville, de ses chaises grises et des enceintes suspendues d’où sort l’étrange musique de tes mots traduits et emmêlés en différentes langues.

L’extase, dont Madame Wikipe nous dit qu’elle désigne un état où l'individu se ressent comme « transporté hors de lui-même », caractérisé par un ravissement, une vision, une jouissance ou une joie extrême, n’a pas grand-chose à voir avec l’exorcisme qui consiste à faire sortir de soi le je qui est un autre. 

170715 Nikon B 011

Mon extase principale de cet été est et restera bien longtemps encore la découverte de cette boîte à lettres fantastique, posée dans le cimetière de Charleville-Mézières, sans mention des heures de levées – tu ne te lèveras plus pour lire mes bêtises – à destination unique : Arthur Rimbaud.

Arthur Rimbaud ! Arthur Rimbaud ! Vous êtes arrivés à Arthur Rimbaud, terminus de la ligne ! Assurez-vous que vous n’avez rien oublié avant de descendre du véhicule !

L’été de Rimbaud ! Extase de la marche autour du lac des Vieilles forges, au-dessus de la Meuse à Monthermé, sur le chemin d’Hautot-sur-Mer à Dieppe ou le long de la mer au phare de Gatteville !

S’il y a bien quelque chose qui nous unit, toi et moi, quelque part, c’est bien ce goût pour la musique des mots, pour ce qui sort de soi et fait qu’un auditeur cesse d’être lui-même pour écouter, entendre ce parler différent, découvrir un coin nouveau de ce jardin humain que chante Moustaki.

Celles et ceux qui pratiquent la musique et la poésie savent le temps que cela prend et le travail qu’il faut fournir avant de parvenir à ces quelques secondes du bonheur de chanter ou d’entendre chanter.

Nous aurons ajouté, cet été de Rimbaud, à notre phonothèque et à nos souvenirs les aventures de Marina B. et Gisèle C. qui s’étaient inscrites à un stage de chant en quatuor et qui, tous les soirs, me contaient les pérégrinations de leur bateau ivre au pays du diapason 415, du canon à 24 voix, des montées de pression entre les voyageurs de ce projet étrange. C’est tout juste si on ne se tira pas dessus au revolver, cette année-là, au conservatoire de Dieppe et à l’Académie Bach ! Normal, on était à Arques-la-Bataille !

Mais au moment du concert, le vendredi soir, silence, admiration, extase : finies, les discussions de spécialistes, les pinaillages sur la prononciation, les fous-rires en cherchant la voiture ou la sortie dans le parking souterrain. Autant en emporte le vent !

 
A l’écoute de ces dames j’eus presque des frissons. Comment ? La divine mélodie de la Renaissance sortait vraiment de cette même bouche qui me dit quelquefois « T’as mal fermé le frigo » ou « Ca manque de poivre à mon goût » ? – Oui, ne t’inquiète pas, Arthur, chez moi l’extase ne dure jamais très longtemps. Mais, heureusement, ses effets sont impérissables .

J’ai failli ajouter que la voix me susurrait aussi « Chéri fais-moi l’amour, fous ce réveil en l’air et fais-moi du café brûlant comme tes lèvres » mais de fait, je confonds :  c’est la copine de Pierre Perret qui lui dit ça quand le soleil entre dans sa maison et en plus j’ai toujours des doutes sur l’orthographe de « susurrer » qui me fait d’ailleurs plus penser à Ferdinand le linguiste qu’à une fièvre érotique.

Celle de ce dimanche 10 septembre, d’extase, me marquera aussi. Nous nous produisions en concert privé avec mes ami(e)s du groupe Am’nez zique et les Biches aux jardins Rocambole à Bourgbarré (Tu parles d’un blaze ! Tout est annoncé dès que tu tombes dans le panneau !). Un jardin extraordinaire qui aurait plu à Moustaki comme à Trénet.

Vers la fin de ce concert de rengaines « métézorrologiques » nous avons interprété cette chanson plombante, « Nantes » de Barbara, dont je n’aurais jamais cru que j’aurais à la chanter un jour mais, vois-tu, tout arrive, qu'est-ce que je ne ferais pas pour faire plaisir aux copines ! Je crois que nous ne l’avions jamais aussi bien interprétée que ce jour-là. Je la dédie, a posteriori, à toutes les filles qui ont perdu leur père et plus particulièrement à cette semeuse d’étoiles de ma famille à qui c’est arrivé récemment.

 
Dommage que tu ne puisses pas entendre ces documents sonores, cher semeur d’étoiles des Ardennes !

A ce jour, même mal, le monde continue de tourner et nous, en avançant, de chasser sa folie, les ennuis et l’ennui, tant que faire se peut. De façon extatique et sans besoin du Ciel mais, comme dit la chanson, « Chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît ».

A un de ces samedis, cher Arthur !

P.S. Histoire de rigoler un peu après cette lettre tout compte fait assez sérieuse je te livre une des krapoveries que j’avais pondues comme premier jet d’une participation possible à ce Défi « extase » :

« L’extase du navigateur, c’est quand son sextant. ».

9 septembre 2017

Mouche-toi, le ciel te mouchera (joye)

Théodore le doryphore pratiquait le sémaphore, et dans son grand inconfort jurait comme un stevedore.

- Oh merde ! Putain ! Oh phallophore ! gémit le pauvre doryphore.

- Qui vive ? » cria un frappe-à-bord.

- C’est moi ! » répondit Théodore.

- Et toi, c’est qui ? Conquistador ? 

- Meuh non, c’est moi, le doryphore !

- Un doryphore ? C’est quoi encore ? 

- Eh bien, je ne sais pas, j’ignore ! 

Le frappe-à-bord fit des raccords pour s’envoler vers le Bosphore.

Alors...

Pauvre Théo, tout seul encore, reprit son jeu de sémaphore.

MORALITÉ :

Une bonne métaphore nécessite un grand éphore.

petite

26 août 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 5, Fantôme (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« And is this that you want,
to live in a house that is haunted 
by the ghost of you and me ?”»

Leonard Cohen encore !

 

170712 265 048

 Cette semaine on me demande si je crois aux fantômes. Sans doute que la réponse est oui. Sinon que serais-je allé faire dans la «Maison des ailleurs», cette demeure où tu habitas, en plein Charleville, sur le bord de la Meuse, face au moulin et le dos tourné à la place ducale cent mètres derrière.

Il y régnait une atmosphère fantomatique, liée aux éclairages choisis, aux plans des villes que tu as visitées dessinés à même le parquet et surtout aux étranges vidéos conçues par des plasticiens contemporains.

 

DDS 469 arthur

Je suis actuellement coincé par la pluie dans un camping tout près de Dieppe. J'y termine la lecture du «Temps des assassins», un livre consacré à toi par Henry Miller, un écrivain priapique de l’admirant-idole. Je déduis de ses phrases que chacun de nous à son Arthur Rimbaud ou son fantôme d’Arthur qui le hante à jamais. Mon projet n’étant pas de dévoiler le mien – ça ferait bien suaire mes lecteurs et lectrices, je pense – je vais plutôt te parler ce jour d’Arthur le fantôme. Ca me permettra d’évoquer mes propres limbes et de vagabonder en icelles.

Arthur le fantôme ! Il s’agit d’une bande dessinée, d’un récit en images si tu préfères, dont la publication a commencé en 1953 dans un hebdomadaire destiné à la jeunesse et intitulé « Vaillant, le journal le plus captivant ». Le créateur de la série «Arthur le fantôme justicier» s’appelait Jean Cézard.

DDS 469 Arthur 1

Arthur est un ectoplasme aux formes arrondies, enfin pas trop au début, qui n’a que deux boulets de charbon à la place des yeux dans le visage, qui a une houppette en guise de cheveux et, à la place des jambes, une espèce de queue. Oui, un peu comme Henry Miller. Ou comme toi, Arthur, à la fin de ta vie : un fantôme sans jambes.

Arthur, à ses débuts, est doté d’un papa et d’une maman ! Il habite avec eux un château moyenâgeux à l’abandon dans une sombre forêt - les Ardennes ? -. Histoire de coller encore plus la frousse – «les miquettes» comme dit Alexandre Astier qui joue le rôle du roi Arthur dans «Kaamelott» – aux gamins, Cézard leur apprend le mot «oubliettes» en en dessinant à l'occasion. Il leur faudra attendre la leçon d’histoire sur les cages de Louis XI pour découvrir  que le pouvoir rend cruel et con celui qui le possède. Mais ne nous égarons pas dans le labyrinthe, nous risquerions d’y rencontrer le Minotaure, çui-là qui tord les minots et leur dit «Thésée vous ou sinon vous allez perdre le fil de la fusée Ariane et du récit d'oncle Krapov».

DDS 469 PlancheA_120874

A part le premier gag en une planche, les aventures d’Arthur dans le journal Vaillant constituent un long récit de 366 pages qui paraît à raison d’une page par semaine. Chaque planche contient une douzaine d’images, en noir et blanc au départ, en couleurs ensuite.

Chaque semaine Cézard a livré son épisode à la rédaction et dans le même temps il dessinait d’autres histoires pour d’autres journaux (Billy Bonbon, Kiwi). Tu imagines le boulot ! Inventer des aventures à Arthur le fantôme chaque semaine que Dieu fait ! Avec mission d’être drôle à chaque fois. Comme dit l’autre «impaussible n’est pas français» ! 

Je ne sais plus si Jean Cézard me faisait vraiment rire. Sur ce plan-là, René Goscinny, Charles M. Schulz et Marcel Gotlib sont les premiers sur mon podium. Mais j’étais scotché par son dessin, ses châteaux branlants, ses vieux tacots, ses bateaux de corsaires, son Far-West avec des trognes de cow-boys pas possibles. La série s’est enrichie de personnages secondaires attachants (ou attachés, comme Verlaine le fut pour toi ?) : le professeur Mathanstock a amené sa machine sphérique avec laquelle Arthur a voyagé dans le temps.

DDS 469 mathanstock

DDS 469 61-162-thickbox

Lorsque Vaillant est devenu « Vaillant le journal de Pif » les aventures d'Arthur, toujours à suivre, ont adopté le format album classique, autour de 48 pages par récit, et ont été publiées à raison de quatre planches par semaine. En 1969 le journal devient « Pif gadget » et publie des aventures complètes de sept pages du fantôme justicier.  Le faire-valoir du héros est alors un magicien diplômé qui s’appelle le père Passe-Passe. Au cours d’un de ses voyages Arthur rencontre les Rigolus et les Tristus qui vivront ensuite leur vie dans une série indépendante. Les rouges contre les verts, les gais contre les tristes. Inutile de te dire quel camp j’avais choisi !

