J’ai vu tantôt un de ces chapeaux chers au poète Paul Géraldy (1885 – 1983) qui, en connaisseur, les qualifiait de « grands chapeaux qui font les yeux plus noirs, les joues plus roses et qui cachent si bien les fronts ! ».
Il avait, celui-là, des allures de bonze, un air si comiquement incliné et dévot à la fois qu’en sa vitrine il évoquait à lui tout seul l’antique Chine. Le voyez-vous, mauve et noir, mystérieux, parfumé, guettant la femme aux blonds cheveux , la petite tête qui lui prêtera sa vie, ses secrets, ses rendez-vous ?
Qui coiffera-t-il de son ombre arrondie en coupe, à quel visage donnera-t-il un teint alangui et des lèvres tendres ? Il parera celle pour qui il est né ; on le verra au vernissage, il prendra le thé, s’attardera dans les salons, acceptera discrètement une invitation galante et s’ennuiera le lendemain, de 2 à 5 heures sur le guéridon d’une antichambre. Et il oubliera les mots d’amour, tout bonnement, parce qu’il n’est qu’un petit chapeau frivole, sans plus.
Ce temps-là s’est envolé, même si les chapeaux font quelquefois une offensive qui a son petit succès une saison. Puis ils retournent, penauds, dans leur armoire, où on les oublie définitivement.
J'ai toujours connu ma grand-mère coiffée et maquillée surtout pour sortir et ce jusqu'à quelques semaines avant sa mort vers 90 ans. Elle portait aussi souvent un chapeau. Dans la ville de l'Est où nous vivions, s'habiller comme elle de couleurs vives avec un chapeau distinguait- voire dérangeait- plus que dans certaines plus grandes villes dans d'autres coins que j'ai connues par la suite. C'est peut-être grâce à elle ou par opposition à mes peu ouverts concitoyens que j'ai pris l'habitude de mettre des chapeaux et de m'habiller avec des couleurs vives. Ma grand-mère me disait que j'avais une "tête à chapeau" et personne ne m'a jamais dit le contraire. Si je n'ai pas teint mes cheveux comme ma grand-mère et bien que je ne maquille guère, j'ai mis ma féminité dans des bijoux plutôt voyants et souvent colorés aussi. J'aime coordonner ou opposer les coloris entre mes vêtements, mes chapeaux et mes bijoux. J'avoue aller parfois vers le total look en nuances de roses ou verts par exemplaire, ma couleur préférée étant l'orange. Même dans la grande ville où je vis, on me regarde parfois de travers et à ce moment là, je pense à ma grand-mère avec sa veste et son chapeau bleu pervenche et je me dis: Tiens toi droite, souris et marche.
... soit une demi guinée, c'est le prix du modèle de chapeau que porte le Chapelier fou dans Alice au pays des merveilles.
Je parle du livre de Lewis Carroll et des dessins de John Tenniel, bien sûr, pas de Walt Disney ni de Johnny Depp.
De toute manière, pour ce qui est de travailler du chapeau, nous avons tout ce qu'il faut chez nous. J'en connais même une de folle qui peut remplir les trois rôles de la "tea party":
Alice devant son thé
Le chapelier fou
Le lièvre de mars
Nous avons également Elvis Pompilio qui, pour parfaire l'illusion, déménage régulièrement sa boutique.
Au fait, savez-vous d'où vient cette association fréquente entre les chapeliers et la folie ?
Simplement parce que les poils arrachés à la peau des animaux (lapins, agneaux, castor) étaient traités par des sels de mercure pour en faciliter le feutrage. Beaucoup de chapeliers présentaient donc les symptômes de l'empoisonnement au mercure : pertes de mémoire, insomnie, fatigue, délire.
Dis maman Qu’est-ce qu’elle a sur la tête La reine Elizabeth Un gâteau ou un chapeau Reste poli mon garçon Et ne t’occupe pas du chapeau de la voisine Dis maman Au sujet de la voisine justement Mes amis disent Qu’elle travaille du chapeau Ne répète jamais cela mon garçon Sinon tu devras avaler ton chapeau Et aller t’excuser Mais maman Je n’ai rien fait Pourquoi je porterais Le chapeau Rappelle-toi mon garçon Ce que dit ton papa Que celui à qui le chapeau va Le porte Mais dis-moi plutôt Comment s’est déroulé Ton match de hockey Ah oui ! La partie a démarré Sur les chapeaux de roues Et j’ai fait un tour du chapeau Voilà qui est très bien mon garçon Je suis fière de toi Et je te tire mon chapeau
En complément: Si le chapeau te fait, une chanson de Daniel Guérard, chanteur québécois dans les années 1960
En ce matin lumineux de juin, je m’étais décidé à sortir dans le jardin afin de saluer les arbres bourgeonnants. Comme un pèlerin à l’annonce des beaux jours et longtemps confiné dans cet hiver de neige, la passion des fleurs revenait de plein droit.
Je m’assis dans l’herbe er regardai autour de moi. Tout semblait normal quand je vis la reine d’Angleterre en personne traverser une futaie, alors que les libellules fusaient en tous sens et les hirondelles poursuivaient leur chasse interminable aux insectes invisibles en de longues boucles périlleuses.
Qu’est-ce qu’une reine d’Angleterre vient faire dans mon jardin ?
Je dévisageai la reine affublée d’une charlotte aux fraises en guise de couvre chef .
On m’a dit qu’en venant ici on rigolerait bien dit la reine. J’essayai de trouver les mots adéquats pour dire que j’étais pris au dépourvu. Je n’avais pas prévu qu’une REINE dépressive sur les conseils de son docteur Walrus serait affublée d’une charlotte aux fraises.
J’étais dépassé par la situation et si j’avais eu affaire à un voyou je lui aurais donné une calotte et je serais parti en courant.
La reine s’exprimait comme si elle donnait une conférence et au début je dus faire de gros efforts de concentration. J’ai eu l’idée de lui servir un cognac puis deux, puis trois. La charlotte aux fraises commençait à pencher comme la tour de Pise alors que le métabolisme de la Reine tentait en vain d’éliminer les vapeurs d’alcool .
Ça frisait la profanation ! On aurait dit une chaude lapine qui courait dans tous les sens. Je suis allé chercher une piqûre hypodermique afin de la planter dans son arrière train.
Elle tourna immédiatement de l’œil et la charlotte aux fraise atterrit sur mes chaussures vernies.
J’étais jusqu’alors un gentleman ordinaire, sans éclat, la photo que je pris ce jour là donna à ma vie une trajectoire unique.
C’est sur ce banc de parc que cette histoire a commencé.
Deux hommes y sont assis.
- Êtes-vous superstitieux?, demande l’homme aux yeux rougis. - Je ne vous connais pas, répond l’autre. - Je m’appelle Claude. Êtes-vous superstitieux?, redemande-t-il. - Pourquoi me parlez-vous? - Parce que vous êtes là et que je suis là. - Ce n’est pas une raison. - Pourquoi faudrait-il une raison? - Je ne sais pas. - Alors êtes-vous superstitieux? - Pourquoi me demandez-vous cela? - Pour engager la conversation, pour briser la solitude. - Qui vous dit que je vis dans la solitude? - Ce n’est pas ce que j’ai dit. Vivez-vous dans la solitude? - Je ne suis pas superstitieux. - Et vivez-vous dans la solitude? - C’est possible. Et vous, êtes-vous superstitieux?, demande l’autre. - Je ne sais pas. - Pourquoi poser la question si vous ne savez même pas? - Parce que - Ce n’est pas une réponse. - Vous savez ce qui s’est passé hier? - Non, je ne sais pas. - Si vous ne savez pas, c’est que vous vivez vraiment dans la solitude. - Vous commencez à m’énerver avec ma solitude. - Désolé, je ne veux pas vous énerver. - Qu’est-ce qui s’est passé hier? - Les attaques au Bataclan, dans les restaurants, comme chez Charlie Hebdo. - Comme chez Charlie Hebdo? - Oui, comme chez Charlie Hebdo, mais en plus gros, avec plus de morts et plus de sang. - Non vraiment, je ne savais pas. - Le Président a dit que c’était une déclaration de guerre. - Ah! Les présidents et leurs grands mots. - Et leurs grands chevaux. - Oui, leurs grands chevaux… Mais pourquoi me demandez-vous si je suis superstitieux? - Parce que c’est arrivé un vendredi 13. - Ah bon! - Ma petite-fille y était, dit Claude. - Où ça? - Au Bataclan. - Est-elle blessée? - Définitivement morte. - Ah bon! Mais pourquoi vous me dites tout cela? - À qui voulez-vous que je le dise? - À vos amis, à votre famille. - Je n’ai pas d’amis, je n’ai plus de famille. - Ah bon! - Cessez de dire « Ah bon! ». - Vous aussi, vous vivez dans la solitude? - C’est possible. - Quel âge elle avait votre petite-fille? - 21 ans. - C’est tout jeune. - C’est tout bête surtout de mourir à 21 ans. - Peut-être. - Comment ça « Peut-être » ?, réplique Claude. - La mort est toujours bête. La violence aussi. - La solitude aussi, ça peut être bête. - Ah bon. - Encore vos « Ah bon! ». Avez-vous soif? - Pourquoi vous me demandez ça? - Pour vous inviter à boire. - Pourquoi? - Pour que je sois un peu moins seul. Pour que vous soyez un peu moins seul. Pour que le monde soit un peu moins bête.
Cette porte de la façade de la vieille maison attira mon regard. Je garai ma pollueuse ambulante qui toussait et crachait un gaz pestilentiel et maussade. Dix pas poussifs me traînèrent devant une porte joliment décorée d’une sculpture sur son linteau : Deux têtes se faisant un baiser : « La maison de l’amour »
Située dans une ruelle tortueuse inondée de pipi de chats et de crottes de chiens amenés là par des gens sans figure, des gens que j’exècre depuis longtemps : Je déteste cette humanité qui pue et souille tout sur son passage, je la déteste cette humanité froide et irresponsable !
La porte de l’amour ? Pourrait-elle m’amener à aimer ?
J’en avais bien besoin ! Dans ce monde immense, sec, sans amour, perdu dans les miasmes d’une société qui n’est plus faite pour moi, Je me délitais lentement, je transpirais la peur et la haine de l’autre.
Vieillir, encore, ronger mon frein, ignorer mes voisins qui se débattent dans la fange et l’abjection...
Vivre ? Peut-être pourrai-je encore y parvenir, tant bien que mal, mais y prendre du plaisir ?
Apprendre à aimer, d’accord, mais qui ? …Et qu’est-ce que l’amour ? Enfin ! Qui aime qui, dans ce monde perdu ? Dans ce monde ou seul le fric est indispensable ? Un monde sans pitié, ou tout est achetable, payable à l’avance, un monde ou les putes sont reines et les voyous encensés ! De l’amour ? Ha ! De l’envie, oui, du désir, des besoins basiques, du plaisir frelaté, de la jouissance tarifée, des copains d’apéro, des clopes aspirées sans goût, du vin aigre siroté par des vieilles bouches avides et parcheminées !
Qui pourrait me montrer le chemin pour aimer et être aimé ? Qui saurait me dire les mots qui comptent dans ce monde ingrat qui nous enterre ?
Vous voyez dans quel état d’esprit j’étais ce jour là
« Je décide de passer cette porte joliment ornée de deux têtes amoureuses. Je sonne, un carillon me répond, tinte joyeusement puis la porte s’ouvre en silence : Blanc ! Tout est blanc, limpide, lumineux ! Quelques pas plus loin, une douce musique me guide et m’amène devant une porte entrouverte. Une douce musique s’en échappe, un parfum suave m’enveloppe, est-ce le paradis ? J’’entre dans une pièce décorée de couleurs pastel, une très jolie femme d’une merveilleuse gentillesse m’accueille en souriant. Depuis combien de temps ne m’a t’on pas sourit ? Sans me demander des sous ? « Bienvenu, Monsieur, vous êtes ici pour aimer, et surtout pour vous faire aimer, vous trouverez le programme des cours dans ce livret qui vous est offert. Le livret ne comprenait, en fait, qu’une seule page, un seul paragraphe :
TU AS POUSSE LA PORTE QUI VA TE MENER A L’AMOUR !
Tu as bien fait ! Suis maintenant ces conseils simples et faciles :
Avant tout, Avant de tenter d’aimer, il te faut commencer par t’aimer toi-même : Commence par te pardonner. Dis-toi que tu dois pardonner tes erreurs, sinon, personne ne le fera à ta place, et tu ne pourras pas pardonner celles des autres. Rappelle toi : Si tu ne t’aimes pas, personne ne t’aimera non plus. »
J’eus beau sonner et tambouriner sur cette foutue porte, personne ne m’ouvrit, j’avais fait un rêve éveillé en contemplant le bas relief du linteau. Le songe n’aura duré que quelques secondes, mais je compris ce jour là quelque chose d’essentiel !
Rien ne serait plus jamais pareil dans ma vie. J’ai, depuis, appris à aimer les gens. J’ai décidé d’accorder mon pardon aux autres humains.
« Sauf à ces enfoirés qui font déféquer et uriner leurs chiens devant ma porte ! »
Alain André ( ou « BILLETS DURS » sur canalblog ).
Assis misérablement depuis des heures devant la porte de l’atelier à se geler le cul sur le marbre froid, GILDRIC est impatient de connaître son maître.
Jean Honoré son père a sympathisé l’année dernière avec Monsieur GUTEMBERG qui ouvre aujourd’hui une imprimerie .
Mais ce matin rien n’encourage ce jeune garçon devant la porte close .
Jusqu’ici paysan dans la BOSSE GILDRIC , craint de faire défaut aux attentes du futur maître .
C’est le résultat d’une éducation tronquée inachevée , incomplète et il prie pour ne pas avoir à payer
Son manque de bases.
Ça fait maintenant trois heures qu’il a posé ses pieds sur le port d’Amsterdam.
Il a rêvé là les pieds dans l’eau au creux de ce petit matin et sa curiosité de jeune macque
Le rendait sensible à ce nouvel environnement .
Au milieu des beignets à la viande , et dans la fraîcheur du matin qui lui mordait les tempes GILDRIC se demandait combien de temps il resterait dans cette ville .
Puis il sympathisa avec un petit groupe de marins à peine plus âgés que lui , ruisselants de cordialité , avec d’étranges bonnets sur la tète. GILDRIC les suivit jusqu’à cette porte toujours fermée .
Vêtu d’une tunique blanche et qui portait d’énormes paquets, un jeune homme déposa devant l’atelier la marchandise .
Veille à ce que Monsieur Gutenberg ait tout le papier qui lui faut, puis il disparut dans une ruelle adjacente ..
Les colis étaient mal emballés et GILDRIC put se faire une idée sur la texture du papier .
C’était un petit quartier chaud avec des jardinets et des toits pentus.. En fin de matinée une silhouette massive et grise traversa en face le grand canal.
C’est lui se dit immédiatement GILDRIC , c’est le Maître Gutenberg..
C'est devant cette porte que tout a commencé, je m'en souviens d'autant plus qu'après cet événement ma cheville m'a longtemps fait souffrir et qu'elle en est restée fragilisée ! Ah ces pavés inégaux !!!
Détalant devant une forme monstrueuse qui m'était apparue -une sorte d'extra-terrestre entièrement revêtu d'une combinaison blanche et d'un énorme casque carré ne laissant deviner qu'un visage fantomatique à demi caché par un fin grillage serré- j'avais trébuché sur ces maudits pavés !
Cet horrible monstre se rapprochait d'un pas lourd et il était armé d'un appareil métallique dont il dirigeait la pointe vers moi !
Du bec de cet objet terrifiant sortait une fumée blanche crachotante !!!!!!
L’air était doux en cette fin d’automne, le ciel était d’or, les feuilles de mille couleurs du jaune au rouge en passant par le brun et l’orange éclatant s’écrasaient sous mes pieds dans un bruissement sec mais léger, j’avançai en levant la tête pour essayer de suivre les oiseaux qui virevoltaient autour de moi.
Je traversais le parc de ma maison « du LOBCIN » insouciante, heureuse emplie de ce bien -être qu’il est presque impossible de décrire tant le bonheur est simple et donne une respiration, une marche, une attitude, un regard…En tout cas une rectitude.
Je cueillais quelques branches couvertes de baies rouges, et de longues herbes qui ondoyaient sous la caresse du vent, pour en faire un bouquet lorsque je rentrerais, j’allais jusque ma grille d’entrée pour y ajouter des branches rouges qui se trouvaient juste derrière et quelques fleurs d’automne pour parfaire ma composition.
J’étais à la hauteur des deux colonnes en stuc face à l’entrée du parc, que j’avais ramené de chez un pépiniériste (qui vendait beaucoup de décors majestueux de jardin) je les avais fait poser là, face à cette allée pour donner à mes massifs de fleurs une sorte de majesté, il me restait 3 marches à descendre, sur chacune d’elle j’avais disposé des pots anciens de buis taillés en boule, que j’effleurais à chaque passage.
Lorsque soudain, arrivée à ma grille d’entrée je vis une silhouette, un homme était là me regardant sans doute depuis un moment sans aucune gêne un petit carnet à la main et semblait prendre quelques notes.
-« Bonjour lui dis-je vous cherchez quelque chose ? En quoi puis-je vous aider ? »
-« Vous êtes la propriétaire de cette maison et son magnifique parc ? »
-« Oui en effet !»
-« Je m’appelle Didier Lurczinski je suis écrivain, dit-il en me tendant une main ferme et me regardant droit dans les yeux, je passe très souvent par ici je me gare plus haut pour venir à pieds admirer cette grille et le parc avec ses deux colonnes à l’entrée, et je vous avoue que cet endroit m’attire, je voulais percer le mystère des personnes résidant ici, j’ai toujours eu envie de pousser la grille, mais il n’y a aucun nom, aucune sonnette, même pas de boîte aux lettres » !
- « Le facteur ne passe pas j’ai une boîte à la poste, je ne voulais pas défigurer mon mur, la sonnette n’est pas utile, les amis ont tous un portable et me préviennent de leur passage prévu ou imprévu et je viens ouvrir, je ne pourrais pas entendre, ma propriété est top loin de cette porte, et de toute façon à pieds il me faut une bonne demi-heure de marche pour y parvenir, tous ceux qui me connaissent le savent, c’est pourquoi la famille proche et quelques rares amies ont une clé de cette grille pour entrer, j’en ai fait faire 7 ! »
-« Tout cela me semble à la fois très symbolique et mystérieux, je ne suis pas étonné, d’ailleurs j’avais bâti tout un roman déjà sur la propriété et ses éventuels habitants, voudriez- vous le lire ? Car si tel est le cas je vais chercher des copies dans ma voiture et je vous les donne de suite, votre avis m’intéresse. »
-« Oh oui dis-je » à la fois amusée et perplexe….et je vis partir cet homme grand, fort, au regard bleu lumineux qui m’a plu tout de suite vers la route ombragée… Il arriva à la hauteur d’une voiture rouge vif, de style rétro sport vieille époque magnifiquement entretenue et rutilante, j’étais ravie et pour mieux la voir je fis le même chemin que lui. Arrivée à sa hauteur je ne pus m’empêcher de caresser la carrosserie de ce véhicule de collection pendant qu’il fouillait dans une sacoche pour y extraire les documents qu’il voulait me remettre.
Lorsqu’il releva la tête, il me vit à ses côtés avec un large sourire et me tendit une grosse pochette très épaisse.
-« Vous avez mes coordonnées dedans dit-il, je vous laisse lire tranquillement et vous me ferez signe lorsque vous désirerez en parler avec moi. Au fait puis-je vous demander votre prénom et votre nom de famille si cela ne vous semble pas indiscret que je le sache lorsque vous me téléphonerez ? »
-« Je me nomme Katy Duncan, je ne manquerai pas de vous téléphoner mais pas avant quelques jours car je suis artiste-peintre et je suis en pleine production créative en ce moment, la nature me parle tant en cette saison, je vous téléphone promis ! Et je vous inviterai autour d’un chocolat gourmand si vous aimez le chocolat !»
Je lui tendis ma main qu’il prit dans les deux siennes chaudement, ne me quittant pas des yeux, il dit :
« Alors à tout bientôt Katy »
Il remonta dans sa voiture d’époque, le moteur malgré le temps se mit à vrombir de suite, j’étais fascinée par la beauté du véhicule et le regard de son conducteur….
Je remontai la route pour retourner à ma grille, je repris mon bouquet de baies en mains auquel j’ajoutai les branches rougeoyantes et les fleurs qui m’avaient fait faire ce chemin et cette belle rencontre.
C’est devan sette porte que tout a comancé à foarer !
Déjà Madame Rochet (c’est Manman) avait perdu la clé du garage. Monsieur Durand (c’est Papa) a sorti son paspartou, il a crochté la cérure en disant « Sézame ouvre-toi » et la porte s’est ouverte. Mon papa, il pourait être un roi de la kambriole si qu’il voudrait !
Ensuite la berline était pas très belle. Une caisse verte avec des roues jaunes citron. Hiper kitsch, super esbrouffe.
- C’est quand même une six-chevaus, a dit M. Durand (c’est papa). Avec ça on devrait trasser.
Mais le pire c’est quand on a sorti du cofre une robe de Marie-Thérèse (c’est ma sœur) et qu’on a comandé que je l’enfile. Alors j’ai pleuré. Un garson sa s’habille pas en fille quand mème ! Mème pour partir en vacances ! Madame Rochet (Manman) qui fait gouvernante maintenant a dit :
- Un garson sa pleure pas, non plus !
Elle m’a filé deux tartes et j’ai arété de pleuré. J’avais compris qu’il ne fallait pas « tiscuté ».
- A partir de maintenant tu t’apèles Delfine et tu te tais, jawohl ?
Alors j’ai obéi et j’ai fait du boudin pendan tout le voyage vers chez Tonton Léopold.
Quand on part en vacances, dans la famille, on voyage de nuit parce que… « Parce qu’on fa loin et que les enfants torme tans la foiture. Ca fatike moins le cocher et on n’est pas oplichés t’infenter tes cheux à la con pour les okupper ».
Pourtant sette année, même en partant de nuit, Papa et Manman ont mis le paqué, kestion distractions. C’est carément le carnaval !
Louise-Elisabeth, notre gouvernante, c’est déguisé en barone russe ! Madame de Korff qu’on doit l’apelé ! Elle s’y croit un maksimum ! Elle a pris un air pinsé, mis sa plus belle robe et elle a exijé d’avoir la place du milieu dans le sens de la marche « sinon je vomi » ! Bonjour l’anbianse !
Marie-Thérèse et moi nous sommes les filles de la barone. Monsieur Durand (c’est papa) est son valet de chanbre. Tante Elisabète, qu’il faut apeler Rosalie, est la dame de companie de la barone Russkoff. Manman, qu’il faut apeler Madame Rochet, est notre gouvernante. C’est d’un drole, ce jeu !
- On est inconito, nous a espliqué Papa, enfin, M. Durand. Persone doit savoir qu’on va chez Tonton Léopold alors on dit qu’on retourne chez nous à Franquefort. - C’est quoi alors notre nom ? Korff ou Inconito ? j’ai demender. - Inconito, sa veut dire ni vu ni connu je t’embrouille » a répondu Marie-Thérèse qui a bien voulu, elle, qu’on la rebatise Marinette. - Et pourquoi nos domestics ont une livrée jaune aujourd’hui ? - Ca fait aussi partie de l’inconito. - C’est très voyant, je trouve, l’inconito. - Arète de jacacer, Delfine. Il est deux heures du matin. Vous avez le droi de dormire, les enfans.
J’ai fermé les zyeux et j’ai fait çamblan de roupiller. Mais j'ai pas dormi. Trop eksité ! Il y a eu un long silence et puis papa a dit :
- Nous avons déjà une heure et demi de retar sur l’orair prévu. Qu’avé-vous fichu entre minuit dix et 0 h 35 ? On s’est inkiétés ! - J’ai cherché tu pin pour faire tes santouiches aux petits. Pas troufé un poulancher t’oufer. Ils font quoi la nuit ? Des patars ? - Des patars ? Ah, des bâtards ! A 5 heures, pas à deux. Quand Paris s’éveille. - Che n’ai que te la prioche racisse. - Comme moi ! a plaizanté Papa en tapant sur sa beudène.
Après j’ai dormi vraiment. J’ai levé un œuil à Bondy à 2 h 30. Manman est allé dehor embracer Monsieur Aksel qui nous avait acompaniés à coté et devait retourné à Paris.
A quatre heures le cabriolaid des femmes de chanbre nous a rejoint à Claye-Sully. Elles sont folles de roulé tête au vent !
A dix heures du matin on s’est arétés à Viels-Maison, à l’Auberge du Surgelé, tenue par François Picard depuis trois générations.
Après Chantrix, à 14 h 30, la voiture a failli vercé par deux fois car les chevaus se sont afalés. A l’intérieur de la berline je me suis mis du verni sur les ongles et Marinette m’a mis du rouge aux lèvres. Puis j’ai comancé un journal intime dans lequel je raconte le voyage des Inconito chez Tonton Léopold qui est devenu la barone de Korff et qui habite le pays des saucices de Franquefort où les markizes porte des choucroutes.
A 16 heures, à Châlons-en-Champagne, M. Durand (c’est papa) n’arétait pas de pesté :
- Quatre heures de retard ! Quatre heures de retard !
Mme Rochet (Manman) a dit :
- Fous les hommes, en foyache il n’y a que la moyenne qui conte !
A 19 h 55 on s’est arétés pour manger à Sainte-Ménehould. Après je sais pus. J’ai dormi beaucou. On n’est pas allés plus loin que La Varenne où nous avons trouvé le pont de l’Aire baré par des gardes fransaises. Ils nous ont dit qu’on ne pouvé pas prendre la fille de l’Aire alors on a fait demi-tour.
***
Tant pis pour Tonton Léopold mais moi je suis contan quand même : depuis qu’elle n’est plus Marinette, Marie-Thérèse m’a prêté des poupées et je m’amuse bocou à les habillé et les déshabillé.
Papa lui n’est pas contan. Il n’a pas apressié qu’on l’assignat de nouveau à rézidance.
- Quand on hapite les Tuileris, il n’arife que tes tuiles ! » a dit Manman.
Papa a jeté le journal du matin à la poubèle. J’ai eu le temps quand même de lire le gros titre : « Une fuite d’huiles ! ».
Pourquoi il a mis un s à « huile » ? Il est nul en ortograffe, ce Jean-Paul Marat !
Il y eut d’abord un flash blanc et aussitôt après une brûlure atroce et l’impression d’une myriade de tenailles ardentes mordant chaque muscle, broyant chaque os.
Puis un silence démentiel et le noir de l’abysse.
Combien de temps demeura-t-il ainsi, dans ce néant inconcevable ? Souffrant mille morts, il tombait sans fin sans parvenir à comprendre dans quelle direction il allait. Une lueur au loin, comme une chandelle dans la nuit attira son attention. La sensation de chute prit fin. La souffrance s’éteignit. Il était allongé sur quelque chose qui ressemblait à de la caillasse. Une nuit épaisse et poisseuse l’entourait. Il se releva tant bien mal, un peu sonné, mais conscient. Une brutale bourrasque vint dissoudre le néant dans lequel il stagnait. Dans la nouvelle lumière crépusculaire, il se tenait debout devant une porte. Une stupide porte en bois.
Il ne comprenait rien. Où était passé la porte d’or promise par le guide ? Un doute l’envahit. Il s’efforça de l’enfouir au plus profond de son être. Le doute est l’arme favorite de Satan.
Une aube timide se leva. Tout était calme. Reprenant confiance, il s’approcha de la porte. C’était une très ancienne porte usée par le vent des siècles. Il frappa trois coups discrets comme pour ne pas déranger et attendit. Rien ne se produisit. Il frappa de nouveau, un peu plus fort.
Un rire cristallin résonna. Le rire nubile et pur d’une très jeune fille. D’une vierge.
Un sentiment de soulagement le réconforta. Le guide n’avait pas menti. Il avait triomphé. En actionnant le dispositif, il avait démontré sa bravoure de guerrier sacré. Il avait terrassé la mécréance et la mort.
La porte s’ouvrit lentement ; sans bruit. Il devina plus qu’il ne vit une aurore dorée. Une très jeune femme à la chevelure d’argent se faufila dans l’entrebâillement. Dieu qu’elle était belle. Elle le regardait avec une infinie tendresse. Lui fit un autre pas. Son cœur battait la chamade, mais il sentait une joie intense l’envahir. C’est alors qu’elle prononça quelques mots. Il fronça les sourcils. Ne venait-elle pas de lui demander de regarder derrière lui. Il obtempéra et sursauta. Une foule innombrable se tenait à quelque distance. Ceux des premiers rangs, horriblement mutilés, dégoulinants de sang, l’observaient avec un lourd regard de reproche. Les autres, derrière, semblaient de plus en plus flous et fantomatiques au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient.
Il se tourna vers l’ange en balbutiant une question sans queue ni tête.
L’ange posa une main d’albâtre sur son épaule.
« Ô Mon petit, mon tout petit, qu’as-tu fait ? Ceux que tu vois là sont ceux dont tu as détruit l’existence par ton geste insensé. Les autres sont les enfants et les petits enfants, la descendance qu’ils n’auront jamais. Ceux qui ne verront jamais le jour à cause de ta sottise. N’as-tu pas lu le Livre ? N’as-tu pas compris le sens des mots ? Ô Mon petit, mon tout petit, maintenant, tu dois subir le châtiment. Ce n’est qu’à ce prix que tu pourras un jour franchir la Porte de l’Aurore. »
Lui tenta quelques mots sans suite, mais il comprit qu’il était trop tard. Qu’il n’y avait de pardon possible qu’après avoir expié.
« Tu devras revivre chaque mort, chaque agonie. Tu ressentiras la douleur de ceux dont tu as détruit l’existence jusqu’à ce que les générations s’éteignent, ô mon petit, mon enfant ».
Une larme douce comme une perle fine roula sur la joue de l’ange.
L’obscurité retomba sur lui et une douleur insensée broya son corps en une myriade de fragments. Un bref instant d’immobilité ponctué par un hurlement d’épouvante et cet embrasement qui le consumerait encore et encore ; jusqu’à la fin des temps. Jusqu’au pardon final.
Aujourd’hui je vais vous raconter un conte de fées, un vrai conte de fées. À l’origine j’avais prévu d’inventer une nouvelle histoire merveilleuse – si toutefois mes histoires ne sont que des histoires et pas une autre réalité… –, mais samedi, en allant voir mes chevaux à l’écurie, j’ai vu un conte de fées, sous la forme d’un jeune étalon de trait et d’un ânon, ensemble dans le box à côté de celui de mon poney.
Je ne connais pas les détails de leur histoire, juste les grandes lignes. Ils reviennent tous les deux du couloir de la mort. Je ne sais pas pourquoi, je sais juste comment. Une dame s’est retrouvée chez un maquignon, elle a vu le poulain et l’a racheté. Au moment de partir, elle a vu l’ânon et il lui a fait tellement de peine qu’elle l’a acheté aussi, puis elle les a amenés tous les deux dans notre petite écurie.
Ils ne sont pas maigres – normal, ils devaient être vendus pour leur viande –, mais ils sont sales et effrayés. Leurs sabots sont bien trop longs, et l’étalon, bien que jeune, n’a presque plus de dents. Je n’ai pas fait de photos, ils font trop mal au cœur. Samedi, ils se sont laissé amadouer par un bout de pain, l’ânon étant bien plus méfiant que son compagnon. Dimanche, quand je suis retournée à l’écurie, ils étaient dehors et découvraient une merveille : un pré. Je suis restée longtemps avec eux, et si l’ânon est resté prudent, l’étalon a découvert les caresses, et j’ai vu la peur et la tristesse quitter en partie son œil si doux.
Je ne sais même pas s’ils ont un nom, mais vendredi 18 mars 2016, une porte s’est ouverte pour eux.
Il s'appelait Ernest Elle s'appelait Lucie Il arrivait de Brest Elle venait de Nancy
Et moi je suis l'eau tiède qui frémit et déborde Moi, je suis le seau bleu qui glisse du rebord La concierge m'a mal dosée La concierge m'a mal posé Et nous tombons ...
Moi je trempe Lucie qui déclare : Il pleut ? Je chapeaute Ernest qui dit : C'est la nuit bleue ?
Avec douceur , ils se sont entr'aidés Et grâce à nous, tout a commencé !
Elle avait claqué la porte. Une fois de plus. Après quelques semaines, elle retrouva la sérénité et l'envie de vivre. Intensément. Elle s'acheta un carnet de voyage et nota en première page, tous les lieux où elle se rendrait en villégiature. L'Italie, le Portugal, la Grèce, l’Éthiopie, New York, Milan pour la Scala et Venise pour la Fenice.
Dix mois plus tard, elle partait en vacances pour une destination qu'elle n'avait pas notée. Le Languedoc. Elle avait fait deux réservations. Une chambre dans un hôtel de l'agglomération montpelliéraine. Une autre dans un hôtel au cœur de la cité grande cité occitane.
La première semaine, elle visita les villages et sites conseillés dans le guide touristique. Elle fut émerveillée de tant de beautés, dont les couchers de soleil sur la Camargue.
La deuxième semaine fut consacrée à Montpellier. Elle commença par l’Écusson. Guide en main, elle découvrit la Place de la Comédie sous un soleil de plomb. Elle la quitta rapidement et s'engagea dans les ruelles avoisinantes, décidée à suivre l'itinéraire des coquilles saint jacques de cuivre, encastrées entre les pavés polis. La foule était dense. Elle s'écarta un instant de sa route. Elle tomba en arrêt devant une porte cochère, calée sous un arc roman. Elle eut l'impression d'être épiée. Mais elle avait beau regarder autour d'elle, elle ne remarqua aucun présence. Elle reprit son itinéraire initial : lo camin Romieu. Au fil des heures, la sensation étrange ne faiblissait pas, que du contraire.
Vers treize heures, elle s'arrêta à une terrasse pour déguster une salade. Lorsqu'elle ouvrit son sac, elle découvrit une feuille pliée en quatre : - Je vous ai vue. Elle regarda autour d'elle, haussa les épaules, déchira la missive et déposa les morceaux sous le set de table. Elle continua sa promenade. Parfois, elle changeait brusquement de direction. Elle jetait alors un coup d’œil rapide vers les fenêtres ou les vitrines. Elle ne détecta rien de particulier mais abrégea sa première sortie. Dans sa chambre, elle déposa son sac, enleva ses chaussures et s'allongea sur le lit. Elle frissonna, se leva, fouilla dans son sac et retrouva la missive dont les morceaux avaient été soigneusement recollés avec du ruban adhésif invisible. Ses mains tremblaient. Elle ne savait que faire. Ignorer ? Prendre en considération ? Informer… Qui ? Et, la croirait-on pour un événement si ténu ? En soirée, elle se fit conseiller un restaurant à proximité de l'hôtel. Elle picora dans son plat, mais apprécia son dessert.
Elle regarda distraitement la télé puis zappa jusqu'à ce qu'elle tombât sur les informations locales. Aucun événement insolite n'était signalé. Elle prit quelques granules homéopathiques. Elle vérifia la fermeture des fenêtres et s'endormit, bercée par le ronronnement du climatiseur.
A son réveil, elle inspecta la chambre et son sac. Rien d'anormal. Elle prit son petit déjeuner. Elle découvrit une feuille pliée en quatre sous sa tasse. - J'espère vous revoir. Rageusement, elle déchira la missive, déposa les confetti dans un ravier et versa une rasade de café par dessus.
Pour cette journée, elle avait décidé de partit à la découverte des trompe- l’œil. De rues en ruelles et d'impasses en placettes, elle marchait le nez en l'air ! Il n'en restait plus qu'une à trouver - selon la liste de l'Office du Tourisme. Mais elle avait les pieds en feu et la gorge comme du buvard. Elle rechercha une terrasse ombragée, s'affala sur la chaise et ferma les yeux. Une main frôla son épaule : - Madame, vous sentez-vous bien ? Désirez-vous un verre d'eau ? Elle rassura la serveuse, et lui demanda un jus de fruit. A son retour, elle engagea la conversation tout en s'étonnant de sa hardiesse. Elle lui fit part de son dépit à ne pas avoir trouvé le dernier trompe-l’œil. - Avez-vous vu celui-ci, dit la serveuse en pointant le doigt vers le mur d'en face. Il était là. Illusion parfaite. Elle ouvrit son sac pour régler la note et vit une enveloppe beige. - Vous ne me tromperez pas ! L'inquiétude succéda à l'agacement. Elle demanda à la serveuse si elle avait vu une personne rôder près de sa table. La réponse fut négative.
Elle n'allait tout de même pas écourter ses journées ou ses vacances pour un « cinglé », ni se rendre dans un commissariat pour déposer une plainte. Elle entendait déjà une voix rigolarde lui dire : « Comment ? Quelques mots anodins, une plaisanterie d'un touriste taquin... » Elle termina sa journée dans un salle de cinéma, peu lui importait le film. Elle avait la tête ailleurs.
Sa nuit fut mauvaise malgré toutes les précautions. Les questions et les hypothèses dansaient une folle sarabande.
Le lendemain, elle étudia soigneusement son parcours. Elle repasserait devant la porte cochère à l'arc roman, histoire de conjurer le mauvais sort. Grand mal lui en prit. A peine arrivée devant cette maudite porte, elle se tordit la cheville. Elle partit en claudiquant à la recherche d'une pharmacie. Elle montra sa cheville tuméfiée. Le pharmacien la pria de s'asseoir et lui fit un bandage. Il lui recommanda de ne pas forcer. Elle obéirait, tant pis pour cette journée perdue. Elle ouvrit son sac d'une main tremblante. Elle s'empara de son porte-feuille et blêmit quand elle vit le feuillet glissé à l'intérieur. - Vous ne m'échapperez pas. Elle perdit connaissance. Elle se réveilla, non pas dans sa chambre d'hôtel, mais dans une chambre d'hôpital. Elle passa les examens réglementaires. - Rassurants. Un peu de fatigue et la chaleur, déclara le médecin. Elle hésita un instant. - Oui ? - Non, rien…
De retour à l'hôtel, elle s'excusa et expliqua les raisons de son absence. Elle parla des lettres. - Quelqu'un semble vous en vouloir, ce n'est pas seulement une plaisanterie… Elle ne voulait pas se laisser abattre. Elle reprit ses balades. Le Jardin des Plantes, les plus beaux vestiges médiévaux dont la plus ancienne maison à colombages mais aussi, la coquille de l'Hôtel de Sarret, la Tour des Pins, la Tour de la Babotte, l'Hôtel de Cambacérès. Elle avait l'audace de pousser des portes et de s'aventurer dans les cours intérieures. Elle respirait.
Dans son sac, son téléphone portable bipa. Un texto. - Ce n'est qu'un début. De la poche intérieure, un carton dépassait : - Je vous suivrai partout.
Prise de panique, elle se mit à courir. Les gens se retournaient sur son passage. Elle arriva essoufflée à l'hôtel. Elle appela au secours, demanda sa note, expliqua dans un discours décousu le harcèlement dont elle était victime. Elle jeta les lettres en vrac et chercha le texto. Elle demanda qu'on l'accompagnât au commissariat le plus proche. Dans le taxi, son portable se mit à couiner sur un rythme endiablé. La violence des messages s'accentuait.
Une enquête fut ouverte. Elle serait informée.
Elle quitta le Languedoc pour son pays. Sa vie devint un cauchemar. Missives sans empreintes. Téléphone non traçable. Le harcèlement continuait sans relâche. Aucune piste. Aucun résultat. Peine perdue. Peur au ventre. Pour combien de temps ?
La nouvelle tomba un soir d'hiver. On avait retrouvé le corps de son ex-mari au bord de la rivière. Suicide ou meurtre ? On ne le savait pas encore avec certitude, mais des éléments troublants... Chez lui, on trouva un carnet au contenu édifiant. L'organisation de sa surveillance dès son départ du domicile conjugal, les compte-rendus journaliers, des photos, la liste des sorties et des rencontres, Montpellier, les coordonnées des complices….
Elle soupira. Une porte se fermait enfin. Elle se sentit libre. La vie reprenait son cours. Elle ouvrit son carnet de voyage et, les yeux fermés, pointa une destination…