Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le défi du samedi

Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 660
Derniers commentaires
Archives
14 décembre 2013

Le rythme de la vie (Stella NO.)

Aujourd’hui, ça n’est pas une fiction que je vous propose. Je vais vous parler de mon travail, mon vrai travail, celui dont je parle très peu sur le net. Aujourd’hui, je vous confie ma plus grande passion.

Quel rapport avec le thème, me direz-vous ?

Hé bien, voilà : je travaille avec des gens dont le rythme s’est perdu. Ils vivent sans temps et sans espace. Ils ne savent plus quel jour nous sommes ni même l’année. Ils ne savent même plus qu’ils sont vieux alors ils ne comprennent pas les douleurs dues aux rhumatismes. Ils ne comprennent pas que celle qui se prétend leur fille puisse être si vieille alors qu’eux-mêmes se pensent avoir vingt ans.

Je travaille avec des gens dont la communication n’est plus efficiente. Ils ne savent plus ce qu’ils veulent dire et quand ils y parviennent, ce sont les mots qui leur manquent.

La nuit devient le jour, alors il faut s’habiller pour aller chercher les enfants à l’école ou pour aller travailler aux champs.

Les parents deviennent les enfants et leurs enfants deviennent des parents.

Les conjoints disparaissent pour laisser la place à des inconnus.

Ils ont perdu leur rythme de vie, ils ont perdu l’essence même de ce qu’ils étaient.

On les nomme « déments ». Un très vilain mot pour de très vilaines maladies.

Une partie de mon travail concerne ceux dont on vient d’apprendre l’effroyable. Il s’agit alors de les accompagner dans la lente et douloureuse évolution de la pathologie. J’assiste à l’inéluctable dérive des souvenirs en m’employant à tenter de sauvegarder ce qui peut l’être le plus longtemps possible. Parce que si eux perdent le rythme de la vie, moi je l’ai toujours en tête.

Une seconde partie de mon travail se fait auprès de gens dont on dit qu’ils ont des « troubles du comportement » très importants. Ils réagissent à l’angoisse par l’agressivité, la violence ou l’errance. Ils ne peuvent plus rester à leur domicile sans se mettre en danger.

C’est ainsi que quelques uns arrivent dans des services spécialisés fermés par des codes à toutes les portes. Des services en sigle. Le mien c’est « UHR » : Unité d’Hébergement Renforcé. C’est là qu’on met « les pires ». Ils sont tout à fait indépendants physiquement mais ne sont plus du tout autonomes mentalement. Ils ne communiquent plus beaucoup, voire pas du tout. Et quand ils communiquent, on ne comprend pas toujours ce qu’ils disent. Ils frappent, crient, mordent, crachent, déambulent, pleurent, appellent leur maman, nous demandent un taxi pour rentrer chez eux…

Leurs familles, soulagées d’avoir enfin trouvé une solution de répit et d’aide, se disent rassurées de ce que l’on accomplit auprès de leur parent. Elles viennent moins souvent mais profitent de moments privilégiés grâce à ce que nous parvenons à obtenir des malades.

 

Je fais partie de ceux qui pensent que même si il y a des choses qui partent, il y a encore des choses qui restent. Je milite pour la proximité, la tendresse et l’affection. Je forme les soignants à des méthodes qui portent des noms étrangers - comme pour valider le fait que ce soit « In ». Je diffuse et transmets les bonnes pratiques. J’ai l’esprit à l’envers par rapport à ce que disent les textes : je fais des bisous, j’accepte les câlins, je blague, je chante, je ris avec eux. C’est un travail de théâtre mais un théâtre sans artifice. Juste moi et eux.

 

Mardi, j’ai choisi de sortir avec trois de nos malades. Ils n’étaient pas sortis à l’extérieur depuis des mois. Il a fallu leur expliquer maintes fois, les rassurer, leur tenir la main. J’ai emmené avec moi et deux autres accompagnateurs ceux que l’on considère comme « très déambulant » et « agressifs ». Nous avons marché environ un kilomètre en observant l’environnement. J’ai tout nommé, j’ai tout expliqué, j’ai attiré leur attention sur le givre recouvrant une feuille d’hêtre échouée sur le sol et sur l’enfant qui riait en se balançant dans un parc voisin. Puis nous sommes arrivés à destination : une boulangerie qui fait salon de thé. Ils étaient un peu impressionnés, mes camarades déments. Il a encore fallu expliquer, rassurer, tenir la main. Et puis, il y a les convenances sociales qui sont revenus l’espace d’un moment : me remerciant de les inviter dans un si bel endroit, ils ont tenté de faire un choix parmi les pâtisseries proposées. Ils pensaient qu’on était le soir : « peu importe, leur ai-je dit. On profite maintenant et on verra au moment du repas ! ». Ils ont été d’accord avec moi. Mais le choix était compliqué : comment choisir lorsqu’on ne se rappelle plus des options précédentes. Après de longues tergiversations, ils se sont décidés. Ce sera 2 éclairs à la pistache, 1 à la vanille, un thé et 2 cafés bien corsés « parce que là-bas… ». Tiens ! Un souvenir ! Ancien ou récent ? Quelle importance, nous prendrons donc du café bien corsé.

« Quel régal », d’après eux. Oublions la fourchette et l’assiette, dégustons à pleine bouche. L’un suçote la crème comme un enfant. L’autre observe comment nous faisons afin de reproduire nos gestes. Et le troisième mange goulument en se tenant le ventre de l’autre main.

