Avion...? (Stella No.)



Mon papa n’avait pas assez d’argent pour qu’on l’appelle excentrique, il était tout simplement cinglé. Non seulement il s’habillait comme Dupont ou Dupond (cela variait selon le jour et son humeur) mais il me promenait aussi dans mon avion le dimanche dans un quartier chic de Joinville.
- Papa, pourquoi tiens-tu à me promener comme ça ? lui demandai-je enfin un jour.
- Parce que nous n’avons pas les moyens de garder un chien, m’expliqua-t-il, patiemment.
Il me fallut encore quelques semaines pour lui demander pourquoi j’étais toujours habillé en marin au lieu de pilote.
- Parce que, mon fils, j’attends que quelqu'un vienne décrocher le pompon !
Je passai toute la semaine suivante en sueur.
Bon sang, cette maison, je la reconnais, c’est la maison de mon enfance, lorsque nous habitions la Chartonnière avec mes parents et mes frères et sœur… Que de souvenirs qui remontent à la surface, que de courses dans le jardin, de jeux dans le cerisier, de cris d’enfants que j’entends encore… surtout quand la jeune fille qui s’occupait de nous le soir, une certaine Simone que nous n’aimions pas du tout, s’évertuait à essayer de nous faire rentrer prendre notre douche. Nous nous cachions mes frères et moi, dans la cabane derrière la maison et ne respirions plus jusqu’à ce qu’elle nous découvre et nous emmène à grand coup de menaces et de quelques claques qui volaient sur nos oreilles. Maman s’occupait de notre plus jeune frère et ne se souciait pas des plus grands et de leurs jérémiades lorsque nous nous plaignons de cette mégère. Elle était étudiante dans une école d’infirmière et je souhaite pour ses patients, qu’elle fut plus douce avec eux qu’avec nous.
C’est encore dans cette maison que notre papa, entassait dans une remise des tonnes de jouets qui nous faisaient rêver quand nous avions le droit de passer la porte. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi nous ne pouvions pas profiter de ces jouets et même l’explication que m’a donnée mon père plus tard, ne me convainc pas de l’utilité de cette frustration. Il m’affirma que ces jouets avaient été récupérés dans un magasin qu’il avait en vente et qu’il n’en était pas complètement propriétaire. Je penche plus, connaissant mon père, pour la version probable, d’une crainte de sa part de nous voir tout casser, et sa façon d’aimer collectionner à peu près tout ce qu’il trouvait, l’empêchait de nous distribuer ces trésors. Du coup, nous rêvions au beau garage rouge et aux poupées encore emballées qui trônait sur les étagères qui, un jour, nous disait notre père, seraient à nous.
Par contre je ne savais pas que le célèbre photographe, Monsieur Doisneau était passé par là et avait gravé pour l’éternité sur la pellicule, mon frère, le rare jour où notre père avait accepté de le promener dans ce bolide extraordinaire sorti tout droit de la fameuse remise. Voilà une belle façon de s’envoler au pays des souvenirs d’enfance et de saluer au passage, un maitre de la photo !
On est parti de bon matin
Sur cet original engin,
L’avioncyclette
J’étais avec l’oncle Adrien,
Il me dirigeait de la main
Sans faire le moindre foin.
Et les fleurettes…
C’était l’mariage de mon cousin
On n’allait pas non plus très loin
En avioncyclette
Sur l’avenue de Ville D’Avray
Les gens, bien sûr, nous regardaient
Se demandant ce qu’ils voyaient,
En plus des fleurettes…
Avec mon beau costume marin
Ça n’était pas vraiment malin,
En avioncyclette
Tu m’étonnes qu’ils pigeaient rien
Pas bien maritime le machin
Adrien aimait qu’ça leur en bouche un coin,
Même les fleurettes…
A l’approche de l’église Saint Julien,
Il m’a caché dans le chemin
Avec l’avioncyclette
Il voulait faire un florilège
Et me mettre devant le cortège
Malgré les cris de tante Nadège
Autour des fleurettes…
C’était vraiment spectaculaire
Et pour tout dire, une drôle d’affaire
L’avioncyclette
L’oncle Adrien avait juste oublié
Qu’on ne peut pas les marches monter
Et qu’ça ne l’fait pas pour uriner,
Sur les fleurettes…
C’était quand même très amusant
L’invention de cet oncle très aimant
L’avioncyclette
Sur la photo, il est plein de prestance
Qui pouvait croire sous l’arrogance
Que son cœur était déjà en partance
Sous les fleurettes…

Il a tout fait dans son « coucou » de la 1ere guerre mondiale, le chemin des dames et Verdun ../….
