Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le défi du samedi

Publicité
Visiteurs
Depuis la création 1 057 660
Derniers commentaires
Archives
19 juillet 2014

La fête du cheval par bongopinot

bo01

J’arrive dans un village western,

Où les chevaux sont à l’honneur,

Où, tout y est si harmonieux

Un endroit nouveau et moderne.

 

Ici ! Comme des fanions

Sont exposés des fers à cheval.

Et là ! Une foule digne d’un carnaval

Venue admirer de jolis canassons.

bo02

 

Et dans un nuage de poussière

Une course a commencé

Et des chevaux aillés

S’envolent au dessus de la rivière 

bo03

 

Puissant chevaux de trait

Ou bien beau pur-sang

Le tout sans faux semblant

Nous offre un beau moment de paix.

 

De ces endroits inoubliables

Je garde un petit sourire aux lèvres

Et des photos posées dans un livre

Pour me rappeler ces jours incomparables 

 

bo04

Publicité
19 juillet 2014

Carte postale n°2 (JAK)

j

ja02 (2)

ja03 (2)

La cheville encore sensible, je garde  un mauvais souvenir de mon premier séjour de vacances. Bien sur la Suisse n’y est pour rien, mais j’ai décidé de m’éloigner de ses cimes infranchissables pour moi désormais.

 Cette semaine j’ai résolu de descendre dans le Sud. Mais cette période pré-aoutienne, n ‘est pas très propice aux cheminements automobiles sur les routes de France, quelques nombre de chevaux qu’on ait sous le capot.

J’opte  pour un autre moyen de locomotion.

Une chance, en surfant sur la toile, je trouve la façon idéale.

Et me voici  suivant les berges d’un canal, bien installée  sur une pimpante péniche, halée par une jument, au son charmant de sa sonnaille.

Le rêve, bucolique et reposant.

Mais je ne suis pas au bout de mes  revers.

A l’auberge de la première étape, dans une atmosphère agréable je savoure quelques produits régionaux tout en dégustant un Saint-Chinian fameux. Mon regard erre sur la rive, un peu embué par l’alcool et cette journée somme tout assez longue, quand je vois un bel étalon s’approcher de notre jument  haleuse.

Le marinier qui nous pilote, probablement assoiffé lui aussi, a reporté le moment de détacher l’animal. 

Et celle-ci, une belle rétive, effrayée par les approches de l’étalon, tire sur sa corde et part au galop dans une pente douce … Notre péniche suit et tous, badauds, nous ne savons que faire, sinon crier et alerter l’escorteur qui stationne au bar.

Mais trop tard, notre confortable péniche « atterrit » sur la berge d’en face, elle est pliée en deux.

Il va  me falloir  trouver un moyen plus sur pour me déplacer pour la semaine prochaine !

Je vais malgré tout chercher une carte à vous envoyer, ici, le choix n’est pas vaste, mais je choisis celle ci en espérant qu’elle vous portera  du bonheur.

 

 

ja04

 

 

Souhait double-jeu car je pense à ma suite et espère en bénéficier aussi !

Allez Tchao à bientôt amis défiants.

 

19 juillet 2014

Variations en trois majeur (Fairywen)

 

 

Variations en trois majeur.

 

Dès que je vis la barrière du ranch, cela me frappa : trois fers à cheval…

 

Pourquoi trois ? Bon, d’accord, c’est une question qui ne casse pas trois pattes à un canard, et les trois quarts du temps, je garde ce genre de question existentielle pour moi, mais là, les trois hémisphères de mon cerveau se sont mis à turbiner à toute vapeur…

 

Quoi, un verre, ça va, trois bonjour les dégâts ? Je suis sobre, je vous signale ! Comment ça, le cerveau n’a que deux hémisphères ? Jamais deux sans trois, vous connaissez ? Et vous ne savez pas non plus qu’un plus un égal trois ? J’ai pourtant une fille qui le prouve !

 

Bon, revenons à nos canards… euh… nos moutons … non, nos fers à cheval. Pourquoi trois ? Même en étant haut comme trois pommes, vêtu d’un costume trois pièces, en trois coups de cuillère à pot, on voit que ce n’est pas possible, trois fers à cheval ! Pas possible du tout, un tel ménage à trois !! Même dans un espace à trois dimensions, même en faisant une règle de trois, les trois fers ne peuvent pas faire trois petits tours et s’en aller. Non, non, et trois fois non !

 

Oui, je sais, vous allez me dire que c’est trois fois rien, qu’il suffit de passer son chemin, qu’il n’y a pas de quoi frapper les trois coups pour un ranch devant lequel ne passent que trois pelés et un tondu, qu’en deux temps, trois mouvements, on sera parti, qu’ici, les fers à cheval, on les a pour trois fois rien, sans avoir besoin de faire les trois-huit, mais quand même, trois fers à cheval, ça ne va pas du tout…

 

Car ne vous en déplaise, un cheval, ça a quatre pattes !

 

Défi 307 du samedi 12 juillet 2014

19 juillet 2014

Cartes postales : Chapitre II (par joye)

Chapitre II:  Trois fers à cheval

[L'épisode précédant : Amanda Perry, américaine et héritière récente, se retrouve de voyage à Annecy quand elle reçoit un message anonyme et menaçant]

Sans hésiter, Amanda se leva et retourna tout de suite à l'hôtel Allobroges.

Une fois arrivée à sa chambre et la porte fermée à clé, elle téléphona à l’avocat qui lui avait annoncé il y a quelques mois son étrange héritage inattendu.  Ce Maître Cherval, bien qu’un peu formel et froid, lui semblait logique, et de bon conseil. Il saurait lui dire ce qu'il fallait qu'elle fasse, s’il valait mieux contacter la police ou…

Elle tapota nerveusement le numéro. Malheureusement, personne ne répondait à l’autre bout du fil. La petite rousse attendit donc afin de laisser un message. Enfin, elle entendit le clic et, puis, cette réponse :

Bonjour. Vous êtes bien à la boîte vocale d’Emanuel Cherval, Avocat. Le cabinet est actuellement fermé. Nous sommes en vacances jusqu'au 28 juillet. Veuillez laisser un message et je vous rappellerai dès que possible. Bip !

Amanda ne trouvait pas de mots. Une petite panique désagréable formait un nœud dans sa gorge. Tout d’un coup, il y eut un toc-toc à sa porte. Elle sursauta.

-          O-o-oui ? dit-elle, pas du tout contente du tremblement dans sa voix.

-          C’est monsieur Goudin, le concierge, mademoiselle. J’ai oublié votre courrier.

-          Si vous pouviez le glisser sous la porte ?

-          Bien sûr, mademoiselle. Bonne soirée.

Amanda attendit que le son de ses pas s’éloigne dans le couloir avant de prendre l’enveloppe mauve sur le tapis à ses pieds. Là-dedans se trouvait une carte postale sur laquelle figurait une photographie de trois fers à cheval cloués à des planches. Sa panique s'évapora. Les fers à cheval, ça portait bonheur, c'était connu ! Sans doute un petit clin d'oeil de sa bonne copine Brandy qui vivait dans le Wyoming. Son trac oublié, Amanda retourna joyeusement la carte pour lire…

dégagez

19 juillet 2014

Où un blason suffit pour rétablir l’ordre (EnlumériA)

Kaelia n’avait pas du tout apprécié la façon cavalière dont le grand chauve l’avait transbahuté jusque sur ce rafiot de malheur. Ce n’est pas qu’il avait été brutal, loin s’en faut. Il s’était même montré délicat en grimpant le long de l’échelle de bord, courtois en la déposant sur le pont. Tout échevelée et hors d’elle, elle l’avait cependant giflé comme un malpropre et il lui avait répondu par un sourire désarmant.

