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Le défi du samedi

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21 mars 2015

L'artiste me parle, le tableau, non (par joye)

Puisque l'image de cette semaine ne m'inspirait pas - ce genre de tableau n'est jamais à mon goût -  j'ai eu l'idée d'aller lire un peu sur l'artiste. Je suis tombée sur sa page perso et j'ai eu l'idée de vous traduire plusieurs parties de son article autobiographique. J'avoue que la personnalité de l'artiste me plaît beaucoup plus que son art. Bonne lecture !  - joye

Je suis né à Ealing, Londres, le 18 octobre 1941 – alors j’ai presque soixante-douze ans maintenant !! Jusqu’à l’âge de onze ans, je ne m’appelais pas Colin Thompson, c’était Colin Willment. Willment était le nom de mon père et ma mère l’a changé à  Thompson quand elle a épousé mon beau-père. En y réfléchissant, je voudrais qu’elle ne l’ait pas fait. Elle a complètement brisé avec mon père, et je ne l’ai rencontré qu’une seule fois quand j’avais dix-neuf ans. Maintenant il est mort, alors il est trop tard, bien que j’aie récemment pris contact avec sa famille en faisant des recherches sur l’Internet […]

J’étais en pension dans le Yorkshire, je suis allé au lycée à Londres-Ouest et j’ai passé deux ans dans une école d'art à Ealing et Hammersmith, où, à mon grand dépit, j’ai fait la connaissance des gens qui dessinaient beaucoup mieux que moi. J’ai connu ma première femme à l’école d’art et peu après, ma première fille, Charlotte.

J’ai travaillé comme sérigraphe, graphiste, régisseur dans un théâtre mais jamais comme bûcheron au Canada ni comme matelot sur un paquebot au Pacifique sud. J’ai étudié la cinématographie pendant un an, me suis marié pour la deuxième fois et j’ai travaillé pendant un peu de temps à faire des documentaires pour la BBC.  

Au début de la vingtaine, j’ai souffert d’une crise nerveuse horrible, et, à trois moments différents, j’ai passé trois mois dans trois hôpitaux différents [...dont] une clinique expérimentale qui a fermé ses portes il y a longtemps. Là, il fallait faire une audition devant les autres patients et le personnel pour y être admis ! C’était sans doute le seul lieu qui m’ait fait du bien, puisqu’il me semblait que j’étais entouré des gens qui se plaignaient et qui voyaient la maladie mentale comme un concours dont le but était d’aller pire que tous les autres. Voir la plupart des autres 59 patients tellement pathétiques m’a sans doute motivé à ne pas finir comme eux.

Je n’ai jamais su expliquer la raison pour laquelle ma dépression s’en est allée quand j’avais vingt-cinq ans et elle n’est jamais revenue. […]
En 1968, je suis allé vivre à Majorque, mais moins d’un an plus tard, j’ai déménagé à une petite île aux Hébrides avec ma deuxième femme où l’on a passé sept ans à essayer de rester debout dans le vent […]  J’ai aussi essayé de vivre de la terre, mais tout ce que j’ai pu élever était un arpent de mauvaises herbes, une poule mascotte et encore deux filles, Hannah et Alice, mais pas forcément dans cet ordre. […]

J’ai toujours cru en la magie de l’enfance et je pense que si vous vivez correctement, cette magie ne finit jamais. Je pense aussi que, si les adultes n’aiment pas un livre pour les enfants, il y a soit un problème avec le livre, soit un problème avec l’adulte qui le lit. C’est, bien sûr, une façon habile de dire que je ne veux pas grandir.

Mon fruit préféré, c’est les cerises et ma musique préférée est le rock and roll et de vieux disques de blues et je suis maintenant un citoyen australien. Je suis gaucher et daltonien.

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21 mars 2015

L’esprit d’escalier (EnlumériA)

En sortant de chez Lord, je repensais à cette fameuse citation de Martin Luther King : « Gravissez la première marche de la foi. Inutile de voir tout l'escalier, gravissez juste la première marche. » Et je me disais que j’avais encore une fois raté le coche. Cela faisait la troisième fois cette semaine que je réalisais — trop tard — que je n’avais pas répondu ce qu’il fallait au moment où il le fallait. C’est ce qu’on appelle l’esprit d’escalier : repenser à ce qu’on aurait pu répondre de plus juste en quittant un interlocuteur. Moi qui me targuais d’avoir de l’esprit à revendre, bravo. Et tout ça pour un stupide escalier peint.

Lord venait d’emménager dans ce nouvel appartement de l’East End, quartier indien et ancien terrain de chasse de Jack l’éventreur. Le triplex de Lord ne manquait pas de charme, loin de là. Le grand salon du rez-de-chaussée donnant sur ce petit jardin était à lui seul une splendeur avec sa haute cheminée armoriée, ses riches tentures de shantung et ses armoires vitrées ; véritables reliquaires dédiés à la porcelaine Rose Chintz où tout un petit peuple de théières et de tasses rehaussées de fleurs bleues et de feuillage vert pâle patientait sagement dans un crépuscule doré.

Nonchalamment installé sur un canapé rose indien encombré de coussins, je contemplais les murs safran ornés de reproductions étonnamment authentiques. Quatre toiles de Francis Bacon et de Georg Bazelitz. Lord jurait par ses grands dieux qu’il s’agissait d’originaux. Je n’en croyais pas un mot et je me demandais encore une fois quels étaient ces traumatismes d’enfance qui avaient suscité chez Lord ce goût immodéré pour les œuvres morbides d’artistes tourmentés.

Plus tôt dans la soirée, mon ami m’avait fait visiter son nouveau domaine comme d’autres auraient fait visiter un temple. Je savais par la bande que cette demeure avait appartenu à une courtisane très en vue dans les années folles. La dame disait-on, tenait son commerce dans la chambre donnant sur la rue, celle donnant sur le jardin n’était réservée qu’à son seul usage privé. Entendez par-là qu’elle abritait certaines amours saphiques dont la dame ne se privait pas. Une manière comme une autre de se divertir entre deux amants tarifés. À peine éclairé par un puits de lumière, l’escalier se faufilait tout droit entre les deux chambres jusqu’à l’atelier. Les contremarches étaient couvertes de curieux hiéroglyphes se ramifiant jusque sur les murs, ce qui créait un sentiment de déséquilibre assez déplaisant.

Lord me demanda de patienter puis il se déchaussa et gravit l’escalier sur la pointe des pieds. Arrivé sur le palier qui se trouvait dans la pénombre, il me suggéra de me déchausser à mon tour et de le rejoindre. Je me demandai l’espace d’une seconde pourquoi il fallait se déchausser pour visiter son atelier d’artiste, puis connaissant le côté farfelu de Lord, j’obtempérai. Ce dernier, lassé de la musique expérimentale, s’était découvert une nouvelle lubie pour la peinture… expérimentale. Dans la vie de ce diable de Lord, tout était expérimental, jusqu’à ses coupes de cheveux.

 

J’avais à peine posé le pied sur la première marche que Lord donna la lumière. Deux spots placés en vis-à-vis inondèrent l’escalier d’une lumière toute de vibrations.