Il a combattu avec bravoure et il est rentré au bercail avec maintes décorations et quelques cicatrices. Mais il a fait 7 enfants à ma grand-mère (dont mon père) il a travaillé à Boulogne-Billancourt avec Louis Renault sur l’ile ST Louis, il a été chef de département un très haut grade…. Et il a fini comme « inventeur » aux nombreux brevets qui lui ont couté cher, sur le moteur à 4 temps qui polluait moins et ne devait pas consommer autant d’essence (j’en avais déjà parlé) , trop en avance sur son temps !!
Il a survolé le temps, pendant la deuxième guerre, Il était chargé d’âmes….
Ensuite, Il a connu la gloire dans la Mayenne avec ses inventions et les articles de journaux.

Et puis un jour, longtemps après tout cela il était bien âgé, je l’ai emmené à Boos en Normandie sans rien lui dire et je lui ai fait la surprise (à son anniversaire) de lui payer un autre baptême de l’air avec l’aviation actuelle …..Il était tout ému, il a beaucoup parlé avec le pilote de la guerre, des avions, et dans ses yeux j’ai vu des étincelles d’amour pour moi que je n’ai jamais oublié.
Depuis je ne peux voir des vieux avions sans penser avec fierté à lui, je sens bien qu’il continue de survoler le ciel pour qu’aucun gros nuage ne vienne obscurcir ma vie.
Salut mon cher grand-père Gilbert L
Ta petite-fille KatyL
Au seizième Salon de l'Aéronautique qui se déroule durant les mois de novembre et décembre 1938 au Grand Palais, le clou de l'exposition est très certainement cette toute dernière réalisation du génie français : le simulateur de vol.
Le petit Guy, qui rêve d'entrer à l'aéronavale comme le révèle son bonnet à pompon, est drivé par son père-instructeur Monsieur Nemer. Nous approchons discrètement notre micro pour suivre la phase actuelle de son entraînement :
- Mais bon dieu d'bon sang, sombre fils d'andouille, donne du pied à gauche en tirant sur le manche ! Ah, ils ont raison les autres, quand les cons voleront tu seras chef d'escadrille !
- Mais... j'ai pas d'espadrilles, pa !
On lui a mis un chapeau de marin, parce que ça porte bonheur, et même s'il est censé se trouver en avion ; on a décoré son aéroplane de fleurs et de lierre, et il regarde devant lui aussi attentif que s'il conduisait un vrai avion. Ça pourrait être un Quatorze Juillet, ou un dimanche après-midi. Il voit comme s'il y était la ville sous ses pieds, il conduit son avion dans des figures risquées mais brillamment exécutées, avec la foule qui applaudit en-dessous. Ou bien il survole des déserts inconnus et affronte mille dangers pour sauver sa fiancée des griffes d'affreux personnages. Ce sont toujours des histoires qui finissent bien, parfois il reçoit une médaille ou une décoration. Dans ces moments-là, il est fier comme un pape.
Il n'y a pas grand monde dans la rue, seulement deux jeunes filles qui les regardent passer, le petit gars poussé par son père dans son aéroplane, entre les pavillons entourés de leurs jardinets. Pour être plus commodes ils se sont mis sur le goudron tout neuf, ils ont toute la route pour eux. Il aurait bien envie de se mettre à courir pour donner de la vitesse à l'avion, mais il ne sait pas si ce serait très digne - et puis il y a ce photographe qui les regarde, qui est-il ? Il le comprend, cela dit : ce n'est pas tous les jours qu'on voit un si bel aéroplane, et bien décoré en plus ! Avec les fleurs du jardin. En habit de dimanche, lui aussi. Il est un peu ennuyé tout de même d'être ainsi surpris dans ses pensées, mais fier aussi ; fier comme un papa qui promène son fils dans un jouet qu'il aurait voulu avoir enfant...
Je fais semblant d'être bien sage et content pour faire plaisir à mon Papa-Aviateur. Il s'est donné tant de mal pour construire cet avion que Maman a cru bon de décorer de ces grosses fleurs en papier (c'est son dada ça de fabriquer des fleurs en papier !) Mais je les aime mes Parents, même si je me sens ridicule dans cette "poussette à ailes" !!! De toute façon moi, plus tard, je serai marin !!!
