Sont partout à la fois
maryline18 ; Kate ; Laura ; Venise ; Walrus ;
Vegas sur sarthe ; Pascal ; JAK ; Joe Krapov ;
joye ; bongopinot ; Caro_Carito ;
maryline18 ; Kate ; Laura ; Venise ; Walrus ;
Vegas sur sarthe ; Pascal ; JAK ; Joe Krapov ;
joye ; bongopinot ; Caro_Carito ;
N'ayant pas le don d'ubiquité, sinon j'aurais réussi la semaine dernière à aller photographier un potentiel ange thuriféraire dans une hypothétique église romane auvergnate en lieu et place de briquer mes sols et diverses activités récurrentes (si j'ose m'exprimer ainsi), j'ai pourtant déniché la recette de ce pouvoir (assez rare, convenons-en) et je vous la transmets ci-dessous.
En voici les ingrédients nécessaires : un chapeau noir, rigide, à larges bords ; un étalon noir ; un loup noir en tissu ; une tenue noire intégrale ; une épée ; un fidèle serviteur muet également présenté comme sourd et enfin un pseudo à signer de "la pointe de l'épée", d'un "Z" (et oui !!!) qui veut dire Zèbre (non !) mais Zorro ! (oui : "Zorro ! Zorro ! Zorro !..." en écho à l'infini).
Là, j'ai pu prendre un cliché (mais de nuit, sans lune comme il se doit !).

En cherchant bien dans mes "archives", j'ai aussi trouvé un autre cas d'ubiquité :
Deux "Mille pompons !"

L’ubiquité ce n’est pas toujours la joie
Je suis où on ne m’attend pas
J’entends tout et je vois
Le laid le beau ici et là
Je suis partout à la fois
Mais personne ne peut me voir
Je ne veux pas juger
Et bat mon petit cœur
Je ne peux rien changer
Et tournent mes heures
Je suis partout à la fois
Mais on ne me voit pas
Les guerres les injustices
La folie est partout
Les méchants les voleurs
Ce monde me semble fou
Je suis partout à la fois
Mais personne ne me voit
Les fêtes entre amis
La solitude qui rode
C’est une drôle de vie
Une idée me taraude
Je suis partout à la fois
Mais qui peut y croire
Catastrophe naturelle
Et tremble la terre
On tire sur la ficelle
Et mon cœur se serre
Je suis partout et nulle part à la fois
Je vois tout mais ne vois rien
Chaque année, la famille proche se réunit à l'occasion de Noël et/ou Nouvel An.
Pendant longtemps, cette petite réunion festive s'est déroulée chez nous. Mais ces dernières années, généralement à Noël, elle s'organisait dans la maison ardennaise de notre fils, où l'on peut loger tout le monde, ce qui évite les retours nocturnes autant qu'imbibés.
Mais cette année précisément, notre fils séjournait pour Noël au Royaume-Uni. La fiesta traditionnelle a donc été repoussée au weekend prochain...
Deuxième "Mais..." (car il y a toujours un "Mais", n'est-ce pas) cette année également, Emilie et Borys doivent présenter un examen lundi dans leurs écoles respectives. On a donc décidé, après conciliabules téléphoniques multiples, d'organiser la rencontre en une seule soirée chez ma fille pour empiéter le moins possible sur leur temps de travail.
Et la rencontre a été programmée pour... ce vendredi soir !
C'est là que le don d'ubiquité m'aurait été bien utile : mon ubiquite numéro 1 serait allé jouer son rôle dans la réunion familiale, le numéro 2 se serait chargé de la surveillance de ce blog et le tour était joué !
Hélas, je ne dispose pas d'ubiquites...
Mais j'ai un portable ! (J'en ai même plusieurs, bien que je n'aie que deux mains)
L'ennui, c'est qu'en parfaite contradiction avec ma tendance naturelle à la procrastination, j'avais déjà écrit un autre billet.
Bah, ça tombe bien, il était un peu tiré par les cheveux.
Et côté cheveux...

(ben oui, j'ai une webcam, vous pas ?)