Après la pâtisserie, je leur rappelle qu’ils ont une boisson chaude. Ils avaient oublié, ils me remercient de cette attention. « Quel régal », répète l’un d’entre eux. « C’est pas comme là-bas », renchérit un autre. Tiens, encore ce souvenir. Et la dernière : « c’est la première fois que j’en bois, mes parents ne veulent pas ». Quel âge a-t-elle dans sa tête ?

Et puis, le moment de bien-être se pose. Rassasiés, bien au chaud, observant les gens dans la rue, ils commentent ce qu’ils voient. L’une d’elle nous narre son passé. Elle travaillait sur une péniche et marchait beaucoup. Elle déambulait sans arrêt sur le bateau, jamais elle ne pouvait se poser. Tiens, tiens… elle déambule sans cesse à l’UHR, le trouble du comportement s’explique maintenant.

Ces presque-non-communiquant nous narrent des choses cohérentes et censées. Nous passons un moment délicieux, puis il faut rentrer.

Ils sont contents, « ça fait du bien », disent-ils. Ils ont envie de raconter à leur camarade. Mais quand nous arrivons, ils oublient vite ce qu’ils ont envie de partager : c’est l’heure du goûter. Ils ont faim, ça fait longtemps qu’ils n’ont pas mangé.

 

 

Je les aime profondément, ces gens qui n’ont plus de rythme. Je les aime avec respect, bienveillance et chaleur. Je leur tiens la main quand ils sont angoissés. Je les écoute quand ils parlent et que personne ne les comprend. Je les accompagne lorsqu’ils déambulent sans savoir où ils vont. Je leur montre les gestes qu’ils ont oubliés. Je les rassure quand ils s’aperçoivent qu’ils ne trouvent plus le nom de leurs enfants.

Et même si je sais que ça n’ira pas mieux, même si je sais qu’ils vont partir, je continuerai jusqu’au bout. Car ça vaut vraiment le coup.

ste

Publicité
14 décembre 2013

Laissez-vous entraîner (JAK)

jak1

jak2

14 décembre 2013

Garder le rythme ! (Mamido)

Rythmr

 Deux ou trois pensées, comme ça.

 Ce site qui, chaque semaine, propose un sujet, permet à tous ceux et à toutes celles qui le désirent de se lancer dans l’écriture. D’ qu’ils viennent de Paris ou d’ailleurs, quelquefois de fort loin, quel que soit leur niveau. La forme est libre : prose ou poème, nouvelle et discours également, tout est accepté. Le nombre de ligne n’est pas fixé, s’il y a un titre, c’est encore mieux. On ne peut pas prendre exemple sur les autres puisque tous les textes sont publiés en même temps, le Samedi. C’est donc un véritable défi. Le défi du Samedi.

Parvenir à produire, seul chez soi, une page ou deux pour le Vendredi soir demande de l’organisation. Certains sujets entraînent des recherches. Alors, on va sur Wikipédia pour tenter de répondre à nos questions.  Par exemple : qui peuvent bien être Mauss (un anthropologue, Marcel de son prénom) ou Michon (Pierre, un écrivain) ? Nicolas Sarkozy, on sait déjà. Malgré le caractère éphémère de l’actualité, on s’en rappelle encore.

Après, on se lance. L’écriture, c’est du travail, ça prend du temps, on fait des ratures. Puis le texte prend corps, on trouve son propre rythme. Au fil des semaines, écrire devient un jeu, on se permet quelques effets de langage. Il faut donner du sens, malgré la contrainte (supprimer une voyelle, écrire à la manière de…). Puis vient le moment de publier son article, on attend son accueil avec appréhension. Que vont en penser les autres Défiants ? Leurs commentaires, leur analyse souvent -toujours ne figurait pas dans les mots…- bienveillants, nous aident à progresser, trouver le bon son, faire entendre notre petite musique.

On pourrait penser que « bloguer » ainsi ensemble ce n’est pas la vie, que ce n’est que faire parti d’un système virtuel. Pourtant, ici aussi, dans la machine, des liens se créent. J’en veux pour preuve le commentaire de Katy L., au sujet de mon absence.

Ce texte y est une réponse. Non, je n’ai point disparu. J’ai juste l’inspiration paresseuse. Aussi, à défaut d’écrire, je me contente de vous lire. Et puis, quelquefois, la vie, c’est du sport (yes ! pas facile à placer celui-là), toujours en mouvement, difficile de garder le rythme. Il faut se préserver, aller à l’essentiel.
Donc, je n’ose pas encore vous promettre le grand retour, seulement de donner des nouvelles de temps en temps.

NB : Les mots en caractères gras figurent tous dans l’image de cette semaine.

