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Le défi du samedi
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3 mai 2014

Le Faux départ (Joe Krapov)

Le maestro est une petite dame en pantalon noir, corsage noir et gilet bleu pétrole. C’est elle qui nous a accueillis et nous a dit : « Il reste de la place devant ! ». J’en ai été très heureux parce que je ne voulais pas le manquer ce concert où j’avais prévu de jouer les paparazzis.

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Je suis assis à la gauche d’une autre jeune femme qui a de très jolis bas bleus. Je les ai mêmes photographiés. Oui moi aussi je suis comme le colonel Lavictoire, j’aime les bas bleus. Mais pas le fouet. J’ai une sexualité tout ce qu’il y a de plus classique. Enfin, je le croyais, jusqu’à ce concert-là ou j’ai découvert tant de choses !

Nous ne sommes pas à l’Opéra de Rennes, qui est très beau aussi avec sa rosace en forme de ronde de Bretons dansant au plafond de la salle de spectacle, mais la qualité des prestations des élèves de Mélimélodies dans la salle du Grand Cordel s’améliore d’année en année. Le maestro se prénomme Béatrice et si l’on sait qu’elle dirige par ailleurs une troupe de quarante chanteurs amateurs qui jouent des opéras-bouffes comme « La Belle Hélène » ou « La Fille de Madame Angot », on ne peut que lui dire bravo pour la qualité musicale qu’elle obtient de ses ouailles.

Le maestro est venu s’asseoir à ma gauche. Elle ne bat pas la mesure, elle ne dirige pas, il y a Cécile, la pianiste qui accompagne les petits ensembles, qui donne le la et le départ. Tout est bien, sauf qu’on est en Bretagne et que par ici les gens ont du mal à se lâcher. Même les plus aguerries ont cette énorme trac qui leur fait flageoler les jambes et les empêche d’envoyer la sauce. Mais bon, on n’est pas à un concert de hard-rock, non plus !

Et puis oui, je sais, j’ai beau jeu de critiquer, surtout depuis que je ne chante plus qu’en petit comité et que le plus souvent même c’est devant mon magnétophone à quatre pistes archaïque que j’arrache trois bêtises à mon filet de voix même pas mignon! Mais bon, je vais bientôt devoir revoir mes opinions là-dessus aussi. Car est arrivé le tour de la petite dame habillée en rouge bordeaux. J’appuie sur le bouton rouge de mon appareil photo pour enregistrer sa prestation sous forme de film. Elle est tout sourires, elle prend sa respiration, le piano démarre sur la phrase d’introduction, marque un silence et... PAF le chien ! Faux départ ! La cantatrice pas chauve essaie de rattraper son coup mais cette fois c’est la pianiste qui a du mal à retrouver ses starting-blocks.

- Reprends à la mesure précédente, Cécile, ordonne gentiment le maestro.

 La pianiste exécute six notes (ce n’est pas too many pour du Mozart !) puis cette fois-ci les voilà au diapason. Et là, tout le monde reste sur le cul. Peut-être parce que c’est Mozart, l’air de Chérubin, "Voi che sapete" des "Noces de Figaro", peut-être parce qu’il y a eu ce faux départ qui a fait qu’on s’attendait au pire, mais nous voilà tous plongés dans un état de grâce et c’est peut-être bien le meilleur moment du concert. Ce Chérubin-là nous emmène aux anges ! Qui plus est, ma batterie qui clignotait ne me lâche pas et le morceau fini, je suis tout aussi heureux de l’avoir mis dans la boîte que d’avoir volé ses bas bleus à ma voisine.

Car le Chérubin en question n’est autre que Marina Bourgeoizovna, ma chère et tendre épouse. Je ne vous mens pas, vous allez pouvoir entendre tout ça un peu plus bas.

Après, une fois le concert fini, ce qui a été bien et qu’on n’a pas à l’Opéra de Rennes où on paie bien plus cher l'entrée, c’est que le public a été invité à partager un superbe potlatch avec les musiciens et musiciennes. Il y avait là de généreux cakes aux olives, d’excellents vins blancs, des gâteaux au chocolat, des tartes au citron, des macarons... Comme je ne suis pas une lumière, j’ai laissé tous ces gens discuter entre eux et je m’en suis mis plein la lampe. Après tout, depuis ce soir-là, toutes proportions gardées, je suis un peu l’Irma de la Castafiore, non ? Un genre de groupie du pianiste ? Oui, c’est vrai, je préfèrerais être, tant qu’à faire, le compagnon bath au lit de Cécilia Bartoli. Il n’est pas interdit de fantasmer, que je sache ? De toute façon, Marina B. le sait bien que j’ai des maîtresses aussi virtuelles qu’inaccessibles. D’Isabelle Huppert à Isaure Chassériau en passant par toutes les violonistes irlandaises rousses ou pas.


Ce qui me satisfait moins, c’est de dormir désormais avec Chérubin. Si je consulte Wikipedia, j’apprends que le rôle de Cherubino, page du comte, est tenu par un mezzo-soprano travesti.

Quelle angoisse ! On s’endort aux côtés de la femme de sa vie, on se réveille dans le lit d’un travelo !

Je crois que je n’aurais pas dû mélanger les vins et finir tous les macarons à la pistache au potlatch !
 

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15 mars 2014

99 dragons : exercices de style. 21, Conte animalier, ferroviaire et Lucky Lukien (Joe Krapov)

On venait de quitter l’Iowa. Depuis que l’on avait posé des rails sur la prairie, le train traversait d’Est en Ouest les Etats enfin unis d’Amérique, histoire de confirmer ce que cette sentence du Sussex susurre même aux sourds : « il faut bien que les guerres de succession et de sécession cessent sinon c’est du souci incessant». On était en 1878 et si on ne se battait plus depuis plus de dix ans entre Nordistes et Sudistes, on n’était pas sortis de l’auberge pour autant vu que les guerres indiennes avaient pris le relais. Enfin bon, ça faisait un an que les Sioux et les Cheyennes du Nord s’étaient rendus. On allait pouvoir assister à une autre ruée vers l’or dans les Black Hills.

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A l’arrêt de Mitchell, une femme jeune et jolie, vêtue d’une robe mauve, d’une grande capeline assortie et coiffée d’un chapeau à rubans était montée dans le wagon. Elle l’avait balayé du regard, s’était installée sur la banquette vide tournant le dos aux quatre employés de banque qui jouaient aux cartes. Elle avait sorti un livre de son sac et s’était mise à lire.

Johnny Horse était le seul autre occupant du wagon. Il décida de tenter lui aussi sa chance. Il vint s’asseoir en face d’elle et la dévisagea le plus innocemment du monde.

- Bonjour, dit-il. Tu t’appelles comment ?
- Je m’appelle Lily Lasouris. En fait non, je m’appelle à nouveau Lily Saint-Georges.
- Tu es française ? C’est un pseudonyme ?
- Saint-Georges est mon nom de jeune fille mais je suis la veuve du sergent Lasouris. Et toi, beau blond, comment t’appelles-tu ?

 

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(Les Anglais et les Américains en viennent d’autant plus vite au tutoiement que dans leur langue le « vous » de politesse ne les étouffe pas : il n’existe simplement pas. Cela donne de piquants dialogues comme :
- Permets que je te baise, baronne, le bout des doigts ?
- Fais, Dulogis ! (Car le maréchal se nomme ainsi).
- Les yeux dans les yeux, je te jure que je n'ai jamais eu de compte en Suisse !

- Il y en a un peu plus. Je te le laisse ?
- Comment as-tu trouvé le Minnesota ?
- En remontant le Mississippi !)

- Je m’appelle Johnny Horse. Je reviens d’un stage de pâtisserie orientale que j’ai effectué à Davenport dans l’Iowa. J’ai pris ce train pour rejoindre mon salon de thé à Rapid City. C’est quand même super le train ! Autrefois on était obligés de prendre la diligence pour faire ce trajet. Et toi, Lily, où vas-tu ?
- Je vais derrière les Collines noires, à Gilette. C’est là que mon mari a rendu l’âme. Je vais me recueillir sur sa tombe et après je m’installerai là-bas pour évangéliser les Cheyennes.
- Evangéliser les Cheyennes ? Après qu’on les a exterminés et parqués dans des réserves ? Je trouve ça un peu Sioux, comme démarche, pour ma part.

Lily ne répondit pas.

- Tu n’as donc peur de rien ? Ne sais-tu pas que plus on va vers l’Ouest, plus il y a de dangers ? Il y a sans cesse du grabuge à Pancake Valley : quand ce ne sont pas des voleurs de chevaux, c’est une alerte aux Pieds bleus ! Et puis toute cette lignée de hors-la-loi, Jesse James, Billy the Kid… sans compter que les Dalton courent toujours !
- J’ai une lettre de recommandation pour le lieutenant Chicken au 20e de cavalerie. Il était sous les ordres de Custer avec mon mari à Little Big Horn. Il pourra me protéger, m’offrir une escorte en cas de besoin.
- En tout cas, tu n’es pas rendue, le voyage est encore long. Sans compter qu’il y a un passage dangereux après Canyon Apache. Et puis… il y a Gulliver.
- Gulliver ? Qui est-ce ?
- C’est une espèce de dragon, un monstre sanguinaire qui dévore tout ce qui s’aventure sur la voie ferrée.
- Tu racontes des bêtises, Johnny ! Tu essaies de me faire peur pour me détourner de mon projet, de ma mission. Je parie que tu es célibataire et que tu rêves de te trouver une bonne petite épouse bien soumise pour tenir ton saloon !
- C’est un salon de thé, Lily, tout ce qu’il y a de plus honorable, destiné aux dames de la ville et pas un abreuvoir à cow-boys.
- Ta ta ta ta ta ! C’était bien essayé mais n’y songe pas, même en rêve ! Et à part ça, à quoi il ressemble ce Gulliver ?

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- C’est un chat sauvage du Kansas. Un chat géant qui a la particularité d’être tigré et omnivore.
- N’importe quoi ! Un chat omnivore ! Pourquoi pas un cochon avec des bottes rouges pendant qu’on y est ? Que veux-tu qu’un chat, même géant, puisse faire à un train lancé à toute vapeur sur ses rails vers les promesses de l’Ouest ? Un chat sauvage du Kansas ! Many Dick Rivers to cross ? C'est pas sérieux ! Tiens, je veux bien parier avec toi, Johnny Horse ! Si un jour je rencontre ce Gulliver, je reviendrai m’engager comme femme de mauvaise vie dans ton saloon, foi de Lily Saint-Georges !
- C’est un salon de thé, mais pari tenu, je t’engagerai comme cuisinière pour faire des gâteaux.
- Maintenant, si tu veux bien me laisser lire ma bible, Johnny, je t’en serai reconnaissant. Au moins, là-dedans, il n’y a pas d’histoires aussi abracadabrantesques !
- Mais certainement. Lis, Lily !