Mon fils courait dans le couloir de l’avion…
Il avait cette curiosité insatiable qu’ont tous les enfants éveillés qui cherchent absolument à démontrer les vérités qu’on veut bien leur accorder à cet âge. Il organisait toujours ses questions surprenantes qui tombaient évidemment fort à propos dans les circonstances du moment…
Dans son entendement innocent, il enregistrait toutes les explications qu’il ingurgitait avec une grande attention mais il lui fallait toujours plus de preuves tangibles pour comparer ses rêves à la réalité pragmatique. En catimini, il fabriquait ses recoupements personnels toujours remis à la question par un nouveau détail, une autre réflexion, une intelligente interrogation, une vérification concrète…
Mon fils courait dans le couloir de l’avion et il surveillait avec une grande attention tous les hublots, les uns après les autres. Il poussait les rideaux et il montait sur la pointe des pieds pour admirer les paysages.
Les passagers se distrayaient en regardant cette insolite application d’intérêt pour l’espace traversé et il était devenu la petite vedette de notre compartiment.
Ses yeux brillaient, brillaient d’une intensité incroyable. C’est comme s’il accumulait tous ses regards captivés pour en élucider l’amalgame inapaisable. Inlassablement, il scrutait l’horizon jaunissant puis l’azur bleuissant puis les nuages évanescents que l’avion traversait en vrombissant dans une monotonie de voyage ordinaire. Parfois, un rayon de soleil éblouissait brusquement son visage mais il était encore plus entreprenant dans sa recherche de la compréhension des choses. L’avion brillait de milliers d’étincelles furtives qui couraient, frissonnantes, sur le fuselage et il traversait encore un nuage gigantesque avec ses réacteurs ronronnantune torpeur d’interlude nonchalante.
Mais mon gamin faisait à lui seul le spectacle. Il sautait sur les sièges vides, il enjambait des genoux endormis, il se penchait et collait son petit nez contre les vitres épaisses puis il repartait dans la travée conquise en cherchant un meilleur angle de vue pour ses intimes observations. Même les hôtesses amusées lui laissaient le passage quand il fonçait vers un autre point d’investigation !...
J’aimais bien le regarder avec son allure effrontéede jeune moineau plus curieux qu’intimidé, par le manège extraordinaire de son allant de jeune spectateur, inconditionnel de l’espace.
Je voyais bien que mille questions voyageaient avec lui comme un bagage trop important dans sa petite tête. Une maman voit tout…
Mais seul, il tentait de résoudre ses problèmes en les rationalisant avec ses expériences vivantes du moment. C’est la première fois que nous prenions l’avion. Quel meilleur poste d’observation pour admirer le Monde et son envergure !...
Mon fils courait dans le couloir de l’avion à la recherche d’utopiques réponses à toutes les questions qui l’assaillaient dans ses réflexions. Il s’était aventuré plus avant dans l’avion de ligne. Visiblement, il cherchait d’autres hublots plus révélateurs, plus conciliants, plus novateurs pour effectuer ses ultimes vérifications d’altitude. Rien ne pouvait l’empêcher de poursuivre sa démarche volontaire et grandissante mais je lisais une sorte d’agitation intérieure qui perturbait sa logique d’enfant…
Souriants et affables, les passagers l’avaient admis sur leurs sièges et quelques-uns avaient d’obscures discussions avec lui, des messes basses… Mais il repartait à l’assaut spontané d’une autre banquette, d’un autre fauteuil, d’un autre panorama et il consultait le Ciel avec son jeune engouement intact, toujours plus exacerbé… Même le commandant de bord l’avait croisé en ébouriffant affectueusement ses bouclettes d’aventurier juvénile !...
Mon fils courait dans le couloir de l’avion et il restait, le nez collé aux hublots de droite puis à ceux de gauche, avec la même inquiétude d’appréciation itinérante. Ses regards inquisiteurs s’accrochaient prestement dans tous les nuages. Il dévisageait les ombres, il cherchait quelque chose…
Hier, nous avons enterré son papy.