14 décembre 2013

Gardez le rythme (Poupoune)

- J’ai un problème d’arythmie. Non, ce n’est pas exactement ça. J’ai plutôt… disons… un problème avec l’arythmie. J’ai besoin… d’un bon rythme. Pour tout. Tout le temps. Comment vous expliquer… ? Dans la rue, par exemple, pour peu que des talons claquent à proximité, il faut je cale mon pas sur le pas de la personne qui les porte. Même quand je n’ai nulle part où aller, c’est plus fort que moi. Le clac-clac sur l’asphalte est comme un appel auquel mes pieds ne peuvent pas résister… Si un robinet goutte dans la cuisine pendant mon repas, ma mastication se fait exactement au rythme du ploc-ploc dans l’évier. Selon l’importance de la fuite, mon repas peut durer affreusement longtemps… mais je vous jure que je ne peux pas faire autrement… Dans le train, même si le bon vieux tatac-tatoum n’est plus vraiment ce qu’il était, l’oreille attentive peut toujours percevoir l’incroyable régularité avec laquelle le bruit des roues sur les rails se fait entendre et je tourne toujours les pages de mon livre en rythme. D’ailleurs, j’ai fini par troquer les romans contre des revues parce que je n’arrivais pas à lire assez vite… A la maison, pour pouvoir essayer de vivre normalement, j’ai mis des métronomes partout pour reprendre un peu la main sur mon rythme de vie, mais c’est presque impossible de tout contrôler… Et tout ça est déjà bien compliqué, docteur, mais en plus, comme je vous disais, j’ai un vrai problème avec l’arythmie. Si le rythme sur lequel j’ai calé mon activité faiblit, s’accélère ou se brise pour une quelconque raison, je suis complètement perturbée. Je perds mes moyens.
-  A…
- C’est même pire que ça…
- Arr…
- A franchement parler, docteur…
- Arrêtez…
- Je crois qu’on peut même aller jusqu’à dire…
- Arrêtez de serrer…
- Oui : on peut dire que ça me rend dingue.
- Arrêtez…
- Par exemple, votre façon de faire cliqueter votre stylo, là…
- Arrêtez de serrer mon cou…
- C’était tellement anarchique !
- Au rythme de l’horloge…
- Non, vraiment, ça me rend folle !
- S’il vous pl…

14 décembre 2013

tam tam tam tam (titisoorts)

Je cours.L'environnement où je suis, n'a plus d'importance. Mon subconscient a prit le relais. Mes pensées défilent. Mon coeur bat régulièrement, tranquillement. Le temps n'a plus d'importance, dans quelques instants je vais reprendre conscience et profiter de l'endroit où je suis, au milieu des pins. Regarde ces pins majestueux, laisse tes soucis de côté. Regardes ces arbres qui fiers comme des totems géants, veillent de toutes leurs hauteurs. Le paysage est magnifique; les couleurs d'automne sont présentes, changeantes à chaque instant. Parfois vous tombez sur des parcelles de jeunes pins qui dans un fouillis de fougères ressortent leurs têtes. 

J'étais bien, et tranquille sur un parcours que je fréquente depuis plus de vingt ans. Les paysages ont bien changé depuis ce temps. J'aurai pu mettre un bout d'étoffe ou bien un objet m'appartenant sur un petit pin de l'époque. Il serait maintenant à plus de vingt mètres, à mirer les paysages environnants. Les chemins sablonneux défilaient sous mes pieds. J'écoute une émission en différé. Le principe, est un invité reçu par Frederique Lopez ainsi que des chroniqueurs humoristes. Il y a au milieu un érudit, soit en philosophie,en histoire, en science, un astro physicien etc etc. Il nous raconte avec des mots simples par exemple le boson de Higgs, la connaissance à la porté de tous. 
Avant j'écoutais plutôt AC/DC et j'ai remarqué que mes pulsations s'affolaient lorsque je courais. 
J'ai bientôt fini de courir, je vais rentrer, la nuit va bientôt m'envelopper dans sa boîte noir. Mes pulsations ne vont pas s'accélerer quand je vais t'embrasser. Ou sont nos folles années, ou le simple fait de pensée à toi, me déglinguait le coeur. Je reste imperturbable. J'ai beaucoup d'habitudes à changer, ce  tam tam régulier dans ma poitrine s'enflamme doit s'emballer dans un rythme africain, un rythme endiablé, juste pour t'aimer.
Publicité
14 décembre 2013

Un appel, des appeaux (Électre)

 

Ordinairement les mots répondaient à son appel. Le samedi elle visitait le sujet, puis elle le laissait tout au long de la semaine mûrir et se nourrir des événements. Souvent des fils lui apparaissaient assez vite et il n'y avait plus ensuite qu'à débrouiller, à ordonner, à faire danser les mots autour du noyau, à émonder pour arriver à l'essentiel. Le jeudi tout était presque prêt. Le vendredi était jour de corrections et de l'envoi un peu redouté, du "tant pis c'est pas parfait mais il faut y aller". Cette fois-ci c'était le vide. Elle avait pensé à son train-train - ou plutôt son bibliothèque-cantine-bibliothèque-cantine - quotidien mais ça manquait de swing. Elle avait pensé aux cloches, mais elle n'était toujours pas parvenue à démêler leurs horaires - sauf le carillon bien reconnaissable de neuf heures du soir. Elle avait remarqué qu'à huit heures du matin aussi il y en avait une volée jolie. Et puis à midi. Mais pas de quoi faire un système. Pas de quoi faire un poème. Elle avait pensé... Elle n'avait plus pensé à cela, prise dans le tourbillon d'une presque dernière semaine, entre les livres à lire ou à photographier, les cadeaux de Noël à faire, les derniers cafés con panna et tous les regrets de ce qu'elle n'aura pas fait... Quelques accrocs dans l'emploi du temps qui offrent des échappées hors les murs. L'indolence des journées ensoleillées, loin du tourbillon de la (grande) ville, loin de la fièvre qui viendra après. Encore un peu hors du temps - encore mais plus pour très longtemps. Encore un peu dans le suspens - comme la fin d'une longue vacance. Elle n'avait plus pensé qu'à cela. Elle avait essayé d'invoquer les mots. D'en provoquer des sabbats dans sa tête. De les laisser venir comme des oiseaux qui s'approchent si l'on reste assez longtemps immobile. Peine perdue. Cette semaine, décidément, le rythme n'était pas dans l'appeau. Ou peut-être qu'il ne marchait plus. Mais qui aller voir pour le réparer ? Peut-être qu'un peu de vraies vacances serait le bienvenu...

