Je suis en pleine ascension de la face Nord des Grandes Jorasses. Cela fait bien deux heures que pendu au bout de rien je m'efforce de gravir, centimètres par centimètres, cette paroi abrupte et terriblement éprouvante pour mes muscles qui sous l'effet de l'acide lactique,  commencent à se durcir dangereusement.

Je suis épuisé, il faut absolument que je sorte de ce devers rapidement. Je n'ai plus le droit à l'erreur. Soudain, c'est la crampe, une fulgurante douleur tétanise mon épaule gauche, plus moyen de bouger, mes mains deviennent moites, l'adrénaline affole mes neurones, la peur embrume mes pensées, je crie..

« Au secours, au secours, y'a quelqu'un !!!! » à 3400 mètres d'altitude, sur une paroi rocheuse ou même les aigles ne peuvent nicher, une voix me répond « Oui ! je suis là mon fils.. ai confiance, lâche toi, je te retiens.. » sans réfléchir « Papa ???? » La voix me répond « Non, c'est dieu qui te parle, tu as appelé au secours et je suis là.. »

Dans un éclair de lucidité et sans lâcher le rocher, je m'entends dire désespérément : « Maiiis.. y'aurait pas quelqu'un d'autre ? »

Il y a des fois ou le pragmatisme est la seule foi et il vaut mieux.