Mon vieux père s’en est allé avec sa maladie incurable jusqu’au cimetière et mon gamin, entre sa logique et l’évidence, entre ses prières et le présent, tout ce qu’on a pu lui expliquer pour calmer son imagination, s’occupait ailleurs pour meubler l’aventure de notre voyage du retour. Mais il était sensdessus dessous. Je suis sûre qu’il était troublé bien au-delà de sa compréhension. En plein Ciel, il cherchait les bonnes réponses qui, seules, pourraient l’apaiser…
Mon fils courait dans le couloir de l’avion et j’avais l’impression de voir mon papa, avec son visage rempli d’interrogations muettes… Et il repartait inlassablement vers une autre de ses missions secrètes…
Puis, comme un jeune pierrot fatigué, il s’est installé quelques secondes sur le perchoir des genoux avenants d’une grand-mère dans le secret et ils restèrent un long moment en plein conciliabule. Tous les deux, connivents, regardaient les nuages avec la même attention soutenue. Je pensais qu’elle avait la bonne réponse à tous ses questionnements mais il s’enfuit, encore et toujours, vers d’autres investigations plus anxieuses. Il n’était jamais rassasié de ses vaines recherches. Et je le voyais, encore plus attentif, dans les brumes irisées d’un beau nuage incandescent traversé. Ses yeux pétillaient de toute cette prospection, cette application forcenée de découverte en interrogations étincelantes…
Mon fils courait dans le couloir de l’avion et, enfin, il est venu vers moi avec des grosses larmes bien trop lourdes à porter au bord de ses paupières. Les yeux tout remplis d’incompréhension enfantine, dans ce malheureux désespoir de cause, il m’a suppliée en criant à toute la travée émue :
« Mais maman, maman… mais, mais… ils sont où, les morts ?!... »
Les vacances étaient déjà commencées.
J’avais couché mon vélo dans l’herbe toute brulée par la chaleur soleil.
À perte de vue le grand ciel bleu du beau temps recouvrait le monde.
Presque convaincu d’être américain et désireux
De conquérir ce Nouveau Monde, terre de justice et d’équité enfin je le croyais
J’enfourchai la carlingue fleurie de grand-père.
J’entendis immédiatement comme par magie vrombir les quatre moteurs.
Je savais que le ventre du fuselage touchait à peine le sol.
Glissant entre les paysages impossibles comme si le monde s’était trouvé tout à coup renversé avec la terre qui prenait l’allure d’un nuage.
J’imaginais tout cela à défaut de le connaitre encore sans comprendre pourquoi mon vélo n’était pas capable de disparaitre de ma vue.
C‘est grand-père vieux résistant de la Seconde Guerre qui m’a appris à résister à toute défaite
En me chuchotant à l’oreille un :’COMMANDANT de Bord faites décoller le DCA.
Alors à l’image des pionniers des années épiques de l’aviation perdue dans le brouillard
Dépourvu de repères je crois avoir tourné pendant des heures jusqu’à la panne sèche.
Aujourd’hui quand la fatigue me prend dans le lit d’une courtisane j’entends la voix de mon grand père COMMANDANT faites décoller le DCA.
Et là je ne vous cache pas que ma belle et moi nous nous envolons dans l’air au milieu des nuages.
Envoyez votre interprétation de cette photo de Robert Doisneau à
Bon VOL !
A tout bientôt !
Là-bas
En Libye
Il y avait un dragon cruel.
Fort las
Des brebis
Il exigea des demoiselles.
Survint
A cheval
Un croisé dénommé Saint-Georges.
En vingt,
Trente mandales,
A la bête il fit rendre gorge.
C’est de-
Puis ce temps
Que dans tous les livres d’enfants
Des preux
Etonnants
Vienn'nt à bout de tous les tourments
Le feu
Et le sang
Ont envahi tous les romans
Même que
Sur l’écran
Des blockbusters sanguinolents
Nous font
Regretter
La philosophie des Lumière
(Auguste
Et Louis
Et non pas Rousseau et Voltaire)
Qui nous
Amusaient
A coups d’ « Arroseur arrosé »

On est tous nés portant le sens du pouls rythmique
Du cœur qui bat son plein bien comme l’océan,
Heurtant fort aux rivages, se montrant bienséant
Pour ce beau monde plein de décadence épique.
Ce sang salé qui court comme un démon mondain
Susurrera, joyeux, aux trochées et ïambes,
Aux spondées et dactyles à nous couper les jambes
Avec leur tempo vif jusqu’à l’arrêt soudain.