 

Quelques ordres brefs et on l’avait installée dans une cabine étroite mais confortable. Un peu plus tard, un bonhomme aux allures de poussah déglingué se présenta sous le nom de monsieur Mite. Il lui avait apporté du thé et quelques biscuits. Après lui avoir très aimablement demandé s’il elle n’avait besoin de rien d’autre, il avait juste eu le temps de refermer la porte à l’instant même où une lourde bible venait s’écraser contre le chambranle.

 

Au matin, Kaelia fut réveillée par une cavalcade au-dessus de sa tête et des aboiements d’adjudant-chef. À sa grande surprise, la porte de la cabine n’était pas fermée à clé. Elle sortit. L’air marin finit de la réveiller. Le soleil était déjà haut.

 

Sur le pont, les hommes d’équipage s’affairaient. On astiquait les poulies, les manilles, les coffres et les pompes. On hissait les voiles pour les affaler aussitôt juste pour voir si ça fonctionnait. Deux mousses chinois gaulés comme des asticots faméliques s’échinaient à rafistoler un canot de sauvetage délabré. Un rasta coiffé comme un saule pleureur graissait l’écubier à la louche. D’autres retendaient les gréements en grommelant et d’autres encore lessivaient le pont à grande eau sous les houspillages licencieux du quartier-maître. Pour une raison mystérieuse, ce dernier arborait une casquette surmontée d’un crabe tout frissonnant. Il passait sans arrêt sa main dessus comme pour vérifier que l’animal se tenait tranquille sur son perchoir.

 

Monsieur Mite sortit de nulle part avec un plateau chargé d’un assortiment de charcuterie, de quelques tranches de pain bis et d’une chopine de vin blanc. Devant la mine écœurée de Kaelia, il lui proposa de s’asseoir sur un banc, le temps de filer à la cambuse voir si le maître-coque ne gardait pas en réserve un morceau de brioche et un peu de café.

 

Kaelia ne se rendit pas compte tout de suite du silence qui s’était imposé sur le navire. Tous les regards étaient tournés vers elle. Les matelots, bouche bée et regard pantois, regardaient ce qu’ils croyaient sans doute être un ange tombé du ciel. Même le Crabe – Kaelia sut plus tard que c’était le surnom du quartier-maître – même le Crabe, disais-je, en avait oublié de glapir comme un putois orphelin. C’est ce moment que choisit l’autre crabe, le vrai, pour abandonner son perchoir et s’enfuir à toutes pattes.

 

Monsieur Mite revint avec une boîte de macarons et un verre de lait. Les cheveux voletant dans la brise légère, Kaelia, l’air soucieux et une main sur l’épaule, observait le littoral. À cet instant, tous ces rufians boucanés par les embruns et les vents contraires crurent entendre une cantilène céleste ruisseler dans leur cœur comme de l’eau lustrale.

 

Kaelia mordit à pleine dents dans un macaron, but une gorgée de lait. Quelques gouttes opalines perlaient sur ses lèvres. Un profond soupir s’échappa des poitrines oppressées des matelots. C’est ce moment-là que choisit le Crabe pour recommencer à brailler. Tel une Mère Michelle moustachue, il gueulait à tous les vents qu’il avait perdu son crabe et qu’il offrira la lune à qui le lui rendra.

 

Dans la foulée, les malfrats maritimes, dérangés dans leur extase mystique, entamèrent la cantate numéro neuf en si bémol galvanisé du chœur des Beuglants de Braillaville. Un grand escogriffe dépenaillé se mit à battre du sabot comme un diable à la saint Guy afin sans doute de couvrir les décibels qui pulsaient de la grande gueule du quartier-maître. Un perroquet perché sur le gaillard d’avant proclama d’une voix de crécelle qu’une mutinerie se préparait.

 

Ce fut ce moment-là que le capitaine choisit pour sortir de sa cabine. Il était excédé et les quelques verres d’hydromel qu’il avait bu ne lui inspirait pas la bienveillance.

— MAIS PAR LA BARBE DU PROPHETE, QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE BAROUF ?

Barouf ? Vous avez dit barouf ? Mais que nenni, monsieur. Les braiements, les croassements, les glapissements et les hennissements de la racaille navale montèrent encore en puissance au grand désespoir de monsieur Mite qui tentait vainement de rétablir le calme. On venait de les réveiller d’un songe merveilleux et le cœur d’enfant qui sommeillait sous la carcasse crasseuse de chaque individu composant cette faune interlope se révoltait.

 

C’est précisément ce moment que choisit Kaelia pour se lever. Elle fit quelque pas vers les pirates, au passage elle ébouriffa la tignasse blanche du capitaine, se baissa pour caresser le petit crabe tout frissonnant qui était revenu pour voir ce qu’il se passait et murmura :

D'azur à trois fers à cheval d'argent cloués du même.

Un silence de plomb dégringola sur l’assemblée. Le quartier-maître ramassa son crabe et le remit benoitement sur sa casquette. Monsieur Mite reprit son souffle. Le capitaine se recoiffa puis demanda :

— Pardonnez-moi, madame, mais qu’avez-vous dit ?

— Oui, qu’avez-vous dit, fit le chœur.

Kaelia, avec un sourire mi-figue mi-raisin répéta :

D'azur à trois fers à cheval d'argent cloués du même.

Le capitaine l’observait de l’air éberlué du communiste entrevoyant les jupons de la Vierge Marie. Il balbutia :

— Mais… Ce sont les armoiries du Teilleul que vous décrivez-là.

— Oui, monsieur.

Le Teilleul, en Normandie.

— Assurément monsieur. J’y suis née. Et cette petite formule m’a toujours porté chance.

— Vous y êtes née ?

Kaelia haussa les épaules. Elles étaient si belles, ses épaules d’albâtre, si laiteuses, que les pirates, tout confits d’émotion, se pâmaient sous le soleil du matin comme des bigotes devant la grotte de Lourdes.

Elle toisa le capitaine.

— J’y suis née, et alors ? Qu’est-ce que ça a d’exceptionnel ?

— C’est que j’y suis né moi aussi. On m’a baptisé à l’église Saint-Patrice. Ça c’est fort de café, alors. Si on m’avait dit ça hier soir, je n’y aurais jamais cru. Par la barbe du proph…

— Ah, oui, tiens ! coupa Kaelia. Parlons-en d’hier soir. Qu’est-ce que je fiche sur cette coque de noix, avec cette bande de… de branleurs ? Non, mais vous allez me répondre ou quoi. Et Damien ? Il est où, Damien ?

Le capitaine se tripotait la barbe, nerveux soudain.

— Comment ça Damien ? Qu’est-ce que vous me chantez là ? Je ne connais qu’un seul Damien et c’est…

— Votre neveu, vieille andouille !

Le capitaine se renfrogna.

— Bon, je crois qu’il vaut mieux que vous veniez dans ma cabine. Cette bande de crétins surexcités n’a pas besoin d’entendre ce que j’ai à vous dire.

— Surexcités ? Pas tous. Le barbu là-bas, près du mât, qui répare son vélo. Il est bien calme pour un excité. C’est qui exactement ?

— Qu’est-ce que vous voulez que j’en sache, moi. Ici, le personnel, ça va ça vient. Suivez-moi, je vous dis. Monsieur Mite ! Ne vous avais-je pas dit de me foutre ce vélo par-dessus bord ?

— Mais je l’ai fait, capitaine.

— Vous vous foutez de moi et lui alors.

Il désigna le centre du bateau.

— Qui lui ? Quoi ?

— Le barbu là-bas avec le vél…

Au pied du grand mât, il n’y avait ni vélo ni personne. Dessus, quelqu’un avait cloué trois fers à cheval.*

 

Et c’est le moment que je choisis pour vous donner rendez-vous au prochain épisode.