 

14 décembre 2013

Essuie-glaces (Pascal)

Un jour de grande mer, à la sortie d’un quart et pour tromper la faim, nous avions décidé, Willi et moi, de grimper jusqu’à la passerelle du navire. La cafétéria était fermée pour cause d’impossibilité de faire un quelconque repas. A l’entrée, ils avaient laissé des œufs durs et une caisse de biscuits secs, épais comme des gâteaux amidonnés, pour caler nos estomacs.

C’était un petit escalier en colimaçon qui emmenait dans la coursive supérieure, celle des cabines des officiers, où se trouvait aussi le carré (les dépendances) du commandant.

Deux jeunes mécanos effrontés, en guenilles mazoutées, traversant en catimini le prestigieux couloir avec ses fanions, ses sabres d’abordage décoratifs, la plaque commémorative en bronze avec le nom de tous les anciens pachas, c’était comme une gageure, un affront, un risque insensé de se faire refouler d’urgence avec pertes et fracas par le premier gradé croisé dans ce couloir au tapis rouge. Mais les voies de la curiosité sont impénétrables au pays des aventuriers.

Je ne sais plus qui avait poussé l’autre dans cette nouvelle expédition hasardeuse. Et puis, notre boulot, c’était de faire avancer le bateau ; quel mal y avait-il de vouloir savoir où il allait et ce qu’il faisait, au moins le temps houleux de notre visite intéressée.

Les mouvements désordonnés du navire nous bousculaient sur bâbord et tribord avec d’impressionnants soubresauts rugueux que nous maîtrisions mal. Plus on montait dans les étages de la superstructure, plus les mouvements du navire s’amplifiaient dans des roulis interminables. C’était dantesque et rigolo… On devait se tenir à deux mains contre la coursive pour garder un semblant d’équilibre. Tout n’était que longs grincements sans fin, gémissements de tôles contorsionnées, ou glissements d’objets insolites se retrouvant par hasard au sol, fuyants ou revenants comme prisonniers dans des ressacs insatiables.

Les tableaux encadrés de notre « François Mahé de la Bourdonnais » s’écartaient largement des murs d’acier pour conserver un semblant d’assiette pendant ces gîtes interminables. Puis ils se plaquaient de nouveau en force brutale comme s’ils voulaient s’incruster dans la tôle. Les mouvements oscillatoires désordonnés, au rythme aléatoire du roulis, avaient quelque chose de surnaturel. Tous ces objets animés se forgeaient une âme récalcitrante, revêche, belliqueuse aux aléas intransigeants de la mer démontée. C’était comme un bercement instable qui ne veut endormir personne.

L’humidité ambiante était attachante ; c’était l’huile flottante de l’engrenage d’un pignon fou. Et il fallait être bien fou pour rester en mer avec un pareil temps ! N’importe quel capitaine sensé irait s’abriter dans une anse, une crique, une baie. Mais non, nous on baladait en mer ! (En langage marin, peu châtié je l’avoue, on dit : se faire branler les couilles… expression bretonne, sans doute…) Nous avons croisé un officier qui regagnait sa cabine. Il nous a regardéscomme si nous étions deux mutins à l’assaut de la passerelle puis il a porté prestement la main devant sa bouche et il a foncé dans la coursive…

Nous approchions… Déjà, des senteurs d’embruns picotaient nos narines frémissantes. Nous sommes passés devant la cabine du commandant et nous avons escaladé les quelques marches abruptes qui mènent à la passerelle en étant toujours aussi malmenés par le roulis omniprésent. Il fallait vraiment s’accrocher, s’arrimer, se caler pour garder une notion approximative d’équilibre rampant.

Je me cramponnais énergiquement à la rambarde d’ascension en espérant rapidement le prochain contre-balancementdu navire pour terminer ce périlleux périple. Nous sommes enfin arrivés dans le poste de commandement. Je me souviens des minuscules essuie-glaces qui balayaient les vitres de la cabine.

Tout à coup, l’étrave du bateau a plongé dans le creux d’une immense vague et j’ai entendu les hélices s’accélérer par le bruit des vibrations courant dans l’acier du navire. Les ordres se suivaient sans empressement, on effectuait les corrections de cap, le manœuvrier à la barre compensait l’impétuosité de cette navigation forcenée. Deux jeunes officiers observaient le mouvement tournant d’un radar dans un globe orangé. Sur le pont, jouxtant la passerelle, une équipe de timoniers scrutait intensément la mer avec d’énormes jumelles.

Le navire s’enfonçait, s’enfonçait comme s’il ne trouvait pas la fin de cette descente vertigineuse. Tout le monde s’agrippait fermement avec une rigueur tenace qui laissait présagerl’imminence de l’impact féroce avec la vague frontale. Le pacha était arrimé dans son fauteuil de commandement. Il nous a regardésun quart de seconde avec une sorte d’intérêt décalé.