Un peu dépité, Johnny retourna s’asseoir à sa place initiale, il posa son front contre la vitre et regarda défiler le paysage.

 Plusieurs heures après le train s’arrêta à Rapid city. Johnny prit sa valise et en passant au niveau de Mme Lasouris qui lisait toujours, au lieu de soulever son chapeau, de lui souhaiter bonne route, d’échanger un mot d’adieu avec elle ou de lui reparler de leur pari, il se contenta de faire un signe de croix.

Ce geste, bien que discret, n’échappa pas au regard de la jeune femme. Elle eut un regret. Il était mignon, ce beau blond mais un peu trop craintif, un peu trop crédule et finalement très, très voire beaucoup trop popote. Elle avait besoin d’aventure pour sa part, sans cela elle n’aurait pas épousé un militaire. Et si c’était pour ouvrir un salon de thé, elle pouvait tout aussi bien faire ça sur la côte l’Est.

La souris bibliophile se replongea dans son livre sacré. Le train se remit en marche. Vers la fin de l’après-midi on atteignit les premiers contreforts montagneux des Collines noires. Cela faisait déjà très longtemps qu’on ne voyait plus ni fermes ni barbelés sur la prairie. Un peu avant Sundance, comme le soir tombait, le train pénétra dans un tunnel.

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Quand la locomotive et les wagons furent ressortis à l’air libre, le chat géant donna un coup de patte qui fit dérailler le convoi. Puis Gulliver croqua Lasouris, les employés de banque, le jeu de carte, la bible, le wagon, la loco et même le tender avec la réserve de bois et de charbon. A quoi ça servirait sinon, d’être Chat sauvage du Kansas, omnivore et tout le temps affamé ?

Puis il s’en alla ronronner d’aise ailleurs et l’auteur posa sa plume. Lui aussi était satisfait de cette variante dans laquelle le dragon n’a rien d’effrayant, Saint-Georges ne remporte pas la victoire, les animaux ne se font pas bouffer, enfin si mais pas tous et pas comme on s’y attend, et la population autochtone qui n’a rien demandé à personne peut continuer à fumer son calumet électronique (ou pas) en paix.

 

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1 février 2014

A qui faut-il s'adresser pour devenir Belge d'honneur ? (Joe Krapov)

La pire chose qui puisse arriver à un libraire est survenue. C’est une histoire qu’on pourrait mettre dans nos tablettes si les tablettes n’étaient pas elles-mêmes entrées dans l’histoire et n’avaient pas absorbé tout le contenu de l’échoppe tenue par ce couple de libraires suisses si bien apparié.

Sans que nul ne pipe mot, le monde du numérique s’est abattu sur eux à la vitesse de la vérole sur le Bas-Empire romain. Fin du papier, fini de ramer, les clients se sont fait la paire et, sans rime ni raison, se sont mis à aimer cette vamp avariée au sein refait à neuf : Miss Amazon, déesse impérieuse et impérialiste, parée des attributs de la modernité, des pantoufles de vair de Cendrillon au bal, fournisseuse officielle de bonheur dans le pré connecté du village mondial.

Habiter la Suisse ne préserve pas du malheur d’être chocolat. On a donc prié Rémi et Marie, nos libraires, de mettre la clé sous la porte, de plier boutique. Ils ont dû quitter leur repaire d’amoureux des livres, ont été virés comme des malpropres par le pape du mercantilisme qui, en prime, a transformé leur local dédié à la culture livresque en boutique de vente de smartphones. Mon Dieu ! Comme ce monde est âpre, qui vous prive d’un seul coup de ce qui vous rendait si humain, ivre de contacts, de partages, de repères communs avec tous ces clients devenus des amis.

Heureusement le maire de Bâle s’est ému de leur sort. Ila bien vu à la tête de la mariée et à la tronche d’intello binoclard du marchand de livres que toute reconversion était râpée d’avance pour eux, qu’il ne fallait pas penser les faire riper sur quoi que ce soit d’autre dans un monde où Nabila est une star et les Stentors disques de platine.

Dans sa ligne de mire, il y avait justement le « Zoo du dessous du réel » qu’il avait récemment inauguré.

- Vous y serez nourris, logés, blanchis, vous n’aurez rien à faire qu’être là tout le jour. Vous pourrez jouer au rami ou lire vos satanés bouquins ».

Il y a pire dans le genre : périr en mer, commettre un impair et se retrouver les quatre fers en l’air dans la prairie avec un troupeau de bisons qui vous passe dessus (ces bestiaux ne sont pas très futés). Alors Rémi et Marie ont accepté cette situation de pensionnaires du zoo de Bâle. Ils y ont pris leurs habitudes.

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(Cette illustration est signée Plonk et Replonk)

Quelquefois, pour se changer de la lecture et de la conversation à travers les barreaux avec les visiteurs en troupeau, Rémi va s’asseoir sur son pneu-rocking-chair avec une grille de mots croisés. C’est le cas aujourd’hui et bien qu’il ne pleuve pas, qu’il n’ait pas eu à mettre son imper, il sèche sur le 3 vertical.
- En six lettres, Marie ? « Bandard fou d’avant Moebius » ?
Marie vient se pencher derrière lui et elle lui répond :
- PRIAPE !
- Ah mais oui, bien sûr ! Comment ai-je pu ne pas y penser ? Est-ce que tu peux m’aider aussi pour le VI horizontal ? « Comte à dormir debout » ? J’ai pensé à « somnambule » mais ça ne rentre pas : il n’y a que sept lettres.
- Je ne vois pas pour l’instant. Mais tu ne la trouves pas bizarre, la solution de la grille de la semaine dernière ?
- Qu’est-ce qu’elle a ?
- Tous les mots ont l’air d’être composés avec les lettres d’un seul mot plus long.

Rémi observe la liste :
VAMP PIRE  EMPIRE VRAI VIRER VAIR VARIER PRIE PRIME MARIE APRE RAPE RIME RAME MARIEE REPAIRE REPERE PRE PIPE PAPE PARE MIRE IMPER PAIRE MAIRE PRIAPE PRAIRIE APPARIE PIPER RIPER RAMI ARRIVER MEME IMPAIR PAPIER AIMER PERIR AVARIEE AIME IVRE PRIVE AMI MER
- C’est quoi, ce truc ?
- Ce sont des dérivations de VAMPIRE et du coup j’ai trouvé ton VI horizontal. « Comte à dormir debout », c’est DRACULA !
- T’es trop forte, Marie !

Et, bien que Suisse, en remerciement, il lui chante une chanson belge du groupe Sttellla.

2 novembre 2013

Participation de Sergio

Ze participait pour la première fois au défi mais, quelle ne fut ma stupeur en lisant le sujet ce samedi.

Sa lecture me dézinguât et faillit me rendre zinzin. J’avais beau zieuter du haut de ma ziggourat et là-haut, au zénith capter le moindre zéphyr d’inspiration, écarquiller les yeux guettant tel un zélote un zeppelin zingué empli de zygotes neuronaux en attente de nombreuses segmentations littéraires.

Mais rien, zut et rezut, je restai perché, zinzinulant des cris d’oiseaux tel un zutiste zen.

J’aurai pu, tel un zanni tant le sujet me semblait zarbi, zapper, pester contre ces zigotos, ces zazous zélés qui nous prennent pour des zozos. Le sujet me paraissait si vaste que comme un zombie halluciné, j’avais des sur une plage de Zanzibar.

Déjà que ce samedi, après l’ouverture du courrier j’avais eu du mal à contracter mes zygomatiques. Les zétètes zélés de Bercy m’avaient envoyé une injonction. Ils voulaient me faire danser un zapateado à trois tiers payants. Je tentais de les régler en zloty, tout en zigzaguant. Mal men prit. Dorénavant fiché comme un zélote du troisième tiers, ployant sous ce zygo tel un zébu je zonais sans mon manteau de zibeline dans ma ZUP en bord de ZEP, au risque d’attraper un zona à la pensée que ces zoïles étatiques tels des zygènes facétieux puissent me dissoudre socialement dans leurs acides ‘céèsgétiques’ .

A l’instar de certains zoreilles belges j’envisageais de déclamer des zwanzés en zend au fond de bars enfumés de Knocke le zoute puis entre deux parties de zanzi combattre cette zizanie naissante avec le trésor dit public ( ??) en ingérant des pintes de zythum .Là enivré, gonflé de gaz zymotiques j’aurai sorti mon zizi afin de pisser dans une fontaine flamande. Penchant, tel à Pise je serai devenu un Manneken-pis zozotant, moi un zingaro authentique descendant direct du premier zinjanthrope zététique de Tanzanie..

Mais non, trêve de discours allez zou je me suis jeté dans le dico et, impatience du débutant j’ai trébuché et après une chute vertigineuse de AHHHHHH !! à Z me suis retrouvé tout au fond, au niveau zéro, enchevêtré dans les multiples pattes de la lettre Z.

Je ne m’en suis sorti qu’en m’agitant tel un zoïde frénétique englué dans cette zooglée de   Z.

Merci les Z.

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15 juin 2013

Critique Dramatique Ambulant (Joe Krapov)

Quand reviennent les beaux jours dans la ville que j’habite, je me remets à exercer l’improbable métier que j’ai toujours rêvé de faire : critique dramatique ambulant (CDA). Je monte dans le bus avec un pliant de camping à la main et je vais écouter « La Traviata » sur écran géant place de la Mairie à Rennes. Je vais découvrir un quatuor de musiciens inconnus, le Gribi quartet,  et faire partie, en fin de leur concert, d’une chorale improvisée qui entonne avec eux des ragas indiens et des chants de griot africain. Bientôt je planterai ma tente au camping de La Flèche (Sarthe) pour retrouver « Les Affranchis ». Dimanche dernier, le CDA que je suis a fait sept kilomètres à bicyclette pour aller voir des spectacles en plein air. Vous auriez pu le reconnaître à son sac à dos d’où dépassait une pompe à vélo et à son casque de cycliste pendouillant par-derrière le sac. Merci en tout cas au journal « le Défi du samedi » de bien vouloir publier ce compte-rendu de randonnée culturelle quelque peu déjantée mais pas trop : « On fait ce qu’on pneu comme disait mon confrère Paul-Louis Mignon à son pote Henri III ».