DDS 469 Tristus et rigolus

Oui, celui des Rigolus. Et pourtant ça me désole de n’avoir pu localiser sur les cartes de Monsieur Google la maison de Bonneuil-sur-Marne où mes grands-parents nous emmenaient, mon frère et moi, à l’époque où nous avions ces lectures-là. La voisine s’appelait Madame Bidart, elle avait un superbe jardin et un chat – comme toutes les voisines de cette époque-là -. Nostalgie ! Nostalgie !

Je me souviens aussi d’un appartement prêté au grand-père par un de ses collègues, un nommé Achille, dont le fils, prénommé Serge, avait conservé une bonne collection de recueils de «Vaillant». J’avais lu là-dedans «La Grande descente», une aventure de Richard et Charlie par Tabary et j’y avais découvert Vlugubu, un personnage miniature avec une flamme sur la tête. L’histoire était un décalque du « Voyage au centre de la terre » de Jules Verne, une sorte de « Saison en Enfer » mais en beaucoup plus drôle.

DDS 469 buvard-Norev-H0

Accessoirement, nous avions été quelque peu choqués de découvrir, chez ce jeune lecteur de publications "communardes" comme nous, des véhicules militaires Dinky toys en pagaille (et en métal). Ce fut une bonne leçon. Le prosaïsme de la réalité a toujours vite fait de détruire la poésie de Norev. Normal, c’est du plastique ! Du plastoc, disions-nous.

Mais je ne t’ennuie pas plus. A relire Miller, je retrouve un autre fantôme : ce jeune homme que j’ai été, qui fréquentait les bibliothèques municipale et universitaires de Lille, qui dévorait Rimbaud, Kérouac, Miller, Scott Fitzgerald et des tas d’autres disparus plus ou moins notoires. De ce lecteur-là, je n’ai plus rien à dire, sinon que lui ne s’est pas arrêté d’écrire.

Je reparlerais bien par contre du même bonhomme un poil plus âgé qui a redécouvert hier à Dieppe, en spectateur, l’ambiance des tournois d’échecs. Une autre tranche de vie, ailleurs. 

Comment ne pas croire aux fantômes pour peu qu’on ait une mémoire affective, voire affectueuse ? Nous en promenons tous avec nous, à commencer par celui de nous-mêmes !

Salut à toi et à bientôt, camarade Arthur, ami poète, mon très cher roi de cœur « sans cœur » !

DDS 469 tacot

2 septembre 2017

Ecrire à Rimbaud ? 6, Grand-père (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« C’est pour toi que je joue, Grand père, c’est pour toi
Tous les autres m’écoutent mais toi tu m’entends »”»

Georges Moustaki 

Cette semaine on me demande de raconter des histoires de grand-père. J’étais justement en train de me demander si la biographie peut expliquer mieux que l’astrologie la personnalité de gens tels que toi.

Est-ce que c’est important pour les lecteurs de ton œuvre météoritique de connaître la vie de tes parents, le capitaine Frédéric Rimbaud et la paysanne Vitalie Cuif ? Peut-on établir un lien entre ta fin tragique et le fait que ce couple fut boiteux ? Que le militaire fasse campagne et laisse son épouse dans la sienne, soit. Qu’il lui fabrique un enfant chaque année et se barre définitivement après sept ans et demie de ce drôle de ménage-manège en lui laissant quatre mômes sur les bras, quelle influence cela a-t-il sur le cours de ta vie et sur ta littérature ?

Est-ce que c’est important de n’avoir pas de père ou d’avoir un père absent ? Et n’avoir pas de grand-père ? Aucun biographe ne mentionne l’existence des grands-parents Cuif ou Rimbaud. Au secours les généalogistes ! Mais c’est vrai qu’on décédait plus jeune qu’aujourd’hui à cette époque. 

DDS 470 081228 157

Astrologie, disais-je ? Mon grand père maternel à moi, celui dont je parlais la semaine dernière, était ainsi que toi natif du signe de la balance. Lui avait cinq ans quand son père est mort sur le front, en 1915, lors de la grande boucherie qui sévissait alors et qui porte le nom de première guerre mondiale. Le portrait de cet arrière-grand-père à moustache avait trôné longtemps sur un buffet de sa cuisine.

Avant de devenir espion pour le compte d’une puissance étrangère, - je suis désolé, mais quand on me demande de raconter des histoires, je raconte des histoires et pas l’Histoire ! - avant même de devenir mon grand-père, il avait été un jeune coq plutôt petit et mince, nourri de religion au point d’avoir été enfant de chœur, puis apprenti-boulanger, athlète vosgien (il avait gagné, paraît-il, le «Tour de Charmes» à la fin des années 20 après s’être entraîné à courir derrière la motocyclette de son parrain), apprenti boulanger, mineur de fond, syndicaliste, membre du Bureau International du Travail, décoré de l’ordre national du Mérite, maire de sa petite commune…

Il n’a jamais demandé, ainsi que tu le fis pour ton propre passé littéraire, qu’on brûlât les poèmes qu’il avait écrits dans sa jeunesse pour celle qui devint ma grand-mère. Par contre il n’a pas laissé d’écrits sur sa vie professionnelle et personnelle et pourtant il a connu la guerre, la prison, les combats syndicaux et politiques, a eu ses moments de gloriole, a voyagé énormément : Chypre, le Chili, la Mongolie, la Hongrie…

Simplement, quand il est mort, tout a disparu avec lui ! Ses livres, sa collection de minéraux, ses papiers qu’il couvrait d’une écriture presque illisible, les poèmes d’adolescence aussi, ainsi même que le portrait du grand père à moustache et également ma propre collection de timbres restée dans un tiroir de son incroyable bureau. Qui a pu embarquer tout ça ? Qu’ont-ils bien pu faire des œuvres de Kim Il Sung qu’il recevait Dieu seul sait pourquoi et comment et Il s’en fout bien, Dieu, ça n’était pas ses affaires, ces histoires de chicore et de chicorée, Nord contre Sud, Est contre Ouest, entre les Yankees et les Soviets, entre les Joe et les Krapov, les Fischer et les Spassky. Qui a vidé la maison ? Qui a joué le rôle des rois de la récupe ? Quelles peurs et quels appétits rôdent autour du brasier quand la bibliothèque ou le Parlement de Bretagne brûlent ? Pourquoi se fichait-il de transmettre ou pas quelque chose après lui ? Faut-il rêver ou pas de transmission, la préparer ou juste goûter tant qu’on peut au sel éperdu de la vie ? Et le jeu d’échecs pliant dont je me souviens d’un seul coup, où est-il passé ? 

DDS 470 jeu d'échecs

J’ai encore l’air de me plaindre mais non, je ne suis en manque de rien, sauf de son regard bienveillant. Mon grand-père m’a toujours couvert de cadeaux très étranges voire étrangers : une guitare polonaise, des jeux d’échecs aux pièces bizarres en provenance d’autres pays de l’Est, des disques importés de Tchécoslovaquie – mon frère disait «Tchévavaquie» ! – des livres d’Aragon ou d’Alexis Tolstoï. C’est lui qui m’a poussé à apprendre le russe au collège.

En retour il a toujours été admiratif devant mes choix, parcours et lubies. Que je lusse autant, que j’écrivisse des poèmes dès l’âge de quinze ans, que je maîtrisasse le subjonctif passé le comblait de fierté. Mon frère et moi jouions de la musique, je travaillais dans une grande institution culturelle, j’avais choisi de vivre ailleurs, d’épouser une étrangère, de faire des enfants, de voyager avec elle sur ses propres traces… Il avait, comme toi, à la fois ce rêve d’un autre monde et cet attachement quasi clanique à la famille.

Nous étions, lui et moi, malgré les années et nos différences, dans un genre de total respect, amusés et surtout enrichis l’un de l’autre. C’est aussi ce lien-là que je ressens vis-à-vis de toi et je ne serais pas moi-même sans une pirouette finale qui consiste à te livrer des extraits de ton portrait lus sur «Astrothème.fr» qui m’ont bien fait rire.

DDS 470 carte du ciel de Rimbaud

Vive la communication et la mobilité, Arthur Rimbaud ! La prédominance des signes d'Air dans votre thème favorise et amplifie votre goût pour les relations avec autrui et les déplacements de toutes sortes, qu'ils soient réels - voyages - ou symboliques - idées nouvelles, évasion par l'esprit. Vous gagnez en souplesse et en adaptabilité ce qui peut vous manquer éventuellement en affirmation ou en sens du concret.

Le mode Cardinal prédomine chez vous, Arthur Rimbaud, et indique une prédisposition à l'action, et plus exactement à l'impulsion et à la capacité d'entreprendre : vous avez à cœur d'initier les projets que vous avez en tête, de démarrer les choses, de les créer. C'est pour vous la partie la plus importante qui vous donne enthousiasme et adrénaline, sans lesquels vous pouvez rapidement vous lasser.

Les maisons cadentes – le groupe des maisons 3, 6, 9 et 12 – sont les plus importantes dans votre thème natal, Arthur Rimbaud :vous savez vous sortir de tous les mauvais pas grâce à votre mobilité et à votre légèreté, dans le bon sens du terme. (Fastoche, la légèreté, quand on a des semelles de vent !).

Vous avez un côté artiste et vous ne négligez jamais dans vos actes et dans votre façon de communiquer des concepts très clairs, bien que subjectifs : le plaisir et la beauté, voire aussi la sensualité, tout cela parfois au détriment de l'efficacité, de la durée, de la logique, et... du détachement.

Votre vulnérabilité de Solarien peut quelquefois venir du péché d'orgueil ou encore d'une autorité un peu trop prononcée. La frontière entre l'orgueil et la vanité est ténue : à vous de ne pas la franchir et de garder en vous cette noblesse de cœur qui fait une bonne partie de votre charme.

Comme tout bon Jupitérien, vous êtes chaleureux, ouvert, liant, consensuel et actif : optimiste, vous savez utiliser votre confiance en vous pour convaincre, gommer les différences d'opinions et laisser aux spécialistes le soin d'analyser et de parfaire les choses. (Ils ne confondent pas un peu avec Macron, là ?)

