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Le défi du samedi

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2 août 2014

Participation de Nhand

AU VOLEUR !

 

C'était devenu le sujet favori des villageois, on ne parlait plus que de ça au bistro, à la boulangerie, au terrain de pétanque ; monsieur le curé en avait perdu l'appétit, son gros bidon gavé de vin messe fondait à vue d’œil.

Mais où diable étaient passées les chaises de l'église ? Qui aurait pu être assez fou pour les subtiliser, et pour en faire quoi au juste ? D'accord, elles valaient leur pesant de velours pourpre et de bois doré. Chacun le savait bien, puisque tout le monde – ou presque – avait généreusement lâché les cordons de sa bourse pour contribuer au remplacement des vieux bancs mités, érodés par au moins sept générations de culs de grenouilles de bénitier, qui les avaient précédées.

Le mystère demeurait entier. Dédé, le menuisier, avait bien sa petite idée sur la question.

« A tous les coups, c'est les gitans, fulmina-t-il.
- Mais oui que c'est eux, rétorqua Yvette, la femme de Gilou le bistrotier. Qui veux-tu que ce soit d'autre ?
- Z'ont pas fait une descente au campement ces branquignoles de gendarmes ?
- Tu parles, s'exclama Gilou. A part organiser des tournantes à la caserne avec les putes de la belge ou chercher des poux aux gens honnêtes, i' sont bons à quoi ?
- Quand j' pense au nombre d'heures qu' j'ai grillées pour les fabriquer... J'ai jamais compté les nuits blanches mais y en a eu un paquet !
- Ah ça, c'est sur...
- Y a qu'à les éradiquer de la surface de la terre, ces cafards, j' comprends même pas qu' l'autre con les laisse en liberté.
- Qui ça ?
- Scooterman, tu sais bien, qui squatte l'Elysée à nos frais.
- Ouais, ça s' voit qu'i' sait pas c' que c'est d'avoir sa baraque vidée par les voleurs, lui.
- Penses-tu ! L'est bien trop occupé à forniquer à gauche, et même à droite.
- Et avec ça, c'est nous qu'on lui paie son caviar, qu'i' s'étouffe avec !
- Ou alors, c'est les routiers, s'en mêla Denis, le charcutier.
- Les routiers...
- Qu'ont piqué les chaises !
- C'est pas bête, ça...
- Moi, j' l'ai dit hein, j'étais sûr qu'en construisant cette aire de repos à l'entrée du village on allait avoir des embrouilles !
- En plus, i' sont tous louches, ces zigotos-là.
- Ouais, des arabes, des albanais, des kosovars, des machins qu'on sait même pas d'où ça sort.
- Et c'est facile pour eux, i' s'y mettent à plusieurs, i' fracassent la porte de l'église en pleine nuit, i' chapardent les chaises, i' les mettent dans leurs camions... Ensuite, i' r'partent... Ni vu, ni connu !
- Vivement 2017, qu' la Marine nous débarrasse de tous les profiteurs ! »

Dédé eut à peine le temps de terminer sa phrase que des visiteurs inattendus firent irruption dans le bistro et s'approchèrent du comptoir : le maréchal des logis chef Bouzon en personne, escorté des brigadiers Comard et Miteau.

« Monsieur Mollard ?
- Oui, qu'est-ce qu'i' y a, demanda Dédé.
- Veuillez nous suivre, s'il vous plaît, nous avons quelques questions à vous poser.
- Bah, posez-les, y a qu' des potes ici, j'ai rien à cacher, moi !
- Permettez-nous d'en douter, monsieur.
- Occupez-vous plutôt d' trouver qui c'est qu'a vidé l'église au lieu d' venir m'emmerder...
- Ne nous obligez pas à vous menotter !
- J' suis coupable de quoi, d'abord ?
- Nous en discuterons au calme, suivez-nous sans faire d'histoires.
- Quoi encore, un excès de vitesse ? Z'êtes venus me r'tirer mon p'tit pap'lard rose ? Tenez, cadeau ! »

Dédé tira son portefeuille du fond de la poche arrière de son pantalon, en délogea son permis de conduire qu'il jeta avec force sur le comptoir. Comme il continua à vociférer, arrosant copieusement les fonctionnaires de tous les noms de volatiles, Comard et Miteau le plaquèrent contre le mur, lui enfilèrent les menottes et le prirent par le col pour l'emmener jusqu'au fourgon.

Il s'avéra que le menuisier était l'auteur du vol dont tout le monde parlait. Sa propre épouse, voulant en finir avec lui, le dénonça.

Devant le capitaine Martinet, il reconnut son geste, le justifiant ainsi : puisque le paiement total qu'il devait percevoir pour la conception des chaises tardait à lui parvenir, il eut l'idée de les subtiliser pour les revendre au noir, à des particuliers du département voisin. Il trouva par ailleurs là une occasion d'incriminer les gitans, dont la présence dans les environs lui donnait des boutons.

 

Nhand

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2 août 2014

Participation d'EnlumériA

Slave Transportation (Cole Porter)

La caravane progressait lentement sur une large chaussée boisée. Étrange monde où l’on revêtait les routes de parquet ciré. Lorsque Damien s’était étonné de ce luxe absurde, Sandalphon s’était contenté de faire montre du plus grand dédain. Quelques instants plus tard, il avait pourtant expliqué à Damien qu’il n’avait encore rien vu tout en désignant les arbres qui bordaient la route. Des arbres rondouillards en forme de poire. Imaginez un culbuto perché sur une quille de bowling. Imaginez encore que les quatre bras du culbuto comportent chacun sept branches portant trois grandes feuilles roulées sur elles-mêmes à la manière d’un cornet. Tous les cornets sont orientés vers la route et frémissent au moindre bruit. Et pensez donc ! Si un moindre bruit réussit à faire frissonner cet étrange feuillage, pensez quelle gigue peut résulter du vacarme d’une caravane qui passe.

Pardon ? Que dites-vous ? Non. Aucun chien n’aboie, madame.

Bon revenons à nos arbres. Remarquez que derrière ceux-ci se cachent de grandes haciendas. Ce sont les riches propriétaires qui vivent là qui eurent l’idée de planter ces arbres afin de préserver leur tranquillité. Ce sont des arbres mange-bruit. Ils se nourrissent du bruit de la circulation et ainsi assurent le calme des riverains. Lors des grandes grèves de l’année du pudding, un silence terrible s’était abattu sur la contrée. Les arbres dépérissaient. Les riverains n’eurent d’autre solution que de venir tous les soirs jouer du tambour pour les sauver.

La caravane progressait vers le sud. Cheminement lancinant au rythme des grands yacks bleus qui tiraient des charriots chargés de coffres, de barriques et d’amphores. Sur le charroi, des voyageurs, ni pèlerins, ni vagabonds, ou peut-être un peu des deux, se cramponnaient à leurs baluchons en priant pour ne pas tomber tant ils étaient mal installés. Des gosses bariolés cavalaient d’un bout à l’autre de la caravane, quémandant ici et là des aumônes en psalmodiant de curieuses ritournelles sur un rythme ternaire. Là, au pied d’un arbre, un grand type à la barbe de bûcheron prenait des notes sur un calepin. Près de lui un vélo rutilant broutait tranquillement les hautes herbes d’aluminium cendré qui poussaient au pied de réverbères fatigués.

Damien chevauchait un mulet de Barbarie plutôt docile dont la seule fantaisie était d’exécuter un petit pas de danse chaque fois qu’il entendait le son d’une trompe ; ce qui était assez fréquent. Sandalphon montait une jument verte du plus belle effet et Orphaniel une rossinante cacochyme qui grinçait à chaque pas comme une vieille armoire.

— Il a au moins cent ans son canasson, railla Damien.

— Oh ! Si tu savais. Orphaniel la possède depuis qu’il est tout gamin. Il a fait sa connaissance sur un manège quand il avait cinq ans.

Dans un manège, vous voulez dire.

Sandalphon ricanait en catimini.

— Non, non, j’ai bien dit sur un manège. Au départ, cette bête était un cheval de bois.

Damien se renfrogna quelques instants, puis la curiosité l’emporta.

— C’est quoi, ce son de trompe qu’on entend ? À chaque fois que ça sonne, le mulet fait une embardée.

— Ce que tu entends, expliqua Sandalphon, ce sont les directives du Sayedh el Khofila. Suis-moi, tu vas voir.

Aussitôt, il talonna sa jument et partit devant au petit trot. Le mulet de Damien lui emboîta le pas séance tenante. Ils remontèrent la caravane jusqu’en tête. La jument de Sandalphon ralentit son trot pour reprendre l’allure amblée de la caravane. Il s’adressa à Damien.