Ils s’étaient tous penchés sur son berceau, oncles, tantes, chiens, chats, hamsters, ange-gardien, fantômes, pères biologique ou attestés dans les registres, mère de cœur et de ventre, ainsi que la tripotée de frères, sœurs, cousins et petites cousines. Aucun n’était muni de baguette magique mais chacun prodiguait au nourrisson né ce 25 décembre à minuit, non pas dans l’étable mais sur clic clac du salon, mille dons et mille vertus.
L’Emmanuel comme on le surnomma aussitôt les détrompa très vite et, lorsqu’il atteignit ses quinze ans, la famille disloquée par les divorces et les coups hasardeux et habituels du destin ne lui promettait plus rien si ce n’est une vie ordinaire. Le gamin continua donc son bonhomme de chemin.
C’est plus tard, que l’on se rendit compte de son don, ou plutôt du don qu’il avait choisi parmi tous ceux que lui avait donnés la nature. Allez, je vous en dévoile quelques-uns pêle-mêle : imbattable au poker, au scrabble, au bridge et à la crapote – pouvoir infléchir n’importe quelle assertion philosophique en deux coups de cuillère à pot de nutella – découvrir le meurtrier quel que soit le polar, Mary Higgins Clark ou Colin Dexter – ne jamais rater la mayonnaise, le soufflet au parmesan et le bus de 6 h 47. J’en passe.
L’Emmanuel, c’était un gamin, puis un jeune à la barbe naissante et, sans doute aujourd’hui, un homme sage et avisé ; ce sera, si Dieu le peu causant l’autorise, un vieillard à la blanche chevelure et aux idées tranquille. Le doué, parmi tous ce qui lui avaient été apportés en présent dès avant sa naissance, avait choisi – ô sagesse ! – le don d’ubiquité : il savait vivre sur terre et, en même temps, être heureux dans ses rêves.
Je te voyais partout ! Tu étais dans les tableaux, dans les motifs de la tapisserie, sur les étagères, sur les suspensions, derrière les rideaux, derrière les abat-jours ! Tu dansais contre les murs, tu courais au plafond, tu glissais sur les planchers ! Arrogante comme les statuettes, souriante comme les posters, bavarde comme le tic-tac du réveil, tu jouais à cache-cache entre mes bibelots ! Le canapé dessinait ton corps allongé, les coussins avaient quelques médailles de tes cheveux blonds et les fragrances des jours heureux.
Quand tout était silencieux dans la maison, quand j’écrivais ton nom au début de chacun de mes paragraphes, le plancher craquait doucement, les ombres se déplaçaient subrepticement ; il me semblait que tu lisais par-dessus mon épaule. Même les héroïnes de la télé avaient toutes ton charme ! Celles de mes livres, le parfum capiteux des pages les plus exaltantes ! Quand j’oubliais de penser à toi, petite effrontée, tu te posais sur le rebord de la fenêtre et tu regardais à l’intérieur de la maison pour me surprendre !
Le chien qui aboyait dans la rue me rappelait le facteur et je fonçais jusqu’à la boîte aux lettres ; une fleur délicate dans le jardin et c’était toi qui « révérençais » au bout de ta tige ; une chanson d’oiseau et c’était toi qui sautillais dans l’allée ; l’arrosage qui s’illuminait avec le soleil et c’était toi qui te maquillais avec l’arc-en-ciel ; les ombres cachées du seringat avaient les parfums de ta chair et le soleil m’éblouissait comme s’il se posait sur tes fines boucles d’oreilles en or pailleté. Les étoiles de la nuit, ces garces scintillantes, m’indiquaient tes coins secrets les plus timides !...
J’ai détapissé, j’ai changé les meubles de place, j’ai jeté les colifichets, j’ai déchiré tes photos, j’ai labouré le jardin, j’ai coupé l’arbre des poètes, j’ai tué le chien du voisin, j’ai déménagé ! Je me suis enfui jusqu’à l’autre bout du monde ! Les tempêtes océanes avaient tes rires interminables ! Le ciel ? Le ciel, cet hypocrite entremetteur céruléen, avait la couleur indéfinissable de tes yeux ! Les blizzards dessinaient ta silhouette dans la neige ! Les déserts de sable avaient le grain de ta peau et le soleil brûlant alimentait mes fièvres accaparantes et tous ces mirages mensongers ! Les fleuves tortueux et leurs méandres, les cascades vertigineuses et leurs embruns, les étangs les plus secrets et les mers les plus lointaines, réfléchissaient tes moues incrédules aux interludes de mes soupirs insatiables !...