 

 

* Les marins écossais fixaient, sur le grand mât, un fer à cheval pour apaiser les tempêtes et éviter la guigne.

 

Publicité
19 juillet 2014

Le chalet des 3 fers à cheval (KatyL)

ka01

Eva était revenue des Bermudes décidée à changer de vie, après sa rupture sentimentale avec Max, où elle avait voulu se laisser engloutir par les eaux, heureusement elle s’était ravisée et endormie sur la plage, elle avait fait une rêve bien étrange « elle était avec un ramasseur de coquillages, dans des lieux improbables, avec des personnages très angoissants, elle était prisonnière et emportée par une brute épaisse et elle se nommait kaelia ???? »….ouf !! Elle s’était réveillée ! Elle avait fait un cauchemar !

Et elle était rentrée en France.

Elle avait vendu sa maison, et elle était partie s’installer  dans les Vosges sauvages.

Elle aimait les hivers rigoureux et la neige, elle connaissait bien certains sentiers balisés et ce jour-là, elle avait enfourché ses skis de fond pour profiter des rayons de soleil du matin et faire une grande randonnée en solitaire avec le sac à dos et du ravitaillement, sans oublier le portable en cas de besoin!

ka02 Elle partit le cœur léger, les premiers kilomètres furent un enchantement elle croisa des tétras qui ne semblaient pas gênés par elle plus que cela, un petit renard roux qui courait après quelque repas, et des oiseaux  au-dessus de sa tête comme pour l’accompagner…Elle trouva une souche et décida de s’installer pour se restaurer et boire un peu, faire quelques photos aussi dont de jolis perce-neige.

ka03 Le soleil  sur la neige faisait des rigoles d’eau fondue qui dévalaient la pente partout dans la montagne comme si l’hiver allait bientôt finir, mais en levant la tête pour regarder un oiseau qui poussait des cris semblables à ceux d’un aigle, Eva vit le ciel dans le lointain qui prenait une mauvaise tournure, oui en montagne il faut se méfier le temps change à une grande vitesse, elle ferma son sac à dos chaussa à nouveau ses skis et repartit résolue à rentrer assez vite, mais il lui restait quelques kms à faire !

En chemin le temps se gâta vite, la brume l’entourait désormais de manière totale, elle prit peur et accéléra, elle n’avait dit à personne sa position et son trajet, d’ailleurs personne ne l’attendait, du coup elle se rassura en pensant qu’elle ne pouvait inquiéter qui que ce soit !

A un carrefour elle ne distinguait plus son chemin la neige s’était mise à tomber drue accentuant le manque de visibilité totale, elle crut que le bon sentier était à gauche, oui à gauche et elle dévala la pente le plus vite possible, ses skis faisaient un bruit feutré, plus le moindre animal sur sa route,  ils avaient eu la belle idée de se mettre aux abris.

ka04

                                                  

Elle reprit une piste, et là elle eut le sentiment total d’être perdue.

Dans la montagne, elle prit son portable en main, mais téléphoner à qui pour dire quoi ? Elle ne savait même pas le nom des sentiers ni où elle était  et pas d’icône de réseau !!!!

-« Restons calme ! Réfléchissons ! J’ai à boire et à manger je suis bien vêtue, il fait encore un peu jour, même si je suis dans du coton, en avançant droit devant moi je dois bien revenir au sentier du village »

Elle avait déjà deux heures de trajet dans les mollets depuis sa pause casse-croûte et le temps ne faisait qu’empirer, elle était perdue !

Elle entendit un martèlement sourd venant de loin : «  quelqu’un vit par-là, j’y vais ! »

En effet au bout de 15 minutes de ski elle arriva devant un chalet éclairé et les bruits de marteau cette fois étaient nets. Elle comprit au décor qu’elle était arrivée chez le maréchal-ferrant des « trois fers à cheval » le seul pour tout ce côté des Vosges, il y avait plus loin un endroit avec des chevaux qui faisaient faire des randonnées aux  touristes en toutes saisons, sauf l’hiver! Le Maréchal Ferrant avait de quoi s’occuper car en plus il gardait des chevaux des gens qui avaient des résidences secondaires.

ka05

                                                     

Il était occupé avec un cheval car elle entendit les hennissements, Eva fut soulagée de trouver âme qui vive. Elle se déchaussa de ses skis et entra dans l’atelier de l’homme occupé sur la bête.

ka06

   

-« Bonjour dit-elle, je me suis perdue, j’étais en randonnée à ski, ce matin il faisait si beau et je me suis trompée de chemin avec la tempête de neige qui s’est levée je suis si heureuse de vous trouver »

-«On voit bien que vous n’êtes pas d’ici vous, car le soleil c’est une chose mais il faut observer la forme des nuages et regarder le météo avant de s’engager en montagne, vous avez de la chance d’avoir pris ce sentier car en prenant l’autre versant vous seriez en Alsace ou vous auriez pu passer la nuit en montagne, femme  imprudente entrez au chalet c’est ouvert, j’arrive, je finis avec ce cheval »

Eva ne se le fit pas dire deux fois, cet homme lui donnait confiance, un être un peu bourru certes mais hospitalier, un peu ours mais en montagne, ça va avec le décor se dit-elle.

Elle se délesta des chaussures de ski dehors et mis son parka à sécher sur la rambarde, et entra en chaussettes plus avant  dans le chalet, il était très beau, impeccablement rangé ! Elle en fut agréablement étonnée sans doute Madame la Maréchal avait du goût c’est sûr !

ka07

                                              

Elle attendit. Au bout d’une demi-heure il arriva

Elle vit tout d’abord son beau sourire, et ses yeux amusés qui la regardaient, des yeux marron comme les châtaignes  qu’elle ramassait dans ses nombreuses balades.

-« Vous allez être obligée de rester ici ce soir, j’aurai pu vous ramener chez vous sans cette tempête, mais là, même en moto neige ce ne serait pas prudent on ne voit plus les balises, et il est impossible de circuler sur cette neige molle, qui n’arrêtes pas de s’accumuler si vous voulez téléphoner à quelqu’un vous avez une ligne fixe car le portable ne passe pas ici il n’y a pas de réseau !

-« Non je n’ai personne à prévenir dit-elle je vis seule j’ai acheté un chalet il y a six mois à mon retour des Bermudes, je suis installée là définitivement, mais je vois que j’ai beaucoup à apprendre encore de la montagne »

Il la regarda d’un air navré !

-«Ne craignez rien, je suis connu ici, je suis né ici, vous allez passer la nuit dans la chambre d’amis et demain nous verrons quoi faire selon la météo, détendez-vous, voici la salle de bain si vous voulez, et ici vous trouverez serviettes et  tout ce dont vous avez besoin, je n’ai pas d’habits de femme  je vis seul, mais je vais vous passer un tee-shirt et un pull vous ferez avec ! »

Pendant qu’elle se séchait elle entendit de bruits d’assiettes et de casseroles. Mais oui il préparait à manger.

Lorsqu’elle revint à la salle commune avec ses vêtements, il s’esclaffa car la taille n’était pas du tout au gabarit d’Eva, mais il  lui dit

ka08

-« Ce pull bleu vous va à ravir, nous allons manger, nous parlerons devant un bon feu de cheminée et demain il fera jour nous aviserons, ce programme vous convient. » ?