L’étrave plongeait encore. Willi croquait dans son biscuit en oubliant les miettes qui giclaient çà et là. J’avais l’impression que j’allais basculer en avant en allant m’encastrer dans les matériels de navigation. Le bateau tremblait jusqu’à la dernière soudure. Nous étions entrésdans le creux de l’immense vague. Les timoniers, à l’extérieur, se sont enfin cachés derrière les armatures de protection en délaissant les grosses jumelles de mer scellées sur leurs piédestaux.

Puis l’impact est arrivé, foudroyant, désordonné et jaillissant. L’étrave a cisaillé la vague bleu colère et le brise-lame l’a éparpillée en mille paquets de mers aux embruns dentelés d’écume qui se placardaient en gifles sonores dans les vitres de la passerelle. C’était à peine croyable. La vague déchirée a giclé par-dessus notre escorteur d’escadre en barbouillant les cheminées de bave coléreuse, en rinçant toute la mâture de pluie saline, en blanchissant les ponts de vagues ravageuses, coureuses, furieuses…

Dehors, les timoniers avaient les yeux rivés dans leurs puissantes jumelles et les ordres continuaient de fuser imperturbablement à travers les regards, les gestes, les silences pesants. Le bateau avait dompté la vague et il s’en amusait un instant en la laissant courir sous son ventre. Mais déjà, une autre, plus grosse, plus virulente, plus enragée, plus féroce se préparait à notre assaut.

C’est là que, pendant quelques instants, j’ai aperçu un petit chalutier à deux ou trois encablures de nous. Péniblement, il rentrait au port et nous l’accompagnions.

En grinçant leurs chansons revenantes, les ridicules petits essuie-glaces s’évertuaient à nettoyer en rythme le paysage de la prochaine vague, quand le pacha nous a ordonné de quitter sa passerelle…

 

14 décembre 2013

Train de nuit (Sebarjo)

 

LE RYTHME D'UN TRAIN DE NUIT

 

Le rythme lancinant du train dans la nuit
Comme dans un tunnel dans la montagne enfoui,
On se laisse bercer dans les wagons-lits
Par les courbes des rails évanouis
Aux aiguillages souvent alanguis.


Les vitres tremblent parfois
Lorsque prises de désarroi,
Siffle en sens inverse,
Un vapeur qui, comme l'averse,
Semble filer à toute vitesse.
Mais si cela nous paraît hallucinant
son rythme est tout aussi lancinant


Que le rythme de notre train de nuit
Qui, son chemin dans les étoiles, poursuit ;
D'une voie à l'autre se fait tout ouï
Comme l'écho d'une sirène infinie
Résonne au-delà des douze coups de minuit.


Et dans le rythme lancinant de ce train de nuits
Voguent finalement nos corps assoupis,
Car la force des heurs nous a endormi,
De l'acier qui frotte contre l'acier qui crie,
Qui crisse tandis que la lune gémit
Et que dans les nuages noirs, le vent frémit.


Le rythme l'eurythmie
Le calme le vertige
Le rythme l'heure amie
Les songes les vestiges


Le rythme l'eurythmie
Le calme le vertige
Le rythme l'heure amie
Les songes les vestiges...

 

alt : Noomiz

 

 

14 décembre 2013

Le martien au ukulélé (Vegas sur sarthe)

Vindieu, dans mon enfance j'en ai paumé des parties d'osselets, de billes ou de chat perché.
J'étais trop lent ou trop rapide, trop bas ou trop haut, trop long ou trop court... tout comme mon costume du dimanche, celui qui grattait aux genoux au point qu'on m'appelait “cul salé” tant je gesticulais sur ma chaise à attendre la fin des sempiternelles boustifailles du dimanche.
Je ne me souviens pas avoir été jamais en harmonie avec le monde qui m'entoure. Quelles que soient les circonstances, j'avais l'impression d'être en décalage permanent avec les choses et les gens, tel un être venu d'une autre planète.
J'aurais donné cher pour échapper à une minuterie trop tôt éteinte, une porte qui se referme trop vite, un vélo qui freine bien trop tard.
J'étais un martien comme on nommait à l'époque toute créature étrangère à notre bonne Terre.
Aujourd'hui les martiens sont des gens comme vous et moi, surtout comme moi.
Que j'écrase les arpions de ma cavalière au mariage de l'oncle Hubert ou que je ferre trop tôt une touche de poisson-chat dans le canal de Bourgogne, je collectionnais les maladresses à vitesse grand W.
Pour me guérir de cette tare je suivais d'une esgourde et tous les jeudis le métronome du cours de musique de Mademoiselle Demongeot dont le nez crochu et violacé dénonçait catégoriquement tout lien de parenté avec la Mylène des affiches de cinéma.
Lento, Moderato et Presto étaient et resteront à jamais pour moi des frangins déjantés, un peu comme les Marx Brothers Harpo, Chico et Zeppo.
Bizarrement le martien que j'étais carburait sur les bancs de l'école et finissait toujours avant les autres si bien qu'il parvint sans s'en rendre compte à l'âge d'aller crapahuter sous les drapeaux.
Homme de base de mon peloton, je redoutais le “En colonne, couvrez!!” que l'adjudant m'aboyait aux esgourdes et la pagaille qui en résultait me relégua très vite en queue de colonne, là où traînent les clampins et les beusenots.
J'évitai bien malgré moi les défilés, prises d'armes, parcours du combattant et autres joyeuses réjouissances qu'offre ce plaisant séjour dans l'armée et débarquai - deux jours après les autres - sur le quai de la gare de l'Est, libéré d'un rythme militaire que j'avais poursuivi pendant douze mois sans jamais le rattraper.
Gisèle et sa patience d'ange m'avaient attendu - deux jours de retard après douze mois me semblait un délai acceptable - et après avoir piauné et grigné des dents, elle me parut pressée de m'emmener dans sa chambrette y rattraper tout ce temps perdu.
Dans nos discussions de piaule, il m'avait semblé qu'au sujet des drôlesses je n'avais rien à envier aux plus chauds lapins de la chambrée et je me sentais tout aussi pressé qu'elle d'aller foutrailler.
A peine jartés sur le lit et mon tiau au garde-à-vous, je varlopai comme une bête et conclus dans la minute - satisfait d'avoir rempli ma mission - quand Gisèle explosa!
Convaincu d'avoir dépassé ses attentes, je fus étonné qu'elle me traite de “dort-en-chiant” et, l'ayant alors qualifiée de “râlue”, notre relation prit fin dans l'instant.
Aujourd'hui le métronome de Mademoiselle Demongeot ne me serait d'aucune utilité tant j'ai la nette impression d'avoir progressé.
Peut-être mes rares copines sont-elles plus compréhensives que Gisèle à moins que ce ne soit cet étrange petit lapin vibrant qu'elles ont l'habitude de sortir au moment où je m'endors?
Et puis je me suis mis à la guitare... ou plutôt au ukulélé de chez Apple, sur ma tablette bien sûr.
Parait que j'ai enfin du rythme, surtout avec les morceaux préenregistrés.
 
