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Le défi du samedi

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26 mars 2016

Jeudi Noir (Cavalier)

C’est devant cette porte que tout a commencé, devant oui, mais devant...  à l’intérieur !

Une grande porte close au centre des murailles de la jolie ville de Guérande, chère à mon cœur, sise alors dans les années 1920.

 


00guerande

                       

La ville fortifiée attend près du marais,
Entourée de brumes bleues et de vents conquérants.
Où sont partis les bois et les grands champs de blé ?
Les passereaux se taisent, les mouettes se chamaillent,


Les canaux font le siège, des hérons y guerroient,
Sous le crissement du sel, le pleur des salicornes,
Le sifflement des barques, le souffle des écluses,
Mais aux sables des murs mon âme reste fidèle...

 


Et puis, on ne sait pas bien... Une perturbation électromagnétique au Triangle des Bermudes, un micro trou noir traversant la Terre  soudainement, une lubie extra-terrestre ? Toujours est-il qu’un quarteron de personnages d’une dimension parallèle à la nôtre fit son irruption dans la cour pavée intérieure.

Un peu comme dans Stargate en fait.

C’est devant cette sombre porte que tout a commencé. Ils étaient littéralement cousus d’or, ils en avaient de pleins sacs avec eux. Ils n’étaient même pas dépaysés. Tout était identique, ici. Chez nous. 

Il y avait pourtant une différence notoire, et ils la connaissaient bien. Les Lois du marché, ici, dans notre monde, n’étaient pas encore maîtrisées et la tendance aux bulles spéculatives toxiques était latente.

Il y aurait de l’or à prendre !

C’était certain pour ces quatre personnages hauts en couleur, de l’Ordre du Trader, et en y étant Grands Chevaliers en plus... Ils ouvrirent la lourde porte, et telle une boîte de Pandore la ville de Guérande cracha son venin.

Le 25 juin 1920, nos preux Chevaliers embarquèrent à bord du RMS Olympic, "the Old Reliable", pour le Saint Graal de la Bourse à New York.

Vous me direz : pourquoi donc une arrivée à Guérande ? Mystère. Peut-être que seuls les lieux chargés d’histoire, comme les villes fortifiées du vieux continent, permettent une concentration d’énergie telle que des portes dimensionnelles peuvent s’ouvrir.

La suite de l’histoire fut facile et bien connue. Bien intégrés à leur époque, passant inaperçus, ils injectèrent et blanchirent leur or. Ils créèrent les Call Loan, un nouveau système d’achat d’actions à crédit, ce qui mina, corrompit, salit insidieusement le système financier. Alors, ils coincèrent la bulle et attendirent.

Puis un jour ce fut le Jeudi Noir à Wall Steet. Tout bascula.

Nos Chevaliers Trader firent le voyage dans l’autre sens, et de pleins chariots remplis d’or s’engouffrèrent par la grande porte de bois.

Si un jour vous passez par Guérande, vous constaterez combien les deux grosses pierres qui encadrent la porte portent encore les traces des roues ferrées de leurs chariots fous.

Oui, c’est derrière*  cette porte que tout a commencé.

 


La Bourse ou la Vie

Que conte tout ceci : le malheur mis en scène ;
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir,
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

C’est cette Ourse qui vend sa peau sans émouvoir
La Chèvre à patte blanche, et aussi cette vaine
Colombe au clair ruisseau qui divorce au perchoir
Que conte tout ceci : le malheur mis en scène.

C’est la fable du Roi, la bête herculéenne,
Qui, ayant trop longtemps patienté pour avoir
Du Lapin au palais, sous la rosée, amène
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir.

Et l’écrit du Corbeau au Renard est si noir,
Que Raminagrobis*, en puissant capitaine,
Ronronne et puis sourit aux défenses d’y voir
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine.

La raison du plus fort, des Loups aux Agneaux, gêne
Ce doux protagoniste et ce grand Léopard,
Leur talent en costume en bigarre l’arène,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

La Basse-cour d’argent fait faillite ce soir,
La Poule, au jeu de l’Oie, aux œufs d’or pond sa peine,
Le Canard a perdu l’Amérique et l’espoir ;
C’est ce que n’a pas dit Monsieur de La Fontaine
Que conte tout ceci…

 

00 bourse1 

00 bourse2 


* D’aucuns diront : Oui... heu... Cavalier, il prend le contre-pied du défi !

Je répondrais : Oui, et à l’or ?

* Raminagrobis : le chat chez Jean de La Fontaine

 

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26 mars 2016

Don Mézigue et la voie lactée (Vegas sur sarthe)


