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Le défi du samedi

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9 décembre 2017

C'était au temps où Bruxelles... (Walrus) (353)

 

Quand j'habitais 15, rue de la Centrale, à Ville-sur-Haine (inutile de vous précipiter, la maison a été rasée en même temps que la centrale électrique), mon frèe avait reçu pour la Saint Nicolas un album des aventures de Quick et Flupke.

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Je me suis bien sûr empressé de le lire.

Hergé, Bruxellois d'origine y racontait les aventures de deux garnements de sa ville.  Il m'a fallu des années pour percer le mystère du nom de ces héros (ce sont les diminutifs bruxellois de Patrick et Philippe). Cet album fut mon premier contact avec Bruxelles.

Quel monde étrange pour moi qui avais vécu jusque là dans des maisons ouvrières, que cet endroit où les gens vivaient empilés dans des appartements.

L'autre personnage principal de cette bande dessinée, avec qui ils avaient d'innombrables démêlés, était l'agent de police de leur quartier, porteur aux coins de son col d'un numéro matricule : le 15. Aujourd'hui, cet agent, sans doute le flic le plus célèbre de Bruxelles, a même sa statue place Sainctelette.

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Quand en 1963 j'ai dû me présenter au Petit Château, le centre de recrutement et de sélection de l'armée de l'époque, j'ai emprunté le tram qui faisait la navette sur les boulevards de la petite ceinture de la capitale : le 15 ! Ce tram était tellement connu qu'il était représenté sur les carrousels. Aujourd"hui, ce numéro est celui d'un bus qui dessert en soirée quelques quartiers de Jette.

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Les écoles de Bruxelles sont, elles aussi, affublées d'un numéro. Celle qui porte le numéro 15 parmi les écoles maternelles s'appelle "Les Lutins du Petit Bois", c'est pas mignon ?

 

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9 décembre 2017

Quinze à la douzaine (Pascal) (102)


Par l’entremise de son métier, il était vérificateur des Tabacs, mon père avait ses entrées dans une ferme à la campagne, pas loin de chez nous. Directement chez le producteur, il y commandait ses poulets, ses pintades, ses lapins et ses salades, ses patates, ses asperges et ses carottes, tout ce qu’on pouvait mettre sur une table à l’époque pour manger sainement.
Parfois, le samedi après-midi, il m’emmenait avec lui ; quand on arrivait sur le chemin de la ferme, tous les volatiles s’enfuyaient à tire-d’aile devant nous.
A peine sortis de la voiture, avec les présentations, on se disait bonjour ; en enlevant mon bonnet, je tendais la main au monsieur et la dame m’embrassait chaudement sur les joues ; elle sentait sa cuisine, les fleurs séchées, les bûches de chêne du fourneau ; les taches sur son tablier étaient toutes les médailles de son travail journalier.
A l’intérieur, c’était rustique ; une petite ampoule éclairait la grande pièce, laissant des ombres épaisses endormies partout ; un vieux ruban anti-mouches déroulé se baladait au zéphyr des courants d’air paresseux. Auprès de la fenêtre, un fauteuil aux motifs effacés, aux ressorts écrasés, aux accoudoirs usés, semblait regarder obstinément dehors, comme pour prévenir la maison du temps, des saisons et des nuages.

La fermière sortait les tasses, le sucrier, et elle allait chercher sa cafetière au coin de la cuisinière à bois. Exercice de mon père, si je le demandais correctement, j’avais droit à un verre de sirop de menthe. Je me souviens quand ils m’observaient, tous les trois, pour voir si j’allais m’en sortir avec une si longue phrase de politesse. Petit, je tutoyais la dame ; en grandissant, je la vouvoyais mais elle m’embrassait toujours, et j’avais, depuis, droit au café. D’un placard ancestral, elle sortait sa boîte de biscuits ; j’avais intérêt à en prendre deux ou trois sous peine de la fâcher ! Selon le temps, ils étaient mous ou secs, ces petits gâteaux ; je les gardais dans la main, ne sachant pas trop quoi en faire. Au temps passant, je les grignotais, oubliant l’inconvénient de leur goût douteux.

Enfin, je donnais ma boîte de douze œufs mais, comme une malice habituelle, mon père en demandait toujours quinze ! Comment la fermière allait-elle faire entrer quinze œufs dans un emballage de douze ?!... Ils rigolaient tous devant mon air inquiet !...

En mission de notre approvisionnement, la fermière partait dans la basse-cour avec son panier et un bon couteau aiguisé. Pendant que mon père discutait technique avec le planteur de tabac, j’allais faire une balade dans les proches environs.
J’évitais soigneusement les travaux de dépeçage de la dame ; voir étriper un lapin, tordre le cou à un canard, plumer une pintade encore tiède, c’était tout juste bon à alimenter mes cauchemars.
A six, sept ans, c’est extraordinaire de découvrir une vraie basse-cour ; c’est un zoo avec toutes les bestioles de notre campagne. Elle est comme un aquarium ; les animaux tournent et retournent dans leur espace comme des poissons dans leur eau. Ils picorent d’un côté, ils grattent de l’autre, toujours à l’affût de la moindre pitance…

Ils s’enroulaient autour de la voiture de mon père comme si elle était un rocher dérangeant sur le chemin habituel de leur promenade ! Les canards donnaient des coups de bec dans les pneus ! Les pintades devaient se voir dans les reflets des chromes des pare-chocs car elles s’enfuyaient en s’envolant ! Et le chien de la ferme qui gueulait tout ce qu’il savait ! Avec des furieux allers et retours, de sa niche jusqu’au bout de sa chaîne, les crocs en devanture, il tentait de me bouffer ! J’en profitais pour lui balancer quelques morceaux de biscuits ; il était content, il reniflait partout, cherchant et léchant jusqu’à la dernière miette.