14 décembre 2013

Participation de Droufn

Analyse de mot:
Dans le mot rythme y'a rythme et rythme rime avec cadence quand y'a du rythme. Mais dans le mot rythme y'a aussi ry et le ry est une sorte de ruisseau mais également une ville du Danemark, par contre thme ne veut rien dire si le ry ne le précède pas.. c'est ballot.
 
expérience personnelle:
Ce que je sais sur le rythme, c'est qu'on en a ou pas. Le rythme ne s'apprend pas, c'est un don, comme la beauté ou la connerie.
Moi j'ai le rythme, mais jamais le bon au bon moment.
C'est tout le problème de ma vie.
 
conclusion:
j'en conclu donc rien du tout.
 
PS:
Merci
14 décembre 2013

Elle danse (Hime Chan)

(écrit sous l'influence de Pony Pony Run Run / 2ème album)

Le rythme s'infiltre dans sa tête, dans son corps, dans son âme. Plus rien n'existe que ces basses qui pulsent dans sa poitrine comme les battements d'un second cœur. Les notes, la mélodie, tout dans cette musique lui hurle de se lever et de bouger son corps comme jamais. Inconsciemment, elle remue la tête, laissant libre cours à ce qu'elle est au fond d'elle. Plus d'anticipation, de réflexion, elle danse. Et rien ne semble pouvoir la satisfaire plus que la musique...

Lui, il la regarde. Ce déhanché gracieux, cette façon de se mouvoir, si étrange, fragile et forte à la fois. Il apprécie cette silhouette d'un œil expert. Il en a vu, des filles qui tentaient de séduire en se dandinant vulgairement. Mais celle-ci ne danse que pour elle-même. Elle n'en est que plus désirable. Malgré lui, il sent que ces mouvements sensuels et involontaires lui plaisent. Elle lui plaît. Alors il s'approche et commence à accompagner ses bras, son buste, dans leurs saccades harmonieuses. La musique a changé, tant mieux. Il flotte dans la brume des sons électroniques. Elle ne l'a même pas remarqué.

Elle n'en a rien à faire. Rien ne compte à part les paroles qu'elle hurle à pleins poumons en dodelinant le crâne. La foule s'est écartée de cette folle qui se déchaîne. Un peu effrayée mais surtout ébahie devant sa chorégraphie aléatoire. « Don't Stop » résonne maintenant dans la salle.

Il se colle à elle sensuellement. Elle ne sursaute même pas. Se contente de rester indifférente. Continue de danser. Il murmure à son oreille :

« Don't stop, oh oh oh,

Keep on moving !

You can't stop, oh oh oh,

Now she's living ! »

Il ne sait même pas si elle a entendu dans les tribulations de la musique. Il est heureux. Elle est heureuse. Chacun dans sa bulle, et pourtant ensemble. Si proches et si éloignés.

« Don't stop, oh oh oh,

You can't stop, oh oh oh... »

Clac. Fin de la soirée. Cela fait une heure qu'ils dansent ensemble, ils sont les derniers. Le videur les presse de sortir. Ils obéissent, encore enlacés. Finalement, pas si inaccessible... Complètement ivres de sons et de bruits, ils s'engouffrent dans l'air frais de la nuit. Il tente de lui voler un baiser sur le trottoir, mais elle s'échappe avec un rire :

« J'ai passé une très bonne soirée, merci... »

Il tend la main vers elle. Elle le repousse tendrement.

« Moi aussi. Est ce que... on pourrait se revoir ? » glisse-t-il avec un air presque coupable.

Son cœur bat vite. Trop vite. Un rythme fou qui s'affole dans ses veines. Mais elle baisse les yeux. La douleur pulse. Il veut la faire céder. Il la voit proche de la limite.

« Non, tranche-t-elle catégoriquement.

- Pourquoi ?