Les mesures de vie nous bercent et nous chantent
Ô belle allure qui sert à éviter brisure,
Tu rends à la césure l’arrêt de la césure,
Et enfin à la fin, la vie devient saillante.
Mais poésie du cœur définit mal mon être,
Car je -- au vers ultime -- n’aurai ni dieu, ni mètre.
~
Il s’était réveillé contraint, le réveil numérique n’avait pas fonctionné.il était transi de froid.il se leva dans l’obscurité la plus totale. Aucun témoin de veille d’ordinateur ne scintillait dans cette pièce de repos sans fenêtre .après s’être écrasé l’orteil gauche il trouva sa frontale, s’habilla, et partit au petit trot comprendre ce qui se passait. Comble du problème il était seul dans cet observatoire perché car Piotr, son collègue avait dû redescendre hier par la dernière benne, victime de fortes fièvres. Le remplaçant arriverait demain, surement Pierre. Il aimait bien cette veille hivernale, cette parenthèse, sa parenthèse. Quand les programmes s’interrompaient pour l’hiver les équipes regagnaient des altitudes et des températures plus clémentes. II était seul depuis longtemps alors seul en bas ou seul à l’observatoire il avait vite choisi. Par contre ce matin il était seul pour gérer cette panne d’électricité. De surcroit les systèmes de secours n’avaient pas fonctionnés. Au bout du tunnel il arriva dans la salle du groupe de secours, tout avait l’air normal. Le groupe démarra du premier essai et le courant se précipita dans l’installation. OUF il était temps d’aller déjeuner. De retour à la base, expression qui désignait l’endroit où se réfugiaient les deux gardiens-chercheurs. Il se fit sa théière du matin en chauffant l’eau sur le bec bunsen. Le matin du mélange « caravane » et le soir vers dix-sept heure une autre de « Earl Grey ».Ces deux thés rythmaient sa vie. Machinalement il regarda sa montre –neuf heure trente- ??? c’est impossible pensa-t-il .il décrocha le bracelet et écouta le tic-tac parfait. Quand même une Master control de Jaeger&Lecoultre , un mouvement mécanique automatique jurassien ne pouvait se tromper. Il regarda par l’oculus vers l’immense plaine presque trois mille mètres plus bas t ce qu’il vit le stupéfia.il n’y avait pas fait attention, plus aucune lumière. Il leva les yeux vers les étoiles vers la voie lactée

et ce qu’il vit le pétrifia. « Les étoiles se sont arrêtées » il se dit cela à lui-même et à haute voix. Cela n’avait pas de sens. Sa montre indiquait 9h30. le ciel indiquait qu’il était minuit et le soleil ne se levait pas à l’Est. En bas pas la moindre petite lueur. Il essaya de téléphoner, faxer, mailer mais plus rien ne semblait fonctionner. Pour vérifier il lança un programme de surveillance automatique de la courbe de rotation de certaines galaxies. En ce moment il espionnait une certaine Galaxie spirale M33 du Triangle, c’était sa plus proche voisine et cette dernière ne tournait pas comme elle aurait dû tourner. Mais là, NOM DE DIEU elle était figée. Il se précipita pour écouter son plus vieux compagnon le pulsar PSR 0531+22 qui éructait trente-trois fois par seconde dans une large fréquence. Depuis 1054 où il fut observé par un collègue chinois il rythmait tel un métronome le cœur de la nébuleuse du crabe.

Il s’était tu, lui aussi. L’univers avait perdu le rythme, la petite musique qui rythmait sa course. Cela contredisait toutes les théories élaborées mais force était de constater que tout tenait en équilibre. Il n’avait pas d’explication sauf à imaginer que nous étions arrivés à l’expansion maximum pour entamer une phase de contraction. Il aurait dû rayonner de bonheur car cela validait une théorie qu’il avait soutenue, souvent sous les quolibets mais dans son hypothèse cela se passait dans 37 milliard d’années. La comme acteur dans la pièce THE BIG CRUNCH il trouvait soudain le scenario un brin tragique. Nous étions dans une phase de singularité, un entre deux sans mouvement, sans rythme. Il aurait adoré faire une thèse sur ce phénomène mais la gravité de la situation lui interdisait d’en rire encore que il valait peut-être mieux en rire tant qu’il était encore temps. Il, enfin ils étaient bloqués sur la face désormais non chauffée par le soleil.la température allait chutée. Il décida de noter cette évolution en Kelvin vu ce qu’il supputait cela saurait plus pratique. Cette position figée face au noir sidéral signifiait l’arrêt de tous les rythmes qu’il avait aimé. Plus de saison signifiait, oublié le retour du printemps l’ouverture de la pèche à la truite ; le même matin à intervalle de 12 mois sur le même ruisseau, oublié l’été, ses salades grecques, ses tomates gorgées de soleil et les bouteilles de Cassis. Oublié le cycle travail, vacances, week-end, oublié les générations se succédant depuis des temps immémoriaux.