— Ces animaux que tu vois-là, ceux qui ouvrent la marche, ce sont les dromaludaires. Ils servent principalement au transport des étoffes et des tapis. Leur allure souple et modérée assure un meilleur confort pour les étoffes qui sont assez sensibles sous nos latitudes. Quant aux tapis, tout le monde sait qu’ils ont un caractère exécrable.

Dubitatif, Damien se gratta le crâne. Il ne comprenait décidément rien de ce que le bateleur lui racontait.

— Que veux-tu dire par droma… ludaire ? D’abord, c’est quoi, un dromaludaire ?

Sandalphon le toisa du haut de sa jument d’un air sourcilleux.

— Un dromaludaire ? Mais… c’est une espèce de chalumeau. Tout le monde sait ça. Bon, regarde. Juste devant, le gros homme que tu vois conduisant le fardier à vapeur, c’est lui le Sayedh el Khâfila, autrement dit le maître de caravane. C’est lui qui fait danser ta mule. En fait, il souffle ses ordres dans un contrebasson à l’adresse des animaux. Les cornacs, eux, ne sont là que pour nourrir les bêtes et les panser chaque soir au caravansérail.

— Et les animaux comprennent ?

— Pourquoi ils ne comprendraient pas. Tu crois que ces bestiaux sont aussi limités que ceux de ton monde ? Souviens-toi du chat.

— Celui qui m’a fait passer.

— Non, celui du Pape, poil de morille.

Ils arrivèrent sur les berges du fleuve sur le coup de midi. Le soleil inondait le ciel de cruels rayons roses. Au sud-est, un second soleil, vert, émergeait d’un banc de nuages bas qui s’effilochait comme un incommensurable agrégat de barbe à papa. À quelques dizaines de mètres de l’embarcadère, des cabanes de rondins s’attroupaient autour de ce qui semblait bien être un temple. Celui-ci, chatoyait sous l’éclat des astres diurnes. Rose d’un côté, vert de l’autre, il ressemblait à une gigantesque pièce montée.

— C’est bizarre, ça. Deux soleils. Pourquoi ?

— Parce que nous sommes légèrement au-delà de l’univers étriqué d’où tu viens, fit une voix derrière lui.

Orphaniel venait de les rejoindre, sa rossinante grinçait de tous ses bois. Il adressa un signe mystérieux à Sandalphon et tous deux mirent pied à terre. Ils ordonnèrent à Damien de les accompagner et empruntèrent l’allée qui menait au temple. Sur le parvis quelques dizaines d’hommes patientaient. Certains marmonnaient d’étranges litanies, d’autres déroulaient des chapelets entre leurs doigts nerveux. Certains se tenaient debout, chancelants, boitillant ou trébuchant. D’autres, recroquevillés par terre, se tenaient les jambes comme s’ils avaient peur qu’elles ne prennent la fuite sans eux.

— Aujourd’hui, tu vas jouir d’un grand privilège, dit Orphaniel. Tu vas être le témoin d’une cérémonie rare. Pour ma part, je ne l’ai vu qu’une seule fois, il y a de cela bien des années.

— Et moi, seulement deux fois, ajouta Sandalphon. Mais c’est parce que je suis bien plus vieux que ce blanc-bec.

Damien voulut poser une question, mais le tintement cristallin d’un carillon raisonna. Il venait probablement de l’un des deux minarets qui encadraient l’édifice, mais allez savoir lequel. Tout paraissait si étrange dans ce monde. Les portes s’ouvrirent lentement. Il y eu un frémissement à l’intérieur, quelques lueurs dansantes, un lourd parfum d’encens, puis une procession s’avança au dehors. À l’intérieur, un piétinement saccadé racontait qu’un troupeau de cabris énervés caracolait et bricolait de surprenants pas de danse.

Damien compta treize prêtres, tous revêtus d’une chasuble mordorée à l’exception d’un seul, sans doute le père supérieur de cet ordre qui, lui, arborait une houppelande opaline et brandissait une crosse richement ouvragée. De lourdes capuches dissimulaient leurs visages. Ils s’arrêtèrent au centre du parvis et se placèrent en rang de six de chaque côté. L’archiprêtre se tenait au centre.

La foule qui s’était groupée pour assister à la cérémonie gardait maintenant le silence. C’est à peine si l’on percevait le renâclement d’un dromaludaire ou le mugissement d’un yack.

À l’intérieur du temple, le piétinement prenait de telles proportions qu’on aurait juré qu’une troupe de danseurs de claquettes s’en donnait à cœur-joie de l’abside au narthex.

De leurs côtés, les pèlerins ou les pénitents, Damien ne savait comment les nommer, s’avancèrent péniblement, ceux qui pouvaient encore marcher soutenant ceux qui n’en pouvaient plus. Ils souffraient et cependant un sourire de reconnaissance illuminait leur visage.

Les voyant s’avancer, l’archiprêtre poussa une longue plainte, jeta sa crosse vers le ciel comme l’aurait fait une majorette démente et se rua en gesticulant vers l’intérieur du temple. La foule acclama ce geste absurde comme s’il se fut agit d’un exploit. Les claquètements redoublèrent de fureur.

— Vous pourriez peut-être m’expliquer ce qui se passe, murmura Damien à l’oreille de Sandalphon.

— Ce que tu vois là, petit, c’est la Khalastri Ya Raafalah, la cérémonie de remise des chaises. Ces pauvres bougres, là, se sont tué les jambes en transportant les riches propriétaires dans leurs chaises à porteurs pendant des années. Alors, pour les remercier, mais aussi pour se faire pardonner d’avoir exploité ces gens, ceux-ci leur ont remis à chacun un jeton de chaise. Tiens ! Regarde ! Elles vont sortir.

Bizarrement, le claquètement s’était calmé. Un silence oppressant s’était installé. Au loin, une mouette cria. Puis tout à coup, une troupe infernale surgit sur le parvis. Damien ne parvint pas tout de suite à discerner quelle espèce de quadrupèdes hystériques pouvait frétiller comme ça. Quel sabbat, mes amis. En fait, son esprit rationnel refusait en bloc ce que ses yeux voyaient. Et pourtant, depuis son arrivée dans ce patelin, il en avait vu des absurdités. Mais là, ça dépassait les bornes.

Les éclopés rassemblèrent leurs dernières forces et se ruèrent à leur tour sur le troupeau tressautant. Chacun d’eux brandissait son jeton. Chacun d’eux s’efforçait de s’emparer d’un des quadrupèdes. Damien s’étranglait de stupeur.

— Mais bordel ! Qu’est-ce que c’est que ce cirque ! Mais ! Putain ! Ce sont des chaises. Ce sont des foutues chaises qui galopent partout comme si elles étaient vivantes. La vache !

Sandalphon crut bon de lui expliquer le but de la manœuvre avant qu’il ne succombe à une crise d’apoplexie. En fait, chaque chaise était équipée d’un monnayeur mécanique. Chacun des porteurs de chaises devait dompter une chaise en mettant son jeton dans le monnayeur. Celle-ci alors le reconnaitra pour maître et lui permettra de prendre place sur elle. Par la suite, elle le transportera le reste de ses jours, là où bon lui semblait, remplaçant ainsi ses jambes abîmées.

Damien grommela.

— Qu’arrive-t-il à ceux qui n’y parviennent pas ?

Orphaniel lui asséna une bourrade dans le dos.   

— Il vaut mieux que tu ne le saches pas. Allez viens. Tu ferais mieux de t’inquiéter de ce qui est arrivé à ta copine.

— Ah, oui, tiens au fait.

Orphaniel le regarda d’un œil lugubre en maugréant qu’il n’était qu’un jean-foutre.

Un peu plus loin, le cycliste, autrement dit le Narrateur, se caressait la barbe d’un air dubitatif. Il se disait qu’il commençait à aller vraiment loin, là.

 

2 août 2014

Inauguration de la médiathèque (Emma)

- Alors au milieu, le maire. A sa droite, sa dame.

- "Sa dame" ! Michalon, vous vous croyez dans Feydeau ! Qu'est-ce qu'elle a  à faire là,  "sa dame", Michalon, vous pouvez me le dire ?  En quoi a-t-elle contribué à la construction de la médiathèque, Yvette Couturier, hein ? Elle ne lit jamais un livre, Yvette Couturier, je suis bien placé pour le savoir, non ? Qu'est-ce qu'elle a fait pour mériter d'occuper un siège doré, Yvette Couturier, à part coucher avec le camarade Couturier ? Ne me regardez pas comme ça Michalon, ça n'a rien à voir avec le fait que c'est mon ex.
Rien du tout.
Bon ! Et à la gauche du camarade  maire ?

