Ont entraperçu le vélo de Garou-Garou
Vegas sur sarthe ; Laura ; Thérèse ; Walrus ; Pascal ;
bongopinot ; EnlumériA ; joye ; JAK ; Joe Krapov ;
Venise ;
Vegas sur sarthe ; Laura ; Thérèse ; Walrus ; Pascal ;
bongopinot ; EnlumériA ; joye ; JAK ; Joe Krapov ;
Venise ;
Le vélo à pépé
Raymond est un ancien routard. Le vélo, il affectionne. Depuis de nombreuses années il a pignon sur rue et régente un atelier de réparation pour vélos, à l’enseigne révélatrice :

-il ne voulait pas mettre à la benne le vélo qui lui avait permis de remporter a l’arrachée le tour du Quercy- et il s’était ingénié à en faire un trophée typique.
Longtemps, il a peiné pour gagner sa croute mettant les doigts dans le cambouis, gonflant des pneus, rustinant les chambres à air, recadrant, radoubant à tout va , rafistolant des selles peu confortables , transformant certains vélos pour y ajouter des carènes dynamiques.
Il n’a jamais perdu les pédales, ni encore moins déraillé dans l’exercice de sa tache. Un sacerdoce qu’il dit !
Son rejeton n’a pas le goût pour reprendre l‘atelier, mais Raymond pense fermement que son petit-fils, sera un bon successeur ; ses yeux brillent comme des catadioptres lorsqu’il vient l’aider le samedi ou le dimanche matin, et comme une prémonition l’idée s’insinue et vient susurrer à son oreille poilue qu'il a fait le bon choix.
Aussi lui enseigne-t- il en dehors de ses heures d’école, tous les secrets vélocipédiques qu’il maitrise parfaitement.
Oui, Jeannot fera un digne dauphin, malgré son apparence déjantée, il est véloce, un pneu trop au gout de son grand-père qui aime aller plan -plan.
Cette continuation, ils en parlent tous deux, lorsqu’ils retapent de concert une bécane.
Cependant, Jeannot, qui est ambitieux, prévoit grand : il veut se spécialiser dans la vente des VAE, VTC, VTT, etc. et créer une armada de néo cycles ultramodernes connectés..., pour cela il veut rénover la boutique et pour commencer, dans le secret il cogite pour désinstaller la bannière que pépé à fixée sur le mur, emblème lui faisant honte par son peu de modernité.
Alors…
Un beau matin Raymond arrive, essoufflé devant sa boutique, et quel n’est pas son étonnement de voir cette enseigne animée de néon fluorescent qui trône à la place de la vielle relique.

Raymond voit rouge, il se met à dérailler, rien ne le freine pas même les patins, il part en roue libre, ses yeux tournent comme des roulements à bille, il brandit un démonte pneu en direction de son petit fils, puis dans un élégant volte face de direction, il stoppe soudain, devant les badauds rameutés par ses cris.
On a craint un moment pour le sort de Jeannot.
Après tout pense-t-il, son petit fils a de l'initiative, il fera un excellent second, n'a t-il pas lui même fait le même coup à son gd père en remplaçant la draisienne- enseigne qui jurait à ses yeux, lorsqu’il a pris la succession de son aïeul.

Alors, calmé, il dit en bafouillant
« Jeannot tu es bien le digne petit fils du roi de la pédale »
De grands rires s’élèvent parmi les spectateurs, qui crient en cœur
Vive Raymond le roi du Tour du Quercy
Raymond se revoit en danseuse à la fameuse arrivée, son adversaire lui suçant la roue, le talonnant de très près, mais c’est lui qui franchit le premier la ligne d’arrivée.
Je croyais que la mort allait restée tapi dans sa boite
Tel un mort comme un crocodile dans son eau saumâtre d’un marigot.
Mais voilà on avait affaire à, un créatif ancien vétéran du tour de France sans doute!!
La crème donc comme moyen d’expression .
Sculpté dans le mur , le vélo du défunt avait surgi dans la nuit du dernier Tour de France.
On avait devant nous la preuve tangible d’un règlement de compte .
Le criminel devait être embusqué encore dans le parc jouxtant le mur , on entendait des bruits de pas sur les feuilles mortes.
Les alentours semblaient déserts . Je voulais en avoir le cœur net . J’ai enfilais mon manteau .
Vers minuit j’ai vu passé une fille sur un vélo grinçant je l’ai descendue pour faire un exemple .

Un retraité sans famille
Vivant dans un petit village
Se lève se lave et s’habille
Et part faire du bricolage
Sur la façade de sa maison, fleurit
A plusieurs mètres du sol
Encastré dans le mur
Un demi-vélo comme une parabole
Une idée vraiment originale,
Et connue dans tout le hameau
Ça fait comme un signal
Pour tous les marmots
Qui viennent souvent lui rendre visite
Pour réparer leur petite reine
Dans un atelier composite
Dans une ambiance sereine
Lui qui n’a pas eu d’enfant
Et qui aime sa douce solitude
Apprécie de plus en plus ces moments
D’échanges de partage et de quiétude
Et sans s’en apercevoir
Il leur apprend l’amour du travail
Le bien vivre ensemble le savoir
L’entraide le respect sans muraille
Lui se nourrit de leurs sourires
De leurs questions d’après-midi
Ça lui redonne l’envie de vivre
Il adore ses mercredis et ses samedis
Dans le cadre du défi de cette semaine, permettez-moi de vous présenter la belle Jeannie. Elle tient le pavé, dans la rue Darrigade, mais son petit chez-elle, c’est au soixante-neuf, Rue de la Pompe. Sous la vieille enseigne, avec le demi-vélo scellé au mur, c’est sa ligne de départ. En danseuse, elle remonte le boulevard ; le claquement des pétards de ses talons sur les bordures, le déhanché de ses postures élaborées, c’est son signe de ralliement. En Amour, elle en connaît un rayon ; des hommes, elle en a fait le tour, le Tour de France. Les riches céréaliers de la Beauce, les mareyeurs de Bretagne, les maquignons de Rungis, les viticulteurs de Bordeaux, c’est son quotidien, c’est l’Amour à la chaîne…
Pourtant, elle me dit toujours que je suis son maillot jaune ; elle me fait rougir. C’est ma petite reine, ma plus belle étape, mon palmarès, dans cette rue borgne. Sous l’enseigne vétuste, « si cliste », je suis son « demi selle », son garde debout, la lumière vacillante de sa Dynamo à l’ampoule d’or, son porte-ravages, sa sonnette d’alarme, ses freins incapables, sa roue emballée, sa chambre à air… pur…
Quand on monte dans sa chambrette, je reste à l’abri, dans le sillage de ses effluves envoûtants ; je regarde son postérieur dessiner des huit de compétition. Là, tout près, dans la demi-obscurité des paliers, je m’accroche au guidon de ses hanches. Les escaliers en colimaçon, c’est mon premier col. Arrivé devant sa porte, sa ligne de départ, je glisse un billet dans la tirelire de son chemisier et cela déclenche immanquablement ses sourires. Elle me laissera encore gagner…
J’aime bien les lacets de son porte-jarretelles, le parfum des alpages dans son cou et les dentelles arc-en-ciel de ses froufrous. La blancheur de sa peau est comme la neige immaculée, j’y laisse mes empreintes de mordillements affamés. Tout à coup, je suis le roi du peloton et si elle glousse des refrains d’amusée partisane, c’est qu’elle est bon public.
Elle est fragile et précieuse, délicate et compréhensive, féminine et avertie ; elle est mon sponsor, ma meilleure supportrice, ma ligne de mire, ma ligne d’horizon et ma ligne d’arrivée. Elle est mon EPO, mon « Elégante Péripatéticienne Obsédante » ; sur le dérailleur de mon obsession, je suis évidemment sur le grand plateau, et toutes mes dents mordent la chaîne de sa féminité séductrice. Quand elle enlève ses bas, qu’elle les fait glisser nonchalamment dans la course du galbe de ses mollets, c’est comme si la mer me permettait la vision salace de son coquillage. Si bien loti, je suis pêcheur d’Islande ! Sans filet, elle me met en selle, fait briller mon dossard, allume mes prétentions de gagneur !
Là, devant la petite glace du lavabo, nos reflets s’harmonisent, ils se disent oui, ils se disent, c’est l’heure du contre-la-montre. Sans cuissard, je suis son maillot à poil, comme elle aime le rire à mes dépens rougissants…
Je suis un bon grimpeur ; seul, en danseuse, je m’échappe en tête de notre tandem ; j’ai un bon coup de rein, et ma pédale est cosaque ; il faut voir comme j’escalade ses monts et brûle sa forêt. Cinq minutes chrono, même pas crevé, je sprinte toujours avant elle.
Alors, conciliante, elle m’enveloppe avec ses petits bras ; elle m’offre la couronne du vainqueur et, pendant un instant, je suis son champion, le maillot même pas jeune, de son corps. Elle m’inonde de sa caravane publicitaire avec ses compliments les plus enthousiastes ; pour un peu, elle m’applaudirait, moi et mes gesticulations forcenées de finisseur précoce…
Quand j’ai retrouvé la sortie, sous l’enseigne du demi-vélo, je remonte ma braguette et je repars à mes occupations obscures de solitaire. C’est mon dernier col, le pire, celui sans panache, sans gloire et sans illusion ; c’est peut-être le plus dur à gravir. S’il brille une seule lumière dans la rue, c’est la guirlande au-dessus de ma tête vide. De son côté, Jeannie attend la voiture balai, ses retardataires nuiteux…
Depuis qu'on m'a rayé des cadres, je me suis recyclé !
Je suis devenu l'archiviste de moi-même. C'est ainsi que pour illustrer ce Défi du samedi je n'ai pas hésité à aller récupérer chez M. Sebarjo, mon très aimable ancien voisin du dessus et Défiant du samedi à ses heures, les haïkus que j'avais déposés en guise de commentaires sous son Tour de France d'haïkiste que je vous recommande chaudement !
Qui tape à l'étape ?
L'abus de Champagne, roi
Des émois rémois !
Bonnes intentions :
Avaler quelques pavés
Dans l'Enfer du Nord !
Eh ! Intique ! Intasse !
T'occup's pas dé ch'ti qui passe !
...Sauf si ch'est Inqu'til !
Fuyez, criminelles !
A bonnes en tandem salut !
Les Papin commencent !
Le numéro 6
En traversant le village
Tente une échappée !
Avoir des moustaches
"En guidon de vélo" [sic]
C'est vraiment au poil !
Pour nous mettre au vert
Faisons flèche de tout bois
Avec Sebarjo !
Pour se mettre au vert
A Paris il faut passer
La porte Maillot !
Comble de malchance :
Attraper l'avarie-selle
Sur le tour de France !
Pour surfer plus haut,
Un slip de bain à pois rouges :
C'est pas très malouin !
Fais preuve d'entrain
Et rue-toi sans cinéma
Pour gagner l'Arvor !
Tant que j'aurai forces
J'appuierai sur les pédales :
C'est bon pour le coeur.
Et ça rend la main véloce
Pour mettr' les mots à la noce.
Etre souple du guidon
Et sensible aux paysages
Rend agile du crayon.
Dans la plaine et les vallons
Ecrivons et pédalons !
Le crois-tu ? On a
Semé les filles et c'étaient
De bien belles plantes !
Sur la coulée verte
Le bonheur de tout Rennais :
Se la couler douce !
Nuages au ciel ?
Côte couleur émeraude ?
C'est Petit-Breton !
Empoigne guidon,
Bouge muscles et tendons
Pour perdre bedon !
Pour perdre bedaine
C'est pas des calembredaines
Pédale, promène !
Facteur ! Facteur ! Please !
Have you something for me
In your besace ? No ?
Le ciel bleu à Rennes
Vous rend plus léger que tout :
Vous donne des ailes !
Le chat de Gelück
A l'arrière du vélo
Chargé d'un pot belge !
Vois l'ami comme elles
Sont en guidon de vélo
Ses jolies moustaches !
Laissant leurs cyclos
Ils s'en furent aux Cyclades :
Vivent les mariés !
L'été, sur les pentes,
Indifférents, les cyclistes,
A nos agapanthes
Automobilistes
En raison du Tour de France
Des bouchons à Liège !
Un blogueur fidèle
Au Tour est comme un bavard :
Jamais ne la boucle !
Ranger les valises
Et voir qu'on a sous les yeux
De sacrée sacoches !
Mignon comme un coeur !
Le vélo rose à Cayeux
M'a bien ré-galet !
On traçait des routes
On poussait coureurs et billes
C'était tour d'enf(r)ance.
NOSTALGIE
Etre dans cet âge
Où chaque pâté de sable
Est une montagne !
Un whisky anglais
Pour calmer la Tramontane
Et ma dalle en pente !
Je la reconnais !
C'est la bicyclette bleue
De la fill' des forges !
Vélo de pêcheur,
Très bien pour effectuer
Des queues de poissons !
Dans les sacoches rouges
Du vélo publicitaire
Un homme sandwich ?
Chez José Arthur, réponse
A l'heure de l'EPOp club !
Un rêve d'enfant :
Faire du vélo sans les mains !
Sans fesses ? Plus dur !
Quand j’ai voulu devenir coureur cycliste, ils m’ont dit :
« Attention ! Tu vas droit dans le mur ! »
Et maintenant que je veux en sortir, ils disent que je pédale dans le crépi.
Ha ! Harry Potter est passé par ici... S'est-il encore retrouvé coincé dans le monde des moldus ? A t-il de nouveau été empêché de parvenir au fameux collège Poudlard pour sa propre sécurité ? Voldemort aurait-il encore fait des siennes ? Je ne doute pas qu'il trouvera une combine pour arriver à passer le quai 9 3/4 et retrouver Hermione et ses amis...
Ce vélo d'un autre âge, sorti d'une autre dimension, me fait étrangement penser à l'ancien vélo de facteur de Maman. Il lui manque juste un porte-bagage devant le guidon.
En ce temps-là, dans le village, le courrier postal était distribué en bicyclette et non pas en mobylette ou en voiture comme aujourd'hui.
Chaque matin, Maman devait procéder au tri du courrier et ensuite, c'était la tournée en suivant scrupuleusement l'ordre établi à l'avance. Son lourd sac de cuir épais, rempli des précieuses missives, et arrimé sur le devant du vélo, elle en a fait des kilomètres, des allers-retours dans les rues du village… Maison après maison, la sacoche à l'épaule, elle déposait son butin, telle une abeille laborieuse. Et non contente d'exercer sa profession, par tous les temps, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, Maman s'arrêtait parfois un peu plus longtemps pour donner un coup de main à telle ou telle personne en difficulté, comme remonter un seau de charbon de la cave pour alimenter le poêle, ou quelqu'autre menue besogne. Elle connaissait tout le monde et chacun surveillait son passage. Parfois, à son grand désespoir, une roue crevait ou bien c'était la chaîne de vélo qui déraillait. Il fallait alors réparer. Elle continuait donc la tournée à pied en poussant le vélo chargé, elle revenait à la maison et elle prenait le vélo de secours. Le soir, quand Papa rentrerait de sa longue journée de travail, il lui faudrait démonter la roue fautive, enlever le pneu martyrisé, gonfler la chambre à air, trouver la blessure et la colmater avec une rustine.
Parfois, elle devait livrer un courrier à des gens qui habitaient à l'écart du village. Alors, pour soulager notre mère, ma sœur ou moi, on prenait notre vélo pour mener la précieuse lettre à bonne destination. J'aimais beaucoup cette virée, cette occasion de me dérouiller les jambes et de profiter du grand air.
Aujourd'hui les gens ne savent plus l'usage de leurs jambes, ce n'est plus que véhicules motorisés, à grands coups de rendement et de vitesse. On ne prend plus le temps de mettre le nez dehors. D'ailleurs, il n'y a même plus de place pour les vélos sur les routes et c'est devenu tellement dangereux... A tel point qu'ils ont inventé les pistes cyclables, avec force panneaux de signalisation.
Dans mon village, le courrier se distribue encore en vélo même si une voiture banalisée achemine les colis les plus volumineux. Et on a encore la chance d'avoir pu conserver notre bureau de poste. Quant à mon village natal, près de chez moi, il n'y a plus aucun commerce ni bureau de poste. Et le dernier bistrot, qui faisait également épicerie, vient de fermer à son tour. Prémont devient un village fantôme. Ce ne sont plus que marchands ambulants qui se relaient dans les rues à coups de klaxon.
Mais ceci est une autre histoire…
Décidément, j'aime bien cette enseigne-vélo… Mais je crois que je serais presque déçue d'y trouver des vélos rutilants, brillant de mille feux. J'imagine plutôt un vieux monsieur tenant l'échoppe et vendant des tas de pièces pour réparer les vélos. Un expert en la matière qui en connaîtrait toutes les ficelles, du guidon jusqu'au bout des pneus, en passant par les freins et le dérailleur. Je le vois bien au milieu de ses rondelles, de ses écrous et de rayons de roue, de patins de freins et de câbles. Je revois les quincailleries d'antan où l'on pouvait fouiller à loisir à la recherche de trésors enfuis. Ces magasins-là aussi, ils ont disparu.
Vraiment, ce vélo sorti de nulle part m'intrigue. Je vais aller voir de plus près…
(Pardon à Francis Lai, Pierre Barouh et Yves Montand)
Quand les vieux lâchaient leur mâtin
On n'était pas dans le pétrin
A bicyclette
Pour sûr on n'était pas copains
Il avait des crocs le Pinpin
On était deux trois galopins
Et puis Colette
On pédalait plus vite qu'elle
Dans cette friche industrielle
A bicyclette
Il lui mordillait les mollets
ses guiboles qui flageolaient
Tandis que nous on rigolait
Devant Colette
On lui chapardait son quatre-heures
C'était la fille d'un livreur
A bicyclette
Et depuis qu'elle avait huit ans
On lui disait en la voyant
T'iras pas loin en déraillant
A bicyclette
Quand on avait semé le clebs
On reposait nos quadriceps
Nos bicyclettes
Je réparais son dérailleur
J'aurais bien mis mes mains ailleurs
Mais le cambouis c'est dégoûtant
Et rebutant
Quand le soleil foutait le camp
On repartait en ferraillant
A bicyclette
On soudoyait le gros clébard
En lui jetant des carambar
On tenait trop à nos calbars
Devant Colette
D'un signe de main énergique
Colette nous faisait la nique
A bicyclette
Je me disais qu'un jour prochain
Je pourrais toucher le machin
Qui remue sa selle en vachin
De bicyclette

Walrus ; Vegas sur sarthe ; JAK ; Prudence
Petitpas ; Venise ; EnlumériA ; Pascal ; Thérèse ;
Joe Krapov ; joye ; Laura ; bongopinot ; petitmoulin ;

Le penseur de Rodin
Mais à quoi pense t-il ?
Il pense à son jardin
Et à des choses plus subtiles
À la porte de l’enfer
À la souffrance au désespoir
Au centre de l’univers
À la montagne du purgatoire
Mais aussi à des choses plus futiles
Il se demande s’il pleuvra demain
Si ce monde lui sera hostile
S’il y aura des embuches sur son chemin
Et il rêve à des choses plus drôles
À une divine comédie
Où il aura le beau rôle
Il imagine une parodie
Il se voit en Italie
Il sent le parfum d’une rose
Il évoque Meudon et Paris
Mais son bronze semble morose
Il se souvient des poètes
Il regarde passer la vie
Il n’est pas toujours à la fête
Assis sur nos soucis
Il pense aux tempêtes
Aux misères et aux guerres
Sans tambour ni trompette
Mais que peut-il bien y faire
Tous les jours il nous contemple
Son menton appuyé sur sa main
Et tout son intérieur tremble
Sa peine n’a pas de freins
Il juge sans ombrage
Que l’égalité n’est plus de service
Que la fraternité pointe au chômage
Il ressent toute l'injustice
Il s’interroge encore et toujours
Depuis longtemps et pour longtemps
Penseur poète mystère de nos jours
Par tous les temps par tous les vents
Tout s'entrechoque
En sourdine
Rumeur de lâche faiblesse
Écho lancinant du regret
Pétri dans la glaise
Béance de la mémoire
Où s'abîment la défaite
Et la passion déchue
Muse captive
De l'ombre rivale
Sur quel mur de froide
Solitude
Poses-tu ton regard ?
« Qu'est-ce que j'ai bien pu faire de ma carte Vitale ? »
« Prenez votre temps, monsieur... monsieur comment ? »
« Rodain... René Rodain »
“Ah? Vous ne seriez pas parent par hasard avec le peintre?”
“Non Docteur, il n'y a pas de peintre dans ma famille, enfin je pense”
“Vous pensez? C'est une bonne chose... et qu'est-ce qui vous amène?”
“Le 52”
“C'est quoi le cinquante deux?”
“Le bus 52, Docteur. Je suis monté à Rodin et me voilà chez vous en dix minutes”
“Je savais bien que vous aviez un rapport plus ou moins direct avec ce peintre qui était aussi sculpteur si je ne m'abuse”
« J'étais pourtant certain d'avoir apporté ma carte Vitale»
“Vous devriez chercher dans vos vêtements étant donné que vous êtes nu”
“Bien sûr, où ai-je la tête?”
“A propos de tête, vous adoptez souvent cette attitude?”
“Quelle attitude?”
“Et bien... soutenir votre menton avec votre main droite en appuyant le coude sur la cuisse gauche?”
“Euh... ça dépend, il m'arrive de changer de main ou de cuisse, enfin je pense”
“Je ne sais pas pourquoi vous me faîtes penser à un bronze”
“Ah... vous aussi vous pensez, Docteur”
“Oui, bien sûr je panse, je bande, je soigne... comme tout médecin qui se respecte”
“C'est justement mon problème Docteur... moi je pense mais je ne bande pas”
“Hum... Pas du tout, du tout?”
“Non, que je pense à qui que ce soit ou à n'importe quoi, je ne bande pas du tout”
“Et qu'en dit votre épouse?”
“Camille? Elle est toujours restée de marbre”
“C'est étonnant. Votre épouse s'appelle Camille... comme Camille Claudel?”
“Euh... la mienne c'est Camille Boudin”
“Boudin comme le peintre?”
“Qu'est-ce que vous avez avec les peintres, Docteur?”
“Rien monsieur Rodin mais toutes ces coïncidences, ça donne à penser”
“Je ne vous le fais pas dire... et pour notre problème de marbre?”
“Et bien il faudrait que je vous voie ensemble, votre épouse et vous”
“C'est à dire que Camille est actuellement chez Paul, un ami commun”
“Je vois...Je n'ose pas vous demander son nom”
“C'est Zann”
“Paul Cézanne! Et vous appelez ça un ami commun? Vous avez de sacrées fréquentations vous alors”
“Je pense que vous embellissez le tableau, Docteur”
“Ah! Voyez qu'il y a du peintre là-dessous”
René Rodain se lève pour regarder sous lui.
“Je ne vois rien, Docteur... Ah si! Tenez, c'est ma carte Vitale!”
“Voyons ça... Rodain René... c'est bizarre, vous êtes certain de l'orthographe de votre nom?”
“Oui... enfin je pense”
“Je ne vous le fais pas dire. Donc je peux vous revoir avec votre épouse d'ici une quinzaine?”
“Euh oui... est-ce qu'on devra venir avec Paul?”
“Surtout pas! Laissons le maître à son oeuvre, monsieur Rodain. Vous pouvez vous rhabiller”