Température extérieure = 263K
Il repensait aux rythmes des marées, les vagues, le sac et le ressac. Ils avaient adoré, avec son épouse ce bout de Bretagne. Elle était heureusement décédée. C’était la première fois qu’il tirait un bonheur de cet évènement. Elle aurait été terrorisée.il pensa à tous ses amis, collègues et tous les autres perdus dans une peur noire.
Température extérieure = 255K
Il repensa au rythme des élections, puéril dorénavant. Tout ce qui avait fait la vie des hommes, des civilisations, naissance, vie, décès, cette respiration immuable venait de cesser.
Il repensa avec bonheur au Défi du samedi, au rythme qu’il impulsait sur ces semaines. Samedi matin découverte du défi puis après quelques pétrissages il mettait la pâte dans un coin de son cerveau pour qu’elle lève, tranquillement. Dès le lundi matin il avait une idée de ce qu’il allait cuisiner avec ces ingrédients et jusqu’au mercredi après-midi il travaillait par petites touches, en précuisaient certains puis les réservaient, assemblait sans précipitation, rectifiait l’assaisonnement, épiçait certains textes trop fades à son gout, réduisait en cocotte les bavardages . Le vendredi il dressait l’assiette et envoyait en salle. Et hop ! Un kebab revisité par Lafontaine pour la table 275.
Température extérieure = 250K
Dans ce silence absolu il devinait le ronflement binaire du groupe électrogène. Ce serait surement le dernier rythme de sa vie. Quand il arrêterait de produire de l’énergie ce serait la fin. Il décida donc de s’offrir un dernier repas digne de ce nom. Il descendit à la réserve et remonta un Chablis grand cru de chez E-Defaix .quel beau rythme que celui de la vigne. Il accompagna de trois tranches de pâté en croute pistaché, d’un saucisson entier et de 6 rigottes de chèvre. Il programma sur son PC relié à son installation HI-FI quelques disques qui l’avaient accompagné, qui avaient bercé ses nuits de doute et ses longues séances de travail ou, tout en fredonnant et battant le tempo avec son genou droit il réfléchissait.
Cela agaçait sa mère. Un peintre en bâtiment peut siffler en travaillant, pour rythmer son ouvrage mais pas lui ???
Température extérieure = 245K
Ce Chablis, quel tempo et quelle résonnance. Normalement il ne digérait plus très bien et surveillait son cholestérol mais il avait jugé que cela n’aurait plus d’importance.
Température extérieure = 240K
En s’attaquant à la bouteille de Lagavulin 16 ans d’âge qui clôturait ce concert gastronomique il songea que l’hémisphère nord allait être lyophilisée par le froid et l’hémisphère sud carbonisée par un soleil ardent qui ne se coucherai jamais.
Température extérieure = 235K
En bouche ce single malt, un pur bonheur, tombe d’abord dans des notes marines sur fond de réglisse puis un final, quasiment du Verdi marqué par des notes délicates & boisées .un opéra ……..
Température extérieure = 230K
Miles entamait SO WHAT .Il entamait la deuxième moitié de sa bouteille de whisky.43° dans les veines et presque autant en négatif dehors. Il aurait bien aimé observer ce qui se passerait à l’approche de 0.0000001 K, l’installation d’une certaine entropie, une totale immobilité des particules élémentaires, l’arrêt du rythme nucléaire. Il imaginait les neutrons arrêtant leur samba endiablée autour des demoiselles proton et neutron.
Température extérieure = 213K
Le martèlement sourd du groupe s’arrêta et s’installa un silence sidéral.
Il but le reste de la bouteille pour anesthésier le dernier rythme qui battait encore, son rythme cardiaque.
