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Le défi du samedi

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24 janvier 2015

L'offre et la demande (Walrus)

Pourchassée par de mauvais souvenirs, elle s'était précipitée chez le marchand d'oublies, y avait dépensé, en vain, sa galette, ayant oublié que la racine du mot renvoyait non pas à l'oubli mais à l'offre*. Je vous demande un peu !

Qui qu'a dit que l'étymologie ne servait à rien ?

 

* du latin Oblatio, action d'offrir

oublis

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24 janvier 2015

Sculpture (MAP)

De ma vie passée

 

tout oublié

 

Sculpture de Christophe Charbonnel

Sculpture de Christophe Charbonnel

au Château du Pailly (Haute-Marne)

 

 

24 janvier 2015

OUBLIS (JAK)

Depuis quelque temps Memny avait des oublis continuels (de mémoire)   -Je précise, car je vous vois sourire-.

Ses clés disparaissaient régulièrement, sa brosse à cheveux  se retrouvait dans le frigo,  les factures et autres paperasses,  n’étaient jamais au bon  endroit…

 Un grand désarroi s’emparait d’elle..

 Quoi, elle la championne de QPUNC, la belle sportive sexagénaire  qui prenait si soin de sa santé, serait-elle attente d’un début d’ALZ ????

L’HIER se cachait sournoisement. Elle ne savait plus ce qu’elle y avait fait ou dit. Alors,  s’il fallait remonter plus haut, c’était le vide sidéral.

Elle consulta son médecin, fit des tests neuropsychologiques..

 Conclusion, c’était passager. Une simple fatigue psychique -son cerveau ne pouvait plus fournir un effort de concentration-, ajoutée à un  surmenage  physique de retraitée surbookée.

Une prescription de complément vitaminique remettrait tout dans l’ordre.

Un mois passa. Aucune amélioration.

Entre deux absences de mémoire, elle décida de prendre les choses en mains.

Elle ne stressa  plus, ne paniqua plus lorsqu’un incident fâcheux arrivait consécutif à ses oublis, elle accepta cette nouvelle façon d’être.

En résumé elle prit le partie d’oublier qu’elle avait des oublis.

Et ma foi, elle y arriva bien.

Depuis elle applique cette maxime :

« Les deux grands secrets du bonheur : le plaisir et l'oubli. »

(Alfred de Musset)

 

24 janvier 2015

pilules de l'oubli par bongopinot

 

bo01

 

 

Une pilule de l’oubli

Pour tout effacer

Tout bien gommer

Les images de l’esprit

 

Molécule de l’oubli

Balayer le stockage

Posé sur l’étalage

Des souvenirs vieillis

 

Vivre sans oubli

N’est pas chose aisée

Douleurs du passées

Aime les amnésies

 

J'accepte les oublis

Mais garde ma mémoire

le mauvais si dérisoire

le bon qui éblouit et réjouit

 

Je ne prendrai pas cette molécule

je veux garder intactes mes souvenirs

même les moins jolis et les pires

Qui ont permis que ma vie s'articule.

 

24 janvier 2015

Amné-drôle de mu-sique ? (Joe Krapov)

02 A Oncle armand 02 1

Comment ai-je pu oublier l’oncle Hubert ? Aurais-je trop bu de vodka polonaise au petit-déjeuner ? Je n’ai pourtant jamais forcé sur le Beaujolais avec le camembert !

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de cours d’anglais ? J’ai fait allemand 1ère langue, russe en deuxième et latin sans messe en supplément !

J’aurais eu un oncle Armand ? Et il se serait produit à l’Olympia ? Moi qui pensais être le seul artiste de la famille avec mon frère William ! Et encore pour gagner ma vie j’ai été obligé de bosser sous pseudonyme dans un restaurant mexicain !

Oubliée aussi la tante Louise ! Mais par contre je me souviens bien des Loiseau. Non, pas ceux qui oeuvrent dans Tintin – Le Secret de la Licorne – mais ceux bien plus sympas qu’on a connus en Auvergne quand on allait là-bas pour des vacances forcées – on peut oublier Palerme mais pas La Bourboule ! Ils étaient apparentés avec Bernard Loiseau, le célèbre restaurateur de Saulieu. Mais pourquoi aurait-il donné à son restaurant parisien le nom d’une tante mienne ? Oui, je sais, Louise est un prénom de plus en plus répandu.