Les vagues à l’âme et les vagues de la plage se ressemblent, je trouve ; elles se brisent inlassablement sur les rochers de l’incompréhension tenace. Insolentes, inquisitrices, impétueuses, ravageuses, elles viennent caresser ma carcasse en me faisant avouer quelques frissons que je ne maîtrise jamais…
Corps et âme, dans d’autres bras batailleurs, j’ai cru aimer ailleurs mais tu gardais la primeur, avec tes plus beaux sourires moqueurs à la devanture de mes pensées en pleurs !
Indomptable, tu restais la figure de proue de mon bateau ivre ; au tableau de bord de mon cœur déglingué, tu étais le Saint Christophe railleur de ma conduite emballée ! Marin désarticulé, j’ai alors foncé tout droit dans les bouteilles d’alcool ! A moi l’Ivresse ! Les châteaux de cartes ! Les princesses esseulées ! Ces viles prêtresses alanguies en forme de traîtresses assidues ! A moi les mondes engloutis, les caniveaux sans peur et les vomissures sans reproche ! Champagne ! Au milieu des bulles, pétillante, tu te baignais à la surface !... Champagne ! Tu étais la musique de la flûte !... Champagne ! Il avait le goût de tes lèvres !...
En pleine crise de foi, je suis allé voir Dieu et ses plans de comète ; j’avais un arsenal de prières pour te combattre en ton pays de Guerre Sainte ! Déserteur, devant l’immense tâche, il n’était pas dans son église ! Toi, nonchalante, jeteuse de sorts, tu dansais tes farandoles berçantes au bout des bougeoirs ! Tu te déguisais en Marie ! Tu traversais les vitraux comme si tu voulais tout éclairer de mes supplications ! Tu t’allongeais sur les bancs, tu agitais l’encensoir, tu tournais les pages des missels ! Tu essayais les auréoles des Saints ! Tu me chuchotais tes rougissements dans l’alcôve du confessionnal ! Mais Dieu faisait relâche ! Derrière l’autel, Jésus, son premier délégué, portait sa croix et elle ne ressemblait pas à la mienne !...
J’ai visité Allah, Bouddha, Krishna, ils étaient aux abonnés absents, trop occupés à encadrer des guerres, des famines, des croyances, des ignorances !...
Tel un artiste raté, j’ai croqué dans les cachets pour peindre mes nuits blanches en noir ! Tel un fou, j’ai dansé sur le fil des falaises les plus farouches ! Tel un pantelant suicidaire, j’ai couru sur les parapets des ponts les plus pentus. Combien de fois ai-je sauté d’un avion sans parachute, joué à la roulette russe, repris ma respiration au fond de la mer, perdu en duel contre des prétendants sans visage, vendu mon âme au diable…
Avec le temps, j’ai perdu le goût du courage, des aurores prometteuses, des fleurs et des « je t’aime » au coin du soir ; je sais que le père Noël n’existe plus, que les enchantements sont de la poudre aux yeux, et cela m’attriste considérablement. Cadeau suprême, tu es restée au pied de mon sapin et je n’ai jamais su dégrafer ton ruban…
Aujourd’hui, je survis mal entre les draps froids d’un pénible lit d’hôpital ; j’aiguise mon dernier souffle en accordant mes soupirs à l’Eternité. Toi, tu es la petite goutte innocente qui se balade libre dans le tube de la perfusion, l’élan sentencieux de la seringue morphinique ajustée à mon bras si maigre, la veine la plus tortueuse de ma main, la chaleur de ma larme la plus brûlante.
Dans mes rêves médicamenteux, lascive, amoureuse, imprudente, je te retrouve enfin pendue à mes lèvres ; nous avons tant de secrets à partager. Tes cheveux sont si blonds quand je les laisse glisser entre mes doigts ; moissonneur de tes frissons, d’un grain de beauté à l’autre, je m’aventure sur le chemin de ta carte au trésor mais je me perds entre tes « encore » et tes extraordinaires décors… Tout à coup, on frappe insolemment à la porte de mon Paradis !... Qui dérange mon intimité ?!... C’est l’infirmière, c’est un ange et… ses yeux sont bleus…
Il m’a dit d’aller voir là-bas s’il y était.
