Ordinairement les mots répondaient à son appel. Le samedi elle visitait le sujet, puis elle le laissait tout au long de la semaine mûrir et se nourrir des événements. Souvent des fils lui apparaissaient assez vite et il n'y avait plus ensuite qu'à débrouiller, à ordonner, à faire danser les mots autour du noyau, à émonder pour arriver à l'essentiel. Le jeudi tout était presque prêt. Le vendredi était jour de corrections et de l'envoi un peu redouté, du "tant pis c'est pas parfait mais il faut y aller". Cette fois-ci c'était le vide. Elle avait pensé à son train-train - ou plutôt son bibliothèque-cantine-bibliothèque-cantine - quotidien mais ça manquait de swing. Elle avait pensé aux cloches, mais elle n'était toujours pas parvenue à démêler leurs horaires - sauf le carillon bien reconnaissable de neuf heures du soir. Elle avait remarqué qu'à huit heures du matin aussi il y en avait une volée jolie. Et puis à midi. Mais pas de quoi faire un système. Pas de quoi faire un poème. Elle avait pensé... Elle n'avait plus pensé à cela, prise dans le tourbillon d'une presque dernière semaine, entre les livres à lire ou à photographier, les cadeaux de Noël à faire, les derniers cafés con panna et tous les regrets de ce qu'elle n'aura pas fait... Quelques accrocs dans l'emploi du temps qui offrent des échappées hors les murs. L'indolence des journées ensoleillées, loin du tourbillon de la (grande) ville, loin de la fièvre qui viendra après. Encore un peu hors du temps - encore mais plus pour très longtemps. Encore un peu dans le suspens - comme la fin d'une longue vacance. Elle n'avait plus pensé qu'à cela. Elle avait essayé d'invoquer les mots. D'en provoquer des sabbats dans sa tête. De les laisser venir comme des oiseaux qui s'approchent si l'on reste assez longtemps immobile. Peine perdue. Cette semaine, décidément, le rythme n'était pas dans l'appeau. Ou peut-être qu'il ne marchait plus. Mais qui aller voir pour le réparer ? Peut-être qu'un peu de vraies vacances serait le bienvenu...