Quant à tante Jeanne, aucune trace dans ma mémoire d’un mélange de macédoine et de tiramisu. Ou alors j’ai oublié, ou j’étais parti à l’opéra voir les p’tits rats, mi soûl, Mitsou, Missouri un soir où ça sentait le roussi.

 

DDS 334 Hélène

J’ose à peine me souvenir que je suis descendu dans le gouffre de Padirac. La photo de la famille dans la barque a longtemps trôné sur le buffet dans la cuisine de mes grands-parents. Qu’est-elle devenue ? Maintenant qu’ils ne sont plus là, elle est peut-être chez Tonton Georges ? Mais à part ça, je n’ai rien fait d’autre en matière de spéléologie. Et surtout pas en galante et russe compagnie ! J’eusse été bien en peine de folâtrer avec une Natacha car je n’en ai jamais connu aucune ! Tout juste ai-je retenu le patronyme de Natacha Lindinger qui jouait le rôle d’Hélène Châtelain dans les premiers épisodes de Nestor Burma.

Alors ? Pourquoi ai-je les prénoms de cette famille inconnue dans la tête ? Pourquoi aurais-je rendu visite à ces ancêtres à l’époque où j’étais au lycée Franklin à Lille ? J’habitais à vingt kilomètres de là et je n’y connaissais personne chez qui aller aux intercours, à part le Furet du Nord vers qui je courais-courais pour y lire des bédés.

M’aurait-on implanté, comme dans un roman de Philip K. Dick, des faux souvenirs ? Pour obtenir quoi ?

Ou alors… Ne devrais-je pas me rendormir pour oublier ce drôle de rêve ? Il est six heures du matin. J’ai encore droit à une heure de sommeil. Oui c’est ça. Je suis au lit, c’est mon inconscient qui délire. Je replonge.

Et puis le réveil a sonné. Je me suis levé, l’air maussade. J’ai posé le pied sur la feuille aux six paragraphes de texte avec à droite les accords de guitare et de ukulélé.
Avant que je parte au boulot, Marina Bourgeoizovna m’a dit :
- Tu ne t’es pas foulé, pour le prochain Défi du samedi, avec ta chanson hôn !

Le matin elle est comme ça, pur jus, la vérité crachée en face, franche du collier, comme toujours.

- Attends, que je lui ai dit, j’ai quand même composé la musique ! Et puis vous avez bien rigolé avec Anita hier soir quand je vous ai fait écouter l’enregistrement, non ?

FillonC’est vrai, les paroles sont de Vegas-sur-Sarthe. Et, oui, c’est un mélange de mémorisation triviale et de poursuite de nostalgie, mais quoi ? C’est drolatique, on est dans la même veine, quelque part, lui et moi, à aller au charbon chaque jour en écrivant et moi ça me fait bien marrer cette polyphonie d’un jour pondue à l’instigation de tiniak. Un vrai défi, bien relevé, bien piquant, non ?

- Tu ne vas quand même pas prétendre que c’est François Fillon le plus grand comique de la Sarthe ? ai-je demandé.
- Je n’ai pas dit ça ! a-t-elle répondu. Allez va bosser ! Oublie !

Oublier ? Je ne peux pas ! Je suis hypermnésique ! Et c’est de pire en pire ! La preuve : maintenant je me souviens même de la famille des autres ! Je la connais par cœur la chanson !  

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24 janvier 2015

Atchoum (Joye)

atchoum

24 janvier 2015

Participation de Nhand

JE NE SAIS PLUS

 

 

Je ne sais plus
Ni son nom, ni son rire,
Je ne sais plus
Ni mon mal, ni mes larmes,
Je ne sais plus !
Ma mémoire, à vrai dire,
A coupé les alarmes
Des réveils du passé ;
Tout doit être effacé,
Enterré sous la cendre !

Je ne sais plus
Quel démon ou quel ange,
Je ne sais plus
Qui partageait mon rêve,
Je ne sais plus !
Mais je le trouve étrange,
Ce soleil qui se lève...
Pourquoi me fixe-t-il ?
Que me murmure-t-il ?
Que me faut-il comprendre ?

