- Avec des loups qui le poursuivaient... Il a pleuré.
- Passe-le moi.
- Il est sorti.
- Ah ! Avec lui !
- Faire du vélo au parc, oui, avec Louis.
- Il pleut.
- Pas grave. Tu lui as encore fait voir les chaînes d'info en continu avec toutes ces guerres et ces horreurs ?
- Mais non, on a lu et on a joué aux dominos.
- Il a dit que vous n'étiez pas sortis.
- J'avais du boulot... J'ai vu sur le programme qu'il y avait une documentaire sur les animaux...
- Des safaris sauvages ? Des massacres de bébés phoques ? Tu sais bien qu'il adore les animaux mais qu'il est hypersensible !
- Écoute, Kit, c'était sur les wapitis.
- Hein ?
- Oui, un animal qui ressemble à un élan...
- Ah oui, le wapiti, comme celui qui est en couverture d'un Yakari de ta collection ?
- Exactement, "Le réveil du géant", tome 29, sorti en 2003.
- D'accord ! Tu es incollable ! Mais pourquoi il a peur des loups qu'il adorait, Hippolyte ?
- Ben... C'est-à-dire...
- Allez Vincent, raconte !
- C'était très bien filmé...
- Je m'en doute, voyons !
- Sur les wapitis...
- Oui, j'ai compris !
- Du parc de Yellowstone...
- Tu m'étonnes !
- Et ils étaient devenus tellement nombreux...
- Passe aux aveux !
- Comment dire ?
- À toi de me le dire !
- Et bien, il y a quelques années...
- On les a tués ?
- Non, ils ont été...
- ..."régulés" ?
- Ils ont introduit des loups...
- Mais c'est fou !
- Les loups en ont tués...
- ... et le gosse y a assisté !
- Ben...
- C'est malin, hein !
- Résultat...
- Nous y voilà !
- L'équilibre écologique a été retrouvé...
- C'est parfait ! Mais ton gamin n'a fait que cauchemarder dans le nuit du 1er au 2 janvier 2024, il a bien commencé l'année ! Et il s'est réfugié dans ses BD...
- Il s'identifie à Yakari.
- Mais arrête de l'appeler "mon petit papoose", s'il te plaît, arrête avec les totems et tous ces trucs...
- Désolé, Kitty, j'ai gaffé !
- Tu as cru bien faire, mais il est fragile. Il va grandir... on lui expliquera l'équilibre écologique plus tard, il est trop petit !
- Allez, fini Arte et la télé.
- N'exagère pas, Vincent, c'est la vie, et j'adore Yakari moi aussi !
Le mal m’est nécessaire et le bien superflu Doux oxymore… Âpre est l’orage et la mer, don ! Au gré de la jetée, s’abreuvent des garçons lâches du pantalon et le front rabattu au prix de la criée que savent des ventrus les ligues de vertu susurrant au perron rehaussé de limon, leurs injonctions notoires Un défilé de toile aux manches repassées surplombe une marée de songes laborieux rengorgeant les abois d’un cœur sombre et fiévreux s’allant, à qui mieux-mieux, sacrifier au métier la navette érodée d’impalpables espoirs Douceâtre mélodie monnayant son tempo contre un divin écot promis à la curée la mièvre litanie égrène la journée vers l’éternel rejet de fronts horizontaux ployant sous le fardeau d’ébènes reposoirs Avancé prudemment sur le tendre vélin que recouvre un naissain de coquilles pataudes un verbe se répand, hésite et puis patauge soudain pris en maraude, une main au pétrin une autre à sa ribaude et l’œil à l’écran noir Ne m’épuise plus rien, ma pensée maladive ! Un jour viendra peut-être où Sisyphe au rocher enverra balader vers de berges nouvelles un fleuve saoulé d’Êtres, de barges de missels d’estampes, de pastels, l’armada éprouvée… pour une ritournelle et sa rampe d’ivoire Mange-moi, puits sans fond, sans affres, sans manière comme l’humble fougère avale un papillon une soif alanguie, un soupir sans giron…? Quel qu’en soit le siphon, elle attend, la vipère à la langue bifide auprès de l’entonnoir Est-ce que j’aie raison de ramer où l’âme erre ?
Ainsi fond fond fond La banquise, étrange course Ainsi fond fond fond La banquise sous la Grande ourse
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Ainsi Fonds Fonds Fonds Plonk et Replonk à La-Chaux-de Ainsi Fonds Fonds Fonds Trois p'tits Suisses à La-Chaux-d’Fonds
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Un siphon phon phon Et les vases communiquent Un siphon phon phon Les défiant·e·s sont sous pression
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Ainsi font font font Les fouilles spéléologiques Ainsi font font font Trois p’tits tours et puits sans fond
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Ainsi font font font Smetana, Beethoven et Tryphon Ainsi font font font Trois p’tits sourds chez Amplifon !