Forcément, vous trouverez toujours des mécontents qui vous reprocheront votre manque d'authenticité ou votre tiédeur voire votre manque de courage, mais pour vous, la victoire, c'est de vous faire aimer, et sur ce terrain, vous serez sans doute le champion toutes catégories ! (Pas autant que Justin Bieber mais pas loin !)

Le Cancer est un des signes dominants de votre thème de naissance et vous apporte une imagination et une sensibilité d'une finesse extraordinaire. Bien que méfiant au premier abord – et même au second... - dès que l'on vous connaît et que l'on a gagné votre confiance, on devine chez vous un cœur d'or malgré votre discrétion et votre important désir de sécurité qui vous fait rentrer dans votre coquille à la moindre alerte ! Vous êtes en réalité un poète (Oh ?) et si parfois on peut vous reprocher un peu de nostalgie ou de paresse, c'est en réalité parce que pendant ce temps, votre vie intérieure, elle, fonctionne à plein régime.

Votre domaine pourra être celui de l'action dans l'ombre, des causes humanitaires, de l'aide aux défavorisés ou à autrui d'une façon générale, du travail dans des endroits calmes et retirés (Vous prendrez bien un petit désert, par exemple ?) et dans beaucoup de cas, vous pourrez obtenir des domaines cachés autant de trésors que ceux qui ont des destinées publiques.


Bon allez j’arrête là les boniments de Madame Soleil !

DDS 470Fischer-2BSpassky-2B1972-460x307

C’est marrant : j’aurais surtout voulu te parler, aujourd’hui, dans cette lettre, du lien entre le jeu d’échecs et le voyage des idées et des gens dans le monde, de la Sicilienne, de la Scandinave, de Kasparov et de Bobby Fischer mais ça ne s’est pas présenté ou très peu. Comme toujours Grand père a confisqué l’histoire pour la réécrire ! Mais ça n’est pas grave, ça reste assez drôle au fond. L’essentiel, comme disait Pierre Desproges, c’est de vivre heureux en attendant la mort. Et je préconise pour ma part de rigoler un max’ en posant qu’elle n’existe pas.

C’est pour cela que je lève mon verre de vodka à votre santé, Messieurs de la balance !


P.S. Les généalogistes me disent que ton grand-père Didier Rimbaud est mort deux ans avant ta naissance et que ton grand-père maternel, Jean-Nicolas Cuif est décédé quand tu avais quatre ans.
T’as vraiment pas eu de bol, Arthur !

P.S. Sur le capitaine Rimbaud, on peut lire aussi ceci.

Publicité
2 septembre 2017

Autant en emporte le plat : Épisode Sweet A. Fan (joye)

L’histoire jusqu’ici http://samedidefi.canalblog.com/archives/joye/index.html

Alors, notre glorieuse bande de cinq (Hammour, Garceline, Fanfan, l’ex-Vonceralet, et la délicieuse Princesse-fée Émilie) chassa le petit chien blanc jusqu’aux bords de la forêt magique, et puis s’arrêta.

Hammour avala dur. Il n’avait jamais franchi les bords de son royaume des gitans. Il n’avait aucune idée de ce qui pouvait se trouver à l’autre côté.

Garceline, qui ne courait déjà pas mal pour une femme qui n’avait qu’une seule jambe, avouons-le, hésitait. Franchement, elle avait un peu marre de toujours suivre les autres.

Fanfan ne voulait pas quitter la forêt magique parce qu’il avait entendu que les gens qui vivaient dehors étaient cruels et qu’ils se moquaient méchamment de ceux qui étaient différents. Ils n’allaient jamais accepter un homme fait de bois, sauf peut-être comme président des États-Unis, et, franchement, Fanfan n’avait aucune envie d’aller y vivre, même pas en Iowa où se trouvaient les plus intelligents des Américains.

L’ex-Vonceralet s’arrêta surtout pour reprendre son souffle et aussi afin de trouver le moment pour vous dire qu’il était vraiment. Il contempla son ancienne vie de nain grincheux et se demandait s’il pouvait se faire rembourser pour les six épisodes qui ne montraient pas son bon côté, et qui étaient un tantinet ex-nain, à son humble avis.

Et la délicieuse Princesse-fée Émilie s’arrêta à cause de sa classe infinie. Elle n’allait pas laisser ces pauvres malheureux tous seuls au bord de la forêt magique !

Et le chien ? Eh bien, le chien, lui, avait à faire dans le vrai monde – un chien n’est jamais rien sinon pragmatique  et alors disparut dans la cohue du monde ordinaire mais infiniment préférable à cette forêt stupide où chaque semaine il arrivait des choses insolites et sottes, et où on ne pouvait même pas faire pipi sans se faire engueuler par un druide quelconque.

Hammour, Garceline, Fanfan, l’ex-Vonceralet et la merveilleuse Princesse-fée Émilie se regardèrent.

- Eh ben, on s’en va ? murmura l’ex-Vonceralet à la princesse. C’est l’heure du goûter et ta poupée a certainement faim.

- Je veux bien, mon adorable Papy ! lui sourit-elle, mettant sa main dans la sienne.

- Et nous ? crièrent Hammour, Garceline, et Fanfan. On vient aussi, nous ?

- Non, non, répondit l’ex-Vonceralet. Vous resterez ici.

- Mais pourquoi ?? demanda Fanfan.  Hammour et Garceline ne dirent rien, ils ne faisaient même plus attention, s’embrassant fougueusement. Courir dans la forêt magique avait renouvelé les flammes de leur inoubliable passion, cruellement oubliée depuis le premier épisode…

- Eh bien, Fanfan, tu sais bien que c’est la fin de l’histoire, expliqua l’ex-nain.

- Mais…ne puis-je pas venir avec vous à votre maison ? Je pourrais peut-être servir.

- Tiens, pourquoi pas ? répondit l’ex-Vonceralet, qui eut une idée…

Et c’est ainsi que se produisit la scène finale de cette saga estivale, avec des soupirs et des sourires et tiens, ça tombe à pic des cure-dents pour tout le monde !

 

for the story</p

2 septembre 2017

Merci Walrus par bongopinot

Jette, décembre 2004


Elle a un sourire qui éclaire
Un sourire des grands jours
Elle pose a côté de son grand-père
Un homme plein d'humour

Ce grand-père et cette petite fille
S'entendent et s'amusent gaiement
La petite à les yeux qui brillent
Devant son papy si touchant

Cette photo me rappelle la connivence
Que j'avais avec mon grand-père
Et tous les moments heureux de l'enfance
Lui qui pour les autres semblait austère

C’est l’histoire d'un gentil grand-père
Un peu distrait un peu artiste
Qui passait des journées entières
À peindre à sculpter avec l'œil un peu triste

Mais, pendant toutes les vacances
On se retrouvait enfin tous les deux
Je lui racontais l'école et mon ignorance
Il comprenait mes jours malheureux

Il me disait l'importance de la différence
Me parlait de poésie, me contait des histoires
Et m'assurait qu'un jour j'aurais ma place
Et tous ces mots me reviennent en mémoire

C’est drôle cette photo qui ne m’appartient pas
M’a fait revivre quelques jolis moments
D'un passé que j’ai remonté pas à pas
Pour un instant tout à fait charmant

19 août 2017

Autant en emporte le plat : Épisode Sixtus (joye)

L’histoire jusqu’ici :  http://samedidefi.canalblog.com/archives/joye/index.html

- Alors, Hammour, qu’est-ce que tu proposes ? lança Garceline.  Tu es, après tout, le roitelet des gitans !

- Et si l’on jouait au nid-oui, nid-non ? demanda Fanfan, essayant d’aider, et échouant, comme d'habitude.

Vonceralet ne dit rien. Il boudait comme un bouscarle (si les bouscarles boudaient).

Hammour secouait ses plumes.

- Eh bien, commença-t-il, mais ne dit plus rien, parce que, devant ses yeux, et entourée des éclairs se trouva une jolie fillette-fée !!

encore emilie

- Qui êtes-vous ?!? crièrent Garceline, Hammour, et Fanfan ensemble.  Vonceralet ne cria pas, il boudait (au cas où vous avez oublié, ou si vous avez mal lu jusqu’ici, ou même si vous vous en fichez, c’est selon).

- Justement, dit la princesse-fée. Si vous voulez que je vous aide, il faut deviner mon nom. Mais attention, continua-t-elle. Vous pouvez chacun deviner une seule fois et si vous ne trouvez pas, je ne pourrai pas vous aider.

Sans hésiter ou attendre, parce qu’il était toujours impulsif (c’est bien ainsi qu’il se fit transformer en marionnette et puis moineau), Fanfan hurla la première chose qui lui vint à l’esprit :

- Constance I. Nople !

La princesse le regarda avec de la pitié et hocha sa belle tête.

- Espèce de con ! cria Garceline, encore irritée.

- Euh...non, rigola la merveilleuse princesse-fée, toutefois un peu embarrassée par ce niveau de langage.

- Oh ! Non ! Je ne devinais pas, je parlais à cet idiot de mari à moi que j’ai ! Ça ne compte pas ! pleurnicha Garceline.

- Désolée, sourit la ravissante princesse-fée à la chevelure soyeuse et brune. Ça compte.

- Mince ! soupira Hammour.

- Non plus, désolée, murmura la jeune princesse-fée. Même ses adorables taches de rousseur semblaient sourire à la stupidité collective du groupe qui regarda soudain Vonceralet, leur dernière chance.

Roncevalet ouvrit son petit bec et puis le referma. Il aimait bien dramatiser, lui. Mais quand il l’ouvrit encore, c’était pour deviner  le nom de la princesse-fée.

- É-mi-lie, prononça-t-il, soigneusement.

- Ah ! Bravo ! C’est ça ! Je m’appelle Émilie ! rayonna-t-elle.

- Mais, comment l'avez-vous deviné ? crièrent les camarades du nain grincheux.

- Beuh, moi, je n'ai pas deviné ! J'ai Googlé ! Et, puis encore... j'ai Facebouque ! expliqua-t-il.

Alors, la talentueuse princesse-fée frappa les doigts (parce qu’elle avait oublié sa baguette magique dans son autre sac à dos ce jour-là en rentrant de ses leçons d'équitation), et poum ! Les quatre petits oiseaux retrouvèrent leurs formes originelles.