Promesse d'amour ? C'est trop tôt,
Je ne suis encore qu'un leurre
Que l'oubli façonne au couteau ;
Je ne sais plus aimer, pour l'heure...

 

 

LOGO NH-PF

24 janvier 2015

J'ai oublié ( petitmoulin )


J'ai oublié
Où était la maison
Qui bruissait de tendresse
Derrière ses volets clos
Je ne sais plus
De quel jardin
De quelle fleur dévêtue
Se levait le parfum
Qui courtisait la nuit
J'ai oublié
La couleur du vent
Qui embrasait les mots
Sous le drap du printemps
J'ai oublié la bouche
J'ai oublié les mains
J'ai oublié la soif
Et le nom de ce fleuve
Et le goût de son eau
Qui lave la mémoire.

24 janvier 2015

Une journée ordinaire (EnlumériA)

Trois petits coups brefs réveillèrent René de sa trop courte sieste. Une femme d’une cinquantaine d’années se tenait dans l’encadrement de la porte. Un sourire incertain éclairait son visage pourtant soucieux. René se dit comme ça qu’elle n’était pas mal pour son âge. Un peu vieille pour lui, mais bon.

— Bonjour madame. Je peux faire quelque chose pour vous.

Pour toute réponse, la femme entra, posa son manteau et son sac sur le lit et poussa un long soupir de lassitude.

— Papa ! C’est moi.

Un sentiment bizarre, mélange de frayeur et d’agacement, ébranla momentanément l’humeur de René. Il haussa les épaules et regarda la femme avec un regard condescendant.

— Si c’est une plaisanterie, elle est d’un goût douteux. Vous êtes plus vieille que moi. Qui êtes-vous ?

— Ça y est, c’est reparti, marmonna la femme.

Elle prit place sur la chaise réservée aux visiteurs et ajusta sa jupe sur ses genoux.

— Papa. Regarde tes mains.

— Quoi, mes mains ?

D’un signe de tête autoritaire, elle réitéra son ordre. René regarda ses mains. Des mains noueuses et tavelées. Des mains de vieillard.

— Mais… je ne comprends pas, je…

— Papa ! C’est moi, Sylvie. Ta fille.

René se replia sur lui-même. Le livre qu’il lisait avant de s’endormir lui tomba des mains. Celle qui disait s’appelait Sylvie se baissa pour le ramasser. Elle lut le titre : Contes de la Fin du Monde.

— C’est intéressant ? Ça parle de quoi ?

René jeta un regard rapide vers la fenêtre. Le temps s’était assombrit. Il remit ses rares cheveux en place, comme pour se donner une contenance. La mémoire lui revenait peu à peu.

— C’est un recueil de nouvelles. La première parle d’une civilisation future qui a perdu jusqu’au souvenir de ses origines. L’Empreinte. J’aime bien. Ça passe le temps, il n’y a rien à la télé à cette heure.

— Tu veux qu’on aille faire un tour ? Pour te dégourdir les jambes.

René déclina l’offre. Il avait mal aux jambes.

— J’ai mal aux jambes. C’est couillon, hein, pour un ancien marathonien.

Sylvie lui adressa un sourire indulgent.

— C’est pas grave, va. Tiens ! Je t’ai apporté des douceurs et un DVD. Sur la route de Madison, de Clint Eastwood. Tu verras, ça devrait te plaire.

La conversation se poursuivit sur le mode pain d’épice café machine. À la fois sempiternel et tendre. Le flou mental de René s’estompait un peu. Puis vint le moment pour Sylvie de prendre congé. Bisous et je-reviendrai-jeudi. Fin de la représentation.

René dina d’une soupe de potiron et d’un morceau de fromage. Ensuite, il regarda le film que lui avait apporté Sylvie. Une histoire d’amour terrible et magnifique.

Tard dans la soirée, René sombra dans un sommeil peuplé de rire d’enfants. Lorsqu’il se leva, le soleil était déjà haut. Il remarqua que quelqu’un avait déposé un DVD sur sa table nuit. Sur la route de Madison.

Il en fit part à l’infirmière qui venait pour les soins.

— Regardez. On m’a apporté un film. Je l’ai pas vu celui-là. Je le regarderai ce soir, tranquillement.