- Le général de Castabel. Ben oui, mais vous savez que le Lyons a financé une partie des travaux.

- Castabel, à côté de Couturier, Michalon ! C'est du sang que vous voulez ? Vous savez bien que Castabel est député FN et Couturier est un vieux marxiste.

- Si on mettait la  baronne Brunswick entre les deux pour faire tampon?

- Bonne idée, elle est sourde, c'est le joker idéal. Et qui est à côté d'Yvette, la "dame" à Couturier.?

- Marc Lavoine, notre invité vedette, qui donne son nom à la médiathèque.

- Ça va pas, non ? On dirait que vous ne savez pas que le maire est  jaloux comme un pou. Mettez le moi à côté de la baronne.

Quand même, Pierre Perret, ça aurait eu plus d'allure, comme nom !
Le reste du premier rang pour les membres du Lyons, je suppose. Et derrière, le conseil municipal et les associations ? Le troisième ?  La chorale et l'équipe de foot ? Très bien.
Le reste on s'en fout, Michalon.
Vous ne comptez quand même pas laisser vos post it sur les dossiers ? Demandez à notre petite Marjorie de mettre les bristols sur les sièges.
Mais ?
Mais c'est pas une tache que je vois sur le siège du général ? Mais oui c'est une tache ! Vous me virerez ce loueur la prochaine fois. Echangez donc avec une chaise du  4e rang !
D'ailleurs des sièges dorés en velours rouge, ça fait chochotte ! C'est vous qui les avez choisis, Michalon.? Ils ont confondu  avec le mariage de Paris Hilton ?
Ah, c'est Marjorie ? Alors ça doit être ce qui se fait maintenant.
Qu'est-ce que vous faites là à rêvasser, Michalon ? Allez, au boulot !     

 

2 août 2014

J'ai fait l'ENA (Vegas sur sarthe)

De tout temps j'ai toujours essayé de protéger mes arrières.
Dès ma naissance et parce que les Pampers n'avaient pas encore été inventées, j'avais exigé des rouleaux d'ouate de cellulose multiplis et surtout du talc à cause des caresses qui vont avec...
J'étais un bébé Cadum parce que je le valais bien et au jardin d'enfants je dois sans doute mes premières conquêtes féminines à ces gracieuses pointes en plastic poudrées à souhaît qui me donnaient un petit air de Kirk Douglas dans Spartacus!
Plus tard j'ai frotté mon cul aux rudes bancs de l'école, ces trucs en bois qui font qu'on ne tient pas en place... primaire, secondaire, universitaire (que des trucs en aire) jusqu'à cette fameuse école où on apprend à faire son blé sur le dos des autres - les potes disaient l'école des hautes fonctions de la raie publique – j'ai nommé l'ENA.
Non pas l'école des grands faucheurs, des Fabius, Soisson, de Charette, Sapin et bien d'autres moissonneurs mais l'Ecole Normale d'Agriculture.
J'occupai différentes hautes fonctions, juché tour à tour sur une faucheuse, une moiss-batt ou un enjambeur jusqu'à l'apparition de mes premières escarres.
Escarre, nécrose, tous ces mots qui sentent le cutané me donnaient des boutons rien que d'y penser.
Cutané! Qui a inventé ce mot-là?
J'envisageais déjà de changer de position quand je fus subitement invité à coups de pieds au cul à aller voir ailleurs si j'y étais.
Je n'y étais pas.
C'est alors que l'opportunité s'est présentée sous la forme d'une ridicule petite annonce au coin d'un canard de banlieue, entre un édito sur le chômage et les résultats des courses à Auteuil : un poste haut placé dans un lieu prestigieux que Georges Clémenceau en son temps appelait l'académie des quarante trous du cul, j'ai nommé l'Académie Française.
J'allais enfin siéger ! C'était le rêve de toute une vie passée à chercher le meilleur endroit pour poser mon fondement.
L'annonce n'avait pas menti car le poste était haut placé - Quai Conti - un cagibi genre placard à balais au ras de la coupole - disons un comble - et équipé d'un matériel sophistiqué nécessaire à mon poste de technicien de surface, balais, serpillères et plumeaux.
J'allais pouvoir tout à loisir observer les trous du cul et rêver au quarante et unième fauteuil depuis mon tabouret.
J'ignorais que les Immortels ne se réunissent que deux à trois fois par an et je me trouvai bien seul dans ces lieux chargés d'histoire.
Alors je siège, chaque jour je siège sur un fauteuil différent, je palpe, tâte, évalue le grain du velours, la souplesse des assises, la fermeté des dossiers.
Je jubile, songeant que si j'avais intégré le ministère de la Justice j'aurais apprécié différemment la souplesse des assises et la fermeté des dossiers.
Alors du matin au soir je jauge d'Ormesson, apprécie Decaux, inspecte Giscard d'Estaing, époussette Orsenna ou renifle Dabadie...
Mes voisins disent que maintenant, je pète plus haut que mon cul ! C'est faux, d'ailleurs si le cœur vous en dit, venez me rendre une petite visite... je ferai le ménage, mais pas tout de suite.
Quand vous lirez ces lignes, j'aurai les fesses bien calées sur United Airlines en direction de Las Vegas...
See you soon
2 août 2014

le fauteuil (Fairywen)

 

Le fauteuil.

 

Il n’y avait encore personne lorsque je suis entré dans la salle du bal. Tant mieux. J’allais pouvoir choisir tranquillement ma place, et celui qui chercherait à m’en déloger n’était pas encore né, c’est moi qui vous le dis…

Un petit tour rapide des lieux, pour commencer… Du plancher en chêne brillant sur le sol… Quel luxe… C’est chaud, vivant… J’apprécie. Oui, bon, d’accord, j’habite dans cette maison –enfin, ce château-, je connais bien les lieux, mais qui me dit que rien n’a changé depuis ma dernière visite ? Hein, qui ? Moi, je ne crois que ce que je vois…

Va pour le plancher, donc. Ensuite, les sièges… Très jolis, il n’y a pas à dire. Blancs, avec un dossier ouvert parsemé de délicates torsades de bois, parfaites pour moi. Pas un grain de poussière dessus, un joli coussin moelleux pour l’assise… Oui, ça aurait été parfait, n’était-ce la couleur du coussin… Ce fuchsia ne va pas du tout, du tout à mon teint délicat… Enfin, s’il le faut, on s’en contentera… Mais ça ne m’empêchera pas de protester en bonne et due forme auprès des maîtres de maison ! Ils vont m’entendre, c’est moi qui vous le dis !

Enfin, mon exploration n’est pas finie, laissons-leur encore une petite chance d’échapper à ma juste colère… Tiens, justement, que vois-je là-bas, en bonne place près de la cheminée… ? Un fauteuil… Un merveilleux fauteuil, situé juste à bonne distance du feu, un fauteuil tout bleu, tout doux… Ah, ils ont pensé à moi, finalement !! Aussitôt, je me précipite et accapare cette merveille. Frissonnant d’aise, je m’installe et ferme les yeux. Oui, c’est exactement ce qu’il me fallait, ce fauteuil bleu…

 

Les premiers invités arrivent, et c’est un festival de robes de bals et d’habits de soirée dans la grande salle. Moi, je suis un peu à l’écart, tranquille, réchauffé par les douces flammes du feu. C’est que j’aime la chaleur, vous savez… Je ne pense à rien de particulier, je profite de l’instant présent lorsque soudain je sens une présence devant moi. J’ouvre à demi les yeux, et là, je le vois. Il est grand, bien plus grand que moi, bien plus costaud, très beau garçon, mais il en faut plus que ça pour m’impressionner. Je le toise calmement, sans ciller, sans bouger, de mes yeux verts au pouvoir hypnotique. C’est MON fauteuil, et personne ne m’en délogera. Il me regarde un instant, interdit, puis il sourit, s’incline en une révérence admirative et fait demi-tour. Satisfait, je bâille, tourne sur moi-même, me réinstalle et reprend ma sieste. Tout grand costaud qu’il soit, il a compris qui est le maître.

 

Je suis le chat, et tout le monde le sait, on ne dérange pas un chat qui dort…

 

A Mystic, mon chaton qui aimait tant mon fauteuil bleu.

 

Défi 309 du samedi 26 juillet 2014

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26 juillet 2014

Défi #309

Quatrième photo des défis de l'été  :

On attend du monde !

On attend du monde à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt les amis !

 

26 juillet 2014

Ont enfourché leur cycle

26 juillet 2014

Participation de JAK

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Comme je me suis  de nouveau fourvoyée  dans mon choix pour me déplacer pendant  mes vacances, J’en conclus qu’après cette longue année laborieuse, j’ai en définitif plus besoin de relaxation que de voyages aux plus ou moins longs cours.

Je prends le parti de réintégrer  mes pénates pour mettre en pratique  d’interminables  siestes dans mon transat près du bassin  rayonnant de nénuphars épanouis (un « MONET- Nymphéas » réelle),

 

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   L’esprit  bercé  par le murmure de la source et le croâ  affectueux  de ma grenouille paresseuse.

ja03

 

 

Mais Le Destin en avait décidé autrement.

 

Arrivée dans mon ‘Chez Moi ‘ (By RER poussif) j’ai trouvé une carte postale   de mon amie et colocataire J L L  qui me suppliait de venir à son secours.

En quelques mots écrits à la hâte elle m’annonçait qu’elle était en ‘panne sèche’ car dans une descente vertigineuse et caillouteuse elle avait perdu son sac  à dos, elle n’avait plus de monnaie-papiers – CB, et son Vtt   était en pièces détachées.

Elle avait trouvé refuge à l’enseigne de la carte postale, me disait-elle.

 Je fulminais, en moi même :-« panne sèche !, un comble pour un véhicule  sans carburant !

 J’étais furieuse, car  malgré mes (toujours bons) conseils, Il y a une semaine elle avait eu la savante idée de partir seule,  faire une  randonnée VTT  dans la Région Lorraine, réputée pour de fameux sentiers, le rêve des  deux roues sans moteur.

Et,  le hic, sa carte non oblitérée par le postier (c’est les vacances, les coups de tampons laborieux, souvent absents sur les  missives) ne mentionnait pas la ville  de l’envoi. ???

 

Il m’a fallut surfer sur internet- (entre deux achats aux Trois Suisses).

J’ai  enfin réussi à identifier  l’endroit, grâce a une amie sam’défiante as photographe.

C’était à Nancy que ma J L L avait trouvé refuge !

Un atelier de réparation pour vélo dans la Grand-rue…. J’ai supposé qu’ils faisaient chambre d’hôtes ?

Adieu mon hamac, je me dévouais - mon bon cœur me perdra-  et je cogitais comment la rejoindre.

Comme je ne voulais pas gâcher complètement mes vacances, je n’avais pas envie  de faire la route seule cette fois.

J’ai prié mon tendre tourtereau (qui ronronnait au soleil) de venir avec moi, et bien équipés, pour rester dans le style, c’est à  vélocipède, que nous sommes partis à sa rescousse

Cependant, 

 

Elle nous attendra bien un peu, le patron à l’air sympa, la ville belle à visiter,

Le temps que l’on arrive ….

 

 

 Capture

 Vu sur pinterest

 

 

N’empêche que mes vacances  cette année s’annoncent laborieuses et la semaine prochaine je ne demande ce que le sort va encore me réserver.

Ne me conseillez pas des barbituriques pour dormir de lundi à samedi, j’ai malgré tous ces déboires, encore plein de projets

A plus  les amis

Jak békas’in

 

26 juillet 2014

Chez Jojo par bongopinot

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Je vois au loin une vielle et belle enseigne

Indiquant un endroit ou l'on répare les vélos

On peux y voir aussi, des bicyclettes anciennes

Le réparateur est un passionné qui se nomme JOJO

 

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Je découvre à ma grande surprise la draisienne

Un vélo tout en bois qui roulait grâce à l'action des pieds

avec une poutre reliant deux roues, une machine saine

Qui permettait d'avancer plus vite et de moins se fatiguer

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Et sur ma gauche j'aperçois un vélo un peu fou

Une énorme roue devant et une petite derrière

un siège sur le dessus de la grande roue

Au milleu de celle-ci des pédales légères

 

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Et je regarde les photos du premier tour de France,

Juillet 1903 les cyclistes sur leur petite reine

Ce tour est toujours populaire quelle chance

Car il fait découvrir de beaux paysages, des vues aériennes. 

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Voilà grâce à ce Monsieur féru de bicyclettes

j'ai passé un bon moment convivial

Et ce soir je profiterai de la guinguette

Pour finir ce doux week-end jovial

 

26 juillet 2014

pédalons (titisoorts)

Je n'en peux plus, encore une fois de plus. Je m'arrête de pédaler, je suis essoufflé. Je me demande même ce que je fous là, je n'ai plus de force, de force en moi, de force pour continuer, avec l'envie de tout abandonner. Avachi là, sur le bord de la route, je regarde les autres pédaler, me dépasser. Je me rappelle des bons moments où je les doublais tous, où, même éreinté, je trouvais en moi une force, un second souffle.Je l'entends pourtant cette voix" allez remonte, allez montre leur, tu ne vas pas en rester là, et de toute façon, il faut bien que tu rentres". Bon, ok, je remonte non sans mal sur la bécane, la tête baissée. Je commence à appuyer sur les pédales et je me dis que plutôt que de rester sur le bord de la route à regarder les autres. Je continue en danseuse, je me mets à danser sur mon vélo. Une fois arrivé enfin en haut de cette côte, je profite, de la vue et de la descente qui me tend les bras. Wahou! Je me laisse aller, je laisse défiler les arbres. J'oublie les difficultés passées, je vole, je dévore les bons moments. Je sais bien que plus loin la route changera, et même si elle reste plane, ce sera déjà pas si mal. Profitons plutôt du moment présent, malgré les ennuis et quelques réparations que ce vélo m'amène aussi loin que possible et que la route soit jonchée d'amis et peut être que j'achèterai un tandem. Qui sait.

26 juillet 2014

Vélo (Fairywen)

 

 

Vélo.

 

Moi, quand on dit “vélo”, je ne pense pas au truc instable à deux roues, qui crève, déraille et fait mal aux genoux, mais au chien de mon beau-père.

Vélo, c’était un braque hongrois, un chien de chasse. 80 kg de muscles, d’enthousiasme –oh, les chutes quand il me sautait dessus pour me dire bonjour…-, de tendresse et de bêtises. Vélo, il méritait bien son nom, car il était un peu dingue, mais on ne pouvait que l’aimer car il avait de si bons yeux, tellement plein de douceur et de tendresse, des yeux qui appelaient les caresses, et on ne lui en voulait même pas de nous baver dessus à cause de sa mâchoire déformée.

Vélo, c’est le seul chien qui a su se faire accepter à l’intérieur de la maison, là-bas, dans la Drôme. Je ne l’ai pas connu petit, mais mon mari m’a raconté qu’il pleurait tellement quand il a été séparé de sa maman que mon beau-père avait craqué et l’a fait rentrer. Bon, évidemment, il a fait à peu près toutes les bêtises possibles et imaginables, mais ça, c’était Vélo…

Vélo, c’était aussi le chien qui, en rentrant de la chasse, se jetait sur la gamelle et mangeait en deux bouchées sa ration de deux jours, pour ensuite s’effondrer à côté, le ventre rond comme un ballon et même plus capable de se traîner…

Vélo, on l’emmenait en montagne, même s’il n’écoutait personne d’autre que mon beau-père, pour jouer à son jeu préféré : jeter des branches ou des pommes de pin dans les trous d’eau. Il adorait y plonger pour aller les chercher, mais il n’a jamais compris qu’il ne fallait pas respirer sous l’eau… Mais bon, ça, c’était Vélo…

Vélo, c’était le gros chien qui faisait le méchant et se cachait derrière les jambes dès que l’autre en face se mettait à aboyer, même si l’autre en question n’était pas plus grand qu’un chihuahua… Vélo, c’est un des rares chiens que j’ai côtoyé sans jamais avoir peur de me faire mordre, car s’il était un peu brutal en raison de son poids et de sa joie de vivre, il ne montrait jamais les dents.

Vélo, il est au paradis des chiens depuis de nombreuses années, maintenant, de très nombreuses années, et je gage qu’il continue à y faire le fou avec son maître, qui l’a retrouvé il y a 10 ans déjà. Mais s’il y a bien une chose dont je suis sûre, c’est que je ne l’oublierai jamais.

 

Défi 308 du samedi 19 juillet 2014 : Vélo en balade dans la montagne drômoise

26 juillet 2014

Cartes postales : Chapitre III (par joye)

Chapitre III :  Le vélo de Nancy

[Les épisodes précédents :  Amanda Perry, américaine, reçoit un message anonyme et menaçant  pendant son séjour à Nancy. Elle téléphone chez un avocat pour des conseils, mais sans pouvoir le rejoindre. Quand nous l’avons quittée, elle venait de recevoir un deuxième message qui lui disait de fuir.]

Bon, que faire ? Amanda retourna la carte postale. Trois fers à cheval. Elle sortit le premier message de son sac. L’écriture de l'un se ressemblait à celle de l'autre. Elle ne connaissait personne à Paris, sans parler de quelqu’un ayant les moyens de descendre au Ritz.  De nouveau, elle l'examina de près. Souvenir de Lorraine. Ah ! Maître Cherval était de Nancy ! Est-ce que la carte et la lettre venaient de lui ? Après tout, un avocat établi qui travaillait pour des riches pourrait bien se payer un séjour au Ritz et aussi dans un ranch.

Telle son habitude, la rouquine regarda son calendrier et prit rapidement une décision. Elle irait à Nancy. Cherval y serait de retour dans trois jours. Elle le verrait alors face-à-face, pour la première fois.

Sur sa tablette, Amanda consulta les horaires SNCF.  Départ 12h31, passant par Paris-Est, elle serait à Nancy avant 19 h. Pas mal, pas mal du tout, et cela lui permettrait aussi un peu de temps pour réfléchir à ses prochaines démarches, une fois arrivée.

En quittant son hôtel, elle eut l’idée de demander au concierge comment l’enveloppe y était arrivée.

-          Puis-je parler à monsieur Goudin ? demanda-t-elle à la réceptionniste.

-          Il descend ici ?

-          Euh non, c’est le concierge.

-          Le concierge ? Goudin ?  Non, madame, il doit y avoir erreur. Il n’y a pas de Goudin qui travaille ici.

Amanda avala sa salive. Le nœud de panique revint à sa gorge et y resterait pendant tout son trajet vers Nancy.

26 juillet 2014

Participation de Nhand

BREDOUILLE

 

 

Chantait à cappella
La brise volubile ;

Vaincu, déchu, fila
Le gris vers outre-Manche ;

D'azur étaient gavés
Les dessus de la ville ;

Vibraient sur les pavés
Les deux roues du dimanche...

Aux abords du marché planait une douceur
Fleurant la mirabelle et le miel de lavande ;
A l'ombre des remparts, venu pour sa provende,
Flânait le matinal quand rentrait le noceur...

A l'anglaise, l'orage,
Vaincu, déchu, fila ;

Les contours de la plage
D'azur étaient gavés ;

Un merle et sa merlette
Chantaient à cappella ;

Ta vieille bicyclette
Vibrait sur les pavés...

Dérailla brusquement, sous tes coups de pédales,
Sa chaîne, et te voilà coupée en plein élan !
Par bonheur, une enseigne au logo très parlant
Se trouvait à côté d'un marchand de sandales ;

On y réparait là
Les vélos en souffrance.

Et pourtant s'étiola
Ton début d'espérance...

Car un petit panneau sur le rideau baissé
Annonçait clairement : « fermeture annuelle »
Tu rebroussas chemin, de ruelle en ruelle,
Tirant par le guidon ton compagnon cassé.

Les regards, par centaines,
D'azur étaient gavés ;

Les bouches des fontaines
Chantaient à cappella ;

Des patins à roulettes
Vibraient sur les pavés ;

Mais ton projet d'emplettes,
Vaincu, déchu, fila.

 

 

Nhand

26 juillet 2014

EVA et le vélo solex (KatyL)

ka01

Eva n’était restée que 5 jours chez Joachim le maréchal–ferrant bloquée par la neige, elle avait résisté à la tentation qu’elle avait eue envers lui, il s’en était d’abord attristé, et s’était rendu à ses raisons, ils en avaient parlé beaucoup, mais son activité à lui du début du printemps à la fin de l’automne ne lui permettait presque aucun loisir, ni une vie amoureuse digne de ce nom, les randonnées, plus les soins aux chevaux, les fers à poser il n’avait pas beaucoup de temps libre, elle au contraire en avait, elle aimait beaucoup le cinéma, les restaurants, le théâtre et les expos diverses, tout ce qui était culturel , elle pouvait tour à tour aller sur Epinal, Gérardmer etc… pour se donner à ses plaisirs, se lancer dans une aventure avec Joachim aurait été inutile, leurs modes de vie ne coïncidaient pas, de plus sa rupture si douloureuse avec Max lui avait laissé des séquelles encore mal guéries, et du coup elle se méfiait de la passion qui emporte tout et qui n’est pas rationnelle… Finalement la raison l’avait emporté , ils étaient restés amis , avaient fait leurs sculptures tout l’hiver, et se voyaient régulièrement mais chacun chez soi ! Ils s’invitaient et préparaient une expo pour l’été prochain.

Le printemps magnifique et chaud était là, tout revivait autour d’elle, les oiseaux piaillaient gaiement, le climat avait de l’avance.

Eva décida de sortir son vélo solex du garage afin de pouvoir se balader avec dans les environs, et de découvrir de jolis villages, mais elle devait aller le faire réparer et changer la bougie, elle décida donc de demander à Joachim de venir le chercher avec sa remorque et de le déposer en ville où elle avait vu une enseigne, elle passerait le reprendre en  fin de semaine en roulant jusque chez elle avec le vélo solex remis en état, il lui rendit ce service, et il repartit bien vite à ses occupations.

Le samedi en fin d’après-midi juste un peu avant la fermeture des magasins,  elle décida d’aller rechercher son vélo solex à l’enseigne où Joachim l’avait déposé. La porte devant était fermée un panneau indiquait d’aller dans l’arrière-cour de l’établissement, bien que les jours commençaient à rallonger la tombée de la nuit arrivait doucement, cette ruelle était particulièrement sombre, Eva n’était pas tentée, mais elle prit son courage à deux mains et se lança dans la ruelle coupe-gorge !

ka02 Pas âme qui vive ! Pas un chat ne trainait par ici  et la porte de l’arrière-boutique était totalement déglinguée, mais elle la poussa du pied !

-« y-a-t-il quelqu’un ? »

Elle entendit un pas trainant arriver à sa rencontre, et elle le vit !!!!  Un homme hirsute, sale, la mine renfrognée, le regard sournois, un type mal dégrossi !! Elle eut un sursaut malgré elle.

-« bonjour dit-elle je suis EVA  IVAN, Joachim le maréchal ferrant  a déposé mon vélo solex chez vous mardi matin et je devais venir le rechercher et il devrait être prêt? »

-« oui dit la brute en la regardant de pied en cap avec un sourire peu amène, suivez-moi jusqu’au fond de ce couloir ! »

Elle regarda autour d’elle ! Personne ! Tout semblait bien sombre quelle idée elle avait eue de ne pas venir en premier visiter cette boutique et visualiser le proprio, mais elle n’avait pas eu le choix et apparemment c’était le seul réparateur des environs, elle le suivit donc malgré elle, se dit que de toutes façons il ne pouvait rien lui arriver de grave…Cependant chemin faisant elle vit sur les murs de cet individu des photos de pin-up qui en disaient long sur le genre du type ! Certaines femmes punaisées venaient sans doute de revues plus que douteuses et des poses très « spéciales et dénudées », les autres étaient des pin-up des années 50 celles-ci étaient jolies même si un peu coquines !

ka03

Il se retourna vers elle avec un regard amusé, et s’approcha si près qu’elle sentit son haleine fétide ! Ce type avait bu !

-« vous êtes jolie ma petite dame, vous êtes nouvelle par ici sans doute, c’est vous qui allez chevaucher ce vélo solex dit-il en appuyant sur le mot chevaucher avec un sourire plein de sous-entendus, il fonctionne très bien, j’ai regonflé les pneus changé une l’ampoule avant et la bougie et j’ai remis du mélange deux–temps dedans ça vous va ? »

-« merci dit-elle -elle pressée d’en finir, puis je le prendre et vous régler de suite ? »

-« pas si vite jolie madame on a du temps pour parler un peu ma journée est finie »

-« non je n’ai pas le temps du tout moi, un ami m’attend et je lui ai dit que j’étais chez vous »

menti Eva qui n’en menait pas large avec ce type sournois et alcoolo, elle ne voulait pas traîner dans cette boutique. Elle paya la facture assez salée et elle sortit enfin de cette maudite boutique, en enfourchant son solex qui en effet démarra au quart de tour !

 

Comme d’un seul coup elle était heureuse de cette liberté,  enfin de l’air, du vent dans ses cheveux blonds, elle se sentit comme en état de grâce et eut le sentiment que le mensonge chez le réparateur lui avait évité quelque tracas, elle en parlerait à Joachim de ce type, en attendant elle roula une demi-heure épanouie et heureuse et arriva chez elle à 19h, l’église sonnait l’heure.

En arrivant à sa porte elle trouva un magnifique bouquet de roses-thé déposées au sol devant chez elle, ça alors !! Quelqu’un qui devait bien la connaitre car ces roses-thé étaient si délicates et si parfumées qu’elles étaient ses préférées.

 

La suite au prochain épisode……………………………………………..KatyLka04

26 juillet 2014

Au vieux clou (Vegas sur sarthe)

J'ai la selle qui chancelle, le guidon qu'a l'bourdon
j'ai la fourche qui se cherche, la poignée castagnée
j'ai l'moyeu limailleux, les rayons en haillons
j'ai les jantes convergentes, les pédales... un scandale
j'ai la chaîne incertaine, le hauban titubant
j'ai les freins sous-marins, l'dérailleur bousilleur
les plateaux sont marteau et la tige... un vestige
l'pédalier est plié et les pneus farineux
 
Ah! Bon Dieu! que c'est embêtant
un vieux vélocipède,
Ah Bon Dieu! que c'est embêtant

un clou incompétent

26 juillet 2014

Chez Mazuyer (Pascal)

 

« Dépêche-toi ! Mais dépêche-toi, on va se faire attraper !... »

« Chut… »

On ne savait plus trop s’il fallait rigoler ou bien craindre le pire avec notre entreprise de démolition… C’est sûr, si cette bêtise était arrivée jusqu’aux oreilles de nos parents, on était bon pour le pensionnat ou les galères…

« Passe-moi le marteau !... »

« Chut… »

« Attention, il arrive une bagnole… »

On avait planqué les vélos derrière la maison mais un rien nous faisait sursauter…  

« Prends la scie !... Allez, active… »

« Chut… »

On avait remarqué une maison à peu près isolée et on s’était mis dans l’idée de la délester de toute sa tuyauterie… Nous étions des jeunes plombiers démonteurs… Au prix du kilo de plomb chez « Bonvalet », on allait toucherla fortune ! Mais il y avait des risques…

Fallait voir comme on tirait sur les canalisations ! Des évacuations jusqu’aux adductions, on y mettait tout notre cœur ! Cette baraque abandonnée était une véritable aubaine pour réussir notre larcin. On avait cassé un carreau pour entrer et c’était un jeu d’enfant pour ouvrir la porte. Ca tombait bien parce qu’on était des enfants… C’était nous, les soldats de plomb…

La maison sentait le rance et l’ennui, l’isolement et la vie s’en était échappée avec le dernier propriétaire. Mais nous, loin de nous préoccuper de ces fariboles, on oeuvrait à notre récolte de subtilisation frauduleuse… Même les chenaux, les gouttières étaient en plomb ! Une aubaine !

« Aide-moi à tirer sur ce tuyau ! A lui seul, il vaut au moins trois paquets de clopes !... »

« Chut !... »

On avait repéré l’arrivée d’eau juste après le compteur et on démantibulait méthodiquement tout ce qui pouvait rapporter sur la balance du repreneur de métaux. De la cave au grenier, on avait tout fouillé. Toute l’installation d’eau était en plomb comme cela se pratiquait à l’époque.
Fallait nous voir en train de manœuvrer anarchiquement le tuyau pour le plier énergiquement, à gauche,à droite et, jusqu’à le couper dans sa cassure lourde et juteuse… On était riches ! On allait ruiner Bonvalet ! A nous les gros billets !...

Si j’avais été attrapé pour toutes les bêtises que j’ai faites quand j’étais gamin, je serais encore en prison à cette heure…

« Aide-moi !... »

« Chut… »

Toutes les conduites de la maison disparaissaient  à la vitesse de notre précipitation.
Je m’imagine bien mon père en train de recevoir la facture pour la remise en état de notre chapardage dévastateur. J’avais mal aux fesses des coups de pieds au cul que je pourrais recevoir…

« Là, regarde sous l’évier ! Une véritable mine de plomb !... »

« Chut… »

On est inconscient quand on est gamin et c’est ce qui fait toute la beauté de la jeunesse. Plus que l’argent, c’est cette influence de groupe qui nous menait. C’était cette menace planante et, en même temps, cette récompense connivente à la finition de notre folle aventure. On avait l’adrénaline bourgeonnante et on s’exerçait à la faire bouillir pendant nos enfantillages polissons…

On commence toujours polisson et on finit policé, j’ai remarqué…

« Attention, des passants !... »

« Chut… »

On se figeait dans des postures de casseurs de coffre-fort en suspension d’efforts pendant ces minutes interminables. On baignait dans une euphorie complice et déjà légendaire. Nous étions tous des monte-en-l’air, des Mandrin, des malandrins de volerie occupés à notre besogne inconsidérée

« Mais chut… »

J’avais emprunté la carriole du petit Casino du bout de notre petit chemin.
Sans entrer dans les détails, j’avais pu l’emberlificoter avec mes bobards à quatre sous et puis, mes parents allaient faire leurs courses chez lui. Il ne pouvait pas refuser cette location gratuite ! Avec ses prix prohibitifs, ilvolait outrageusement ses clients, je pouvais utiliser sa remorque sans gêne.

Je me souviens quand il l’accrochait au cadenas contre le poteau en bois du bout de la rue. Le vendredi après-midi, le jour du poisson, il laissait fondre des pains de glace à son pied et on essayait d’en faire des boules de neige… Chez nous, il y avait deux poteaux : ce fameux poteau en bois, du bout de la rue, avec la grande route passante et dangereuse de ses quelques voitures et puis, notre poteau béton blanc ; c’est celui qui nous autorisait la limite pour promener le chien et le faire pisser. Il avait la capacité extraordinaire de pouvoir dire à table qu’on était arrivé à pédaler sans mettre le pied à terre jusqu’à cette frontière si lointaine… (une vingtaine de mètres) quand on était gamins…

Les distances ne se mesurent pas en mètres, en fin de compte, mais à l’idée qu’on se fait de leur éloignement et des prouesses courageuses qu’il faut entreprendre pour y arriver… Ha, ce fameux poteau blanc…

« Chut… »

Nous avions découvert une mine de plomb dans le garage.
C’est comme si toute l’alimentation de la maison se retrouvait là.  Une veine…
On piochait comme des ouvriers clandestins en heures sup… Et la carriole se remplissait. Je l’avais amarrée (déformation marine…) derrière mon vélo avec des sandows ajustés à sa préhension roulante.

« Chut… »

Au premier étage, on avait décortiqué méthodiquement les canalisations de la baignoire. On était comme des abeilles butinant une fleur jusqu’à son dernier pollen. Nous avions  fait le plein en vidant la maison… C’était amusant de penser à la tête de celui qui allait remettre en eau… Versailles, un quatorze juillet !...

La carriole débordait si je puis dire…

Notre rocambolesque équipée terminée, nous avons enfourché nos vélos avec des ailes comme célérité de débinage ! Je n’arrivais pas à pédaler tellement c’était lourd ! Notre fortune était faite… Mes deux comparses m’ouvraient la route comme si je transportais la cagnotte de la Banque de France ! La charrette tapait brutalement à l’arrière du vélo quand je ralentissais et je sentais des contorsions de ferrailles inquiétantes dans ma fuite… C’est comme si on avait toutes les polices de France à nos trousses ! Je pédalais tel un forcené et la roue de la fortune tournait, tournait…

Sous bonne escorte, celle de mes potes, nous sommes arrivés chez Bonvalet. On allait toucher la récompense ! Le gros lot ! La cagnotte ! Le jackpot ! On n’était pas sûrs que le boss de la casse auraitassez de liquide pour nous payer !... Et moi, j’entendais des craquements pénibles derrière le vélo… Cette maudite carriole allait laisser tomber notre butin juste avant la pesée ? J’avais l’impression qu’elle allait se désintégrer sous la charge. Ses pneus étaient à plat et chaque coup de pédale était un difficile coup de rame de galérien… (déjà…)

Sans état d’âme, le récupérateur de métaux m’a indiqué la balance et j’ai laissé mon vélo et sa charge à la pesée. Des gros bras ont tout déchargé puis il a repesé ma carriole et ma bécane. La différence, c’était notre pactole ! On était riches !... Soixante francs ! Vingt francs chacun !  Autant dire, la fortune !

Je n’avais jamais eu de billets de dix francs à moi. J’avais un Voltaire et deux Pasteur ! C’était étrange de palper tout ce papier-monnaie… Et dire que j’avais un franc d’argent de poche par mois… Quand je passais la peau de chamois sur la voiture de mon père, c’était une petite pièce de vingt centimes ! Et pour une bonne note à l’école j’avais… je n’avais jamais de bonnes notes…

Bizarrement, mes acolytes et moi, nous nous sommes dissociés comme si nous ne nous étions jamais connus.

Chaque seconde, je touchais mes poches pour être sûr de leur présence rapprochée… Ma liste d’achat était incalculable ! Je pouvais dévaliser le magasin de bonbons et il me resterait encore assez d’argent pour plusieurs débauches sucrées ! C’était jour de paie ! J’étais riche ! Je pouvais faire des cadeaux et me faire aimer autrement que par le fait d’être simplement vivant. J’étais puissant !...

Entreprise Durand : Tous travaux de filouterie, maraudage et barbotage !...

J’avais gagné mon salaire de la peur et je rapportais la carriole au petit casino. J’étais léger avec les poches pleines ! Je fonçais avec mon vélo dans les rues de Romans à l’assaut du futur en pédalant comme un dératé…

J’ai rendu le chariot au patron du magasin et c’est là que je me suis aperçu des gros dégâts sur mon vélo. Le garde-boue était enfoncé et il frottait contre le pneu en lui dessinant une belle estafilade à haut pouvoir de crevaison, le porte-bagages avait une torsade biscornue des plus malencontreuses, le feu arrière et le catadioptre avaient disparu dans un des nombreux chocs de notre course.

Jamais mon père ne comprendrait ce sinistre évident ! S’il voyait ça, j’étais bon pour les travaux forcés… Le soir, en rentrant à la maison, il me demanderait des explications détaillées, si j’avais eu un accident, si j’avais prêté mon vélo, si j’avais fait des bêtises, etc, etc…

En début d’après-midi, j’ai porté mon vélo chez Mazuyer, le réparateur de cycles.

J’ai récupéré mon fier Peugeot à dix-sept heures. Il était nickel, comme neuf ! J’étais sauvé des tracasseries paternelles !

« Hé gamin ? La note, c’est ton père qui viendra la régler ?... »

Il s’entortillait la moustache d’un geste machinal dans une forme approximative de guidon de vélo et le cambouis autorisait une boucle gominée du plus bel effet…

« Non m’sieur, c’est moi !... »

« Mais y en a pour cher, gamin !... »

« Je paie ! Je paie !... »

Pris au dépourvu et en mimant une grimace blasée, du genre « je cherche pas à comprendre », il a commencé à faire ses énumérations d’additions chroniques sur son calepin estampillé « Mazuyer réparateur de pédaliers en tous genres…»
Il n’en finissait plus d’écrire, un vrai poète… Je voyais fondre ma fortune à vue d’œil…
Je la serrais dans ma poche mais elle glissait entre mes doigts… Il a tombé la casquette pour se gratter une mèche qui n’était plus rebelle depuis longtemps à cause du cambouis de tout à l’heure…

« Alors, nous avons le pneu, la chambre à air, le garde-boue, le porte-bagages, le feu arrière complet, le câble du frein et la dynamo qui était tordue… Alors, avec la main-d’œuvre, les réglages, les essais, ça nous fait… »
Il en avait de bonnes de dire « ça nous fait » comme si on allait partager…
« Ha oui, la TVA… »


Des yeux, je cherchais dans son atelier s’il n’avait pas des tuyaux en plomb…
Enfin, il a porté son crayon à son oreille, toutaussi auréolée de graisse que le reste et il m’a annoncé victorieusement :

« Vingt francs… Vingt francs tout ronds… et je ne compte pas les rayons tordus… »

C’est idiot, mais je m’en doutais… Vous aussi ?...  J’ai sorti mes billets tièdes comme un prince floué qui récupère son destrier après un ferrage et je les ai tendus vers sa main tellement sale… J’ai empoché la note en échange et j’ai enfourché mon vélo sans panache… 

« Allez ! Salut p’tit !... »

Bien mal acquis ne profite jamais, me direz-vous ? J’étais quitte avec la leçon de morale. Mon père n’a rien remarqué, ha si…

« Tu as enfin nettoyé ton vélo, c’est bien, il en avait vraiment besoin… »

Mais alors, pourquoi ma mère en vidant mes poches, avant de mettre mon short à la machine, est tombée sur la note ? Et pourquoi, elle a crié si fort :

« Hé Pascal, c’est quoi cette note exorbitante de chez Mazuyer dans ta poche ?!... »

J’avais du plomb dans l’aile, l’orage allait tomber…

Epitaphe non, épilogue : Je fus privé de vélo, de sortie, de télé et de copains pendant un mois plein, tout ça pour tenter de me mettre un peu de plomb dans la cervelle…

 

26 juillet 2014

Avec mon p'tit vélo, j'avais l'air d'un con, ma mère, avec mon p'tit vélo, j'avais l'air d'un con (Walrus)

Un vélo (de femme) surmonté de ce qui pourrait être les armes d'un mécanicien - d'une mécanicienne ? - en tout cas d'un pro de la chose conscient de sa valeur puisqu'il incorpore à son blason les éclats de la gloire.

N'empêche, moi qui ai pratiqué le vélo à une époque où l'on devait encore tout y faire soi-même (vous avez déjà assemblé une roue à partir du moyeu, des rayons et d'une jante ?)* je ne me rappelle pas avoir jamais utilisé en ces temps lointains un tournevis ou une clé plate de 17 (à vue de nez).

Si j'avais dû me confectionner des armes parlantes de mécanicien cycliste, j'aurais puisé parmi les constituants de la trousse de secours accrochée à l'arrière de ma selle, à savoir :

  • Des rustines avec la petite râpe et le tube de dissolution

rustines

 

  • Des démonte pneu (que dans ma région on appelait "minutes")

minutes

Ben oui, elles sont un peu rouillées, mais elles ne datent pas d'hier non plus...

 

  • Des clés multiples

    multiple1  multiple2

Vous remarquerez que la version plate est munie d'un petit bec évitant de s'encombrer d'un tournevis

 

  • Une clé à rayons

    rayons

 

Ben dis donc, on voit bien qu'il (elle) travaille en atelier le (la) môme ! Un tournevis, j'te jure !

Avec son tournevis l'avait l'air d'un con, ma mère, avec son tournevis l'avait l'air d'un con !

 

* Pour ceux qui se passionneraient pour ce qui a bien pu me pousser à assembler une roue de vélo à partir de ses constituants, j'explique !

À une époque où tout se vendait à la pièce, du rayon de roue et sa nipple (écrou) à la bille de roulement de pédalier en passant par la croix interne du changement de vitesse Sturmey-Archer (mais si je l'ai aussi changée), il était hors de question d'acheter une roue complète lorsqu'on avait tordu une jante. Or, il m'est arrivé de tordre la jante avant de ma bicyclette, cqfd !

Quoi ? Vous voulez aussi savoir comment je m'y suis pris pour ce faire ? Vous avez de ces curiosités parfois ! Allez, c'est bien parce que c'est vous...

Comme très régulièrement à l'époque, je me rendais un jour chez mon ami Francis, un condisciple qui habitait le patelin voisin du mien. Le long de la route de Mons, il y avait une piste cyclable, mais au niveau de la place communale d'Havré, celle-ci s'interrompait et j'étais obligé d'emprunter un tronçon de chaussée pavée qu'il me fallait de surcroît partager avec le tram. En zone urbaine, les rails de tram sont munis d'une gorge empêchant le revêtement de sol de venir se coller au rail et d'occasionner le déraillement du véhicule. C'est en franchissant un de ces rails que ma roue avant s'est engagée dans cette gorge où elle s'est coincée, ce qui a eu deux conséquences : tordre la jante et me projeter par dessus mon vélo. Ma chute a fait sortir de leur bar deux charmantes personnes qui ont collé mon vélo contre la façade et m'ont emmené dans leur établissement (à la réputation un brin olé olé) pour désinfecter et panser mes écorchures. Une bien inéressante expérience suite à laquelle j'ai dû... remplacer la jante de ma roue avant. Satisfaits ?

26 juillet 2014

À propos d’Agnès (EnlumériA)

Le vieil homme reposa la clé à pipe sur l’établi. D’un geste nerveux, il fit tourner la roue de la bicyclette suspendue au pied d’atelier. Parfait. Le grincement désagréable avait disparu. Juste une histoire de roulement à billes récalcitrant. Mademoiselle Grivois pourra récupérer sa petite reine dès le lendemain matin. Il consulta la pendule. Il était l’heure de fermer boutique. Il sortit sur le pas de la porte, salua le père Larescousse qui revenait de chez le boulanger, baguette sous le bras et sourire édenté ouvert à tous les vents. Pour une fois, ce dernier s’abstint de citer Diderot, son auteur préféré et son obsession culturelle. En face, la mercière arrangeait sa devanture avant de fermer elle aussi. Elle lui fit un tout petit signe de la main, comme pour ne pas déranger. La pauvre souffrait d’une timidité maladive.