-« Parfait dit-elle mais je vous dédommagerai pour le dérangement dès que je serai de retour »

-« voyons! Il n’en est pas question vous ne savez pas que vous me faites offense le sens de l’hospitalité en montagne est primordial et nul ici ne renverrait un promeneur égaré, raison de plus lorsque c’est une si jolie femme que vous ! »

Ils parlèrent d’eux jusque 1h du matin, il avait un stock de fers à cheval et Eva qui était artiste savait déjà quoi en faire, il approuva….. Mais les yeux d’Eva se fermaient, alors il lui souhaita bonne nuit.

Elle se coucha rapidement et s’écroula sur le lit moelleux, les draps écossais étaient propres et sentaient bon, elle s’endormit de suite.

ka09

Lorsqu’elle ouvrit un œil, ses longs cheveux blonds épars sur l’oreiller, elle se demanda où elle était ?  Et elle se souvint, elle regarda sa montre !10 h ! mince ! Elle avait dormi comme une souche avec les km à ski.  Son petit déjeuner l’attendait avec un petit mot de Joachim lui disant qu’il allait à son atelier et que dès qu’elle serait prête, qu’elle vienne le rejoindre .

ka10

Elle déjeuna de bon cœur il avait pensé à tout, les confitures maison, le pain de campagne, le beurre de baratte !! Le bonheur ! Mais en mettant le nez au carreau Eva s’aperçut que la tempête non seulement n’était pas levée mais que les congères de neige recouvraient tout le chalet versant est, et que la visibilité était nulle, la neige tombait sans discontinuer.

Elle se gratta la tête et se demanda : «  quand vais-je repartir ? »

 

Une fois habillée elle alla le rejoindre à son atelier et le vit torse nu devant le feu des fers à cheval qu’il tordait avec une force incroyable et là elle le trouva magnifique de puissance et de virilité ! Son sang ne fit qu’un tour, il ne la vit pas trop occupé avec ses fers rougis, elle attendit un bon moment qu’il ait fini de frapper le fer pour se racler la gorge !

ka11

        

-« Joachim Bonjour ! J’ai très bien dormi, merci, et merci pour le petit-déjeuner, désolée de ma lever si tard mais le ski et la fatigue ont eu raison de moi, pensez-vous que je puisse repartir aujourd’hui ? »

-«  je crains que non, j’ai téléphoné ce matin à des amis gendarmes ils ne conseillent aucun déplacement avant 5 jours au moins, j’ai signalé votre présence ici, et ils m’ont demandé votre identité je l’ai décliné, vous voilà prisonnière 5 jours !! Ne vous inquiétez pas, on va s’arranger, j’ai assez de provisions et de tout, du pain congelé, nous tiendrons ! Au fait je vous montre le stock de fers à cheval et si vous pouvez en faire quelque chose, le feu est rougi, je suis là et libre 5 jours Eva, rien que pour vous ! »

La suite de cette histoire, voilà ce qu’ils firent ensemble les 5 jours.

ka12 Des sculptures qu’elle vendit à une galerie

Et même un jeu pour les soirées d’hiver ! ka13

La suite au prochain défi (moi aussi j’ai mon feuilleton de l’été !!! (lol))

19 juillet 2014

LE FER A CHEVAL (Lorraine)

Le premier devait porter chance

Argent, bonheur et tant d’amour 

Me murmurait le beau Lawrence

Que je fus éprise à mon tour

 

Il avait beaucoup de prestance

Mais dans la vie de tous les jours

Je déplorai son arrogance

Et le quittai donc sans retour

 

Xavier, cavalier de prestance

M’en offrit un, en troubadour.

Il y mit beaucoup d’espérance ;

Ne l’aimant pas, je coupai court

 

L’amour a ses incohérences

Pourquoi, traversant le faubourg

Ai-je vu, quelle extravagance !

Un fer à cheval dans la cour !

 

J’y entrai brûlant d’impatience

Maréchal ferrant à son four

Jean me sourit. A l’évidence

Nous venions de trouver l’amour

 

Et depuis lors sur ma crédence

Trois fers rappellent le parcours

Qui m’a menée à l’alliance

De deux cœurs unis pour toujours

 

19 juillet 2014

Trois pas de plus (tiniak)

Un pas de plus dans la foulée aléatoire...
Trop tard t'aurais-je méconnue ?
Je viens; tu vas; ils vont et viennent...
Ne serai jamais tien, pas plus que ne fus mienne

Je vois tes yeux fermés à la vérité nue...
Humble dans ce crâne boudoir
je fais les cent pas dans le noir
en rognant à l'aveugle une amertume inerte

Des mélodies charrient des sourires à perte
et, sans fin, des silences
amenant la grand voile
à ce mât d'acajou cargué devant le sort

À deux pas du vieux port, tu t'enivres d'oubli...
L'ombre à qui tu souris
ne me ressemble pas
puisque tu n'entends pas mon chant ni ses débords

Cette douleur, au vrai, je ne veux rien en perdre
et bois son vin de cèdre
au goulot, sous le ciel
où je sais l'hydromel qui nous a rassemblés

Trois derniers pas lancés sur le monde incertain
me traversent les mains
de pleurs bien inutiles
sauf à croire fertile un amour absolu

19 juillet 2014

Participation d'Emma

ci git le  cheval unijambiste du chevalier noir  !
 

12 juillet 2014

Défi #307

Deuxième photo proposée

pour les défis de l'été :

Trois porte-bonheur

Envoyez vos trouvailles à l'adresse bien connue :

samedidefi@gmail.com

Merci à vous et à tout bientôt !

 

12 juillet 2014

Ça ne veut pas dire charrette...

12 juillet 2014

Le point culminant du jour (KatyL)

Le point culminant du jour

 

Cet été là j’étais en vacances en Ardèche, non pas dans cette partie très touristique et tant visitée, mais sur les hauts  plateaux où coulaient  des rivières sauvages, et des villages avec peu d’habitants.

ka01

J’étais adepte de randonnées montagnardes et quelques jours auparavant avec le cousin Gilbert facteur à ALBON qui connaissait tous les sentiers ainsi que d’autres amis, nous avions décidé d’aller marcher du côté d’ANTRAIGUES-SUR-VOLANE, petit village perché et bien typique, ce qui nous faisait environ 32 km à pied en passant par des sentiers escarpés et bien pentus.

Nous devions arriver à bon port dans l’après-midi, et pour le retour l’oncle Emile reprendrait tout le monde en camionnette vers 18h devant la fontaine du village.

Nous étions partis tôt le matin à la fraîche sacs à dos avec ravitaillement pour le midi, bien chaussés.

 L’air sentait bon les herbes, des oiseaux s’envolaient à notre passage  dans un bruissement d’ailes, le soleil perçait les feuillages.

J’emportais toujours mes petits carnets car je dessinais pendant les haltes et je notais mes impressions tout le long des trajets, munie de mon appareil photo en bandoulière.

La marche fut assez longue et difficile, parfois périlleuse à cause des pentes à gravir, et la chaleur de l’été se faisait bien sentir au fur et à mesure de notre marche, heureusement je m’étais protégée du soleil par une bonne couche de crème et un bob sur la tête ! 

Les petits arrêts  le long du parcours permettaient de respirer et de profiter des paysages splendides dont je m’extasiais sans modération !

ka02

En ces instants de répit, je notais tout ce que je voyais et je croquais vite fait une fleur, un ruisseau, un arbre, une charrette, au détour de mes découvertes ….Et, quelques phrases poétiques venaient ponctuer mes impressions.

**********************************

Arrivés à ANTRAIGUES vers 14h , les garçons prirent tout de suite la direction du bistrot pour s’en jeter une (bière) dirent-ils en chœur,  me laissant la seule femme du groupe aller sur un banc du village à l’ombre des platanes boire l’eau de ma gourde et prendre des notes.