 

Évreux, 19 décembre 2014.

24 janvier 2015

Mille millions de mille milliards de neurones (Vegas sur sarthe)

J'ai la mémoire courte et même si les plus courtes sont les meilleures je me souviens avoir oublié en quelle version je suis... 1.2 ou peut-être 2.1
On dit que c'est stocké quelque part dans l'hippocampe.
Comment?
Ça prête à sourire? Oui je sais, ça fait ça la première fois mais les plus grands professeurs sont formels: on a tous un hippocampe dans le bocal.
Moi j'en ai un gros parait-il et ça m'arrange vu que les schizophrènes en ont un petit et que je n'ai pas l'intention d'être schizophrène en plus d'avoir la mémoire courte.
C'est marrant mais l'hippocampe - ce cheval de mer qui ressemble beaucoup à ce qu'on a dans le bocal - a lui aussi la mémoire courte car c'est le mâle qui porte les oeufs alors qu'on sait parfaitement que c'est le job de la femelle, bref.
Qu'est-ce que je disais déjà?
Sans doute un truc que j'avais sur le bout de la langue.
C'est fou ce que je peux avoir comme choses sur le bout de la langue, mais quand ça ne sort pas, ça ne sort pas...
Les mots de passe, par exemple.
Qui m'expliquera pourquoi je me souviens du passage de la petite souris pour la chute de ma première dent de lait au siècle dernier alors que j'oublie les mots de passe que j'ai choisis hier?
J'en avais un chouette - Alzheimer - mais je l'oubliais trop souvent ou bien je ne savais plus où placer le 'h' alors j'ai choisi Azerty... ou Qwerty, je ne sais plus mais je me souviens que ça finit par 'erty'.
Heureusement il y a peu de mots qui finissent en 'erty'... enfin je crois.
Parait qu'on a fait une découverte d'importance - la PP1 - une protéine responsable de ça: une véritable gomme à effacer ce qui n'est pas important!
On dit aussi que si on n'avait pas cette gomme, on aurait le bocal qui exploserait de trucs pas importants qu'on accumule dans le bocal.
Des chercheurs français auraient trouvé ça en bricolant des souris et ça m'arrange... j'aime pas les mulots à cause des tendinites au poignet.
Pour tout le reste, j'ai trouvé une application pour ça: je m'invente des souvenirs.
Fini le bourrage de crâne et puis j'en avais marre d'être obligé de réparer mes oublis.
Y a pas plus chiant que devoir réparer un oubli.
Vous en avez déjà réparé vous, des oublis? Vider l'eau du bocal, restaurer la version précédente, nourrir l'hippocampe avec les bons algoritmes... algorytmes... algorithmes... enfin, bref.
Alors que s'inventer des souvenirs, c'est génial. Vous devriez essayer.
Mon psy qui ne jure que par Nietzsche - un nom à vous dégoûter des mots de passe - dit que ça n'est pas grave tant que personne s'en aperçoit.
J'aime bien écrire des trucs qui commencent par 'je me souviens'... ça me rassure.
Je me souviens du goût de l'encre violette...
Ah non! Ça c'était mon défi du 3 janvier 2015, je m'en souviens.
24 janvier 2015

Participation de Lorraine

 

OUBLIS

 

(Aphorismes)

 

        

-      Comme un tintement de cristal, un oiseau chante. Il a oublié que c’est l’hiver.

-       

-      Dans son fauteuil, la vieille dame seule sourit. Elle revoit un visage d’amour. Elle oublie son âge.

-       

-      On n’oublie rien. Il suffit de fermer les yeux.

-       

-      Quelquefois, les menus oublis de la mémoire gomment un regret ou un léger remords.

-       

-      Ne nous retournons pas sur les oublis du cœur. Ils permettent de vivre.

-       

-      Il est des visages qu’on oublie. D’autres, jamais.