[...]
Nous partîmes à vingt; la troupe était balourde,
Nous n'étions plus que dix en franchissant la lourde,
A nous voir hésiter, nos grands seaux à la main
Les plus terrorisés m'ont crié “A demain!”
J'en pousse les deux tiers, c'est fastoche on est dix,
parmi eux Marcellin, Joseph et puis Candice;
Le reste, dont le nombre fondait à toute heure,
Brûlant de se tirer, montre son postérieur,
Se couche dans la bouse, ou sous quelque ballot
Me laissant seul debout comme un con, les salauds!
Par mon commandement plus aucun d'eux ne bouge,
on ne respire plus... c'est un truc de peau-rouge.
Cette obscure clarté qui tombe des borgnottes*
me cache l'ennemi et ça fout les chocottes.
Ça piétine devant, c'est l'ennui du bétail
Les vaches et leurs veaux avancent au portail.
On les laisse passer ; qu'aurait-on fait de mieux:
Leurs cornes sont pointues et je suis chatouilleux.
Notre profond silence est juste perturbé,
par un pet de Matthieu, une odeur à gerber ;
Les ruminants surpris agitaient leurs clarines,
on a posé nos seaux pour boucher nos narines.
Nous nous levons alors, au bord de l'asphyxie
A part le gros Matthieu honteux qui reste assis.
Les nôtres, empuantis, cherchent un air meilleur
traitant de tous les noms l'impudent mitrailleur.
L'épouvante les prend à demi suffoqués
Avant que de combattre ils ont déjà craqué.
Ils couraient à la traite, et battent en retraite ;
Les gaz suffocants, toxiques nous arrêtent,
Et nos yeux larmoyants voient s'enfuir nos bestioles,
Quand notre pétomane en rajoute et rigole.
La honte de mourir sans avoir trait nos vaches
Nous pousse dans la rue, furieux mais bravaches.
Contre nous de pied ferme alors elles font face
Les nerveuses devant, derrière les feignasses.
Qui de son botte-cul et qui du tabouret
Matraque les cornues à la tête, aux jarrets.
Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbres
Sont restés superflus de ce combat funèbre
Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il portait,
Comprenait maintenant que la traite avortait.
Les pis étaient ventrus, les mamelles gonflées
On allait en rentrant se prendre une muflée
Mais voilà il faudrait bien qu'un jour on les traie
que Matthieu et ses vents se fassent plus discrets.
Cette histoire a vécu, l'Europe nous épie
et notre voie lactée roule de mal en pis.


* borgnotte: lucarne, petite fenêtre

26 mars 2016

Apparition (Walrus)

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Un jour, je l'avais entrevue derrière les carreaux de la fenêtre surplombant la porte cochère.

Je n'étais pas loin de croire que c'était sa présence qui avait fait de ce côté de la rue "The Sunny Side of the Street".

Depuis, je trouvais toujours une occasion de passer lentement sur le trottoir d'en face, discrètement pensais-je, puisque j'étais plongé dans l'ombre protectrice du presbytère.

J'espérais que le miracle finirait par se reproduire et entre-temps, j'imaginais mille scénarios où la pauvre enfant, promise aux pires vicissitudes, n'y échappait que grâce à mon héroïque intervention. La glycine sans doute me poussait à l'escalade.

Quand j'étais un peu moins exalté, je versais plutôt dans le romantisme, rêvant de sérénade, le pied sur le chasse-roue, la guitare à la main, tantôt Roméo (Ah lève-toi soleil, fait pâlir les étoiles...), tantôt Nougaro (Je suis sous ton balcon...).

Bref, dans ces moments, je crois que Fairywen elle-même n'aurait pas été plus inspirée.

Mais pour tout dire, la grimpette aux arbres n'est pas mon fort et, côté guitare, si je suis plutôt Padre Soler que Jimmy Hendrix, mon jeu sur l'instrument ferait passer Béart pour un virtuose, c'est vous dire ! J'ai bien une trompette, mais côté romantisme, même avec une sourdine...

Donc, je passais et repassais, mais rien ne se passait de ce que j'espérais.

À force de lorgner, sans trop en avoir l'air, la fenêtre miraculeuse, j'avais négligé celles du presbytère. Pas de problème pour le curé, vous connaissez la chanson :

Les curés dans leur presbytère
Boivent du vin et de la bière
Et pourquoi n'en boiraient-ils pas
Puisque leur évêque ne leur défend pas
Pourvu qu'ils chantent alleluia alleluia!

Mais dans les presbytères, y a pas que les curés, y a aussi leurs bonnes ! Et dans celui qui nous concerne, y en avait bien sûr une, une qui avait remarqué mon manège et avait fini par penser que c'est autour d'elle que je tournais.

Un beau jour, elle m'est tombée sur le paletot et m'a entraîné derrière l'église.

Depuis, peuchère, j'ai oublié la porte cochère !

19 mars 2016

Défi #395

Vieille porte - Copie

A vous de nous éclairer sur cet événement

en nous envoyant vos trouvailles à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

19 mars 2016

Y sont allés plein pot !

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19 mars 2016

LE POT DE LA FORTUNE (Alain André)

aa

Mon pote PAUL, nous invite souvent à diner moi et mon épouse,  « à la fortune du pot », dit-il. A  voir le contenu du pot en question, tu te dis qu’il a effectivement dû faire fortune, ça,  on peut dire qu’il a du pot, PAUL !

Il y a des pots brillants et des poternes. 

Il a bossé comme un sourd toute sa vie, du coup, il est devenu sourd comme un pot. L’ORL le lui a bien dit : « Au point ou vous en êtes il est inutile de vous mettre un appareil, apprenez plutôt la langue des signes ! »

 Sacré vieux PAUL, mon pote âgé ! Avec lui, pas question de tourner autour du pot ! Quand il te demande de l’aide,  il faut se magner le popotin ! Et si tu lui caches quelque chose, il découvrira le pot aux roses !

 Mon pote Paul, il serait plutôt potache, un peu soupe au lait ( potage) peut-être ?  Il a tendance à être potomane ! Moi aussi je bois beaucoup d’eau mais uniquement avec le pastis.

Bon, ce n’est pas comme Pierre, il manque de pot Pierre, avec un nom de famille pareil : Il s’appelle PONS !  Pierre PONS !

J’ai rencontré un mec, ICHE il s’appelait.  Mon pote ICHE, ah, celui la ! Plutôt un habitué des salons !

Je me demande parfois  « ou cours-je » : - J’irai ou mes potes iront !

Enfin, pour tout dire, quand on manque de pot, il  faut avoir de bons potes fortunés, des qui sauront te faire la popote ! Mais s’il ne faut pas mettre toute sa fortune (ses sous) dans un même pot, en revanche, on peut faire des bonnes soupes dans des vieux pots de fortune, des vieux pots mais pas pourris !

 ( C’est malheureux, mais ça ne s’est pas vraiment arrangé avec le temps, mes jeux de mots pourris!)