Tout le temps de la semaine me semble un monde cafardeux, noyé de chagrin, de boulot, de quotidien subi, de peines de prison pour le cœur. Quand on a besoin d’oseille, une vie à gagner, on se trouve trimballé du lundi au samedi sans entrain. Bien meilleur est le dimanche, plein de renouveau, de bonheur charmant, de merveilles, de chansons et d’oiseaux.

Même parmi la foule du festival Robinson à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) on revit, seul au monde ou presque, l’aventure de l’île au trésor. Amarrée au bord de l’eau du canal d’Ille-et-Rance la péniche-spectacle de M. Charbonneau sert de point de ralliement. C’est qu’on va cavaler, pendant les heures qui viennent, de la cale Robinson au jardin du moulin, traverser la grande pelouse, emprunter la passerelle pour aller du côté cour au côté jardin.

Que retenir cette année de ce bon vieux festival Robinson ? Tout ou quasiment tout ! Mais puisqu’il faut choisir de vous raconter un seul de ces spectacles de théâtre de rue, avouons le faible éprouvé pour le « Prince à dénuder » de la compagnie Ocus.

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Aurais-je été séduit par l’entregent de la comédienne, par les côtés charnels de son désir de prince charmant, par sa voix chaude et sa science de l’escrime ou de la descente de petits verres ? C’est possible : un rien m’émoustille pourvu qu’il soit femme ou fille, violoniste irlandaise, danseuse bretonne ou même cantatrice grecque jouant une fille perdue à cheveux gras dans un opéra italien adapté d’un roman français à flanquer la tuberculose à plus d’un effeuilleur de marguerite.

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Mais le prince qui viendra, qui arrive au galop, qui déboule sur le terrain herbeux de la séduction cavalière, il faut bien avouer qu’il n’est pas mal non plus. Comme le dit la notice du spectacle-médic-amant « le prince est charmant, il sent bon, il joue de la guitare comme un dieu, il fait des poèmes sous la lune et il a les dents qui brillent ". Alors pourquoi cela ne marche-t-il pas entre ce clone moyenâgeux de Gatsby le magnifique et cette Blanche-Neige transfigurée par les messages du MLF que les corbeaux du coin ont portés jusqu’en son château de carton-pâte ?

Pourquoi nous ravit-il, ce « spectacle de rue pour une princesse, un prince, une guitare et un cheval moche » ? Parce que c’est du cinéma en vrai, et du grand et que tout y passe ! Dès l’arrivée de l’homme sur son cheval de son on pense aux « Visiteurs du soir » et la guitare électrique semble Garance-tir à qui guette des tonneaux de Satisfaction. Quand elle lui commande une suite de sérénades en les appelant par leur numéro dans la liste, c’est le juke-box d’American graffiti réinventé à sauce troubadour-trouble amour : Mel Brooks revisite le temps à coups d’anachronismes et tout le dernier siècle en chansons défile car on entend Brassens, Renaud, Vassiliu, Bob Marley, Sanseverino et même Gilbert Bécaud. 

Mais lesdits bécots attendront car le western a commencé ! Il l’a traitée de tarte et sur le jardin du moulin Laurel et Hardy sont apparus, Mack Sennett macule la saynète, l’entarteur belge frappe encore – Tiens voilà du Godin, du badin, du gadin et la mousse à raser, à défaut d’épinards, jette un froid entre Olive et Popeye. Ca ne va pas toujours de soi, d'aller de conserve !

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On fera très vite d’une rapière deux coups et on se retrouvera dans Scaramouche avec des bleus à la lame comme à l’âme avant que d’un épithalame elle ne finisse par avouer son feu (Ocus !) de sorcière de Salem à ce salaud d’homme.

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Je passe sur la scène du mariage qui rappelle par trop les malheurs de Marilyn M. Epouser un boxeur, un intellectuel ou un employé de Meetic, c’est toujours découvrir que le prince charmant vous préfère un beau jour la galette-saucisse, la bière devant le foot et le manque de romantisme absolu avant la prière du soir sur la route de Memphis.

 

Alors, Castafiore castratrice, matriarcale Bretonne de Saint-Germain-sur-Ille, Claire Laurent épingle Benoît Bachus – bravo à tous les deux – parmi les têtes de nœuds papillons qui se castagnent à perdre la raison aux alentours du parc des princes et le finale est beau comme dans le « Docteur Jivaro ». Les comédiens peuvent venir saluer. Tout ça c’était pour rire et on a bien ri. Le public sait bien que dans la vraie vie les gens s’aiment, s’épousent, ils sont heureux longtemps et ils ont beaucoup d’enfants. C’en est au point qu’en lieu et place du bonheur, il faudrait nationaliser le mariage pour tous !

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Fasse le ciel que ces parents modèles emmènent encore longtemps leurs moutards - qui me montent parfois au nez – à ce genre de festival. Ces spectacles font mon bonheur et en revenant à Rennes sur le vélo pourri qui me sert de cheval moche, je me suis pris moi aussi à fredonner « Un jour mon prince viendra » puis j’ai pensé que la veille, en centre-ville, 3000 personnes ont défilé pour la marche des fiertés homosexuelles.

On fait de drôles de rapprochement quand on se promène au bord de l’eau ! 

C’est sans doute qu’en bullant, le critique est parfois dramatique !

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25 mai 2013

Je ne peux rien vous refuser (Joe Krapov)

- Vous avez reçu un nouveau message ! dit mon ordi.

Je regarde le nom de l’expéditeur ! C’est l’ordi du Défi du samedi qui me dit :
- Dis donc, Joe Krapov, il y a longtemps que tu ne nous as pas gratifiés d’une chronique en 23 lignes !

Comme je n’ai rien à refuser aux ordis – ils me permettent de gagner ma croûte ! – et que je suis un peu maso je me suis exécuté. J’ai tiré.

J’ai tiré mon portrait de « dromomane »car, je l’ai appris cet après-midi chez Madame Wikipe, en plus d’être iatrophobe je suis aussi dromomane ! Comme si bercé trop près du mur ne suffisait pas !

DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU ET DE MOI-MÊME

23 lignes pour me transformer en promeneur solitaire et réécrire les Confessions de Jean-Jacques Rousseau en 55 minutes ? Mais on me demande l’impossible, là !

On m’objectera bien sûr que je suis né le même jour que l’amateur de fessées d’Ermenonville. Cependant, du côté de ses artères, il a quand même deux siècles au moins de plus que moi. C’est selon que vous me donnerez vingt-quatre ou quarante-huit ans.

jj rousseau 2

Plus personne n’aime Jean-Jacques Rousseau de nos jours. Chaque fois que Gavroche se casse la gueule par terre, il dit que c’est la faute du philosophe genevois. Jérôme Cahuzac quant à lui reproche à Voltaire d’avoir vendu du saucisson en promotion mais dans ce double dix de chute dans le ruisseau c’est quand même le PS qui glisse sur une andouille, non ? Doit-il revenir à l’Assemblée, le chirurgien capillaire à cause de qui les planqueurs de fric se font des cheveux ? Les avis sont partagés. Il y a 59 millions de gens contre et cinq gars pour. En tout cas, si vous avez le projet de faire des enfants, ne les prénommez pas Jérôme : entre Cahuzac et Kerviel, c’est un prénom qui prédestine à la déchéance. Ou alors faites comme Rousseau, abandonnez-les en chantant du Brel : « Adieu l’Emile, je t’aimais bien, Adieu l’Emile je t’aimais bien, tu sais. C’est dur de mourir au printemps Mais la belle Héloïse m’attend J’espèr’ qu’tu t’trouv’ras une maman ».

(L'image ci-dessus empruntée au talentueux M. Kichka)

Revenons donc à nos promenades solitaires, à mes exercices de botanique et à mes prétendues rêveries hors du monde. Je suis désolé, messieurs Dames mais j’ai beau me moquer à longueur de semaine de Frigide Barjot et Christine Boutin, je ne suis pas pour autant un militant de la cause homo ou autosexuelle. A preuve je viens de célébrer cette semaine un nombre rond d’années de marr(i)age avec une native du bélier ascendant sagittaire. C’est dire si, astrologiquement, je pourrais mettre ma main aux feux de l’amour et parier que je ne suis pas l’ami Zanthrope de Molière et Boby Lapointe.

Simplement, lorsque je marche, j’ai la drôle de démarche du curieux de nature, l’œil de l’observateur et l’esprit du poète-photographe. Cela m’isole des troupeaux de randonneurs-tchatcheurs que l’on croise partout en Bretagne ou sur le chemin de Saint-Jacques à la noix.

Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, qu’il me soit permis d’avouer que j’aime, c’est vrai, la coquille, cette brioche du Nord avec deux têtes de Jésus aux extrémités et aussi cet oubli du typographe qui trouve son paroxysme voire son abyme lorsqu’il s’applique au mot « coquille ». Mais je préfère encore marcher dans l’île d’Yeu de La Croix au port de La Meule en ayant laissé tout le monde derrière moi. Eh bien oui, cela, foi de randonneur bien chaussé, c’est vraiment le pied !

A longer la mer bleue sur le petit chemin en haut de la falaise, à se faufiler entre les bosquets d’ajoncs, à surplomber le petit port où les barques sont endormies, à revoir la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle étaler sa blancheur dans un décor de Côtes d’Armor – du bleu, du blanc, du vert – à découvrir au loin une créature endormie sur le bord du sentier au-dessus des vagues qui se fracassent dans la crique en contrebas, on se sent comme Adam découvrant Eve dans le journal qu’a tenu l’écrivain Mark Twain de cette rencontre des origines.

Remercions ces braves ancêtres et tant pis si, de votre avis, ni Rousseau ni moi-même ne remplissons le contrat social. Si l’ordre des choses établi exige que l’on détienne un compte Facebook, un Ipad, un Iphone, un abonnement à Canal-Plus-de-chaînes-encore-que-tous-les-autres, le goût de faire la queue dans la nuit froide à l’Apple-store ou sous la pluie pendant trois heures pour une expo au Grand Palais, que l’on ait envie de bastonner les supporters de foot de l’équipe d’en face ou celle de frauder le fisc parce que tout le monde le fait, alors oui, tout comme le Jean-Jacques, je suis un dangereux asocial !

Voilà. Tout est dit et je ne puis que plaindre mes enfants : je ne les ai hélas pas abandonnés et il leur faut, parmi leurs gènes, faire le tri entre les côtés « grand tragique breton » du côté familial maternel et l’héritage « imbécile heureux » de la famille de papa !