Arrivée à la hauteur du banc je vis un Monsieur déjà assis bien tranquille qui me regardait, je le reconnus tout de suite c’était le chanteur tant aimé par moi J. F. mon sang ne fit qu’un tour ! Mince alors moi qui ne pensais même pas l’apercevoir, voilà que je m’asseyais à côté de lui en lui demandant :

ka03

-« Bonjour puis-je m’asseoir ici, si je ne vous dérange pas ? Peut-être attendez-vous quelqu’un ?»

-« Oui j’attends un ami pour jouer aux boules mais il ne sera pas là avant 15h nous avons le temps de faire connaissance me dit-il avec son regard charmeur.  Vous êtes randonneuse à ce que je vois, vous venez d’où ? »

-« D’ALBON où je suis en vacances, mais suis Parisienne le reste du temps, vous pensez bien que ces balades dans vos montagnes me font le plus grand bien, et j’en profite pour noter dans des carnets, ce que je vois. »

« Ah c’est TRES  bien ça ! Quel est votre prénom ? »

-« Katy »

-«  Voudriez-vous me montrer ce que vous avez déjà fait ? »

Je sortis mes deux carnets contenant dessins, impressions et poésies et je les lui montrai comme s’il s’agissait d’un vieil ami.

Il fut très attentif et me complimenta pour les dessins, surtout ceux avec les charrettes de foin, de fleurs et autres que j’avais dessinées le long de mes périples.

ka04Il regarda les poèmes en souriant gentiment ou hochant de la tête, il semblait absorbé, je ne disais rien savourant cet IMMENSE privilège d’être à côté d’un tel Homme ne serait-ce qu’une heure de ma vie et de parler de moi avec lui ! Impensable le matin même.

- « Vous dessinez très bien, et vos poèmes sont très doux, emplis de contemplation, ils sont le fruit de vos observations, vous devriez continuer de faire cela, moi j’ai toujours écrit aussi pour moi, je ne me contente pas de chanter les textes de grands auteurs, mais dites-moi Katy que faites-vous dans la vie ? »

- «  Je suis secrétaire, mais je rêve de peindre et d’avoir un atelier de peinture, je suis allée aux Beaux-Arts et je pensais en faire mon métier mais hélas il faut travailler pour se nourrir, la vie d’artiste ne remplit pas les assiettes »

Il rit de bon cœur me regarda droit dans les yeux, fouilla mon âme, je me sentis frissonner jusqu’aux racines de mes ancêtres.

- «  Si vous avez vraiment envie de réaliser cela, faites-le !  La vie est très courte, il faut vivre ses passions le plus possible, dire et faire ce que vous sentez, je vous encourage à la vue de vos carnets à continuer, croyez-moi »

- «  Mais vous savez bien que dans ce monde sans « connaissances » nous restons des anonymes avec pour certains pourtant beaucoup de talent »

Il fit une pause avant de me répondre, les boulistes s’invectivaient avec grand bruit sur la place, mais il ne les voyait pas plongé dans une profonde réflexion.

Les gens me regardaient se demandant sans doute qui était cette jeune-femme en short et chaussures de rando un peu échevelée, avec ses deux grandes nattes blondes qui parlait avec «  LEUR J.F. ».

ka05Mais je n’en avais cure car je voulais vivre à fond cet instant sublime.

-« Oui vous avez raison, le monde est offert sur un plateau à certaines personnes, certains ont tout de même du talent, d’autres pas du tout et sont «reconnus et exposés»  à tort ! Le monde est ainsi fait, ne vous embarrassez pas de ces pensées qui vont vous empêcher de voler, allez de l’avant, vous trouverez le passage et les bonnes personnes, vous trouverez votre route, être connu n’est pas une fin en soi, ce qui compte c’est de remplir VOTRE vie avec ce qui vous tient le plus à cœur, ne serait-ce que pour vous, remplissez votre vie de beauté »

J’étais médusée, il me poussait à faire ce que personne dans ma propre famille et surtout pas mon père ne m’avait encouragée à faire bien au contraire ! Je voyais en cette rencontre inespérée un signe du destin,  les larmes me montèrent aux yeux tant j’étais émue, il le vit, posa sa main sur la mienne en signe bienveillant de réconfort.

- « Merci lui dis-je, je m’en souviendrai de cette rencontre croyez-moi, vous êtes si connu et vous prenez la peine de parler avec moi, puis-je vous embrasser dis-je spontanément ?»

- « Oui dit-il, bien que les gens du village vont cette fois-ci m’interroger ce soir sur qui vous étiez, et bien sûr me taquiner, mais oui sans souci »

Je l’embrassai donc sur la joue comme si j’allais en ce baiser y mettre toute la tendresse du monde et il me rendit mon baiser.

Son co-équipier pour la partie de boules arriva à cet instant précis et me sourit.

Je les regardai jouer aux boules  un bon quart d’heure lorsque mes copains de la marche arrivèrent dans mon dos !

- « Alors Katy tu ne t’es pas ennuyée sur ton banc, nous pas ! Nous avons bien ri avec les anciens du village, « une vraie » charrette ! » Et nous avons bu quelques bonnes bières, tu as tout raté ! »

- « Oh que non dis-je je viens de gravir des sommets inoubliables plus hauts que ceux que nous avons franchis cet été en haute Ardèche croyez-moi ! »

ka06

 

12 juillet 2014

Ces lieux pittoresque par bongopinot

 

bo01

Dans des lieux un peu pittoresques

Où j’aime à me balader

Et tout aussi bien rêver

j'admire sur mon parcours une fresque

bo02

Je prends un peu de hauteur et m'éloigne

Pour admirer les bordures de toits

Décorés en fleurs de joie

Formant de petits carrés de campagne

bo03

Ici des ardoises peintes

Là ! Une petite carriole ancienne

Attendant  ses petites rennes

Et le tout en demi-teinte

bo04

Bordures de toits ou façade décorés

Sans besoin d’attendre Noël

Ont la douceur des aquarelles

Aux belles couleurs chamarrées

bo05

Un soleil timide, éphémère

Illumine un chat en poterie

Et une belle petite sourie

Se tenant de belle manière

bo06

Et dans ces patelins sans âge

Toutes ces façades en trompe l'oeil

C'est une veritable merveille

Et forme un très bel habillage

 

12 juillet 2014

Carte postale n°I (JAK)

ja01
1

ja02

ja03

12 juillet 2014

Où il est question de carrioles et de charriots (EnlumériA)


Le réveil fut pénible. La nuit avait été longue et inconfortable. Un pâle rayon de soleil traversait un vasistas poussiéreux. Une douleur au flanc rappela à Damien le coup de pied dans les côtes qui, la veille, l’avait forcé à se relever plus vite qu’il n’aurait voulu. Ensuite, tout s’était enchaîné à toute vitesse. Tiré à hue et à dia par les croupiers, Damien avait traversé les cuisines pour sortir par la porte de derrière. Une porte dérobée qui débouchait sur une ruelle crasseuse et malodorante dans laquelle on entreposait les poubelles. Ils parcoururent ainsi une vingtaine de mètres et s’engouffrèrent sous un porche ténébreux. Sandalphon referma le vantail derrière lui tandis qu’Orphaniel et Damien traversaient une cour pavée pauvrement éclairée par une lumière jaunâtre émanant d’une fenêtre. Il y avait une porte au fond. Ils pénétrèrent dans une sorte de buanderie où croupissait une vieille carriole chargée de peaux de lapin sur laquelle était appuyée une bicyclette rutilante pour arriver dans un appartement encombré de cartons défoncés et de ballots mal ficelés entassés les uns sur les autres à la va comme je te pousse. Au milieu de ce charivari, trois buveurs ensuqués au look approximatif de zonards de luxe trinquaient à d’improbables accordailles.
Sandalphon expliqua la situation aux types qui n’en pouvaient mais. Orphaniel et Damien montèrent à l’étage. Damien ne résistait plus que symboliquement. À quoi bon ? De toute façon, il ne comprenait rien aux événements en cours et pour tout dire son esprit ne s’était pas encore tout à fait remis de ses agapes à l’hydromel frelaté.
Orphaniel l’enferma dans une chambre mansardée et pauvrement meublée. Pas une carafe d’eau pour la soif, rien pour la toilette. Dans un coin, juste un pot de chambre. La porte verrouillée à double tour. Damien se laissa tomber sur le lit. Le matelas sentait le suint et le sommier défoncé grinçait. Il s’endormit comme un sac.