Par la Saint Famille ! Ce que je vis alors était tout simplement époustouflant. L’instant d’avant, il ne s’agissait que d’un banal escalier de bois barbouillé de motifs pour tout dire assez naïfs ; l’instant d’après, tout un royaume chatoyant se révélait à mes yeux ébahis.

 

Sur chaque marche, les hiéroglyphes s’étaient métamorphosés en demeures miniatures aux toitures rehaussées de petites touches acidulées. De chaque toiture s’envolaient d’étonnants entrelacs surchargés de feuillages mélancoliques et de bourdonnements lointains. On aurait dit que tout un petit peuple vivait là. On entendait presque des envolées de rires taquins et l’on sentait comme par mégarde les effluves de mystérieux ragoûts aux fragrances exotiques. Une légère cavalcade attira mon attention à droite, un arpège de harpe ruissela comme de la poussière de fée sur ma gauche. Un souffle d’air frais fleurant le génépi me décoiffa. Quelque chose de sirupeux tentait d’escalader ma jambe. Un sentiment de panique m’envahit. La tête me tournait. De peur de tomber, je pris appui sur le mur et je ressentis une piqûre sous la paume. Une image de rosier grimpant effleura mon esprit. Plus haut, une voix tintinnabulante m’exhortait à continuer mon ascension.

 

Je ne pouvais pas. Une main géante m’agrippa et me tira en arrière. Je me retrouvai pantelant sur le plancher, désorienté et penaud. Quelqu’un chuchota quelque chose à mon oreille. Il faut monter, encore.

 

En haut, Lord me dévisageais avec, sur les lèvres, ce sourire narquois qui aurait irrité Gandhi lui-même. D’un geste autoritaire que je ne lui connaissais pas, il me fit signe de monter. Encore. Son sourire disparut pour faire place à une moue dubitative.

— Souviens-toi de Luther King.

— Quoi, Luther King ? Qu’est-ce que tu as mis dans mon verre ?

— Rien. Gravis juste la première marche. Le reste viendra tout seul. Nom de Dieu, Fais preuve de foi… pour une fois.

C’est avec méfiance que je réitéré ma tentative. Sans plus de succès. Dès que je posais le pied sur la première marche, j’étais assailli par toutes sortes de visions lysergiques1. À la troisième fois, je renonçai.

Lord me rejoignit. La déception se lisait sur son visage. Il me soutint pour revenir au salon, assez inquiet de mon air déconcerté, et m’installa sur le canapé.

Il me servit un verre de Redbreast et s’appuya nonchalamment sur le piano, bras croisés et sourire bon enfant. Il m’expliqua, avec force détails, qu’il avait mis au point une nouvelle manière de peindre qu’il appelait stéganographie2 perceptive.  

D’où sortait-il encore cette invention ? Je secouais la tête d’un air navré. Je ne comprenais pas un traître mot de ses explications et pour tout dire, il commençait à me fatiguer. Je vidai mon verre et, prétextant une migraine subite, je réclamai mon manteau. L’air frais de la rue me fit du bien. Une sorte de frisson parcourut mes reins et une légère moiteur désolait mon front. Je repensais à ce que Lord m’avait dit au sujet de Luther King et de cette première marche de la foi qu’il faut gravir. Si j’avais eu autant de finesse d’esprit que le pasteur de Montgomery, j’aurais répondu : « Tout ce que nous voyons n’est qu’une ombre projetée par les choses que nous ne voyons pas. »3 Mais voilà, ces derniers jours, j’étais surtout possédé par l’esprit d’escalier.

 

 

1) Qui se rapporte au LSD.

2) Art de la dissimulation : son objet est de faire passer inaperçu un message dans un autre message.

3) Autre citation de Martin Luther King extraite de The Measure of Man.

21 mars 2015

En avant, marche! (Vegas sur sarthe)


On se souvient que Blanche qu'on appelait Cappuccetto Rosso était partie chercher ingrédient ou deux pour sa marâtre afin de confectionner ce fameux masque de beauté de Cesare Frangipani à base de frangipane et de beurre en pot.
Chemin faisant et après bien des péripéties - ces histoires abracadabrantes qu'on raconte aux enfants pour les empêcher de dormir - elle arrive en vue d'un bien étrange patelin.

Avisant une femme assise là, elle s'approche, bien décidée à se rancarder sur ledit patelin quand la vieille l'apostrophe (avec deux points et des guillemets) :  “Commence par t'essuyer les pieds avant de monter au village, petite!”
Blanche examine ses pantoufles - cadeau de sa great-mother dont la droite est en verre et la gauche en vair pour ne pas les confondre - mais la vieille insiste: “J'ai fait les marches hier au dépoussiérant Please et je ferai pas ça tous les jours!!”
“Qui es-tu, la vieille pour m'apostropher ainsi?” s'étonne Blanche.
“Apprends que je suis concierge de mon état, petite... en quelque sorte en état de marches. Je sais tout, je raconte tout car mon domaine c'est ce patelin en escalier”.
Blanche est rassurée d'avoir rencontré celle qui va enfin l'aider à trouver ingrédient ou deux pour sa marâtre.
“Et comment fait-on pour arpenter le patelin?” demande Blanche.
“C'est facile” ricane la vieille “dès que tu auras pris la première marche, tu verras la marche à suivre”.
“Euh... c'est bien gentil mais la première marche est trop haute pour une petite fille” fait remarquer Blanche.
“C'est toujours comme ça la première fois, petite et puis tu n'as pas les bonnes chaussures” gronde la vieille “quitte tes pantoufles de verre pour des chaussures de marche!”
“Et où trouverai-je des chaussures de marche?”  s'inquiète Blanche.
“Chez le marchand de chaussures de marche” répond la vieille sans se démonter.
Dans les contes, ceux qui se démontent ne se remontent pas et c'est pourquoi les contes finissent par disparaître.

“Et où trouverai-je un tel marchand?” insiste Blanche.
“Je vais te montrer” chuchote la vieille concierge sur le ton de la confidence “laisse moi ouvrir la marche”.
Précédant Blanche, la vieille ouvre en effet la marche - la première comme il se doit - celle munie d'une petite porte de magasin de chaussures de marche.
“Y'a quelqu'un dans le giron?” crie la vieille.
Pour les novices, le giron est employé dans la formule de Blondel pour déterminer le confort d'un patelin en escalier, ce dont on se fiche royalement pour tous les patelins à plat.
Un petit homme - suffisamment petit pour se tenir debout dans la contremarche - sort du giron.
 “C'est pour quoi?” marmonne t-il d'une voix lasse.
“A ton avis?” répond la vieille “Tu t'es encore levé du mauvais pied, petit homme?”.
“Non...” dit-il en soupirant” c'est à cause de cette marche funèbre... ce matin on enterrait ma femme”.
“Première nouvelle” s'étonne la vieille concierge qui d'ordinaire n'ignore rien des évènements du patelin.