 

19 mars 2016

Deux ans déjà par bongopinot

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Ça fait deux ans que je suis au samedi-défi avec vous

Et j'attends avec impatience le samedi c'est fou

Pour lire, commenter vos billets, c'est un délice

C’est pour moi toutes les semaines comme un feu d’artifice

 

Dans ce décor de vert, de jaune, de rouge, de bleu

Je vous invite à ma table déguster un pot-au-feu

Persil, moutarde, verre de vin et belles pensées

Posés sur une nappe donneront des touches de gaieté

 

Vous recevoir sans cérémonie simplement entre amis

À la bonne franquette, c’est bien lorsqu’on est réunis

Et même si vous venez un jour à l'improviste

Ce sera à la fortune du pot, il n’y a pas lieu d’être égoïste

 

Un couvert peut être ajouté sans problème à toute heure

Pour déguster puis dialoguer sur ton d’humour ou de calembours

En mélangeant le tout on participera à une soirée réussie

Où bonheur, bonne humeur éclatent et jaillissent

 

En chanson, en vers, en mots, dans la douceur de l’instant

Pour oublier un peu les difficultés du temps présent

Des moments d’échange et de partage qui aident et sauvent

Une maison de l'amitié où l'arc-en-ciel et les nuages mauves

 

En petits pots de couleurs s’ouvrent sur un jardin de fleurs

Au milieu de ces parterres colorés, une petite demeure

Ouverte pour qui a besoin de se réchauffer le cœur

Mais, qui n'est visible que par les passionnés et les rêveurs.

 

19 mars 2016

Trésor (MAP)

"Dans la mythologie irlandaise on parle du Leprechaun 

-un vieillard barbu roux qui habite

au pied d'un arc-en-ciel

 où il cache un pot ou un chaudron rempli d'or-"

Leprechaun_engraving_1900

Y'aurait-il la même chose en France ????

J'ai voulu en avoir le coeur net et lors d'une balade

à la campagne

quel ne fut pas mon étonnement en découvrant

ceci :

 

Double arc-en-ciel

Je me rapprochai pour mieux lire :

Poteau indicateur

 

C'est donc bien VRAI cette histoire là  !!!!!

Seulement voilà, le temps d'arriver au pied de

l'arc-en-ciel

le "Leprechaun" du coin  ayant fini de compter son or

était parti cacher son pot de l'autre côté de l'arc coloré !!!

Encore un coup d'un lutin de Fairywen sans doute !!!

:-D

 

 

 

 

 

19 mars 2016

à la fortune du pot (par joye)

à la fortune du pot

19 mars 2016

Arc-en-ciel (petitmoulin)


Si on te questionne
Réponds qu'après la pluie
Les couleurs se frôlent
Qu'elles cherchent une place
À égal rapprochement
De leur diversité
Qu'à mots buissonniers
Elles abreuvent la parole
Lavée de tout préjugé
Qu'au cœur même de l'obscur
Où se dressent des murs
Où s'ouvrent des abîmes
Elles ne renoncent pas

Si on te questionne
Réponds si tu le peux
Qu'au cœur même de l'obscur
Tu ne renonces pas

19 mars 2016

Crapette le pique-assiette (EnlumériA)

 

Personne ne prenait le temps d’inviter Crapette à sa table. Personne, à vrai dire, n’en voyait l’utilité. Crapette s’invitait tout seul. Il n’avait besoin ni de l’autorisation ni de l’assentiment de qui que ce soit pour s’inviter chez les gens.

Crapette, de son vrai nom Léon Lavergogne – ça ne s’invente pas –, devait son surnom à ce jeu de cartes auquel il s’adonnait volontiers en trichant d’abondance.

Crapette était un échalas de près de deux mètres, sec comme un coup de trique et dégingandé comme un bonhomme en caoutchouc. Été comme hiver, il trimballait sa carcasse dans un imper mastic trop large pour lui, éternellement coiffé d’un chapeau melon autour duquel il avait noué un bandana. Dans le bandana, une plume de canard. Il mâchouillait toujours un cure-dent et s’exprimer comme s’il avait en permanence une douzaine de bubble-gums sous la langue.

Dans la journée, personne ne le voyait jamais ; sauf le dimanche, quand il allait faire son tiercé au Café de la Poste. Le reste du temps, il demeurait cloîtré chez lui. Une ancienne épicerie aménagée avec toilettes dans l’arrière-cour. Il y vivait avec pour seule compagnie un matou miteux mité qui rôdait sous les fenêtres des gens pour réclamer sa pitance moyennant un gros câlin. La bestiole n’avait pas de nom, les gens l’appelait Bouffechidor ; c’était tout. Et il suffisait de prononcer son nom pour qu’il surgisse de nulle part en se pourléchant les babines ; un peu comme son escogriffe de maître à l’heure de l’apéritif vespéral. C’est précisément à cette heure qu’il faisait bon d’éteindre les lumières et de se barricader chez soi. Juste après l’angélus, Crapette sortait de sa tanière, la tignasse en vrac sous son chapeau à plume et l’imperméable flottant au vent.

Campé sur la place de l’église, il humait l’air comme un chien d’arrêt et, après quelques secondes de réflexion, il choisissait sa proie. Vous, moi, monsieur le curé ou la mère Gobemiche. N’importe qui en fait. Crapette aimait tout le monde et personne. Crapette le pique-assiette se moquait même des minima sociaux. Il savait que, quoi qu’il arrive, il trouverait toujours une bonne âme – d’aucuns dirait un pauvre couillon – pour lui chauffer une gamelle et lui servir un verre de rouge.