Un bruit de clé dans la serrure. Sandalphon entra. Sobrement vêtu d’une veste militaire et d’un pantalon de treillis, il était méconnaissable. Il apportait des vêtements qu’il jeta sur le lit. Il ordonna à Damien de se changer, précisant que sa tenue n’était pas adaptée au voyage qu’ils devaient entreprendre. Il ajouta encore qu’on allait lui servir une collation mais qu’il fallait faire vite. Le départ pour Kitej prévu initialement la veille était imminent. Il repartit sans plus d’explications. Où était Kitej ? Qu’allait-on y faire ? Motus.

Une femme entra l’instant d’après. Elle déposa sur la table de chevet un plateau sur lequel se trouvaient une cafetière, un bol ébréché, quelques biscottes et un pot de confiture. Indéterminée la confiture. Le café se révéla du jus de chaussette. Néanmoins, Damien prit plaisir à en boire un grand bol. Sans sucre. Pas de sucre dans ce patelin. Les biscottes étaient humides, la confiture avait un goût de betterave… ou de melon. Damien ne savait pas mais il avait faim. Cela suffisait pour qu’il ne prête pas trop attention à la carte.
La femme émit un petit rire malicieux. Elle dit que ce n’était pas du premier choix mais qu’on n’était pas au Charing-Cross Hôtel ici. Qu’il fallait s’en contenter. Elle s’assit à côté de Damien, lui resservit un autre bol de café et le regarda d’un air bienveillant. Son regard bleu exprimait une sorte de sagesse fringante. Elle dit s’appelait Célestine. Damien hocha la tête en se tartinant une autre biscotte.
Elle raconta qu’elle aussi était arrivée dans ce monde un peu par mégarde. Elle était alpiniste dans une autre vie. Pendant ses vacances, elle s’attaquait modestement à de petits monts sans prétention. Pas le genre toujours plus haut. C’était comme une ponctuation dans sa vie monotone de professeur de géométrie perturbée par une houssomanie galopante. Un jour qu’elle était à la recherche de son prince du Loch sur les contreforts du lac de l’Eychauda, elle aperçut en contrebas, par-delà la magie étincelante du lac sous le soleil de juin, une curieuse masure avec sur le toit… un violon ? Un bœuf ? Non, monsieur, une charrette – Une lueur de spleen passa dans ses yeux alors qu’elle évoquait cet évènement – Elle en fut tellement troublée que son pied ripa sur un rocher glissant. Elle s’était réveillée à Yemanja ; sans trop savoir pourquoi ni comment. Son seul regret ? Avoir loupé le spectacle River Dance Forever pour lequel elle avait deux billets.

En bas, la voix stridente d’Orphaniel beuglait des ordres confus. Dans la rue, un chahut de bêtes et de charriots évoquait l’ambiance d’un champ de foire. Célestine observa qu’il était temps pour Damien de se changer. La caravane allait partir incessamment. Elle lui demanda si toutefois il pouvait lui montrer sa ligne de cœur ; une petite manie qu’elle cultivait depuis l’enfance. Damien tendit sa main ouverte. Célestine poussa un petit cri de souris craintive. Dieu du ciel ! Mais vous avez la marque !

12 juillet 2014

Cartes postales : Chapitre premier (par joye)

Chapitre premier : La charrette fleurie à Annecy

Amanda sirota son thé noir, triomphante.
Enfin, après tant d’années, elle se retrouvait assise à la terrace du café St-Antoine, Place Notre Dame, Annecy ! En écrivant encore une carte postale pour quelques amis aux States, la petite rousse aux yeux verts réfléchissait au miracle époustouflant qui l’avait ramenée vers l’Europe. Elle se rappelait bien de la voix de l’avocat, lui qui semblait aussi étonné qu’Amanda à la perspective de ce grand héritage qui allait lui permettre de réaliser tous ses rêves - jusqu’alors furtifs - de voyage.
L’ancienne étudiante de littérature française avait tout naturellement retrouvé la France, et plus précisément, Annecy. En fait, en voyant le lac pour la première fois devant elle, Amanda avait commencé à larmoyer. Les larmes coulaient sur ses joues pales. Elle ne voulait plus que le temps suspende son vol, elle se dit qu’elle s’y noierait joyeusement dans son bleu profond et mystérieux…
La dernière carte postale dans sa main était l’image d’une vieille charrette fleurie, un peu kitsch. D’un coup, mais sans trop savoir pourquoi, Amanda décida de ne pas l’envoyer. Celle-là, elle la garderait pour elle-même.
Elle s’essuya la bouche et était en train de chercher quelques pièces pour régler sa consommation quand le garçon passa lui demander si c’était bien elle, Amanda Perry, l’Américaine ?
Elle sourit. Grâce à sa coloration frappante, on se trompait très rarement de son identité.
-    Oui, c’est bien moi, monsieur. Que puis-je pour vous ?
-    Le patron m’a dit de vous donner ceci et aussi de vous dire que votre thé est déjà réglé.
Il sortit un petit papier gris de la poche de sa veste noire et repartit rapidement.
Intriguée, Amanda attendit qu’il s’éloigne avant de déplier le papier, où elle lut :

danger

12 juillet 2014

Participation de Nhand

LE JEU DES SEPT PAYS

 

Jean s'en revint affolé de la boîte aux lettres, tenant dans une main un énième de ces clichés énigmatiques régulièrement reçus depuis plusieurs semaines, et dans l'autre, l'enveloppe qui l'avait contenu, ouverte sur le dessus.

- Ça continue !
- Quoi donc ?
- Regarde !
- Ah... Quel pays, cette fois ?
- Suisse.
- Amusant...
- Inquiétant, tu veux dire !
- Oh, te mets pas dans des états pareils, c'est jamais qu'une photo...

Colette, assise au coin du feu, ponctua sa phrase d'un ricanement avant de se replonger dans ses côtes piquées – elle confectionnait un gilet pour le futur bébé de leur cadette, dont la naissance était imminente.

- Evidemment, tu t'en contrefous...
- Qu'est-ce que tu veux, porter plainte pour harcèlement photographique ? Vas-y, si tu as du temps à gaspiller, la gendarmerie est au bout de la rue !

Passablement irrité par l'attitude de son épouse blasée, Jean tourna les talons en direction du bureau, une pièce en vérité fourre-tout attenant à la salle à manger, sur un pan de mur de laquelle il avait punaisé les six précédentes cartes postales de ce genre particulier.

Il ne s'agissait pas à proprement parler de cartes postales au sens classique du terme. Elles en présentaient quelques caractéristiques mais nul besoin de se nommer Castle pour deviner que toutes étaient sorties d'une imprimante domestique : chacune montrait une image sur le recto d'un morceau de vulgaire papier découpé aux ciseaux, avec inscrit dessus un indice se rapportant à un pays, rien au verso, et, chose étrange, elles avaient toutes été expédiées depuis Chatou, en région parisienne – le cachet de la poste faisant foi ; après l'Albanie, le Monténégro, la Bosnie, la Croatie, la Slovénie, l'Autriche, voici donc venir le tour de la Suisse, sous la forme d'une charrette transformée en jardinière, montée sur la devanture d'un chalet.