Déformation professionnelle oblige, le petit homme dévisage les pantoufles de Blanche.
“J'ai encore jamais vu ça” dit-il, ébahi “des pantoufles de verre et de vair”.
“Ce ne sont que des loups-bouquetins” précise Blanche.
“Si tu lisais un peu les contes, petit homme tu ne serais pas surpris” reprend la vieille” Trouve donc des chaussures de marche pour cette petite”.



Blanche est fin prête:”Et maintenant, que vais-je faire... de tout ce temps que...”
“Qu'est-ce que tu nous chantes?” coupe la vieille “paie et partons d'ici”.
Comme Blanche n'a rien pour payer elle refile un Bécaud au petit homme, au risque d'enfreindre les bonnes manières propres aux contes.
“Et maintenant?” reprend-elle, un peu vénale et bien plantée devant les marches.
La vieille soupire:”C'est pourtant fastoche. Il suffit que tu montes en marche!”

Blanche a un mouvement de recul: “Monter en marche? Mais c'est interdit”
La vieille la regarde, incrédule:”Ca fait quarante ans que je fais ça. Et vu qu'on n'a pas encore inventé l'escalator je ne vois pas comment on pourrait faire autrement, à part monter en marche dans un sens et  descendre en marche dans l'autre sens!”.
Blanche lève les yeux vers l'improbable sommet. Les cheminées des maisonnettes vapotent tranquillement. Une belle végétation rampe le long du limon en une large courbe qui vire à droite, comme dans tous les patelins de droite.

« Tu es à une heure de marche, en marchant bien » lui chuchote la vieille sur ce fameux ton de la confidence qui caractérise les vieilles concierges.
“Et je trouverai la frangipane et le beurre en pot?” s'inquiète Blanche.

Dans les contes, on réserve souvent un espace pour le soupir d'espoir des enfants.
(Espace)

“Sans doute” répond la vieille sur un ton rassurant avant d'ajouter: ”sinon, ce sera pour une autre fois... ou une autre Il était une fois”
 

21 mars 2015

Participation de Fairywen

Orage de bois.

 

Falko ferma la porte avec précipitation, en luttant contre le vent qui forcissait. Il était trempé des pieds à la tête et dégoulinait sur le plancher, ce qui eut visiblement le don d’amuser les deux chatons-fées, qui s’arrêtèrent de jouer pour le regarder d’un air positivement ravi.

« Suffit, vous deux, grogna-t-il en leur jetant un regard peu amène, je ne veux pas entendre une seule petite pensée !

— Déshabille-toi, sourit Ysaline en lui tendant une serviette, tu te rappelles ? J’ai un charme contre les cheveux mouillés. J’ai aussi un sortilège pour sécher les vêtements trempés, et une potion magique pour réchauffer les personnes gelées.

— C’est quand même incroyable, ce que tu me fais faire…, soupira le jeune homme en souriant à son tour devant ce rappel de leur première rencontre, je peux savoir pourquoi tu as insisté pour que je sorte ce vieil escalier sous cette pluie battante ?

— Parce que c’est le premier orage du printemps, le taquina-t-elle en commençant à lui sécher le dos.

— Ah, mais c’est bien sûr, que suis-je bête… Tout le monde sait qu’on sort les vieux escaliers dans la cour au premier orage de printemps… »

Ysaline riait franchement, cette fois. Elle se dressa sur la pointe des pieds pour embrasser doucement les lèvres de son compagnon :

« Tu comprendras bientôt, je te le promets. Et puisqu’est-ce qu’un tout petit escalier pour un grand costaud comme toi, mmm… ? »

Falko envisagea un instant de répliquer, puis préféra renoncer sagement, se contentant d’enfiler un jean sec et de s’accouder à la fenêtre pour attendre la fin de l’orage.

 

Enfin la dernière goutte de pluie tomba. Sur les indications d’Ysaline, il ramena l’escalier à l’intérieur et le posa dans un coin du salon, à l’angle d’un mur.

« Et maintenant ? fit-il en regardant l’escalier qui ne menait nulle part.

— Regarde… »

Cela commença doucement. Tout doucement. D’abord un petit bourgeon, puis un autre, et un autre encore. Puis un petit arbre dans un coin, et un autre, et une colline couverte d’herbe. Suivie d’une autre sur une autre marche. Et encore d’une autre. Et soudain le claquement d’un petit volet qui s’ouvrait dans une marche. Une porte dans une autre. Et des maisons. De jolies petites maisons avec une cheminée qui fumait poussaient l’une après l’autre contre le mur sur lequel s’appuyait l’escalier qui ne menait nulle part.

Fasciné, Falko détaillait le village miniature qui prenait naissance sous ses yeux. Il entendait des rires semblables à des clochettes venir des maisonnettes et des chansons sortir de l’intérieur des marches. Le vieil escalier de bois devenait vivant sous ses yeux ébahis…

« C’est… c’est quoi ? finit-il par bafouiller à voix basse.

— Un escalier de fées. Il n’en existe que très peu de par le monde, car ils sont très difficiles à fabriquer. Il faut trouver un frêne qui meurt au moment où l’aube se lève et prendre un morceau de la plus grosse branche en partant de l’endroit qui est attaché au tronc, et ensuite tailler l’escalier avec des outils magiques. Puis il faut attendre le premier orage du printemps pour que la pluie baigne l’escalier et l’éveille à la vie. Alors seulement il fabriquera un village de fées.

— Mais… et les fées ? D’où viennent-elles ?

— De partout. Des fleurs, des arbres, des rivières… Lorsque tu as sorti l’escalier, tout à l’heure, et que les premières gouttes de pluie l’ont touché, il les a prévenues et elles sont arrivées. Elles étaient là, tout autour de nous. Elles attendaient.

— Je n’ai rien vu…

— Elles étaient là, pourtant. Tu n’as pas regardé. Vois, à présent. »

Falko passa son bras autour des épaules d’Ysaline pour la ramener contre lui. Il voyait, à présent. Il voyait les lueurs vives qui dansaient autour d’eux, il entendait les “mercis” tintinnabulés par les fées, et une grande paix descendit sur son cœur.

Dans le soir qui tombait, les petites maisons des fées s’illuminèrent une à une…

Où retrouver Falko et Ysaline.

Défi 342 du samedi 14 mars 2015

 

 

 

 

14 mars 2015

Défi #342

Laissez vous inspirer par cette oeuvre

de Colin Thompson :

Escalier et maisons

Et envoyez vos participations

à samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !!!

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14 mars 2015

Ont commencé à laver les fenêtres

14 mars 2015

Pavane pour une infante défunte (EnlumériA)

en01

« Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. »

Milos referma le livre qu’il était en train de lire, « La galerie des jeux » de Steven Millhauser. Ce passage lui rappelait le domaine de Pépé Ronan, son grand-père paternel, vaste demeure bretonne située à Beuzec-Cap-Sizun, non loin de Douarnenez, où il passait régulièrement les vacances d’été avec ses cousins et cousines. Pépé Ronan, grand admirateur de C.S. Lewis, avait baptisé son manoir Ker Paravel. Car il s’agissait bel et bien d’un manoir dont la multitude de pièces, de dépendances et de débarras défiait l’entendement d’un enfant de huit ans. Pépé Ronan n’occupait que le rez-de-chaussée ; c’est-à-dire une vaste cuisine pouvant accueillir une douzaine de convives, une grande chambre et un petit bureau attenant encombré des livres qui n’avaient pu trouver de place dans la bibliothèque. En été, dame Mathilde, la gouvernante, ouvrait trois des chambres du premier étage pour accueillir les cinq enfants. Les garçons dans la chambre jaune, les filles dans la chambre bleue. Le reste de la demeure, qui comportait deux étages et un grenier, était inhabité depuis des temps immémoriaux. J’entends par là, une période inconcevable pour la petite bande turbulente plus souvent occupée à jouer dans le parc qu’enfermée dans la maison. Les jours de pluie, tout ce joli monde s’adonnait à divers jeux de société dans la bibliothèque ouverte pour l’occasion.