À peine avait-il mis un pied chez vous, tout gesticulant et bredouillant, qu’il avait déjà glissé ses croquenots sous la table en réclamant une petite goutte de rouquin. Ensuite, il disait comme ça : « Qu’est-ce que ça sent bon chez vous. Vous aurez bien une assiette de soupe, une tranche de jambon à l’os ou un vieux bout de calendos pour un pauvre gars qu’à fait l’Algérie ? Hein ? Dame. À la fortune du pot, comme on dit par chez moi ».

Et vous, vous n’aviez qu’une hâte, c’est qu’il y retourne chez lui. Bon vent ! Camarade. On t’oubliera pas.

J’t’en fiche. À peine avait-il séché son gobelet qu’il en réclamait un autre ; pour l’autre jambe. L’autre jambe ? Tu parles. Dans le village, ces messieurs du Café de la Poste l’avaient surnommé le millepatte. C’est dire.

À la fin du souper, il vous proposait une partie de crapette à la bonne franquette puis finalement se ravisait pour quémander une gouttelette de gnôle. Il buvait cul-sec, poussait une grand haaa de satisfaction et s’en retournait comme il était venu. À cet instant précis, si vous jetiez un coup de d’œil par la fenêtre, vous pouviez presque croire qu’il faisait grand vent. Mais non. C’était juste sa démarche assaisonnée de vin rouge et boostée à la gnôle qui donnait cette impression.

Alors, subitement, vous vous mettiez à ricaner en vous demandant qui sera la prochaine dupe. À la fortune du pot, comme on dit du côté de chez moi. Hein ? Dame.

Évreux, le 18 mars 2016

19 mars 2016

Si tu ne fais pô fortune, tu seras riche quand même de tes vagabondages (Joe Krapov)

poudrerie

A la fortune du pot-aux-roses, la lumerotte est allumée. Un vent de vérité est venu en tap-tap. De vigousses chafouins lèvent les coins du tapis. Quelques lanceurs d’alerte complètement fadas fouillent dans les placards, y cherchent des cadavres, ignorant qu’on en vend à la pelle chez le dépanneur le plus proche. C’est trop fort de ristrette ce temps de poudrerie ! Il drache du scandale, en veux-tu en voilà ! Plus aucun champagné ne se sent à l’abri ! Où donc a disparu l’épineuse protection de ces jardins secrets où nous cachions le pire de nos activités sous des pétales embaumants ?

mayol_entre_donc_fada_jfpetit

A la fortune du pot-de-vin j’arrose les notables, je soudoie le chafouin, corromps le champagné. Je joue le dépanneur en larges dessous de table, je fricote à tout va dans l’arrière-cuisine à la lueur des lumerottes, je fais dracher, et dru, les rétro-commissions, je suis à moi tout seul le lobby des ristrettes, il faudrait être fou pour répondre autre chose que noir à la question « What else ? ». Je roule dans la farine et dans mon vieux tap-tap les plus vigousses des enquêteurs du clan sceptique. Magie blanche, illusionnisme, rideau de fumée, poudre aux yeux, coke en stock et poudrerie : tout l’arsenal du marchand d’armes, je le destine à qui s’alarme. Nous avons les moyens de vous faire taire, cimenté six pieds sous terre. Même un sing think tank ne nous fait pas peur.

tap-tap1

A la fortune du pot d’échappement le tap-tap s’en va, peu vigousse, entame un tour du monde magique et mystérieux. Le chauffeur a bu son ristrette, a allumé ses lumerottes, le moteur tourne rond. Tous les fadas du bled sont montés à l’arrière. Pas un seul chafouin dans la bande. On a dévalisé Jojo le dépanneur et mis les victuailles en paniers sur le toit. On se sent plus puissants que le plus riche des champagnés du pays. Le bonheur en poudrerie étincelle sur tous les visages. C’est si bon de quitter le pays de la drache ou celui de la terre qui tremble pour gagner la contrée des rêves éveillés.

dépanneur

A la fortune du polochon volent les plumes du langage, une poudrerie de mots blancs semés au-delà du sommeil par des locuteurs si vigousses que mes oreilles résonnent encore. Il drache des carabistouilles dans les rues de Bruges-la-Morte. La Provence a fourni des félibres fadas, débordants de fadaises : le sous-préfet aux champs, couché dans le chafouin, s’entiche des dentelles du chapeau de Mireille. Aucun dépanneur québécois ne pourra jamais rien pour le tap-tap en panne de Dany Laferrière. Dans ce lit cot-conneux où je coince la bulle, si je suis le rêveur, je n’ai pas pour autant l’âme d’un champagné. Lorsque le réveil sonne, cette statue de sel de la francophonie s’effondre en poudrerie. Je me lève, m’habille et vais me consoler de cette nuit presque blanche en buvant le plus noir des ristrettes.

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A la fortune du poème j’emprunte un rond de poudrerie, un dollar bien vigousse de rimaille, une armada de billets « vers plus que fadas ». Je lui carotte des lumerottes, je le tape d’un ticket de tap-tap, je lui soustrais de quoi laper une ristrette à la buvette. La poésie n’est pas chafouine, elle se fait un honneur de jouer au dépanneur et s’il drache du rythme, si la musique me soûle et fait danser la foule je serai champagné, serpentin, cotillon, roi vaudou, fou du slam, danseur d’épithalame. Et je rembourserai le poème en liquide. Sur vos têtes étonnées drachera la plus humble et la plus envoûtante de mes forfanteries : assaut de fantaisie, char de corso fleuri, grosses tête en carton-pâte, carnaval de mots choisis, sonnets emplis de confettis, chapelet de krapoveries. Car j’aime, à la fin du poème, qu’il pleuve parfois des saucisses.


P.S. Si vous avez besoin d'un petit lexique pour les dix mots de la francophonie 2016, c'est ici !

