C’est devant cette porte que tout a commencé, devant oui, mais devant...  à l’intérieur !

Une grande porte close au centre des murailles de la jolie ville de Guérande, chère à mon cœur, sise alors dans les années 1920.

 


00guerande

                       

La ville fortifiée attend près du marais,
Entourée de brumes bleues et de vents conquérants.
Où sont partis les bois et les grands champs de blé ?
Les passereaux se taisent, les mouettes se chamaillent,


Les canaux font le siège, des hérons y guerroient,
Sous le crissement du sel, le pleur des salicornes,
Le sifflement des barques, le souffle des écluses,
Mais aux sables des murs mon âme reste fidèle...

 


Et puis, on ne sait pas bien... Une perturbation électromagnétique au Triangle des Bermudes, un micro trou noir traversant la Terre  soudainement, une lubie extra-terrestre ? Toujours est-il qu’un quarteron de personnages d’une dimension parallèle à la nôtre fit son irruption dans la cour pavée intérieure.

Un peu comme dans Stargate en fait.

C’est devant cette sombre porte que tout a commencé. Ils étaient littéralement cousus d’or, ils en avaient de pleins sacs avec eux. Ils n’étaient même pas dépaysés. Tout était identique, ici. Chez nous. 

Il y avait pourtant une différence notoire, et ils la connaissaient bien. Les Lois du marché, ici, dans notre monde, n’étaient pas encore maîtrisées et la tendance aux bulles spéculatives toxiques était latente.

Il y aurait de l’or à prendre !

C’était certain pour ces quatre personnages hauts en couleur, de l’Ordre du Trader, et en y étant Grands Chevaliers en plus... Ils ouvrirent la lourde porte, et telle une boîte de Pandore la ville de Guérande cracha son venin.

Le 25 juin 1920, nos preux Chevaliers embarquèrent à bord du RMS Olympic, "the Old Reliable", pour le Saint Graal de la Bourse à New York.

Vous me direz : pourquoi donc une arrivée à Guérande ? Mystère. Peut-être que seuls les lieux chargés d’histoire, comme les villes fortifiées du vieux continent, permettent une concentration d’énergie telle que des portes dimensionnelles peuvent s’ouvrir.

La suite de l’histoire fut facile et bien connue. Bien intégrés à leur époque, passant inaperçus, ils injectèrent et blanchirent leur or. Ils créèrent les Call Loan, un nouveau système d’achat d’actions à crédit, ce qui mina, corrompit, salit insidieusement le système financier. Alors, ils coincèrent la bulle et attendirent.

Puis un jour ce fut le Jeudi Noir à Wall Steet. Tout bascula.

Nos Chevaliers Trader firent le voyage dans l’autre sens, et de pleins chariots remplis d’or s’engouffrèrent par la grande porte de bois.

Si un jour vous passez par Guérande, vous constaterez combien les deux grosses pierres qui encadrent la porte portent encore les traces des roues ferrées de leurs chariots fous.

Oui, c’est derrière*  cette porte que tout a commencé.

 


La Bourse ou la Vie

Que conte tout ceci : le malheur mis en scène ;
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir,
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

C’est cette Ourse qui vend sa peau sans émouvoir
La Chèvre à patte blanche, et aussi cette vaine
Colombe au clair ruisseau qui divorce au perchoir
Que conte tout ceci : le malheur mis en scène.

C’est la fable du Roi, la bête herculéenne,
Qui, ayant trop longtemps patienté pour avoir
Du Lapin au palais, sous la rosée, amène
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir.

Et l’écrit du Corbeau au Renard est si noir,
Que Raminagrobis*, en puissant capitaine,
Ronronne et puis sourit aux défenses d’y voir
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine.

La raison du plus fort, des Loups aux Agneaux, gêne
Ce doux protagoniste et ce grand Léopard,
Leur talent en costume en bigarre l’arène,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

La Basse-cour d’argent fait faillite ce soir,
La Poule, au jeu de l’Oie, aux œufs d’or pond sa peine,
Le Canard a perdu l’Amérique et l’espoir ;
C’est ce que n’a pas dit Monsieur de La Fontaine
Que conte tout ceci…

 

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* D’aucuns diront : Oui... heu... Cavalier, il prend le contre-pied du défi !

Je répondrais : Oui, et à l’or ?

* Raminagrobis : le chat chez Jean de La Fontaine