Les années passèrent en quelques battements d’ailes. L’adolescence venue, les enfants s’envolèrent vers d’autres horizons. Et un jour de novembre, alors que Milos venait de fêter ses trente ans, Pépé Ronan, las de ce monde décevant, tira poliment sa révérence. Pour une raison mystérieuse, ce fut Milos qui hérita de Ker Paravel. Anthéa, sa mère retournée vivre à Athènes après son divorce, décréta que les velléités littéraires de Milos avaient orienté ce choix. Yannick, son père, désormais citoyen canadien, se moquait du quart comme du reste de cette décision. Milos accepta cet héritage encombrant bien décidé à le vendre dès que possible. Cependant, il décida d’y passer un dernier été avec Julia, sa jeune épouse.

La vieille Mathilde avait rendu son tablier depuis longtemps, mais sa fille avait repris le flambeau. Le métier de gouvernante était tombé en désuétude, sauf dans cette famille bretonnante où la tradition se perpétuait de mère en fille. C’est elle qui ouvrit la maison, l’aéra et la dépoussiéra en prévision de l’arrivée du jeune couple. Toutes les pièces furent ouvertes, sauf les chambres du second étage. Personne ne se souvenait où étaient les clés.

Ce soir là, Milos et Julia soupèrent d’un buffet froid déposé par le traiteur local. La jeune épouse était impressionnée par la solennité du lieu, mais un sourire d’enfant illuminait parfois son visage lorsque son regard se posait sur un détail pittoresque, un meuble tarabiscoté ou le portrait d’un aïeul crispé.

Milos se souvint que Pépé Ronan conservait un vieux chouchen dans un placard dissimulé. Ce fut là, sous une pile de serviettes de coton écru, qu’il retrouva un trousseau de clés oublié. Précisément celui ouvrant les chambres du haut.

Il faisait encore jour en ce soir d’été. Ils décidèrent d’explorer les anciennes pièces sans attendre. Un parfum d’aventure au cœur, ils montèrent quatre à quatre l’escalier et débouchèrent dans un long couloir en riant comme des fous.

La porte de la chambre du fond était entrouverte.

C’est à pas menus et timides qu’ils s’approchèrent, ne pouvant retenir quelques gloussements malgré une légère inquiétude. Qui avait ouvert cette porte ? Milos la poussa du bout des doigts. Julia ne put retenir un petit cri de surprise.

Au centre de la chambre, un grand métier à tisser se tenait campé sur ses pieds. De chaque côté, étendus comme des ailes, des fils d’argent s’épanouissaient vers les murs et le plafond. Il y eut un léger souffle d’air et aussitôt d’innombrables particules scintillantes s’éparpillèrent un peu partout. Milos siffla d’admiration. Julia lui demanda qui utilisait un métier à tisser. Une petite rumeur leur répondit. Ils firent quelques pas dans la pièce avec l’impression de pénétrer dans une boîte à couture.

— Qu’est-ce que c’est que ces choses ? On dirait des…

— C’en est ! approuva Milos. Elles ne te font pas peur ? D’habitude, tu…

— Celles-là sont différentes. Elles sont… merveilleuses. Hein ? C’est comme ça qu’on dit ?

Autour d’eux, des centaines d’araignées d’or trottinaient de-ci de-là, hésitantes et nerveuses. Puis, comme prises d’une soudaine inspiration, elles se regroupèrent pour former… – c’était à peine croyable – des mots.

— Elles écrivent, chuchota Julia.

Les araignées d’or s’étaient assemblées pour former la question :

 

« Où est notre Pénélope ? »

 

L’inscription se maintint pendant quelques secondes puis les mots se répandirent sur le plancher poussiéreux et les petites créatures remontèrent à toutes pattes vers le tissage sauf quelques-unes qui dessinèrent une flèche allant vers la chambre de droite.

Milos se souvint qu’il détenait le trousseau de clés. Il ouvrit la porte et un jaillissement ensoleillé illumina le couloir sombre.

— Il est tout de même pas loin de dix heures du soir, souligna sobrement Julia.

La pièce était meublée d’un grand lit et d’une armoire à glace. Juste à côté, il y avait une petite table de toilette portant une cuvette et un broc en émail. Un manteau d’officier était suspendu à une patère tout près de la porte. Il régnait une odeur de cuir et de tabac.

Près de la fenêtre, la silhouette d’un homme à contre-jour. Les rayons d’un soleil de midi plongeaient à travers les rideaux à demi fermés. C’était absurde.

L’homme s’approcha de ses visiteurs pour les accueillir. Il portait un uniforme désuet. Une tenue du temps de la Grande Guerre. Il était coiffé d’un béret et une croix de guerre décorait sa vareuse. Il les salua, un peu raide. Il s’exprimait avec une voix de baryton bien tempérée, un timbre d’orateur assez inhabituel pour un soldat.

— Je vous attendais. Veuillez, je vous prie, entrer dans mes humbles quartiers et vous installer confortablement.

Ils prirent place sur un canapé de velours bleu ciel, surpris et décontenancés. L’homme se présenta comme le lieutenant d’artillerie Justin Doineau, 1er corps d’armée colonial, classe 1909.

Julia remarqua sur la table de chevet une photographie sépia représentant le même canapé par un jour ensoleillé. Une jeune femme se tenait debout sur le côté. L’air rêveur, une main suspendue en l’air, comme déposée sur une invisible épaule.

L’officier garda le silence quelques instant puis il demanda où était sa Pénélope. Il répéta sa question deux fois, avec insistance. Milos bredouilla quelque chose, Julia garda le silence. Dehors, le chant d’un engoulevent égratigna le silence de la nuit naissante. Le soldat fit volte-face pour, l’instant d’après, prendre place sur le canapé de la photographie, droit et fier. Maintenant, la main de la jeune femme reposait sur son épaule.

Abasourdi, Milos décida qu’il était temps d’ouvrir la troisième chambre. Peut-être y trouveraient-ils une explication à cette comédie.

Contrairement à la chambre de l’officier, celle-ci baignait dans une lumière crépusculaire. Ils discernèrent dans la pénombre, une jeune femme assise et brodant. Elle se tourna vers ses visiteurs. Une larme coulait sur sa joue. Julia fit remarquer à Milos qu’elle ressemblait trait pour trait à la femme de la photographie.

Pourquoi m’avez-vous enfermée. Pourquoi refusez-vous de recevoir l’homme que j’aime ?