Pour m’inviter dans la ronde de la basse-cour, je devais éviter les dindes curieuses, ne pas écouter les cancaneries des canards, me détourner des sifflements belliqueux des oies et les coqueriques du coq hautain, me toisant avec son œil inquisiteur. Une fois dans la bande, si je gardais ma place, je pouvais visiter les lieux…

Le cheval était à l’écurie ; quand la trappe supérieure de sa porte était ouverte, sur la pointe des pieds, je pouvais le distinguer dans sa pénombre odorante. Au moindre coup de queue, au moindre hennissement, au moindre frottement de sabot, je m’écartais prestement de l’entrée. Las, le toutou-gardien éteignait ses aboiements de forcené ; il me regardait avec ses yeux de chien battu, en ayant l’air de dire « Il t’en reste, des bouts de gâteaux ?... » Le clapier des lapins. Qui regardait l’autre ? Tantôt ils tapaient de la patte arrière, tantôt ils tournaient en rond, comme pris du tournis de l’emprisonnement. En passant le doigt à travers le fin grillage, j’arrivais à toucher le pelage de leurs peluches sauvages. Parfois, la fermière me mettait un lapereau dans les bras et c’est comme si je tenais mon cadeau de Noël. Je le sentais palpiter ; le nez entre ses oreilles, je respirais son pelage lisse et tiède et je le serrais fort comme pour ne plus jamais m’en séparer.
Heureusement que mon père ne demandait pas un rôti de porc ou des saucisses parce qu’il y en avait deux ou trois qui grognaient dans leur enclos ! De par les interstices crasseux qui laissaient entrevoir une auge brunâtre, leurs groins dépassaient en reniflant le petit citadin que j’étais. Je leur balançais des graines de maïs que je glanais, ici et là, autour de leur trappe de ravitaillement. La fosse septique, je devais l’éviter. Elle n’était qu’une forte odeur de paille tiède et repoussante, un véritable marécage aux cloaques inquiétants. Bien sûr, il était défendu de tourner autour mais c’était enivrant de marcher sur son petit muret. A l’entrée de la grange, la chatte dormait d’un œil sur un ballot de paille ; je n’avais pas intérêt à l’approcher ; ses soufflements et ses crachements en étaient ses plus vives fortifications ! Je pouvais bien tenter de l’amadouer avec des restes de gâteaux, elle ne se laissait jamais caresser. Alors, les quelques dernières brisures, je les semais devant les poules en me frottant les mains et je les leur montrais, pour bien leur signifier que je n’avais plus rien à leur donner…

Loin de sa cage, voir un lapin écorché, vidé, avec ses yeux inquiets hors des orbites, ça fait quelque chose ! Celui-là, je n’avais pas envie de le caresser ! C’est ce que je me disais en détournant le regard, tandis que la fermière finissait de le préparer. Sur la table de la cuisine-salle à manger-salon, elle avait rempli l’étui avec sa douzaine d’œufs ; les trois en plus, elle les avait mis dans un papier journal qu’elle avait replié avec une grande précaution.

Au départ, j’eus droit aux fortes bises de l’au revoir affectueux et à quelques biscuits glissés d’autorité dans ma poche, que je dus emporter pour ne pas décevoir. Comme s’il nous connaissait, le chien n’aboyait plus quand nous remontâmes dans la voiture ; les poules, les canards et les oies nous firent une véritable haie d’honneur ! Sur la route, p’pa roulait doucement, même si c’est moi qui avais la responsabilité de tous les œufs posés sur mes genoux…

2 décembre 2017

Défi #484

 

Quinze !

 

Quoi, bizarre ? Vous rigolez ?
Ce ne sont pas les sujets qui manquent :

Le rugby (ouais, bon, le Quinze de France...)
Les jeux de cartes : crapette, fifteens, scopa...
Les montages plus ou moins stables d'Arne
La balle pelote (quinze et une chasse)
Le tennis
Marignan (1515)
Le quatrocento (XVème)
L'arrondissement de Paris
Y en a même pour mon neveu chez 415

Bon, j'arrête parce que de toute façon, vous en trouverez un autre, alors...

 

2 décembre 2017

Ont opté pour le style japonais (ou pas...)

2 décembre 2017

Premier ! (Walrus) (352)

 

Bon, cette fois-ci, je ne me laisserai pas avoir, personne ne pourra me devancer (quoique connaissant Venise et Laura, j'ai pris un risque en attendant onze heures pour m'y coller), personne ne viendra publier mes idées !

Enfin, si j'en avais, des idées...

Parce que là, si elles existent, elles doivent être bien cachées !

Derrière un paravent, peut-être ?

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2 décembre 2017

Les branches du prunier (Emma) (48)

 

C'est un paravent, sombre et patiné, chargé d'ans et d'histoires ; sur ses panneaux de soie on voit, dans un paysage de forêt sur ciel rouge, une femme en kimono blanc dont les longs, très longs cheveux s'enroulent autour d'une montagne, face à un dragon à la gueule grande ouverte. 