 

Défi#306


Jean eut beau fouiller dans sa mémoire, il ne connaissait personne à Chatou. Qui pouvait bien se cacher derrière cette farce ? Quel en était le but ? Certain qu'il ne trouverait pas la réponse aussi facilement, il se contenta d'accrocher cette septième illustration à côté des autres et retourna vaquer à ses occupations.

 

Dix-sept jours plus tard...

 

En ce dimanche de février, Jean et Colette recevaient à déjeuner leurs trois filles, leurs trois gendres, leur cinq petits-enfants – dont Jules, qui venait d'agrandir la famille –, une vieille cousine, la voisine et son mari ainsi que deux couples d'amis, à l'occasion de leur anniversaire de mariage.
Entre le fromage et le dessert, l'époux de leur aînée se leva de sa chaise, réclama le silence en faisant tinter sa coupe en cristal sous quelques coups de petite cuillère et se lança dans un discours :

- Jean, Colette, on est heureux de partager aujourd'hui avec vous ce délicieux et copieux repas célébrant votre quarante-neuvième année de mariage. Quand je pense que je n'en suis qu'à onze et demie, ça laisse rêveur...
- On te souhaite d'atteindre les noces de chêne, Christophe !
- C'est gentil, mais avec tous les excès que j'inflige à mon organisme, je crains de tirer ma révérence bien avant.
- Tu as arrêté de fumer, c'est un bon début...
- Certes. Mais on est pas là pour parler de moi. Je referme donc la parenthèse. Si on évoquait plutôt les choses sérieuses...
- Oh la la, attention !
- Colette, j'ai ouï-dire que tu avais souhaité remplacer ton antique machine à coudre, qui date de l'entre-deux-guerres, par un exemplaire dernier cri...
- Tu as été correctement renseigné !
- Et toi, Jean, que tu fantasmais sur une certaine tondeuse à gazon...
- L'autoportée à éjection arrière McCulloch Crossmower M105-77XC.
- Pas la moins chère, en plus !
- Oh non, en matière de camelote, j'ai assez donné...
- Eh bien... Vous voilà récompensés !
- C'est vrai ? Il ne fallait pas, c'est de la folie.
- Tu as raison, Colette, c'était tellement de la folie, qu'on a laissé tomber. On s'est rabattu sur un modeste petit chèque.
- Il n'y a pas de petit cadeau, si c'est offert avec le cœur.

Christophe tira de la poche de son pantalon une enveloppe, qu'il tendit à sa belle-mère.

- Je précise que c'est pas un chèque en blanc...
- Oh, c'est déjà beaucoup, merci à tous.
- Ouvre d'abord, avant de nous remercier.
- Je suis sûre que vous nous avez trop gâtés...
- Toutes les personnes ici présentes ont participé et fait de leur mieux pour que le montant total ne soit pas trop ridicule.

Colette décacheta l'enveloppe avec soin et doigté. Elle jeta un œil à l'intérieur, puis, visa son gendre avec amusement...

- Tu es certain d'avoir dit la vérité, Christophe ?
- Ah, pourquoi ce doute ?
- Ça n'a pas vraiment l'air d'être un chèque...

Elle déplia une feuille de papier A4. Son sourire se figea. Son regard perplexe croisa celui de Jean, tandis qu'elle lui tendait la chose. A son tour, ce dernier, éberlué, marqua un silence éloquent. L'un et l'autre reconnurent instantanément, imprimées sur cette feuille, les sept mêmes images qu'ils avaient progressivement reçues par courrier.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Vous aimez jouer, d'habitude. Alors, vous avez trouvé la solution ?
- Vous étiez tous de mèche, derrière tout ça ?
- Affirmatif. Mais maintenant, il s'agit de décrypter le message.

Jean et Colette se regardèrent à nouveau. Ils n'osaient pas formuler ce que leurs imaginations respectives venaient de leur souffler.

- Allez, je vous donne un indice : sept fois sept font quarante-neuf.
- C'est pas un voyage, quand même !
- Eh bien... Bravo, Colette, en plein dans le mille, félicitations et joyeux anniversaire !

Le couple de septuagénaires, incrédule, oscillant entre larmes de joie et confusion, n'aurait jamais pu espérer meilleur cadeau – original, audacieux et onéreux de surcroît – de la part de ses proches. Albanie, Monténégro, Bosnie, Croatie, Slovénie, Autriche, Suisse, telles étaient donc les sept étapes du périple qui l'attendait. Une escale d'une semaine à chaque fois, pour un total de quarante-neuf jours, voilà une bien jolie façon de fêter l'événement et rattraper la lune de miel qu'il n'avait pas pu se payer en mille-neuf-cent-soixante-cinq.

- C'est plus que de la folie, c'est trop, vous êtes des malades !
- L'un de vous a gagné à l'Euromillions ou quoi !
- On aurait aimé, on serait parti tous ensemble...

Jean, soucieux de tout comprendre des dessous de la surprise, posa une ultime question :

- Qui s'est déplacé exprès jusqu'à Chatou pour nous envoyer ces photos ?
- Personne.
- Non mais sérieusement ?
- En fait, je les postais à l'un de mes amis qui y vit, il se chargeait de les glisser dans des nouvelles enveloppes avant de les réexpédier à votre adresse, tout simplement...
- Bande de malins que vous êtes !
- Ah ça, vous nous avez eus...
- Il fallait bien brouiller les pistes, pour que le jeu soit plus piquant.
- Vous savez que Jean était à deux doigt de la crise de nerfs ? Un peu plus, et il allait trouver les gendarmes !

Un fou rire général fit tressaillir le petit Jules, qui, lové dans les bras de sa mère, prenait sa tétée.

Le repas se poursuivit tard dans l'après-midi. Les fauteuils furent déplacés pour un bal improvisé au cœur du salon.
Jean et Colette n'oublieraient pas de sitôt les émotions de cette journée mémorable ; pour la première fois de toute leur vie commune, ils s'aventureraient hors des frontières de l'hexagone.

 

Nhand

12 juillet 2014

Opéra bouffe - tiniak

 

Plus haut la garde, mon amour !
Je crains pour ton noble visage...
Vois, comme la montagne est sage
et maintient fermes ses contours...

Plus haut, le rideau sur la tringle !
si tu veux occulter ici
l'intime jeu de nos partis
pris au modèle de la jungle

Plus haut ! Plus haut ! Nos yeux ensemble
vers notre festin amoureux
assis à la table des cieux
où rêvons comme bon nous semble

Plus haut, le bonheur attendu
de se goûter la carne folle
d'être à deux une farandole
et résoudre notre inconnue

Plus hauts, nos bras nus dans le ciel
plaidant le délai quotidien
arguant de notre rachidien
comme du plus pur hydromel

Plus haut, mon sexe dans ton ventre
pour t'entendre crier mon nom
et raccorder mon diapason
à ce qui nous ramène au centre

Plus haut ! Toujours plus haut que là
où s'agrègent les imbéciles
qu'ils soient de campagne ou de ville
et réfutent notre opéra

Plus haut, plus haut ! Je t'aime toute
en ce rêve esseulé, sans doute
Mais chut, ne le répète pas.

12 juillet 2014

La course des gerbières (Pascal)

« Papy ?... Papy ?... C’est quoi cette carriole bariolée posée au bord de ton toit ? »

« Ça, c’est mon plus beau trophée, mon petit… »

« Raconte-moi, papy, raconte-moi !... »

« Hé bien tu vois, dans le temps de jadis, au printemps sonnant, tout le village se préparait à la grande course annuelle. Ce jour-là, les galants, les fiancés, les amoureux, devaient se déclarer auprès de leur belle. Pendant l’hiver, on devait construire notre carrosse pour aller l’enlever à sa famille.