Hammour était encore beau, musclé et masculin. Malheureusement, Garceline avait encore sa jambe de bois et Fanfan était encore marionnette (sans doute parce qu’il y aura au moins encore deux épisodes cet été, hein).

Mais Vonceralet…eh, bien, Vonceralet…Les autres haletèrent de surprise en le voyant. Mais la princesse-fée Émilie sourit tout grand comme ça :

fairy

~ À suivre ~

12 août 2017

Ecrire à Rimbaud ? 3, Drôles d'oiseaux (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

 

Mon cher Arthur

« Like a bird on the wire
Like a drunk in a midnight choir
I have tried on my way to be free »

Quand on a une cervelle de piaf, tout se bouscule au portillon !

Posons d’abord que cet extrait de chanson est de Léonard Cohen, un autre poète voyageur qui sema quelques perles de poésie et de musique avant de, récemment, disparaître vers un monde de plus en plus noir. 

170804 265 010

« Des Ardennes au désert », le recueil de tes œuvres chez l’éditeur « Pocket » m’accompagne encore, même ici chez moi où je suis rentré après une autre semaine de marche dans un autre pays de nuages, de semelles et de vent. A croiser tes mots avec des paysages nouveaux, des idées me viennent en nombre. Les quatre moineaux de la photo m’invitent à te parler ce jour de Twitter, le réseau de l’oiseau bleu, et de l’Angleterre où tu es allé traîner tes guêtres avec Verlaine d’abord puis avec Germain Nouveau.

Comment t’expliquer le principe idiot et la vogue paradoxale de Twitter à toi qui as fait dans le « tout ou rien » ? Arthur Rimbaud ? 230 pages de poésie écrites en même pas cinq ans puis le silence total pendant vingt ans après (comme aurait dit Alexandre Dumas). Il paraît que le top du top en notre XXIe siècle pour l’être humain est d’émettre des gazouillis à tous vents. Des messages limités à 140 caractères typographiques. Difficile d’installer un bateau ivre dans ce Port-Racine où tout le monde s’engouffre cependant. 

DDS 467 twitter

 

J’ai moi-même ouvert jadis un compte sur ce « réseau social » où l’on discute, de fait, avec zéro zoziaux ! J’y ai publié des haïkus à la petite semaine. J’ai le sentiment que l’on pourrait faire encore plus court, encore plus ludique avec tes poèmes. En résumant par exemple le premier vers de chacun de ceux-ci par les initiales des mots qui le composent. 

 

J’adore inventer des jeux pour mes blogami(e)s. Ils et elles devineront peut-être ceux-là :

CJDDFI
CEUTDVOCUR
ONEPSQOADSA
JMEALPDMPC
HLTTCLM

Le dernier est un piège : c’est un vers de Baudelaire !

DDS 467 So irresistible

 

Mais cessons de divaguer, fermons les yeux, repensons à l’Angleterre et revenons à la chansonnette du début. Un usage intéressant de Twitter consisterait à y publier des aphorismes anglo-saxons. Je viens justement de lire cet été deux recueils de Jean-Loup Chiflet, « So irresistible ! » et « So incredible ! ». J’en conseille vivement la lecture à qui souhaite se dilater la rate.

Quelques exemples ?  En voici :

L’autre jour j’étais tranquillement chez moi en train d’écouter un disque de Leonard Cohen et quelqu’un a sonné à la porte alors j’ai retiré le revolver de ma bouche. (Vernon Chatman)

Je ne me considère pas comme un pessimiste. Pour moi un pessimiste c’est celui qui attend qu’il pleuve. Moi je suis tout le temps trempé. (Leonard Cohen)

Quand Bob Dylan a chanté pour lui le pape a dit « Je parle pourtant plus de huit langues mais je n’ai rien compris. » (Conan O’Brien)

Le flamand n’est pas vraiment une langue, c’est plutôt une maladie de la gorge. (Mark Twain)

L’hiver anglais se termine en juillet et recommence en août. (George Gordon)

L’Enfer : un chauffeur français, un flic allemand, un cuisinier anglais, un amant suisse, le tout dirigé par des Italiens (John Elliott)


Un qui me fait beaucoup rire aussi ces temps-ci c’est le philosophe Michel Onfray dont on peut entendre les conférences sur le Cosmos chaque après-midi à 16 heures sur France-Culture. En voilà un qui n’entrera jamais, lui non plus, dans le cadre très limité de Twitter ! Entre les 28 minutes qu’il met à répondre à une Québécoise pour lui dire qu’il n’a pas de réponse à sa question et les 23 minutes de bla-bla qui précèdent la réponse "oui" à la demande « Est-ce que vous croyez à l’amour ? », cet homme est dans le hors cadre total ! Mais, sans être un voyou dans ton genre, je pense que c’est ce qu’il faut être et je trouve passionnant et amusant d’écouter ses dissertations.

Voilà, mon cher Arthur, les autres drôles d’oiseaux en compagnie desquels je passe mon été. Désolé de ne pouvoir pas mieux partager avec toi ces gouttes de rosée, ou plutôt ce « vin de vigueur » qui permet de faire front.

Amitiés et bon vent à toi, Arthur, qui as cessé de battre la semelle !

 

DDS 467 moineaux MAP

P.S. Les réponses du petit jeu :

Comme Je Descendais Des Fleuves Impassibles

C’Est Un Trou De Verdure Où Coule Une Rivière

On N’Est Pas Sérieux Quand On A Dix Sept Ans


Je M’En Allais Les Poings Dans Mes Poches Crevées


Homme Libre Toujours Tu Chériras La Mer

 

12 août 2017

Sur une drôle de branche par bongopinot

 

Source: Externe


Par la Fenêtre le clair de lune
Au loin le sable et les dunes
Le matin l'air frais puis le soleil
Doucement le corps s'éveille

Ils Volent et se posent
Devant nos paupières close
On s'étire on se lève alors
Et on aperçoit au dehors

Sur un dossier de chaise
Quelques oiseaux à l'aise
Sur cette drôle de branche
Toute droite et toute blanche

Ils Commencent leurs récitals
Un peu trop matinal
Un homme au chapeau
Admire déjà leurs numéros

Sirotant un bon café
Il baille et fini par s'étirer
Il leurs donne une Récompense
Devant leurs belles éloquences

C'est le goût des vacances
Ces chants coupent le silence
Une nouvelle journée arrive
Musique et en couleurs vives

12 août 2017

Autant en emporte le plat : Épisode Georges V (joye)

L’histoire jusqu’ici :  http://samedidefi.canalblog.com/archives/joye/index.html

Quand Hammour, roi musclé et masculin des gitans, se réveilla, il entendit les pépiements des oiseaux de la forêt magique.

- Garceline ! essaya-t-il de crier, mais il n’entendit pas le basso profundo normal de de sa propre voix. Les pépiements devinrent plus forts.

Il tendit sa main, mais ne vit devant ses yeux encore un peu troublés que des ailes.

Incrédule, il essaya de se lever, et d’un coup, se trouva sur une chaise, à côté de trois autres oiseaux.

Eh oui, cher lecteur, vous aurez deviné --- un méchant sorcier, un peu fatigué de leur histoire, avait pris sur lui de transformer les personnages de leur petit drame en oiseau ! Et, leur créatrice, en grand besoin de vacances ou peut-être de changement, ou encore, plus de deux commentaires, avait pris sur elle de transformer l’histoire en roman-photo, au moins pour cette semaine…

 

portrait de famille~ À suivre ~

5 août 2017

Autant en emporte le plat: Épisode 2 x 2 (joye)

Hammour commença à croire que sa douce Garceline Perrier-Badoit de l'Évian était un tantinet exigeante et se demanda s’il voulait bien d’une femme qui serait peut-être incapable de faire face aux exigences de la vie de gitans, qui comprenaient, bien sûr, la nécessité de répondre à la porte de la roulotte sans s’évanouir. Oui, dans un cottage, magique, pas de problème, il y avait de la place, mais dans une caravane de gitans, même celle du gitan, il n’y avait vraiment pas de la place.

Pendant qu’Hammour contemplait sa douce encore par terre, Vonceralet alla à la porte.  Un nain n’est rien sinon pragmatique dans les affaires domestiques.  Pierre, lui, resta muet, comme font les sculptures, en principe, sauf dans des épisodes de contes de fée et parfois dans des participations défiantes du samedi.

 

Edited

 

Vonceralet ouvrit la porte un peu plus grande, et vit le visiteur qui ressemblait tout à fait à une marionnette, avec son petit chapeau et ses articulations primitives.

- C’est vous, Robin des Bois ? grommela Vonceralet qui pouvait quand même être spirituel de temps à autre, en dépit de sa mauvaise humeur habituelle.

- Non, non, c’est moi Fanfan ! répondit le petit homme de bois. N’avez-vous pas lu le dernier épisode ?

- Désolé, mec, mais ici, nous sommes athées ! répondit le nain, qui savait qu’on pouvait parfois ainsi décourager les témoins de Jéhovah. Pour les Mormons, ça marchait pas bien, mais il était quasi-certain que ce Fanfan Dubois n’en était pas un parce qu’il était seul et il ne portait pas la chemise-blanche-cravate-noire du disciple de Joseph Smith.

- Non, non ! cria Fanfan. Je suis là pour voir Garceline.

Au son de son nom, la belle se réveilla, difficilement, certes, parce que Hammour mangeaient des croissantes en la regardant (eh oui, l’amour, ça ne coupe pas l’appétit), et les miettes retombaient sur elle comme la manne du désert dans un autre conte de fées.

- Barcedine, dit Hammour, sa bouche encore pleine de croissante mais trop intrigué pour avaler avant de parler, gui est ce Gangan Dugois ?

Garceline commença à s’enrager.  Ce stupide roi des gitans se conduisait plus comme un gitan qu’un roi !

- Eh ben, espèce d’idiot, cria-t-elle, t’as pas vu qu’il est fait de bois ?

- Mouais, murmura Hammour, intrigué, mais quand même curieux de savoir s’il restait du Ricoré dans son bol.

- Eh ben, espèce de crétin, cria-t-elle encore, t’as oublié que j’avais une jambe faite de bois ?

- Eum, mouais, susurrait Hammour, un peu déçu. Il vit qu’il n’y avait plus de café, après tout.