J’y suis allé. Il y était.
- Comment cela est-il possible ? lui ai-je demandé.
- Je suis partout ! Je suis dans tout ! a-t-il ricané.
Il avait une gueule d’ange et un sourire méchant de garnement rusé.
- Va voir à Charleville si j’y suis !
Je suis allé à Charleville. Il y était.
Je suis allé à Londres. Il y était.
Je suis allé au restaurant chez Godefroi, à Bouillon. Il y était.
Je suis allé, enfantin, voir la tour de Paris. Il y était.
Je suis allé à Stuttgart. Il y était.
C’était quoi, ce jeu ? Ça ne rimait même plus. Même pas avec rien.
C’est là que j’ai compris que c’était un vaurien.
Quand tous les clignotants ont été au rouge – c’était à Bruxelles encore, une fois ça marche, une fois ça marche pas – j’ai sorti mon revolver et je ne l’ai pas raté. Une balle en plein cœur et deux autres qui lui ont fait deux trous rouges au côté droit.
Je ne sais pas comment c’est dans le vôtre mais dans cet univers-ci, Dieu est mort. C’est moi qui l’ai tué. Son don d’ubiquité m’énervait.
On a ramené sa dépouille de Marseille et on l’a enterrée avec son corps de Bruxelles. Bien sûr personne ne sait où a eu lieu l’enterrement ni où on a mis le corps d’Arthur – ici Dieu se prénommait Arthur – mais on s’en fout. Depuis, sans lui, c’est le paradis, ici.
Extrait de : « Ainsi parlait Sarah Fouchtra, Auvergnate irascible » de Friedrich Nichts.
P.S. 1 Si tu lui avais dit, oncle Friedrich, qu’ici Dieu est un type avec une jambe de bois qui rêve de retourner au désert, Sarah aurait compris pourquoi notre monde boîte autant !
P.S. 2 L'illustration (Copyright la Bibliothèque Nationale de France) représente Augustin et Arthur Dieu en premiers communiants. Si vous avez d'autres photos d'Augustin Dieu, faites le savoir à Pierre Michon, il est preneur !
Quand j'ai rencontré Germaine, elle était au four et au moulin... j'aurais dû me douter que ça n'allait pas être de la tarte et qu'elle me roulerait dans la farine.
Elle m'avoua plus tard que ce jour-là – en cuniculicultrice chevronnée – elle courait deux lièvres à la fois et que j'avais été le plus lent des deux!
Moi, lent ? Y'avait pas plus chaud lapin dans le canton.
Fréquenter une cuniculicultrice... rien que ce mot me faisait saliver !
Comme un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, on s'est vite mariés à saint Pierre et à Miquelon. Je me serais bien passé de deux mariages surtout qu'à midi et à quatorze heures on se les gelait ferme, surtout moi.
D'ailleurs je n'ai rien vu, mais Germaine voyait pour deux, elle disait que c'était de l'ubiquité et qu'elle était tombée dedans toute petite à Pâques et à la Trinité... sur les deux îles à la fois!
J'ignore comment elle faisait, moi qui n'avais jamais su pisser dans Jacob et Delafon simultanément.
En plus de ça elle était atteinte de dédoublement de la personnalité; je m'en suis rendu compte quand une nuit elle m'a demandé de l'appeler Germain !
Dès le lendemain j'ai entamé une procédure de divorce, ou plutôt deux procédures de divorce pour être tout à fait sûr.
Parait qu'on ne peut pas divorcer deux fois en même temps... c'est ce que m'ont expliqué les deux cougars du guichet n°3 du bureau de l'état civil de La Garenne-Colombes.
Oui, on habite La Garenne-Colombes, c'est encore une trouvaille de Germaine : La Garenne pour moi le chaud lapin et Colombes pour mes colombes... enfin pour Germaine ma colombe et Germain mon pigeon.
Finalement je leur ai construit une volière, une volière de chez Casto, là où y'a tout c'qui faut...
J'espère juste une chose c'est qu'ils ne se reproduisent pas, la consanguinité et la schizophrénie ça ne doit pas donner grand chose de bon.
Aujourd'hui je me sens bien, je n'ai plus besoin de faire à la fois le Père Noël et le Père Fouettard pour plaire à Madame... juste une poignée de graines mélangées de chez Animalys chaque matin et le tour est joué.