Ils feront un tri… sélectif, bien sûr ! Pendant ce temps-là je continuerai de le faire de mon côté – en Suisse, comme
J.-J.- R. – en chantant du Brassens :

« Tout est bon chez elle, y’a rien à jeter
Sur l’île déserte il faut tout emporter ».

 

13 avril 2013

Des chats qui parlent (Joe Krapov)

 

pif et hercule

23 lignes pour imaginer que les chats parlent ? Mais on me demande l’impossible ! Pourquoi imaginer que nos amis félins sont doués de parole puisque c’est déjà la réalité ? Depuis tout ce temps qu’on pose des devinettes Carambar et que certains répondants donnent leur langue au chat, il était bien normal que l’animal préféré des blogueuses s’en empare et l’utilise à son tour !

Le premier chat parlant que j’ai connu s’appelait Hercule. Propriété de Tonton Césarin et de tata Agathe, il n’avait de cesse de pratiquer le bourre-pif avec le chien de ses maîtres nommé Pif dans les pages de l’illustré Vaillant.

Dans le Journal de Mickey un autre chat parleur (chat-pardeur ?) s’appelait Pat Hibulaire.


Comme tout le monde j’ai eu droit à l’histoire du Chat botté de Perrault, sans doute bien oublié des enfants d’aujourd’hui au profit du Chat Potté de Shrek et j’ai croisé bien sûr avec Alice le chat du Cheshire. Je ne relancerai pas ici le débat sur une autre domiciliation de cet animal à Chester car je n’ai pas envie de faire tout un fromage avec ça !


Oublions Tom et Jerry, Titi et Sylvestre (ou Grominet), Garfield, Félix le chat, Krazy kat d’Herryman et le chat du rabbin de Sfar. Je les connais tous de nom mais ils ne figurent pas dans ma bibliothèque.

Arrivons-en à Fritz the cat, de Crumb, qui fit gentiment scandale avec sa baignoire à partouzes !


Puisque nous sommes rendus au cinéma, retournons chez Tonton Walt pour mentionner aussi ses Aristochats et passons ensuite aux chats de la chanson. L’animal est si expressif qu’il n’a pas besoin de parler pour devenir le sujet central de maintes bluettes. Cela va d’ "Il était une bergère » au « Chat de la voisine » d'Yves Montand, de « La queue du chat » des Frères Jacques à la « Mi-août tellement plus romantique » de Ray Ventura sans oublier « la Mère Michel qui avait perdu son chat » et sa fameuse réplique : « Je l’ai cuit ! L’eusses-tu cru, mon lapin ? ».

Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, j’ai choisi de vous interpréter une chanson de Fréhel, « Un chat qui miaule » que Renaud – le petit chat est mort ! - avait popularisée en la reprenant sur son album « Le p’tit bal ».
Cette chanson nous démontre à quel point, doué de parole ou pas, quoi qu’en disent ses millions de fidèles qui inondent M. Google d’images de chatons dans toutes les positions, le chat est un animal dangereux… au moins, ici, pour un rat d’hôtel qui sévit à Neuilly.


Pour démontrer la dangerosité de cette bête, j’ajouterai, dans la série « Religions de tous les pays, unissez-vous pour embêter les pratiquants sexuels de tous bords sous la houlette de l’Imam Pavrément, de Frigide Barjot et de Christine Boutin », qu’il ne faut jamais oublier ceci : à la fin de l'histoire Jésus est descendu par Minou !

 

P.S . J’ai oublié "le Chat noir" d’Aristide Bruant et "le Chat" de Geluck mais lui j’entrave que nibe à ce qu’il jacte vu qu’il baragouine en belge !

6 octobre 2012

Putain de Brouillard (SklabeZ)

 

Dans une atmosphère déjà très enfumée, l'autoradio K7 Philips crachote "Laisse-moi t'aimer", une rengaine de Mike Brant.

Au volant, une gitane au bec, Vévé est concentré sur le faisceau des phares éclairant la route. 

À la place du mort, Bruno, complètement affalé dans son siège, les pieds sur le tableau de bord... il s'en fout, c'est pas sa caisse. 

Entre les deux, juste au-dessus du frein à main, Mado est en position très inconfortable, une fesse sur le bord du siège chauffeur et l'autre sur le siège passager. Pour ne pas gêner Vévé dans sa conduite, elle s'est penchée et appuyée sur Bruno. Bien appuyée, même. Elle aime bien titiller et exciter les garçons, Mado est une rapide. D'habitude, il démarre au quart de tour, le Bruno, mais là, il ne réagit même pas, encéphalogramme plat… il cuve ! Faut dire qu'ils ont un peu picolé.
 
Sur la petite banquette arrière, Lucette et sa belle jupe blanche, Jacky, au milieu, avec son éternelle bière à la main et Marie-Lou en extase, écoutant la musique et buvant les paroles de son chanteur préféré, c'est elle qui a apporté les cassettes.
 
Les retours de bringue sont parfois difficiles, il doit bien être deux ou trois plombes du mat' et il leur reste encore un bout de route à faire. Dans cette campagne légumière toute argentée par la pâle lueur de la pleine lune, la petite Fiat taille la route… façon de parler. Avalant les côtes avec difficulté et reprenant un peu de vitesse dans les descentes, elle se traîne sur la départementale.
 
De sa main droite, Jacky tente une avancée prudente et effleure la cuisse de Marie-Lou. Bon, ça va ! Il n'a pas pris de baffe et pourtant elle a la main plutôt leste, Marie-Lou. Les yeux mi-clos, fredonnant les paroles, elle dodeline de la tête au rythme de la musique. Elle semble apprécier.
 
Comme s'il se doutait de quelque chose, Vévé lève régulièrement un œil suspicieux sur le rétro pour surveiller sa Marie-Lou, mais il ne voit rien. Ses yeux lui piquent... la fumée probablement. Il repose sa clope. Une odeur de caoutchouc brûlé envahit l'habitacle.
« Oh non, les gars, vous déconnez là ! Qui a foutu un préservatif dans le cendrier !? »
Vévé est énervé : « Ouais, c'est vrai quoi ! Un peu de respect ! On voit bien que c'est pas votre bagnole, vous n'avez plus qu'à dégueuler dedans tant qu'on y est ! À ce train-là, elle n'est pas près de me reprêter sa tire, ma frangine ! Tiens Mado, rallume-moi une gitane ! »
 
Derrière, tout le monde s'en fout. Marie-Lou continue de chantonner et Jacky nous a fait un truc incroyable, il s'est séparé de sa bibine ! Posée sur le plancher, il la maintient précieusement entre ses Clarks à semelle polyuréthane. S’il s’est débarrassé de sa canette, c’est pour une noble cause. La main droite, toujours occupée chez Marie-Lou, il entreprend maintenant, de sa main gauche toute poisseuse, une exploration en règle de la belle jupe blanche de Lucette.
 
Le brouillard a fait son apparition et Vévé écarquille les mirettes pour mieux voir.
« T’es sûr que ça va, Vévé ?  s’inquiète Mado. Je peux conduire si tu veux ! 
- Fais pas chier ! » dit-il en jetant sa gitane par la fenê…
Le con ! Il a oublié de baisser la vitre. Dans une gerbe de cendres incandescentes, la clope lui revient en pleine poire et tout s’enchaîne alors rapidement. La voiture fait deux petits tonneaux, se rétablit et se met à dévaler la descente…sur le toit. 

Dans un bruit métallique étourdissant elle n'en finit pas de glisser et, telle une comète, elle est suivie d'une longue traînée d'étincelles provoquée par le frottement de la tôle sur le bitume. La tête en bas, au ras de la route, Lucette ne perd pas une miette du spectacle son et lumière. Vévé s’écrie : « Putain ! la peinture ! la peinture du toit ! qu'est-ce qu'elle va dire ma frangine ! »
 
Après cette glissade qui semblait interminable, la voiture finit sa course dans un champ de choux-fleurs. Le bruit assourdissant a fait place à un grand calme. Les six occupants, la tête en bas et un peu sonnés, ne disent rien. On entend juste Mike Brant qui continue de chanter et le tic-tic-tic-criiiii du grincement d’une roue qui finit de tourner dans le vide. Le pare-brise et la lunette arrière ont été éjectés et des mottes de terre humide ainsi que des feuilles de chou ont été projetées partout dans l’habitacle, finissant de saloper la belle jupe blanche de Lucette.
 
Bruno ne s'étant même pas réveillé, il a fallu le secouer... ensuite, un par un, ils sortent à quatre pattes par la lunette arrière. Vision insolite sous le halo blafard de la lune, on aurait dit une troupe de marcassins sortant d'un taillis, à la queue leu leu.
 
Bruno s'est vite rendormi entre deux plants de choux et Marie-Lou, à genoux près de l'ouverture du pare-brise se contorsionne pour essayer de récupérer son Mike Brant dans l'autoradio qui marche encore. Debout dans la gadoue près de l'épave, avec la boue débordant de leurs orteils, Mado et Lucette, talons aiguilles à la main, essaient de calmer Jacky. Il est furax, il n'a pas retrouvé sa bibine.
 
Vévé lui, est dépité ! Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir dire à sa frangine ? Sa frangine qui après lui avoir fait jurer qu'il en prendrait grand soin, avait consenti à lui prêter sa première voiture, sa Fiat 850 toute neuve, dans laquelle elle avait mis toutes ses économies.
 
Putain de brouillard !
 

24 décembre 2011

Sur la défensive (Joe Krapov)

On m’a fait cadeau d’une vie.

Elle est petite et étriquée

Car je ne suis pas autre chose

Qu’un personnage de Sempé ; 

Mais surtout je la remplis bien.


J’en tire grand Amusement

Et je redistribue toujours,

Sous forme de rires et de sourires,

Grâce à ma lyre et mes délires,

Tout l’Amour que l’on m’a donné :

Cela me crée des Amitiés.

 

Amour, Amusement, Amitié :

Celui qui viendra dégrader

Mon triple A est prévenu :

Je ne lui ferai pas de cadeau

Et je lui botterai le cul !


DDS173 Père Noël

 

Et sinon, bien sûr, Joyeux Noël à toutes et à tous !

10 décembre 2011

RÉSUMÉ DU JEU DE L'HUMOUR AU HASARD (Joye)

Tout d’abord, on tire trois coups (dans la tête du lecteur) et la pièce commence (à nous énerver).