 

24 janvier 2015

ne pas oublier (Fairywen)

Défi 334 du samedi 17 janvier 2015

17 janvier 2015

Défi #334

OUBLI(S)

Oubli

N'oubliez pas d'envoyer votre participation à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

17 janvier 2015

Ont été inspirés par la photo de MAP

17 janvier 2015

Après la pluie (MAP)

 

Après la pluie

17 janvier 2015

Ciel Gris par bongopinot

bo01

 

 

Un arbre en pleurs

Mais qui fait face

Retrouvera sa grandeur

Après l'hiver de glace

 

Il pleut et il vente

 Et passe des larmes

Et dans cette tempête

Siffle ton drame

 

 Devant ce ciel gris

Cet arbre dénudé

Ne fait aucun bruit

Amaigri et gelé

 

 Arbre sans feuilles

Ton écorce se voûte

Et le temps s’effeuille

Mais est-il honnête

 

Et le gel fond

En gouttelettes

Une autre saison

Arrive en vedette

 

17 janvier 2015

Jamais (JAK)

ja

17 janvier 2015

Cicatrices (par joye)

L’attaque fut brutale mais sommaire.

À moment donné, il y a vingt mois, deux semaines, et trois jours, entre 17h45 et 18h, un soir pendant qu’elle rentrait du boulot, ma femme fut attaquée. Battue. Violée. Meurtrie. Défigurée.

Autant qu'on puisse savoir, son assaillant réussit d’abord à lui casser le bras gauche et la cheville droite en la jetant par terre. Ensuite, il dut piétiner sa tête, écrasant la moitié droite de son visage contre le trottoir. Grâce à un miracle quelconque, il ne lui brisa pas le cou.

Et, pendant qu’elle saignait, pendant qu’elle souffrait, pendant que sa mâchoire ruinée l’empêchait d’appeler au secours, il lui fit une dernière violation.

Il dut lui cracher à la figure avant de se sauver. J’espère qu’elle était inconsciente, qu’elle ne se rendait pas compte que tous ces passants, rentrant à la même heure qu’elle, sur le même chemin qu’elle, ne virent rien. N’entendirent rien. Jusqu’ici, elle et moi nous n’en parlâmes pas.

Enfin, quelqu’un la remarqua dans l’obscurité, pas très loin de la sortie du métro et appela la police. Les secouristes, en arrivant, retrouvèrent  ma femme au bord du trottoir,  froissée et moite, comme un bout de papier de soie écarlate foncé et jeté au caniveau.

Je me souviens de nos retrouvailles, à l’hosto, après. Je ne regardai pas les plâtres. Je ne regardai son corps, qui paraissait bizarrement tordu sous le drap. Je n’osai pas trop regarder son visage, ni ses yeux enflés.

Muet, je ne vis que sa joue droite,  suintant comme une part de steak tartare sous la lumière d’examen cruelle au-dessus de son lit.

Vous savez, elle ne s'en souvient pas, et moi, je ne me souviens plus du tout de notre couple d’avant. Maintenant, notre quotidien est un cauchemar rouge criant, peuplé de toubibs et d'infirmières, de consultations, de marathons d’interventions chirurgicales, de médocs, de thérapie physique et psychiatrique, et encore - comme vous pouvez bien vous imaginer.

Parmi d’autres marques profondes qui resteront à tout jamais, le chirurgien ne sut pas réparer cette cicatrice énorme qui recouvre encore sa joue droite comme une toile d’araignée de filigrane,  comme des branches nues d’un arbre en hiver. Au commencement, la blessure était la couleur de la colère. D’abord rouge, puis pourpre, puis cramoisie.

Hier, pour la première fois depuis une éternité, nous allâmes nous promener au bord du lac. Assise sur un banc, elle regarda l’eau.

Moi, j’étudiai les branches de l’arbre contre le bleu clair de l’eau.

illustration

 

17 janvier 2015

L’empreinte (EnlumériA)


C’est un robot-groom à la voix chuintante et au pas menu qui introduisit l’archéo-docteur Sorlens dans l’antichambre. Angoissé et vaguement fébrile, il tenait contre sa poitrine la petite mallette dans laquelle il conservait sa découverte. C’était la première fois qu’il rencontrait le Sondeur-Commodore Lëondradt ; et le voyage interminable et pour tout dire angoissant l’avait épuisé.
« Son excellence le Sondeur-Commodore Lëondradt va vous recevoir dans un instant, dit le robot-groom. Souhaitez-vous un rafraichissement pour patienter ? »
L’archéo-docteur Sorlens déclina l’offre et prit place sur un élégant fauteuil furtif aux formes incertaines. Il posa délicatement sa mallette sur ses genoux serrés et attendit. Les accords lancinants d’une musique venue de nulle part conférait à la pièce une atmosphère feutrée. Les minutes s’égrenaient comme à regret. Dans le vaste miroir qui ornait l’antichambre, Sorlens discernait un petit homme fluet aux épaules rentrées, à la silhouette étriquée, presque insignifiant. Cependant le regard clair et dur que lui renvoyait son reflet exprimait un indéfinissable sentiment de ruse mêlée d’opiniâtreté.  
La porte s’ouvrit enfin sur un homme de haute stature vêtu de l’uniforme pourpre propre à son rang. Sorlens reconnut immédiatement le chambellan Mercy, premier conseiller du Sondeur-Commodore.
— Docteur Sorlens. Salut et fraternité. Vous avez fait bon voyage ? Venez. Le Sondeur-Commodore vous attend avec impatience. Il a hâte d’apprécier votre découverte à sa juste mesure.
Sorlens se leva pour serrer la main du conseiller qui s’effaça aussitôt pour lui permettre d’entrer dans le bureau du Sondeur-Commodore. Ce dernier se tenait debout près de la baie vitrée. Un large sourire éclairait la barbe de jais qu’il portait à la mode du moment. Il était habillé avec la simplicité des moines Shonsay. Une bague d’onyx à sa main droite témoignait d’une touche de fantaisie.
— Ainsi, voilà notre éminent archéo-docteur. Merci d’avoir répondu à mon invitation. Je vous en prie, veuillez prendre place, dit le Sondeur-Commodore de cette voix ample et grave qui trahissait la présence d’implants vocodeurs.
Sorlens, plus intimidé qu’effrayé au final, s’installa du bout des fesses sur le siège, sa mallette toujours blottie contre sa poitrine. Lëondradt prit place en vis-à-vis. Il observait l’archéo-docteur d’un œil curieux. Il se rencogna dans son siège et croisant les bras demanda si Sorlens avait eu le temps d’apprécier Furianow, la capitale de Terra Austria. L’archéo-docteur se plia de bonne grâce à cette futile entrée en matière, puis fit mine de présenter sa mallette.
— Je crois que le temps de votre excellence est précieux. Me permettez-vous de…
— Mais, justement, j’allais y venir, coupa Lëondradt. Ainsi, il semble que vous ayez mis la main sur une découverte exceptionnelle. Mercy m’a parlé d’une sorte de référence à de vieux mythes. Pourriez-vous éclaircir ma modeste lanterne.
Pour toute réponse, Sorlens ouvrit la mallette et en présenta le contenu au Sondeur-Commodore. Celui-ci se pencha un peu, intrigué et perplexe.
— Je ne comprends pas très bien ce que c’est, fit-il sur le ton de la confidence. Pouvez-vous m’expliquer.
L’archéo-docteur se racla la gorge pour s’éclaircir la voix, puis sortit avec d’extrêmes précautions une plaque de syncristal dans laquelle était sertie une forme oblongue assez incompréhensible parcourue par de fins réseaux grisâtres ponctués de minuscules taches blanches.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Lëondradt. On dirait une image à deux dimensions. C’est absurde.
— C’est une empreinte graphique, expliqua Sorlens. C’est très ancien. D’après les analyses, cet objet aurait aux alentours de 6 ou 700 années standards.
Lëondradt émis un sifflement admiratif.
— Tant que ça. Mais docteur, on dirait que cette chose a été manufacturée. Or chacun sait que le monde de cette lointaine époque n’était qu’un désert de poussière tout juste peuplé de lichens et de bêtes.
— Il semblerait que non. J’ai découvert cette empreinte dans une bizarre configuration rocheuse géométriquement parfaite. Un peu comme les vestiges d’une habitation. Mon équipe a également extrait du sédiment divers artefacts.
— Mais… Selon l’Académie d’Histoire Sainte, la raison a été révélée aux Hommes par Notre Sublime Sondeur, il y a seulement trois siècles. Toute autre explication relève…
— du mythe ?
— Ou du blasphème. La frontière est mince, docteur.
Un frisson parcourut les épaules de Sorlens. Il n’aimait pas ce qu’il venait de lire dans le regard de son interlocuteur.
— C’est vraiment ce que vous pensez ? Moi, je ne vous parle que de science, excellence. Regardez mieux cette empreinte et dites-moi ce que vous voyez.
Le Sondeur-Commodore se caressait le menton d’un air absent. Il adressa un bref signe de tête au chambellan pour l’inviter à regarder aussi. Ce dernier posa familièrement sa main sur l’épaule de Lëondradt et examina attentivement l’empreinte. Une expression de profond scepticisme mêlé d’incompréhension se lisait sur le visage des deux hommes.
— Voyez, Excellence. Observez bien les réseaux qui parcourent l’empreinte. Remarquez que cela ressemble à des tiges irrégulières.
— Oui. Comme si elles avaient été tordues et redressées. Mais, docteur, sur quoi sont-elles posées ces tiges ?
— Elles ne sont posées sur rien, expliqua Sorlens. La surface grise que vous voyez autour, c’est le ciel.
— Le ciel ? De cette couleur ? s’écria le Chambellan. Mais c’est absurde. Le ciel n’a jamais été gris. Il est jaune. Il a toujours été jaune depuis le premier jour de la création.
— Et pourtant, ce ne peut-être que le ciel parce que…
— Parce que ?
Sorlens attendit un instant. Le Sondeur-Commodore l’observait avec cet air étrange qui laisse présager quelque ennui à venir. Le Chambellan était blanc comme un linge. Un silence de mauvais aloi encrassait l’atmosphère. Au-dehors, le vrombissement aigre d’un orthoptère apporta une touche de bizarrerie supplémentaire.
— J’attends votre théorie avec impatience, dit Lëondradt d’une voix blanche.
— Ce que vous voyez sur cette empreinte était un… arbre, excellence.
Le Sondeur-Commodore se leva d’un bond, faisant sursauter du même coup Mercy et Sorlens. Les mains jointes dans le dos, il se dirigea vers la baie vitrée et regarda au dehors. Il semblait soudain extrêmement préoccupé. Le chambellan Mercy s’approcha du bar et se servit un verre de liqueur sans en proposer à Sorlens.
D’interminables minutes s’écoulèrent, chacun demeurant sur son quant-à-soi. On percevait la respiration oppressé du docteur et celle plus profonde du Chambellan. Lëondradt semblait de marbre.
Enfin, il se retourna vers l’archéo-docteur.
— Il semble que vous ayez soulevé un point de divergence. Je ne vous savez pas partisan de l’ancienne croyance. Docteur, si les savants de l’Académie d’Histoire Sainte disent que le monde a été peuplé par l’Homme il y a trois siècles grâce à Notre Sublime Sondeur, je le crois et si je dis que les arbres sont des créatures mythiques qui n’ont jamais existé, j’aime qu’on me croie. Ne suis-je pas, par mon statut, le commandeur des croyants ? Oseriez-vous mettre ma parole en doute ?
— Certes non, votre excellence. Mon but n’est que d’enrichir nos connaissances. Je…
— Nous allons conserver votre… empreinte afin de la faire étudier par nos savants. Je vous souhaite un bon séjour dans notre capitale, cher docteur. Je vous ferai part de mes conclusions dans quelques jours.
Ainsi, l’entretien était terminé. L’archéo-docteur Sorlens prit donc congé selon le protocole, accompagné par le robot-majordome qui prononça les formules d’usage.
Aussitôt seuls, les deux hommes se regardèrent avec un air de connivence. Le Sondeur-Commodore décrocha le téléphone.
— Capitaine Chonsoert. L’archéo-docteur Sorlens s’apprête à quitter le palais. C’est un homme dangereux. Stoppez-le !

Évreux, le 16 janvier 2015

17 janvier 2015

Illusion (Walrus)

Embrassant la photo d'un seul regard, je n'y ai vu que des branchages se détachant sur un ciel gris.

Mais à y regarder de plus près, j'ai repéré les quelques ondulations qui m'ont fait revoir mon interprétation : les rameaux se découpent sur fond d'eau où se reflète le ciel sombre. Et la position des goutelettes s'intègre mieux à la vue.

 

Comme un peu d'attention peut nous aider à mieux comprendre !

(Quelle leçon ? Je parle de l'image...)

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