- Eh bien, réfléchis !! 

Hammour fit un effort, mais tout comme il faisait encore tôt, les miettes de croissante grattaient un peu dans sa gorge, et en manque sérieux d’un deuxième bol de café, il ne trouva pas.

- Boudieux !!!   hurla Garceline, hors d’elle. Fanfan, c’est mon mari ! 

 - Ciel ! Ton mari ??? s’exclama Hammour, avant de s’évanouir, lui, à son tour.

~ À suivre ~

5 août 2017

Ecrire à Rimbaud. 2, Marionnettes (Joe Krapov)

DDS 466 cardinal

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« Moi je construis des marionnettes
Avec de la ficelle et du papier »

Je te fais grâce de cette chansonnette d’un chanteur pré-nommé Christophe. Celles et ceux qui l’aiment prendront le train de M. Youtube pour aller l’écouter si ça leur chante.

Cette semaine, l’image de départ me ferait dire plutôt ceci : Après «Fanfan la Tulipe», «Les Trois mousquetaires» ?

170712 265 106

Il faudrait que je le revoie ce film de Bertrand Tavernier, «La Fille de D’Artagnan». C’est Sophie Marceau qui tenait le rôle. Est-ce-là que Claude Rich jouait Mazarin ? Y était-il un « cardinal bien tapé » comme le dit la légende de la photo ci-dessus ? Un coup d’œil à Wikipédia me répond que non, que c’est au théâtre dans « Le Diable rouge » qu’il a tenu ce rôle et y a excellé.

Mais revenons à la « superbement idiote entre les petites villes de province », Charleville-Mézières ou Charlestown comme tu la nommais toi-même sans prévoir que tu reviendrais y danser de douleur un autre charleston beaucoup moins drôle pour ton chant du départ.

Il y avait de très beaux mousquetaires au Musée de l’Ardenne dans l’exposition temporaire consacrée aux marionnettes du Nord de la France et de la Belgique proche. Il y avait aussi de magnifiques trésors théâtraux dans les deux salles dédiées de la collection permanente.

Je sais, personnellement, de longue date, les liens de Charleville avec ces figurines dont on tire les ficelles – ou dans lesquelles on met les doigts, ce qui est, avouons-le un peu dégoûtant (ou pas) -. J’ai connu au début des années 1980 une dame qui occupait son temps libre à dresser la liste de tout ce qui avait été écrit de par le monde concernant Pinocchio, Guignol, le Gendarme et consorts pour les montrer dans le petit castelet. C’est elle qui m’a appris l’existence du Festival mondial des théâtres de marionnettes. Peut-être viendrons-nous y assister un jour de folie !

170710 Nikon 039

Le temps me manque ce jour pour explorer plus avant les liens potentiels entre tes œuvres et cette spécificité festivalière locale. A part le fait que pour une marionnette aussi « je est un autre », que, pour la faire parler et bouger il faut être résolument ventriloque plutôt que absolument moderne, habile manipulateur plutôt que fleuve impassible, à part ta phrase disant que «la vie est la farce à mener par tous» je ne vois rien qui te lie plus que ça, mon cher Arthur, au théâtre et aux figurines à bouche immobile, même si tu as dû, comme tout le monde, croiser des pantins à Pantruche et des guignols à Charlestown !

Mais revenons au cardinal tapé qui m’interrompt. « Et Dieu dans tout ça ? » me demande-t-il en s’étonnant que je n’ai pas encore écrit les deux mots « pourpre cardinalice » qui brûlent le bout de mon stylo depuis que j’ai entamé l’écriture de cette deuxième lettre. J’adore connaître des mots qu’on n’utilise jamais !

Eh bien, Dieu… Mon Dieu, comme c’est drôle ! C’est Isabelle la catholique… (Si, si, Dieu est une femme !)… Excusez-moi, cardinal, je vous réponds mais en m’adressant à Arthur !

C’est Isabelle Rimbaud, ta très catholique sœur, qui t’a, paraît-il ramené à lui ou L’a ramené vers toi dans tes derniers moments. Tout cela est décrit en long et en large dans l’exposition au 2e étage de ton musée dans le vieux moulin sur la Meuse. On voit même des photos d’elle et des portraits réalisés par son mari, le peintre Paterne Berrichon. Paterne Berrichon ! Tu parles d’un blaze ! Pourquoi pas Baderne Perrichon comme tu aurais pu le rebaptiser avec insolence.

- Qui vous êtes, vous ?
- Baderne Perrichon, je suis le beauf d’Arthur.
- Avec un nom pareil, vous devez beaucoup voyager, non ?
- Non, c’est lui, surtout, qui marche ! Enfin, qui marchait !

170712 265 012

Mais ne soyons pas méchants. Ce couple n’est pas pour rien dans ta célébrité et ta gloire posthumes.

J’ai quand même des doutes, Monsieur le cardinal dont j’ai toujours garde, sur le sens de tout cela. Un musée consacré à un ado fugueur, à un poète génial, à un marchand d’armes et à un moribond unijambiste ? Et un autre où l’on trouve deux pièces pleines de vitrines emplies de marionnettes ? Quel rapport entre les deux sinon que pour un prix modique, 5 euros en 2017, on peut entrer dans les deux ainsi que dans la maison des Ailleurs où Arthur a vécu de 1869 à 1875 et passer quelques heures à être émerveillé par le passage des hommes dans le travers du temps, par ce qu’il en reste après coup, un plan de Vienne déchiré, un portrait du roi Ménélik, une lance mérovingienne, une légende du temps de Charlemagne, celle des quatre Fils Aymon, racontée par un grand automate, place Winston Churchill à chaque heure que Dieu fait sonner en posant la grande aiguille sur le douze.

Aucun rapport, entre tout ça. Ou si, un seul : Charleville-Mézières, c’est comme le Harrar, il faut le voir pour le croire

***

Et puis ce matin au réveil, illumination ! Illumination !

Je l’ai retrouvé dans mon hypermnésie galopante le lien entre la famille Rimbaud et le théâtre ! Je viens de scanner l’image pour la partager. Riez, amies lectrices ! Préparez-vous à rire, amis lecteurs. A Riez, charmant village de Provence où nous avons passé nos vacances à l’été de 1987, j’avais photographié, dans le paisible et joli cimetière cette tombe-ci, celle de Hamlet Rimbaud !
Etonnant, non ?

Amitiés et bon vent à toi, Arthur qui as cessé de battre la semelle !

DDS 466 Hamlet Rimbaud

29 juillet 2017

La tulipe par bongopinot

 

 Grand-Bigard, avril 2011


Pour tous les gens
Amis du printemps
Poussés par le vent
Assis sur les bancs

Un parterre de fleur
Aux vives couleurs
Aux douces senteurs
N’est que du bonheur

Tulipes multicolores
La terre se colore
Et forme un décor
Tout le monde adore

Le vert le rouge
Le jaune l'orange
Un coloriage
Pour tous les âges

Filles et garçons
À toutes saisons
Comme une passion
Attendent sa floraison  

29 juillet 2017

Autant en emporte le plat : Épisode Troisième (joye)

L’histoire jusqu’ici : http://samedidefi.canalblog.com/archives/2017/07/22/35496137.html 

- Mais ! cria Garceline, qui retenait son souffle depuis le dernier épisode du samedi dernier, comment se fait-il que ton frangin Pierre soit fait de marbre ?

- C’est une longue histoire, murmura Hammour. C’est un sortilège jeté par…

- Par une vieille sorcière ! interrompit la jeune femme, encore maîtresse de ses excellents poumons.

Hammour et Pierre se mirent à rire tous deux. Garceline examina furtivement son futur beau-frère non sans un brin de rancune.

- Beuh non, une sorcière ! Hihihi ! Non mais, tu te crois où, dans un conte de fées ou quoi ? ricanèrent les deux frères.

- Bah, comment croyez-vous que j’ai perdu ma jambe ? cria Garceline.  Hein ? Dans un accident de moto ?  Ses deux yeux la couleur des arcs-en-ciel scintillaient comme font les arcs-en-ciel en colère.

- Non, non, allez, du calme ! chuchota Hammour qui la prit dans ses deux bras musclés.  Nous savons bien que…

Garceline se laissa bercer contre la superbe poitrine musclée de son héros gitan.

-…que c’était un crocodile qui te l’a bouffée ! riposta Pierre, et c’était reparti.  Les deux frères hurlèrent de rire. Hammour riait si fort qu’il laissa tomber par terre la pauvre Garceline.

- Arrête ! Arrête ! gémit le pauvre Pierre. Je vais craquer !!  Son frère Hammour roulait par terre, pleurant.  Pierre, ne pouvant pas rouler par terre, sauf lors des tremblements de terre, notons, se contenta de regarder son frère, et d'émettre des ho ho ho de sa bouche arrondie.

- Hammour ! C’est pas…gravier ! hoqueta-t-il, entre bouffées de rire.

La jeune femme qui se releva difficilement, alla chercher sa jambe sous le lit.  Il était bien temps qu’elle s’en aille, pas la peine de gaspiller le dernier bout de sa jeunesse sur un prétendu roi des gitans, sans parler de son beauf de frangin de granit, noméo ! Elle rédigeait déjà dans sa tête une lettre de réclamation au syndicat de la forêt magique. Mais ! Quelle idée de laisser entrer des bouffons minables qui se moquaient des pauvres unijambistes…

D’un coup, elle entendit la sonnerie de la porte du cottage. Soit une sonnerie, soit le cri d'un ogre. Non, non, c'était une sonnerie...

- Garce’ ! Hihihi ! cria Hammour, sa poire de gitan encore fendue.  C’est pour toi !

Garceline regarda par la fenêtre, où elle vit ce vilain nain Vonceralet.  Pour elle ? Mais qu’est-ce qu’il veut, lui ? se demanda-t-elle, avant d’aller répondre à la porte. Elle l’ouvrit et vit non pas le vilain nain-serviteur d’Hammour, mais un énorme bouquet de tulipes, jaunes et rouges comme les couleurs de son équipe préférée, les Cyclones d’Iowa State !

Fanfan

- Oh ! Fanfan ! s’exclama-t-elle, avant de s’évanouir.

~ À suivre ~

29 juillet 2017

Ecrire à Rimbaud. 1 (Joe Krapov)

170715 Nikon B 012

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«En avant Fanfan la Tulipe
En avant, La Tulipe, en avant !»