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ACTE LE PREMIER (mais pas le dernier, hélas)

Silvia ne veut pas épouser Dorante sans le connaître (parce qu’elle a peur que cela soit une autre nénette, après tout, Dorante, c'est pas un prénom de pouffe ?). Donc elle envoie sa femme de chambre dans sa place, à savoir Lisette (parasite qui ronge les bourgeons de la vigne).

Mais les grands esprits se rencontrent (ailleurs que dans cette pièce) et Dorante s’habille en valet (qui s’appelle Bourguignon car c’est un beauf - beauf bourguignon, vous connaissez, non ?) pendant que son serviteur Arlequin (qui deviendra plus tard chef d’une grande maison de rédaction) pour se présenter. Monsieur Orgon (qui a inventé le Wurlitzer, d’où sa fortune) et son fils Mario (non, pas celui qui a inventé le jeu vidéo, c’est l’autre) sont au courant de ce qui se passe (au contraire du pauvre lecteur).

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ACTE LE DEUXIO (car jamais deux sans toi, hein ?)

Dorante et Silvia sont consternés de se retrouver séduits par des pauvres ploucs ignobles (bonjour les troussages de domestique) et les pauvres ploucs ignobles commencent à se prendre pour des grosses légumes (leur séduction mutuelle faisant le pois). Dorante, ne pouvant plus, se dévoile, au grand soulagement de Silvia (qui, elle, garde son burqa, l’histoire de voir comment tout va se dérouler, n’ayant pas lu la pièce jusqu’à sa fin pour savoir).

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ACTE CRIMINEL  LA CROTTE (the turd en anglais) :

Silvia tient à faire souffrir Dorante, ce sera la preuve de son amour (mais pas du sien) s’il abandonne la chipie friquée (elle-même) pour épouser la fausse femme de chambre (elle-même encore).  Mais le coup n’est pas réalisé avant que son frangin Mario (le super Mario Brother) l’aide à rendre jaloux ce stupide Dorante (ignorante). Ce n’est qu'à la nuit de noces où Silvia se dévoile, et là, ce sera trop tard pour sa proie (la poire). Arlequin et Lisette, eux, s’aimeront aussi, mais sans sous, et donc moins heureux que les deux pauvres riches.

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ACTE IV

Il n’y en a pas (ce sera donc un acte manqué).

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16 juillet 2011

Les yeux verts de Mélusine (Mamido)

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Elle portait sur toutes choses et toutes gens un regard vert et insondable qui impressionnait, jusqu'à l’inquiétude parfois, ceux qui nous rendait visite.
Elle aimait s’installer en hauteur et dominer la situation de son regard pur et inquisiteur, afin, j’en suis persuadée, d’être parée à toute éventualité et pouvoir prendre le champ nécessaire en cas de danger.

On la trouvait donc installée dans une des niches du buffet de la salle à manger… pas n’importe laquelle, bien sûr, mais celle qui, de par sa situation stratégique proche de la porte fenêtre [elle pouvait l’atteindre d’un bon] lui permettait d’échapper à ce qu’elle jugeait dangereux pour elle.

La plupart du temps, son fameux regard vert suffisait pour tenir à distance ceux qui ne lui étaient pas familiers. Pour faire bonne mesure, elle y rajoutait la pose immobile du sphinx, une attitude affectée mais élégante, poils minutieusement lustrés et queue épaisse arrangée avec raffinement autour d’elle. Tout ceci suffisait normalement à inspirer crainte, respect et admiration à ceux qui la rencontraient.

A ceux qui, téméraires ou inconscients, ne tenaient pas compte de ces signaux pourtant loquaces et osaient tout de même s’aventurer et empiéter trop avant dans son espace personnel, elle lançait des avertissements plus explicites. Un frémissement imperceptible de son long pelage soyeux et tigré, une brève agitation du museau, des moustaches et des oreilles, un léger mais impatient battement de la queue et… un lent rétrécissement  des yeux accentuant encore la menace de son regard de jade.

Et si l’aventurier sans cervelle persistait dans son avancée improbable, elle amorçait un feulement rauque et crescendo qui se terminait par un soufflement puissant, lancé avec une rapidité inattendue, en même temps qu’une patte aux griffes acérées.

Face au retrait stratégique de l’ennemi  rendu à plus de prudence, elle reprenait sa pose hiératique, comme si rien ne s’était jamais passé mais elle continuait à suivre du regard ses moindres mouvements avec vigilance. On n’est jamais trop prudent avec ces humains imprévisibles.

Avec ceux qu’elle connaissait et appréciait, son regard vert se pailletait d’or, sa pose s’alanguissait, son corps s’offrait aux caresses… et son ronronnement se faisait quelquefois si intense qu’on aurait dit celui d’une chaudière !

C’était une chatte de gouttière, mâtinée d’angora… Elle portait le nom d’une fée, Mélusine. Depuis quelques années déjà, elle a fermé les paupières sur son regard de velours vert et nous a quittés pour se retirer dignement au paradis des chats.

2 avril 2011

Sandwich (Walrus)

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Il y a des moments dans la vie où il faut savoir s'éclipser avec dignité.

Pourquoi ?

Ben, là, vous ne la voyez que de dos, la belle Hélène, ça donne moins de sel à la plaisanterie.

Vous comprendriez mieux si vous la voyiez de face !

Cet air supérieur, hautain, dominateur.

Cette certitude affichée d'être la plus belle fille de l'école, du patelin même !

Elle me gonfle avec ses grands airs !

Alors moi, la petite binoclarde de sa classe,

Celle dont les jambes maigrichonnes et les petits seins en poire font rire,

Profitant de la lanière invisible de son string,

J'ai collé, premier avril oblige, le traditionnel poisson (rose) aux fesses de son altesse.

C'est sûr qu'elle va faire une entrée remarquée à la piscine.

Un malheur, je vous dis !

Les copines me raconteront.

Parce que moi, je me tire...

Il y a des moments dans la vie où il faut savoir s'éclipser avec dignité.

13 novembre 2010

Défi #123 (Venise)

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Une incompatibilité sourde m’unissait à ce torche cul
Ses grivoiseries que je ne comptais plus pillaient mes terres et mes héritages.
A ma silhouette gracile venait me rejoindre sa corpulence obscène.
Il n’avait de glorieux que sa difformité, alors que ma frêle apparence s’estompait dans le jour.
Il avait un humour qui lui faisait cacher son argent dans le cul d’une mule pour duper les idiots et leur faire croire qu’elle déféquait de l’argent pour leur vendre le bestiaux à prix d’or.
J’écoutais lasse ses tours de passe-passe alors que mes doigts gantés sur le dos de la harpe frissonnaient de plaisir.
A Vérone pourtant sa vivacité d’esprit suppléait chez lui à la beauté.
Lorsqu’il parlait, semblaient autant de marmites cuisant à gros bouillions.
Mon charme passait pour de la coquetterie, ma séduction pour un pouvoir néfaste, ma poitrine de cigale ne remplissait pas ces mains de géants.
La médisance enflait dans le royaume.
A quoi donc ressemble cette union ?
Regardez son regard, disaient les médisantes de ma personne. Ses yeux reflètent des choses inconnues.
Que produira cette union ? Un étrange enfant moitié carpe moitié lapin.
A la place des bras de petites branchies, l’enfant respirait comme une huître.
A sa naissance il se mit tout de suite à hurler. Il courait de ci de là dans tous les coins.
Mais des femmes heureusement expertes le saisirent par ses oreilles de lapin, se jetèrent sur lui et l’étouffèrent.
Dans sa sagesse la nature soupire d’aise.
L’inconciliable n’a pas d’union féconde.

25 septembre 2010

Monologue du jardin (Walrus)

Bonjour ! Depuis que je suis dans ce parc, les visiteurs m’ont baptisé “Néron le héron”. Je comptais bien profiter de cette erreur pour vous tenir un discours de circonstance commençant par “Héron, héron, petit patapon”, mais un Breton célèbre (voir les comms) m’a coupé l’herbe sous les pieds (ce qui est bien un comble dans un parc !)

Du coup, je ne suis plus à prendre avec des pincettes et je suis déterminé à faire éclater une vérité dont je m’étonne qu’elle puisse être si facilement cachée au commun des mortels (vous voyez de qui je parle, hmmm ?)

“Néron le Héron” ! Vais t’en foutre, moi ! Tant qu’ils y étaient, si on regarde bien, ils auraient pu me baptiser “La pelle du cul”, ça aurait eu l’avantage de m’offrir un petit côté poupounesque.

(NDLR : je vous ai dit combien j'aime Poupoune ? Pas de digression dites-vous ? Bon !)

Non, mais regardez-moi bien...

C’est évident ! Ça se voit comme le bec au milieu de la figure, non ?

Allez, un petit effort...

Vous l’entrevoyez enfin, la vérité vraie ?

Oui ?

C'est pas trop tôt, (z'êtes pas trop gâtés côté matière grise dites-moi...)

Ça vous scie, hein ?


shadok

9 octobre 2010

Roucoule, racole (Séb B)

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source : http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2007/10/01/prostitution_h192.jpg

Roucoule, racole...

Dans ce ciel irisé d'or ou de pics d'ozone

Alouette, tu pars, le gosier tout gonflé

De rire et de terreur, nue comme l'Amazone

Qui trahie par la Ville exhibe aux mal-famés

De jeunes mélodies

Pour un peu de sursis

De farouches épaules

Pour échanger son rôle

Et tu vas saluer le jour renouvelé

Après ta nuit de rouille au bord de gros trapus

Dans le matin froissé comme un espoir gâté

Et d'une aile sans phare on te jette à la rue

De jeunes mélodies

Pour un peu de sursis

De farouches épaules

Pour échanger ton rôle

12 juin 2010

Dé... Déé... Dééé... Dégrafe ! (Walrus)

willem... Ai-je réussi à articuler alors que ma tronche prenait déjà des reflets d'améthyste.
Mais elle est sourde, ma parole !
Elle a des sablières au fond de ses esgourdes.
Bon dieu, je crois jouer dans un remake des seins de glace.
C’est minéral, la glace ?
Y a à boire et à manger me direz-vous.
À quoi on pense quand même « in articulo mortis ».
Tandis que mille petits diamants brillent sous mes paupières closes et que les rubis des pétéchies constellent la peau de mon visage, je pense à ce crétin de Baudelaire et à sa géante.
T’en foutrai, moi des « à l’ombre de ses seins » .
Y manque pas d’air le salaud, tandis que moi…
Dégrafe, bordel !
J’essaie de crier mais je peux juste penser, j’ai le gosier comme passé à l’émeri.
Et l’autre qui continue à essayer de faire entrer deux Mont Blanc dans de ridicules bonnets E.
Et côté douceur, je te dis pas, y sont en granit ses roberts.
Je vais finir broyé dans une faille et j’suis même pas alpiniste.
Non, pas penser « t’avais qu’à pas grimper si t’es pas alpiniste »
Si j’ris, je meurs ! J’suis pas dans la mélasse, ou le bitume, c’est pareil, ça poisse.
Remarque, si j’ris pas, je meurs aussi.
Alors… mouaaaarf !