Au-dessus de sa tête, l’enseigne de métal entonna une lugubre élégie. Elle était aussi rouillée que les articulations du vieil homme. Le vent se levait, le ciel s’assombrissait et ces imbéciles de France Inter avaient encore annoncé de l’orage. Le troisième en une semaine. Putain d’été pourri.

Le vieil homme rentra et actionna le rideau de fer. Il n’était pas paranoïaque et ne craignait aucun cambrioleur, loin de là, mais le dispositif existait déjà lorsqu’il avait hérité du local, alors autant s’en servir. Il y avait seulement fait ajouter une fermeture électrique, seule concession à la fièvre technologique de ce début de siècle qui, n’en déplaise à Malraux, était mal parti question spiritualité.

Il monta à l’étage où se trouvait un petit appartement composé d’une cuisine, d’un salon petit mais douillet meublé d’une imposante bibliothèque qu’il appelait sa petite Alexandrie et d’une chambre donnant sur le château.

Il n’avait plus la télévision. N’en pouvant plus des inepties diffusées par cette fabrique à crétins décervelés, il l’avait balancé à la déchetterie. Pourquoi ne l’avait-il pas donné à Emmaüs ? Mais tout simplement parce qu’il ne voulait pas, de quelque façon que ce soit, participer à la déliquescence du monde.

Il avait, par contre, une chaîne Hi-Fi des plus performantes achetée à prix d’or et une discothèque abondamment fournie. Il introduisit le CD d’Agnès Obel dans le lecteur, se servit ce verre de porto que le médecin lui interdisait – que ce médicastre aille au diable –et s’installa confortablement dans son fauteuil de cuir aux accoudoirs élimés par des années de méditation. Le chat Virgile arriva sur ces entrefaites. Réglé comme du papier à musique, le chat revenait toujours de ses pérégrinations à vingt heures précises. Les rationalistes de tout poil affirment que c’est l’instinct qui induit ce comportement. Quels bourricots ! Le vieil homme, lui, savait que Virgile avait sous son pelage une poche secrète dans laquelle il dissimulait une montre de gousset et que c’était uniquement pour ça qu’il connaissait exactement l’heure du diner.

Le vieil homme était marchand de vélos d’occasion et il assurait, le cas échéant, le service après vente. Cela ne rapportait pas lourd, mais il s’en fichait. Ses besoins étaient modestes. Il avait embrassé ce métier un peu par hasard. L’opportunité s’était présentée et comme il ne savait pas trop quoi faire d’autre, il s’était dit pourquoi pas. Il venait d’avoir vingt-cinq ans. Revenant d’un périple sur des chemins de Katmandou qui avait mal tourné, il s’était retrouvé à Marseille, seul et sans un rond en poche. C’est en voulant retrouver le contrôle de sa vie qu’il avait appris qu’il était le légataire universel de l’oncle Théodore. Celui-ci lui avait légué ce local commercial, l’appartement et une modeste rente générée par un portefeuille d’actions dans l’import-export.

C’est en visitant le local que l’idée lui était venue. Il était pratiquement vide à part de vieilles caisses et deux affiches punaisées au mur. L’une représentait une sorte de savant fou montant un étrange vélocipède volant et observant le monde d’en bas à travers une longue vue. L’autre était l’affiche du film Thérèse Raquin de Marcel Carné. Sur le mur, un établi poussiéreux sur lequel étaient encore accrochés des outils rouillés. Le peu de lumière qui filtrait à travers la vitrine crasseuse lui fit soudain entrevoir un avenir ? Chose qui jusqu’à ce jour ne lui était guère familière.

— Vous êtes son neveu, c’est ça. Vous allez en faire quoi de ce taudis ? s’inquiéta un homme d’aspect chafouin campé devant la porte restée ouverte.

— Vous avez vu un film qui s’appelle Thérèse Raquin ? répondit-il. 

L’autre hocha la tête d’un air de le prendre pour un demeuré.

— J’ai lu le bouquin.

— Dans le film, l’amant de Thérèse, Laurent, rêve d’ouvrir un atelier de réparation de vélos d’occasion.

— Des vélos d’occasion, hein !

— Je ne savais pas quoi faire en arrivant ici. Et puis j’ai eu comme une révélation – Il montra les affiches – Vous voyez ces deux affiches, là. C’est un signe du destin.

Le type ricana. Il fit un geste de la main voulant sans doute exprimer du dédain et tourna les talons en marmonnant :

— Par la robe de chambre de Diderot, ce gars-là m’a l’air aussi allumé que son oncle.

 

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Le vieil homme se servit un autre porto. Son affaire n’avait pas si mal démarré et il s’était rapidement lié avec les commerçants du quartier. Au fur et à mesure, il s’était assuré une petite clientèle et la vie se déroulait tranquillement. Jusqu’au jour où elle entra dans l’atelier. C’était par un bel après-midi d’automne. Elle se plaignait d’un pneu crevé. S’il pouvait faire quelque chose tout de suite, elle était pressée. Poser une rustine lui prit un instant, tomber amoureux fut l’affaire de quelques paroles échangées et d’un sourire en guise de remerciement. Dans les jours qui suivirent, il guettait son passage. Elle revint. Pour retendre la chaîne, changer les câbles de freins, pour discuter un peu parfois. Mais cela n’alla jamais plus loin. Elle était la fille du pharmacien de la rue de Strasbourg. Un jour, il apprit qu’elle s’était fiancée à un jeune conseiller municipal très en vue dans la bonne société nantaise. D’après la photo qu’il avait vu dans Ouest-France, c’était un chevalier d’industrie aux yeux de rhodoïd, engoncé dans un triste costume gris et dont la cravate évoquait irrésistiblement la laisse d’un chien au service de ses maîtres. Il la revit une dernière fois sur le parvis de la cathédrale Saint-Paul, un soir de Noël. Elle était au bras de son mirliflore et dans la foule des grands jours, elle ne le reconnut pas. Il l’avait aimé au-delà de toute raison mais qu’avait-elle à faire d’un pauvre réparateur de bicyclette.

Les années passèrent gentiment, et un jour, il s’aperçut que cet amour foudroyant n’était plus qu’une anecdote sans importance qui disparaîtrait avec lui. Alors, pour combler cette vie sans passion, il s’était inventé un rôle dans un autre univers.

 

Chaque soir, il couchait sur le papier ses rêves et ses cauchemars, ses illusions perdues et ses peurs les plus abjectes. Il s’était fait le démiurge d’un hypothétique au-delà, l’Autre Rive, qu’il peuplait soir après soir de personnages pittoresques vivant d’étranges aventures.

 

D’abord, il y avait Kaelia, sa préférée. Elle croyait qu’elle avait été une certaine Eva dans une autre vie. Et puis le capitaine Charles D. Ward, allusion au roman de H.G. Lovecraft, l’Affaire Charles Dexter Ward. Ce vieux fou courait après une inaccessible perle noire nommée Maora à l’instar de cet autre marin en quête de la toison d’or. Damien, le neveu du capitaine, une espèce de jean-foutre qui ne se préoccupait que de lui-même et qui s’était forgé une superstition personnelle au sujet de supposées lettres dans la paume de sa main. Zéphyrin Sépulcre et son humour vaudou. Sandalphon et Orphaniel qui s’étaient invités sans prévenir. Et enfin Kêrys, la cité inaccessible des légendes celtiques. Un nouvel Eldorado, une improbable Atlantide qu’il visitait parfois en rêve lorsqu’il avait un peu trop poussé sur le porto.

Le vieil homme n’avait décidément pas de besoin de la télévision et de ses rêves préfabriqués. N’était-il pas le Narrateur, celui qui observait le monde d’en bas à l’aide de sa longue vue. Même si, depuis quelques temps, ses personnages lui échappaient ; comme s’ils avaient acquis, au fil du temps, une existence propre.

 

Le CD était terminé. Virgile s’impatientait. Il était peut-être temps de diner après-tout. Il se resservit néanmoins un autre porto. Qu’avait-il à faire des recommandations stupides du toubib. Il abrégeait sa vie ? Et alors ? Pour ce qu’elle valait. Et puis qui sait, peut-être existait-il un au-delà où une seconde chance lui serait offerte. Une autre rive où Agnès ne rencontrerait pas un conseiller grisâtre et où elle le remarquerait, lui, le réparateur de bicyclettes.

 

19 juillet 2014

Défi #308

Troisième photo des défis de l'été :

Vélo

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A tout bientôt !

 

19 juillet 2014

Ont joué les f(i)ers à bras

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Le défi du samedi
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