19 mars 2016

MAAAAP ! (2) (Walrus)

 

Y a pas à tourner autour du pot : j'ai pas bien compris la question !

S'agit-il

J'ai comme un doute et par conséquent, je ferai encore plus bref que d'ordinaire :

 

Je ne dirai rien !

 

 


19 mars 2016

Pot à mots (Rêves de plume)

Augustine Michu se lève de sa chaise posée juste derrière le rideau de la fenêtre de la cuisine. Elle change sa blouse pour un gilet brodé et sort.
Depuis l'enterrement du père Henri, que de va et vient dans la maison d'en face. Et voilà que la petite Huguette lui a demandé de passer ... Touche-t-elle au but ?

Elle se souvient du jour où son Ernest était revenu hilare de chez le voisin .
"Sais tu ce que le père Henri m'a raconté ? Il aurait un magot qu'il prétend introuvable ... Ah la bonne blague !"
Mais Augustine l'avait cru et avait commencé à chercher.
Au début, tout avait été facile. Henri était presque aveugle. Il suffisait de mettre un objet hors de sa portée et de faire semblant de le chercher. "Votre Airomir ? Vous avez dû l'oublier dans la chambre, j' y vais "
Augustine avait ainsi fouillé une bonne partie de la maison jusqu'au jour où une aide ménagère , arrivée sur les entrefaits, l'avait appelée du salon. "Ne chercher plus madame Michu, il est sur la table.. il était sous votre nez .."
L'astuce avait fait long feu... "Inutile de chercher voisine, Angèle va arriver !"
Heureusement, elle avait été sollicitée pour la télé assistance de Henri et avait les clés de la maison. En choisissant bien ses horaires , elle avait pu finir l'exploration.. rien !!!!!!!!!!!
Ou plutôt une certitude, le magot ne pouvait être que dans l'inaccessible pot à gros sel au dessus de la porte. Elle avait vu Angèle le déplacer une fois ... Il était très lourd !
Mais comment amener un escabeau ? Elle n'avait jamais eu l'occasion.


Toc toc
" Ah madame Michu entrez !"
Augustine entre dans une maison presque vide avec un petit frisson.
"Oui cela fait drôle, hein ? Mais vous comprenez, nous voulons vendre assez vite, les charges courent ...
Voilà, vous avez été si gentille avec papa que nous souhaitons vous offrir un petit souvenir de sa part. Nous avons pensé à la grande soupière en étain."
Augustine a eu une hésitation. La grande soupière en étain, ce n'est pas rien.
Mais la curiosité et l'espoir l'emportent.
"C'est trop, murmure-t-elle, pour vous dire, ce qui me ferait vraiment plaisir, c'est le pot à gros sel au dessus de la porte, celui avec des roses "
" Comme vous voudrez, répond Huguette, un peu surprise. Je vais vous le descendre."
" Ne prenez pas cette peine, je vais le faire dit Augustine en approchant l'escabeau."
Il est lourd ce pot, très lourd. Mais il est dans les bras d'Augustine, posé contre son coeur.
Quitter la famille de Henri lui a semblé prendre un siècle mais ça y est.
Elle ouvre le pot aux roses .... des soldats de plomb cassés.
Et elle entend Ernest et Henri rigoler dans leur tombe !

 

19 mars 2016

Ma fortune pour un pot (Clémence)


Souchon susurrait:  « J'ai dix ans »
Bécaud clamait : « La solitude, ça n'existe pas »
Brel  quittait la scène et voguait vers les Marquises
Sardou se souvenait d'une fille aux yeux clairs.
J'écoutais les chansons à la radio.
J'enregistrais mes préférées sur un magnétophone à cassettes.
Lorsque j'entendis pour la première fois, « La chanteuse a vingt ans », j'avais 25 ans.
« Pathétique » fut le mot que j'écrivis sur le petit carton répertoire glissé dans le boîtier.

Le soir, dans le miroir, je scrutai mon visage sans complaisance.
Rien.
Mes joues avaient encore ce petit quelque chose du rebondi de l'enfance.
Mes paupières ne se plissaient d'aucune patte d'oie.
Mon sourire  n'était pas encore souligné des rides traîtresses du sourire.

Alors, pourquoi cette chanson avait une telle résonance en moi?
Parce que je savais. Je savais qu'un jour viendrait où je prendrais aussi mon visage à deux mains. Que j'alignerais les petits pots au élixirs miraculeux.
Mais j'étais loin de me douter que leur alignement serait stupéfiant si j'obéissais aux diktats de la sublime beauté. Vous ne me croyez pas ? Allons donc, juste un petit aperçu pour vous convaincre.

Extrait de la revue « Jouvence de la Belle Souris »
«  Vous rêvez de la jeunesse éternelle ! Ce n'est plus un rêve. Suivez l’algorithme pas à pas…

Dès le réveil matinal :
- Plongez vos doigts avec générosité dans le pot A et frictionnez-vous sous une douche tiède.
- Après un séchage tout en douceur, ponctionnez quelques noix de lait (assorti à votre parfum) dans le pot B et enduisez généreusement votre corps pour le réhydrater.
- Une lichette puisée dans le pot C fera le bonheur de vos pieds que vous masserez en tenant compte des principes de la réflexologie plantaire.
- Soyez généreuse en puisant dans le pot D, il contient toutes les molécules pour venir à bout de la cellulite où qu'elle se cache  ou se niche: poignées d'amour, culotte de cheval...