Son créateur, l'artiste Nguyen Quang Trân, était spécialisé en chinoiseries parsemées de poèmes nippons, pour plaire à sa riche clientèle plus cosmopolite que cultivée. Il a représenté sur les panneaux du paravent la-femme-changée-en-pierre-pour-avoir-sans-le-savoir-épousé-son-frère, d'après le célèbre conte : Hon Vong Phu [1] 

Il a en fait réalisé trois paravents, pratiquement identiques, pour le très respectable  Maitre Dao Dang Duong.
Le premier était destiné à sa vénérable mère, le second à son honorable épouse, et le troisième à son nuage de miel, Lulu la Nantaise, qui déployait alors son art au Lotus bleu

Dans les jeunes herbes
Le vieux saule
Oublie ses racines.
 

Au lotus bleu, le paravent de la montagne fut le décor flamboyant de somptueuses mises en scène. 

Au parfum des fleurs
Je ne montre que mon dos -
Changement de robe.
 

Plus tard, il servit à  Lulu à "cacher son fourbi"  quand, l'heure de la retraite ayant sonné,  elle se mit à son compte  aux  volets rouges[2]

Chaque fleur qui tombe
Les fait vieillir davantage
Les branches de prunier !
 

Hélas survinrent les événements que  vous savez. 

Rien ne dit
Dans le chant de la cigale
Qu’elle est près de sa fin.
 

Lulu disparut dans la tourmente, le paravent fut volé puis  revolé à son voleur, pour réapparaître, dix ans plus tard, dans une brocante, et depuis compléter son  honorable CV à des fins lucratives, au gré des modes.

Le voleur
M’a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre.


- Venez voir, chers amis, la merveille que Charles Edouard m'a offerte pour nos noces d'or…
Selon l'antiquaire, il a appartenu à Puyi, vous savez, le dernier empereur de Chine…
 Mathilde ajoute, avec un petit rire modeste et charmant :

- mais je n'ai pas pu le vérifier… 

Un rayon de soleil qui danse semble faire ricaner le dragon. 

Quand les pruniers fleurissent
Les belles du bordel
Achètent des ceintures.

haikus de Yosa Buson, Chiyo-Ni,  Matsuo Bashõ , Ryokan, Chiyo-Ni


[1] Hon Vong Phu : La Montagne De La Femme Qui Attend Son Mari

[2] une p'tite taule de Biénoa pas très loin de Saigon...

 

 

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2 décembre 2017

Mes Ombres Chinoises par bongopinot (193)

 


Lorsque mon grand-père
Étendait le drap mince
Au beau milieu de la pièce
On s’installait par terre

Et dès la nuit tombée
Nourrissant le salon
On faisait des bonds
Impatients d’admirer

Ses mains guerrières
Protégées de gants blancs
Derrière ce paravent
Et quand jaillissait la lumière

Il racontait des histoires
Avec ses ombres chinoises
Des animaux qui s’apprivoisent
Et à la fin une victoire

Je revois mon grand-père
Derrière ce drap blanc
Et mes souvenirs d’enfant
entourés d’ombre et de lumière

 

2 décembre 2017

Paraprofessionnellement (joye) (489)

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2 décembre 2017

La Chanson de l'amnésique (Joe Krapov) (428)

Elle est très sympa, cette dame Véronique ! Voici ce qu’elle écrit, ce lundi :

Les Amnez’ziques ont sévi sur la scène cet après-midi. Ils ont continué à sévir après leur départ en laissant, qui un chapeau, qui un parapluie rouge. Comme après leur passage la météo ne s’est pas améliorée, le chapeau attend son propriétaire-chanteur sous un coin de parapluie d’un auditeur ou d’une auditrice !

Avis aux amnésiques et/ou aux étourdis dont je sais faire partie !

Merci pour votre présence à tous et toutes et pour avoir partagé ce bon moment.

Véronique

Evidemment, celui qui a oublié son chapeau, c’est encore Manu Lebichon, le chanteur historique du groupe « Am’nez zique et les Biches » dont font aussi partie Sebarjo, Chris Biche et Joe Krapov, votre serviteur.

C’est moi qui suis arrivé le premier chez Dame Véronique. Je suis venu à pied. Trois quarts d’heures de marche avec sac à dos et guitare. On peut dire que je le bichonne, mon bilan carbone !

J’allais attendre les autres dans la rue mais Dame Véro est sortie et m’a fait entrer dans sa vaste demeure. Tout était prêt pour le concert : chaises, canapés, fauteuils installés, jolie vaisselle prête pour le goûter qui suivrait. Et, en guise de rideau de scène, il y avait un très joli et large paravent.

J’ai installé mon matériel : pupitre, guitare, ukulélé, kazoo, harmonicas. Les autres sont arrivés là-dessus et tout s’est bien déroulé, le concert a été très réussi.

Juste trois bémols et un dièse :

- Personne dans la nombreuse assistance n’a jugé bon de photographier les artistes. Du coup je ne peux pas vous montrer le paravent.

- Moi-même, bien qu’ayant amené mon appareil photo compact et rose, je n’ai pas pensé à photographier l’objet. Je savais bien pourtant que « paravent » était le thème du Défi de ce samedi ! 

- Manu a oublié son chapeau sur le paravent tout comme il avait oublié son pull chez moi la dernière fois, ses sabots chez Isabelle et perdu les micros de la sono en septembre ! Un véritable Am’nez zique, il est ! 

- Du coup, pour dièse, c’est #balancetontimbre ! Sur l’air de « Je n’suis pas bien portant » d’Ouvrard, je lui ai écrit « La Chanson de l’Amnésique » ! 



Les paroles de cette chanson sont ici.

2 décembre 2017

Aux accrocs de la brume (petitmoulin) (53)


Aux accrocs de la brume
L'écrié de la mer
L'encre de ta soif
Aux éclats de la nuit
Ivre de poésie
Nouée sur les embruns
La voix à même la peau
En corps de solitude
Paravent de tes mots
Repliés dans la main
En tristesse profonde
Sur un bout de papier
Tendu jusqu'aux étoiles

2 décembre 2017

Japoniaiseries (Vegas sur sarthe) (377)


Le bruissement soyeux, délicat et sensuel des tissus qu'on abandonne ayant cessé, je réalisai avec ravissement que le seul rempart qui me séparait à présent d'Albertine était ce frêle paravent de papier décoré de suggestives japoniaiseries faites de couples imbriqués, sexes béants et verges folles.
Le décorateur avait-il peint ces horreurs à dessein pour le supplicié qui souffre de ce côté de la frontière des rêves ?

Soudain j'ai eu chaud, très chaud, aussi ne gardai-je que mes caleçons molletonnés qui contenaient à grand peine une érection naissante.
Mais bizarrement les bruissements reprirent de plus belle, ponctués de plaintes sourdes et de râlements indéfinissables.
La demoiselle se pâmait-elle déjà? Se pouvait-il que par transparence elle jouisse des mêmes oeuvres libidineuses ?
J'osai un "Besoin d'aide, ma chère?" auquel répondit un gloussement de gorge à faire frémir le rempart ténu :"Non point mon ami... je serai bientôt prête"
Albertine allait être "prête" rien que pour moi, mais prête à tout ?
Dans mon excitation je heurtai le paravent du bout du pied et le maudit écran tomba... tout comme ma virilité au spectacle sidérant qui s'offrait à mes yeux.

Albertine poussa un cri d'effroi, les yeux écarquillés et croisant vainement les bras sur un étrange costume, un pantalon plissé équipé d'un dosseret qui ressemblait à un hakama de samouraï!
"Que faites-vous dans cet accoutrement?" s'étonna t-elle.
J'aurais pu lui retourner sa question.
Les hommes s'imaginent que les paravents sont les antichambres du plaisir alors qu'ils ne servent finalement qu'à changer d'apparence et à exacerber les sens; j'avais fantasmé sur des motifs suggestifs dignes du kama-sutra et voilà qu'une poupée en camisole annihilait toute libido.

Pris d'une rage inconnue j'entrepris sauvagement de dénouer les lanières avant croisées derrière la taille et revenant sous la ceinture puis les lanières arrières nouées sur l'avant et englobant les deux brins avant ainsi que l'avait conçu un fou furieux dans le lointain Empire du soleil levant.
J'arrachai les velcros avec de grands "scrrratch" qui couvraient à peine des cris effarés et je libérai enfin les sept plis du pantalon... sept plis liés à sept vertus qu'elle me récita à l'oreille à mesure que je les soulevais un à un.
Je découvris tour à tour la bienveillance, l'honneur, la courtoisie puis la sagesse et la sincérité... et puis vint la loyauté.
Ecartant toute loyauté d'un revers de main j'en terminai avec la piété au risque de me damner pour de bon.
Troussée au beau milieu de ses falbalas et fanfreluches, Albertine s'était pâmée, quant à moi – moulé dans mes caleçons d'un autre âge – je découvrais dans le reflet d'une psyché un type que je ne connaissais pas.

Ainsi donc le miracle du paravent – prétexte à tant de folies au théâtre de boulevard – n'avait pas opéré sur nous; la belle était dans les vapes et moi au trente sixième dessous...
Abandonnant Albertine à sa pâmoison je redressai le paravent – seule chose en passe d'être redressée en la circonstance – et m'y réfugiai pour me rhabiller à la hâte.
C'est alors qu'une voix rauque me cloua sur place, une voix que je ne lui connaissais pas et qui disait :"Qu'attendez-vous mon ami... ranimez-moi ou alors tuez-moi mais faites vite!"

 

2 décembre 2017

Derrière le paravent (Laura) (125)


Derrière le paravent, Cannelle a laissé avec ses vêtements, sa fausse pudeur, ses complexes,
Sa timidité. Son amant à moitié asiatique l’avait dépouillé des principes inculqués par sa Famille alors que dans ses veines coulait plus de feu que de sang de sa naissance. Il l’avait Découverte belle des qualités qu’on nommait ailleurs des défauts .
Devant le paravent, il l’attendait pour lui dire qu’elle n’aurait plus besoin de se cacher derrière
Des vêtements, simples voiles de décence en public mais oripeaux inutiles aux délices Asiatiques.
Nue devant l’artiste et sa toile, elle fit tomber le paravent et son amant sur le lit.