Comment puis-je nommer autrement que «Poésie» ce dérèglement de tous mes sens qui va me faire écrire, partant d’une photo de tulipes, sur Gérard Philipe, les Choeurs de l’Armée rouge et le cimetière marin de Sète ?

«Alchimie du verbe » ? Le Défi du samedi, depuis de nombreuses années déjà, nous incite à mélanger les nôtres avec des adjectifs et des noms propres (ou pas), ce sous la houlette d’un chimiste en chef promu depuis peu expert en «éprouvettes» (ou alors c’est moi qui fatigue !).

DDS 465 affiche Fanfan la tulipe

«Yoyotage de la touffe» ou «Alzheimer précoce» ? Peut-être ! Ces résurgences de  «pop culture» qui me taraudent et qui m’occupent te feront, sans doute aucun, une belle jambe à toi qui dors sans l’une et même sans étoiles sous la terre de Charleville.

C’est donc bien l’interprète du «Fanfan la Tulipe» de Christian-Jacque, le sieur Gérard Philipe, que cette photo de tulipes m’évoque en passant par le biais de la chansonnette introductive d’Emile Debraux, pondue en 1819.

J’ai dû voir ce film quand j’étais enfant et cela ne rajeunit personne. La télé était en noir et blanc, le film aussi et la vie en sépia ou, au mieux, en couleurs de Polaroïd. Pour les gens de ma famille ce Gérard Philipe était déjà une icône de la même manière que toi, mon Arthur sans saisons ni châteaux, tu en es une pour moi.

Il y avait à la maison le disque 33 tours du «Petit prince» sur lequel le plus admirable des acteurs prénommés Gérard prêtait sa voix à l’avia-narra-teur tombé en panne dans le désert et à qui Georges Poujouly demandait : «S’il vous plaît, dessine-moi un mouton ?».

DDS 465 Le Cid

Quelques années plus tard nous l’avons retrouvé en Cid campeador dans le Petit classique Larousse de la classe de 6e ou 5e et son portrait dans ce costume positionnait beaucoup plus haut dans nos esprits, par-dessus la guerre froide et les «Ôte-moi d’un doute », la grandeur de la littérature et du théâtre classiques.

On aurait sans doute pu nous donner encore à voir «Le Rouge et le noir» et «Le Diable au corps» mais entre-temps la musique yéyé, les duels Anquetil-Poulidor, la rivalité Stones-Beatles, Astérix et les héros de«Pilote mâtin quel journal» étaient arrivés et ça nous intéressait aussi. C’est ça, la pop culture : c’est ce qui te détourne de la littérature et de la réflexiture.

Chez nous Gérard Philipe était surtout «un camarade». Un des «copains» de mon grand-père à l’instar d’Aragon, Picasso et Jean Ferrat et de ceux qui ont suivi, comme tu le fis toi-même pendant la Commune de Paris, le rêve d’un Homme résolument moderne voire nouveau. Pour ma part je ne mets pas de majuscule à «homme» et j’ai toujours préféré l’antique !

J’ai bien repensé à cette époque-là l’autre jour en cherchant sur Internet les paroles forcément bretonnes et les accords heureusement simples du premier tube d’Alan Stivell, «Tri Martolod yaouank». C’est que je suis tombé alors sur cette vidéo-ci et je me suis trouvé très heureux de ce partage inattendu de langues, de musiques et de culture populaire entre ces Russes et ces Bretons-là, réunis pour le plus grand plaisir de mon seul et unique neurone. 

 

DDS 465 fanfan

De la même manière ce sont des camarades roumains qui m’ont permis de remettre la main sur cette bande dessinée-là, qui paraissait dans un journal de la même famille d’utopistes, où Gaty et Nortier avaient redonné à Fanfan la Tulipe les traits de Gérard Philipe.

Comme je pense tout à coup à Claude Rich qui vient de disparaître et que j’aimais bien aussi depuis «Je t’aime, je t’aime» d’Alain Resnais, et en me rappelant également une autre icône de ce temps-là, le cosmonaute Youri Gagarine, j’en viens à me demander comment il se fait que certaines personnes ont cette aura si particulière, cette humanité sans fanfaronnade, ce sourire charmant et ce pétillement dans le regard qui nous les rendent si proches de nous et, à jamais, aimables ?

Je suis retourné récemment dans le village où tous ces souvenirs d’enfance avaient, autrefois, statut de réalité ambiante. Comme je m’y adonnais à des travaux de peinture de porte et que dans la pièce à côté un reportage télévisé sur la ville de Sète était diffusé, je me suis interrompu pour aller admirer des images paisibles du cimetière marin de cette cité. Je me suis dit que j’irai un jour saluer l’oncle Georges qui chantait à l’époque de «Fanfan» et de «Lorenzaccio» ses gaudrioles uniques, poétiques et essentielles.

Si je passe un jour à Ramatuelle, j’irai saluer Gérard Philipe. Je déposerai peut-être une tulipe sur sa tombe ? Pas sûr. C’est que je ne suis pas très doué en matière de recueillement mélancolique. A ce propos d’ailleurs, mon cher Arthur, je suis désolé de n’avoir pas fleuri ta demeure dernière. Je ne suis pas du genre à jeter des fleurs aux gens qui sont toujours vivants en moi.

Mais le cœur y est !

DDS 465 gerard-philipe-le-cid-1305Bon vent à toi !

 

P.S. 1 : Réponse supposée d’Arthur :

- Et la tombe de Gina Lollobrigida, Joe Krapov, elle sent la mozzarella ?
- Désolé, Arthur, cette dame est toujours vivante !

P.S. 2 :

Dérèglement de tous les sens ? Dérèglement de tous les sens ? En consultant Wikipédia je découvre un autre lien surprenant entre Arthur Rimbaud et Gérard Philipe : tous les deux sont décédés à l’âge de 37 ans !

22 juillet 2017

Le Mystère de la sphinge à barbe (Joe Krapov)

DDS 464 sphinge à barbe

Nous n’aurions pas dû être surpris. Les temps sont jupitériens, les foudres de guerre courent les rues et nous avions planté notre tente au pied du mont Olympe.

Pas étonnant dès lors que nous fussions arrêtés chaque jour, au bout de la passerelle qui mène à la ville, près du vieux moulin à eau, par cette créature mythologique bigrement questionnante. Par référence à l’histoire complexe d’Œdipe et du fait que ce bestiau nous posait chaque jour une énigme différente autant que stupide, nous l’avions baptisé « sphynge à barbe ».

Comme aurait dit Totor Hugo :
« C’était un haut-relief de l’armée en déroute,
Corps de chien, tête d’homme, allure de douanier
Il piochait sa question dans un petit panier
Et au retour, cruel, il nous barrait la route
Pour obtenir réponse à ses absurdités.

Si l’on répondait faux, avec des crudités
Et d’autres condiments, la bête promettait
- Tous les voleurs de feu font ainsi des serments -
De nous avaler goulûment ».

 

170715 265 051

1er jour, 1ère question :

- Comment appelle-ton les habitants de Charleville-Mézières ?

Ça, je m’en souvenais pour avoir déliré récemment sur ces noms improbables que l’on nous fait porter du fait de la naissance ou de la domiciliation :

- Les Carolomacériens !

- C’est bon, passez ! a dit la bête.

 

170713 265 0412e jour, 2e question :

- Pourquoi n’y a-t-il que dix bateaux dans le port de plaisance de Charleville-Mézières ?

Pas de bol, ma barbue ! En vacances je lis le quotidien local. Ici il s’appelle « L’Ardennais », il est bien documenté et remonté contre les absurderies de la mairie.

- Pour entrer dans le port les bateaux doivent passer sous une passerelle piétonne. La hauteur maximale des bateaux étant limitée à trois mètres la plupart d’entre eux doivent faire demi-tour et stationner ailleurs que dans le bassin prévu à cet effet.


170712 265 0363e jour, 3e question :

- Quel est le plus célèbre des natifs de Charleville-Mézières ?

- Trop fastoche ! Tu déconnes ou quoi, Madame Sphinge ? Pourquoi crois-tu qu’on soit venus ici ? Pour sea, sex and sun ? Pour le duc de Gonzague ? Pour Boris Ravignon ? C’est bien sûr Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud. Son musée est très beau, sa maison des ailleurs très sobre mais alors, le pauvre gars, s’il voyait ce que les marchands du temple ont fait de son effigie ! Entre la Rimbaud’tech, incubateur d’entreprises innovantes, Hair com Rimbaud, coupeur de cheveux et la cuvée d’Arthur, bière et limonade, y’a comme dirait Souchon de la récup’ dans l’air !


4e jour, 4e question :

- Pourquoi Rimbaud est-il parti en abandonnant tout ?


- Parce qu’il est comme nous : il aime bien Charleville mais… z’hier ! Parce qu’à force d’entendre tous les quarts d’heure le carillon de la mairie entonner le « Chant du départ » de Méhul ben ça ne donne pas d’envie de rester, Ursule ! Parce que les fêtes nocturnes des kékés locaux avec musique à fond et claquements de portières jusqu’à cinq heures du matin juste à côté du camping, ça ne donne pas très envie de revenir, Olympe !

 

170713 265 075

5e jour, 5e question :

- A quelle heure sera tiré le feu d’artifice local ?

- A 22 h 40 selon l’Ardennais ; à 23 heures selon le bulletin municipal ; à 10 h 20 selon la police qui divise tout par deux dès qu’il s’agit de compter. C’est l’Ardennais qui a dit vrai mais, en raison de ce je viens de dire au sujet des noctambules carolomacériens, après les Illuminations suit une Saison en enfer !

Je vous fais grâce des autres question de la femme à barbe. Ou pas, tiens !

- Oui c’est bien au Belgium coffee snack qu’on déguste la meilleure carbonade de France et de Navarre.

- Oui, c’est bien un labyrinthe qu’on trouve entre Gernelle et Rumel mais vous vous attendiez à quoi en longeant le ruisseau « L’Infernal » ? A un sentier de randonnée balisé en bonne et due forme ? Ils ne sont pas fous, ces Ardennais ! Ils ne vont quand même pas bosser pour attirer chez eux des touristes autres que les Néerlandais de passage !


170715 265 010- Oui c’est bien le sanglier qui est l’emblème de la région, enfin, du département !