Étape soins du visage :
- Pot E (et non potée) : l'équivalent d'une noix de démaquillant pour enlever toutes les desquamations et secrétions de la nuit, massez en mouvements amples et circulaires.
- Pot F, contient une lotion aux fleurs, tonifiant et vivifiant.
- Pot G : à l'aide de la pipette, quelques gouttes de sérum lissant.
- Pot H : à l'aide de la spatule, prélevez un peu de baume lissant et colmatant…

Étape pré-maquillage : selon votre humeur, optez pour la palette (oui, la palette!) aux teintes  froides, chaudes, pastels, nacrées, irisées, mates….
- Pot I (pas encore potiche) : plongez vos deux index dans le pot et caressez votre visage du centre vers l'extérieur…

Étape maquillage : vous travaillerez de préférence aux pinceaux.
- Pot J : les sourcils : ils sont la base de l'architecture de votre visage, soignez leur tracé.
- Pots K , L, M, N, O: les paupières : de la teinte la plus claire à la plus foncé. Consultez la fiche conseil et démo à l'intérieur du couvercle.
- Pot P : glissez délicatement votre index sur la surface et taoptez sur vos lèvres, du centre vers les commissures.
- Pot Q : (non, ce n'est pas encore le moment de passer aux toilettes) : passez délicatement le gras de vos majeurs sur la poudre corail et chouchoutez vos pommettes.
- Pot R : rien de tel que l'eye-liner compact. Soulignez sans déborder…
- Pot S : compact aussi le rimmel, vous obtiendrez un smoky eyes sublime  et profond.

Étape capillaire. La chevelure  couronnera tous vos efforts par sa brillance absolue.
- Pot T (presque l'heure du tea time) : puisez une noix de baume et massez votre chevelure sans traumatiser le cuir chevelu.
Procédez au séchage à température tiède.
- Pot U : plongez le bout de vos doigts et froissez quelques mèches autour de votre visage por apporter de la lumière.
- Pot V : prudence en l'ouvrant : le produit est très volatile…
- Pot W : nettement plus efficace que le concentré. Puisez avec parcimonie dans votre parfum crème et appliquez-le aux endroits « chauds » de votre corps.
- Pot X : soyez généreuse avec cette crème pour les mains, anti-tache de vieillesse.
- Pot Y : plongez votre nez, humez… enivrez vos sens, avant la dernière étape (de ce tour de force).

Étape finale

Ouvrez avec moult précautions le Pot Z, appelé pompeusement pot aux roses. Déposez-y votre billet quotidien. Un bleu de préférence, pour garantir votre réassortiment prochain. »

Bon, après tout cela, ce sera à la fortune du pot : un jambon beurre, un café-crème et basta…
Il sera bientôt l'heure du rituel du soir.
Je donnerais bien ma fortune pour un pot unique !

19 mars 2016

Les Petits Robins (Pascal)


Il y a des années, peut-être dans une autre vie, mon pote et moi, nous allions pêcher dans le vieux Rhône. Plutôt aguerris dans l’art de la capture de la truite, au début de l’hiver, nous ne dédaignions pas lancer nos appâts dans ces lônes poissonneuses. Cette traque statique était un véritable plaisir, une réelle immersion dans un environnement champêtre incomparable. Nous nous fondions dans l’ambiance bucolique en appréciant, chaque seconde, cette fantasia tellement sauvage.

De branche en branche, les petits oiseaux s’approchaient de nous, tout remplis de leur curiosité d’effrontés. Enhardis, à tire d’ailes et en clés de vol, ils nous déclamaient leurs ritournelles musicales comme des ténors aux jabots gonflés de sérénades pastorales.
Quand le vent du Nord s’en mêlait, on entendait craquer les hauts branchages des arbres environnants ; ils se laissaient dépouiller de leurs dernières feuilles et elles tombaient en confettis multicolores sur le plan d’eau. Ce n’était pas évident de nous concentrer sur nos bouchons lointains. Un rien nous taisait, tout nous intéressait. La Nature semblait se rapprocher de nous, ou bien c’est nous, qui nous invitions à son spectacle. Souvent, nous n’avions plus rien à raconter tant on se laissait embarquer par cette profusion de charme rural. On n’avait pas assez de nos deux yeux pour tout admirer ; on n’avait pas assez de nos deux oreilles pour tout écouter.

Quand un coup de vent venait la caresser, la surface de l’eau s’imprégnait de larges frissons aux soubresauts infinis ; l’échine de l’étang semblait tressaillir jusqu’aux berges des roseaux ballottés. Secouées aussi, les frondaisons s’enchifrenaient et mélangeaient leurs couleurs dans un brouet d’intenses sensations automnales. Entre deux soupirs de la Nature, l’étendue de l’étang reprenait sa posture figée de psyché. Narcisses, les nuages coquets se réfléchissaient en de belles contorsions moutonneuses, les traits des avions s’effilochaient lentement dans le ciel bleuté et des passages d’oiseaux furtifs semblaient pourtant planer sur le miroir, comme d’augustes patineurs insatiables.
Avec leurs assauts répétés dans la vase insondable, quelques poissons fouisseurs laissaient remonter des chapelets de bulles, des profondeurs. Nous espérions toujours que ce soit au plus près de notre bouchon. Tour à tour maquillées de clairs-obscurs ou éblouissantes, les ombres se reflétaient sur l’onde ou disparaissaient, happées par la lumière.

Les parfums étaient sensationnels ; vous savez, c’était ce genre de parfums qu’on stocke dans sa mémoire olfactive comme un trésor inestimable et qui sert d’étalon à toutes les autres odeurs à venir ; c’était ce genre d’effluves qui, quand on le retrouve au hasard de la vie, fait instamment chavirer son détenteur dans une espèce de bonheur intemporel. Les pierres humides, la mousse agrippée au sentier, les billes de bois morts, la boue écroulée des berges, les feuilles mouillées, tout ça, c’était dans le concert des senteurs. Ici et là, des toiles d’araignées tendues entre les hautes herbes s’irisaient aux timides rayons du soleil. Alourdies de gouttes de rosée matinales, c’était d’inextricables parures de diamants, des lourds colliers aux rangées de perles opalines, des falbalas frémissant de rubis, de saphirs et d’émeraudes. La Nature mettait à nos pieds tous ses trésors…

A l’heure du déjeuner, nous avions pris l’habitude de nous restaurer aux Petits Robins. Il fallait vraiment connaître l’endroit pour le retrouver ; on pouvait passer à dix mètres de la maison sans la voir, tellement elle appartenait au paysage. Non loin de notre lieu de pêche, c’était une auberge d’un autre temps, un restaurant qu’aucun dépliant publicitaire ne vantait, qu’aucune carte Michelin ne répertoriait.