 

2 décembre 2017

Le paravent (Pascal) (101)


En été, pour tempérer la chaleur étouffante de notre maison, m’man coinçait dans l’encadrement de la fenêtre de la salle à manger une sorte de paravent qu’elle avait confectionné avec une petite armature rectangulaire en bois et un morceau de natte de plage qu’il nous restait des dernières vacances. C’était agréable, cette vraie clarté du dehors. A l’heure de midi, on pouvait mettre les volets à l’espagnolette tout en gardant notre paravent en place. Quand septembre se prenait encore pour juillet, on déjeunait, que dis-je, on pique-niquait dans la pénombre et la lumière du jour, en même temps.
Il nous isolait des curieux voyeurs qui passaient devant notre fenêtre du rez-de-chaussée. Pourtant, elle était fière quand un collégien passait en reniflant la rue jusqu’à notre fragile façade pour dire combien son repas posé sur notre table sentait bon.
Ma mère avait le chic pour m’émerveiller avec ses inventions simples et extraordinaires. Tout gamin, j’avais donc la vision du ciel en vrai quand je voulais regarder dehors. Les feuilles du vieux platane du jardin d’en face souffraient elles aussi de la chaleur estivale. Pendues au bout de leur tige, elles se vrillaient aux brûlures du soleil entreprenant.
Les moineaux indiscrets venaient chanter jusque devant notre fenêtre ; leurs piaillements si proches étaient les refrains de la fin de l’été. A l’étage, on ouvrait la fenêtre d’une chambre pour faire un courant d’air mais quand une porte claquait, cela avait le don de faire râler mon père…

Les parfums de notre petite rue s’engouffraient dans la salle à manger comme pour se protéger de l’évaporation brûlante du dehors. En face de la maison, le poteau électrique en bois exhalait ses effluves de produit goudronné ; clandestine, la fumée de la cigarette d’un quidam s’insinuait subrepticement et quand une dame passait dans la rue, son parfum s’invitait jusque dans la salle à manger.
Cette ouverture, c’était notre clim, notre coin de ciel bleu, comme disait m’man. C’était drôle, on était dedans, tout en étant dehors. C’était l’heure incertaine où les petites choses avaient une grande importance et où les grandes choses étaient des guerres devenues lointaines, pas si importantes, en fin de compte. Petit voyeur à l’écoute, j’entendais les conversations des collégiens, les chuchotements des amoureux main dans la main, les sifflements des chansons des passants, leurs toussotements, la cadence de leur pas, le haut de leur chapeau quand ils marchaient près de la fenêtre. Quand une voiture passait trop vite, sa poussière venait nous visiter, ce qui avait le don de faire râler mon père…

A l’envi des courants d’air, le paravent battait mollement dans l’encadrement de la fenêtre. C’était la voile de mon bateau pirate ; dehors, c’était le monde dangereux des choses que je ne connaissais pas. C’est un peu comme si on entrouvrait notre nid familial à des inconnus. Quand j’étais seul, avec mon fusil à flèches, je montais sur une chaise et je surveillais les gens qui passaient comme s’ils étaient des potentiels ennemis de notre maison. Je grimaçais, je fronçais les sourcils, je mettais les poings sur les hanches ; j’attendais leurs assauts pour protéger ma famille.
En automne, les rayons de soleil n’avaient plus la même inclinaison dans la pièce ; les rôles s’inversaient. Les meubles toujours à l’ombre se retrouvaient au soleil et ceux qui étaient à sa lumière se cachaient dans l’obscurcissement. Comme un fait exprès, à l’heure des informations, le contre-jour plaisantin se placardait immanquablement sur l’écran de la télé ; ce qui avait le don de faire râler mon père…

Pour ajuster son appareillage, m’man n’avait rien trouvé de mieux que deux bouchons de champagne, souvenirs d’anniversaires, qu’elle coinçait entre les battants et le cadre de la fenêtre ; le liège satisfaisait bien au serrage contre les montants. Pourtant, au coup d’un vent furieux, cet échafaudage précaire tombait et les deux bouchons s’enfuyaient dehors ou s’en allaient rouler derrière les meubles ! A quatre pattes, je fonçais sous les chaises, je tendais le bras sous le buffet, j’y retrouvais mes petites voitures, je cherchais dans les fils de la télé ! Quand on tardait à retrouver le dernier des bouchons, ma mère, un brin malicieuse, disait qu’on devrait boire une autre bouteille de champagne pour réajuster son cadre à la fenêtre ; ce qui avait le don de renfrogner mon père…

Ce qui était le plus merveilleux, après le patatras général, c’était le sable de la plage qui tombait encore de la natte ! Aux abords de la fenêtre, tout à coup, c’était toutes les vacances qui crissaient sous mes pas de petit curieux ! En passant la main sur le lino, j’arrivais à en faire un tout petit tas ; pas de quoi en faire un château ni même un pâté. Avec un doigt, je le goûtais et je retrouvais la saveur de la plage. Vite, je regardais le ciel si bleu pour voir si une mouette ne nous avait pas raccompagnés, avant que mon père ne passe un coup de balai… en râlant…

 

2 décembre 2017

Participation de Venise (386)

 

1966 , on joue pour la première fois les paravents de gens genets à l’odéon le théâtre de France .
Je suis assise au second rang accompagné de ma troupe d’étudiants en philosophie .
Le théâtre est bondé, Cocteau au premier rang , louis Jouvet sur sa droite , on voit toute l’intelligentzia au rendez-vous .
Au bout de 20 minutes de représentation remonte de la pièce une terre maudite qui exhale sa puanteur sous des relents de roseraie .
Genet ne ménage pas l’histoire, alors que marias Casarès enfonce le clou les paras enfoncent  les portes du théâtre.
S’en suivent  alors des jets de pierres, Casarès ,est  invitée à « foutre le camp ». Jets d'objets divers (chaises, oeufs, boulons). Fumigènes, cris, insultes, bagarre généralisée. Le rideau de fer est baissé. Le spectacle s'interrompt. Un quart d'heure après, il reprend.
Dehors, une foule amassée n'en continue pas moins à vociférer, réclamant son annulation. Les forces de l'ordre sont réquisitionnées, elles le seront désormais, chaque soir, lors de toutes les représentations qui suivront.
Mais laissons parler Malraux des paravents.