Sa voix éthérée paraissait traverser plusieurs voiles d’étoffe avant de parvenir aux oreilles des jeunes époux.

Regardez autour de vous, continua-t-elle. Regardez toutes ces tapisseries. Il faudrait une éternité pour les tisser toutes. C’est ce que m’ont paru ces longs mois de solitude. La lettre est arrivée hier, me dites-vous. Justin est tombé au Chemin des Dames et vous m’avez interdit de le revoir une dernière fois lorsqu’il s’est présenté lors sa dernière permission. Vous l’avez chassé, Père. Je vous hais !

Il fit encore plus sombre soudain. L’ombre de la jeune femme s’évapora comme à regret. Milos et Julia frissonnèrent dans l’air soudain glacial. Ils décidèrent qu’ils en avaient assez vu pour ce soir.

Après une nuit agitée, ils retournèrent à l’étage accompagnés de la gouvernante, décidés d’en avoir le cœur net. À part un vieux métier à tisser croulant sous les toiles d’araignée, ils ne trouvèrent que des chambres vides et silencieuses.

La jeune gouvernante raconta alors l’histoire qu’elle tenait de dame Mathilde, sa mère. L’étage avait été condamné par l’arrière-grand-père de Milos. La fille de celui-ci, sa grand-tante Pénélope, ayant fauté avec un jeune officier en pension au domaine, fut séquestrée pendant plusieurs mois. Elle est morte de mélancolie seulement quelques jours après avoir appris la mort de son Justin bien-aimé. Juste avant de rendre son dernier soupir, elle demanda à être enterrée auprès de lui au cimetière de Beuzec. Un ami s’était chargé de faire rapatrié la dépouille. Son père n’a pas voulu l’exaucer.

 

Milos reposa le livre sur la table et se leva pour se servir un verre de chouchen. Il se souvenait du jour où, sur l’insistance de Julia, ils s’étaient rendus au cimetière de Beuzec, blotti près de l’église. La tombe de l’officier était toujours là. Justin Doineau, 1890-1918.

Au moment de partir, Julia avait aperçut quelque chose scintillant dans les mauvaises herbes qui envahissaient la tombe. Elle se pencha et découvrit une petite broche en or… en forme d’araignée. Aujourd’hui encore, il lui arrivait de porter ce bijou insolite ; comme en hommage à cette étrange histoire.

Alors, en buvant son verre, Milos se dit qu’il tenait là un magnifique sujet de roman.

 

Évreux, 12 mars 2015

 

14 mars 2015

Participation de Fairywen

La malédiction.

Le Palais de l’Empereur est si vaste qu’un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l’espace d’une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. Tout le monde sait qu’une pièce apparue un jour peut avoir disparu le lendemain. Ou qu’un couloir peut soudainement s’ouvrir pour mener vers une partie du Palais oubliée depuis longtemps. Et bien sûr tout le monde connaît la légende de la Princesse fantôme, la Princesse qui un jour s’est fondue dans le palais pour échapper à l’arrogant prétendant que son père voulait lui faire épouser, en des temps où la parole des femmes n’avait pas de valeur aux yeux des hommes. On dit que le jour du mariage, le mur de sa chambre s’est ouvert et l’a engloutie, et que depuis, elle erre dans le palais, présence silencieuse, mais bien réelle, terreur des hommes qui se permettent de mal traiter les femmes.

Car depuis ce jour funeste le palais tue. On dit que des chambres de torture s’y sont créées. On a retrouvé des cadavres ensanglantés. Ceux qui ont fini par revenir ne disent rien sur ce qu’ils ont vécu, mais leur comportement envers les femmes change du tout au tout.

On dit tellement de choses…

 

En tout cas c’est ce que pense l’orgueilleux jeune homme qui arpente les couloirs, sûr de lui et de son charme. Il est beau, riche, intelligent, il a les femmes à ses pieds et ne croit pas aux malédictions. Encore moins aux femmes fantômes qui disparaissent dans les murs et qui ensuite se muent en justicières vengeresses. Pour lui, tout cela n’est qu’un tissu d’élucubrations. Les cadavres sont probablement le résultat d’une rencontre avec une bande de voleurs, ce palais est si grand ! Quant aux autres, ils refusent d’avouer qu’ils se sont lamentablement perdus. Et leur changement d’attitude, bah, des racontars !

 

Malgré sa force et son courage, il pâlit lorsque le mur devant lui s’ouvre sans un bruit et que la silhouette évanescente d’une jeune fille vêtue d’une longue robe blanche apparaît devant lui…

Illustration défi 341 du samedi 7 mars 2015

14 mars 2015

Le palais de l'Empereur par bongopinot

Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir
Toutes les pièces en l'espace d'une seule vie même s’il se mettait à courir
Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées
Et se mettent à mener une existence étrange, indépendante, animée

Dans une pièce de la tour Est, le plafond s'est joliment décoré de dentelle
De nombreuses araignées, au fil du temps, ont tissé un chapiteau cruel
Ce lambris ainsi orné de magnifique guirlande accueille des hôtes
Qui tantôt joueront les équilibristes, les funambules, ou trapézistes

Sur le sol poussiéreux de petites souris font des claquettes
Des chauves-souris accrochées profitent de ce spectacle très chouette
Un hibou pousse la chansonnette par l'interstice d'un volet entrecroisé
Pendant que les papillons virevoltent entre les mailles d'un filet tissé.

Dans la tour Ouest un groupe d'artiste-chats fait des vocalises
Pendant que des star-rats se préparent au combat qui électrise
Des fantômes en habit du dimanche sont venus passer un peu de temps
En attendant l'heure d'aller chatouiller les orteils de l'empereur zozotant

Bien sûr dans les autres pièces vides de ce château vivent bien d'autres créatures
Qu'il m'est interdit de mentionner ici, qui parfois me rendent visite c'est sûr
M'informant ainsi des nouveaux membres de ces chambres dites inoccupées
Et qui la nuit font vivre cet endroit avec bruits, murmures et rires étouffés.  

14 mars 2015

A Love Song For My Husband, In French (par joye)

Love song

14 mars 2015

Palinodies sur palimpseste (Joe Krapov)

DDS 341 barbe-bleueL’oubli du donjon

Le château s’étend tellement loin maintenant
Que le donjon se sent
Comme promis aux oubliettes ;
D’ailleurs sa porte est condamnée.
C’est là son triste sort que personne n’y entre,
Pas même sœur Anne à la tour
Mais elle en a tant dans son sac !

 

 

 

DDS 341 Didon-Enee-r1

Ce qui se passait dans la garde-robe

- Tu veux savoir le pire, Enée ?
Quand Madame à sa tour montait,
Quand ta dame était tourmentée,
Pour qu’elle cesse de dédaigner
Les joies et bonheurs de la vie,
Par bouffonnerie je vêtais
Ses habits et elle riait
Elle riait, dis donc, Didon !
Elle riait car, vois-tu,
Eh bien, ses beaux atours m’allaient.
Voilà, tu sais le pire, Enée.