Il ne faisait pas bien chaud au bord de l’eau ; c’est quand on rentrait dans la guinguette qu’on s’apercevait de nos mains glacées, de nos nez reniflant et de nos pieds gelés.
Dans l’âtre de la cheminée pétillait toujours un bon feu de bûches rougeoyantes ; ses crépitements irréguliers étaient la seule notion du  temps passant. On aimait bien se frotter les mains devant cette chaleur de foyer.
Aux murs, c’était rempli de bricoles d’un autre siècle ; dans des cadres vieillots, il y avait des têtes de pêcheurs avec des moustaches en guidon de vélo ; au milieu de leurs sourires de dimanche, ils exhibaient au photographe leurs prises ; on reconnaissait des  brochets, des carpes et des tanches. Poussiéreuses, des cannes à pêche en bambou refendu semblaient encore attendre une hypothétique touche ; à côté de la porte d’entrée, une antique lampe tempête essuyait les courants d’air du dehors tandis qu’une énorme gueule de poisson bâillait à s’en décrocher la mâchoire…  

La tenancière, c’était une vieille dame encore bien portante. Quand la clochette de sa porte d’entrée tintait, elle sortait de derrière un rideau à petites bandes multicolores pour nous saluer et nous raconter en chantant son plat du jour. En catimini, mon pote et moi, nous l’appelions Franquette parce qu’il n’y avait jamais de menu affiché devant sa porte.
Toujours contente de voir du « monde », elle frottait cérémonieusement la nappe à petits  carreaux rouge et blanc de la table où elle nous installait. Servis à l’emporte pièce, pâté, saucisson, jambon, cornichons dans leur bocal, beurre, pain croustillant, bouteille de rouge, c’était naturellement l’entrée.
Puis elle retournait en trottinant dans sa cuisine ; elle était peut-être une sorcière pour nous concocter des restes avec autant de talent. Nous, on profitait de cette torpeur doucereuse ; les miettes de pain couraient sur la table, le vin coulait dans nos verres, on souriait au présent de vivre tout ce bonheur si simple. La chanson du feu remplissait nos silences de félicité mais les parfums de la cuisine aiguisaient encore notre appétit de nemrod.

« A la fortune du pot ! », comme elle aimait claironner, quand elle apportait son plat de résistance à même le fait-tout. Elle nous servait copieusement, comme si nous étions ses enfants, et nous devions poser la main devant notre assiette pour qu’elle cesse ses transbordements affectifs.

La bonne Franquette avait des sourires d’autrefois, quand elle nous regardait manger ; c’était le temps de la guinguette florissante, connue dans toute la région. En fait, elle ne faisait plus restaurant depuis des années mais elle avait conservé ses clients par cette seule amitié de passé.

De note, il n’y en avait pas. C’est dans un antique pot à eau en plastique qu’on glissait nos deux billets, avant de partir. Sur le pas de la porte, on se disait au revoir, à la prochaine, à bientôt, avec quelques effusions de grands enfants retournant dans le monde. Dehors, la fraîcheur de l’après-midi cristallisait notre bien-être ; une sérénité intense nous baignait et des frissons bien plus violents que ceux courant sur l’étang nous submergeaient. C’était, il y a des années, peut-être… dans une autre vie…

19 mars 2016

Participation de KatyL


En voir de toutes les couleurs !!  ka01


Mes palettes n’en peuvent plus de mes hésitations entre les couleurs…mes pinceaux valsent d’un pot à l’autre pour trouver le ton juste.


Mes toiles s’inquiètent de ce va-et-vient constant entre elles que je caresse d’espoirs de faire un jour un «chef-d’œuvre », et ce qu’elles ressentent au toucher des couleurs, qui les laissent pantoises et frissonnantes de tendresse à mon encontre. C’est qu’elles ne les aiment pas toutes ces couleurs osées, car il ne suffit pas de charger n’importe comment, il faut du style, de la légèreté, et aussi un tant soit peu de talent !!


Sinon autant accrocher un pinceau à la queue d’un têtard en mal de reconnaissance, qui sait à peine différencier le jaune du bleu, et qui se noie sous les compliments de sa grenouillasse de mère le prenant pour le génie du « Marais » !!...  Le Marais c’est là que sont tous les talents. Les tableaux accrochés aux vitrines des « experts en galerie d’art ».  Leurs couleurs si criardes donnent l’impression qu’ils se pavanent sans pudeur au gré des regards mornes des passants qui sont en quête de «celui » qui ira au-dessus du canapé cramoisi d’émotions et de ressentiments, car délaissé pour l’œuvre.


Mais ces gens-là regardent-ils mes toiles à moi ??? Mes tableaux sont trop vrais, trop parlants, pas dans l’air du temps.


Il faut une patte disent-ils, c’est-à-dire,  faire à peu près la même chose tout le temps d’un tableau à l’autre, avec cependant une virgule plus claire en bas à droite ou un trait en travers plus vert que l’autre,  mais surtout il faut reconnaître en la série des séries tout un travail artistique, un concept, une idée que le peintre n’a pas eu du tout l’intention d’émettre, car il peint en dormant, tant il a l’habitude de ses grands mouvements saccadés inexpressifs, mais que les experts à l’œil averti  ont vu.