André Malraux défend Jean Genet

Réponse d'André Malraux, ministre d'État chargé des affaires culturelles, le 26 octobre 1966, aux députés réclamant la suppression de la subvention à l'Odéon-Théâtre de France après la création des Paravents.

« La liberté, Mesdames, Messieurs, n'a pas toujours les mains propres ; mais quand elle n'a pas les mains propres, avant de la passer par la fenêtre, il faut y regarder à deux fois Si nous étions vraiment en face d'une pièce antifrançaise, un problème assez sérieux se poserait. Or, quiconque a lu cette pièce sait très bien qu'elle n'est pas antifrançaise. Elle est antihumaine. Elle est antitout. Genet n'est pas plus antifrançais que Goya anti-espagnol.
Ce que vous appelez de la pourriture n'est pas un accident. C'est ce au nom de quoi on a toujours arrêté ceux qu'on arrêtait. Je ne prétends nullement - je n'ai d'ailleurs pas à le prétendre - que M. Genet soit Baudelaire. S'il était Baudelaire, on ne le saurait pas. La preuve, c'est qu'on ne savait pas que Baudelaire était un génie. Ce qui est certain, c'est que l'argument invoqué : "Cela blesse ma sensibilité, on doit donc l'interdire", est un argument déraisonnable.
Si nous commençons à admettre le critère dont vous avez parlé, nous devons écarter la moitié de la peinture gothique française, car le grand retable de Grünewald a été peint pour les pestiférés. Nous devons aussi écarter la totalité de l'œuvre de Goya, ce qui sans doute n'est pas rien. Et je reviens à Baudelaire ; Je ne supprimerai pas pour rien la liberté des théâtres subventionnés. J'insiste sur les mots "pour rien", car si nous interdisons Les Paravents, ils seront rejoués demain, non pas trois fois, mais cinq cents fois. En fait, nous n'autorisons pas Les Paravents pour ce que vous leur reprochez et qui peut être légitime ; nous les autorisons malgré ce que vous leur reprochez.

 

25 novembre 2017

Défi #483

 

Allez, un truc biface :

Paravent

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Devant, derrière ?
À vous de voir !

(si j'ose dire)

25 novembre 2017

Ont choisi leur option

25 novembre 2017

LÓDZ par bongopinot (192)

bo

 


Une place majestueuse
Comme je suis heureuse
Et très vite je m’émeus
En découvrant ce lieu

C’est la place de la liberté
Une statue est posée
Au dessus de l’obélisque
Et Lodz est magnifique

Le monument se détache
Et fièrement s’impose
Le tram danse autour
Et des personnes courent
 

bo1


Cette statue fièrement dressée
On ne peut que l’admirer
Sur l’obélisque de pierre
La ville de Lodz peut-être fière


Regardez l’obélisque
Dans ce ciel énigmatique
Il est majestueux et droit
En ce jour un peu froid

bo2

25 novembre 2017

Ah, être Calife à la place du Calife ! (Walrus) (351)

 

La procrastination (oui, je sais, je retarde de trente-trois chapitres) est une manie qui me fait un tort fou.

Déjà que comme c'est moi qui propose les sujets, vous pourriez penser que j'ai déjà une petite idée derrière la tête en le faisant et que, d'autre part, j'ai au moins quelques petites minutes d'avance sur vous pour me mettre à rédiger.

 

FAUX ! (comme disait Norman)

Faux parce que mon indolence naturelle fait que quelle que soit l'idée qui me vienne sur le sujet, je la retrouve déjà dans un des envois des participants plus courageux que moi.

Je vous les donne en vrac :

  • associer l'obélisque à l'astérisque comme un vulgaire Uderzo (bon, je vais pas en faire une idée fixe)
  • remettre les pendules à l'heure sur la nature exacte des odalisques
  • et, puisqu'on parle d'heure, prendre la place de la Concorde pour un cadran solaire
  • prendre un air pénétré à la pointe de l'obélisque
  • jeter un voile pudique sur toutes les odalisques de la peinture française
  • transformer l'obélisque en fusée et la mettre sur orbite

Bon, ben comme on me coupe tous mes effets...

Je vais peut-être pouvoir entrer au harem !

 

25 novembre 2017

Participation de Venise (385)

 

Chez nous les Noëls étaient particulièrement déprimants.

Entre la Bûche et le Sapin de Noel on attendait un Pére Noel qui ne venait jamais.

Alors on allait se coucher avec les pieds aussi glacés que les marrons de tante Jeanne !!

 

Mais cette année-là le voisin avait abandonné sa vieille boite de scrabble sur le trottoir et toute la famille avait passé la soirée autour de ce vieux scrabble .

 

Obélisque avait demandé mon père AU ou O.

Obélix avait crié mon petit frère avec un X à la fin .

Mais non hurlait de rire ma mère AUBELISQUE

À l’unanimité Obelisque s’écrivait AUBELISQUE !!

Aucun dictionnaire n’avait pénétré notre vieille chaumière , et la langue française on l’a retournée comme une crêpe Suzette !!

 

Je vous raconte cette histoire, car l’autre soir je suis sortie du métro place de la concorde et il était là devant moi notre obélisque .

Une colossale énigme trônait au centre de Paris .