14 novembre 2009

Suite de Tiphaine (Joye)

Chapitre LXVII (Tiphaine)
Le plaisir ne dure qu’un temps.
Akinisi et Anosmik étaient étendus, comme sans vie, ils regardaient le ciel.
Cette planète était étrange et ne ressemblait guère à la leur.
L’herbe rose, le ciel orange et jusqu’à ce soleil aux rayons bleus ne cessaient d’émerveiller la jeune voyageuse.
Son compagnon, lui, essayait de calculer l’éternité que devrait leur prendre le trajet retour.
Akinisi : Regarde ! Mon amour ! Comme ils sont beaux ces nuages !
Anosmik : Oui, oui…
Akinisi : Oh ! Vise un peu celui-là ! On dirait notre fusée !
Anosmik : Moi je trouve qu’on dirait une bite…

Akinisi : Pffff… Tu ne comprends vraiment rien à la poésie du monde, toi… Oh ! Tu as vu le gros nuage là-bas ? Regarde ! Tu ne trouves pas que ça ressemble à un de ces angelots joufflus qu’on voit dans les vieux livres ?

Anosmik : Hum…

Akinisi : Quoi ?

Anosmik : Rien, rien…

Akinisi : Mais si, vas-y…

Anosmik : On dirait juste une grosse paire de fesses, c’est tout.
Akinisi se leva rageusement et fit mine de s’en aller. Anosmik ne dit rien. Il avait la rage profonde mais discrète. De même que la douleur.
Relevant la tête, il aperçut au loin l’adversité. Comme tous les soirs, elle tissait… Voulant se rattraper de sa précédente maladresse, et peut-être motivé par le fait que cette romantique personne était la seule du sexe opposé à des années lumière à la ronde,  il interpella courtoisement sa compagne qui s’éloignait à présent :

- Mignonne ! Regarde l’adversité tout là-bas ! Que te semble-t-elle tisser, ma douce ?

Akinisi scruta l’horizon un long moment, puis déclara pensivement :
- Desseins… de noirs… desseins…

Perplexe, Anosmik se rembrunit soudain.

Il ne comprendrait décidément jamais rien aux femmes…

Et la fin, par Joye…

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3 octobre 2009

Insomnie soit qui mal y pense (Joe Krapov)

Un appartement dans Rennes aux alentours de 22 heures un soir de la semaine. Tandis que son épouse dort à ses côtés d’un sommeil qu’il veut bien croire du juste, le professeur D. qui vient de se coucher tend l’oreille, comme aux aguets du moindre petit bruit dans la maison. Ce soir, il va être servi.

A l’étage au-dessus, cela ne tarde pas. Ce dragueur de Ludovic a encore ramené une conquête dans son appartement. Elle a un rire perçant et des talons aiguilles du genre pique-choux, la donzelle. Blong ! Blong ! Froutch ! Froutch ! Glousse ! Glousse ! Frétill ! Frétill ! Gliss ! Gliss ! Ils en sont à la phase jadis si bien chantée par Juliette Gréco. Les éclats de voix ont cessé et le professeur pourrait presque s’endormir mais il sait ce qui l’attend. Et voici donc les bruits familiers qu’il écoute avec une imagination fertile et surtout la science étendue de ces choses-là qui sont le fait de sa profession.

- Zboïnk ! Zboïnk ! Zboïnk !

- Le missionnaire du Zimbabawé ! Début on ne peut plus classique !

- Zbounk ! Zbounk ! Zbounk ! Ploïnk ! Han !

- L’entrée de Charles le Chauve en sa bonne ville de Bures-sur-Yvette ! On n’y coupe pas ! C’est un enchaînement naturel. On peu préférer celle de Gilles de Rais à Jouy-en-Josas mais c’est selon les goûts, hein !

- Klipah ! Klipah ! Klipah ! Klipah ! Schlak !

- La brouette japonaise à la fleur de jasmin ? Déjà ? Ah oui, c’est vrai, ça vient là ! Un peu voilée, la roue de la brouette, on dirait !

- Skouiz ! Skouiz ! Skougi ! Skougi ! Bong ! Aïe !

- La levrette de Bergerac ! Mais qu’est-ce qu’il a fichu ? Il a pratiqué trop près du mur, cet idiot !

Ludo le dragueur est vraiment un bon élève, sans doute le meilleur de ceux à qui le professeur D. a enseigné son art. C’est très drôle qu’il soit venu habiter dans l’appartement au-dessus du leur et c’est très drôle de retrouver mise en pratique avec autant de fidélité la leçon n° 25. Le professeur se demande s’il va oser pratiquer…

- Schlipa ! Schlipa ! Schlipa ! Schlipa ! Mmmmh ! Schlipa !

- Le diplodocus dans son pâturage du Marais poitevin ! Oui, il a osé le faire ! Alors, là, bravo Ludo !

Le professeur est à deux doigts d’applaudir la prestation et il se retient à cause de son épouse mais celle-ci se tourne justement et gromelle :

- Ils n’ont pas bientôt fini leurs cochonneries, là-haut ? Il y a des gens qui ont envie de dormir, ici !

- Mais… Vous ne dormiez pas, Marie-Valérie ?

- Sigismond, mon ami, avec le boucan que font ces deux-là, ce serait difficile d’y parvenir !

Effectivement, là-haut, la literie continue d’offrir un festival.

- Chponk ! Chponk ! Zika ! Chlak ! Chpon ! Chpon Yon Yon !

Et bientôt la nouvelle compagne du jeune homme ne retient plus ses soupirs de joie, ses fausses condidences ni ses cris d’aisance tandis que le professeur, comme pris en faute par son épouse, ne commente même plus intérieurement l’arrivée du dinosaure sur les bords du Nirvana inférieur. Puis vient enfin le calme et le silence qui suit les prestations de Mozart et qui est du Mozart aussi. Car Ludovic s’appelle Mozart.

- Eh bien ce n’est pas trop tôt ! » lâche Marie-Valérie.

Chacun cherche alors le sommeil. Sigismond, le professeur, se sent bientôt épuisé comme s’il s’était adonné lui-même à cette séance de gymnastique vespérale autant qu’intense. Il songe que Ludovic a accompli une prestation presque parfaite et il s’imagine en juge soviétique brandissant pour une fois un superbe 10 quand soudainement les ongles taillés en pointe de sa moitié viennent tranquillement se poser sur une partie stratégique de son anatomie.

- Sigismond, mon ami. Savez-vous à quoi je pense ?

- …

- Je pense qu’il y a très longtemps que vous ne m’avez pas fait le coup du diplodocus dans son lit de fleurs de jasmin !

- Oh, Bibiche, vous croyez que c’est bien le moment ?

- Allez, Sigismond, faites un effort pour moi ?

- C’est que… J’ai eu une journée très chargée aujourd’hui et j’ai un peu de migraine. Demain matin au réveil, je vous le promets, Bibichette, je m’exécuterai.

Bibichette pousse un gros soupir et bientôt, dans le silence de la chambre, on n’entend plus que les respirations lourdes et caractéristiques de l’Hôtel des culs tournés.

- Vous comprenez, se justifie encore le professeur Sigismond Demange, être professeur de kama-soutra à l’université de Rennes 3, c’est un boulot assez épuisant. Tous ces travaux pratiques avec les étudiantes, ces élèves qu’il faut accompagner jusqu’à la soutenance de thèse, ces réunions du Conseil scientifique… Je suis bien plus frais le matin, vous le savez bien, Bibiche.

- Taisez-vous, maintenant ! Vous devriez prendre exemple sur votre élève là au-dessus ! Tous les soirs c’est radada chez lui ! Et d’ailleurs, la prochaine fois que vous le croiserez dans l’escalier, il serait bon que vous le sommiez d’en changer !

- De position ? Mais il ne fait que ça !

- …

- De partenaire ? Il en change tous les soirs !

- De sommier, imbécile !

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2 juin 2009

Waooh ! This is Jersey ! (Joe Krapov)

Jeudi 21 mai 2009. Départ ce matin à 10 h 30 en direction de Saint-Malo. Après avoir tournicoté près de l’embarcadère des ferries, on va garer la voiture à l’endroit habituel, dans l’avenue face à la gare. L’embarquement à bord est prévu à 16 h 30 pour un départ à 17 h 30. Si j’avais voulu jouer au con j’aurais emporté avec moi le « Guide du routard Catalogne » que Mme Chèvrefeuille m’a prêté. Nous avions prévu en effet de nous rendre à Barcelone avec la Maison de quartier mais ce voyage a été annulé. C’est Jersey qui s’y colle pour remplacer !

 

 

J’ai été aussi interdit de sac à dos rouge. Cela fait vingt-cinq ans qu’il voyage sur mon dos, le vieux coco, mais il a été délaissé au profit d’une valise à roulettes et longues poignées que l’on tire derrière soi comme les mamies font avec leur caddie sur le marché des Lices. Marina m’a acheté ça ! Elle me modernise à tour de bras ! Au secours ! Je vais recevoir un téléphone portable à Noël !

 

 

On laisse les valises dans le coffre et on va faire un tour à Saint-Malo intra muros. Je refais pour la énième fois des photos d’enseignes au fil de notre avancée dans des rues ensoleillées. Au moment de pique-niquer, Marina s’aperçoit qu’elle a laissé ses sandwiches dans le coffre de la voiture. Du coup on va déjeuner à la crêperie Gallo où nous avons nos habitudes. L’après-midi, après un tour sur les remparts, nous rendons visite à la tombe de Chateaubriand sur le grand Bé. C’est la première fois que je m’approche d’aussi près de cet empêcheur de respirer en rond.

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Autrement dit, « Ferme ta gueule, passant, le poète romantique écoute ses ongles pousser » !

 

 

Nous redescendons jusqu’au sillon et nous nous adonnons sur la plage à une sieste de décompression. A trois heures et quart nous repartons tranquillement vers la voiture, débarquons les valoches et les traînons jusqu’à l’embarcadère. C’est quand même bien, Internet ! Madame Bourgeoizovna a commandé et payé ainsi notre voyage et du coup, en échange de sa feuille de papier, elle reçoit au guichet de Condor Ferries d’un genre d’hôtesse de la mer deux billets qui nous donnent le droit de monter dans un gros bateau et de partir aux îles !