- J'ai... déjà quelqu'un... »

Une fine souffrance dans la poitrine, comme une minuscule déchirure. Pas de fissure, ni de crevasse profonde. Pas pour si peu. Elle s'éloigne, courbée. Ses pas sont chancelants. Elle zigzague un peu. Pas vraiment sûre d'elle. Une hésitation dans sa marche. Un espoir fou. Elle se retourne et reviens vers lui. Lentement. Trop lentement. Ses pieds qui se posent l'un après l'autre sur le sol. Apaisement. Elle revient. Dépose ses lèvres contre sa joue...

… et s'enfuit dans la nuit. Il la regarde. Pas de larmes. Se détourne. Rentre chez lui. Une étrange mélodie dans le cœur. Un rythme étrange.

14 décembre 2013

Accord et désaccord (EVP)


Non, non, non cela n’allait pas !!
C’était Bianca, quelque chose dans le rythme, dans le tempo…C’était ténu mais…

Sa reine de la nuit qui devait être tout en  staccato hallucinés, piaillements aigus d’un être pétri de haine…C’était les trilles, superbes certes, mais celle d’une merlette au printemps.

Non, non, non ce n’était pas ça !

Tout était absolument juste et harmonieux sauf ce quelque chose dans le rythme…
Il tachait de comprendre en regardant longuement Bianca, tout à coup la vérité lui fit face dans un de ces somptueux sourires :
Elle était heureuse, elle était amoureuse.

Tout sacrifier à la musique, il était de ces imbéciles-là.
« Je te quitte, je ne t’aime pas ! ». Ce fut expéditif.
Le concert fut parfait. 11 rappels. On aimait ce tragique permanent, le côté sombre de François passait pour de la profondeur.
Et puis le temps passe si vite, les modes et les engouements encore plus.
On lui reprocha ensuite de donner des airs de requiem à la plus légère sérénade.

Bianca était reparti bien vite chez elle, au Brésil, elle élevait avec bonheur ses trois enfants.
Elle ne chantait plus que de très doux « Natals » et fredonnait l’histoire de ces eaux de Mars si douces, si douces et si vivifiantes.

François écoute un instant la cacophonie du périphérique puis il enjambe tranquillement son balcon…

14 décembre 2013

RYTHME (Lorraine)


1925

Un corsage plat de garçonne
La cigarette, un sautoir
C’est pour elle qu’il abandonne
La fiancée aux beaux yeux noirs

Assise sur le tabouret
Genoux croisés, l’œil qui charbonne
Dans le fastueux cabaret
Où la musique charlestonne

La femme fatale en cloqué
Lamé d’argent et jupe courte
Tape des mains, croise les pieds
Tourne en corolle et le déroute

Peut-on parler d’amour ou non
De désir ou de maléfice ?
Il ne connaît que son prénom
Mais il est possédé, l’artiste !

Les jambes longues qui cadencent
Le rythme endiablé de la piste
L’entraînent à jamais dans la danse
De cette année contorsionniste...

14 décembre 2013

Participation de Venise

 On ne prévoit jamais rien à distance

Ni la paille dans l’acier, ni la bulle dans le verre.

Et encore moins le rythme dans la musique.

Ce fut un véritable grain de sable dans le rouage de la musique

L’arrivée de Gershwin dans le paysage musical.

Tant de gens écoutent la musique sans savoir ce que la musique attend de nous.

On souhaite que la musique nous aide à vivre qu’elle nous guérisse de nos insuffisances.

Mais notre morosité ne résiste pas au rythme à la fluidité du rythme .

J’ai marché longtemps avant de trouver le bon rythme .

 

7 décembre 2013

Défi #276

 

RYTHME

 

Rythmr

 

Laissez-vous entraîner et envoyer

vos trouvailles à samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

7 décembre 2013

Nous ont narré leur rencontre

7 décembre 2013

Une histoire de yin et de yang (JAK)

jak1

jak2

jak3

jak4

jak5

jak6

jak7

7 décembre 2013

Maison (par joye)

Ma maison est une de ces vieilles dames qui portait et qui porte encore et avec classe le souvenir de sa beauté disparue. Elle était grande, spacieuse, et, pour son époque, elle était vraiment superbe. Hélas, ce n’était plus le cas quand je l’ai vue pour la première fois. Elle était sale, négligée, abîmée. Elle avait des trous dans ses murs ; des abeilles vivaient dans ces murs et sortaient par ces trous à des moments inopportuns.

D’une grande pudeur, elle dissimulait discrètement la plupart de ses rides et ses cicatrices jusqu’à ce que je commence à lui enlever ses habits et ses fards pour lui faire des relooking. Quand il y eut enfin d’argent pour réaliser des rénovations, nous fîmes ses strip-teases de papier peint ensemble, peu à peu, été après été. 

Jake, le vieux voisin qui avait grandi dans cette maison approuvait mes travaux. Il passait souvent pour dire bonjour et me raconter une histoire sur la maison, comment il y avait grandi, et comment la maison avait généreusement reçu sa jeune femme, Anabel.  Son vrai prénom était Anabel, mais Jake l’appelait « Becky », comme l’amoureuse de Tom Sawyer. Les deux étaient inséparables. Même à leur grand âge, ils s’aimaient encore, férocement. Je les imaginais terriblement heureux ici.

Anabel se plaignait beaucoup de la famille qui avait vécu dans la ferme avant nous. Scandalisée, elle racontait comment les garçons sauvages de cette famille enfoncèrent de gros clous partout, dans les murs et dans la boiserie. Ce n’était pas faux. Ça me faisait de la peine aussi, car la maison dut être d’une beauté exceptionnelle, construite aux années vingt,  parfaite pour une famille de douze enfants, même si elle était au début sans WC et sans électricité, deux choses qui n’existaient pas à la campagne à cette époque-là, même pour les familles aisées.