Je jetai un rapide coup d’œil sur la bête et j’y découvris des hiéroglyphes qui ressemblaient étrangement à la langue de mes parents    La langue cubiste !!

 

Je venais de découvrir que mes parents loin d’innover appartenaient au monde dont la langue chatoyante comme un fleuve m’avait fait aimer les voyages.

J’entends leur rire comme une douce pluie qui ne se sèche jamais dans l’encre de mes lettres .

 

25 novembre 2017

Marie-Jo (Pascal) (100)


Marie-Jo, la cinquantaine fanée, je l’ai connue sur un site de rencontre ; elle avait de belles photos affichées sur sa devanture virtuelle, un avenir qui ressemblait au mien (je m’adaptais), du temps libre, et des fantasmes accrocheurs en bas résilles et en dentelle noire.
Divorcé depuis peu et véritable taïaut, la truffe au vent, je courais le guilledou et, Toulon-Marseille, ce n’était qu’à une portée de fusil de ma libido galopante. Nous étions faits pour nous rencontrer…

Au téléphone, elle m’avait susurré : « Mon beau, tu prends l’autoroute jusqu’à Marseille, tu vas toujours tout droit ; arrivé sur le Boulevard Michelet, tu prends à gauche, tu passes devant le stade et tu continues toujours tout droit. Quand tu verras l’obélisque de Mazargues, tu prendras à droite, le Boulevard de la Concorde, et encore une fois toujours tout droit jusqu’à la première à droite : la rue Jules Isaac ; remonte-la, je t’attendrai, tu me reconnaîtras… »
Moi qui suis nul, question géolocalisation, j’avais trouvé du premier coup ; ce devait être l’aiguille du GPS, du dessous de ma ceinture, qui m’indiquait la bonne route…  

Effectivement, elle m’attendait au bord du trottoir ; je ne pouvais pas la manquer. Avec toute sa panoplie d’apparat, décolleté super plongeant, jupe ultra courte et montée sur des talons si hauts, elle ressemblait à une majorette qui n’a pas vu retomber son bâton ; j’étais même étonné que les hommes de passage ne s’arrêtent pas pour lui demander son prix…

Plus que ma vieille voiture, elle avait des kilomètres au compteur, ma belle Marie-Jo ; les cernes autour de ses yeux valaient tous les maquillages de films tragiques en noir et blanc ; ses cheveux décolorés en blonde cachaient mal leurs racines blanches ; ses mains calleuses, ses ongles cassés trahissaient sa pénible condition de femme laborieuse et, si elle avait des frissons, ce n’était que le froid du dehors. Comme je n’étais pas non plus de la première fraîcheur, on s’est reconnus, on s’est approchés, on s’est touchés, on s’est embrassés. Elle sentait bon la savonnette et le parfum de la superette.  

Son histoire est digne d’un roman de Victor Hugo, dans sa période « Les Misérables » où elle n’aurait pas dépareillé dans un chapitre entier, tant ses emmerdes étaient multiples.

Divorcée d’un mari aussi juif qu’ambigu, comme pour se soulager, elle m’avait raconté. En allant aux WC, elle l’avait surpris, dans la nuit de l’appart, en train de se masturber devant l’écran de son ordinateur, tout en parlant à un interlocuteur inconnu.
A longueur de journée, été comme hiver, elle préparait des gâteaux dans sa cuisine et, lui, il allait les vendre à la boulangerie d’en face, moyennant un maigre bénéfice. Gare, les gifles tombaient bas quand elle ne réalisait pas son quota.
Sur mes recommandations, elle s’était séparée de son dernier loulou en date ; la nuit, il était videur de boîte, de son état ; en échange, aux frais de la princesse, il passait ses journées à jouer à des jeux d’arcade sur la télé de la maison tandis qu’elle allait s’éreinter à faire des ménages. S’il avait une grosse BMW, elle n’était pas assurée, il dealait avec les gamins du quartier, il jouait aux courses, il grattait à tous les jeux et il ne gagnait jamais…
Elle avait deux gamins, deux véritables p’tits cons (comme elle disait) d’une vingtaine d’années qui profitaient outrageusement d’elle ; pour l’emmerder, ils l’appelaient la vieille, devant moi, ce qui la faisait immanquablement pleurer. Moi, je les j’aurais bien balancés d’une fenêtre de sa minuscule location, au quatrième étage.
Elle avait recueilli un chien, à cause des caprices de ses deux gamins ; il ne servait à rien qu’à vider ses gamelles, qu’à gueuler son ennui et à réclamer sa promenade quand l’envie de faire ses besoins le débordait. Quand j’étais là, c’est moi qui allais le balader, ce pauvre clébard. A force de tirer sur sa laisse, il avait le cou plus long que la normale. En apnée, j’en profitais pour prendre l’air, loin de toute cette détresse sidérale…  

Plus tard, quand j’arrivais chez elle, un week-end sur deux, elle me préparait toujours un bain d’eau chaude parce que cela faisait du bien à mes articulations malades, même si elle n’avait plus que de l’eau froide pour sa vaisselle et même si sa facture d’électricité allait s’en ressentir. Nue sur son lit, les seins un peu lourds, le ventre un peu flasque et les cuisses un peu rondes, elle n’était pas franchement une odalisque, non, ma Marie-Jo.
Après l’amour, du haut de l’armoire de sa chambre, en catimini de ses gosses intéressés, d’une antique boîte de biscuits, elle me sortait ses trésors de vieilles pièces et de vieux timbres qu’elle étalait sur le lit ; elle voulait tout me donner. Elle me montrait des photos de son mariage, des photos d’elle à la plage et elle insistait sur la beauté de ses formes, au temps de ses jeunes années. Pendant les quelques heures qu’on passait ensemble, elle riait, elle était agréable et spontanée. Comme si le soleil éclairait sa cuisine, pendant un rayon de bonheur, elle me préparait des bons petits plats, des gâteaux, sans doute les mêmes que celui que son mari lui réclamait, des années auparavant ; je devais les ramener chez moi pour que je l’oublie moins vite, me disait-elle, redevenue sérieuse…  

Pour occuper le temps, on a fait le tour de sa famille. Nous sommes allés voir son père, il était pied-noir, espagnol et aveugle. Il était boxeur amateur, dans son jeune temps, et il n’a pu s’empêcher de me montrer quelques-unes de ses photos de jadis. Quand je lui ai dit qu’il ressemblait à Cerdan, il m’a tout de suite accepté à sa table.
Avec des fleurs, nous sommes allés voir sa mère ; au cimetière, avec vue imprenable sur la mer, elle dormait dans la travée six de l’allée douze.
Nous sommes allés rendre visite à une de ses sœurs ; elle n’a pas ouvert sa porte même si sa voiture était garée devant la maison ; nous sommes allés voir une autre de ses sœurs ; en bras de chemise, la clope au coin du bec, le juron aux lèvres, elle déchargeait un camion de livraison du magasin Liddle de son quartier.
Nous n’avons pas eu besoin d’aller à la rencontre de son frère, un peu demeuré, vu qu’il traînait toujours dans les environs, à l’aumône habituelle d’un petit billet ou d’une assiette chaude sur un coin de table. Un dimanche, alors que nous déjeunions chez son paternel, il était assis à côté de lui ; chaque fois qu’il ouvrait la bouche, il prenait une beigne. Aussi, je me suis demandé si le boxeur à la retraite était vraiment aveugle ou si le gamin ne faisait pas exprès de s’en prendre plein la figure, seulement pour avoir une caresse de son père…  

Quand ses « merdeux » n’étaient pas dans les environs, on faisait l’amour sur toutes les chaises, celles du salon, celles de la cuisine, celle de la chambre ; cela devait être son fantasme le plus exaltant. J’eus un peu peur avec le tabouret de la salle de bains, à cause de son état bancal et madame avait des orgasmes en décibels tonitruants, à décoller la faïence. Son lit était tellement mou que je me retrouvais toujours aspiré avec elle, en son milieu. Alors, je me retournais et, agrippé contre le bord, j’avais l’impression d’essayer de dormir sur les pentes glissantes d’une montagne abrupte…  

Aussi, je vous le demande, amis lecteurs de cette aventure ; cette pauvre femme, qui avait-elle à dénoncer ? Son juif ? Son porc ? Ses enfants ? Sa malchance ? Son ignorance ? Sa pénible condition de femme ? Ce bonhomme qui avait frappé à sa porte, seulement intéressé par ses photos en porte-jarretelles ? Moi, j’arrivais dans son monde et j’étais comme un chien dans un jeu de quilles. Elle, sans permis de conduire, sans réel boulot, sans avenir, elle gérait la guigne, la fainéantise de son aîné, les crises d’épilepsie de son plus jeune, les fins de mois difficiles à partir du dix, les factures qui s’accumulaient, le frigo et les placards qui se vidaient en échange, la machine à laver en panne, les deux bouts qu’elle tentait de joindre à la seule force de son courage et de ses ménages chez les riches avares…   

Chez elle, à part le jeu des chaises musicales, c’était devenu le palais des mille et un ennuis. Bien sûr, on sortait. Nous avions déjeuné dans des grands restaurants, ceux du bord de la mer ; elle était toute contente de se retrouver dans le monde, avec ses bijoux en toc, pour briller en public. Nous étions allés au Vélodrome et nous avions applaudi l’OM ; bras dessus, bras dessous, nous nous étions baladés au Parc Borély, malgré la pluie, malgré le Mistral et malgré le soleil ; nous avions arpenté les grands magasins et fait des emplettes mirobolantes à la couleur enflammée de ma carte bleue ; nous étions allés au cinéma voir triompher des héros en costume de chevaliers. Pourtant, il fallait se rendre à l’évidence ; nous nous étions épuisés à force d’avoir vécu notre temps ensemble. Cette vie de barreau de chaise ne me convenait pas…

Avec ses deux pénibles ados qui squattaient l’appart, c’était des sempiternelles crises de disputes avec leur mère, et j’en avais ma claque d’arbitrer toutes ces guerres de suprématie. Une fin d’après-midi, quand une goutte d’incompréhension et d’engueulade fit déborder le quatrième étage, je repris le chemin inverse ; je contournai l’obélisque de Mazargues, bien dressé entre la nuit et la journée, je longeai le Boulevard Michelet et je tournai à droite pour retrouver la bretelle de l’autoroute de Toulon. Je ne suis jamais revenu. Je crois que je lui ai fait du mal, je crois qu’elle a pleuré ; comme une bouée de sauvetage, je crois aussi qu’elle s’est accrochée à un autre bras, plus responsable, plus compréhensif, pour la prendre en charge et pour tenter de la sortir enfin de tout son marasme. Insatiable navigateur, le nez au ciel, je repartais en quête de l’inaccessible étoile…

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