 

 

Evidemment, pour moi qui ne voyage qu’en train, voiture et vaporetto d’habitude, tout cela est nouveau et je m’inquiète un peu du sort de ma belle valise qu’on m’a confisquée alors que je n’étais pas encore habitué au bruit d’enfer que font ses roulettes. On l’a jetée sur un tapis roulant. « Houla ! Aïe ! Ouille ! » crie-t-elle.

 

 

On attend une petite heure dans la salle d’attente puis on fait la queue à la porte 2. Il faut montrer son faciès (je l’ai) et sa carte d’identité (je l’ai aussi) au douanier qui n’est pas un imbécile puisqu’il connaît les sketches de Fernand Raynaud. Puis on passe dans une autre salle d’attente. Enfin on monte dans un bus qui nous libère à l’arrière du Ferry : on dirait un grand parking souterrain dans lequel s’engouffrent des tonnes de bagnoles (ça va flotter, ça ?) et une file indienne de piétons aussi peu ravis que moi qu’on leur ait pris leur valise ! Dans le garage, nous montons un escalier puis on s’installe dans une espèce de grand restaurant genre Flunch autour de tables de six personnes devant des télés allumées. Sur l’écran une fille montre comment déficeler le gilet de sauvetage qui est sous les sièges et faire joujou avec le toboggan d’évacuation en cas de collision avec le Titanic mais tout le monde a l’air de s’en foutre. Peut-être que le Titanic a déjà coulé ? On ne me dit jamais rien à moi !

 

 

En fait moi j’ai surtout peur de vomir après tout ce que j’ai mangé à la crêperie et tout ce que m’a raconté ma collègue Nelly qui vomit régulièrement sur ce trajet mais bon, je ne devrais pas l’écouter, c’est une fille qui a le mal de mer dès qu’elle monte dans une barque aux étangs d’Apigné. De fait, la traversée est hyper-tranquille, même si le commandant a dit que la mer était agitée, et on est moins balloté ici que dans un TGV. En plus on n’essaie pas de nous vendre des sandwiches SNCF ! Le seul désagrément c’est cette odeur de haricot de mouton à 6 heures de l’après-midi et le spectacle désolant des consommateurs indécrottables qui se ruent sur le magasin Duty-Free ! Les gens ne sont pas encore arrivés à Jersey qu’ils achètent déjà des souvenirs !

 

 

Au débarquement, douane à nouveau, contrôle de la carte d’identité et du faciès qui n’a pas changé et puis récupération des bagages sur un tapis roulant comme dans les aéroports. Trop drôle ! Mort de rire ! Sauf que tout le monde à la même Samsonite sans sonnette passe-partout et finalement c’est Marina qui reconnaît la mienne parmi la foule. L’achat d’un autocollant « My heart belongs to Daddy but this case belongs to Joe Krapov » va vite s’avérer indispensable !

 

 

Mon plan de Saint-Hélier, tiré sur l’imprimante à la dernière minute, s’avère plus pratique pour trouver l’hôtel que la carte à 11 euros que j’ai achetée à la librairie Ariane à Rennes. Le Norfolk Lodge Hotel se trouve sur le Rouge Bouillon, drôle de blaze pour une rue mais ici, ce sont les îles anglo-normandes : les noms de lieux sont en français mais on ne parle que l’anglais. Il est 19 h 15 en France mais du fait du décalage horaire, il est 18 h 15 ici. Le voyage n’a duré qu’un quart d’heure, un peu long, certes, mais un quart d’heure quand même !

 

Il y a une belle lumière de couchant. Je repère déjà quelques façades colorées et nous sommes réjouis du fait que les voitures, ici, roulent à gauche. C’est la première fois que je vois ça en vrai ! C’est dangereux aussi quand on veut traverser mais au bout des quatre jours on aura fini par s’y faire. Maintenant qu’on a le réflexe, c’est pour traverser en France que ça devient dangereux !

 

 

A l’hôtel, la petite réceptionniste qui porte un prénom italien ou roumain nous donne la clé n° 54 ! On comprend tout ce qu’elle nous dit mais comme la porte de l’escalier pour le premier étage est sans poignée, je demande à une autre personne de nous aider et… elle comprend ce que je lui demande ! Waooh ! Ca sert finalement pour quelqu’un qui a juste fait allemand-latin-russe au collège d’écouter les Beatles et de lire les licences des cochonneries électroniques que mon patron achète pour Madame Versité !

 

 

La chambre 54 est impeccable avec un lit qu’on dirait à trois places, les douches sont bienvenues. Après un petit peu de rangement, nous ressortons en repérage et surtout, en guise de repas de ce premier soir, nous pique-niquons devant la mer et le « Frégate café » sur un banc de l’Esplanade au bout de Kensington place. On avait faim ! Un vent frais se lève. On va faire un tour vers le centre, avec une jolie lumière sur Seaton place, Sand Street, King street et puis on tourne à gauche dans Halkett place et on revient par Burrard Street, Union Street, Parade street et Saville street. Déjà plein de photos de maisons colorées et d’autres repérées : une maison violette, une porte arc-en-ciel devant laquelle, au moment ou j’allais déclencher, une bagnole s’est garée !

 

Je crois que Jersey va nous plaire !

 

P.S. Pour celles et ceux que cette destination intéresse, j’ai volé à Marina quatre pages de son carnet de voyage : c’est son récit de la journée du lendemain. Le style est plus sobre mais l’iconographie est plus classe !

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6 août 2011

Le yaourt.. (Droufn)

droufnQuel divin plaisir que de lécher le côté interne du chapeau d’un yaourt, là ou est collé une fine couche de produit laitier légèrement pâteux. Il m’arrive de faire exprès de retourner le pack de 16 au moment de le mettre dans le caddy pour avoir encore plus à lécher le soir même...  et c’est là que commence l’aventure.

Il faut choisir le bon coin pour bien ouvrir le fin papier plastifié sans risquer de le déchirer afin de ne rien perdre et de profiter de la moindre perle de produit laitier. Arrive ensuite le moment de la chasse au fruit à la cuillère, le fébrile désir de trouver le plus gros morceau de fraise ou d’abricot. A partir de ce moment là, plus rien ne compte sur cette terre si ce n’est d’arriver le plus vite possible au fond du pot et utiliser ma langue comme le ferait un castor en plein cuni de foune de chamelle qui ne trouverait pas son point G. Si je pouvais, j’y mettrai bien la tête aussi.. Puis de se jeter sur un deuxième yaourt au parfum différent en prenant bien soin à nouveau de ne pas déchirer son chapeau.

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Et ainsi va ma vie, le soir, au fond de mon canapé, devant la télé..

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Sluuup!

12 mars 2011

La brocante, c'est le pied (Walrus)

Je ne suis pas un mordu des brocantes, ni comme vendeur (pourtant au moment de notre déménagement j'aurais eu de quoi, mais je n'avais pas le temps), ni comme acheteur (nous n'avons plus d'endroit de stockage).

Pourtant, je dois leur reconnaître une qualité : ce sont les royaumes de l'inutile et du kitsch. Il n'y a que là qu'on peut trouver la chose en soi, la chose en tant que telle, incongrue et inutile. Comme j'étais débordé, mon fils s'est chargé de mettre la main sur un exemple.

Photo !

Walrus

Mais qu'est-ce qu'il va bien pouvoir en foutre maintenant ?

La vendre lors d'une brocante peut-être ?

19 février 2011

Un océan nous sépare ? (Joe Krapov)

110218_045- Je vais vous installer là pour la nuit. C'est la chambre de notre fils mais il a quitté la maison. Vous y serez toujours mieux que dehors à dormir debout sous la pluie avec cette lueur au-dessus de la tête. Et pieds nus dans la gadoue. Enfin... au-dessus de la gadoue !

- Je vous assure que j'aurais pu... » balbutie Dieu.

- Taratata ! Ca m'a permis de boire de la Chimay bleue alors que je n'avais plus que de la blanche de Bruges dans mon frigo. Je vous dois bien ça. Bon, bien sûr, ça n'est plus vraiment une chambre. Ma femme, Madame Lapsi, y a installé son bureau. Et à l'occasion, j'en fais ma salle de musique.

110218_043Dieu a un frisson en entendant ce dernier mot et il grince des dents en entrant dans la petite pièce ; il y a là un violoncelle,une guitare électrique, un amplificateur, des harmonicas, un magnétophone. Des machines infernales pour lui qui est mélophobe.

- Vous vous appelez réellement Lapsi ?

- Non, ça c'est le nom de ma femme. Moi c'est Lejolusse. Jean-François Lejolusse. D'ailleurs, avant que je n'aille vous récupérer dans le jardin, j'étais en train d'enregistrer une chanson pour ma soeur qui vit aux Etats-Unis. Vous avez vu mon matos ? Rigolo, non ? Archaïque, surtout ! L'ampli est un Philips qui marche avec deux magnétos à cassettes incorporés. Celui de droite ne fonctionne plus. La mousse du haut-parleur partait en lambeaux alors comme ça faisait râler Monica j'ai tout enlevé. Le micro, je l'ai payé quinze euros chez Saturn. Et le magnéto à 4 pistes, c'est un Tascam que m'a laissé mon fils. En général j'enregistre voix et guitare, je double la voix, je remets une guitare et puis après je vais faire le mixage dans mon cagibi, à côté. Je convertis le résultat en MP3 sur mon ordi avec Audacity, vous connaissez ?

- Oui, oui, hasarde Dieu, et après vous mettez ça sur votre blog, j'imagine ?110218_046

- Pas encore ! Ce qui est embêtant c'est que je suis obligé d'enregister avec le son du casque, c'est dur de juger de la balance entre la guitare et la voix. Mais avant il faut que j'envoie le fichier MP3 à ma soeur pour qu'elle fasse la deuxième voix.

- Votre soeur vit en Amérique ? Depuis longtemps ?

- Oui, elle est partie là bas quand elle était étudiante pour faire une thèse sur les notions de profit et d'exploitation capitaliste dans l'oeuvre de Michel de Montaigne. Elle y a rencontré l'homme de sa vie et elle a transformé l'essai.

- C'était un rugbyman ?

110218_047- Non, c'est un basketteur. Vous voulez que je vous fasse entendre le dernier morceau qu'on a enregistré comme ça, à distance, ma soeur et moi ? C'est « Marquise » de Georges Brassens et Tristan Bernard. Elle m'en a fait trois versions dont une vraiment très drôle !