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Ainsi fond fond fond La petite savonnette Ainsi fond fond fond Trois p’tits tours et glisse dans l’fond
***
Ah sifflons sifflons Les petites chansonnettes Ah sifflons sifflons L’air des Trois petits cochons
***
Ah sniffons, sniffons Les petits parfums honnêtes ! Ah sniffons, sniffons L’odeur des roses en boutons !
***
1, 2, 3 Salle des coffres, en bas, 4, 5, 6 Chalumeau et tournevis 7, 8, 9 C’est ouvert ! Quel effet bœuf ! 10, 11, 12 Siphonné le flouze ! 13, 14, 15, 16 Empochée, la braise ! 17, 18, 19, 20 A nous des jours très divins !
C’est bien entendu, monsieur Musset, il faut qu’elle soit ouverte ou fermée mais un sourcier doit veiller à ne pas égarer sa baguette plutôt que de se soucier de sa braguette.
On ne va pas en faire un pendule, monsieur Queneau, mais quand vous nous pondez « Eh bien voilà, lui dit-il, j’ai avalé ma pendule ! » votre histoire est-elle bien crédible ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un pendule ?
Et moi qui suis à la recherche de mon utilité sur cette terre pourquoi voudriez vous que je fasse appel à un coudrier plutôt qu’au coup de l’étrier ? Si la radiesthésie est une pseudo-science, ne puis-je pas me déclarer pseudo-scientifique et décréter que je suis moi-même radiesthésiste, capable de retrouver dans tout mon fatras d’enregistrements, de manuscrits et d’écrits imprimés des paroles de chansons qui feront sourire certains et certaines et que d’autres découvriront ?
Il en fut ainsi samedi dernier où j’interprétai en public, à la façon « chanson contée », le fameux – du moins le croyais-je – « Arthur, où t’as mis le corps ? » de Boris Vian.
On ne fait pas appel, dans ce récit de cadavres qui disparaissent, à la cellule « cold cases » comme on dit en bon français en lieu et place d’« affaires non résolues » mais à un médium spécialiste du spiritisme ancien. Encore une pseudo-science, sans doute ?
Ça me va, finalement, ce rôle de réveilleur de morts, ce statut d’interprète de vieilleries dans un monde où tout le monde fait appel à l’intelligence artificielle pour ne pas regarder en face le problème réel, celui de la connerie authentique !
N’ai-je pas trouvé, ma foi, ma réponse, ma voix et ma voie ? « Toi, Joe Krapov, ne te mêle pas de philosophie ou de politique ! Fais nous rire avec des mots, des chansons et avec tes interrogations stupides du genre : « Pourquoi horloge et pendule sont-iels à la fois féminin et masculin ? Pourquoi la même chose pour œuvre et mémoire ? Pareil pour amour, délice et orgue mais au pluriel seulement ? Est-ce que c’est lié au réchauffement climatrique le fait qu’un tryphon a détruit le champ de trournesols de l’agricultreur Van Gogh ? Doit-on dire un ou une hermaphrodite ? Y’a t’il des camelots qui aiment la matelote ? Y’a-t-il des matelots qui aiment la camelote ? Ai-je besoin du plastique pour améliorer ma plastique ? Peut-on appeler barde de lard un barde à tête de cochon ? Le faune fait-il partie de la faune mythologique même s’il est aphone et que sa flûte fait « pan » comme une cartouche (c’est ce que dit le cartouche en dessous du tableau) ? Pourquoi a-t-on représenté un enseigne de vaisseau sur l’enseigne du magasin où l’on vend des slips Petit-bateau ? Parce que le petit mousse reprendra bien une mousse ? Il préfère le rade à la rade ? Pourquoi la foudre ne tombe-t-elle pas sur ces foudres de guerre qui nous pourrissent la vie ? A-t-on besoin d’un livre qui pèse une livre, d’un mode d’emploi à la mode pour nous dire qu’il ne faut pas s’y prendre comme un manche pour coudre une manche ou mettre la poêle sur le poêle ? Après cette nouvelle somme, ai-je le droit d’aller piquer un somme ? Cependant que les bourres, pour une fois pas à la bourre, interrogent : « Arthur, où t’as mis le corps ? ».
(même si le capitaine Haddock le traite d' : "Analphabète diplômé"), Hergé était lui-même adepte de cette pratique. D'ailleurs, l'alliance de son épouse perdue à son domicile, n'avait-elle pas été retrouvée par un radiesthésiste ?
Sans aller chercher l'"Eau des Collines", l'"Eau vive" ou "Colline", le retour à la terre semble s'insinuer depuis quelques temps dans les fameuses formules qui annoncent les participations au défi de la semaine : "Ont clotûré leur pré carré", "Se sont jetés à l'eau" ... J'entends bien et apprécie leur double sens et parfois l'une peut m'orienter sur une piste, que je suis ou pas, ou m'en détourner d'une autre, voire m'en fournir une... qui sait ?
J'étais donc en train de commencer un livre que j'avais espéré lire depuis longtemps, son titre me renvoyant à une expérience ancienne et marquante : "L'atelier d'écriture". Même si je savais que c'était un roman, je pensais qu'il allait être question d'un atelier d'écriture : mais de quelle façon ?
Les premières pages débutent comme un roman où, un "atelier d'écriture" est évoqué : une jeune femme invite son amie à s'y rendre avec elle. Et, après bien des hésitations, celle-ci "se jette à l'eau" et s'immerge dans un atelier d'écriture animé par Stéphane.
Cela m'a rappelé (même si autre temps et autre lieu) celui que j'ai fréquenté pendant quelques années au Café Les Augustes et dont l'animateur était alors César. César, érudit et chaleureux, attentif et bienveillant, qui parcourait les samedis matin où il avait lieu plus d'une heure de route pour venir d'Ussel, César qui adorait boire du thé "oolong" au goût de châtaigne... Cet atelier où, sans y être invitée par quiconque, mais par mon goût d'écrire et ma curiosité, je m'étais régulièrement rendue pendant quelques mois, avais lu mes petits écrits, parfois humoristiques, aux autres qui m'éblouissaient par l'ampleur de leur style, la vigueur de leur plume, le tourbillon de leur imagination, la profondeur de leur poésie. César partait d'un auteur, d'un texte, nous donnait un ou deux extraits et nous proposait une ou deux pistes et même une porte de sortie et même la clé des champs si rien ne nous inspirait et si toutes ces contraintes ne nous libéraient pas et formaient des carcans dont nous n'avions pas envie... César, encore merci !
J'ai lu très vite ce livre où les personnages étaient bien décrits et attachants et comportait de nombreuses et intéressantes références littéraires.
Voilà, je m'étais jetée à l'eau, la jeune femme du roman aussi et là, je me jette à l'eau aussi même sans baguette de coudrier !
Il vaut mieux rester sur son quant-à-soi que d’empiéter ne serait-ce qu’un peu sur le Nietzsche des autres. C’est là un impératif catégorique enseigné dans l’Emmanuel de philosophie.
Car un plat tonique n’est pas forcément toujours aphrodisiaque. Les scène de ménage d’Hegel et de Spinoza, il ne faut pas s’en mêler : on ne sait pas qui a raison dans l’histoire ni qui nettoiera le vomi.
J’ai longtemps fait partie de l’école péripatéticienne. C’est incroyable, en faisant marcher ses jambes, comme on suppute.
Au poker, par exemple, toute possibilité de gain dépends des cartes qu’on donne à René, à Blaise et à Pascal. C’est d’ailleurs à un palefrenier qu’on doit la formule « je panse donc j’essuie ».
Il ferait beau voir, comme disait Sartre à Simone, qu’en restant dans son huis clos on attrape les mains sales si on pense à toujours garder son quant-à-soi et sa tapette à mouches.
Et pourtant, dès que l’homme a commencé à se vêtir de peaux de bêtes il a bien fallu les chasser, les mites, de la caverne.
Plus tard, bien Plutarque, naît l’architecture. Madame à sa tour monte et Monsieur de Montaigne aussi. Qu’est-ce qu’Onfray sans les Michel ?
Michel Delpech, Michel Legrand, Michel Polnareff, Michel Berger, Mick Jagger et à l’inverse Mick Micheyl, sans oublier Michel Drücker qui a toujours fait bonne impression. J’ajouterai volontiers Michèle Torr, Michelle ma belle, Michèle Mercier, toutes les Michelle que j’aime et même la mère Michel sans laquelle le chat de Schroedinger, l’eusses-tu cru, ne serait rien dans l’histoire.
Oui, il faut garder son quant-à-soi. Songez à toutes ces oies blanches parties se perdre sur des chemins de traverse : elles que des vols sots déroutèrent auraient du relire Voltaire et Rousseau.
« Zadig Zadig en revenant de Nantes » et « Adieu l’Emile je t’aimais bien tu sais », on ne sort pas de là ! Ce sont les labourages et pâturages de la France et de la Suisse, les mamelles de Tirésias ou les onze mille verges de la vie en République.
Mais d’un coup je m’égare en poésie, c’est un travers dont je ne me Kierkegarde jamais assez. Peut-être Apollinaire était-il socratique ? Car là où Socrate erre il y a des Lunatiques, le Sénèque plus ultra des Sélénites, en dessous tu tires l’échelle, tout Fichte Lacan, il y a Elon Musk dans sa fusée, les petits hommes verts de la planète Marx qui t’engueulent sacrément... épicurien !
Dans le grand cocktail des métaphores et des années qui filent, comme on dit chez les bombyx, il vaut mieux garder son verre à soi que de faire de la peinture sur les autres.
Car c’est bien connu : tout ce qu’on file aux Sophie, l’existence nous le rend sous forme de dents de sagesse dont l’extraction est douloureuse. Tout comme l’est celle du lit après une nuit d’insomnie durant laquelle on a écrit, allongé, son Défi du samedi. Pour se relire après, c’est comme pour être à la mode, ce n’est point commode. Pour Humer le vent du succès il vaut mieux être assis aux première Lodge. Mais bon, vous savez ce que c’est, l’inspiration, elle vient quand elle veut, c’est une vraie tête de Bachelard, celle-là !
Et là, le choc ! Il se demande si ce thème lui envoie un message. 795 façons de garder ses distances avec le défi du samedi ? Serait-ce le nombre de demi-journée qui le sépare de sa dernière participation ? Est-ce de la provocation ? une invitation ? Il ne sait plus quoi penser...
Quant-à-soi, hatitude à laquelle il est peu habitué, Quant à lui, il se dit qu'il n'en a que faire, Quant-à-moi, cette aptitude ne fait pas partie de ses compétences, même si on se les gèle ces derniers temps, la chaleur humaine est au rendez-vous ! Quant à nous, Ronchonchon espère qu'il se remobilisera pour le rendre efficient.
Quand ta soi-disant fichue organisation sera opérationnelle, mon cochon ! J'émets (aimais ?) une grande réserve (de livres à lire et relire)
- C'est quand même plus pratique, pour écrire une lettre anonyme, d'utiliser un normographe plutôt que de découper des caractères un par un et de les coller sur une feuille, non ?
- Au résultat, ça donne quoi ?
- Regarde !
- Pas mal ! Tu vas l'envoyer ?
- Non !
- Pourquoi ?
- Je l'ai signée !
- C'est sûr, une lettre anonyme signée, c'est un concept nouveau ! Pourquoi l'as-tu signée ?
- Parce que les vieux crabes qui s'accrochent à leur rocher miteux, la marée montante doit les emporter !
(*) Contrairement à toute vraisemblance, ma pendule, décidément bien haute, n'est pas facile à photographier... tandis que la lune, au lever du jour...
Mon amour est Brusque comme un mollusque, Loufoque comme une coque, Bon comme un triton, Et cool comme une moule,
Mignon comme un lavignon, Sot comme un bulot, Fantasque comme un casque, Spécifique comme un goufique Et beau comme un ormeau.
Il commande comme une amande, Ayant l'audace d'une donace. Il réclame comme un clam Et se vexe comme un murex. Il mérite comme une nérite. Il fait le pitre comme une huitre.
Comment s’est passé ton voyage dans le temps à Dallas en 1963 pour concourir à cette épreuve de fox trop
– Trop bien ! J’adore le tourisme temporel. Rien de mieux pour apprendre un pas de danse. Mais… j’ai failli provoquer une catastrophe. Je m’étais mise sur la file de droite quand j’ai vu Kennedy si beau, si souriant, je lui ai lancé mon bouquet de fleurs qui a atterri à ses pieds. Il s’est baissé pour le ramasser et, à cet instant, une balle a traversé la banquette de la Lincoln, juste entre Jackie et lui. Heureusement, il y avait un deuxième tireur. Pour le concours j’ai gagné !!j’allais pas tout faire foirer le passé ça se respecte !!
A part le fait qu’il le trouvait difficilement lisible, surtout à raison de quatre à cinq pages d’affilée, Igor Wagner appréciait Marcel Proust « pour le concept ».
- Nous sommes tous à la recherche du temps perdu, confiait-il parfois à Irma, la camériste de Madame Bianca. A l’arrière des berlines, dans l’ombre des vedettes qui attirent les projecteurs, nous vivons nos petites vies qui ne sont pas moins précieuses que les leurs. Les seconds couteaux sont aussi utiles que l’argenterie. J’accompagne l’Air des bijoux sans aucun accroc mais je ne prends pas autant mon pied que quand je fais le bœuf avec mes camarades.
- Le bœuf ? demandait Irma qui songeait justement à devenir végétarienne.
- C’est le nom qu’on donne aux jam-sessions. Des musiciens se retrouvent et jouent ensemble sans partition. On improvise chacun à son tour sur des accords.
- Ah oui, j’ai déjà entendu des choses comme ça en jazz. C’est trop long, ça me soûle. Chacun y va de son solo, le public applaudit l’artiste, aussitôt il y en a un autre qui se lève pour avoir sa part d'applaus et ça recommence de plus belle.
- C’est mieux sans public. Les jam-sessions c’est pour le plaisir de jouer entre musiciens. Je me souviens très bien, l’été dernier, j’étais allé dans une ferme en Bretagne car mon épouse connaissait l’agricultrice qui organisait une fête avec des conteuses et des groupes musicaux. Je me suis retrouvé dans une jam-session de joueurs de cora.
- Le supermarché ?
- La cora est un instrument africain, Irma ! 22 cordes ! Je ne te raconte pas la séance d’accordage. Les deux musiciens ne se connaissaient pas mais ils avaient eu le même prof. Ils ont joué dans le potager de la ferme, c’était le mois de juin, il faisait beau. C’était une musique lascive, formidablement calmante. Sont venus s’ajouter un musicien africain avec sa guitare folk, un accordéoniste breton et un joueur de trombone à coulisse. Magique ! J’ai tout enregistré mais quand moi-même je me suis lancé dans « Général à vendre » les piles de la machine sont arrivés en bout de course et on n’entend que le premier couplet.
- Vous n’êtes pas doué pour la technique ! On voit bien que vous avez juste cultivé un don.
- Un don paisible. Si tout le monde jouait de la musique, le monde irait peut-être mieux. J’ai quand même sauvé ensuite une espèce de bossa-nova sur laquelle on entend bien mes contrechants. Il faut dire que je suis un timide et que je ne fais pas d’esbroufe dans ce genre d’exercice. Par contre je n’ai pas raté la séance guitare et mandoline à la Fête de la musique, quelques jours plus tard. L’enregistrement est très bien ! Et ce Christophe, quelle pointure !
Irma l’écoutait d’une oreille distraite. Que Christophe chaussât du 45, elle s'en fichait bien. Elle, son truc, c’était le saut à l’élastique. La Proustitude et les jam-sessions de rattrapage de ce personnage plus que falot, vues du haut de la grue, c’était de la gnognotte !
Rien qu'à contempler la marche du monde actuel l’irascible en voit de toutes les couleurs ! Il commence par voir rouge, il entre dans une colère noire et finit souvent vert de rage. A ce moment-là il crache son venin sous forme de jurons et d'insultes. Ça vous rappelle quelqu’un n’est-ce pas ?
J’ai failli appeler mon billet « Le Retour du capitaine » mais j’ai déjà donné ce titre à ma contribution de la semaine dernière !
La façon d’être d’Archibald H., c’est humain et c’est aussi animal. Comme nous l'explique Zorrino dans « Le Temple du soleil » « Quand lama fâché lui toujours faire ainsi ! », moyennant quoi à la fin de l'album le capitaine Haddock s'en va boire à la fontaine et recracher son eau à la face d’un lama qui ne lui avait rien fait à part peut-être s’appeler Serge.
Le Capitaine Haddock est bien, sans contestation possible, l’irascible n° 1 de toute l’histoire de la bande dessinée. Le temps m'a manqué pour lister tout ce qui le met en colère mais entre la Castafiore qui ne sait jamais prononcer son nom, le professeur Tournesol qui n'entend rien à rien et n'en comprend pas plus du fait de sa « bsurdité » et le duo de détectives stupides à moustaches et chapeaux melons il y a déjà de quoi faire en matière de s'énerver les nerfs, non ?
Chez Astérix l’irascibilité « Cétautomatix » et quasi général ! Du « Non, tu ne chanteras pas, Assurancetourix" au bris de vases par Cléopâtre, du « Comment ça ? Il n'est pas frais mon poisson ? » à la bagarre généralisée et récurrente de tout le village gaulois, il n’y a très souvent qu’un seul pas que le génial scénariste et l’habile dessinateur n'hésitent jamais à franchir pour notre plus grand plaisir de fans rubiconds.
On doit à René Goscinny deux autres beaux exemples de colériques obsessionnels. Le premier, dessiné par Jean Tabary, est le grand vizir Iznogoud qui ne parvient jamais à devenir calife à la place du calife et que cela contrarie un maximum. Le deuxième est un nommé Joe Dalton que le simple fait de prononcer le nom de Lucky Luke fait se rouler par terre. D'autres personnages de cette série peuvent être rangés dans la catégorie des irascibles : le conducteur de la diligence de l’album homonyme et surtout Billy the Kid.
A certains coléreux du neuvième art le jury que je préside attribue des circonstances atténuantes : aux victimes du sieur Lagaffe Gaston né de la plume d'André Franquin par exemple. Prunelle, son employeur ; l’agent Longtarin, son souffre-douleur et le corpulent et insistant monsieur De Mesmaeker ne peuvent qu'être exaspérés par les inventions incessantes du petit chimiste amusant doublé d'un poète de l'écologie militante et encombrante qu'est Gaston. De ce fait on ne peut que conseiller à Greta Thunberg de lire ou relire les gags de Gaston et d'en faire son modèle si elle veut agacer encore plus les ceusses qui nous gouvernent et nous mènent à notre perte et mettre de son côté tous les autres.
Justement, au moment de sortir des livres, je passerai très vite sur les irascibles de la vie politique. Peut-être que tout a été dit et bien dit dans la formule de Monsieur Talonnettes : « Casse-toi pauvre con ! ». Je mentionnerai seulement l'insulte « Vipère lubrique » et le claquer de chaussure sur le pupitre de l'ONU du camarade Nikita Khrouchtchev. Je ne sais pas pourquoi ma mémoire retient des choses comme ça alors que les jeunes de moins de trente ans de ma connaissance ne savent même pas ce qui s'est passé en France en mai 1968 !
Au cinéma c’est Louis de Funès qui remporte la palme d'or de l'irascible à grimaces, enfin, le grand prix d’interprétation. Les personnages qu’il interprète dans ses duos avec Bourvil ou son Avare de Molière ont toujours des comportements et des emportements bien odieux.
Odieux ! Ô dieux ! Aux dieux de l'Antiquité, Zeus, Arès, Némésis, Héra, on attribue, paraît-il, de sacrées colères. Dans la principale religion en vigueur dans notre pays existe une chose musicale appelée "Dies irae". Cela signifie « jour de colère » pour ceux qui n’entravent que couic au latin de messe et de cuisine. C’est la bande son du Jugement dernier voire de l'Apocalypse que tout le monde nous promet pour demain. Ce morceau est devenu facultatif mais j'aime bien celui de la messe de Requiem de Verdi.
Pour en terminer avec la malotrutitude des gens qui ne savent pas garder leur calme j’ai une pensée émue pour le Concombre masqué de Nikita Mandryka : son « Protz et chniaque ! » et son « Bretzel liquide ! » lancés aux éléphants qui jouent au bowling dans son grenier ont enchanté mon enfance !
Et je vous livre, en guise d'apothéose, le sketch du permis de conduire de Jean Yanne qui vaut son pesant de cacahuètes-griefs !
Il est enfin libre. Sa femme a été infidèle, encore. C'est LE moment pour lui faire comprendre mes sentiments. Lui écrire. Mais quoi? Lui, si intelligent, si cultivé. Je ne suis pas censée être au courant. Je vais juste lui envoyer un message, une main tendue. Je tape: "Coucou toi!". J'appuie sur la touche "envoyer" rapidement pour ne pas changer d'avis. Je range mon téléphone, honteuse de mon manque d'imagination. Mon sac vibre. Je savoure. M'imagine en couple, provoquant l'envie chez mes amies. J'attrape mon portable. Un message s'affiche: «Tu te fous de moi?". Je me relis : "Cocu toi!"
Encore une tête ! ... et toujours sans corps, tellement sans corps qu'on dirait un billet de Walrus dis donc !
Ici, c'est une tête de bois (ça aussi ça rappelle le dit Walrus). Au fait, il y a-t-il une différence entre "tête de bois" et "tête en bois"? Ça c'est une bonne question à soumettre à la sagacité et la finesse d'analyse de l'Adrienne. À moins que c'en soit une à poser à ChatGPT ? Mais bon, j'ai pas que ça à foutre, faut pondre de la copie pour ce maudit Défi ! Vous noterez au passage que je vous ai épargné la "gueule de bois", restons sobres.
Examinons la chose de plus près :
Yeux exorbités (un ancêtre de Marty Feldman ?), trous de nez (ah, on dit "narines" chez vous ? Comme Dutronc ?), on pourrait suspecter un abus de cocaïne, sauf que de la coke à Amiens au "temps des cathédrales", c'est un peu boiteux, comme le bossu de Notre-Dame.
Faut donc trouver autre chose...
Voyons... yeux globuleux, nez épaté, lèvres épaisses, un petit côté négroïde non ? Amiens n'est pas très éloignée des ports négriers du nord : Dunkerque, Le Havre, Honfleur. Mais ça, c'est le 18ème siècle...
N'empêche... au moment où je fais cette hypothèse, un commentaire de joye sous le défi de la semaine me demande où la photo a été prise, suggérant... Nantes ou Bordeaux ! Elle aussi, à l'instar de Thalassa, a pensé à cet épisode de l'histoire navale.
Tout de suite après, Lecrilibriste m'envoie son "devoir", titre : "L'ange noir".
Bon, tout le monde s'accorde donc : il s'agit d'une tête de nègre.
Nègre ! Mot prohibé aujourd'hui au même titre que handicapé (aucun lien entre les deux autre que le politiquement correct, rassurez-vous) et qui proscrit conséquemment le Negro spiritual cher à ma jeunesse pour le remplacer par Gospel (lequel n'est pourtant que l'aboutissement moderne du précédent) malgré le fait que dans son célèbre discours "I have a dream" Martin Luther King déclare texto : "the words of an old negro spiritual : free at last !". Alors, on va déboulonner la statue du pasteur comme celles de Léopold II ?
Mais revenons à notre bout de bois...
En bon touriste pressé, je mitraille à tour de bras ce qui attire mon regard sans trop me soucier de savoir ce dont il retourne. J'ai donc dû fouiller un peu pour identifier correctement l'origine de la chose.
J'ai retrouvé la photo dans le sous-classeur "13" du niveau "Somme 2003" de ma collection de photos sur mon PC. Comme elle s'y trouve entourée de vues diverses de la cathédrale d'Amiens, j'en ai conclu que le lieu d'origine devait se trouver dans le même coin. J'ai alors repéré l'autre photo que voici :
En l'examinant à fort grossissement j'ai vérifié que la tête orne la poutre séparant le premier et le deuxième étage du bâtiment. Et en cherchant sur le net cette maison dans les photos d'Amiens, j'ai pu identifier le bâtiment qui se trouve en effet sur la place devant la cathédrale et apprendre, par la même occasion que mes supputations à propos du moyen-âge ou du 18ème siècle n'avaient strictement pas lieu d'être : le machin s'appelle "La maison du pélerin" et a été construite dans le style médiéval par l'architecte Edmond Douillet en... 1905 !
Encore perdu une bonne occasion de me taire !
La prochaine fois, je ne me creuse pas la tête, je botte en touche !
’Ma grand-mère était tout sauf une grand-mère, comme on peut voir dans les publicités.
Elle ne faisait pas de confitures, et ses cheveux violines qui viraient orange acide en disaient long sur cette manière de se décentrer de l’inéluctable.
Sa mort avait été une surprise, elle qui travaillait à son immortalité. Quand le notaire m’a tendue sa lettre du haut de mes quatorze ans je fus sidérée, fébrile je revois la scène.
Qu'est-ce qu'elle m'a laissé ? Elle ne m’aimait pas pourtant, je ne comprends pas, y a que moi qui ai quelque chose. Un morceau de papier jaillit, se dévide en ribambelle, prend la porte de sortie. Je cours derrière, dévale la pente, trébuche, pique du nez. Mes narines explosent, mes épaules s’éraflent, mes genoux se pèlent, finissent leur course dans un buisson de ronces et d’orties. Je m’essuie le tarin ensanglanté, d’un revers de main, me tourne, découvre, inscrit sur cette langue de grand -mère géante, un message : « Tu t’attendais à quoi ? »
C'est dans cette toute petite commune corrézienne que mon père naquit et passa son enfance et son adolescence. Il aimait ses collines aux formes usées et arrondies aux pieds desquelles se nichent de minuscules villages bien cachés derrière des bosquets de châtaigniers. Sur cette terre pauvre et sauvage où fleurissent les genets flamboyants et les bruyères mauves, les Monédières - montagnettes culminant à environ 1000 mètres - entourent Veix comme pour le protéger et lui garder calme et sérénité. Veix, dans son écrin de verdure, entre monts, rochers, ruisseaux et cascades ne se révèle pas facilement pour qui ne sait y pénétrer vraiment. Pourtant nul ne peut échapper à son charme quelque peu austère quand on l'a apprivoisé. Fouler son sol jonché de mica scintillant, écouter en flânant ses sources vives, admirer ses divers paysages selon les saisons est un enchantement.
Dès mon plus jeune âge mon père me fit découvrir « chez lui » comme il disait. Je ne sais pourquoi je pris rapidement conscience qu'une partie de moi, de mes racines s'ancraient fortement ici. Je me sentais naturellement de ce pays. Monédières se traduit en celte par « montagnes du Soleil Levant » dit l'écrivaine Marcelle Delpastre. Mon nom de jeune fille vient aussi de là, du mot « montagne ». Ceci explique cela sans doute !
Le nom de Veix fut attribué à cette contrée par les celtes et il est très évocateur pour ce qui nous intéresse aujourd'hui. En effet Veix s'est écrit d'abord Ves, Vesco et viendrait du latin « viscum » qui signifie gui. Les druides cherchaient cette plante sur le chêne, l'arbre par excellence. Une touffe de gui poussée là venait du ciel et servait pour le culte, les sacrifices et aussi de remède pour tout mal. Et Veix a sa pierre de sacrifice que l'on appelle simplement ici la Pierre des Druides. C'est dans un lieu sans doute prédestiné, choisi que s'érige un ensemble bizarre de rochers granitiques sur lesquels repose une table plate orientée à l'est – soleil levant donc - en équilibre sur l'un d'eux.
Mon père m'y conduisait quelquefois. Je pense que le mystère qui plane toujours autour de ces rochers l'attirait confusément. Qu'avait-il appris à l'école du village ? Il ne m'en parlait pas, c'était un taiseux. Pour répondre sans doute à l'une de mes questions sur l'usage et l'utilité d'un tel monument il évoqua rapidement les immolations humaines pratiquées dans les temps anciens. Le soleil se couchait ce jour de notre visite et la couleur vermeille qui baignait la roche-table ne manqua pas d'enflammer mon imagination. J'en étais persuadée : le sang avait coulé ici.
Qu'elle ait pu être pour certaines ethnies une pierre maléfique, qu'elle ait servi au culte païen des dieux, du soleil ou même du feu dispensés par les druides au temps des celtes ou même à d'autres peuplades désireuses de célébrer leurs croyances ne fait aucun doute. Que des sacrifices humains et des rites funéraires s'y soient accomplis beaucoup le pensent. Les gens du pays que la magie des lieux n'atteint pas forcément nomment la pierre tout simplement et assez poétiquement le Rocher de la Bergère. C'est vrai aussi que les gardiennes de troupeaux se rencontraient là pour bavarder ou s'abriter en temps de pluie en des temps moins reculés.
Pour moi l'énigmatique Pierre des Druides baigne toujours dans son mystère et toutes les supputations faites autour d'elle n'entameront jamais ma volonté de conserver sa légende. Qu'elle garde à tout jamais son âme et son silence dans la beauté de son lieu sauvage d'enracinement.
La reine, allongée sur son lit, demanda encore une fois à son fils de vérifier sa vieille bucket list.
– Je vous assure, Mère, hormis Monarque centenaire, vous avez coché toutes les lignes : épouser un prince, avoir le plus long règne britannique, posséder tous les cygnes du royaume, sauter en parachute avec James Bond,…et passer une nuit aphrodisiaque avec lui Mais il ajouta : « Ohow, si je puis me permettre, je vois une autre case vierge ». Était-ce le choc, la reine mourante poussa son dernier soupir.
Sur la liste d’Elisabeth, une deuxième ligne ne sera jamais cochée : Porter un tailleur pantalon.
Notre ami Walrus assure avec malice que j'ai « plus d'une tour dans mon sac ». Qu'à cela ne tienne je m'en voudrais de le décevoir. Pas cette semaine. Mais peut être va t-il avoir une déconvenue car ma ziggourat à moi ne se trouve pas en Irak même si le nom de la capitale de ce pays, Bagdad, sonne délicieusement à mes oreilles m'évoquant les contes des Mille et Une Nuits. Non. La tour dont je veux vous parler s'érige en Limousin. Et si je retrace son histoire c'est bien parce qu'elle a un rapport formel avec l'Orient. De plus – coïncidence heureuse – le nom du personnage ayant marqué cet édifice par son passage commence par un « z » : Zizim.
La tour Zizim – c'est ainsi qu'on la nomme – a abrité au 15ème siècle le prince byzantin Djem le Majestueux (Zizim) fils de Mahomet le Second, le terrible sultan de l'empire ottoman. Marivaux a écrit à son sujet une tragédie en prose vers 1733, tragédie d'ailleurs inachevée.
A la mort du sultan, ses deux fils Bajazet et Djem se disputèrent le pouvoir. Après une guerre sans merci Djem fut contraint de fuir, échappant de peu à la mort. Après diverses péripéties il se rendit en Syrie alors sous l'autorité de l'Egypte. Grâce à l'appui du souverain de ce pays il reprit contact avec son frère. Chose curieuse, les deux protagonistes s'écrivaient en vers persans. Mais rien n'y fit : il fallut malgré tout reprendre les armes.
Pourchassé par Bajazet et ses troupes, Djem entra alors en relation avec Pierre d'Aubusson, le grand maître des chevaliers de Rhodes – plus tard de Malte - et lui demanda asile. Il fut décidé que l'on ne pouvait décemment pas lui refuser cette faveur. Mais les chevaliers y voyaient là une opportunité. Ils avaient compris quel profit ils pouvaient tirer du fugitif. C'était l'occasion rêvée de peser contre Bajazet, ennemi juré des chrétiens qui faisait barrage à toutes leurs missions.
Le grand maître de l'ordre, Pierre d'Aubusson donc, s'employa à tirer les ficelles négociant avec les deux adversaires. Il signa un pacte avec chacun d'eux à l'insu de l'autre et attendit le moment opportun où Bajazet serait mis en difficulté pour agir. Mais il lui fallut mettre Djem à l'abri en espérant une occasion propice pour mettre son protégé sur le trône, ce dernier étant plus malléable que son frère, son ennemi juré.
Il le fit embarquer pour la France où le prince qui vouait une confiance absolue à l'égard des chevaliers passait son temps en composant tranquillement des poèmes. D'aventures en aventures à travers l'Europe et surtout en France Djem arriva à Bourganeuf en Creuse où les chevaliers l'emprisonnèrent dans une tour qui porta plus tard son nom ou plutôt son surnom. Il y demeura deux années.
Mais Djem intéressait le pape Innocent VIII qui en demanda la garde aux chevaliers de Rhodde. Il voulait le mettre à la tête d'une croisade en cours de préparation. Un musulman dirigeant une armée de chrétiens contre des musulmans c'était peu banal. L'idée était étrange mais hautement politique. Djem se débrouilla pour refuser cette proposition. C'était sans compter sur les exigences du roi de France Charles VIII qui venait de conquérir l'Italie et qui voyait bien Djem à ses côtés pour aller guerroyer en Orient. Le nouveau pape Alexandre VI fit semblant d'accepter de lui livrer le prince mais avec l'accord du frère ennemi Bajazet il fit empoisonner Djem alors prisonnier à Naples.
Ainsi se termina tragiquement la vie de Djem dit Zizim. On raconte qu'il se plaisait dans sa tour de six étages à Bourganeuf où il disposait de tout le confort y compris de bains turcs. Il y écrivit en vers le récit de sa captivité et de ses amours malheureuses pour Philippine de Sassenage. Un autre conte des Mille et Une Nuits...