 

 

 

DDS 341 verrou

Les pièces verrouillées

L’itinéraire de délestage
Vous conduit au 3e étage ;
Les gestes
Y sont lestes
Et l’âge
Plutôt volage ;
Bagatelle
Dans la dentelle
Et pourtant
- C’était tentant -
Il y a du lourd
Dans le velours !

 

Le rapport de Tartem-es-pion sur ce qui se passe aux jardins

Il paraît que les jardiniers
Chantent « Sous les palétuviers »
Nous le savons de source sûre,
Informés par Dame Serrure
Epouse Toutencarton,
Pauline de son prénom,
Concierge de son état
Qui nous chanta :
« C’est par le trou
Qu’on connaît tout ! ».

 

Ce qu’en disent les chevaux de retour

Quand le palefrenier par malheur n’est pas là
- Quelquefois il s’occupe de Lady Godiva ! -
Lady Chatterley pâlit.
Les fessiers déprimés n’aiment que l’écurie,
Prince Augias.
Il se passe au palais des choses dégoûtantes.
Appelez Hercule, au moins !
Faites cesser ce foin,
Nettoyez l’incurie,
Dont notre rapière est marrie !


Dans un salon du XIXe (étage, siècle, arrondissement ?)

Sur son divan de moleskine
Sophie, comtesse Rostopchine,
Aide le général Dourakine,
Complètement imbibé de kvas,
A organiser le complot
De la prise de Palavas-
Les-Flots
Afin de voir le bout du bout

Ils sont entourés de lumières
Et l’on rapporte
Qu’a un projet de cette sorte
Certaines lampes adhèrent

 

DDS 341 dubout

 

Réaction royale

Moi, Louis-Philippe XII, roi de France et de Pologne, je déclare ceci : la rumeur selon laquelle, en des parties reculées de mon palais, on ferait subir à mes opposants le supplice du pal, est sans fondement.

 

De la cuisine littéraire

Dans un coin du palais,
Une dame tartine
Tartine,
Tartine…

Et toi, que fais-tu d’autre, Joe Krapov ?

14 mars 2015

LE PALAIS DE L’EMPEREUR (Lorraine)

« Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. » (1)

Vous n’y croyez pas ? J’étais sceptique, moi aussi. Un jour, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’y suis entrée.
C’était la nuit, je marchais sur des tapis brodés d’or, et les laquais que j’ai croisés ressemblaient à des ombres : ils ne m’ont pas vue. Peut-être, moi aussi, ressemblai-je à une ombre ? Mais peu importe.

J’ai marché longtemps sans pousser une seule porte. Je savais (n’est-ce pas étrange ?) qui vivait derrière chacune :empereurs, rois, princes et duchesses. Ils ne m’intéressaient pas, je cherchais un endroit abandonné depuis des siècles quand mes mains tâtonnantes dans l’obscurité soudaine ont frôle un rideau ; je m’y suis accrochée et…il s’est ouvert !

Nous étions dans un autre monde, ailleurs, dans une tourelle dont l’escalier arrondi me mena en plein bal ; celui des feux follets. Ils étaient des centaines, et leur lueur bleutée sautillait en cadence, côte à côte avec les feux follets vermillon. Quelques flammèches jaunâtres dansaient à contretemps, mais tous étaient gais et m’ayant aperçue, me firent entrer dans la ronde. Un étang somptueux renvoyait leur silhouette souriante. Un parfum de thym et de lavande m’enivrait un peu quand mon cavalier me susurra à l’oreille : « Il est temps pour vous de repartir, nous venons de passer 20 ans ensemble, continuez donc votre recherche » !

J’avais sursauté : vingt ans ? Le temps d’une valse chez les feux follets ! Je me précipitai vers le miroir : aux tempes, mes cheveux grisonnaient ! J’étais arrivée jeunette et curieuse, je me retrouvais au bord de la cinquantaine.

Vous ne m’en voudrez pas : j’ai fait demi-tour malgré mon désir de visiter la « Salle des Pas perdus » (qui, paraît-il, résonne du bruit des talons hauts et des bottes masculines, des marchés aux fleurs et des baraques foraines) et de surprendre le « Lieu des fées » où, dit-on, elles envoûtent sans baguette, d’un simple regard.

Revenue sur terre, je regretterai toujours le Palais de l’Empereur. Non pour son luxe éblouissant, mais pour le bal des Feux Follets où j’ai perdu ma jeunesse.



(1) Extrait de « La galerie des glaces » de Steven Milhauser.

14 mars 2015

Mille Et Une bornes (Vegas sur sarthe)

Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie.
Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante.

(Extrait de "La galerie des jeux" de Steven Milhauser)

 

 

La grande salle d'audience que nombre d'ambassadeurs ont renoncé à fréquenter a perdu tout écho, au point qu'on a dû la rebaptiser Chambre Sourde.
Le visiteur imprudent n'y restera d'ailleurs pas plus de dix minutes, vite incommodé par le bruit assourdissant de ses valves cardiaques, celui du flot sanguin dans ses vaisseaux et tous les bruissements des cloportes et des araignées tissant leurs toiles au plafond.
On y entend l'inaudible, un filet d'air dans ses poumons, le bruit de ses ongles qui poussent, jusqu'au souffle du temps qui passe... sans compter les Pssst d'un gardien muet pressé de fermer.

La salle des Citations - contrairement à la Chambre Sourde - résonne et raisonne en permanence, tellement que c'en est pénible... finalement comme la Chambre Sourde.
On y entend - venant d'un juke-box à citations de 1783 - des citations célèbres comme celle de l'Empereur:”Moi, Empereur... Moi, Empereur... Moi, Empereur... Moi, Empereur...” et bien d'autres comme celle de l'Impératrice et que les spécialistes en citations traduisent par:”Range ta chambre!”.

A deux heures de marche plus loin - soit trois cent deux consoles, cinq colonnes à la Une et vingt mille niches - se dresse la grande Bibliothèque, devenue l'Hippodromus depuis qu'on en a vendu les trois cent mille ouvrages pour en faire un haras de chevaux de courses.
Dans le bruit des sabots et du souffle des naseaux fumants, on peut y voir se mesurer des Rossinante, Tornado et autres Crin-Blanc et Etalon Noir bien que les paris y soient formellement interdits.
Un disc-jockey - platiniste préposé aux électrophones - y créée une ambiance flamenca des plus torrides: salsa du démon, rumba dans l'air, tango-tango,
etcætera et bien d'autres encore.

A trois nuits de marche dans un Palais qui en compte mille et une - en suivant des yeux les deux étoiles qui forment un bout de la casserole de la Grande Ourse - on arrive naturellement et fatigué à la Porte du Levant numérotée '21'.
Un homme-sandwich portant l'inscription 'le Valet Noir' - ou Black Jack - ne laisse aucun doute sur la nature de ce lieu de perdition.
Devenu le rendez-vous incontournable des mathématiciens et de financiers véreux, le '21' encaisse chaque soir à ses tables de jeu des millions de patacas destinés à sécuriser des lieux où personne ne pénètre jamais faute de temps.

On y joue aussi au Hachi-Hachi parmentier, au Koï-Koï carpé et au Mille-Et-Une bornes, entourés de discrètes hôtesses en tenue de camouflage maki-sushi.

Quant à la salle des Gardes elle est gardée de l'extérieur par de grands chiens jaunes à gueule baveuse et qui répondent tous - quand ils en ont envie - au joli nom de Sesame.
Elle est si bien gardée qu'on n'y trouve rien à part un astronomique trousseau de clés et quelques osselets d'un antique squelette qu'il serait vain aujourd'hui de vouloir faire expertiser, le dernier expert ayant lui aussi été dévoré.

Compte-tenu de leur durée, les visites guidées du Palais ont lieu une fois par an sous la conduite du dénommé Mathusalem pour un itinéraire improbable nommé “le petit bonheur”.
Aléatoire, l'itinéraire dépend du tirage au sort des clés de l'astronomique trousseau situé dans la salle des gardes et donc sévèrement gardé.

La salle des Médecines - anciennement salle des Tortures - est spécialisée dans le traitement des morsures par chien jaune à gueule baveuse. Elle n'est ouverte qu'une fois par an, tout comme le bureau des visites guidées.
On y traite tous les mordus sans distinction au moyen de deux médications issues d'une pharmacopée ancestrale: le Placébo et le Placémoche.

 

Que dire des jardins suspendus et des parterres par terre, des bosquets massifs et des massifs tout court, des canaux et artères, des cryptes et labyrinthes, des cascades et rocailles, des allées et venues, des fontaines et des puits-c'est-tout, livrés aux caprices d'une nature envahissante et que 2512 jardiniers payés en hyène tachetée ont fui comme la peste de Justinien en 541...

alors nous n'en dirons rien.

14 mars 2015

Participation de Venise


Pensant à sa gloire posthume  SPIELBERG avait décidé d’installer ses studios dans une aile de ce palais désaffecté. Il ne se doutait pas à l’époque que par le canal du temps, il aurait à escalader les montagnes russes du PALAIS.

Il se croyait encore un feuilletoniste, un besogneux qui tirait à la ligne pour payer son absinthe. 

A la fin de sa fin il cherchait encore et encore avec la même avidité, comme on cherche de l’or dans une carrière effondrée

Ce matin le palais était silencieux, et l’empereur s’était aventuré dans l’aile gauche du palais.

Il pensait que sa vie était mince et maigre comme la trame d’un vêtement solide mais usé.

il y a eu cet instant décisif où il aperçut Spielberg  qu’il prit pour un clodo recyclé.
Voilà quatre jours que je vis accroché comme une tique à mon mur théâtre cria SPIELBERG à son scénariste.

L’empereur  regardait ses chiffonniers   édentés qui semblaient passer leurs journées comme des mulots dans leurs  ordures.

Et pourtant ce fut la plus belle heure de lumière quand l’image d’un film jaillit au fond  de la salle et que l’empereur comprit que son palais était habité par un magicien qui pouvait faire surgir d’étranges images. 

Il était pourtant passé  ici sans les voir pendant des années une rose des vents dans la tête.

Exténué d’avoir trop été, Il savait qu’il aurait fallu plusieurs vie pour compter les tuiles de ce palais quand la cloche de bronze à l’abri d’un toit cornu et qui règle la vie du palais se mit en branle.

SPIELBERG dressa la tête et vit pour la première fois  l’empereur. Qui l’observait en silence.

Le pavillon du nuage silencieux se remplit de papillons blancs et l’empereur hurla faites ce que vous voulez mais faites bonne impression.

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7 mars 2015

Défi #341

Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir

toutes les pièces en l'espace d'une seule vie.

Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées

et se mettent à mener une existence étrange, indépendante.

........................

Extrait de "La galerie des jeux" de Steven Milhauser

Palais

A vous de continuer !

Envoyez votre suite à

 samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

7 mars 2015

Se sont laissé prendre au jeu

7 mars 2015

Sold out (Walrus)

Bazar

 

Je suis entré dans le magasin et j'y ai acheté les deux affiches "SOLDES".

Elles étaient en effet soldées.

M'ont même établi un reçu pour solde de tout compte !

Bizarre, non ?

7 mars 2015

Participation de Fairywen

Orage de cristal.

Falko était furieux contre lui-même. Qu’est-ce qui lui avait pris ? Qu’est-ce qu’il faisait là, à la caisse de ce bazar minable, avec en main cette ridicule pyramide de cristal qui l’avait obsédé toute la journée ? Franchement, il avait l’air malin, au milieu des mères de famille qui ne se privaient pas de le reluquer de haut en bas et de leurs gosses braillards qui, ceci dit, se taisaient dès qu’il s’avisait de leur jeter un des regards noirs dont il avait le secret. Il faut dire qu’il détonnait avec son look de motard, et il avait déjà repéré les responsables de la sécurité qui rôdaient non loin de lui.

« Comme si quelqu’un pouvait avoir envie de voler quelque chose ici, se dit-il en jetant un regard dégoûté aux objets bon marché qui l’entouraient. »

Mais dans le même temps, sa main se resserrait sur la petite pyramide. Il l’avait vue en passant le matin même, perdue dans la vitrine, miniature délicate et fragile, beauté incongrue au milieu de la laideur qui l’environnait. Il s’était arrêté un instant, intrigué, puis avait repris sa route.

Et il n'avait depuis cessé d’y penser, encore et encore. De se dire qu’elle serait plus à sa place dans la boutique d’Ysaline. À la fin, n’y tenant plus, il était retourné l’acheter. Et à présent il était chez lui, allongé sur son lit, la petite pyramide entre les mains. Fasciné, il ne cessait d’observer les jeux de lumière sur les faces translucides aux délicates irisations de violet pâle. Il lui semblait voir l’image d’Ysaline à l’intérieur, Ysaline qui riait, qui virevoltait dans sa boutique de magie, Ysaline à qui il ne cessait de penser, jour après jour, nuit après nuit. Elle n’avait rien de commun avec le monde de la nuit auquel il appartenait. Il ne croyait pas en son monde de sortilèges.

Un coup d’œil à son réveil lui apprit que l’après-midi touchait à sa fin.  Sa décision prise, il sauta à bas de son lit, enfourcha sa moto et se dirigea droit vers la boutique de magie. Ysaline était en train de fermer lorsqu’il se présenta à la porte, mais elle le laissa entrer avec ce sourire lumineux qui n’appartenait qu’à elle :

« Que me vaut le plaisir de ta visite ?

— Je me suis dit qu’il serait mieux dans ta boutique. »

Gêné, il lui tendit maladroitement le petit paquet. Elle le déballa avec précaution, et son sourire s’élargit lorsqu’elle découvrit le cristal. Lorsqu’elle le saisit délicatement entre ses doigts, un instant, Falko crut voir des étincelles s’échapper de la pyramide. Mais cela ne dura qu’une brève seconde, et il oublia tout lorsque son regard se noya dans celui d’Ysaline :

« C’est magnifique. Merci. »

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue, mais il fut plus rapide. Sans réfléchir à ce qu’il faisait, il referma ses bras autour d’elle et posa ses lèvres sur les siennes, espérant, priant pour qu’elle ne le repousse pas. Il n’osa croire à sa chance lorsqu’elle répondit à son baiser.

 

Parce que ses yeux étaient fermés, il ne vit pas le feu d’artifice coloré qui jaillit de la pyramide de cristal…

 

Où retrouver Falko et Ysaline.

 

Défi 340 du samedi 1er mars 2015

7 mars 2015

Au Bazar du Bizarre (par joye)

Pendant deux ou trois ans avant de me marier avec une petite veuve charmante, je vendais des curiosités au Bazar du Bizarre. J’étais aimable avec tout le monde, certes, mais de temps en temps, il y avait des clients qui méritaient une réception spéciale.  Gaston-Auguste Condé fut un tel client. Le jour où un autre client me le présenta, exigeant le secret de la richesse, je reconnus tout de suite quel service il fallait lui offrir.

Après qu’il paya, je lui priai de me suivre.

- Par là, monsieur, lui fis-je en indiquant qu’il passe par le rideau orné de perles.

Au fond de la petite pièce se trouvait ma vieille Gertrude, fidèle au juchoir.

- Bonjour ma belle, voici monsieur Condé, il cherche la richesse, peux-tu l’aider ?

Ma vieille ne nous déçut pas. Elle agita ses ailes et puis nous fit une petite aria digne d’un opéra africain. Son bec orange ouvert tout grand luisait dans l’obscurité.

- Béouk, gouah, gouah, gouah, béééé-OUK !

Quand elle termina son chant, je demandai au client de tendre la main, afin que Gertrude vienne lui révéler son secret.

- Ah non, monsieur, faudra que vous ôtiez d’abord vos gants !  ajoutai-je. Ma belle amie n’aime pas sentir du cuir sous ses talons. 

Condé m’obéit de mauvaise grâce et Gertrude vola directement de sa perche à la paume cupide tendue vers elle.

Et puis rien.

Visiblement, Condé s’irritait, mais juste avant qu’il crie à l’escroc, Gertrude lui posa, au beau milieu de sa paume, une superbe fiente gluante. Puis elle retrouva sa perche et commença à murmurer doucement dans sa langue inconnue.

- Voilà, monsieur, la fortune vous a souri ! criai-je.  C’est une merveilleuse réponse ! On y voit du gris ET du vert !  C'est exceptionnel ! Vous avez eu bien de la chance aujourd’hui, monsieur.

J'avoue que ce même rite datait du premier client recevant le service. Or, le tout premier dupé se rendit tout de suite compte qu’il pouvait, à son tour, duper quelqu’un d’autre. Condé ne faisait pas exception. En fait, son sourire étrange devint de plus en plus grand. Je savais alors qu’il serait bientôt de retour traînant une autre « victime » aveuglée par l’avidité humaine.

Le lendemain, sans faille, Condé se présenta devant la porte quelques minutes avant l’ouverture. Je vis tout de suite qu’une dame l’accompagnait. Bizarre. En principe, on arrivait avec un copain ou un collègue. Elle avait l’air d’une femme détrompée, et le regard dans ses yeux raconta toute une longue vie d’abus émotionnel. Encore une humiliation, quelle différence ? me disaient ses yeux fades.

Par pitié, j’ouvris avant l’heure, et les reçus aussi élégamment que possible. Condé paya et poussa sa femme – qu’il avait sèchement présentée  comme « Yolande » sans s’inquieter d’honorifique - vers le rideau perlé.

Gertrude ne nous déçut pas. Son aria était magnifique, sa plus belle, sans doute aucun. Même madame Yolande remarqua la beauté de ce chant et nous vîmes, Gertrude et moi, l’étincelle d’une larme sur sa joue.  Condé, lui, ne remarqua rien de la sorte, s’impatienta, et se mit à tirer la main nue de sa femme vers l’oiseau.

Alors, Gertrude abrégea et s’envola vers la dame, se posant délicatement sur cette main cruellement usée au service d’un abruti.  ­

Quand Gertrude retrouva sa perche quelques minutes plus tard, il se trouva, miraculeusement, dans la main de ma pauvre Yolande, un grand œuf resplendissant, tout en or.  La fortune, la vraie, lui avait enfin souri.

Je dis cela en toute connaissance de cause, messieurs-dames, parce que par terre se trouvait aussi la dépouille ignoble de Gaston-Auguste Condé, foudroyé par un choc inexpliquable ce matin-là au Bazar du Bizarre.

7 mars 2015

Participation de Venise


    Il m’avait dit de passer le voir après mon travail : « j’ai quelque chose à te montrer ». ,
    En poussant la porte  du bazar j’ai eu un léger  tournis, et l’idée me traversa que j’avais dû avoir la berlue ou qu’une attaque de narcolepsie avait pu projeter un flux d’images incontrôlées en surimpression de la réalité.
Deux grands ptérodactyles attachés par de grosses  chaines  au comptoir du bazar mangeaient un seau de betteraves.
Sur des étagères qui portaient le poids du monde, boubous, toges , et djellabas multicolores étaient rangées par taille.
Des centaines de petits sachets  d’hosties de miel  étaient sagement alignés suspendus par des fils de pêche.
RIMBAUD qui s’était  fait discret jusqu’ici  me tendit en souriant un hostie en me murmurant à l’oreille ‘ l’écriture c’est du désir qui se dérobe et se voile même au plus cru de la confession
J’avais le sentiment de me promener dans ce bazar les poches pleines de vent dans une forêt de souvenirs et d’hallucinations.



Les bras chargé de livres et d’objets divers,  il surgit enfin cette sorte de robinson crusoé propriétaire du bazar.
J’avais l’œil viré sur le gros sac de cuir calé sur ses genoux  et la curiosité l’emporta sur l’exaspération.
C’est  le contenu de ce sac que vous vouliez me montrer ?
Es t u prêt à tenter le diable me dit il .
Alors que dehors les grands arbres étaient bousculés par les démons de l’air . on les entendait gémir dans le conduit d e cheminée.
Il sortit un navire qu’il tenait à peine dans les mains .la tempête faisait rage autour du bateau et l’équipage  bravait la colère de l’océan.
J’ai manqué m’envoler en m’approchant trop prés de cette folle embarcation qui tenait dans une main.
Aucun navire ne saurait garder  ses arçons sur cette monstrueuse échine Comme un phare du diable avec son doigt pointé j’ai vu de mes yeux vu l’équipage échoué sur la dernière étagère du bazar, et se figer dans de l’écume d’ivoire.
Tu  viens d’assister au naufrage de ton arrière grand père me dit il d’un air  entendu.
Rimbaud se rapprocha de nous, « nous devrions vivre dans un état  quasi perpétuel d’effarement face à la beauté du monde. «

Quand je suis sorti de ce bazar en titubant, j’étais en larmes. Ce bazar avait mis le bazar en moi.
Ce fut une soirée décisive. Trop affecté émotionnellement j’avais gardé longtemps les mains sur le visage.
En 1916 un éclat d’obus dans le crane je revins au bazar.  A peine à l’intérieur je vis mon univers mental changer de couleur.

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Le défi du samedi
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