- Non, surtout p... Non, merci infiniment » supplie Dieu qui commence à se demander s'il n'est pas "maoodit" à toujours tomber sur des musiciens ou des mélomanes au cours de ce séjour sur Terre. Je suis un peu... fatigué.

C'est un mensonge. Il n'en est rien. Dieu est plus increvable qu'une botte secrète au jeu des Mille bornes.

- Je vous laisse vous installer. Ma femme rentrera de sa chorale un peu plus tard mais je vais mettre un mot sur la table, "een kattebelletje" ! Vous n'avez besoin de rien d'autre ?

- Est-ce que je pourrais passer un coup de fil ? On m'a vol... j'ai perdu mon portable et je dois joindre quelqu'un.

- Faites, le téléphone est là. Du moment que vous n'appelez pas les Etats-Unis ou la Sibérie ! Encore qu'avec ces forfaits auxquels je ne comprends rien, ça ne nous coûterait peut-être pas grand chose ! Excusez-moi mais... les trois bières... vous comprenez... moi, il faut que j'aille aux toilettes !

Dieu a composé le 666. A travers la cloison Lejolusse entend la moitié de la conversation.

- Allô ? Miquelon ? Passez-moi saint-Pierre, voulez-vous ? Saint-Pierre ? Il y a un problème, mon vieux ! Rapport aux pieds nus qui ne touchent pas terre et à l'auréole qui brille la nuit sous le chapeau !

- ...

- Quoi ? De la calcéophobie lévitante ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? C'est Petiot  qui vous suggère ça ? Laissez tomber le vocabulaire de ce barjot ! Sinon vous direz à Mme Chanel que le déguisement de magicien fonctionne à merveille, à part l'absence de godasses ! Vous êtes sûr qu'il n'y a pas d'autre moyen que de marcher à côté de mes pompes ? Oui, je sais, un peu léger. On me l'a toujours reproché, ça ! Maintenant il y a plus sérieux. Votre machinerie merdouille, Saint-Pierre ! Comment je fais, avec la télétransportation qui ne marche plus, pour retrouver l'ascenseur ?  Comment ça , pas encore l'heure ? Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ? C'est quoi cette histoire d'nformatisation ? Saint-Pierre !

Le salaud ! Il a raccroché !

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Quand Monica est rentrée de la chorale elle a trouvé, à côté des trois bouteilles de Chimay vides, sur la table de la cuisine, un mot de Jean-François : « Dieu dort dans la chambre du fils ».

Elle a pensé : « Trop d'Internet tue l'Internet ! Si je ne vais pas mettre moi-même mon grain de sel et un grain de sable dans la machine à délires, je ne sais pas jusqu'où elle va nous entraîner dans sa course folle ! »

Elle a poussé la porte : il n'y a personne dans la chambre de leur fiston.

Car Dieu a découché. « Dormir » parmi toutes ces machines, ces instruments de musique, c'était trop pour lui. A l'autre bout du couloir, il y avait la chambre de la fille. Et derrière la porte...

(à suivre)


Merci infiniment à Joye qui a bien voulu tenir, avec tout le talent qu'on lui connaît, le rôle de la soeur, de la Marquise, du jeune tendron et de la vieille poule ! (N'omettez pas de cliquer sur ces liens, vous manqueriez quelque chose !)

29 janvier 2011

C'est-y du Lare ou du cochon (Joe Krapov)

100516A_007De la fenêtre où ne pas naître
On peut voir le feu naître
Qui attise la question
Du pourquoi des volets
Sinon pour dérober
Au regard des curieux
Ce que l'on a volé.

De la persienne d'Aragon
Persienne
Persienne
Persienne
Perd sienne
On voit sombreros et mantilles

Et les danseurs de séguedille

Qui ramassent et comptent leurs billes :

Si chacun des quatre perd « sienne »
Les voleurs, as du leurre,

Ont gagné des « leurs »

De valeur.

 

Alors ils tirent le rideau080815_673
- C'est chose A(i)zay aux ladres
Surtout dans l'Indre -
Et laissent rêver le badaud,
Le vagabond pour qui n'abondent
Que les cailloux sur le chemin.

 

Dieu banni de ces intérieurs,
Voyageant dans l'incognito
Sur cette terre incognita,
Je marche et ne m'arrête pas.
S'ils ont laissé les volets clos,
S'ils ont tiré la mousseline,
Baissé les stores, c'est à raison.

 

S'ils abritent dans leur maison
Leur peur de l'autre et leurs vieux crimes
Derrière d'épaisses jalousies
C'est qu'ils n'en sont que les victimes.

 

Ce que je comprends mal
Chez ce drôle d'animal
C'est qu'il se pose alors devant
Un grand ou un petit écran
Qui lui dévore tout son temps.

 

(Extrait de « Dieu s'ennuie le dimanche et s'emmerde les autres jours, sans compter qu'il se fait chier le reste du temps et qu'avec un titre aussi long ça ne va pas être simple de trouver un éditeur pour ce roman-puzzle que je ferais mieux de publier en feuilleton sur le Défi du samedi et/ou ailleurs » par Joe Krapov)

18 décembre 2010

Riche ? (Zigmund)

Riche ? Moi ?

Bien sûr, que je suis riche ...

Depuis quelques jours je suis riche... de virus  venus coloniser ma sphère ORL (comme on dit chez nous) pour me rappeler que la grippe ça n'arrive pas qu'aux autres.

Grâce à cette richesse non désirée, j'ai eu le droit de rester hagard, abattu, et neurones en bouillie, au fond de mon lit, rêvant par instants à tout ce que j'avais laissé en plan et à votre consigne sans que mes idées ne parviennent à se structurer.

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Bien sûr que je suis riche, puisque le réparateur d'un de mes appareils (électronique de pointe sous DOS vendu son poids d'or) me fait un prix d'ami :  890€ cette petite  caméra (qui sera mon cadeau de Noël youpi ! )-pose non comprise - qu'un collègue bricoleur a achetée et montée lui même pour 89€ pour la même panne.

Moi qui suis incapable de planter un clou sans provoquer l'hilarité, j'ai du accepter de confier la réparation à l'homme de l'art qui n'en est pas à son coup d'essai. J'aurais bien confié ce bienfaiteur de l'humanité à l'amie Poupoune qui sait se débarrasser des fâcheux avec un panache que je n'ai pas...

Si être riche c'est ne rien désirer, personne ne l'est, ou alors quelques saints hommes.

 

J'aurais bien fait une lettre au père Noël en lui demandant de m'apporter tous les appareils qui faciliteraient mon travail et la vie de mes patients. (pour les appareils, je  dédaignerais  ceux vendus par le  nuisible ci dessus évoqué-je ne suis pas maso non plus...)

Bon supposons que je n'aie pas seulement les moyens mais les supérieurs, bref que je sois vraiment  très riche...

L'aide humanitaire ? La faim dans le monde ? Le tiers et le quart monde ? Ça va de soi.

Une idée ne me quitte pas depuis que j'ai lu cette consigne : acheter un terrain ou un groupe d'immeubles en plein Paris, de préférence dans les très beaux quartiers, non loin des palais et ministères et inviter  Roms,  clochards, mal logés, exclus de tout poil à s'y installer, y vivre, et y faire une  fiesta d'enfer.

Voilà, je n'avais que cette idée "nuisible" à vous proposer...quelques uns  se réjouiront que je ne sois pas le photographe préféré de madame B.

13 novembre 2010

Métacarpe où j'ai mon doigt ! / par Claudius Lelapin (Joe Krapov)

Un matin où j’étais d’humeur mutine07041_220
Agrippine a jeté sur moi son grappin.
Ce fut un mariage de carpe et de lapin
Car c’était – c’est toujours – une femme-poissons
Et je n’ai jamais su dire non aux sirènes.

Seulement voyez-vous,
Je ne sais pas pourquoi,
Lorsque je la lutine
Elle reste muette.


C’est à y perdre son latin :
Elle n’aime que ma cuisine
Et c’est rarement qu’elle opine
A mes désirs de diablotin.


080713_682Alors, étant un chaud lapin
Je vais farcir ailleurs
Pour calmer mes ardeurs
L’ablette, sa cousine,
Plus fine,
La morue
Plus dessalée,
La sole plus dissolue
Cette coquine de requine qui me requinque
Et les divines petites sardines avec lesquelles je danse en boîte.



Je vais draguer070422_51
La cabillaude qui est chaude,
La castagnole qui est drôle,
L’espadonne qui se donne,
La brochette que j’embroche,
La chabotte qui me botte,
La courbine qui lambine,
La rascasse que j’embrasse.

Je fais des galipettes avec la galinette,
On s’arrange avec la femme du hareng :
Je vais lui tenir des harangues quand lui sort.

J’aime la limande bien qu’elle soit plate,
Et la lompe bien qu’elle me pompe.

100214_011J’adore toutes ces greluches
Comme la merluche,
La mandoule,
La pageotte,
L’amour blanc,
La tanche,
La turbotte.


Parfois je me cantonne à la vaudoise.
Ou bien, en sortant du bordel
De la mère maquerelle,
Quelquefois je m’époumone :
« En voiture, saumone ! »


Quand je rentre à la maison,100516A_040
A moitié en pâmoison,
Je redis à celle que j’aime :
- Carpe diem ! Carpe diem !
Donnons-nous du bon temps
Tant qu’il est encore temps,
Avant que Dieu ne mette de l’ordre
Dans ce désordre,
Avant qu’il n’invente la moutarde
Le chasseur, les aromates
Le pêcheur, le hameçon,
Le fusil, le tire-bouchon,
La bombe à fragmentation
La politique, les tyrans
Et l’interdicti-on de la polygamie ! ».



Alors elle prend un air contrit
Et me regarde toute saisie
Avec ses yeux de merlan frit.

J’ai bien souvent comme un vieux soupçon :
Pendant que je baise à foison
J’ai l’impression qu’à la maison
Agrippine élève Néron
Et que ces deux muets-là complotent
De me faire devenir gibelotte !

N.B. S’il est bon d’invoquer ce brave La Fontaine
Et ses quadru-mânes
Pour conter aux enfants l’histoire des Romaines,
- Fussent-elles assassines ou même érotomanes ! -
Confions la tâche à ceux dont c’est le seul domaine !

Ancien gardien du zoo des universitaires,
Celui qui écrivit cette krapoverie
Où la zoophilie le dispute aux conneries,
Celui-là eût mieux fait sans doute de se taire !

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Le défi du samedi
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