Ha, cette gerbière… J’ai encore les refrains des craquements plaintifs sur les chemins caillouteux quand j’affinais mes derniers réglages… Une nuit sans lune, j’avais volé les roues de la vieille pétrolette au Lucien ! Celle qui dormait depuis si longtemps dans sa remise. Enfin, il avait fermé les yeux. Il me les aurait bien données, ses roues, mais on n’avait pas le droit d’être aidé ! J’ai soudoyé le silence de son Neness avec un os énorme, digne de faire partie d’une collection de paléontologue ! J’ai laissé une douzaine d’œufs frais et deux salades sur la sacoche. Sans rien dire, le lendemain, il m’avait apporté une pompe parce qu’il savait que ses pneus étaient dégonflés.

Marie, ta grand-mère, tout le monde la voulait mais c’était moi seul, l’élu de son cœur et je ne devais pas la décevoir ! Tu sais que j’ai joué des coudes pour la conquérir !...  

Benoît, le vieux bourru de la ferme d’en bas, il avait des vues sur elle ; il courait vite et sa gerbière était bien plus belle que la mienne ! L’Etienne, celui du troupeau de vaches, celles qui paissent parfois au-dessus de la maison, il s’était entraîné tout l’hiver à courir entre les ruisseaux gelés et les congères ! On disait alors qu’il courait plus vite que le vent ! Tous les matins, il fonçait jusqu’à la crête pour voir où en était le printemps !...  

Moi, j’avais huilé tous les roulements ! Les planches, je les avais récupérées chez l’ébéniste de la ville. Après quelques journées de travail, il m’avait laissé découper un ou deux rondins de bois pour que je réalise mon ouvrage. Chez le maréchal-ferrant, j’avais grappillé une poignée de clous bien pointus et il m’avait prêté son meilleur marteau.
Ma gerbière était décorée avec les fleurs les plus rares ; celles qui ne livrent leurs parfums capiteux que dans l’aura fragile d’une aube brumeuse. Tu comprends, je n’avais pas coupé ces fleurs magnifiques, elles s’étaient laissées découvrir pour que je puisse réussir mon œuvre de conquête amoureuse !

Puis, le grand jour est enfin arrivé. Sous la férule du maire, nous nous sommes élancés de la fontaine ! Les promises étaient toutes là, à espérer notre déclaration officielle ! C’était autant de jolies fleurs des alpages qui bordaient notre course ! Si tu avais vu le grand soleil dans leurs sourires, leurs coiffures savantes, leurs robes bigarrées, leurs sabots vernis et leurs colifichets scintillants !... Ta grand-mère avait ajouté une petite ceinture de clochettes à sa taille et, au bord du chemin, elle sautait en l’air comme un cabri à sa première sortie ! Je ne pouvais pas la manquer !...

Je crois que je n’ai jamais couru aussi vite ; derrière l’église, j’ai semé l’Etienne. Lui, il courait comme s’il avait le diable aux trousses mais moi je courais pour aller quérir le Bonheur ; la vitesse est forcément différente… Dans la ligne droite de la Grande Rue, Benoît, le bourru, m’avait rattrapé ! J’avais son souffle rauque dans le dos, il allait bien plus vite que le train qui file dans la vallée !... Il courait comme un dératé, un voleur de poules, un bandit de grand chemin !... Moi, j’avais le visage de Marie placardédans mes pensées ! Figure de ma proue, elle me faisait les yeux doux, elle penchait la tête et tous ses cheveux s’enfuyaient dans son cou ! Elle m’a embrassé en douce, j’ai retrouvé un second souffle !... J’ai définitivement largué Benoît ou c’est Lucien qui a laissé partir son Neness dans ses mollets de malfaiteur…

Là-bas, Marie trépignait déjà. En boucles furieuses, j’avais la chanson rapprochante de ses grelots qui me criait : « Presse-toi, presse-toi, mon Adoré !... » Je n’étais pas encore arrivé à sa hauteur qu’elle avait déjà sauté dans ma gerbière ! Ha, l’Amour, c’est un train emballé qui traverse les paysages de la Vie à la vitesse des années fuyantes… C’est qu’elle ne voulait pas me manquer, ta grand-mère ! La peinture de mon carrosse n’était même pas sèche ! On a imprimé notre liseré rouge et or sur sa robe folklorique ! Tu vois, j’avais des ailes à cause de tout l’Amour qui se blottissait dans ma gerbière !...  

Alors, on est partis loin, bien plus loin que la ligne d’arrivée, bien plus loin que les signes désespérés du curé, des tables du banquet, des familles invitées !... On s’est enfuis tout en haut de la montagne ! Le grand air, le soleil accompagnateur, les plaques de neige éternelle, les oiseaux racoleurs, tout nous enivrait !... Le paysage était grandiose et dans la vallée, il ne restait plus grand-chose de notre petit village… Tous les parfums exaltés nous bousculaient comme s’ils voulaient nous congratuler de notre victoire !... A sa façon, la Nature nous embrassait. Son soleil nous a dédié un feu d’artifice de lumières rougissantes, ses nuages défilaient avec des couleurs extraordinaires. Si tu avais vu toutes les étoiles qu’elle avait semées au-dessus de nos têtes… Ce jour-là, on est allés chercher ta maman, mon petit… »

 

12 juillet 2014

La brouette sur le toit. (Fairywen)

 

 

La brouette sur le toit.

 

« Gaspard ! Regarde, mais regarde … !

-Quoi ENCORE, Fred ?

-Là, en bas, sur le toit des voisins… Mais regaaaaaaaaaaaaaaaarde, quoi !

-Fred, tu m’ennuies.

-Mais enfin regarde, je te dis… !

-Fred, tu sais bien que tant que je n’ai pas pris mon petit déjeuner, je n’aime pas qu’on me casse les serres…

-Mais Gaspard, ils ont mis une brouette sur le toit !

-Et tu crois que c’est ça qui va révolutionner les courants ascendants ?

-Mais Gaspard…

-Fred, tu commences à me courir sur les rémiges…

-Mais enfin, Gaspard, une brouette sur le toit… !

-Tu sais où tu peux te la mettre, ta brouette, Fred ?

-Enfin, quoi, il faut être dingue, pour mettre une brouette sur le toit !

-Fred…

-Bon, d’accord, moi j’dis ça, j’dis rien, mais quand même…

-Fred…

-Tu ne peux pas nier qu’ils sont bizarres, quand même, les voisins… Une brouette sur le toit… Non mais je te demande un peu… »

 

Fred ne vit rien venir lorsque Gaspard, exaspéré, plongea sur lui à près de 400 km/heure et le heurta brutalement. Assommé, il s’étala sur la brouette, allergique aux bavards (d’ailleurs, c’était pour ça qu’elle était montée sur le toit durant la nuit : pour échapper aux bavards), et qui se chargea de l’achever. Enfin débarrassé de l’insupportable péroreur, Gaspard s’éleva paresseusement par le premier courant ascendant qu’il croisa, plus haut, toujours plus haut, son œil de faucon à la recherche de ce petit déjeuner qu’il allait pouvoir déguster dans la tranquillité retrouvée de ce samedi de juillet.

 

Quelques jours plus tard, en repassant au-dessus de la brouette, il y aperçut un Fred empaillé, avec un air féroce que cet ahuri de faucon n’avait jamais eu de son vivant, surtout, surtout, silencieux malgré son bec grand ouvert…

 

Défi 306 du samedi 5 juillet 2014

 

 

Publicité
Newsletter
Publicité
Le défi du samedi
Publicité