Alors, ma belle demeure et moi, nous nous connûmes peu à peu, un peu à cause des histoires de Jake et son Anabel, et aussi dans les heures, les jours, les semaines, les mois où je la nettoyais, la soignais, et aussi en lui faisant des liftings pour assouvir ses rides et ses cicatrices. J’appris à l’aimer, et elle dut faire pareil, parce qu’en 2005, elle me fit enfin une confidence de copine.

Un jour, j’enlevais le papier peint dans l’escalier entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Il était affreux, vieux et crade. D’un coup, je découvris un message écrit en crayon sur le plâtre du mur nu :

Jake + Sarah, le vrai amour pour toujours 

Ce même après-midi, Jake et son fils passèrent me faire le bonjour. Jake ne voyait plus, il fallait que son fils le conduise partout, il devenait de moins en moins rapide, on le voyait de moins en moins. Son Anabel avait disparu trois ans avant, et il était vraiment perdu sans elle. Ce jour-là, Jake ne put sortir du camion.

Alors, je m’approchai du véhicule et saluait Jake de son côté pendant que son fils bavardait avec mon mari. Il me fit signe de la main, mais je vis qu’il ne me reconnaissait pas.

-          Dis-moi, Jake, c’était qui, Sarah ?  Un autre sobriquet pour ton Anabel ?

Sans hésiter, Jake me répondit, une vague lueur dans ses yeux bleu fade.

-          Ah non, non, Sarah, c’était ma cousine. Elle était magnifique. Mon plus bel amour. Je l’adorais…

Un mois plus tard, Jake mourut et fut enterré à côté de sa petite Becky.

Quelques jours après les obsèques, j’étais enfin prête à peindre les murs dans l’escalier.

Je pris ma brosse, la trempai dans le blanc et puis j’enterrai pour toujours le secret entre Jake et la maison, celui d’un petit garçon et sa maison qui  avait fidèlement gardé le silence pour bientôt cent ans.

maison

 

7 décembre 2013

Partout et toujours (Célestine)

cél

Je l'ai vu sur le Pont des Arts, il accrochait un cadenas au fade vent de la Seine.

Plus tard, je l'ai revu parmi les vignes blondes et rouges d'une plaine du Midi.

Il s'est glissé un jour sur une colline fauve, un soir de printemps ébloui de cyprès et de pins cembros.

Je l'ai revu plusieurs fois, encore, sur un boulevard bruissant de foule, un lendemain de fête, au fond d'une vieille abbaye, dans une arène noire écrasée de soleil.

J'espère le retrouver partout et toujours, j'ai hâte qu'il me surprenne et m'enveloppe de ses longs doigts fins, soulève ma robe comme une brise, emballe mon cœur dans de l'osier, qu'il tresse mes cheveux de fleurs jaunes.

A chaque fois, je le retrouve. Mon insolite et épantelante rencontre...

Il est toujours là quand je suis heureuse.

C'est un ange qui me suit partout.

Je lui souris.

 

Royallieu by Alexandre Desplat on Grooveshark','hspace':null,'vspace':null,'align':null,'bgcolor':null}">

7 décembre 2013

Le corbeau et l’agneau (Sergio)

Bonjour maitre corbeau .Vous n’êtes plus perché

Sur le plancher des vaches vous faites donc le beau

Mais question odeur sans vouloir vous fâcher

Vous puez le fromage, pour tout dire le Lanquetot

A LIDL pour l’hiver, des provisions j’ai fait

Et sans réfléchir, stocke dans mon logis

Une promotion, une affaire, c’est moi qui suis refait.

Dix achetés, dix offerts, des camemberts pourris

Remarquez, cela nous sert. J’ai abusé Goupil

Tout gonflé de son égo, il pensait me jouer

Et me subtiliser par ruse un délicieux fromage.

Vantard et goulu, tout fier de sa leçon

L’imprudent engloutit amibes et asticots. Dommage !!

Le lendemain, son ramage vert de gris le vit

Plus tout à fait étanche, se vidant par le bas.

Un carnage. Une ligne jaune traversant les taillis.

Renard, un spot de PUB pour les dragées FUCA.

Mais je ne vois plus le loup vous faire des ennuis.

Apprenez Corbeau que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

Je connais, je connais, mon jeune ami.

Samedi arpentant le quartier dans son AUDI A4

Rayban, santiags et jeans Dolce & Gabana

Bien qu’au RSA Monsieur mène grand train

Il crut me faire confiance. Pour lui je suis sans teint

Avec ma gueule d’ange, frisé, capuche et Adidas

Flattant le vaniteux, le hâbleur, le bravache

Je gagnai sa confiance, vantant le fanfaron.

Plus il était vantard plus il était flemmard

L’indolent paresseux paradait tel un paon

Insidieusement mon air benêt me fit connaitre

Toutes ses cachettes, ses réseaux, son bizness

Mes arrières assurés, chantant « ni dieu, ni maitre »

En bon citoyen j’alertais les pandores

Il l’avait bien cherché. Ils ne m’épargnaient guère

Lui, ses dealers et la BAC.

Depuis et pour vingt ans, résident des Baumettes

Il ne peut plus gâcher mes indolentes siestes.

Moralité

Je n’en ai pas trouvé d’adaptée à cette fable .c’est un nouveau défi ..

ser01

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité