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L’air était doux en cette fin d’automne, le ciel était d’or, les feuilles de mille couleurs du jaune au rouge en passant par le brun et l’orange éclatant s’écrasaient sous mes pieds dans un bruissement sec mais léger, j’avançai en levant la tête pour essayer de suivre  les oiseaux qui virevoltaient autour de moi.

Je traversais le parc de ma maison « du LOBCIN » insouciante, heureuse emplie de ce bien -être qu’il est presque impossible de décrire tant le bonheur est simple et donne une respiration, une marche, une attitude, un regard…En tout cas une rectitude.

Je cueillais quelques branches couvertes de baies rouges, et de longues herbes qui ondoyaient sous la caresse du vent, pour en faire un bouquet lorsque je rentrerais, j’allais jusque ma grille d’entrée pour y ajouter des branches rouges qui se trouvaient juste derrière et quelques fleurs d’automne pour parfaire ma composition.

J’étais  à la hauteur des deux colonnes en stuc face à l’entrée du parc, que j’avais ramené de chez un pépiniériste (qui vendait beaucoup de décors majestueux de jardin) je les avais fait poser là, face à cette allée pour donner à mes massifs de fleurs une sorte de majesté, il me restait 3 marches à descendre, sur chacune d’elle j’avais disposé des pots anciens de buis taillés en boule, que j’effleurais à chaque passage.

Lorsque soudain, arrivée à ma grille d’entrée je vis une silhouette, un homme était là me regardant sans doute depuis un moment sans aucune gêne un petit carnet à la main et semblait prendre quelques notes.

-« Bonjour lui dis-je vous cherchez quelque chose ? En quoi puis-je vous aider ? »

-« Vous êtes la propriétaire de cette maison et son magnifique parc ? »

-« Oui en effet !»

-« Je m’appelle Didier Lurczinski  je suis écrivain, dit-il en me tendant une main ferme et me regardant droit dans les yeux, je passe très souvent par ici je me gare plus haut pour venir à pieds admirer cette grille et le parc avec ses deux colonnes à l’entrée, et je vous avoue que cet endroit m’attire, je voulais percer le mystère des personnes résidant ici, j’ai toujours eu envie de pousser la grille, mais il n’y a aucun nom, aucune sonnette, même pas de boîte aux lettres » !

- « Le facteur ne passe pas j’ai une boîte à la poste, je ne voulais pas défigurer mon mur, la sonnette n’est pas utile, les amis ont tous un portable et me préviennent de leur passage prévu ou imprévu et je viens ouvrir, je ne pourrais pas entendre, ma propriété est top loin de cette porte, et de toute façon à pieds il me faut une bonne demi-heure de marche pour y parvenir, tous ceux qui me connaissent le savent, c’est pourquoi la famille proche et quelques rares amies ont une clé de cette grille pour entrer,  j’en ai fait faire 7 ! »

-« Tout cela me semble à la fois très symbolique et mystérieux, je ne suis pas étonné, d’ailleurs j’avais bâti tout un roman déjà sur la propriété et ses éventuels habitants, voudriez- vous le lire ? Car si tel est le cas je vais chercher des copies dans ma voiture et je vous les donne de suite, votre avis m’intéresse. »

-« Oh oui dis-je » à la fois amusée et perplexe….et je vis partir cet homme grand, fort, au regard bleu lumineux qui m’a plu tout de suite vers la route ombragée… Il arriva à la hauteur d’une voiture rouge vif, de style rétro sport vieille époque magnifiquement entretenue et rutilante, j’étais ravie et pour mieux la voir je fis le même chemin que lui. Arrivée à sa hauteur je ne pus m’empêcher de caresser la carrosserie de ce véhicule de collection pendant qu’il fouillait dans une sacoche pour y extraire les documents qu’il voulait me remettre.

Lorsqu’il releva la tête, il me vit à ses côtés avec un large sourire et me tendit une grosse pochette très épaisse.

-« Vous avez mes coordonnées dedans dit-il, je vous laisse lire tranquillement et vous me ferez signe lorsque vous désirerez en parler avec moi. Au fait puis-je vous demander votre prénom et votre nom de famille si cela ne vous semble pas indiscret que je le sache lorsque vous me téléphonerez ? »

-« Je me nomme Katy Duncan, je ne manquerai pas de vous téléphoner mais pas avant quelques jours car je suis artiste-peintre et je suis en pleine production créative en ce moment, la nature me parle tant en cette saison, je vous téléphone promis ! Et je vous inviterai autour d’un chocolat gourmand si vous aimez le chocolat !»

Je lui tendis ma main qu’il prit dans les deux siennes chaudement, ne me quittant pas des yeux, il dit :

« Alors à tout bientôt Katy »

Il remonta dans sa voiture d’époque, le moteur malgré le temps se mit  à vrombir de suite, j’étais fascinée par la beauté du véhicule et le regard de son conducteur….

Je remontai la route pour retourner à ma grille, je repris mon bouquet de baies en mains auquel j’ajoutai les branches rougeoyantes et les fleurs qui m’avaient fait faire ce chemin et cette belle rencontre.

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