- Oui, il est bien fait mention d’une partie d’échecs dans la légende des quatre fils Aymon racontée à l’horloge du grand marionnettiste. Mais nous n’y sommes pour rien si elle est restée coincée au tableau douze le samedi soir !


- Oui, il y a bien un comité anti-éoliennes au pays de l’homme aux semelles de vent !

Au bout de la semaine d’interrogation des Krapov, la bête est restée sur sa faim. Nous on avait comblé la nôtre avec bonheur : croisière sur la Meuse, ascension de la crête au-dessus de la boucle de la Meuse à Monthermé, tour du lac des Vieilles forges, dégustation de bières locales, visite du très beau Musée des Ardennes…

Si elle avait voulu, la mystérieuse sphinge à barbe, elle aurait pu nous dévorer dès le premier jour. Il lui suffisait de demander : « Qui suis-je ? ».

A l’heure actuelle, je n’ai toujours pas trouvé, entre gorgone, méduse, phœnix et hydre de Lerne où je pourrais classer cet animal hybride. Sphinx égyptien, peut-être ?

Au secours, Miss Map ! De ne pas savoir me ronge ! Je suis comme ça !

Ô saisons, ô chateaux !
Quelle âme est sans défauts ?

170709 Nikon 066

22 juillet 2017

Autant en emporte le plat : Épisode Deux (joye)

L'histoire jusqu'ici : http://samedidefi.canalblog.com/archives/2017/07/15/35471871.html

Heureusement, cette nuit, Hammour et Garceline trouvèrent un moyen de se réchauffer - comme on dit -  sans brûler la prosthèse de la demoiselle.

Après leur nuit glorieuse d’ébats-le-briquet, Hammour se réveilla au grand lit du cottage. Respirant l’odeur du bouquet de pervenches lon-là, le roi des gitans entendit sa Garceline qui ronflait encore comme une gentille petite bouilloire, voluptueuse même sous la couette.

Il poussa un grand soupir de contentement.

- Au secours ! J’entends un ours ! cria soudain Garceline, levant la jolie tête.  Ého ! Ma jambe ! Passe-moi ma jambe que je l’assomme !

- Du calme, ma belle ! rit Hammour, essayant de la prendre encore dans ses bras. Je ne m'appelle pas Ého. Ce n’est que moi, Hammour. Ne te souviens-tu pas ? Tu as bien dormi ?

- Oui, oui, murmura-t-elle enfin, mais elle regrettait déjà un peu sa nuit de jambe en l’air.  Passe-moi ma jambe, insista-t-elle encore.

- Attends, je vais sonner mon nain, Vonceralet. Il te la cherchera.

- Mais pourquoi ? demanda-t-elle, perplexe.

- Bah, parce que…parce que… Sa voix s’éteignit et puis il se souvint…Eh ben, parce que…je suis le roi des gitans !  Comme quoi, on a des coutumes à observer ! prononça Hammour, majestueusement.

-Très bien, soupira-t-elle, mais une fois n’est pas coutume ! C’est où, ma jambe ?

Malheureusement, Hammour se rendormit pendant l’échange (c'était aussi une de ses coutumes). Mais Garceline, nécessiteuse, ne pouvait plus attendre. Il fallait absolument qu’elle aille à l’endroit où même le roi des gitans doit aller sans cheval. Pareil pour leurs amantes, quoi, même si l’on n’en parle jamais dans les romans.

Habile et merveilleusement souple, la jeune femme sauta hardiment sur un seul petit pied blanc jusqu’à la porte qu’elle put enfin ouvrir en tirant sur la bobinette avec ses belles dents blanches.

- Aaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhheurrggggggggggggh !  cria-t-elle de gorge déployée.

Son cri réveilla encore Hammour qui sauta du lit, retombant immédiatement sur son nez, ses jambes à lui emmêlées dans les draps que Garceline avait rejetés sur lui en sortant du lit. Mais enfin, il arriva à la rescousse de sa gajica, qui resta figée de peur devant l’horrible figure à la porte :

pierre

- Ah ça ! Hammour hurla de rire. T’en fais pas, ma douce Garce’. Ce n’est que mon frère !

- T-t-t-ton f-f-f-frère ? gargarisa-t-elle, encore terrifiée.

- Bah oui, c’est mon frangin. Pierre.

~ À suivre ~

8 juillet 2017

La Clepsydre et la phoniatre (S + 7 à ma sauce) (Joe Krapov)

DDS 462 clepsydreLa Clepsydre, ayant chuinté
Tout l'étiage
Se trouva fort dépitée
Quand la bonde fut venteuse :

Pas un seul petit morceau
De mouillage ou de verseau.

Elle alla crier fatigue
Chez la phoniatre sa dealeuse,
La priant de lui prêter
Quelques gouttes pour susurrer
Jusqu'à la scansion nuptiale.

- Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'aube, foi d'appareil,
Interphone et proverbial.

La phoniatre n'est pas princière ;
C'est là sa morne dégaine.

- Que feuliez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à l’émulsionneuse.

- Nuit et jour, à tout vibrant,
Je chuintais, ne vous déplaise.

- Vous chuintiez ? J'en suis fort aise !
Et bien ! Dentalisez maintenant !

Plaque_perec (christophe Verdon)
Cette plaque est une oeuvre de Christophe Verdon

24 juin 2017

Quatre auteur(e)s sur la hauteur (Joe Krapov)

1

DDS 460 Vargas

Forcément
Retors
Et
Décalé

Voici
Adamsberg de
Retour.
Gare à l’
Araignée
Sournoise !


2

DDS 460 madeleine-proust

Mortifèrement
Affalé,
Reclus,
Cherchant l’
Endormissement
Libérateur, ce

Plumitif
Refile à notre
Oncle
Une allergie au
Snobisme
Terrifiante !


3

DDS 460 molièreJoie 
Baroque !

Médecin
Origénial !
L’
Ironie
Est
Royalement
Envoyée !

 

4

C’est
Hebdomadaire,
Eblouissant,
Roboratif,
Eclatant !

DDS 460 IowaJ’
Ouïs son
Yoddle
Enthousiasmant,

Drôlissime,

Issu
Orgasthmatiquement du Middle-
West
Américain.

 

1 juillet 2017

Tentative inaboutie de dérouillage de la mécanique cérébrale (Joe Krapov)

Le bidouillage est bien souvent informatique et nécessite de la pratique (ou pas !).

Le tripatouillage est politique, électoral ou financier et nécessite du secret.

Le magouillage est identique et nécessite au moins un François Béranger pour le transformer en blues.

Le lichouillage est érotique et nécessite un consentement mutuel sinon on va tout droit de la case Sofitel à la case prison.

Le trifouillage est narinaire et nécessite de savoir jusqu’où on peut aller trop loin sans que ça ne se transforme en joyeux tango des bouchers de la Villette : faut pas qu’ça saigne !

Le zigouillage est systématique et nécessite un régime dictatorial ou tyrannique ou une misanthropie relevant du cas clinique.

Le cafouillage est endémique et nécessite des rétropédalages, des démissions, des changements de braquet – ou pas !

Le mouillage est à la halte nautique et nécessite une ancre et aussi des amarres. Vous verrez, c’est plus loin, juste à côté du cirque !

Le mâchouillage est l’apanage des boulimiques et nécessite du chewing-gum, des crayons de bois ou n’importe quoi d’un peu mou (chique de tabac, etc.).

Le farfouillage est bordélique et nécessite une galerie La Fayette ou une période de soldes. C’est justement en ce moment !

L’Allelouillage est catholique et nécessite que le Léonard soit Cohen et que la Bigoudène soit coite.

L’agenouillage est malaisé chez l’arthritique et nécessite un bon coussin pour les genoux.

L’épouillage tourne Serge en Gainsbourrique et nécessite une Elisa.

DDS 461 Jan_Siberechts_-Cour_de_ferme-_détail_Scène_d'épouillage

Le verrouillage est aristocratique et nécessite un Fragonard qui ferme la porte. Paradoxalement, dans ce qui suit ce geste, tout reste ouvert !

Le gazouillage est encyclopédique à condition de ne pas dépasser 140 signes. Exemple : «Pourquoi est-ce que tu t’en-quin-tettes à envoyer des tweets, Schubert ?»

Le gribouillage est hiéroglyphique et nécessite parfois de démêler le tien du mien, l’égyptien du mésopotamien et Pierre de Rosette (Pierre et Rosette sont les personnages du « Verrou » de Fragonard évoqué plus haut).

Le scribouillage est la marque de fabrique du prolifique et nécessite un mauvais style. Ici personne ne scribouille, on se livre à des bidouillages esthètes et à des jeux oulipiens. Pour tous ceux qui tiennent à oublier Proust, c’est une nécessité vitale !

Le grattouillage est guitaristique et nécessite qu’on fiche la paix une fois pour toutes à la rengaine « Jeux interdits » qui se joue, elle, en arpèges. Les accords de Do, Fa et Sol 7 devraient suffire à nos bonheurs de jolis chants autour de ce foutu feu de camp qui ne veut pas prendre ! On a des scouts dans l’assistance ?

Le bafouillage est bien comique mais il faut pour cela le talent d’un Pierre Repp ou d’un Francis Perrin pour que ça fasse du bien à nos zygomatiques (voir ce mot).

DDS 461 Peanuts

Emporté par mon élan, j’ai failli ajouter :


L’échouillage est du genre Atlantique et nécessite un Titanic (avec deux glaçons, s’il vous plaît).

La carabistouillage est peut-être lié à la Gueuze Lambic et nécessite de pratiquer les Hauts de France et/ou les Bas de Belgique.

Le cornegidouillage est ubuesque et Jarrythmétique et nécessite un crochet à phynance et un royaume de Pologne.

Le tatouillage n’est pas épisodique et nécessite, - quelle abjection ! - une injection d’encre non sympathique !


Notons que «bidouillage», qui était notre point de départ, a en commun avec «gribouillage», «grattouillage» et «gazouillage» de tolérer un suffixe en «is» : on peut donc dire aussi «bidouillis», «gribouillis», «grattouillis» et «gazouillis». Par contre bigoudi n’a rien à faire dans cette liste, même s’il est porté par la Bigoudène mentionnée sous «Allelouiage».

Mais du coup, comment appelle-t-on l’action de bouillir sans génie ? La «cent degrés y’a» ?