Il m’arrive de me prendre pour un arbre et de plonger les racines de mes bras dans la terre chaude de janvier.
Je viens y entendre les paroles des jardiniers , écouter le bruissements des ailes des coccinelles prises par le gel.
Je viens y braconner le reste d’espérance dans les racines des pissenlits avant que nous gifle le froid polaire.
On peut tout négocier avec la nature , on peut même lui mentir un certain temps , mais nous ne sommes pas des rois dans un désert .
Nous n’avons pas ce don d’ubiquité des sauvages du xii siècles, nous n’avons plus ce génie d’un Ronsard allant vers sa rose .
Nous sommes ces aveugles empêtres dans leur propre force inutile ne sachant plus multiplier les fenêtres sur le monde .
Il nous faut retrouver la force de papillonner dans la lumière du jour comme nos sœurs libellules.
Avant que vivre ne devienne une maladie éphémère retrouvons ce don d’ubiquité qui nous permettait de flairer une licorne dans un paysage.
Remettons d’aplomb ces visages écrasés sur des vitraux poussiéreux, ces mauvais draps dont sont faits nos lits.
Nous pourrons voir alors sans peur les rosiers sauvages de Damas et en même temps toute la bibliothèque d’Alexandrie
BONNE ANNEE. .
Ubiquité, nom féminin, du latin ubique, partout
Biologie moléculaire: il existe des molécules ubiquitaires,dites de ménage
Informatique: les ordinateurs sont omniprésents dans le monde réel
Quel don formidable que l'ubiquité: lire et regarder la télé est mon interprétation
Ubik de Philip K.Dick: ubiquité des figures du Bien et du Mal
Il est possible aussi de lire en écoutant de la musique
Théologie protestante: ubiquisme ou omniprésence divine
Ecologie: certains êtres vivants peuvent habiter dans des biotopes variés
maryline18 ; Venise ; Vegas sur sarthe ; Walrus ; Joe
Krapov ; JAK ; Kate ; petitmoulin ; joye ; bongopinot ;
Une belle endimanchée, sur ses talons perchés
Plantureusement montrait ce que l’on ne saurait zieuter
L’Alphonse, ce voyeur flagorneur, par ces seins alléché
Lui roucoula :
Eh! Miss vous êtes ci-devant, une authentique vénusté.
Et si pour moi vous vouliez bien promptement turbiner
Je vous offrirais à vie, le gite et le couvert.
L’élogieux compliment fit alors chavirer la jolie dulcinée.
Et l’encenseur par son discours flatteur illico l’emballa
Laissant ses pères et mères, au bras de l’enjôleur de suite s’en alla.
Sur un boulevard, dans une voiture clinquante dès lors échoua.
Et depuis, elle chante à qui veut l’ouïr, honteuse et bien confuse,
Un peu tardivement toutefois, qu’on ne l’y prendra plus.
Il en va ainsi du verbe qui peut être louangeur et flatteur, et parfumer les chemins.
Le vil se l’approprie pour mieux manipuler, en authentique mâtin
Et pour lors de la sorte, arriver à ses fins

Gardons nous bien des mots, n’aimons que les actions.
Il faut pourtant le reconnaitre la chose n'est pas toujours aisée
Il est si doux d’entendre la louange de l’obséquieux
Lorsque l’on veut à tout prix être aimé.

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières
Mon cher Arthur
"Entends-tu les clochettes tintinnabuller ?"
Graeme Allwright
Nous autres les thuriféraires de la poésie volatile, les apôtres des hashtags #balancetonencens, #diffusetonpatchouli, #assumetonbabacoolisme et #décroissantsaubeurre, nous avons fort à faire ces jours-ci avec les sommations de la société de consommation.
Nous voici à peine sortis de la célébration coûteuse et somptueuse de la naissance d’un fils de pauvre dans une étable que d’aucuns songent déjà à remettre le couvert le 31 décembre pour commémorer la venue au monde de Jean-Marc Sylvestre, le thuriféraire n° 1 du libéralisme galopant nez au vent, ou pas, sous sa bannière emplie d’étoiles.
Consommons ! Consommons ! Consommons la dinde et le marron, les serpentins, les cotillons, les canapés sur le napperon, la veuve Clicquot, le Dom Pérignon, soignons-nous aux petits oignons, gavons-nous jusqu’au troufignon de foie gras d’oie, foie gras d’oie voilà les Dalton !
Car il ne sert à rien de jouer les Harpagon, Picsou nageant dans ses millions, d’avoir la passion des actions et d’honorer le dieu Pognon.
Claquons tout ! Soyons fous ! Sauf que moi je ne le puis. Mon bonheur sur cette Terre me coûte excessivement peu cher. Je suis le thuriféraire des captations de lumières ; l’objectif de ma prêtrise est de dispenser des bêtises et mon déguisement en Merlin l’encenseur ne vise que des petits bonheurs, ceux qui n’ont pas de prix parce qu’ils sont gratuits.
J’opère en toute simplicité d’esprit et – beati spiritu pauperes – je m’en trouve bienheureux. J’entre dans les églises pour aimer leur silence et faire mon miel photographique de leurs vitraux. C’est par-là que je crois au mot «divinité». A ce jeu-là, si c’en est un, il me semble que nos chemins sont à l’inverse.
Y a-t-il un coeur sous ta soutane d’autrefois ? Qu’est-ce qui bave à la poupe sinon l’encre d’un certain fiel ? N’était-il pas par trop facile de retourner Verlaine comme tu le fis à chaque fois ?
Sur le bateau ivre de la photographie, dans cette chapelle marginale, ne rencontré-je pas, de mon côté, un certain mysticisme planant ?
Là où nous nous rejoignons, finalement, c’est au désert ! J’écarte soigneusement les humains de mes paysages, tel un herboriste rousseauiste et me réjouis des attraits des bois et guérets de la Creuse.
Mais je ne dédaigne pas pour autant les portraits de groupe, la sainteté volée des musiciennes au travail ou la gaîté posée ou joyeusement éclatée des carnavaleuses complices.
J’adore aussi ces krapoveries à la W.C. Fields qui me viennent je ne sais comment : « Ca y est ! Je me suis encore fait avoir. L’estomac plein, le cœur au bord des lèvres. Fruits de mer, pâté en croûte, vins, Champagne, chocolats, gâteaux. Trop, trop, trop. Pourquoi ai-je tant participé à ces festivités alors que je ne crois même pas au Père Noël et encore moins à sa naissance à Bethléem entre un bœuf et un âne ? En Laponie, entre deux rennes, passe encore ! ».
A part ça j’ai découvert ce week-end un bien plus terrible thuriféraire que nous autres. Il s’agit de Pierre Michon dont, jusqu’à la semaine dernière, le nom et l’oeuvre m’étaient inconnus.
Ce monsieur s’est fait une spécialité d’écrire autour des portraits, d’en dresser de bien littéraires à des moments-clés de la vie des glorieux. Dans son livre «Le corps du roi» il nous met sur la table des lois son idolâtrie pour Samuel Beckett et William Faulkner se faisant portraiturer chez un photographe ou nous dépeint Gustave Flaubert sortant pisser un coup dehors après avoir mis le point final à la première partie de "Madame Bovary". A tous les coups Michon a dû écrire quelque part une prose poétique du même acabit sur Proust. A bon entendeur, Port-Salut ! Voilà, c’était une idée de cadeau à rechercher pour votre oncle de Belgique !
Mais surtout j’ai appris en parcourant les Cahiers de l’Herne à lui consacrés qu’il a commis un «Rimbaud le fils» dont je ne peux pas te dire grand-chose car il était sorti, comme tous les livres de Michon, de la bibliothèque où j’ai mes habitudes. J’ai d’autant plus d’appétence pour cette lecture que son projet de départ était d’écrire sur ton frère, Frédéric Rimbaud, le conducteur d’attelage ! Je trouve cette idée géniale, gaguesque à souhait mais je doute qu’il en ait fait un bouquin réellement rigolo.
Voilà, mon cher Arthur, ça sera tout pour aujourd’hui. Ite missa est !
Je t’envoie mes salutations distinguées de thuriféraire de Sainte-Boîte-à-lettres-du-Cimetière qui me permet depuis six mois maintenant de correspondre avec un mort d’importance !
P.S. Ceci n’est pas une grossièreté : existe-t-il pareille boîte à lettres dédiées au cimetière de Montcuq ? Car je me ferais bien aussi le thuriféraire de Nino !
C'est le titre que j'aurais choisi si j'avais voulu vous narrer mes aventures lorsque j'étais enfant de chœur. J'en aurais accompli des choses derrière le rideau de fumée de l'encensoir !
Il y a cependant deux gros empêchements à la chose :
Du coup, je ne puis que me rabattre sur le sens figuré du mot-sujet de la semaine.
J'en ai connu des thuriféraires !
Toujours prêts à encenser n'importe qui pour peu qu'il y mette le prix.
Bien sûr, vous pouvez trouver ça malhonnête, mais il y a matière à chicane, ratiocination, pinaillage, argutie même !
C'est que pour encenser...
Faut de la braise !
Ah...
"Hé Cindy, t'as déjà secoué l'encensoir ?"
"J'ai plus cinq ans, j'suis pucelle que tu croives"
"J'te d'mande si t'as déjà manipulé un encensoir"
"Euh... c'est quoi c't'embrouille ?"
"C'est une boîte à fumée où c'est qu'on brûle de l'encens"
"Et c'est quoi l'an cent?"
"C'est comme la résine de canne à bisse mais c'est légal passeque c'est garanti par l'église, c'est un truc qui cocotte grave et qui fume et qu'on fait monter au ciel pour donner d'l'odeur aux prières"
"Passque tu fais des prières, maint'nant ?"
"Non... pas moi, moi j'fais juste le naviculaire"
"Le navi quoi ?"
"Tu f'ras l'thuriféraire pendant que j'f'rai l'naviculaire"
"J'comprends que dalle à c'que tu dis"
"C'est simple! Not' curé cherche deux volontaires pour la messe de minuit... c'est bien payé"
"C'est quoi un avis culaire ?"
"C'est çui qui porte la navette"
"La navette... comme la chevillette ou la bobinette du chap'ron rouge ?"
"Mais non! C'est une boîte à coucou où c'est qu'y a l'encens qu'on met dans l'encensoir pour le faire crâmer"
"Si j'comprends bien, j'vais secouer ce Jean-François qui fume et qui pue pendant qu'tu tiendras juste la p'tite boîte et on s'ra payé pareil ?"
"C'est l'geste qui compte ma vieille et pis c'est Noël"
"J'm'en balance de ton transplantoir!"
"Justement, c'est l'balancement qu'est essentiel"
"Et y faudra l'secouer combien d'fois ton assesseur ?"
"D'abord à la procession et pis avant les vangiles et pis à l'Offre-toi et pis à la consécrétion et pis c'est tout. Tu l'agites trois fois deux coups ou trois fois trois coups, ça dépend"
"Euh... ça dépend d'quoi ?"
"T'inquiète, le curé compte pas les coups, pourvu qu'y lui en reste un peu pour soigner son asthme"
"Passque l'curé est asthmatique en plus ?"
"Ouais, les curés sont pas à l'abri, tu vois..."
"En tout cas j'préfère faire le naviculaire si ça t'déranges pas"
"C'est pas qu'ça m'dérange mais ça va pas êt' possible, rapport au feu"
"Quel feu ?"
"Ben les allumettes pour allumer l'encens dans la navette"
"Et c'est quoi le problème avec les allumettes ?"
"Ben les allumettes, c'est une affaire d'homme"
"Tu sais pas... t'iras t'secouer l'ascenseur tout seul !!"
Derrière cet écran de fumée
Un petit garçon joue de l’encensoir
En le faisant gentiment balancer
Aux premières lueurs du soir
Il suit une procession
Tout de blanc vêtu
Lisant des citations
Lors d’un spectacle inattendu
Trois autres de ses copains
Neptune Saturne et Jupiter
Bouquets de fleurs à la main
Ces trois petits thuriféraires
Ouvrent de nombreux chemins
Dans l’avenir et l’espace
Pour aujourd’hui et demain
Brisant au passage des carapaces
Et lorsque sonne minuit
Brillante comme un soleil
Elles arrivent dans la nuit
Étincelante dans un demi-sommeil
C’était une pièce de théâtre
Pour la fin d’une année scolaire
Elle était interprétée à quatre
Pour un moment beau et lunaire