Ah ! Si j’étais aigrie je rangerais mes pots et pinceaux !! Mais  je suis de plus en plus heureuse de peindre, je l’ai toujours fait pour moi, pour le plaisir, et pour ceux et celles qui les regardent vraiment, ma joie est telle que le temps lorsque je peins n’a aucune emprise sur moi, je ne cherche pas à plaire aux autres, mais à exprimer en émotions sincères ce que je ressens, ce qui me fait vibrer.  Mes toiles qu’elles soient dit-on « modernes » ou pas, ne sont pas abstraites d’idées. OUI, je suis aussi une artiste de mon temps, n’en déplaise à ceux qui sont habitués aux mêmes couleurs sorties des mêmes moules et des mêmes pots, et disant à longueur de temps : «  tu ne fais pas de peinture contemporaine toi ?  »
KatyL  ka02



19 mars 2016

À la bonne franquette (Vegas sur sarthe)

 

Quelqu'un avait inscrit “A la bonne franquette”

de peur que le client ne fasse demi-tour

car souvent l'addition est un choc en retour

le coin était désert et l'auberge discrète.

 

On avait la fringale et du feu dans les yeux

nos ventres gargouillaient de multiples envies

on s'était rencontrés, touchés, sans préavis

il fallait consommer, besoin impérieux.

 

Ici point de menu “A la fortun' du pot”

nous lança le patron affublé d'oripeaux

qui lorgnait sur Ninon et je le comprends bien.

 

Un pichet de vinasse, une part de gâteau

puis au lit on compta les péchés capitaux

et on les recompta... de peur qu'il en manque un.

 

19 mars 2016

Participation de Fairywen

 

Un pot peut-il rapporter une fortune ?

Il existe toutes sortes de pots. Des pots en terre, d’abord, pas très solides, puisqu’ils se cassent contre les pots de fer. Pots de fer dans lesquels il ne faut pas mettre de liquide, sinon ils rouillent lamentablement. Des pots à lait, mais si l’on en croit Perrette, ça se casse comme un rien, ces choses-là. Des pots de fleurs, qui, comme leur nom l’indique, contiennent en général de jolies fleurs. Parfois on y trouve aussi des chats, allez comprendre… Des pots de chambre, qui ne contiennent pas de chambre, mais sur lesquels on ne va pas s’attarder.

Et puis il y a le pot… Oui, je sais, d’aucuns diront que c’est un chaudron, mais c’est faux. C’est un pot. Celui dans lequel arrive l’arc-en-ciel. On a dit toutes sortes de choses sur ce pot, mais tout le monde semble d’accord sur deux points : il apporte la fortune et plus on s’en approche, plus il s’éloigne. Comme je suis de nature curieuse, j’ai suivi l’arc-en-ciel un soir d’été, alors qu’un orage venait de rafraîchir l’air surchauffé. J’ai donc sellé mon cheval, et nous sommes partis au milieu des prés et des champs. Très vite, les galopades m’ont fait oublier le but de ma balade, et je n’ai plus songé qu’au plaisir de m’amuser avec ma monture. Malgré son âge, mon vieux cheval est encore terriblement joueur, et je dois bien souvent réfréner ses ardeurs pour ne pas qu’il se blesse.

Je ne sais pas combien de temps nous avons joué ainsi, mais soudain, nous y étions. Là, au pied de l’arc-en-ciel, là où personne n’arrive jamais. Nous nous sommes arrêtés, fascinés. Car au pied de l’arc-en-ciel se trouve bel et bien un pot, un pot d’où jaillissent les couleurs qui s’élancent dans le ciel. Elles naissent des doigts habiles des fées, qui peignent les rayons sortant du pot et qui les font grandir, grandir, jusqu’à ce qu’ils s’élancent dans le ciel lavé par la pluie et séché par le soleil.

Absorbée par le spectacle, j’ai failli tomber de ma selle lorsqu’une voix grave a retenti à mes côtés :

— Tu n’essaies pas de prendre le pot ?

J’ai répondu la première chose qui me passait par la tête en voyant le cavalier qui s’était matérialisé sous l’arc-en-ciel.

— Si je le prends, il n’y aura plus d’arc-en-ciel.

Le cavalier a souri, a tendu la main et a pris un petit morceau scintillant des sept couleurs peintes par les fées avant de me le tendre.

— Tu as trouvé le trésor que garde l’arc-en-ciel.

Puis soudain, plus rien : plus de pot, plus de fées, plus de cavalier. Juste l’arc-en-ciel dans le lointain et autour de mon cou, un pendentif en forme de goutte brillant des sept couleurs qui s’étalaient dans le ciel et une bienfaisante paix dans mon cœur.

Nous sommes rentrés tranquillement, au pas dansant de mon cheval, pendant que s’épanouissait en moi le trésor de l’arc-en-ciel.

 

Ah, vous voulez connaître le secret que gardent les fées et le cavalier de l’arc-en-ciel ? C’est un secret qui ne se partage pas, chacun doit le trouver. Je peux simplement vous dire que si le pot de l’arc-en-ciel garde une fortune, elle n’est composée ni d’or ni d’argent…

Défi 394 du samedi 12 mars 2016

 

 

 

19 mars 2016

Couleur femme (Laura)


Couleur femme, je ne sais où est ma racine
Mais j’essaie de porter loin le souffle
Qui vient de mes corps, cœur et âme.
Curieuse de tout, envie du monde.
Femme verticale, j’allonge des lignes
Sur du papier à lettre charmeuse.
J’aimerais que ma grand-mère
Soit fière de moi, couleur femme
Et brève invitée, carpe diem des poèmes.
 

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