J’ajouterai pour terminer que dans leur chasse aux vocables pour illustrer le «Dictionnaire-bêtisier du Défi du samedi» certaines andouilles ne reviennent jamais bredouilles : c’est le cas pour moi cette semaine. Et je trouve que je l’ai bien bidouillée, cette contribution ! Car «en même temps», comme on dit maintenant, elle ne dit absolument rien de ce que je bidouille dans ma vraie vie !

P.S. Si jamais, pour cause de vacances et de vadrouillage, je ne puis être là la semaine prochaine, je vous souhaite à toutes et à tous, pour cet été, un bon et excellent «glandouillage» !

24 juin 2017

All in the Family (joye)

Oui, je sais qu’on n’aime pas les vantards, mais c’est plus fort que moi, et il faut que je vous le dise : ma famille est tout à fait extraordinaire !

En faisant des recherches sur génialogie.com, j’ai appris que mon arrière-arrière-grand-père, Pa, aura fondé cette famille impressionnante. Lui, un simple apprenti à l’atelier U. Gaux à Paris, est devenu un des plus grands satiristes du XIXe siècle. Certains critiques l’ont traité de « copiste littéraire », mais c’était surtout des jaloux, on peut s’en douter.

emmy stiche

Sa fille, Emmy, mon arrière-grand-mère, était poète à Césures, un petit village perdu dans les Pyrénées. Non ? Vous n’en avez jamais entendu parler ? Même pas de… « poète à Césures » ? Non ? Eh bien, vous m’étonnez !  Tant pis, hein ?  En tout cas, Emmy s’est mariée avec Ambrose Alexandrin, un autre grand poète. Malheureusement, il est mort quelques jours après leur mariage. Toutefois, de cette union est née leur petite Pauline qui aurait décidé de garder le nom de jeune fille de sa mère.

 Or, l’histoire de Pau – c’est ainsi qu’on l’appelait – est quelque peu mystérieuse. Soit elle s’est noyée à bord La Bourgogne avec le capitaine Antoine Deloncle, soit elle s’est enfuie en Bourgogne avec son oncle Antoine…quoi qu’il en soit, on peut comprendre pourquoi les détails de son histoire restent trompeurs.

 D’autres étoiles parmi mes ancêtres glorieux étaient mon arrière-arrière-grande-tante, Faure. Au début, je n’avais pas vu le rapport, mais il paraît que la famille, ayant honte de cette femme bien en avant de son ère à cause de son talent pour le boxe, a changé l’orthographe de leur nom afin d’échapper à sa renommée, certainement ignominieuse à l’époque.

tatie faure tiche

C’est sûr que Faure était une « originelle », ayant fait un enfant d’amour avec un mannequin anonyme. Cet enfant, Fé,

cousin fetichea eu une carrière impressionnante dans les salles d’exposition de haute couture et à part une aventure libertine avec un bûcheron et une meunière, autant que je sache, Fé n’a pas fait d’enfants.

 Et moi ? Eh bien moi, vous avez compris maintenant…j’adore mes ancêtres, les Tiche (Faure et Fé) aussi bien que les Stiche (Pa, Emmy et la pauvre petite « Po »).

Après tout, c’est grâce à eux que je suis devenu poète et lettré. Permettez-moi de me présenter. Oui, c’est moi, le dernier des Stiche.  Ma mère m'a prénommé Acro, ce qui peut expliquer mon grand intérêt pour mes ancêtres illustres ainsi que pour tout ce qui concerne l'écriture.

 

Acro Stiche

3 juin 2017

Mange-Ébène (joye)

 

animated-ant-image-0001

Le Café Xylophage vous propose son meneau pour le Festin

du Fourmidouble blanc 

animated-ant-image-0001

Apéritif

Allumettes Pommier et Grisard en confit

Cèdre du Liban

Potage

Crème de Châtaigner

Frêne Blanc

Platane principal

Loup de chêne

Pineau d’Oregon

Rôti d'Érable

Chêne rouge

Salades

Feuilles forestières assorties

Fromages

Tomme de sapin

Boisfort

Délice de Bouleau

Desserts

Pain d'Épicea

Tarte-Hêtre

Charmepagne

Digestifs

Poirier William

Crème de Châssis

Boutehors

Néonicotinoïde

Ciguë bien frappé

animated-ant-image-0001

 

3 juin 2017

Lavrillette, Lavrillè-ette (Joe Krapov)

161029 Nikon 013Un dimanche sur deux les Lavrillette et leurs deux enfants allaient déjeuner chez les Letermitte qui habitaient le bois de Soeuvres et avaient eux aussi deux enfants. L’autre dimanche sur deux, les Letermitte et leurs enfants allaient déjeuner chez les Lavrillette.

Ce dimanche-là c’était au tour des Letermitte d’être les hôtes des Lavrillette mais comme le mot « hôte » a deux sens cette phrase-ci est peu claire et donc inutile sauf si l’on veut tirer à la ligne. Maintenant que c’est fait remplaçons-la donc avantageusement par : « Reprenez donc de ces délicieux champignons symbiotes, Madame Lavrillette. C’est de la mérule pleureuse. Ça ne fait pas grossir, c’est bon pour la ligne et c’est complètement bio : je les ai achetés chez le scarabée ». Bref on était chez Sabine et Thierry Letermitte, c’est cela, oui.

Leurs enfants s’appelaient Bernard et Tristan.

Il y avait entre les Letermitte et les Lavrillette ce que les philosophes crypto-marxistes et les lectrices de Biba auraient pu appeler une certaine différence de classe. Car il existe deux catégories de xylophages : ceux qui sortent le revolver de leur culture quand ils entendent le mot « parvenu » et ceux qui creusent. Vous, les Lavrillette, vous creusez. Au Creusot plutôt qu’à Palaiseau, c’est ce qu’à choisi le roi. Les Letermitte eux vous bourrent le mou ou bourrent la reine, c’est selon.

Les filles de Paul et Jeanne Lavrillette se prénommaient Françoise et Jeanneton. Comme toutes les midinettes, elles rêvaient d’avoir un jour des faux-cils et du jonc pour couper court à la vie de famille pesante des gens qui ne peuvent pas épater la galerie avec des vers mais qui ont du Kant à soie quand même. Ceux qui friment et ceux qui triment, donc.

161029 Nikon 040Quand les Lavrillette étaient invités chez les Letermitte, le rituel était immanquable. Après le dessert et avant d’aller faire une promenade dans les bois Thierry et Sabine sortaient l’album des photos de famille et s’extasiaient devant la binette de chacun de leurs ancêtres. Et ça durait, ça durait, mes aïeux ! Car les xylophages sont hyper-doués en matière de généalogie. Ils avaient ainsi retrouvé un Cerambix Letermitte qui avait œuvré à la destruction du camp romain de Babaorum, tout près d’Erquy.

Plus loin encore dans le temps il y avait eu cet officier de cavalerie prénommé Nicéphore qui, après la prise de Troie, visa le subterfuge si près de l’estomac que le cheval tomba comme un car en bas d’une montagne. Chapeau, l’ancêtre !

A les entendre, c’est tout juste si ce n’était pas un Letermitte qui avait inventé le feu en frottant deux sirex l’un contre l’autre !

Plus près de nous leur grand oncle Poucet-Phore avait réussi à percer la chaise de Louis XIV.

Et la branche des Cossus-Gâtebois, menée par leur ancêtre Robin, était venue à bout de la forêt de Sherwood.

161029 Nikon 038

A côté d’eux les Lavrillette faisaient pâle figure. Leur famille était rennaise de souche, s’était peu déplacée et tout leur travail de sape des maisons à pans de bois n’avait pu aboutir à cause du grand incendie de 1720 où beaucoup d'entre eux d’ailleurs avaient péri.

Il y avait bien eu leur tante Zeuzère Bostryche qui s’était attaqué à une célébrité dans un atelier italien, chez un dénommé Gepetto. Mais le pantin de bois dont le nez s’allongeait était très vite devenu un gamin de chair humaine et la tante Zeuzère une écharde dans son gros orteil dont l’enfant s’était débarrassé vite fait bien fait.

Lorsque l’album fut enfin refermé on se prépara à aller faire un tour dans le bois. Les filles Lavrillette demandèrent la permission de rester dans la maison pour lire les bandes dessinées des garçons. Cela leur fut accordé car elles étaient des enfants très, très sages, Françoise et Jeanneton Lavrillette.

***

161029 Nikon 074

On ne sait pas ce qui leur prit, ce jour-là, aux deux pucelles. Toujours est-il que depuis ce dimanche-là les Letermitte et les Lavrillette sont fâchés à mort et ne se voient plus. Au retour de la promenade, en constatant les dégâts irrémédiables affligés à son patrimoine, Thierry Letermitte explosa et agonit d’injures les gamines :

- Espèces de tarets ! Mollusques bivalves ! Pyrophiles ! Iconoclastes ! Crustacés ! Bande de capricornes à roulettes ! Coniophores des caves ! Charançons des isbas !

Puis il mit toute la famille dehors en hurlant :

- Disparaissez dans un trou, troglodytes ! Ne revenez plus jamais éroder par ici !

***

161029 Nikon 055Les Lavrillette regagnèrent leur domicile de Saint-Sulpice-La-Forêt. Ni la mère ni le père ne grondèrent les enfants. Au contraire. Tout au long du chemin Paul et Jeanne se jetaient en silence des coups d’œil complices en se retenant de rire des exploits vindicatifs de leurs filles : elles avaient dévoré intégralement l’arbre généalogique des Letermitte.

20 mai 2017

Diptyque (Joe Krapov)

1

A la va comme je te pousse
Je vis ma vie d’escarpolette.

J’envoie dans l’atmosphère douce
Bérénice, Adèle ou Poulette.

Leurs vies sans se faire de mousse,
En l’air, deviennent chant d’alouette.

Le peintre saisit leurs frimousses
Et, des couleurs de sa palette,

Il fige pour l’éternité
Cet instant de légèreté
 

DDS 455 lescarpolette27976_5


2

A la va comme je te pousse
Je glisse, verrou vénérable.

On vient ici pour faire, en douce
Des choses plus ou moins pendables.

Que l’on soit hétéro ou gousse,
On voit le loup, on tire le diable

Par la queue, à coup de secousses…
Seul mon silence est respectable :

Il fige pour l’éternité
Cet instant de légèreté.

DDS 455 Jean-Honor_C3_A9_Fragonard_009

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité