Elle m’a dit : Rendez-vous devant l’horloge à Midi. 11h32, suis en avance, assez de temps pour un demi. D’ici je vois toute l’horloge, il n’y a pas de souci, Elle est belle. Je regarde encore sa photo et je souris.
12h47, elle est en retard, allez garçon, la même ! Doit se faire belle encore, pourvu qu’elle m’aime. Nous sommes faits l’un pour l’autre quand même. C’est Meetic qu’il l’a dit, alors, tout de même !
14h02, J’ai faim, un sandwich et deux bières 2h de retard, elle abuse, ferait-elle sa fière ? Allez une grosse glace avec deux cuillères. Un café, un cognac et la note tavernière !
16h38, ah ! La morue, la catin, elle est pas si jolie. L’avait dit le 22 Octobre, à midi, l’abrutie ! Les femmes sont menteuses, encore un Whiskies ! J’vais pleurer ou vomir, je suis complètement cuit !
19h52. Monsieur, faudrait rentrer chez vous. Ouaip, attendre tout un samedi, c’est beaucoup ! Mais on est vendredi, monsieur, une erreur, c’est tout ! Zut flûte et parachute ! J’vais vous dire : J’m’en fous !!
« L’ennui naquit un jour de l’uniformité », se dit Léo, instituteur à la retraite.
Alors il sortit ses couleurs et ses pinceaux, sa scie sauteuse et deux ou trois vestiges de jouets, puis passa un bel après-midi d’automne à faire de cette vilaine boite grisâtre imposée par la Poste un tabernacle digne de recevoir son courrier.
Le soir, satisfait de l’œuvre accomplie, il se repassa une vieille cassette avec John Wayne …
- Non, touchant…cela me fait rêver… comme certainement, celui qui l’a faite…
- Tu me déçois
Dialogue que j’ai surpris alors que j’étais assis sur le banc tout à côté, ces deux-là ne m’ont même pas vu. Trop occupés à s’invectiver. Ils ne vieilliront pas ensemble !
- Papa, maman, regardez ! c’est la maison à Lucky Luke !
- Mon chéri, ne crie pas si fort. Le monsieur là-bas va croire que tu te moques de lui
- Je ne me moque pas ! je suis sérieux ! je te dis que c’est la maison à Lucky Luke
- Mais Lucky Like, c’est une BD… il n’a pas existé.
- Dites, Monsieur, c’est vous Lucky Luke
- Oui, mon garçon.
- Qu’est-ce que je vous avais dit !
L’innocence de l’enfance. Quel plaisir d’entendre ces mots.
- Bonjour, Monsieur. Je suis le journaliste du L’écho Maximois. Nous avons rendez-vous.
- Bonjour, jeune homme. Qu’y a-t-il pour votre service ?
- J’aimerai que vous me parliez de votre boîte aux lettres. Comment vous est venue cette idée ?
- C’est une longue histoire. Vous avez le temps ?
- Tout le temps que vous voulez…
Nous sommes rentrés dans la maison. J’ai sorti la bouteille de guignolet. Il a mis en route sa machine à enregistrer les mots et je lui ai raconté… Quand il est parti, la nuit tombait, il souriait comme un enfant.
AVANT LEURRE C’EST PÂLEUR, APRES L’HEURE C’EST PUS RECELEUR
- Oh, dis donc , t’as vu, Loreille, la belle boîte aux lettres ? Je la piquerais bien pour ma collection ! - Mais enfin, Lardu ! Ce serait du vol à la roulotte !
et
RENVOYER CHEZ EUX ( ???) LES ROMANICHELS
Puisque tous les chemins ne mènent plus à Rome Et que l’on crie haro sur nos déplacements Qui alimentera vos désirs de romans, Vos scénarios de peur et vos rêves de chrome ?
Quelle main raclera le violon sans racines Pour animer la noce ou fleurir les marchés ? A quel charme malin irez-vous raccrocher Ce que nous accolions aux magies enfantines ?
Le monde licencie, les chiens sont dans les niches, Le scénario charrie la morne loi des riches : Semer la haine, éliminer, hurler « chaos » !
Voler des poules est crime à trop petite échelle. La valise bourrée rapporte bien plus gros Et la vente des armes est tout sauf criminelle !
Une espèce de hara-kiri du clown, en quelque sorte !
- Tu aurais pu aussi botter en touche et chanter ceci :
- Aussi ! Avec un peu de chance Sebarjo l'aura fait !
Je venais de déménager. Pour être un peu plus tranquille, un peu plus au vert.
Je m'étais installé dans l'Aveyron, dans un joli petit village, planté sur une colline. Un vieux château moyen-âgeux surplombait la ville qui serpentait sur la crête de son mont ascendant.
Une jolie petite maison en pierre avec une vue extraordinaire. Tout était splendide ici. Je surplombais un petit bois qui longeait paresseusement les méandres de l'Aveyron qui coulait plus ou moins langoureusement aux pieds des murailles de notre fief. C'était vraiment magnifique. Un petit paradis se dressant au-dessus de notre terre.
La maison était petite mais suffisamment grande pour y vivre à deux. Une grande pièce au rez-de-chaussée, à l'étage un ancien grenier à blé aménagé en chambre à coucher. Il y avait tout ce qu'il fallait. Une cheminée, un petit jardin qui nous permettait de faire un mini-potager, une ancienne poulie qui faisait office d'ascenseur.
J'avais un peu personnalisé les lieux. Et entre autre la boîte aux lettres. Il y avait quelques jours encore, j'habitais un peu plus au nord – même de la Loire- dans un drôle de petit patelin, Saint-Marin d'Abbat. On surnommait ce lieu incroyable - qu'une départementale en ligne droite traversait - le village aux boîtes aux lettres. Et pour cause ! Chacun y personnalisait sa boîte aux lettres ! Un vrai jeu de piste pour facteur novice !!!
Alors, c'est vrai qu'une des premières choses que j'avais faites en arrivant ici, c'était d'installer mon ancienne boîte aux lettres. Elle était tellement belle. Une roulotte lunaire, bleue aux volets rouge avec des Z qui les zébraient, comme des ron-rons de gens qui aiment dormir grassement le matin.
Elle avait un succès fou auparavant... Mais là... Elle n'était pas au goût de tout le monde...
Et au premier chef, du facteur...
La preuve avec le premier courrier que je reçus. Qui donc pouvait m'écrire déjà ???
C'était le facteur.
Voici ce que sa plume m'adressa :
Monsieur,
votre boîte à recevoir votre courrier a peut-être une jolie allure mais ce n'est pas cela qui fera accélérer l'allure des plis postaux qui y sont destinés. Et ce n'est pas la forme cubique d'un quatre roues qui fera avancer plus rapidement les choses !!! Croyez-moi, j'en ai vu d'autres, et en matière d'esthétique, elle ne vaut pas un pli !
Car je suis fidèle au (et à la) poste, j'accomplirais bien évidemment ma tache avec attachement, mais tâchez-vous même de ne point entâcher la grandeur postale (souvenez-vous de l'aéropostale, il y en a qui sont morts pour acheminer votre courrier !)
Veuillez ne rien recevoir du tout !
Signé,
A son grand dam, le facteur de monsieur !
Eh bien, quel accueil ! Mieux valait ignorer tout ceci et se la jouer lettre et le néant !
Le lendemain, je ne pensais déjà plus à cette histoire et prenait mon petit déjeuner. Il était à peine onze heures, j'avais décidé d'être un peu plus matinal... Quand soudain, j'entendis deux coups sourds contre la porte d'entrée – assez balèse car brute de mélèze.
Sans me lever, je lâchai un joli « Entrez : » bien sonore.
Rien.
Je finis par l'ouvrir moi-même. Elle n'était même pas verrouillée. En plein dans son milieu était punaisé un papier sur lequel on pouvait lire :
Le facteur frappe toujours deux fois AH AH !!!
Ce n'était point l'oeuvre d'un corbeau mais de mon nouvel « ami », qui vadrouillait à bicyclette de boîte à lettres à boîte lettres.
Finalement, c'était gentil de sa part. Il me signifiait ainsi qu'il m'avait posté une deuxième lettre. Oui c'est cela il devait être gentiment timbré et peu recommandé de l'envoyer valser...
Effectivement, lorsque j'ouvris le coffre de ma roulotte-boîte aux lettres, je découvris un nouveau courrier... Il s'agissait d'une vieille enveloppe jaunie par le temps ( del'aéropostal certainement). Je la décachetai et pus lire ceci :
Une jolie farce car si je ne logeais point à l'Elysée, j'habitais rue des alizés...
Dès potron-minet, les chats du quartier assis en rond chauffent leurs moustaches aux rayons vanillés du printemps. Les gouttières perlent de l'averse de la nuit, l'aube fait frisotter les brins de pelouse.
-Et au fait, les gars, elle habite où ça, la nouvelle, là, la rouquine ?
-T'es bien curieux, Méphisto ! Ne me dis pas que tu en pinces pour cette bourgeoise au pelage carotte ? Elle n'est pas pour toi, tu t'es bien regardé ?
Celui qui vient de dire ça prend des mines de fin connaisseur. Un matois aux yeux fendus en pistaches. C'est Arsène, le chat de la Mairesse. On dirait qu'il s'est déjà réservé les faveurs de la belle.
-Moi je sais où elle crèche ! Dans la petite maison grise à l'entrée du village ! dit Homère, le gros chat blanc de Lucienne, l'épicière, un diabétique nourri à la crème et aux berlingots,
-Il est bizarre le type qui s'est installé là. Pas catholique. Patibulaire mais presque...
-Ha ha ! Très drôle, Méphisto, mais elle n'est pas de toi, pontifie Waterloo, le chef de la bande, un greffier sérieux comme un pape, borgne, et pelé comme un kiwi.
-En attendant, je le trouve louche, moi aussi, ajoute Lexomil, le chat du pharmacien...
-Chut! la voilà !
-Elle est quand même sacrément belle, cette minette, se pourlèche le pauvre Méphisto pendant que ses congénères se tiennent les côtes devant son air déconfit.
-Croyez-vous que je ne vous entends pas, messieurs, aiguiser vos griffes sur mon dos et celui de mon maître ? Sachez que celui-ci est le meilleur des hommes. Il m'a installé chez lui une vraie petite maison rien que pour moi...une jolie maison en forme de roulotte, dit la rouquine en levant son fin museau vers le soleil.
-Pff, tu parles, dans la boîte aux lettres...
-Et pourquoi pas ? De toutes façons, il ne reçoit plus de lettres... La chatte, pensive, marque un temps d'arrêt.
Si vous l'entendiez quand il me joue Chopin au piano, ses cheveux soyeux en bandoulière! Il me sert dans des assiettes de satin, il m'accroche des perles de lune dans le cou. J'ai de petits mouchoirs de miel pour m'essuyer les babines, et de doux chaussons de guimauve pour défroisser mes pattes au crépuscule. Ma petite maison bleue est tapissée de velours et des calicots de brume rose pendent aux fenêtres. Il me traite comme une reine.
-Ben, dis donc, la rouquine, tu es donc toute sa vie! soupirent tous les chats en chœur .
La jolie petite bête a fait son effet dans le cercle des matous.
Ils restent cois. Plus aucun n'ose parler.
-Il est veuf. Et à propos, mon nom est Desdémone. C'était le nom de sa femme. Une belle rousse.
étrange cabale ta bal gitane voyage partout en caravane un peu timbrée sans enveloppe ton beau refrain jamais ne stoppe et cartes sur table pour les lettrés destin de l'air bien envoyé ta bal gitane un peu étrange voyage chez moi comme un bel ange
Cette roulotte qui vagabonde, je crois bien qu’elle sort de mon enfance : c’est une roulotte foraine. ! Chaque année, la Foire du Midi dressait ses tréteaux sur le boulevard. J’aimais violemment cette petite semaine pendant laquelle des hommes jeunes, aux yeux malins et effrontés, échafaudaient les carrousels et les baraques foraines. Nous, les enfants, organisions des parties de cache-cache haletantes, derrière les panneaux qu’on dressait, les toiles tendues autour du ring de boxe où s’affronteraient bientôt un des costauds engagés par le forain et un autre costaud, badaud celui-là, qui lèverait la main dans la foule, avec l’espoir de gagner le tournoi et une petite somme d’argent. Nous rôdions autour des maisons sur roues qui amenaient les gens du voyage, femmes au foulard rouge ceignant des cheveux noirs, gitans élancés, mais aussi des tout petits qui jouaient à même le sol, au pied des trois marches de bois conduisant dans la roulotte.
J’ai essayé souvent de voir l’intérieur, me demandant comment pouvaient vivre ces familles, mais on nous renvoyait farouchement et je n’ai aperçu qu’une pièce étroite et, à une table, une jeune fille qui épluchait des légumes. Français, Italiens, Espagnols, on les reconnaissait à leur accent, et quelques Belges revenaient chaque année, embauchés par le même forain pour animer ses exhibitions :haranguer la foule, hurler dans le porte-voix, ou parader sur scène en costumes chamarrés.
Nous connaissions bien la « Carmencita », elle habitait les Marolles, dont elle avait le parler truculent, mais il me fallut un certain temps pour constater que Carmencita, en dépit de ses œillades et de ses robes bouffantes, de ses éventails et de ses anneaux d’oreille, de son grand chapeau noir coquinement incliné sur l’œil droit, que Carmencita était un homme ! A la ville aussi, elle prenait l’apparence d’une femme et nous la rencontrions quelquefois faisant son marché, moulée dans une petite robe à fleurs, poudrée, fardée, amie des marchandes des quatre saisons qui la servaient en riant quand elle s’affolait du vol insistant d’une abeille malicieuse.
La roulotte du Défi m’a emmenée bien loin. Dans un monde qui n’existe plus, mais dont je me rappelle quelques figures : Madame Blanche prête à prédire tous les avenirs, le caissier du « Tunnel de la mort », qui criait entre deux fournées de spectateurs hardis : « Avancez, avancez, avancez…vous n’en ressortirez peut-être pas »…, le carrousel aux chevaux de bois éternels qui caracolent dans toutes les enfances, et l’étrange sentiment de solitude quand,à la fin de la Foire du Midi s’éloignait la dernière roulotte.
Cette jolie petite boite aux lettres me fait penser à une histoire que l'on m'a raconté il y a longtemps ou que j'ai inventé, je ne sais plus. L'oncle d'un ami, jeune fonctionnaire célibataire, consacrait tout son argent à des voyages. Il partait sur tous les continents, prenait tous les moyens de transport possibles et ramenait une multitude de souvenirs qui encombraient toutes les pièces de son appartement. Sa passion c'était les souvenirs plus que les voyages par eux-mêmes. A chaque retour il remplissait une valise de babioles, vêtements, livres.. Tout ce qu'il pouvait trouver sur le pays qu'il traversait, même les brochures dans les avions, les savons des hôtels, les boites d'allumettes, tout, il ramenait tout. Mais jamais il n'a pu ramener quelqu'un à qui en parler de ses voyages. Personne avec qui partager son espace, alors il remplissait les vides par des souvenirs. Bien plus tard, à la mort de cet oncle, mon ami découvrit en vidant l'appartement de ses mètres cube de choses inutiles, une boite. Une boite à chaussures sans chaussure, mais avec des dizaines de cartes postales expédiées du monde entier. A y bien regarder il comprit en reconnaissant l'écriture qu'elles avaient été toutes écrites par son oncle, pour lui-même. A chacun de ses voyages il s'écrivait plusieurs cartes. Il notait à peu près toujours les mêmes mots « pour toi qui me lira. Souvenirs de xx.. » Peut être était il amoureux de la factrice ou peut être n'avait il plus foi en la vie depuis le début, on ne saura jamais. Car son dernier voyage c'est aussi lui qui l'a programmé. Mon copain, qui avait gardé la boite à chaussures, lisait régulièrement les cartes que son oncle s'adressait. Elles étaient toutes très belles, l'écriture magnifique. De sa plume sortait un vague et très lointain espoir, me disait-il. Le seul peut être qu'il n'ait jamais connu.
La boite aux lettres reste là immobile, bouche bée, espérant encore une réponse de vous. J’ai beau la raisonner, lui expliquer pourquoi. Elle ne veut pas comprendre que l’on puisse envoyer une lettre d’amour sans espoir de retour.
Elle s’amusait beaucoup de nos correspondances. Dans la règle consentie, l’amour était hors jeu.
J’ai tout fait, je le jure, pour étouffer dans l’œuf ce fœtus romantique, palpitant dans mon cœur. Oui, je l’ai malmené, le jetant au panier Oui, je l’ai insulté, rembarré, piétiné, Je l’ai traité d’Alien, Je lui ai dévoilé les tares de ses ancêtres, Je lui ai raconté toutes les tragédies dont l’amour est la cause, Je lui ai chanté les airs de guimauve pour qu’il ait la nausée et qu’il aille se pendre.
Il s’est tu.
Le laissant là pour mort, j’ai suivi le chemin de vos mots à vos mains.
Et puis un matin, je l’ai vu dans la glace, collé à moi comme un frère siamois. Alors, nous vous avons écrit cette dernière lettre.
La dernière lettre, mon amour, à laquelle vous n’avez répondu.